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La Valeur De L'Homme
La Valeur De L'Homme
Author: La Valeur De L'Homme
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© Fréquence Protestante
Description
Podcast de La Valeur de l’Homme, émission de valorisation et d’actualité des sciences sociales, proposée et animée par Emmanuel Taïeb. A chaque numéro, un ou deux universitaires, essayistes, et journalistes viennent présenter un ouvrage ou une publication récente sur des sujets de société ou relatifs à la culture. Comme il n’y a pas que les romans dans la vie, pour comprendre le monde social, rien ne vaut le regard d’un spécialiste !
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104 Episodes
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Avec Anna Bonalume, essayiste et journaliste.
L’Italie n’est pas seulement le laboratoire de la France, elle en est le laboratoire inquiétant. Ces 5 dernières années, le pays a connu une coalition extrême droite/extrême gauche, qui n’aura pas tenu bien longtemps, puis tout récemment l’accession à la présidence du conseil de la néo-fasciste Giorgia Meloni. La question migratoire, mais aussi les problèmes économiques récurrents, pèsent sur le débat public ; et même le gouvernement Draghi, pourtant largement soutenu, n’aura pas réussi à redresser le cap. La tentation populiste, la tentation de l’homme ou de la femme providentielle, font donc régulièrement retour ; depuis Berlusconi. Et il faut croire que la démocratie italienne s’accommode bien du style outrancier, de la démagogie et de la xénophobie de plusieurs de ses figures politiques.
Actuel vice-président du Conseil et ministre des infrastructures, Matteo Salvini a connu un parcours fulgurant ces dernières années. Il a ainsi été député européen, sénateur, puis ministre de l’Intérieur du gouvernement de coalition de Giuseppe Conte. Son coup de génie politique a été de transformer la ligue du Nord – régionaliste – en un parti national-souverainiste et identitaire, capable de s’adresser à toute l’Italie, de la fameuse Lombardie, jusqu’à la Calabre et les Pouilles. Adoptant un positionnement similaire à celui de Marine Le Pen en France, Matteo Salvini s’attelle à la défense des plus pauvres, à la lutte contre l’immigration, contre l’islam, et contre l’Union européenne ; défendant un programme sécuritaire et défendant le catholicisme, ou encore, plus original, proposant de lutter contre la mafia.
L’homme plait, il est charismatique, et soulève l’enthousiasme partout où il passe, chacun voulant poser avec lui pour un selfie. Comment comprendre les ressorts de ce succès ? Et surtout, à quoi ressemble le populisme vu de l’intérieur ? Emmanuel Taïeb pose ces questions à son invitée, Anna Bonalume, qui a suivi et interviewé Matteo Salvini pendant plusieurs semaines.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Contre l’élection présidentielle. Gaspard Kœnig, essayiste. La France souffre de son régime présidentiel ; elle souffre de son présidentialisme ; et elle souffre de son hyper-présidence qui domine toutes les institutions, et donne le « la » de la vie électorale et médiatique. L’hyperprésidence produit la croyance en un homme ou une femme providentielle et la déception inévitable qui l’accompagne. Elle fabrique un fonctionnement politique très immature et très personnalisé, dans lequel chaque chef de parti ou chaque personnalité populaire se verrait bien dans les habits du président et alimente en permanence la course à l’Élysée. Cette domination de l’élection présidentielle depuis 1962 écrase les autres élections, notamment les élections législatives qui sont centrales dans la plupart des pays, et elle écrase surtout le débat d’idées.
Pour en finir avec la monarchie présidentielle, maintes et maintes fois dénoncée, il suffirait de supprimer l’élection du président au suffrage universel. C’est par exemple ce que proposait la Convention pour la 6e République d’Arnaud Montebourg au début des années 2000. Et la proposition revient périodiquement. Il faut dire que cette élection directe du président est une anomalie en Europe, à l’exception du Portugal, et qu’on la trouve plutôt dans des régimes africains ou latino-américains dont justement les dérives présidentialistes inquiètent. Aux États-Unis, le président est élu via un scrutin indirect et ne peut pas dissoudre la Chambre. Ailleurs, le chef de l’État a un rôle purement honorifique, et le leader de l’exécutif est un Premier ministre issu des rangs parlementaires ; dont la responsabilité peut facilement être engagée.
Mais le président français, lui, cumule beaucoup de pouvoirs, domine en pratique l’exécutif et le législatif, fait disparaître les corps intermédiaires et concentre toutes les doléances. Dans un étrange face-à-face, tous les secteurs de la vie sociale s’adressent désormais au président pour tout et n’importe quoi. Comme s’il était omniscient et omnipotent, et comme s’il n’y avait pas mille autres niveaux de décision, des maires aux parlementaires. Tout cela alimente des formes de bonapartisme, mais aussi des formes de populisme. Car quand il n’y a rien entre le chef et les citoyens, la tyrannie n’est jamais loin. En 1548, dans Le Discours de la servitude volontaire, Etienne de la Boétie faisait tenir le pouvoir du despote dans l’action même du peuple : « Ce qu’il a de plus que vous, écrivait-il, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. »
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L'imaginaire médiéval dans les séries, avec Justine Breton, Maîtresse de conférence en littérature.
Les séries médiévales sont en pleine expansion, et plusieurs d’entre elles ont connu des succès critiques ou publics très importants. Je pense évidemment à Game of Thrones, à The Witcher mais aussi à Kaamelott. Avec pour ce genre, des budgets qui explosent. Aux 100 millions de dollars par saison de Game of Thrones, répondent les 465 millions de dollars pour quelques épisodes des Anneaux de pouvoir. Certaines séries se veulent au plus près d’une réalité historique, là d’autres préfèrent explorer les contrées plus libres de la Fantasy. Mon invitée, Justine Breton, en a compté plus de 80 depuis 1949, en France et aux États-Unis notamment. Mais toutes ces séries ont en commun de construire et de relever du « médiévalisme ». Le médiévalisme est au Moyen Âge ce que l’orientalisme est à l’Orient : une vision fantasmatique qui en dit plus sur celui qui regarde que sur la réalité de ce qui est dépeint. Le Moyen Âge fictionnel a tendance à voir les hommes et les sociétés du passé comme plutôt arriérées et figées, pauvres, obscurantistes, violentes. Les personnages secondaires sont couverts de boue, les dents gâtées, les vêtements marrons ou gris, et les cathédrales étrangement blanches comme celles que nous connaissons, alors qu’elles auraient dû être pleine de cours. Tout ce Moyen Âge renvoie en fait davantage à l’image que nous en avons et même que nous attendons, qu’à une plausibilité historique. C’est ainsi surtout notre imaginaire qui est figé et pas la période filmée. Pour autant, l’intérêt de ces fictions réside précisément dans ce contraste entre une époque reculée et des enjeux très contemporains. Ainsi, le héros ou l’héroïne de la série n’est jamais tout à fait un pur représentant du Moyen Âge : il est en avance sur son temps, ingénieux, sécularisé, magnanime. Il est aussi souvent issu de la noblesse, car le peuple n’est pas jugé très cinégénique. Bref, ce héros fait avancer à lui tout seul la période qu’il habite ! Il est notre alter-égo de fiction qui raconte ce que nous ferions si nous étions projetés au Moyen Âge, dans un anachronisme revendiqué.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
L’épidémie de Covid-19 a révélé à quel point nous étions dépendants des mutations des virus, de la présence des microbes, des bactéries et des germes, mais aussi à quel point nous étions tous interdépendants, pris dans des relations complexes entre entités microscopiques, épidémiologistes travaillant sur elles, organisations mondiales, gouvernements et industrie pharmaceutique. Si cette épidémie a reconduit la perception négative du mot « virus », il existe des virus qui soignent, notamment des infections tenaces. On les appelle des « phages ». Ils sont connues depuis plus d’un siècle, mais leur mise sur le marché tarde, car ils sont multiples, difficiles à produire de manière générique, et surtout sont concurrencées par les antibiotiques. Or l’efficacité des antibiotiques est en train de s’épuiser et la perspective du retour d’infections mortelles devient alarmante. Ce qu’on appelle « l’antibiorésistance » fait désormais planer une menace sur l’efficacité des opérations de chirurgie de routine ou des transplantations d’organes. En France, l’assurance maladie avance le chiffre de 12.500 décès par an imputable à l’inefficacité des antibiotiques.
Une alternative est la thérapie phagique, où les « phages » vont littéralement manger les bactéries infectieuses. Mais leur seule existence ne suffit pas à leur reconnaissance, car l’enjeu, médical et politique, est de leur conférer le statut d’entités thérapeutiques. L’autre enjeu, corollaire, étant de reconnaître l’antibiorésistance comme un problème majeur de santé publique. A nouveau, tout est lié, entre la médecine, les corps individuels, les microbes, la réglementation et la politique. Pour que la thérapie phagique existe, il faut défaire certaines relations, par exemple celles aux antibiotiques, en inventer de nouvelles, avec les microbes, et s’appuyer sur de nouveaux savoirs, y compris ceux produits par les patients eux-mêmes.
Ces nouvelles relations commencent à de déployer dans certains laboratoires, dans le dialogue intime entre le malade et son infection, et dans le dialogue avec la médecine et ses conservatismes. Elles se déploient internationalement, quand les malades vont chercher des phages en Géorgie et en Russie et trouver là des produits plus performants que les promesses européennes ou nord-américaines. Comment faire émerger la phagothérapie au crépuscule de la cure antiobiotique ?Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Nous avons bien en mémoire les photos de Robert Doisneau montrant des enfants dans les rues de Paris, faisant d’une place ou d’une entrée d’immeuble leur terrain de jeu ; allant faire les courses pour leurs parents et revenant avec une baguette sous le bras. Nous avons en tête l’image du titi parisien et les petits Poulbots aux grands yeux. Dans Les 400 coups, Truffaut filme des collégiens qui font le mur et semblent très à l’aise dans le métro ou dans la grande ville. Plus près de nous, ceux qui ont grandi dans les années 80 descendaient le soir faire un foot avec les copains ou tourner en roller dans le quartier. L’absence de code ou de barrière pour entrer dans les immeubles autorisait des déambulations un peu à l’écart et transformait chaque cour en un petit lieu propice à tous les secrets…
Mais progressivement, la ville a changé et la place des enfants dans l’espace urbain s’est considérablement modifiée. Pour les parents, la ville est devenue menaçante. Trop de voitures, trop de chauffards, trop de jeunes qui tiennent les murs, de trafic de drogues, de SDF, de pédophiles et de kidnappeurs potentiels. Les entrées des immeubles ont été claquemurées, dotées de multiples sas, et la crainte que les enfants ne fassent une « mauvaise rencontre » les a littéralement changés en « enfants d’intérieur » qu’on ne laisse plus trop sortir.
Si la ville est désormais perçue comme hostile par nombre de parents, ils ont pour mission d’y préparer leurs enfants. Car il faut bien qu’ils sortent, qu’ils traversent la rue, qu’ils prennent le métro, et qu’ils anticipent des interactions. La condition de leur autonomie passe par une véritable éducation à la ville, qui à la fois les met en garde et leur donne les clefs d’une vraie liberté urbaine. Mais cette éducation à la ville est socialement située, sociologiquement différenciée, selon la classe sociale des parents, selon leur propre trajectoire, et bien sûr selon la ville. Si à Berlin on peut voir de très jeunes enfants aller seuls à l’école, ce n’est le cas ni à Paris, ni à Milan, sur lesquelles a travaillé Clément Rivière.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.




