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100 % création

Author: RFI

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Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles. 

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Jusqu’au 19 avril, la Bibliothèque nationale de France accueille la première édition du festival Noûs, un événement dédié à la création à l’ère de l’intelligence artificielle. Parmi les artistes invités, Justine Emard y présente Le Chant des sirènes, une œuvre qui interroge notre rapport à la technologie, à la mythologie et à la création artistique. Rencontre avec une artiste qui repousse les limites de l’art contemporain. Plasticienne passionnée par l’expérimentation, elle explore depuis plus de dix ans les frontières entre l’humain et la machine, donnant naissance à des univers à la fois poétiques et dérangeants. Pour Justine Emard, l’art n’est pas un simple métier, mais une nécessité vitale, presque un besoin. « Le but dans ma vie, c’est de pouvoir continuer à créer le plus longtemps possible dans les meilleures conditions », confie-t-elle. Cette passion, elle la cultive depuis son enfance à Clermont-Ferrand, bercée par les paysages volcaniques de l’Auvergne et une envie irrépressible d’inventer. Après un baccalauréat littéraire option arts plastiques, elle intègre les Beaux-Arts, puis complète son parcours par un master en conduite de projets culturels. Son approche artistique se distingue par son goût pour l’expérimentation. Dès 2010, lors d’une résidence dans un centre de réalité virtuelle, elle se forme à la création d’univers numériques, au code et aux scripts. « C’était le début de ma plongée dans le numérique », explique-t-elle. Depuis, elle n’a cessé d’explorer de nouvelles technologies : impression 3D avec des bras robotiques, bases de données, ou encore « machine learning ». Pour Justine Emard, l’artiste du XXIe siècle ne crée plus seul, mais en collaboration avec des scientifiques, des programmeurs ou des artisans. « On s’entoure de compétences pour créer quelque chose qui soit au plus juste de notre époque », souligne-t-elle. Le chant des sirènes : quand l’IA devient une entité vivante Avec Le Chant des sirènes, présenté au festival Noûs, Justine Emard plonge le public dans un univers où l’IA n’est pas un simple outil, mais une entité presque vivante. L’œuvre retrace le cycle de vie d’un algorithme : son apprentissage, son autonomie, puis son effondrement. « Au début, ces algorithmes ne savent rien. Puis, petit à petit, ils apprennent à partir des données qu’on leur fournit. C’est comme un nouveau-né qui apprend à marcher ou à parler », décrit-elle, évoquant une émotion presque palpable face à cette évolution. Mais l’artiste va plus loin en intégrant une dimension critique et poétique : celle de l’effondrement. « Si les algorithmes ne sont plus nourris par la création humaine, ils finissent par s’effondrer et générer n’importe quoi », explique-t-elle. Dans Le Chant des sirènes, ce processus se matérialise par une dégradation progressive des images, qui retournent à un état brut de pixels. Un scénario en trois actes – émergence, autonomie, effondrement – qui questionne notre fascination pour la technologie et ses limites. La création de cette œuvre a nécessité un travail minutieux et rigoureux. Justine Emard a collaboré avec Yassin Siouda, un expert basé à Lyon, pour entraîner des modèles d’IA en réseau local, maîtrisant ainsi la consommation d’énergie. « Il a fallu des semaines pour générer les séquences, ajuster les curseurs et détourner le système afin d’obtenir des images qui correspondent à ma vision », raconte-t-elle. Un processus où l’artiste garde le contrôle, guidant l’algorithme pour éviter les biais – comme ces sirènes trop « policées » qui revenaient sans cesse. La sirène : symbole d’une technologie à double visage Pour Le Chant des sirènes, Justine Emard a choisi de s’inspirer d’un mythe ancestral : celui des sirènes. Mais loin de l’image lissée popularisée par Disney, elle a puisé dans les manuscrits médiévaux de la BnF pour retrouver la véritable essence de ces créatures. « Au Moyen Âge, la sirène était une figure effrayante, changeante, parfois mi-femme mi-oiseau. Elle n’avait rien de la créature romantique à queue verte que l’on connaît aujourd’hui », explique-t-elle. Cette exploration des archives lui a permis de dépasser les stéréotypes et de créer des sirènes monstrueuses, presque inquiétantes. « L’IA révèle l’enfoui, ce qui a été oublié ou standardisé. Elle permet de retrouver une esthétique plus brute, plus proche de la mythologie originale », précise-t-elle. Pour Justine Emard, la sirène incarne aussi la dualité de l’intelligence artificielle : à la fois séduisante et dangereuse. « Elle nous attire par ses facilités, mais elle peut aussi nous engloutir. C’est cette ambivalence que je voulais explorer », ajoute-t-elle. L’artiste insiste cependant sur un point : l’IA ne remplacera jamais les artistes. « Une machine ne peut pas décider ce qui fait sens pour les humains. Elle n’a pas notre patrimoine culturel, notre histoire, nos émotions. Le choix d’une image plutôt qu’une autre reste une prérogative humaine », affirme-t-elle. Une œuvre immersive : plonger au cœur des sirènes Le Chant des sirènes n’est pas une œuvre que l’on observe passivement. Justine Emard a conçu un dispositif immersif où le spectateur doit se baisser pour plonger la tête au milieu des images. « La physicalité est hyper importante dans mes œuvres. Je voulais créer une expérience où le corps est engagé, où l’on ressent une forme de contrainte pour accéder à l’œuvre », explique-t-elle. Cette installation est également sonore. En collaboration avec Antoine Bertin, elle a imaginé un paysage auditif inspiré des chants des sirènes, mêlant voix synthétiques, mélodies générées par IA et le chant mystérieux du phoque barbu, une source d’inspiration inattendue. « Nous nous sommes demandé d’où venaient ces chants. Christophe Colomb aurait entendu celui d’un phoque barbu en arrivant en Amérique. C’est cette dimension animale et énigmatique que nous avons voulu intégrer », raconte-t-elle. Enfin, l’œuvre se matérialise aussi sous la forme d’un bas-relief en impression 3D, réalisé avec la participation des Compagnons du Devoir de Nantes. « C’était fascinant de voir comment les technologies numériques s’intègrent aujourd’hui dans des savoir-faire traditionnels. Les Compagnons du Devoir ont un atelier numérique, et leur expertise a donné une dimension physique à cette base de données d’images », se réjouit-elle. L’art du XXIe siècle : entre humain et machine Avec Le Chant des sirènes, Justine Emard nous invite à repenser notre rapport à la technologie. Son œuvre, à la fois poétique et critique, montre que l’IA peut être un partenaire de création, mais aussi un miroir de nos propres limites. « L’art du XXIe siècle est une quête permanente de surprise et d’évolution. Il s’agit de préserver cette capacité à créer, tout en intégrant les outils de notre temps », conclut-elle. Jusqu’au 19 avril, le festival Noûs offre une occasion unique de découvrir cette œuvre hybride, immersive et profondément humaine, une production Fisheye et BnF. Une plongée dans un univers où les sirènes, mi-machines mi-mythes, nous rappellent que l’art reste avant tout une aventure collective, nourrie par notre histoire, nos émotions et notre imagination. Abonnez-vous à 100% création : 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté.  Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
Jessica Rodriguez, entrepreneure péruvienne profondément attachée à son héritage culturel, œuvre pour valoriser la fibre d'alpaga. Fondatrice de la marque Anntarah, elle met en lumière les techniques traditionnelles, la richesse textile locale. Elle milite pour l'autonomisation des femmes et la durabilité de cette fibre noble, symbole du patrimoine inca et andin. Son parcours prouve que mode, culture et engagement social peuvent se conjuguer pour bâtir un avenir plus durable. « Investir dans une femme, ce n'est pas investir dans une personne ; c'est investir dans une famille, une communauté entière », assure la fondatrice de la marque Anntarah. Jessica Rodriguez a grandi à Arequipa, dans le sud du Pérou, bercée par les paysages majestueux des Andes et les traditions textiles locales. Dès son enfance, elle est fascinée par les alpagas, ces animaux emblématiques qui gambadent librement dans les montagnes, et par les savoir-faire ancestraux de son pays. « Le savoir-faire au Pérou, est incroyable parce qu'il vient de l'époque des Incas », explique-t-elle. Les artisans péruviens utilisent encore aujourd'hui des techniques traditionnelles, comme les teintures naturelles à base de plantes ou les tricots à la main, pour créer des pièces uniques et colorées. Pour Jessica Rodriguez, chaque création est une œuvre d'art, mais également un hommage à son héritage. Anntarah, le nom de sa marque, évoque le doux son de la flûte andine et incarne la féminité et la beauté des pièces qu'elle conçoit. Ses collections, inspirées par des éléments culturels péruviens comme la danse « marinera nortena » ou les paysages du lac Titicaca, mêlent histoire, géographie et traditions dans un univers riche et vibrant. L'héritage inca, une source d'inspiration intarissable Le parcours de Jessica Rodriguez est marqué par des rencontres déterminantes. Après des études en administration des entreprises, elle part en France dans le cadre d'un échange culturel. Ce séjour à Paris lui ouvre de nouvelles perspectives. « Je suis venue en France pour apprendre le français, mais j'ai découvert un nouveau monde », confie-t-elle. À son retour au Pérou, elle travaille dans une usine de transformation de fibres d'alpaga, où elle est chargée d'accompagner des clients étrangers dans les montagnes pour leur montrer l'habitat des alpagas. C'est lors de ce voyage qu'elle prend conscience de la beauté et de la valeur de son héritage. « La première fois que je suis allée là-bas, je n'arrivais pas à croire à quel point c'était beau. J'ai su alors que je passerais le reste de ma vie à faire quelque chose en lien avec cet héritage », raconte-t-elle. Cette révélation la pousse à créer Art Atlas, une structure spécialisée dans la confection de vêtements en alpaga et coton, puis la marque Anntarah, qui lui permet de partager sa passion avec le monde entier. L'autonomisation des femmes, une priorité absolue Pour Jessica Rodriguez, l'entrepreneuriat ne se limite pas à la création de vêtements. C'est aussi un moyen de redonner du pouvoir aux femmes rurales du Pérou, souvent confrontées à des conditions de vie difficiles. « Il y a beaucoup de femmes au Pérou qui n'ont pas pu finir l'école, explique-t-elle. Je me souviens d'une rencontre marquante dans les Andes, avec une mère de famille qui m'a dit : "J'aimerais bien apprendre à tricoter". » Cette rencontre est le point de départ d'un projet ambitieux : la création de programmes de formation pour les femmes leur permettant d'acquérir des compétences en tricot et en tissage. Ces formations leur offrent une indépendance financière et la possibilité de subvenir aux besoins de leur famille. « Investir dans une femme, ce n'est pas investir dans une personne, c'est investir dans une famille, une communauté entière », souligne Jessica Rodriguez. Grâce à son engagement, elle a également pu construire des écoles pour les enfants défavorisés du Pérou, en collaboration avec des partenaires internationaux. « J'ai montré qu'avec peu de ressources, on peut faire un énorme changement dans la vie de beaucoup de femmes, simplement avec la volonté de leur enseigner à être indépendantes », affirme-t-elle. Préserver l'alpaga, un combat pour l'avenir Comme présidente de l'Association internationale de l'alpaga, Jessica Rodriguez œuvre pour préserver cette fibre unique, dont le Pérou est le premier producteur mondial. « Tout cet amour pour le Pérou, pour notre héritage, m'a amenée à travailler pour toute la chaîne de valeur de l'alpaga », explique-t-elle. Contrairement à d'autres industries textiles, comme celle de la laine de mouton, la filière de l'alpaga reste intégrée et locale, ce qui en fait un modèle de durabilité. Jessica Rodriguez milite pour que cette industrie reste entre les mains des Péruviens et ne subisse pas les mêmes dérives que d'autres filières. « Nous ne voulons pas que l'alpaga soit détruit. Nous devons travailler pour que cette chaîne de valeur continue de prospérer, tout en aidant les petites entreprises à se développer », insiste-t-elle. Pour elle, l'alpaga n'est pas seulement une fibre : c'est un symbole de résilience, de tradition et d'espoir pour les générations futures. Jessica Rodriguez prouve que la mode peut être bien plus qu'un simple secteur économique. C'est un levier de changement social, un moyen de préserver un héritage culturel et de redonner du pouvoir aux communautés. Son histoire nous rappelle que la passion, lorsqu'elle est guidée par l'engagement, peut transformer des vies. Abonnez-vous à 100% création : 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté.  Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
Jérémy Pradier-Jeauneau, designer aux multiples facettes, incarne une approche du design français où créativité, patrimoine et collectif se rencontrent. Présent au PAD Paris, le salon des arts décoratifs, du 8 au 12 avril 2026, il y présente des pièces uniques, fruits d'un dialogue entre objets anciens et créations contemporaines. Son parcours, marqué par des influences cinématographiques et une passion pour l'artisanat, interroge la place du designer dans un monde en constante évolution.  « Le talent des autres n'enlève rien au mien », clame Jérémy Pradier-Jeauneau, designer et galeriste. Né à Versailles, il a grandi dans un environnement où l'histoire, le patrimoine et les savoir-faire occupent une place centrale. Cette influence marquante a forgé sa sensibilité artistique et son attachement à la transmission. Jeune adulte, il se tourne vers Paris pour explorer sa passion pour l'art et le cinéma, un univers qu'on lui présentait comme inaccessible. Pourtant, Jérémy Pradier-Jeauneau en fait son métier, découvrant très tôt la force du collectif, une leçon apprise sur les plateaux de tournage. Comme il le souligne, un film repose sur l'orchestration de talents variés, et cette dynamique collaborative devient une philosophie de vie. Sa grand-mère, figure importante dans son parcours, lui a inculqué une conviction fondatrice : « Le talent des autres n'enlève rien au mien. » Cette idée, qu'il applique aussi bien dans le cinéma que dans le design, guide ses choix et ses collaborations. Après une expérience comme producteur junior, il ouvre en 2014 un stand aux Puces de Saint-Ouen, marquant le début d'une nouvelle aventure où il mêle intuition, dialogue entre les époques et défense de talents émergents. Le design comme dialogue entre passé et présent C'est aux Puces de Saint-Ouen que Jérémy Pradier-Jeauneau affine son approche du design, qu'il aborde comme un terrain de jeu où se croisent histoire et contemporanéité. Son parcours d'antiquaire lui permet de développer une identité singulière, fondée sur l'art de faire dialoguer des pièces anciennes – comme celles de Pierre Guariche ou Charlotte Perriand – avec des créations d'artistes émergents. Cette démarche, à la fois esthétique et conceptuelle, séduit rapidement clients et presse. Pour lui, le design n'est pas seulement une question de forme ou de fonction, mais un moyen d'interroger notre époque à travers le prisme du patrimoine. Son travail, souvent qualifié de « bourgeois » en raison de ses références classiques (sofas, consoles, fauteuils), dépasse pourtant les codes traditionnels. Il y intègre des questionnements personnels, des doutes et des réflexions sur le monde actuel, transformant chaque pièce en un récit. Son processus créatif, intuitif et collaboratif repose sur des échanges constants avec des artisans, dont le savoir-faire est essentiel pour donner vie à ses idées. L'artisanat au cœur de la création : entre transmission et lâcher-prise Jérémy Pradier-Jeauneau insiste sur l'importance des artisans dans son travail. Bien qu'il se définisse comme un « jeune designer » encore en exploration, il reconnaît ne pas maîtriser lui-même les techniques de fabrication. Son talent réside plutôt dans sa capacité à transmettre ses intentions avec précision tout en acceptant une part d'interprétation de la part des artisans. Cette collaboration, qu'il compare à la relation entre un réalisateur et son équipe, est au cœur de sa démarche. Par exemple, son partenariat avec un atelier de céramique lui permet d'explorer de nouvelles matières et formes, prouvant que la création naît souvent d'une alchimie entre vision artistique et expertise technique. Pour lui, le design est une « épreuve d'humilité » : il faut composer avec la fonction, dialoguer avec les contraintes et parfois s'y soumettre. Cette approche, nourrie par son expérience cinématographique, fait de chaque projet une aventure collective où le résultat final dépasse souvent l'idée initiale. Entre défis et projets : l'avenir d'un designer aux multiples casquettes Aujourd'hui, Jérémy Pradier-Jeauneau navigue entre plusieurs rôles : designer, galeriste, antiquaire et directeur artistique. Cette pluralité, bien que stimulante, représente aussi un défi, notamment en termes de gestion du temps et d'équilibre entre ses différentes activités. En 2023, après près de dix ans de gestation aux Puces de Saint-Ouen, son travail de designer a enfin pris son envol, avec des collaborations marquantes. Pourtant, il reste conscient des réalités du métier, entre fantasme et précarité, tout en soulignant la beauté de la diversité du design, qui va de l'objet du quotidien à la pièce de collection. Pour 2026, il envisage de recentrer son énergie sur ses propres collections, tout en continuant à défendre les talents émergents. Sa participation au PAD (Salon des Arts Décoratifs) en avril marque une étape clé, où il présentera des projets en dialogue avec des artistes. Son mot d'ordre ? « ​​​​​​​Faire ce qui me plaît. » Une philosophie qui résume son parcours : un mélange d'audace, de passion et de fidélité à ses valeurs. Abonnez-vous à 100% création :  100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
Découvrez Sandra Resende, artiste textile que nous avons rencontré lors de la biennale « De Mains de Maîtres » au Luxembourg. Une édition qui a mis en avant une centaine d’artistes sous le thème : Nature singulière. Sandra Resende, artiste textile résidant au Luxembourg, est née au Mozambique et elle a grandi au Portugal, façonnée par un environnement où l’artisanat familial était central.   J'ai grandi entourée de toutes ces traditions et de ce savoir-faire manuel, ce qui est devenu quelque chose de naturel pour moi Sandra Resende évoque ses influences, notamment ses tantes couturières et sa mère pratiquant le crochet. Ces expériences ont profondément influencé son rapport au geste, à la matière et à la création. Sandra Resende a étudié la philosophie au Portugal et a développé une pratique théâtrale à l’université avant de se tourner vers les arts visuels. C'est finalement le textile qui est devenu son moyen d'expression privilégié. « J'ai véritablement commencé ma carrière dans le théâtre », se remémore-t-elle. Son parcours artistique l'a amenée à travailler avec des marionnettes et à explorer le monde des vêtements, cultivant ainsi son goût pour le travail manuel. Une pratique autonome et évolutive Depuis 2018, l’expérimentation textile de Sandra Resende s'est enrichie de techniques telles que le tissage, le crochet et le macramé. « Cela a pris une ampleur particulière avec le Covid », note-t-elle. Le confinement lui a permis de produire davantage de tapisseries et de suivre des cours à distance, ce qui a été un véritable déclic pour elle. « C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à prendre les choses un peu plus au sérieux », confie-t-elle. Son engagement dans le monde de l'art s'est intensifié, avec des propositions d'exposition et l'intégration dans un collectif d'artistes textiles au Luxembourg. Sandra Resende privilégie une formation autonome, s'appuyant sur des livres techniques et l'expérimentation personnelle. « J'adore lire sur le processus de création, pas seulement dans le domaine du textile », affirme-t-elle. Son approche curieuse et sa volonté de bricoler ont conduit à une intégration harmonieuse de différentes techniques dans ses tapisseries. Même sans diplôme, elle a suivi des workshops avec des artistes et artisans au Portugal pour approfondir ses compétences.   Elle relie ses expériences passées, telles que la poésie, la musique et le théâtre, à ses créations textiles. « J'ai trouvé dans les arts textiles un moyen de m'exprimer », déclare-t-elle, soulignant que son parcours alimente sa créativité. « J'écoute beaucoup de musique et je lis énormément de poésie, et tout cela nourrit mon travail. » Pour Sandra Resende, chaque pièce est une extension de sa personnalité et un moyen de transmettre ses pensées et ses goûts. Un engagement éthique et responsable Sandra Resende privilégie les matériaux naturels, notamment la laine, et réutilise des fibres et tissus récupérés pour limiter le gaspillage. « Je souhaite principalement travailler avec des matières naturelles, car elles sont nobles et authentiques »​​​​​​​, insiste-t-elle. Cela fait partie de sa démarche responsable vis-à-vis de l'environnement. Elle collecte des échantillons destinés à être jetés, provenant de magasins, et utilise des morceaux de laine inutilisés donnés par d'autres. «​​​​​​​ J'essaie d'être responsable dans mes achats ​​​​​​​», déclare-t-elle, tout en soulignant l'importance de la responsabilité collective face à l'état de la planète. Au-delà de la technique, Sandra Resende met l’accent sur la dimension expressive de son art. «​​​​​​​ J'ai une approche très intuitive de mon travail », explique-t-elle. Parfois, elle commence par une simple expérimentation, attirée par une matière, et d'autres fois, elle réfléchit à un thème spécifique. «​​​​​​​ Je peux avoir différents points de départ, mais le résultat final n'est pas toujours conforme au croquis initial », précise-t-elle, illustrant sa flexibilité créative. Sandra Resende aborde également les enjeux liés à la valorisation de l’artisanat au Luxembourg. Elle souligne le manque d'écoles spécialisées et l'importance de créer des lieux d’apprentissage pour transmettre les savoir-faire artisanaux. «​​​​​​​ La tradition universitaire au Luxembourg est assez récente », note-t-elle, et elle plaide pour une meilleure éducation dans ce domaine. Elle craint que des savoir-faire anciens ne se perdent à mesure que les jeunes générations montrent moins d'intérêt pour ces métiers qui nécessitent patience et dévouement. Sandra Resende incarne une artiste moderne qui marie tradition et innovation, tout en valorisant le savoir-faire artisanal et des pratiques durables. Son travail est non seulement une exploration personnelle, mais aussi une réflexion sur l'importance de l'artisanat dans notre société contemporaine. «​​​​​​​ Il est crucial de ne pas perdre cette transmission ​​​​​​​», conclut-elle, rappelant la nécessité de réactualiser ces savoirs pour les adapter au monde d'aujourd'hui. À lire aussiPhilippe Moevi et Packoa: tissus, maroquinerie et culture africaine Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. 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Découvrez Packoa, la marque de maroquinerie moderne de Philippe Moevi. Elle allie cuir et tissus africains, valorisant l'artisanat local et une mode éthique. Une fusion d'élégance et de culture africaine à portée de main.  Philippe Moevi, fondateur de la marque Packoa, se consacre à une maroquinerie au design moderne, alliant cuir et tissus africains. Sa passion pour cet artisanat a émergé presque par hasard, et il s'est engagé à collaborer avec des artisans en Afrique. En produisant des pièces en petites séries, il garantit l’originalité de chaque création. « Je ressens une fierté en voyant des gens porter mes produits », déclare-t-il, soulignant son désir de promouvoir l'artisanat africain au-delà de la communauté afro, en touchant un public varié lors de ses expositions.  Le nom Packoa vient du mot anglais pack, qui signifie emballer, en lien avec sa production de sacs à dos. Le « oa » fait référence à l'Afrique de l'Ouest, sa région d'origine, créant ainsi un lien harmonieux dans le nom de sa marque. Philippe Moevi, originaire du Togo et ayant grandi à Lomé, a étudié en France avant de se lancer pleinement dans la maroquinerie en 2022, valorisant ainsi le cuir et les tissus africains.  Valorisation des savoir-faire africains et engagement durable  Philippe Moevi est particulièrement attentif aux conditions de travail des artisans locaux. Son engagement pour la valorisation de l’artisanat africain s'est intensifié après avoir été touché par l’histoire d’un maroquinier sénégalais qui aspirait à un avenir meilleur en Europe. « Ce maroquinier, qui avait du mal à s'en sortir au Sénégal, aspirait à un avenir meilleur. Nous lui avons demandé s'il serait prêt à rester s'il recevait de l'aide et il a accepté. Cela montrait clairement que sa motivation était économique. Il a mentionné que son rêve était d'avoir son propre atelier à Dakar et sa propre boutique pour commercialiser ses créations », raconte Philippe, révélant ainsi les défis économiques auxquels font face de nombreux artisans.  Afin d'éviter que ces talents ne quittent leur pays, Philippe Moevi met en avant le savoir-faire africain. Après le Sénégal, le fondateur de Packoa installe sa production dans un atelier au Maroc et source ses tissus en Afrique, principalement au Mali. Ses choix de matériaux, comme le coton bio utilisé pour le bogolan, témoignent de son engagement envers une mode durable. « Je m'assure que tout est fait dans le respect d'une certaine éthique et de bonnes conditions de travail », assure-t-il, soulignant l'importance de la transparence dans la chaîne de production.  Le bogolan, un tissu traditionnel fabriqué à partir de coton brut et teint naturellement avec des décoctions à base de plantes, est particulièrement cher à son cœur. Ce tissu, riche en histoire et en symboles, est devenu un élément clé de ses créations, apportant une profondeur culturelle et artisanale à ses sacs.  Créativité et innovation au service d'une marque éthique  La créativité est au cœur de la marque Packoa, où Philippe Moevi impulse le design de ses produits. Travaillant avec des designers, il allie ses idées et esquisses à leur expertise pour créer des sacs uniques. « J'ai vraiment fourni les esquisses et les idées initiales », explique-t-il. Son approche évolutive l'incite à constamment chercher de nouveaux tissus et designs, tout en diversifiant ses collections.  Les réseaux sociaux jouent un rôle crucial dans la promotion de Packoa, permettant à la marque de toucher un public plus large. « Sur les réseaux sociaux, j'ai constaté environ 99,9 % de commentaires élogieux concernant la marque », se réjouit-il. Cette reconnaissance de la communauté afro et d'autres soutient son initiative et renforce son engagement pour l'artisanat africain.  Philippe Moevi ressent un véritable soutien de la part de ceux qui voient un Africain se lancer dans la création d'une marque valorisant la culture de son continent. « ​​​​​​​C'est un aspect fondamental que j'ai découvert : ce soutien et cette envie de porter l'Afrique, d'en être fier », souligne-t-il, notant que les jeunes générations expriment aussi un désir de renouer avec leurs racines africaines.  Son rôle d'entrepreneur le pousse à s'impliquer dans divers domaines, y compris le marketing. « ​​​​​​​C'est un métier complet qui nécessite d'être impliqué dans de nombreux domaines », conclut-il, affirmant sa passion pour la création et son engagement envers la culture africaine.  Ainsi, Packoa incarne une maroquinerie moderne qui allie tradition, innovation et responsabilité sociale, tout en mettant en lumière la richesse culturelle de l'Afrique à travers des créations uniques et élégantes.  À lire aussiCandice Aubert-Dhô ou comment une artisane d'art tisse sans métier à tisser Abonnez-vous à 100% création  100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté  Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
Candice Aubert-Dhô, est une artisane d’art et une artiste textile engagée, reconnue pour ses œuvres sur mesure qui allient textile, céramique, bois et métal. Originaire du sud de la France, elle a débuté sa carrière dans le secteur de l’édition avant de se tourner vers le tissage à l’âge de 30 ans. Cette pratique, qu’elle a apprise par elle-même, lui a permis de développer une technique unique : tisser sans métier à tisser. Nous l'avons rencontrée à « Oh my laine ! », évènement organisé par Lainamac, une association de la filière laine française.  Pour Candice Aubert-Dhô, le tissage est bien plus qu'un simple artisanat : il symbolise « la diversité et l’harmonie, représentant les liens qui unissent l’humanité ». Son travail est le reflet de sa curiosité et de sa quête de sens, transformant chaque création en une démarche artistique.  La création d’œuvres d'art peut être intimidante. Comme elle le souligne, « toute œuvre d'art n'existe que par le regard de celui qui l'observe », nourrissant une réflexion sur la perception et l’interprétation. Cette démarche est fascinante, car elle représente un défi personnel qui implique de se révéler à soi-même et aux autres. Candice éprouve également une grande satisfaction à découvrir ses propres réalisations : « Il m'arrive parfois d'être surprise par mes propres réalisations, et j'éprouve un grand plaisir à cela ». Engagement pour la durabilité et des matériaux locaux L'engagement de Candice Aubert-Dhô pour la durabilité se manifeste dans son choix de matières premières. Elle privilégie le sourcing local, traçant chaque matériau qu’elle utilise, que ce soit de la laine mérinos d'Arles ou du lin européen : « ​​​Actuellement, je travaille beaucoup avec des matériaux tels que la céramique, le bois et le métal, expose-t-elle. Ce projet est en phase de démarrage, et toutes les matières sont tracées ». Elle veille à ce que le lin soit d'origine française et la laine sourcée en France. Candice Aubert-Dhô collabore avec des ébénistes locaux de la région de Marseille et de la Camargue, illustrant l'importance des savoir-faire locaux tout en respectant une démarche éthique. Par exemple, elle travaille régulièrement avec Florence Lucchini pour la céramique, soulignant la nécessité d'évoluer dans un circuit court. Elle s'assure également de la provenance des matériaux, en n'hésitant pas à interroger les fournisseurs sur les origines et les pratiques de production.  « Il s'agit ainsi de s'assurer que les laines sont françaises ou recyclées et/ou revalorisées, dans un souci de réduire l'impact carbone, en visant la cohérence », souligne-t-elle.  À lire aussiMuriel Blanc Duret, une artiste textile engagée dans le tissage Exploration créative et symbolique du tissage La pratique artistique de Candice Aubert-Dhô est marquée par une exploration constante et une recherche de liberté créative. Elle tisse sur des cercles et utilise des structures réalisées sur mesure, ce qui lui permet de développer ses propres techniques : « Je ne possède pas de métier à tisser traditionnel, précise-t-elle. J'utilise des structures que je fais réaliser sur mesure ». Cette approche unique lui permet d’expérimenter librement, chaque pièce étant le résultat d'une errance créative. La symbolique du tissage est centrale dans ses œuvres. Pour Candice Aubert-Dhô, « le fil, c’est du lien, de la rencontre, de l’humanité ». Elle se concentre ainsi sur l'idée des choix qui guident notre existence. « Dans la vie, nous commençons tous, en règle générale, au même point de départ, et les choix que nous effectuons orientent notre existence. »  Son expérience avec le tissage reflète cette dynamique de choix et d'errance, où elle se laisse porter par le cours des événements. « Cette notion d'errance fait partie intégrante de ma recherche artistique, car c'est souvent dans l'absence de recherche que je fais des découvertes », confie-t-elle. Candice Aubert-Dhô reconnaît l'importance des rencontres avec d'autres artisans et clients, qui enrichissent son parcours et nourrissent son processus créatif : « Cette avancée fait partie intégrante de mon aventure, et il est essentiel de l'accepter ».  À lire aussiL. E Créations, tissages ivoiriens : objets de fierté culturelle Un art éthique et harmonieux Candice Aubert-Dhô propose une démarche éthique, et cherche à créer une harmonie entre l’homme, la matière et la planète : « À l'image de notre humanité, nous cohabitons sur cette planète, tous différents, mais formant un tout ». Sa vision du tissage est empreinte de cette symbolique forte, où chaque pièce devient une unité composée de la laine, des textiles et de la céramique. « Ce processus implique la mise en œuvre de nombreux savoir-faire pour donner naissance à quelque chose de plus grand que nous », observe la créatrice. Les couleurs jouent également un rôle essentiel dans son travail. En effet, Candice Aubert-Dhô aime utiliser des teintes qui évoquent son origine méditerranéenne, comme les nuances de bleu et d'ocre. « Ces couleurs évoquent également la lumière, la mer et le blanc des calanques », décrit-elle. Ainsi, chaque œuvre devient le reflet de son identité artistique. Pour Candice Aubert-Dhô, le tissage symbolise la capacité à transformer la diversité en harmonie. « Bien qu'il puisse exister une forme de chaos, nous avons la capacité de l'orienter vers l'harmonie. » Cette approche instinctive de la création fait de son travail une véritable exploration artistique, où chaque pièce est unique et chargée de sens. « Finalement, il devient assez instinctif, à un moment donné, de créer quelque chose d'unique, bien que composé d'éléments très divers », conclut-elle.  En somme, Candice Aubert-Dhô est une artiste qui combine habilement tradition et innovation, s'engageant pour un art durable qui tisse des liens entre l'homme et la matière. À lire aussi«Tisser, Broder, Sublimer», une exposition consacrée aux métiers de l'ombre dans la mode Abonnez-vous à 100% création Une chronique disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer, Google Podcast, Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
Caroline Bouvier, ancienne athlète et autodidacte dans la mode, mêle passion, art, sport et engagement social pour donner vie à sa maison de couture. Elle offre un accompagnement personnalisé, aux femmes comme aux hommes, pour un vestiaire adapté à chaque besoin et à chaque morphologie. Un moment privilégié où chacun peut donner vie à ses rêves vestimentaires, pour un mariage comme pour le quotidien. Caroline Bouvier croit en la force de l'artisanat, de la transmission et de la mode responsable. Installée à Montpellier, dans le sud de la France, nous l'avons rencontrée lors de la dernière édition de la semaine de la mode, le YAS FIMO, à Lomé au Togo. « C'est ma vie. Je suis créative pour la mode, mais j'adore créer des événements aussi. En plus, j'étais dans le monde de la gymnastique chorégraphe, je créais des chorégraphies pour mes gymnastes. Je crée des liens pour faire avancer, que ce soit l'économie ou le monde des femmes, explique la fondatrice de la maison de couture éponyme. Cela fait partie de moi. J'ai créé une association de métiers d'art où je suis en lien avec plein d'amis artistes. Je crée des moments de rencontres, des événements. » Née à Calais, d'un père dentelier et d'une mère professeur de gymnastique, Caroline Bouvier a eu une première vie dans le sport de haut niveau, en tant qu'athlète, entraîneur et juge international en gymnastique rythmique. Après avoir participé aux Jeux olympiques d'été d'Atlanta, en 1996, de Sydney, en 2000 et d'Athènes, en 2004, Caroline Bouvier conçoit des justaucorps, intégrant de la dentelle dans des vêtements techniques, une innovation qui lui vaut rapidement une renommée dans le monde artistique et sportif : « Je pense que j'ai été l'une des premières couturières non professionnelles à flirter avec la matière synthétique que l'on appelle communément le lycra. Pour ma part, j'ai commencé par cette matière, qui était pour moi une véritable seconde peau. J'ai donc conçu mes patrons en fonction de mes besoins et de ceux des gymnastes, ce qui m'a permis de tout revisiter. C'est d'ailleurs ce qui a contribué à faire connaître mon nom dans le milieu de la gymnastique. J'ai débuté par la gymnastique rythmique, mais au fil des ans, j'ai travaillé dans divers domaines artistiques. J'ai également habillé de nombreux athlètes de haut niveau dans des disciplines telles que le patinage, la natation synchronisée, la voltige équestre et le fitness. J'ai vraiment collaboré avec toutes les fédérations, ce qui reflétait déjà ma propre expérience en tant qu'athlète. Je comprenais les besoins techniques des matières qui doivent rester immobiles, ainsi que des tenues qui doivent être très près du corps et ne pas se déplacer pendant les exercices. Tout cela m'a été d'une grande aide en tant que néophyte, véritable autodidacte, pour me lancer et réaliser des créations qui n'existaient pas encore. » Une vision unique de la mode À 40 ans, après une carrière internationale dans le sport puis la création de vêtements techniques, Caroline Bouvier décide de se lancer dans la mode. Autodidacte, elle crée sa maison de couture à Montpellier, en 2015. Elle se rappelle : « En 2008, une crise économique a émergé, entraînant une concurrence accrue et une évolution dans le monde de l'habillement qui ne me convenait pas forcément. Mon style est plutôt sobre et élégant, ce qui reflète vraiment mon état d'esprit. C'est ainsi que je me suis progressivement tourné vers la mode. Les gymnastes que j'habillais sont devenues des femmes et ont commencé à se marier, ce qui m'a amenée à recevoir des demandes pour leurs robes de mariage. C'est à ce moment-là que j'ai rencontré Chantal, ma première assistante d'atelier, qui avait une solide formation technique. J'ai compris qu'avec elle, je pouvais explorer le monde de la mode tout en conservant mes méthodes de travail. Je reçois mes clientes comme je recevais mes gymnastes. Elles expriment leurs besoins et leurs envies, et je leur propose des matières et des dessins. Chaque modèle est donc vraiment unique, car je ne fais aucune série. Tout est conçu en fonction de leurs désirs, de leurs besoins et de leur morphologie, tout comme je le faisais pour les justaucorps. Je travaille beaucoup sur la morphologie. En parallèle, je crée également des vêtements en fonction de mes inspirations et des énergies qui m'habitent lorsque je découvre un tissu. Pour moi, ce sont les tissus qui parlent, et quand un tissu attire mon attention, l'idée vient immédiatement. À ce moment-là, j'ai un besoin impérieux de créer. » Son histoire et son parcours sont des sources d'inspiration pour la designer : « Je suis d'origine italienne et j'ai passé toute mon enfance et ma vie en Italie, imprégnée de la culture italienne. La ''dolce vita'' m'inspire énormément. Inconsciemment, le monde de la danse et de la gymnastique, dont je fais partie, influence également ma créativité. J'aime mettre en valeur la silhouette féminine, c'est pourquoi je travaille avec des formes très structurées. Souvent, on me dit que je ne m'adresse qu'aux femmes minces, mais c'est faux. Ma clientèle est composée de femmes âgées de 30 à 70 ans qui aiment s'habiller et qui recherchent des pièces structurées, que l'on ne trouve pas facilement dans le commerce. J'aime sublimer leurs formes et les aider à s'affirmer. Même celles qui se cachent derrière leurs complexes, je m'efforce de les encourager à les dépasser avec élégance. Je pense que, notamment dans les années 1950 et dans la mode italienne, nous sommes vraiment en phase avec l'esprit parisien, qui est similaire. J'adore les créations de designers tels que Balenciaga et Elie Saab, ainsi que tous ceux qui ont su travailler les silhouettes. La structure du vêtement m'inspire énormément. » L'artisanat au cœur de la création Caroline Bouvier aime détourner les codes, improviser, sortir de sa zone de confort pour créer des vêtements uniques. « Ce qui est intéressant, c'est que lorsque l'on a les yeux rivés sur l'extérieur et que l'on s'ouvre un peu, on réalise que ce monde est assez particulier, marqué par de nombreux égos. Pour ma part, je viens du monde du sport, où l'esprit d'équipe prévaut. Cependant, dans cet univers, j'ai souvent ressenti une grande solitude et un certain isolement. Je m'investis dans l'organisation d'événements avec des amis artisans d'art, tels que des joailliers, des ébénistes et d'autres professionnels travaillant le métal. Je collabore également avec d'autres couturiers. Ma première assistante, Chantal, était une créatrice qui avait son propre atelier lorsque nous nous sommes rencontrées. Malheureusement, son atelier a périclité. Quand j'ai appris qu'elle avait dû arrêter, je lui ai proposé de venir travailler avec moi. Il était hors de question qu'une personne avec un tel parcours se retrouve à vendre au supermarché. Ce qui fait notre force, c'est que nous avons décidé de détourner un peu les codes. Nous dévions des normes très couture et sortons de notre zone de confort, ce qui rend notre binôme très efficace. Bien sûr, il arrive que nous ayons des désaccords, surtout lorsque la créatrice a une idée précise et que je souhaite apporter ma vision. Il y a des éléments essentiels, certes, mais ces discussions permettent de donner d'autres volumes et structures à nos créations lorsque nous dévions un peu. » Caroline Bouvier collabore avec des artisans d'art ou des artistes. Elle saisit toutes les opportunités de créer ensemble : « J'ai rencontré une artiste peintre dont j'ai adoré les œuvres lumineuses, aux influences afro, pleines de gestes, de mouvements et de couleurs. Ces teintes résonnaient avec mes préférences : le rose, le vert, le noir. J'ai été particulièrement touchée par les représentations de mouvements féminins qu'elle captait. Elle a également apprécié mes collections. Nous avons commencé à réfléchir à un projet, car nous devions organiser un événement assez classique. Je lui ai alors expliqué que ce n'était pas envisageable, que nous ne pouvions pas nous contenter d'un événement banal, trop attendu et cliché. Je lui ai dit : "Ce que j'aimerais vraiment, c'est me frotter à la toile de peinture. Peux-tu me créer des métrages de peinture ?" Je lui ai proposé de couper des vêtements en utilisant cinq ou six pièces phares de mes collections, en les associant à ses toiles. Nous avons décidé de créer une exposition ensemble, un projet audacieux. Elle m'a peint 20 mètres de toile, tandis que je lui présentais mes dessins. J'ai conçu une jupe, une petite cape, un manteau, une traîne, ainsi qu'une jupe courte et une jupe longue, soit au total cinq ou six pièces. Nous avons travaillé en atelier avec cette toile de peinture, ce qui s'est avéré assez complexe. Toutefois, ce défi m'a permis d'associer ces créations à du velours noir et à des couleurs très flashy. Nous avons organisé un grand événement autour de la femme, qui a culminé avec une magnifique exposition et un défilé. » « La créativité, elle, exige une implication totale ; elle vous prend toute votre vie » Caroline Bouvier doit jongler entre création, gestion, vie de famille, et parfois faire face à la solitude du petit artisan : « Ma vie, c'est mon métier. Cela prend beaucoup de temps et demande énormément d'énergie, notamment en ce qui concerne la créativité. La plus grande difficulté, lorsque l'on est un petit artisan comme moi, c'est que je ne dispose pas d'une grande structure avec du personnel pour gérer la communication, le commercial, la finance, etc. Ainsi, de nombreuses tâches incombent à ma seule personne, ce qui rend difficile l'octroi de temps pour imaginer sereinement des créations. C'est quelque chose qui me manque parfois, et je me sens souvent obligée de m'isoler pour un moment. J'essaie de trouver cette capacité à m'isoler, à faire comme une sorte de méditation. Je me dis alors : "Allez, j'écoute de la musique, et cela va m'inspirer de nouvelles idées." Le quotidien, avec les factures, les devis et les rencontres, est très chargé. Presque tous les jours, j'a
À la croisée de la tradition et de l’innovation, Sophie Théodose, enlumineuse contemporaine, revisite des techniques médiévales pour créer des œuvres modernes, durables et porteuses de sens. Sophie Théodose sort l’enluminure des livres. Tableaux, sculptures, panneaux décoratifs, vases et luminaires, chaque objet se prête à cet art, donnant vie à une enluminure nomade et en volumes. Nous l’avons rencontrée dans son atelier avant la présentation de ses œuvres au Petit Palais lors d’une exposition internationale d'envergure, The Art of Making, du 24 février au 1er mars, à Paris. Je ne sais pas à quoi peut correspondre une vie si on ne crée pas. Sophie Théodose, artiste et enlumineuse contemporaine « La création passe par tellement de vecteurs. Vous n'êtes pas obligé de dessiner pour créer un chef-d'œuvre, vous pouvez juste redonner une nouvelle ambiance à votre vitrine ou à ces choses-là.  C'est rare que j'aie la tête vide au point de ne rien pouvoir faire de toute une journée. » Née en Normandie, dans une famille d’agriculteurs, Sophie Théodose a grandi entourée par la nature, avec des valeurs de simplicité et le respect du travail bien fait. « Quand on travaille la terre et qu'on vit avec des animaux, on apprend à aller à l'essentiel et à ne pas gâcher. Et finalement, cela a toujours bercé mon travail. Donc, quand je suis venue à l'enluminure après d'autres études, j'ai découvert que l'on pouvait déjà travailler sur du parchemin, qui était une peau, donc une revalorisation d'un déchet, puisque sinon, cette peau animale aurait été jetée. Au Moyen Âge, il fallait absolument travailler avec ce qu'on avait sous la main. Qu'est-ce qu'on avait sous la main ? Des animaux, une basse-cour, des champs, et on allait à deux ou trois kilomètres à la ronde pour récupérer de la terre pour certains pigments, des végétaux pour d'autres pigments. Comme on ne connaissait pas le papier au Moyen Âge, en tout cas en Europe occidentale, c'est-à-dire en gros par chez nous, et qu'on avait beaucoup de mortalité animale, on récupérait la peau. L'animal n'était pas mangé s'il était mort de sa belle mort, ou mort d'une maladie quelconque, mais au moins, on récupérait tout ce qui pouvait l’être, y compris la peau, pour écrire et dessiner dessus. C'est mon métier. » Après son baccalauréat, Sophie Théodose intègre une école de mode et exerce plus de 15 ans dans le monde de la haute couture. Mais passionnée par l’histoire de l’art roman, elle découvre l’enluminure. En 2005, elle se lance, dans l’apprentissage de cette technique médiévale. « Je ne dis pas que j'avais fait le tour de la mode parce qu'on n'a jamais fini, mais c'était un moment pour moi où il fallait que je change. J'ai rencontré un autre professeur qui s'appelle Benoît Cazelles, spécialisé en enluminure. J'ai commencé à apprendre l'enluminure de manière assez intense. J'ai passé mon temps à regarder encore et encore, à analyser ce que j'avais, à observer et à copier l'enluminure que je venais d'étudier. Ce mécanisme du regard et de la pensée constitue une sorte de recette qui fait que, par la suite, vos mains savent où aller. Votre main, elle va tenir le crayon, mais elle va aussi dessiner en fonction de ce que vous avez dans la tête. Tout cela constitue une démarche très importante quand on pratique, je pense, n'importe quel métier manuel. Mais l'enluminure, c'était ça. » « Avant la Renaissance, il y avait le Moyen Âge, et les seules personnes qui peignaient, dessinaient et qui relataient une histoire, c'étaient les enlumineurs et éventuellement les calligraphes, qui peignaient sur une peau animale avec des pigments. En général, ils racontaient, expliquaient un texte, l'enluminaient, le mettaient en lumière. J'ai appris cette technique, mais je n'ai conservé que la technique, en enlevant délibérément le côté historique et médiéval pour donner un aspect beaucoup plus contemporain. Que vous soyez passionné d'histoire ou totalement néophyte, ou même que vous veniez d'un autre pays et que vous n'y connaissiez rien, ce n'est pas grave. Si vous ressentez une émotion en voyant ce que je fais et que cela vous plaît, alors j'ai gagné ! » L’expérimentation du volume : du plat au tridimensionnel Sophie Théodose maîtrise donc les connaissances ancestrales mais petit à petit, lassée de travailler sur du plat, elle y ajoute son imagination. 20 ans après, Sophie Théodose expérimente, encore, et repousse les limites de son art. « J'ai été tellement imprégnée par les encres, les plumes, la façon dont on prend le parchemin, comment on pose l'or. Je ne me posais plus vraiment de questions techniques. Je n'avais plus qu'à penser à ce que j'avais envie de transmettre ou, en tout cas, de raconter. Il y a un moment où j'ai été très frustrée, parce que le parchemin est un matériau qui, si on le considère comme une feuille de papier, est plat. Et moi, j'en avais ras-le-bol de travailler sur du plat, alors j'ai mis le parchemin de côté et je me suis mise à travailler un autre matériau qui s'appelle le papier mâché. J'ai donc travaillé le volume. Ah ! Quel bonheur ! Vous ne pouvez pas vous imaginer. Je faisais du rond, je faisais du plein, je créais du volume, je faisais du 3D, c'était génial ! J'étais très envieuse des céramistes qui réalisent des formes merveilleuses. Je regardais leur travail et tout à coup, je me suis dit qu'avec le parchemin, je pouvais peut-être m'approcher de la céramique. Aussi curieux que cela puisse paraître, parce qu'il y avait déjà cette couleur un peu blanchâtre, assez pure, à partir du moment où j'ai commencé à faire des tests : tremper dans l'eau, former, coller, etc., c'est venu tout doucement, j'ai découvert que je pouvais aussi travailler le volume avec le parchemin. » Sortir l’enluminure des livres En travaillant sur divers supports en plus du parchemin, comme le papier mâché ou le bronze, Sophie Théodose a su sortir l’enluminure des livres, en créant des objets en volume comme des luminaires. « Quand c'est venu, je travaillais sur un thème qui m'est très cher : le thème de l'eau, de la mer. L'idée de base, c'était de travailler les rouleaux, les rouleaux de la mer, et avant que le parchemin ne soit relié en codex, au Moyen Âge, on le mettait en rouleau. Je suis reparti sur l'idée d'enrouler mon parchemin et de le présenter en rouleau collé, puis de travailler les entrelacs et les mouvements de la mer sur ces rouleaux. Et puis, plus ça va, plus j'explore : je coupe, je troue, je dore à chaud. J'adore ce concept de rouleau qui devient un abat-jour. Il n'y a pas de carcasse. C'est juste un parchemin enroulé. Mais c'est très intéressant de travailler la lumière : le point chaud qui va éclairer la matière et révéler le grain de la peau. Ma lumière, c’est celle de ma peinture ou de mon or. Normalement, en peinture moderne, le blanc n'existe pas alors qu’au Moyen Âge, ça existait. Et s'il n'y en avait pas, c'était que ce n'était pas fini. Moi, j'adore cette idée de mettre du blanc justement pour accrocher la lumière et mettre l'accent sur un point. Quand je fais des luminaires, il faut que je fasse très attention à mon point d'allumage de l'ampoule, à ma lumière sur le parchemin, et que cela reste beau, éteint ou allumé. » Sophie Théodose aime sortir des sentiers battus en créant des objets décoratifs mêlant volume, lumière et textures. Lors du dernier Salon du patrimoine culturel, à Paris, elle a présenté un paravent sans pareil. « C'est un paravent, évidemment, en parchemin, mais j'ai également travaillé avec la maison Rennotte, qui est une maison d’artisan bronzier d’art. Nous avons créé ensemble. Les motifs floraux sont autant en parchemin qu'en bronze. Vous vous attendez à ce que la maison Rennotte ne fasse que des choses droites ? Ce n'est pas vrai. Et vous pensez que, moi, connaissant mon parchemin, il serait dans tous les sens ? Eh bien non. Exceptionnellement, cette fois-ci, mon parchemin a des rayures bien droites. Cela a été une expérience très intéressante. Ce sont les rencontres de la vie. J'ai de la chance. » Un processus créatif basé sur l’écoute et l’émotion Le processus créatif de cette enlumineuse contemporaine repose sur une écoute attentive. Elle imagine, teste, ajuste avec patience et passion. Mais tout commence par prêter attention aux demandes. « J'écoute la personne jusqu'à ce que j’aie une image dans la tête, très sûre de mon coup, il faut qu'il y ait une sorte d'étincelle qui crée une idée et puis, c'est parti. Après, il faut que j'aille vite. J'ai horreur de commencer un projet et d'être obligée de l'arrêter parce que je ne sais pas quoi et puis de le reprendre parce qu'on a un élan. Quand on a commencé un projet, si on l'arrête, c'est un peu comme un gâteau, vous ne pouvez pas le cuire en deux fois, enfin c'est très rare ! Bon là, c'est un peu cela. Vous avez cette énergie qui est là, une certaine énergie pour une certaine ambiance, pour une certaine personne. Peut-être que ceux qui jouent au théâtre ou au cinéma ont ce genre de sensation. Ils ne vont pas rester le personnage qu’ils jouent toute leur vie, mais pendant ce moment-là, ils sont ce personnage. Je suis dans cette énergie à fond. » En 2013, Sophie Théodose a ouvert son atelier, à Saint-Germain-en-Laye, en région parisienne. Elle y reçoit des étudiants ou de jeunes artistes, partage ses savoir-faire, ses astuces. « Avec la Fondation Michelangelo, nous avons effectivement la possibilité de travailler avec quelqu’un afin de transmettre son savoir-faire. Cela me tient beaucoup à cœur. Je n’ai pas encore trouvé la personne idéale. C’est une démarche très personnelle. Jusqu’où peut-on aller dans la transmission ? Parce que la transmission technique, oui, c’est automatique, c’est essentiel. Certains ne restent que trois semaines, d’autres, comme Lisa, sont restés un an. C’était toujours enrichissant de travailler avec eux. Les étudiants en architecture, au départ, viennent découvrir les métiers d’art. Ils s’imaginent qu’en quinze jours, ils appuieront sur un bouton et découvriront tout. F
Hamza Titraoui réinvente la mode en y mêlant art, culture japonaise et engagement écologique. Autodidacte passionné, il transforme les chutes de tissus en pièces uniques, sobres et raffinées. À travers sa maison Titraoui, il défend une mode éthique, inclusive, et très personnelle où chaque vêtement est inimitable. Avec sa maison, Hamza Titraoui ambitionne de faire évoluer la mode vers plus d’éthique, tout en conservant une esthétique raffinée et intemporelle. La création, c’est une démarche quotidienne. C’est ma façon d’être. Hamza Titraoui, fondateur de la Maison Titraoui « Je pense qu’il faut être touché par la grâce de la couture, car c’est une discipline extrêmement exigeante et complexe. Ce n’est pas seulement une question de moyens, c’est aussi une démarche qui implique de mettre son âme dans chaque vêtement. On travaille avec ses sens et chaque journée d’observation ou d’expérimentation nous enrichit. » Né à Gennevilliers, en région parisienne, Hamza Titraoui baigne dès son plus jeune âge dans l’univers des tissus avec un grand-père tapissier et une mère couturière. À cinq ans, il rêve déjà de transformer un simple morceau de tissu. « C’était une façon de vivre. Déjà à l’époque, j’étais fasciné par ma mère : avec un morceau de tissu ou un coupon, elle pouvait créer une robe magnifique. Elle passait plus de temps à la finition qu’à l’imaginer. C’était tous les détails qui m’attiraient. J’ai toujours voulu transmettre ces valeurs, celles que j’ai apprises au fil des rencontres et des expériences. J’ai travaillé dans la couture en tant que préparateur de commandes et d’autres métiers mais toujours avec du tissu en main. » Cet amoureux des étoffes fonde sa marque en 2022 : Maison Titraoui. Il récupère les chutes de tissus, des coupons ou stocks dormants, pour en faire des pièces uniques. Engagé, il refuse la mode jetable. « La récupération est au cœur de mon travail. Je récupère des chutes de tissus, parfois très petites, que je transforme en pièces de luxe. Je peux travailler avec 50 cm ou avec plusieurs mètres, selon la pièce envisagée. Par exemple, des coupons venus du Japon ou inspirés de Gustav Klimt. J’ai toujours voulu créer un défilé en hommage à des œuvres d’art, comme celles de Picasso ou Klimt. La matière, sa texture, ses motifs, m’inspirent beaucoup. Je garde souvent les chutes pour des détails ou des rappels dans d’autres créations, en mélangeant différentes textures, tout en travaillant avec amour, pour que chaque pièce soit cohérente. » Chaque création d’Hamza Titraoui est pensée : précision des lignes et simplicité des formes. Sur-mesure ou vêtement unique, c’est une étape dans l’apprentissage selon Hamza Titraoui. « C’est une alchimie entre rigueur et imagination. Je cherche toujours à aller plus loin, à perfectionner chaque détail. Je me projette dans la conception, en imaginant la proportion idéale, l’équilibre entre l’encolure, l’emmanchure, la silhouette. Je me fie à mon toucher, à mes repères, pour ajuster chaque étape. Les erreurs font partie du processus : elles m’incitent à revenir demain matin, même à 5 ou 6 heures, car la réflexion ne s’arrête jamais. Ces erreurs m’aident à progresser et à devenir plus précis. » La minutie, la recherche de l’excellence, l’attention aux détails, c’est ce qui définit Hamza Titraoui. Il n’aime pas les compromis. Pour lui, chaque couture, chaque pli est porté par une intention. Mais il y a des pièces qu’il préfère concevoir. « J’aime beaucoup réaliser des vestes, car elles peuvent s’adapter à toutes les occasions. On peut les porter chic ou décontracté, pour sortir ou pour une journée sous la pluie. La veste, c’est une pièce forte, sobre, souvent inspirée du style japonais : col châle, ajusté, discret, laissant la place à ce qui se porte en dessous, comme un top ou une chemise. On peut la marier avec un tailleur ou une jupe crayon, pour créer un style parisien moderne. » Une mode éthique, mais jamais austère, qui réduit l’impact environnemental sans sacrifier l’esthétique. Hamza Titraoui sublime les matières oubliées et aime travailler aussi en équipe. « J'ai toujours voulu fonder une maison, avoir des personnes qui travaillent avec du cœur. Pour moi, c'est très important des personnes qui travaillent avec le cœur, qui aiment faire ce qu'ils font. Je voulais une mode responsable, sans pour autant sacrifier l’esthétique. J’aime sublimer des matières oubliées et travailler en équipe avec des artisans passionnés. Par exemple, j’ai collaboré avec une créatrice de boutons en porcelaine ou en verre, ou encore avec des artisans qui façonnent des accessoires en pierres précieuses, comme le jade. L’idée est de valoriser ces détails, qui apportent une touche unique à chaque pièce. » Originaire d’Algérie, amoureux du Japon, la mode est pour Hamza Titraoui un langage. A travers ses créations, il fait parvenir des messages. « Le premier message que j'aimerais faire passer : aller jusqu'au bout de ses idées. Lors d’un défilé, j’aime observer les réactions du public, écouter les échanges, même quand ils sont critiques. C’est enrichissant. Mon message principal : il faut croire en soi, se valoriser. Une création n’est pas qu’un vêtement, c’est une expression de soi, qui ne se limite pas à son prix. » Ce jeune créateur de mode expérimente, joue avec les textures, les volumes, les techniques. Dans son processus créatif, il repousse les limites. « ​​​​​​​Je ne pourrais pas faire deux fois la même chose, parce que je trouve que c'est triste de produire en série ou de faire toujours la même chose, toujours le même geste. La mode en série m’ennuie ; je préfère expérimenter, jouer avec les textures, les volumes, les techniques. Après une veste, je peux imaginer une jupe, un pantalon, un boléro, ou encore mixer différentes matières et formes. Mon processus créatif est une évolution constante, une idée qui germe dans mon esprit, puis qui doit prendre vie dans la réalité. » Abonnez-vous à "100% création"  "100% création" est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.     Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté    Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI À lire aussiCécile Degos, la scénographe qui façonne l'espace pour révéler l’art
Cécile Degos est scénographe, c'est-à-dire une professionnelle spécialisée dans la conception et la mise en scène d'espaces pour des événements ou des expositions. Ce métier, encore assez méconnu, joue pourtant un rôle essentiel. Cécile Degos a notamment imaginé la scénographie de l'exposition George Condo au Musée d'art moderne de Paris, qui se tient jusqu'au 15 février. Elle conçoit des espaces qui invitent à la découverte en guidant le regard sans contraintes. « Toute la journée, je regarde des images, que ce soit dans les livres, la rue. Je prends des photos assez souvent et même dans un magazine, je peux prendre un détail et me dire : ''Tiens, cela servira pour un morceau de mur''. C'est comme ça. Je prends en photo des détails et mon cerveau devient une banque d'images à proprement parler. C'est complètement inconscient », explique Cécile Degos. La scénographe insiste : « Il faut avoir fait une école d'art ou une école d'architecture, c'est donc de la géométrie dans l'espace, les couleurs, la lumière. Il y a aussi du graphisme qui interfère pour pouvoir donner les informations. C'est de l'esthétique. Il faut être très motivé, avoir un œil et être intéressé par l'esthétique. » Née à Paris, Cécile Degos aurait pu suivre une voie en économie. Mais sa passion pour le dessin, la sculpture et la photographie l'a conduite à passer le concours des Arts décoratifs en même temps que son baccalauréat. En 1997, elle intègre l'école et la spécialisation en scénographie pour théâtre et opéra : « La scénographie était la seule matière qui me permettait de garder l'ensemble des cours, c'est-à-dire peinture, sculpture, dessin, photo, sérigraphie, tout ce qui est offert aux arts déco. Mais je ne connaissais absolument pas la scénographie avant, et donc, ça a été un pur hasard. Je suis rentrée en section scénographie et j'ai commencé par le décor de théâtre et d'opéra, puisque les cours de scénographie d'exposition n'existaient pas à ce moment-là. Il y avait scénographie pour le cinéma ou scénographie pour le théâtre et l'opéra. » Après avoir acquis une expertise unique dans la conception d'espaces, Cécile Degos, comme tous les scénographes, doit répondre à des appels d'offres pour être retenue sur un projet. « On nous donne une liste d'œuvres, un espace et un budget. En tant que scénographe, on doit proposer une esquisse, ça veut dire proposer un parcours, des volumes pour ensuite créer une exposition. On passe tout de suite au dessin. Il y a dix ans, je faisais vraiment des maquettes physiques parce que j'adorais ce côté manuel. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus rapide parce que les clients veulent des rendus très rapidement, donc on passe par la 3D. J'adore les maquettes, mais je suis obligée maintenant de passer par la 3D. Tout de suite, il faut visualiser une exposition dans un espace qu'on vous donne. Souvent, quand je regarde la liste d'œuvres et l'espace, il y a des idées comme ça qui viennent et il faut les dessiner et trouver les meilleures solutions pour le parcours », détaille-t-elle. Cécile Degos cherche la surprise et l'émotion. Elle souhaite que chaque visiteur redécouvre une œuvre sous un nouveau jour. Pour cela, elle joue avec l'espace, la lumière, la couleur et la mise en scène, créant ainsi une scénographie discrète qui accompagne sans imposer : « Mon métier, c'est de provoquer des émotions aux visiteurs, mais c'est un métier qui ne se voit pas. On est vraiment en invisible. Par contre, si une scénographie n'est pas bien dessinée, que c'est anguleux et que vous ne vous sentez pas bien, ça peut détruire un propos scientifique. Il y a donc une certaine importance à ce que la scénographie soit réussie, pour qu'un grand nombre de visiteurs apprécient le discours qu'on a envie de donner. Les petits espaces, par exemple, les stands de foires, c'est ce qu'il y a de plus difficile. C'est très compliqué quand il y a 30m2 et avec un certain nombre d'artistes qui font partie d'une même galerie, mais qui ne sont pas forcément là pour aller ensemble. Dans un musée, je peux dire aux commissaires ou aux directeurs "Attention, là, il y a beaucoup trop d'œuvres, les gens ne vont rien voir. Moi, j'en enlèverai trois ou quatre", et ils choisissent. Ça, c'est quand il y a un dialogue très fluide. Sinon, quand il y a trop d'espace, on peut trouver des astuces pour le combler. Mais tous les espaces sont différents. Cela peut être une exposition à étage. Il faut aussi inciter le visiteur à monter les étages. Le visiteur devient un acteur de notre projet. Il faut qu'il y participe. » Depuis plus de vingt ans, Cécile Degos joue avec la scénographie. Elle organise, équilibre, harmonise l'espace pour donner vie à ses idées. Elle maîtrise donc le dessin, la modélisation 3D, la réalisation de maquettes, la gestion de la lumière, la sécurité, l'ergonomie mais aussi le choix des matériaux et des couleurs : « Aussi bien le moment où je dessine l'exposition sur un papier et après sur mon logiciel. Je commence par le dessin, les volumes, les proportions, le rythme, les perspectives que je peux créer entre les différentes salles pour apporter des renvois d'œuvres. Ensuite, la couleur vient, à moins qu'il y ait une idée qui parte de la couleur, ça peut arriver ; mais on va dire que la majorité des fois, c'est par le dessin et les proportions. Puis, il y a un moment qui est absolument magique : c'est quand les caisses arrivent, que je vois pour la première fois les œuvres, puisque jusqu'à maintenant, j'avais une liste. Accrocher les œuvres avec un artiste vivant ou avec des commissaires, c'est toujours passionnant, parce que j'ai les anecdotes aussi qui arrivent. Parce qu'eux, ça fait soit deux ou quatre ans, quelquefois six ans, qu'ils travaillent sur l'exposition. Ils transmettent aussi des informations qu'on n'aurait jamais eu. D'un point de vue scénographique, c'est de montrer l'œuvre autrement et de trouver des astuces qui différencient, mais ne nuisent pas à l'œuvre, qui mettent en valeur différemment. » La pratique de Cécile Degos intègre l'héritage architectural du lieu, la vision de l'artiste tout en suivant le fil conducteur du ou des commissaires de l'exposition : « En Chine, je suis sortie complètement de ma zone de confort. Il y avait peut-être 10 000m2, c'est énorme. J'ai fait ma proposition et tout a été accepté. Mais le travail entre une équipe chinoise et moi, c'est très différent. Il y a la barrière du langage. Quand on est à distance, il y a les traducteurs, mais une fois sur site, il n'y a plus les traducteurs et c'est très différent. Il faut comprendre. Je suis sur les détails de construction et sur tout ce qui est sécurité des œuvres. Ce sont des sujets très précis et il faut se comprendre. Le dessin, à ce moment-là, est un troisième langage qui m'aide à aussi à communiquer. Pour le musée d'Orsay, ce n'était que des œuvres 2D, je devais avoir cinq ou six sculptures, et là en l'occurrence, ce ne sont que des objets de petite taille. La directrice de la Chine m'a dit ''Il va falloir trouver une astuce pour que mes galeries aient l'air d'être remplies'', parce que c'est des petits bols, des petites choses vraiment toutes petites. C'est là où ça rejoint un peu le décor de théâtre et d'opéra. J'ai entièrement rhabillé les sections avec des décors où viennent se poser tous les objets. Et s'il y a trois objets sur quinze mètres, ils sont tellement mis en majesté dans un espace avec une architecture que l'objet, même s'il n'est pas grand, prend de l'importance. » Cécile Degos sait s'adapter à des projets très différents en France, Chine, ou Norvège. Chaque nouvelle aventure comporte ses contraintes, ses enjeux culturels et techniques : « Je n'ai pas du tout de routine. Chaque projet est vraiment un projet à part entière. Tous les projets sont intéressants et moi, je ne souhaite pas me spécialiser comme d'autres scénographes, ni dans la mode ou le contemporain ou old master, maître ancien (en histoire de l'art, le terme ''old master'' désigne un artiste peintre européen ayant travaillé avant 1800) . Ce qui m'intéresse, c'est tous ces ponts. Le ''old master'' peut me servir pour l'art contemporain et à l'inverse, l'art contemporain me sert aussi pour exposer des pièces anciennes, et donc apporter un regard différent. Quand ce sont des tableaux anciens, on a peut-être moins d'œuvres. Par exemple, sur l'exposition Ribera au Petit Palais, je suis arrivée sur le projet un an/un an et demi avant l'ouverture. En tant que scénographe, vous devez récupérer le maximum d'informations de la part des commissaires, rentrer dans leur tête – si vous y arrivez – et traduire leur propos scientifique en espace. Cela dépend des commissaires. Il y en a qui sont très généreux et qui vous expliquent tout, d'autres moins. C'est à vous de contourner et d'arriver au mieux. Un autre exemple : George Condo, c'est pareil, on est un an avant, et là en l'occurrence, c'est aussi le travail avec des commissaires et un artiste vivant. C'est très différent. Chaque expérience est différente, ça dépend de l'institution, du commissaire aussi, si il ou elle a anticipé ses prêts. Et quelque fois, le scénographe vient vraiment longtemps à l'avance pour vérifier avec le propos du commissaire, si toutes les œuvres rentrent dans le budget ou s'il y a certains prêts qu'on va écarter à cause de l'espace, du budget. » En tant que scénographe, Cécile Degos privilégie la réutilisation des matériaux ainsi que la conception de murs démontables pour limiter l'impact environnemental : « On est tous sensibilisés du côté RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), donc on prend le plan de l'exposition précédente et on voit comment réutiliser tout ou partie des murs. Je dessine des murs qui sont démontables ou déplaçables pour le suivant. Ça permet aussi d'économiser toutes les constructions. Ce n'est pas toujours facile parce qu'il faut faire aussi attention aux œuvres avec des valeurs d'assurance. Il faut faire attention entre la récupération et le côté dangereux pour les
La France, berceau de la haute couture, a vu naître des maisons emblématiques telles que Chanel, Dior, Givenchy, Yves Saint Laurent ou Torrente. Aujourd'hui, nous accueillons Rose Torrente, sœur du légendaire Ted Lapidus, tous deux grands noms de la haute couture française. La fondatrice de la maison Torrente sort un nouveau livre intitulé Mon siècle de mode, où elle témoigne de son parcours, sa passion et son combat pour faire reconnaître sa contribution à la haute couture française. « Mon premier modèle, c'est ma robe de mariée. C'est le premier modèle que j'ai dessiné dans ma vie. Je n'avais jamais fait de robe avant de faire la mienne. Je l'ai dessinée. Je ne l'ai pas cousue. Je ne sais pas coudre, pas du tout, mais je sais créer », se souvient Rose Mett. Grand couturier et fondatrice de la maison de haute couture Torrente, elle explique son changement de nom : « Je ne pouvais pas m'appeler Mett, je ne pouvais pas m'appeler Lapidus. C'était la mode italienne. Avec une bande d'amis, on chantait les chansons italiennes. Et puis d'un seul coup, ''Torrente'' est venu tout seul et j'ai dit: "C'est un joli nom". D'abord parce qu'il y a des ''R'', et le ''R'' porte chance. Et puis, dans ''Torrente'', il y a ''or'' et il y a ''rente''. Ce fut un bon présage. » Rose Mett est née Lapidus, dans une famille où la mode prend toute la place : un père tailleur, un frère grand couturier ayant habillé Brigitte Bardot, Alain Delon ou encore John Lennon... Elle a passé une décennie aux côtés de son frère comme assistante : « Je suis la sœur de Ted Lapidus et j'ai été son assistante pendant dix ans. Une assistante, c'est celle qui fait tout, du commencement jusqu'à la fin. Pendant dix ans, il a fait ses créations sur moi, et pendant qu'il créait, il me donnait l'envie de créer. Lui, il avait une mode militaire comme la saharienne, il voulait toutes les femmes en uniforme chic. Il voulait qu'elles soient dans la rue et puissante. Telle était sa vision de la mode. Moi, pendant ce temps, j'imaginais des femmes tout en douceur, avec des robes de rêve qui faisaient briller le regard des hommes. Ce côté artistique, que je ne soupçonnais pas, s'est développé. Je ne pouvais pas imaginer qu'un jour je serai une créatrice. » Autodidacte, en 1969, Rose Torrente ouvre sa première boutique. Elle habille avec simplicité en valorisant la féminité naturelle : « Du jour au lendemain, j'ai acquis ma liberté. J'étais tout chez Ted, mais je ne faisais que ce qu'il voulait que je fasse. D'un seul coup, j'ai dit : "Je vais m'exprimer". C'est extraordinaire, la liberté ! Du jour au lendemain, j'ai engagé à la chambre syndicale quatre stagiaires. Je leur ai dit : "Voilà, on va créer des nouvelles robes, on va créer une nouvelle mode". À l'époque, il existait le prêt à porter, les trois hirondelles, une mode un peu luxueuse, la couturière ou le couturier. Ce que j'ai créé n'existait pas. J'ai été la première à créer une haute boutique où, tous les mois, toutes ces jeunes femmes qui avaient envie de s'amuser sont venues les unes et les autres. Au bout d'un an, j'avais neuf vendeuses et elles attendaient leur tour pour acheter un Torrente. » C'est en 1971 que Rose Torrente inscrit son nom dans le cercle très fermé et très masculin de la haute couture parisienne : « Au moment où je me suis inscrite à la chambre syndicale, personne n'entrait jamais à la chambre syndicale. Il y avait des boules noires. J'avais fait le dossier de mon frère, je connaissais tous les écueils, et quand j'ai présenté ma candidature, je savais que je n'aurais pas de boule noire. Je connaissais le dossier par cœur, je l'avais fait. Mais personne n'est rentré après moi. Personne ne rentrait jamais. Il fallait avoir 20 ouvrières à temps plein, défiler trois fois par semaine dans nos salons privés, avec sept mannequins à demeure. En plus, il fallait présenter 50 modèles. C'était tellement lourd ! Et il fallait des équipes pour avoir ces 50 modèles. On nous a imposé l'infaisable. Tout cela par une chambre syndicale snob, repliée sur elle-même. Chaque jour, il y avait de nouvelles contraintes qui faisaient que quatre grands couturiers ont été rachetés, et tous ont déposé le bilan parmi des gens comme Lacroix, Scherrer, Ungaro. Les meilleurs, des grands de grands. » Dans son livre intitulé Mon siècle de mode, la fondatrice de la maison Torrente partage son histoire familiale, sa vision de la mode et son œuvre qui dépasse les frontières françaises. Reconnue à l'étranger, elle déplore que son travail soit invisibilisé, encore aujourd'hui, en France : « Les gens courent les musées pour voir des expositions. C'est la différence avec mon époque où personne n'allait au musée. Je ne suis sur aucun livre, aucune exposition, comme si je n'avais jamais existé. Comment peut-on écarter quelqu'un qui, toute sa vie, a fait carrière, et une carrière à l'international ? Quelqu'un de très connue avec 80 boutiques au Japon, deux en Chine, deux à Singapour, deux à New-York... J'étais partout ! Et en France, aujourd'hui, quand on écrit un livre sur la mode, on oublie que Torrente a existé. C'est insupportable ! Un soir, un peu dans la pénombre, j'ai entendu après nos collections, "il faut se débarrasser d'elle, elle est trop commerciale". Qu'est-ce que ça veut dire, trop commerciale ? Ça veut dire que quand je passais au 20h et que les femmes voyaient mes collections, elles aimaient ! "C'est ça que je veux pour me marier. Je marie ma fille, c'est cette robe là que je veux", voilà ! Elles arrivaient le lendemain à la boutique, et ça, aucun de mes confrères ne le supportait. On disait : "Elle est commerciale". Parce que j'ai refusé de faire une mode qui soit une mode de spectacle. Le spectacle, c'est autre chose, mais une mode où vous travaillez 300 heures sur une robe, vous voulez qu'elle plaise, vous voulez que les femmes en aient envie. Ma différence a été là. Mon rêve, c'était d'habiller et j'y suis arrivée. » Pour Rose Torrente, la mode doit être un langage de liberté et non pas une prison de conventions : « Si la haute couture, la chambre syndicale ne se réveille pas, elle sera morte. Morte ! On ne peut pas tourner autour de quatre maisons. Il y a des jeunes, mais ils ne sont pas suffisamment aidés. On ne parle pas assez d'eux. On invite tous les pays étrangers en se glorifiant. Mais pourquoi recevoir les autres si ce n'est pas pour nous défendre nous-même ? On a tout pour le faire. On a des talents qui sont dans des coins qui ne sont même pas réveillés. On a tout. Occupons-nous d'un rayonnement français qui devrait perdurer. C'est ce que je souhaite. C'est pourquoi j'ai écrit ce livre. Je souhaite que ça perdure. Quand je suis allé à l'Institut français de la mode (IFM) et qu'ils m'ont montré tout ce qu'ils font, c'est formidable parce que ce sont des gens qui sortent des grandes écoles, de Sciences-Po, d'HEC pour se former, pour le devenir de la mode française. Mais ce qui est une erreur, c'est de continuer à leur dire "Faites quelque chose qui se remarque". Mais faites plutôt quelque chose qui se porte ! C'est ça, la vérité. Les Italiens l'ont compris. Ils arrivent avec une mode dont on a envie. Pourquoi on devrait faire des choses qu'on ne porterait pas ? C'est une erreur monumentale. Et quand j'ai vu ça, j'ai dit : "Quelle erreur de rester dans cette erreur". Le spectacle peut être une mode belle, qui dépasse et qui surpasse la mode des autres parce qu'on a les gens pour le faire, les talents pour le faire. Et ces talents-là, il faut leur donner le plus de chances possible. » Consciente de l'importance de transmettre, elle a créé l'Institut français de la mode, afin de former les jeunes générations et préserver l'excellence française : « J'ai créé l'IFM. Je l'ai créé, toute seule, la plus grande école de mode presque du monde, parce que je savais que si on ne transmettait pas, il n'y aurait plus rien. J'ai demandé à Madame Mitterrand, que j'habillais : "Je ne vous demanderai jamais rien pour moi, mais aidez-moi à créer un troisième cycle. Qu'on apprenne aux jeunes la pérennité". J'ai été reçu par Monsieur Fabius, Monsieur Chevènement, Monsieur Rocard avec un sourire, un café et un verre d'eau, et ils m'ont dit : "Oui, vous avez raison, mais pas tout de suite, on fera ça plus tard". Et puis, la Bunka de Tokyo a décidé d'ouvrir en France, et là, on lui avait donné la permission. Quand je l'ai su, à la dernière minute, deux jours avant que ça n'ouvre, je suis allé voir Edith Cresson, que j'habillais, et je lui ai dit : "Écoutez, on va ouvrir une école japonaise et nous, on n'a rien". Elle m'a dit : "Qu'est-ce que c'est cette histoire ? Bien sûr que je donne l'argent tout de suite". Elle a appelé Jack Lang en disant : "Tu es à la culture. Tu vas participer avec moi et on ouvre un troisième cycle". Jack Lang a appelé Pierre Bergé en disant : "On va ouvrir la plus grande école de mode du monde et tu seras président". Ils m'ont volé, ça s'appelle voler. Peu importe. J'ai été vice-présidente pendant 25 ans. Mais voir écrire que Pierre Bergé a dit : "J'ai toujours voulu ça", alors que je l'ai emmené à l'Élysée et que derrière la porte, il m'a dit : "Ces gens-là, il faut leur prendre leur pognon". Ce sont ses mots ! J'ai supporté parce que je voulais tellement cet institut. » Malgré ses succès, Rose Torrente éprouve de la tristesse face à l'oubli de sa Maison et de ses engagements pour la mode en France : « Je suis une créatrice cachée. Dans toutes les revues françaises, tous ces journaux, on oublie Torrente ! Mais pourquoi ? Alors que ma mode a été belle, internationale... Aujourd'hui, elle est encore dans le temps présent. Pourquoi est-ce qu'on a voulu me chasser et m'oublier en France ? Seulement en France ! Dans tous les pays étrangers, en presse étrangère, c'est une ovation. Pourquoi pas chez nous ? Pourquoi me faire ça ? Ce livre, au départ, je voulais l'écrire pour ma famille, parce que j'ai eu une jeunesse très, très difficile. Je suis pupille de la nation. J'ai connu la guerre, j'ai travers
Rendez-vous avec Elie Kuame, une figure emblématique de la mode en Côte d'Ivoire, styliste et directeur artistique de la Maison Elie Kuame. Ce créateur de mode ivoiro-libanais habille des célébrités et il a, également, imaginé les tenues pour l'équipe nationale ivoirienne lors de la CAN au Maroc, renforçant ainsi l'image de la Côte d'Ivoire à l’international. Il sait conjuguer héritage, créativité et engagement pour faire rayonner l’Afrique à travers ses collections et ses projets.  Mon métier exige de moi, tout mon temps, toutes mes émotions, toute ma personne. Cela exige que je me  remette continuellement en question afin d'ouvrir mes sens à l'humilité, celle de reconnaitre que tout existe déjà.  Elie Kuame, fondateur et directeur artistique de la maison de couture éponyme. Né à Bruxelles, en Belgique, Elie Kuame a grandi en Côte d'Ivoire, dans un environnement familial riche en artisanat et en culture. Sa mère lui transmet dès son enfance l’amour du tissu, des couleurs et du travail manuel. Afin de poursuivre ses études en sciences économiques, il rejoint ses parents à Paris, mais il s’oriente très rapidement vers la mode, un domaine qui le passionne profondément. « J'ai choisi la filière des métiers de la mode tout de suite parce que petit, ma mère avait un atelier de couture en Côte d'Ivoire, donc ma mère gérait déjà des dames qui venaient, des couturiers. Et donc quand on m'a fait différentes propositions, j'ai tout de suite opté pour les métiers de la mode. » Elie Kuame décide alors de se former en France, au Mans, puis à Paris, où il apprend les métiers du sur-mesure. Pendant ses années d'études, il explore différentes techniques. Dès ses 19 ans, il exerce dans des maisons prestigieuses comme celle de Clarisse Hieraix. « J'ai eu une proposition pour intégrer tout de suite la Maison de couture de madame Clarisse Hieraix, et j'ai accepté de rejoindre ses ateliers pour travailler avec elle. Au départ, j'étais apprenti et très vite, elle m'a donné la gestion du showroom avec toutes les clientes internationales, les recevoir, faire les essayages. Elle m'a formé aux métiers de la mode, à la gestion d'un atelier de couture, de ce qui le crédibilise — c'est-à-dire les clientes couture, le sur-mesure, le prêt-à-couture, la vente à distance. J’ai réussi à comprendre tout de suite ce qu'était le milieu professionnel. Comment on travaille dans un atelier de couture, comment on le gère, c'est quoi passer de la théorie à la pratique ? Même si j'ai fait beaucoup de théorie à l'école, passer de la théorie à la pratique, cela a été bénéfique pour moi. » Attaché à l’Afrique, ses racines, ses tissus et son artisanat, Elie Kuame fait un choix audacieux : il revient sur le continent. « J'avais déjà pour ambition de rentrer en Côte d'Ivoire et, en 2013, j'ai eu une conversation avec moi-même. On me présentait partout sur le continent comme un créateur, un prodige africain, mais je vivais en France avec beaucoup de facilités. Je pouvais m'acheter des tissus qui étaient déjà beaux, il n'y avait pas de défi et, donc, par rapport à ma situation intrinsèque, émotionnelle, j'ai décidé de rentrer en Côte d'Ivoire puis de bâtir ici une maison de couture avec de vraies lettres de noblesse. J'ai voulu vraiment rentrer en Côte d'Ivoire et ouvrir les portes à la couture, à l'exigence, changer la donne, rendre les choses possibles, accessibles, mais avec un grade de qualité bien précis, comme me l'ont appris mes professeurs en maison de couture. » Elie Kuame construit un style moderne, luxueux et accessible tout en valorisant le patrimoine culturel ivoirien, notamment à travers le tissu traditionnel.  Il développe un label d’excellence, un symbole d’exigence, de qualité et de fierté africaine. « J'ai créé il y a quatre ans un label que j'ai appelé le Born in Africa. Ce label a comme code de valeurs l'exigence au niveau de l'atelier de couture, un minimum de cinq personnes au sein de cet atelier. On va demander à la maison de commencer d'ores et déjà à penser en maison de couture et non en petite entité. Vous avez aussi l'exigence au niveau des matériaux utilisés. Nous allons demander à nos camarades d'avoir un minimum de 30 % des matériaux tissés sur le continent ou en Côte d'Ivoire, de travailler avec ce que nous avons comme patrimoine, comme héritage et de le présenter de la plus belle des façons. Il est impératif pour nous, créateurs sur le continent africain, de créer un label qui va justifier de nos exigences, qui va justifier de nos codes, de notre héritage et qui va nous permettre, à nous aussi, créateurs issus du continent, donc acteurs actifs du monde textile, mode et design, de pouvoir répondre à une demande à l'international. Dans le Born in Africa, vous avez toutes les personnes qui désirent mettre en avant le travail issu du continent. Vous pouvez habiter à Paris, à New York, à Milan, si vous travaillez avec des artisans africains et que nous le labellisons, le validons, vous pouvez prétendre au Born in Africa. » Pour la création et conception de ses collections, Elie Kuame a organisé sa maison de couture en plusieurs départements. « Nous avons le sur-mesure, la robe de mariée, le prêt-à-couture, qui est un prêt-à-porter haut de gamme, qui est fait, en général, pour mes "reines" qui sélectionnent les pièces dans la collection d'une année avec de beaux matériaux, avec de beaux tissages. Donc nous avons ces différents départements-là. Et aujourd'hui, je crois beaucoup en la petite main, donc j'octroie des formations aux dames désireuses — pour l'instant, nous n'avons pas eu d'hommes — de venir se former. Une fois qu'on les a formées en à peu près huit mois, on leur donne un poste si ça les intéresse. Mais vous savez, on a une grande chance en Côte d'Ivoire, c'est qu’ici, on a des lignées de tisserands. Ça ne s'arrête pas. Je travaille avec une maman qui a une quarantaine de personnes formées qui tissent. Ici, en Côte d'Ivoire, vous avez différents tissages qui sont très beaux, d'autres qui sont plus serrés, d'autres qui sont plus lâches, d'autres avec douze fils de chaîne, d’autres avec 24, d'autres avec moins de fils de trame. Cela donne un vrai éventail de possibilités. Maintenant, au-delà de ça, nous avons vraiment cette ambition de partager les compétences, les savoir-faire et puis les développer parce que cela complète le Born in Africa. » Créateur de mode engagé, Elie Kuame va plus loin, il organise la Fashion Week d’Abidjan. Un événement majeur, qui sert de plateforme afin de promouvoir la mode ivoirienne et africaine. « La mode génère énormément d'argent, énormément de métiers. Ce que nous nous avons voulu faire, c'est présenter ces multiples possibilités-là dans un secteur mode, textile et design. La Fashion Week ne travaille pas à mettre en évidence la haute couture. La Fashion Week travaille à mettre en évidence des acteurs du secteur mode, textile et design, travaille à mettre en évidence les artisans qui sont sur le continent afin de créer des synergies avec les différents marchés, avec les autres industries. Nous avons aussi l’ambition de développer notre savoir-faire, notre industrie parce que nous avons un beau savoir-faire. Au sein de la Fashion Week, nous avons le concours Marie-Thérèse Houphouët-Boigny qui, encore une fois permet de partager les savoir-faire, mais donne aussi la possibilité à des jeunes talents d'émerger et de devenir des maisons. Et ce fonds-là va maintenant travailler à impulser de la force dans des nouvelles maisons, de nouveaux artisans, de nouvelles entreprises, avec de nouveaux entrepreneurs. C'est vraiment constituer, valoriser, développer la chaîne de valeur. » La mode pour Elie Kuame, c’est aussi un vecteur de dignité et de rayonnement. Il habille des figures internationales, comme Olivia Yacé de Miss Univers, ou récemment les sportifs lors de la CAN au Maroc. « Lorsque j'ai fini l'entretien avec Monsieur Eric Adigo et son équipe et puis Monsieur Idriss Diallo de la Fédération ivoirienne de football, j'ai eu un cahier des charges. Dans ce cahier des charges, je devais mettre en évidence le patrimoine ivoirien, la beauté de l'héritage ivoirien. Je devais présenter une ligne élégante pour les Éléphants, donc travailler avec un matériau typique de chez nous, c'était une évidence. Choisir un pagne qui, en son sein, a plusieurs symboles qui mettent en évidence la royauté, c'était une évidence. Choisir du blanc et du doré, ça m'a surpris parce que j'ai été interpellé par le pagne, parce qu'il était beau, parce qu'il y avait des symboles, parce qu'avec beaucoup d'humilité et de silence, on pouvait présenter sa dignité, sa noblesse, l'opulence de sa culture. Et c'est ce que vous retrouvez dans ce matériau-là, dans le Kita qui a été choisi pour les Éléphants, l'or, le blanc, pour la pureté, pour la paix. Il faut savoir qu’aujourd’hui, en Côte d'Ivoire, on parle de la réconciliation nationale. Il était évident de présenter une Côte d'Ivoire unie, une Côte d'Ivoire riche. Il y a eu un désir ardent de parler à tout le monde, mais avec la beauté, l'élégance, le raffinement, la délicatesse. » La mode est pour Elie Kuame plus qu’un langage universel, elle est porteuse d’identité, de responsabilité et d’espoir. « C'est ma responsabilité de le faire. L'industrie est là. Le pouvoir d'achat est là, le marché est vaste, on ne peut pas lésiner sur les efforts. Je suis persuadé que tout est bon quand il est partagé et que le savoir, quand il ne se partage pas, prend la poussière. Donc, moi, je suis partisan de cela. Madame Clarissa Yerkes m'a appris beaucoup de choses. Les dames que j'ai rencontrées, qui m'ont permis de peaufiner mon savoir-faire, m'ont beaucoup aidé. Aujourd'hui, il est de rigueur que, moi, je travaille à mettre en évidence quelque chose pour justement la pérennisation de ces métiers-là qui sont l'avenir. On ne peut pas se cacher, il y a l'IA qui arrive, Internet qui prend le lead, mais personne ne pourra créer une robe avec un ordinateur. Nous, aujourd'hui, nous avons la miss
Nous vous emmenons à la découverte de deux sœurs : Marième et Néné Gaye, cofondatrices de la marque Néné Yaya. Une marque de maroquinerie de luxe sénégalaise qui propose des produits alliant artisanat traditionnel et design contemporain. Marième Gaye, co-fondatrice de Néné Yaya, veut changer la perception de la maroquinerie africaine et promouvoir le « Made in Sénégal » sur la scène internationale. Néné Yaya incarne le savoir-faire, la créativité et la fierté du continent africain. « C'est ma grande sœur, ma partenaire, ma meilleure amie. On partage tout. Même pour mes frères, quand ils veulent parler de Néné ou de Marième. Néné, vous êtes la même personne. » Marième Gaye, co-fondatrice de Néné Yaya. « Néné Yaya. Néné, c'est le nom de ma sœur, et Yaya, son petit surnom, c'est court, c'est facile à retenir. » Née à Dakar, Marième Gaye a parcouru le monde. Après des études aux États-Unis, un passage à Toronto où elle a travaillé dans le secteur du e-business, elle décide de revenir au Sénégal, motivée par une envie profonde de valoriser l’artisanat local avec sa sœur aînée, grande passionnée de maroquinerie de luxe depuis toujours. Comme sa grande sœur ne trouvait plus de sacs qui lui plaisaient, elles ont l’idée de fabriquer leurs créations au Sénégal. « Alors elle m'a dit : "Marième, je vais dessiner deux sacs que tu vas faire faire au Sénégal. Quand tu viens en vacances, tu les ramènes." Ce que j'ai fait. En déballant les sacs à Toronto, on a vu le potentiel instantanément. C'est là, je crois, qu'on s’est dit en même temps : "Je crois qu'il est temps qu'on fasse notre marque de maroquinerie de luxe". » Les deux sœurs fondent en 2012 la marque Néne Yaya. Leur processus créatif débute par des dessins, des idées qu’elles partagent lors de réunions avec des artisans sénégalais. Leur atelier, aujourd’hui propriété de la marque, rassemble une soixantaine d’artisans. « Avec les artisans, il faut de la patience. Au début, c'était difficile parce qu’ils avaient l'habitude de travailler juste pour la dépense quotidienne. Ils prenaient ton avance et tu ne livrais pas les sacs. Ils ne faisaient pas ce que tu voulais. Mais moi, ce que je dis à mes artisans, même en ce moment, même les plus renommés de Dakar, quand ils viennent à l'atelier : "Vous avez six mois, prenez le temps, je ne veux pas d'articles vite fait, je veux quelque chose fait avec qualité. Vous prenez le temps de bien faire les choses." C’est comme cela que je les sélectionne. Je prends mon temps avec eux. Je leur donne six mois parce qu’ils ont tous un savoir-faire. C’est inné chez eux parce qu’ils apprennent dès le bas âge. Ils grandissent tous dans l'atelier de leurs parents, de leur père. Il faut savoir que la famille des artisans sénégalais est une grande famille. Ce sont les Houdé. Dans mon atelier, ils sont une soixantaine et pourtant ils sont tous de la même famille. » Sacs, chaussures, ceintures, bracelets, bagagerie ou petite maroquinerie, la gamme Néné Yaya incarne la philosophie de la marque : intemporelle, moderne et pratique. Marième Gaye et sa sœur veillent à chaque étape. « C'est ma grande sœur. On travaille bien ensemble comme cela. Elle décide des lignes, mais après, elle me demande ce que l’on doit ajouter ou faire comme rectifications. Elle s'occupe de la direction artistique, mais c'est moi qui dirige les artisans et tout ce qui est choix des matériaux. Il y a beaucoup de couleurs, de matières dans chacune de nos pièces, on utilise au moins trois ou quatre matières. C'est moi qui choisis les matières, donc je dois être à l'atelier au moins trois fois par semaine. Je reste là-bas jusqu'à 20 heures parce qu'il faut que je gère cela. Je suis rarement à la boutique d'ailleurs, parce que je suis plus à l'atelier en train de gérer la sélection. » Le choix du cuir est aussi important que la façon de produire localement.  « Nous n'utilisons que du cuir. Nous avons aussi une collection en raphia pour l'été. Notre toute première collection, c'était seulement du cuir exotique et c'est excessivement cher. Notre vision était de faire de la maroquinerie de luxe depuis toujours, étant donné que le cuir était trop cher. Maintenant, on fait cela parallèlement sur commande, mais on utilise le cuir de veau, de mouton, sur presque tous nos sacs. Le cuir d’iguane, c'est notre petite signature. Pour le cuir exotique, on prend cela au Sénégal, dans la sous-région, en Afrique du Sud. Le cuir de veau et mouton vient d'Italie et de Turquie parce qu’en ce moment, on n'a pas de tannerie qui peut nous faire ce qu'on veut. On est en train d'y travailler. » Marième Gaye et sa sœur s’appuient sur les réseaux sociaux mais aussi sur des ambassadeurs de prestige afin d’accroître leur visibilité à l’internationale. « Ce sont surtout les réseaux sociaux, de nos jours, par le biais des influenceurs. Il faut dire que nos deux premières dames – parce que notre président a deux femmes – mettent nos sacs en valeur, quelquefois même pour donner en cadeau. Ce sont nos ambassadrices. Ce sont des personnes comme cela qui amènent la marque au-delà de nos frontières, sans demander quoi que ce soit. Ce ne sont même pas vraiment les femmes sénégalaises qui ont été les premières à aider, c’étaient les Togolaises, les Congolaises et d'autres nationalités africaines. On se concentre sur l'Afrique et après je me dis que le monde va suivre. Il faut qu'on se valorise d'abord et puis les gens vont venir. Par exemple, la première dame ne met pas de marques occidentales, mais une marque sénégalaise. Elle montre qu'elle est fière de mettre cela. C'est ainsi que les autres premières dames découvrent et développent de l'intérêt aussi. Elles commandent. Elles aiment. Je dis : "Africa to the world", c'est nous et puis le reste du monde va venir vers nous. » Les co-fondatrices de Néné Yaya produisent et valorisent le « made in Sénégal » (« fabriqué au Sénégal », en français), avec passion, détermination et sens du détail. « Les Africains en général ne savaient pas qu'on pouvait faire de la maroquinerie de luxe. Les Africains aiment les bonnes choses bien faites. Ils venaient tout le temps en me disant qu'ils voulaient mettre de la maroquinerie de luxe faite au Sénégal ou en Afrique, mais qu'ils ne trouvaient pas de bons produits. Maintenant que cela se développe de plus en plus, on fait attention aux détails. Les créations sont belles et les gens ont beaucoup de fierté à mettre les produits. Cela veut dire que leurs mentalités sont en train de changer et qu'ils adhèrent à nos produits "made in Sénégal, made in Africa". » Les projets pour Néné Yaya sont nombreux, notamment l’ouverture d’une école de formation afin de préserver le savoir-faire traditionnel de maroquinerie africaine. « Nous sommes en train d'ouvrir une école de formation parce qu’il y a tellement de jeunes qui viennent vers nous, qui veulent se former. Non seulement les jeunes femmes, mais aussi des jeunes hommes. Au Sénégal, il n’y a pas beaucoup de maroquiniers. On se plaint, mais tous les jours, il y a un maroquinier qui m'appelle, qui me demande de rejoindre l'équipe, qui demande la formation. Ils ont besoin de cette école pour se former. Après, on peut les mettre dans l'atelier, ou bien ils ouvrent leur propre atelier, leur propre marque. Quoi qu'on dise, il y a beaucoup de demande de maroquinier du Sénégal dans les autres pays d'Afrique. Au Nigeria, ils prennent nos maroquiniers. Ils viennent au Sénégal de Guinée ou du Mali parce que nous avons les meilleurs maroquiniers d'Afrique. On veut aussi s'installer dans différents pays d'Afrique pour y avoir notre propre boutique, au Rwanda ou au Congo. Mes meilleurs clients sont du Congo, ils aiment s'habiller, ils aiment la sape et tout ce qui va avec. Ou à Abidjan, parce qu'on a beaucoup de demande et aussi Abuja parce que je suis Nigériane de cœur. »  Abonnez-vous à 100% création : 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO , Apple Podcast , Castbox , Deezer , Google Podcast , Podcast Addict , Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
Le Consumer Electronic Show (CES) 2026 de Las Vegas, qui vient de refermer ses portes, réunit tous les ans les plus grandes marques et les plus grands innovateurs du secteur technologique. Richard Peuty y était l’un des représentants de la France cette année. Autodidacte qui aspire à transformer la mode en un secteur où la technologie et l’artisanat se conjuguent pour répondre aux attentes des consommateurs du XXIe siècle, celui-ci y a présenté son sac Infinity, un accessoire de mode innovant et connecté. Infinity est, selon Richard Peuty, l’un des symboles de la créativité française tournée vers l’avenir. La création a toujours été présente. Depuis mon jeune âge, j'adore innover, créer. C'est un stimulant. C'est à dire qu’aujourd’hui, sans créer, sans innover, je pense que je n'aurais pas ma place dans un métier standard, j'ai besoin d'avoir cette excitation. Et les entrepreneurs ont cette excitation là quand ils sont en mode projet. Originaire de Nogent-sur-Marne, en région parisienne, Richard Peuty se passionne dès l'adolescence pour le codage, l’auto-apprentissage et l’innovation. Après des études en économie, il décide de suivre sa véritable vocation : créer des produits qui mêlent technologie et design. Son expérience dans le secteur du prêt-à-porter lui donne l’idée de concevoir un costume évolutif, puis de transposer cette idée dans la maroquinerie. « Je devais avoir 20 ou 21 ans. Je faisais un stage dans une enseigne de prêt-à-porter et j'achetais énormément de costumes. Je me suis dit : "Pourquoi ne pas avoir un costume avec une couleur unique ? Et je pourrais lui envoyer des motifs Prince de Galles, des motifs velours". À partir de là, j’ai pensé que cela pourrait être intéressant d'avoir un vêtement évolutif. En revanche, à l'époque, j'étais limité par la technologie. Le problème, c’était de travailler l'image. J’ai voulu l'intégrer dans un objet du quotidien. Et quel est l'accessoire de mode ultime ? C'est le sac à main. Il y avait un besoin qui n'est pas encore comblé dans la mode, c'est le besoin d'immédiateté, notamment sur les accessoires. Les habitudes des consommateurs vont de plus en plus vers la personnalisation, même vers l'ultra-personnalisation. Ce sac à main connecté, ultra-personnalisable et instantané, répond à ce type de besoin dans la mode. Le sac à main, c'est également un accessoire qui est très vendu. En plus, l'image de la France à l'international est très forte sur le sac à main. Mais c'est surtout un accessoire où l'on peut facilement intégrer des écrans, que ce soient des écrans rigides ou flexibles.» Baptisé Infinity, le sac à main connecté imaginé par Richard Peuty est capable de changer de couleurs et de motifs instantanément. Un accessoire personnalisé, innovant, et surtout, capable de faire sensation. Pour réaliser ce projet, Richard Peuty s’est entouré d’artisans de maroquinerie. « Je ne suis absolument pas maroquinier, je n'y connais rien du tout. D'ailleurs, niveau mode, j'ai encore des choses à apprendre. Néanmoins, je sais trouver des compétences que je n'ai pas. J'ai participé en 2024 au concours international Lépine. J'y ai remporté la médaille d'argent sur la partie objets connectés. Ensuite, j'ai eu un atelier de luxe à Châteauroux qui s'appelle Échanges Métiers d'Art, EMA. Cet atelier m'a contacté en me disant: "J'ai adoré ce projet, il faudrait qu'on travaille ensemble". Nous avons noué un partenariat. Ils s'occupent de la fabrication du sac à main, y compris du prototype. Cela va être la combinaison de multiples compétences en technologie et maroquinerie. » Qui dit nouvelles technologies et innovation dit aussi produit breveté. « Avant de lancer le projet, il fallait savoir s'il pouvait être breveté. Pour cela, il y a l'INPI, l'institution qui va faire des recherches d'antériorité pour savoir s'il existe une technologie similaire. Certaines choses ont été testées sur le marché, mais pas aussi bien développées. Nous avons pu déposer un brevet. Ce sac à main est donc breveté. Cela va être de l'assemblage de technologies qui existent déjà. Néanmoins, ça va être la manière de faire l'assemblage. » L’un des objectifs des sacs Infinity est, selon Richard Peuty, de sortir l’art des galeries avec une collection signature. « Nous avons une bibliothèque de textures, de motifs, en libre accès. Ensuite, les utilisatrices peuvent prendre par exemple une photo d'un joli paysage, l'envoyer directement sur le sac. C'est une personnalisation, intime pratiquement. Ce qui me tient à cœur, c'est la collection "Signature", un partenariat avec des artistes. Ils proposent leurs œuvres au sein de l'application. Nous allons sortir l'art des galeries, cela fait partie de notre vision. Nous allons laisser le choix à l'utilisatrice de faire la promotion d'un artiste. Le premier vivier d'artistes est venu nous voir après le concours Lépine. Ils ont pu observer à travers ce sac un nouveau véhicule pour promouvoir leur art. Ils m'ont contacté directement et ils m'ont dit: "Richard, où est-ce que tu en es par rapport à ton projet ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire ensemble ? C'est quoi ta vision ?". Et quand ils ont compris que ma vision était de sortir l'art des galeries, ça a matché. Le monde de l'art, c'est un milieu assez large. Il y a différents artistes mais le bouche à oreille, entre artistes, cela peut aller très vite. » À l’avenir, Richard Peuty prévoit d’élargir sa gamme d’accessoires connectés, haut de gamme et personnalisables. « Après ce premier sac iconique Infinity, le premier sac à main qui change de couleur et de motifs instantanément, nous réfléchissons à différentes gammes de sacs à main avec des pochettes flexibles. Mais aussi aux ceintures ou aux chaussures, pourquoi pas, sur lesquelles il pourrait y avoir une partie qui change de couleur et de motifs. Néanmoins, il y a des contraintes techniques : la batterie, sa durée, son poids, etc. Mais ce n'est que de la recherche, du développement et du financement, bien évidemment. »   Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox, Deezer , Google Podcast, Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram et Facebook
Aujourd’hui, nous vous emmenons à la rencontre d'un artiste textile et plasticien, Mathias Ouvrard. Inspiré par le domaine du textile et les techniques vestimentaires traditionnelles bretonnes, il les réinterprète, créant ainsi des œuvres contemporaines qui portent en elles l’histoire de la Bretagne. Son parcours, ses techniques et son imagination racontent son lien avec le patrimoine et l’art. Derrière chaque fil, chaque motif, se cache la mémoire d’une tradition incarnée et modernisée. « La création, c'est un peu le quotidien, parce que même si je ne suis pas dans l'atelier, le petit panier dans lequel je mets des idées est toujours ouvert. Si je vois des choses qui m'intéressent ou m'interpellent, je vais pouvoir les mettre de côté et y repenser plus tard. » Mathias Ouvrard, artiste textile et plasticien. « La création, c'est un vrai plaisir et une vraie frustration parce que j'ai beaucoup plus d'idées que de choses terminées dans l'atelier. Je suis obligé de choisir. » Originaire de Quimper, Mathias Ouvrard a grandi entre la Bretagne et les Antilles. Très tôt, il a été sensibilisé à l’importance du travail manuel et des traditions bretonnes qui occupent une place essentielle dans sa vie. Il fait des études de design, suivies d’un diplôme supérieur des Arts appliqués en Broderie. Passionné par cette technique, il la découvre en s’intéressant au costume traditionnel breton, notamment lors de ses activités de danse. « On ne brodait pas dans ma famille. Ma grand-mère tricotait, mais elle ne brodait pas. J'ai découvert la broderie via le costume ancien, le costume traditionnel qui est chargé de broderie. En tous cas, les pièces conservées. J'ai découvert la broderie sur le costume. Puis comme je dansais, je faisais partie d'un groupe de danses bretonnes. Assez rapidement, je me suis mis à la technique, notamment pour du costume de scène. Je me suis fait la main via le traditionnel. Assez vite, j'ai "customisé" mes affaires : le sac à dos, les vestes, les chaussures. Comme la passion a duré et comme cela me plaisait de plus en plus, j'ai poursuivi là-dedans », raconte-t-il. Après ses études, Mathias Ouvrard, en 2015, participe à un concours de costumes en lien avec le patrimoine textile breton. Il fait alors dialoguer le passé avec le présent, réinterprète des motifs anciens, créant ainsi des œuvres contemporaines qui portent en elles l’histoire de la Bretagne. « La Confédération Kenleur, qui regroupe toutes les associations qui s'intéressent à la matière bretonne, lance un concours qui enjoint ses adhérents à se poser la question d’une version contemporaine de notre patrimoine vestimentaire. C'est exactement ce que j'attendais. Dans une main, j'avais le traditionnel, dans l'autre main, le contemporain et je n’attendais qu'une chose : l'opportunité de mêler les deux. J'ai adoré. J'ai fait une recherche un peu plus poussée sur une forme qui me plaisait, en vêtements anciens, couplée à une réflexion créative autour de toutes ces matières-là. J'ai gagné le premier prix de ce concours de costumes, après c'était parti. Une fois que j'avais mis le pied dedans, j'avais envie d'en faire d'autres. J’ai donc réalisé une collection sur ce même thème avec un ami couturier, Thomas Jan, puis une deuxième avec beaucoup de broderies, tout ce qu'on connaissait, tout ce qu'on savait déjà faire. On a pu l'exploiter sur un vêtement contemporain, donc c'était super intéressant », se remémore-t-il. Mathias Ouvrard veut préserver un savoir-faire précieux, en passe d’être oublié comme la technique du velours piqué. Une technique ancienne utilisée pour décorer les costumes bretons : « Dans le vêtement traditionnel, il y a la broderie bien évidemment, la plupart des ornements traditionnels sont des broderies. Mais il s'est aussi développé certaines techniques endémiques du territoire, qui sont des techniques textiles ou de manipulations textiles, notamment dans la région de Quimper, ce qu'on appelle le velours piqué. On l'entend aussi sous le terme de plissé piqué. C'est une technique qui me passionne parce qu'on arrive très bien à reconstruire son histoire et son apparition. De par la manière de décorer le vêtement à partir des années 1850, les tailleurs vont ganser certaines pièces de petits rubans de soie. Quand le velours arrive, de petits rubans de velours et ces petits rubans de velours vont s'agrandir au fur et à mesure des époques et des modes. Ils vont grandir, grandir, grandir. Comme ils sont posés sur des parties qui sont arrondies, il faut trouver une technique pour les poser proprement. Pour cela, ils vont avoir l'idée de froncer toute la surface du velours et de l'arrondir en épousant les formes du vêtement. Ce plissé de velours, ils vont entièrement le piquer sur la surface pour enlever tous les fils de fronces, et ça devient une matière à part entière, pleine de petites stries, un peu comme un velours côtelé, mais posé sur des arrondis. Cette technique, ils l'ont développée à partir des années 1850 jusqu'à la fin du port du costume, là où c'est devenu une technique qui recouvre entièrement tout le costume. C'est colossal puisque à chaque point de fil de fronces est requis un point qui vient fixer le velours à la base. Ce sont des milliers de points qui recouvrent entièrement le vêtement. Finalement, c'est une bande de velours qui est froncée et posée. Une bande de velours, ce n'est pas lourd, mais par contre cela se rigidifie. Piquer et fusionner toutes les matières entre elles, parce qu'elles sont vraiment cousues dans toute l'épaisseur et cousues ensemble, cela rigidifie le vêtement. Cette technique, que j'ai découverte pendant mes études à Paris sur des pièces anciennes, j'en suis vraiment tombé amoureux et je l'exploite dès que j'en ai l'occasion. » En mêlant techniques anciennes et inspirations modernes, Mathias Ouvrard, avec son processus créatif d’assemblage, crée des pièces qui incarnent la tradition au présent. « Quand je réfléchis à d'éventuelles nouvelles pièces, ça peut être une technique que j'ai envie de mettre en avant. Cela peut aussi être une couleur que j'aurais repérée dans une pièce ancienne et que j'aurais pour le coup envie de travailler. Ça peut être des formes que j'ai pu voir dans des défilés contemporains ou même dans du vêtement ancien, une forme de vêtement qui me plaît et que j'ai envie d'explorer. Parfois, c'est même plusieurs choses en même temps. C'est par association d'idées. C'est des associations d'idées qui viennent spontanément à mon cerveau et dans lesquelles je vais faire le tri dans ce que j'aurais envie de faire en premier. Je dessine très rarement, je dessine quand je vais avoir besoin de faire comprendre mon idée. Comme je travaille régulièrement tout seul, j’ai l'idée dans la tête et je la garde de côté jusqu'à ce que je puisse l'explorer. Mais le croquis, c'est assez rare », confie-t-il. L’acquisition et la maîtrise de la plupart des techniques bretonnes par Mathias Ouvrard le sont par la réalisation d’ouvrages textiles. « Les techniques qui m'intéressent, je m'y intéresse depuis très longtemps. Les techniques traditionnelles locales, je les connais, je sais les faire, probablement pas toutes, mais une bonne partie. Si la pièce contemporaine à laquelle je pense requiert ces techniques-là, je n'ai pas besoin de me renseigner. Cependant, si une technique ou une esthétique en particulier me manque, là effectivement je vais pouvoir faire appel à des musées :  le musée breton à Quimper ou le musée Bigouden de Pont-l'Abbé qui collectionnent des pièces remarquables. Je vais aller me renseigner, aller regarder comment c'est fait, décortiquer visuellement les pièces anciennes et puis répondre aux éventuelles questions que je peux avoir. Mais comme c'est un sujet qui me passionne depuis longtemps et comme j'ai pu aussi refaire des vêtements traditionnels, c'est une part importante de la manière dont j'ai acquis certains savoir-faire. Être obligé de le refaire à l'identique ou en tout cas au plus proche. Je suis obligé de me poser les questions qui sont nécessaires pour obtenir le même résultat. Ensuite, je peux utiliser ces techniques sur du contemporain », détaille-t-il. Engagé dans la valorisation des savoir-faire bretons, Mathias Ouvrard cherche à comprendre, préserver et moderniser ces techniques mais ses créations textiles sont très personnelles. « Je dirais même que ces créations-là, je les fais pour moi. Je les fais pour moi et pour un public qui s'intéresse aux vêtements anciens et qui voudrait voir des nouveautés avec. Dans un premier temps, je le fais surtout pour que ça me plaise. C'est pour ça que je développe d'autres pistes artistiques, pour pouvoir avoir des rentrées d'argent. Le vêtement, ça reste mon petit bonus, c'est mon plaisir et une volonté de ressortir un petit peu tout ce qu'on a oublié. Nous avons oublié tellement de choses. Ce que je recherche en premier dans une pièce ? Je veux trouver ça beau. Ça ne s’explique pas. Le message, il n'y en a pas, si ce n'est que c'est une loupe qui est mise sur les savoirs faire qu'on a pu développer ici, ce que les anciens ont fait sur le territoire. L'intérêt premier pour moi dans une pièce, c'est que ce soit beau », explique-t-il. Mathias Ouvrard explore d’autres médiums pour exprimer sa créativité. Il travaille également le papier et la décoration murale : « À côté de ces productions, je vais utiliser les techniques que je développe sur d'autres médias, par exemple du tableau. Cela peut aussi être dans le cas du décor en papier. Un univers qui est complètement différent, qui s'inspire beaucoup plus de la nature, des insectes, du végétal, des petits animaux, où je vais pouvoir mettre en valeur différents univers. C'est pour de l'événementiel, donc une piste tout à fait différente. Le papier, c'est une part importante de mon travail, qui me plaît aussi, mais différemment, qui ne dit pas les mêmes choses. Le papier, le décor mural répondent à un besoin de beauté, mais très différent du besoin de remettre en valeur les s
La Cité internationale universitaire de Paris, créée en 1925, est un campus unique au monde. Elle accueille, chaque année, 12 000 étudiants, chercheurs et artistes de 150 nationalités. Pour célébrer son centenaire : arts numériques, expositions, conférences, projections et visites guidées, concerts sont ouverts au public. À l’occasion de la programmation off du centenaire de la Cité internationale, nous recevons Sared Ramirez, ancienne résidente. Cette artiste investit l’intimité des chambres étudiantes du campus avec une exposition intitulée « Nos chambres ». Pour cette cinéaste-photographe mexicaine, installée à Paris, la Cité est un véritable creuset de créativité, d’échanges et d’inspiration. Un espace catalyseur de projets artistiques et de rencontres humaines. Je pense que la création est une pratique essentielle pour moi. Je l'ai confirmé ici. Sared Ramirez, cinéaste-photographe. J’avais vraiment besoin de faire autre chose à côté. Je faisais des études théoriques, j’avais besoin, pour survivre, de faire quelque chose, même si c’était du dessin ou de la photographie. Pour moi, la création, c’est une chose dont j’ai besoin pour vivre, car c’est le canal par lequel je peux déposer mes émotions et me libérer. Sared Ramirez est née dans une petite ville près de Guadalajara au Mexique. Après ses études en communication et arts audiovisuels, elle travaille dans la publicité et la postproduction, tout en explorant la création cinématographique à travers des courts métrages. Elle décide de venir en France pour approfondir ses connaissances théoriques du cinéma. « Je suis venue en France pour faire mon master. En tant que créatrice, cela a été difficile d’arriver dans un contexte académique, c’était à la Sorbonne Nouvelle, donc la Cité était un espace où je pouvais revenir chez moi, entourée de personnes qui m’inspiraient beaucoup. Parce qu’en fait, cela, c’est un autre aspect de la Cité : les gens que l’on peut y rencontrer, les profils variés, qui excellent dans leur domaine, qui inspirent. Pour moi, partager les Maisons avec des personnes qui, peut-être, n’étaient pas liées à ma discipline, était enrichissant. J’ai parlé avec des gens qui étaient dans la science, l’architecture, le droit, mais qui, d’une manière ou d’une autre, pouvaient m’apporter une vision plus riche de la vie et ainsi influencer mon travail aussi, en tant que créatrice. Je pense que cela donne à la création un aspect complètement différent, parce que tu sors de ta vision initiale, que ce soit à l’université ou avec tes amis, qui font du cinéma ou de la photographie, et tu deviens plus sensible et plus empathique envers les autres. » Pour Sared Ramirez, la Cité est un lieu chargé d’histoire, où ont vécu des étudiants devenus des personnalités. « Dès mon arrivée, j’ai été étonnée par le nombre de personnes célèbres qui sont passées ici, à la Cité. Un des photographes que je connais bien, comme Sebastião Salgado, habitait la Maison du Brésil. Il a commencé à faire de la photo à la Cité, et il est venu pour étudier l’économie, il a réalisé ses projets photo. Ensuite, il a changé de voie. Des écrivains comme Julio Cortázar ont aussi résidé ici, à la Maison d’Argentine, tout comme Jean-Paul Sartre. Beaucoup d’architectes sont aussi passés par la Cité. » La richesse des rencontres avec des personnes de différentes nationalités, disciplines et cultures a permis à Sared Ramirez de développer encore plus sa fibre artistique. « J’étais à la Maison du Mexique lors de ma première année. À la Cité, il y a cette notion de brassage. Toutes les Maisons doivent envoyer des résidents dans d’autres Maisons pour favoriser le mélange culturel. Il y a 60 % des résidents de la nationalité de la Maison et 30 % d’une autre nationalité. Cela crée une dynamique très intéressante, car ce n’est pas simplement une division par nationalités, mais un véritable melting-pot. J’ai été à la Fondation suisse, puis à la Maison Fondation Biermans-Lapôtre, et enfin, en dernière année, à la Fondation hellénique. C’est comme changer de pays, mais rester dans la même ville. J’ai eu la chance d’avoir fréquenté quatre Maisons différentes. C’est à la Fondation suisse que j’ai commencé mon projet photographique. C’est une Maison incroyable, conçue par Le Corbusier. Les chambres, notamment, m’ont beaucoup inspirée. Les couleurs, l’atmosphère, tout cela donne une sensation de bâtiment très artistique. C’est là que j’ai lancé mon projet photographique. » La Cité Universitaire est un espace de création. Pour Sared Ramirez, il existe de nombreux moyens, comme des ateliers, des laboratoires photo, et des opportunités de projets collaboratifs, qui lui ont permis de monter plusieurs expositions. « Je fais beaucoup de choses en tant qu’artiste. J’ai expérimenté la sculpture, la photographie, le cinéma. Je suis aussi assistante réalisatrice. Je pense que je ne commence pas par la forme, mais par une idée que je souhaite exprimer. Ensuite, je cherche la forme, en laissant parfois faire le destin, avec les outils que j’ai sur le moment. À la Cité, j’avais un laboratoire photo et j’étais passionnée déjà de photo. Avec la photographie, c’était plus simple, je savais que faire du cinéma était plus compliqué, car cela nécessite une équipe. Je savais aussi que je n’avais pas beaucoup de temps, mais je voulais tout de même raconter des histoires. Pour moi, c’est essentiel. Même dans la photographie ou la sculpture, je veux toujours transmettre quelque chose. Mon processus consiste à être attentif à ce que la vie me donne sur le moment, et à faire avec. J’avais un laboratoire photo, ce bâtiment de Le Corbusier, et des personnes très intéressantes autour de moi. J’ai décidé de faire un portrait, et j’ai raconté des histoires à travers la photographie, en laissant parler mon instinct. » Sared Ramirez participe à la célébration du centenaire de la Cité. En s’inspirant de l’esthétique des premières photos prises sur ce campus atypique, l'artiste mexicaine a documenté les chambres des résidents. « J’ai photographié beaucoup de personnes cette année : 95 en tout, réparties dans 43 Maisons. C’est un travail intensif. J’ai passé beaucoup de temps avec chacun pour réaliser ces photos. Tous ces gens que je ne connaissais pas, je leur écrivais dans les groupes WhatsApp de chaque Maison : "Je suis photographe, je réalise un projet. Qui veut être photographié ?" La première personne qui répondait, je la choisissais et je me rendais dans sa chambre. Elle savait que je passerais. Cela créait déjà une certaine familiarité. Je commençais par un petit entretien enregistré, car c’est aussi un projet audiovisuel. En fin de compte, il ne s’agit pas seulement de photos, mais aussi de témoignages sonores. Je posais trois questions : nom, âge, origine, pourquoi Paris, puis la résidence, la chambre, et enfin ce qu’il pensait de la Cité. Avec ces réponses, je pouvais mieux connaître la personne et préparer la séance photo. » « Pour la prise de vue, je demandais à la personne d’être en action, de se mettre en scène. Par exemple, si elle aimait lire dans sa chambre, je lui demandais où elle lisait, ce qu’elle lisait. Je voulais que la photo reflète ce qu’elle faisait ou ressentait. Comme c’était de l’argentique, je ne pouvais prendre que quinze photos par chambre, donc je prenais mon temps. Parfois, les gens me proposaient de boire un café, et on discutait longtemps avant de faire la photo, pour que ce soit le plus naturel possible. » La résidence de Sared Ramirez à la Cité U lui a permis de valoriser ses échanges avec d’autres étudiants d’horizons variés. Elle a aussi pu s’initier à d’autres formes d’art. « C’est vrai qu’en arrivant à la Cité universitaire, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui faisaient de l’art, dans des disciplines très diverses. C’est pour cela que j’ai commencé à faire de la sculpture, même si je n’y avais jamais pensé auparavant. Quand j’ai rencontré des architectes intéressés par la sculpture, j’ai trouvé cela très enrichissant. Le mélange des profils, des disciplines, est extrêmement stimulant. Il y a une sélection très exigeante à la Cité : chaque Maison choisit ses résidents de manière rigoureuse. Parmi eux, un ami a été nommé aux Oscars l’année dernière pour son court-métrage. Ce sont vraiment des personnes très intéressantes. On est dans un environnement où l’on doit constamment apprendre et évoluer. » Au-delà de sa démarche artistique, Sared Ramirez souhaite laisser une trace de sa génération et de son attachement à la Cité internationale universitaire de Paris. « Je viens de terminer mon master. Mon prochain projet est de réaliser un livre pour laisser une trace, une archive de ce que j’ai fait. J’ai photographié les 43 Maisons, inspirée par les photos des années 1930. Je pense qu’il faudrait faire un documentaire sur notre génération. Ce sera peut-être mon prochain projet. Je veux créer un livre imprimé, car cela restera une archive. Peut-être que, dans le futur, cela sera utile pour comprendre comment on a vécu la Cité en 2025. Je pourrais retourner au Mexique, mais pour l’instant je suis heureuse d’être ici, artiste. La France valorise beaucoup les arts, et je peux le ressentir. J’aime cette énergie. »   Abonnez-vous à « 100% création »  « 100% création » est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
Alexandre Helwani nous invite à percevoir le parfum comme une passerelle vers l’invisible, vers une mémoire olfactive de l’humanité. Son parcours, sa passion et sa créativité nous rappellent que derrière chaque senteur se cache une histoire, une culture, une mémoire et des recherches. Cet autodidacte devenu historien du parfum est capable de faire revivre des formules du passé. Il souhaite transmettre des sensations, des émotions, et rendre plus accessible l’art du parfum. Je pense que la création, c'est d'être témoin de quelque chose. Ce n’est pas moi qui le dis, c'est Olivier Debré qui disait que créer, c'est être témoin d'un événement et en témoigner par notre art. J'aime cette capacité. C'est essentiel. Je ne pourrais pas vivre autrement. Aujourd'hui, c'est du parfum, mais il y a aussi de la poésie, de la musique. Chaque médium, permet d'accéder à une part de soi-même, à dire quelque chose qu'on ne pourrait pas dire autrement. Alexandre Helwani, créateur de parfum. « Il n'y a pas d'historien du parfum à proprement parler. Il y a des historiens du commerce, de l'alimentation, de la médecine et qui tous, à un moment, vont parler de parfum ou vont sortir des recettes parfumées sans pour autant s'y intéresser », rappelle-t-il. Né à Orléans, Alexandre Helwani a grandi entre la France et Dubaï. Après des études de théâtre, de massage, un passage à la Sorbonne, il a parcouru différents chemins, sans jamais oublier sa passion pour l’olfaction. « J'ai passé mon bac à 16 ans. De 16 à 26 ans, à peu près, j'étais dans l'errance totale. Tous mes amis, ma famille s'inquiétaient pour moi. Ils disaient : "Mais qu'est-ce que tu fais de ta vie ? Tu as fait du théâtre, tu as écrit des pièces, c'est super, tu as arrêté, tu fais des massages, tu arrêtes, tu fais du vin, tu arrêtes, tu fais de l'édition, tu arrêtes. À quel moment tu te poses ?" Et tous ces moments, cette longue attente, s'est cristallisée dans le parfum. J'ai appris à travailler des naturels quand j'avais 13 ans et que j'ai travaillé avec, parce que tous les parfums anciens, forcément tout ce qui est avant le XIXᵉ siècle, c'est 100 % naturel. Cela m'a appris à formuler en naturel et c'est arrivé au bon moment. En 2020, le consommateur et l'industrie se sont dit : "On aimerait bien avoir des parfums 100 % naturels qui sont autre chose qu'un mélange aroma-thérapeutique." Cela s'est fait graduellement. J'ai eu cette première marque, puis la deuxième, puis le projet Odyssée, et le parfum de la Bible, en ce moment. C'est une niche de la niche dans la niche, j'ai envie de dire, que j'ai un peu ouverte malgré moi et que j'occupe aujourd'hui. Je suis très content de l'occuper. Voilà, tout fleurit un peu comme cela », raconte-t-il. L’intérêt pour les matières naturelles d’Alexandre Helwani s’est approfondi lors de ses voyages, notamment au souk de Dubaï, ainsi qu’à travers ses rencontres avec des artisans. Il connaît en détail l’encens, les résines, les huiles essentielles, bref les matières naturelles. « Cela s'est construit depuis ce moment à Dubaï, puisque j'y avais rencontré un parfumeur indien qui faisait des zaatar, des parfums en huile typiquement utilisés en Inde, au Moyen-Orient. Je me souviens, quand j'y allais, et que je m'ennuyais un peu, j'entrais dans sa petite échoppe avec toutes ces matières premières, avec des noms qui étaient pour moi très exotiques : le vétiver, le henné, etc. Je sentais tout, je lui posais des questions sur tout. Il m'a un peu appris sur les matières naturelles, puisqu'il ne travaillait qu'avec du naturel, ce qui est assez rare aujourd'hui de travailler en 100 % naturel. Ma formation, j'ai envie de dire techniques sur les matières a commencé là, puis elle a continué de manière empirique. »  « À chaque fois que je trouvais une recette du XVᵉ siècle, du XIIIᵉ siècle, je la faisais à la maison. Cela a été empirique jusqu'à ce moment où je me suis dit : "Je vais consacrer toute mon énergie à la parfumerie !". J'ai lancé ce site (The Perfume Chronicles ) et puis six mois plus tard, il y a Virginie Roux, qui avait une marque de parfum et une galerie à Paris, qui me contacte. Elle avait aimé mon approche historique et un peu mystique, et elle me dit : "Est-ce que tu aimerais une exposition pendant trois mois autour des parfums orientaux ?" Alors je lui dis : "Il n'y a pas un Orient, il y en a plusieurs, mais allons-y." » Retrouver des recettes anciennes, souvent oubliées ou méconnues, ayant traversé les siècles est une quête pour Alexandre Helwani. Avec patience et rigueur, il explore traités, thèses, livres anciens, manuscrits, archives archéologiques, pour comprendre les formes du parfum. Et en 2020, il donne naissance à sa première création. « Makeda, la reine de Saba, qui était éthiopienne, qui avait apporté tous ses parfums au roi Salomon. Je sais que c'est un bon point de départ pour un parfum. Moi, je n'avais jamais créé pour une marque commerciale, jusque-là, je pensais que c'était une blague totale. Puis deux mois après, il me rappelle et me dit : "Où est ton parfum ? Parce que j'ai reçu les soumissions de tout le monde sauf les tiennes." Je lui ai dit : "Oui, ça arrive, c’est en macération." J'appelle un autre ami pour m’aider à produire le parfum, je ne sais pas comment faire, je sais que je ne peux pas calculer le prix, je sais qu'il y a des contraintes réglementaires, etc. Il me faut un logiciel. Je ne sais absolument pas quoi faire. Il me répond : "Je te donne mon logiciel et on y va." Cela m'a permis de voir ce que c'était le travail de parfumeur, qui n'est pas juste être dans son laboratoire et puis de faire ses petits mélanges et on est content ! La première formule que j'avais faite pour ce parfum coûtait 8 000 € le kilo, ce qui est complètement exorbitant. C'est là où on travaille vraiment sur l'ordinateur, on travaille ses qualités, la réglementation cosmétique pour être sûr que le parfum soit dans les clous. C'est là que j'ai lancé mon premier parfum, en 2020, pour cette marque qui s'appelle Makeda, le parfum 100 % naturel. » En expérimentant en laboratoire ou en atelier, Alexandre Helwani établit des liens concrets entre histoire, culture et olfaction. Il est alors en mesure de recréer des parfums comme le parfum de la Bible ou celui de l’Odyssée. « La plus grande difficulté dans un parfum historique, c'est de s'assurer de la matière. Parce qu'il y a 2 000 ans, le mot cannelle ne voulait pas nécessairement dire cannelle. D'autant plus qu'il y avait aussi chez certains parfumeurs de l'époque une volonté de cacher. On publiait une formule où on vous dit cannelle, alors que ce n'est pas du tout de la cannelle. Quand on parle de la Bible, le mot nard dans la Bible, à l'époque de l’écriture du Nouveau Testament, cela pouvait dire ce qu'on appelle le nard, aujourd'hui nard jatamansi, qui est une racine qu'on trouve dans l'Himalaya, mais cela pouvait aussi être une variété de lavande ou de la citronnelle. Il faut donc comprendre déjà de quelle matière on parle. Et pour faire ça, il faut se remettre dans le contexte d'écriture de l'époque. Après, de manière empirique, on va comparer et voir ce qui fait sens. En refaisant la recette, on comprend que non, ce n'était pas de la cannelle parce que j'ai senti un parfum qui en est très proche puisque les recettes étaient assez similaires et ça ne sentait pas ça, donc c'était autre chose. Il y a vraiment quelque chose d'empirique et d'historique. Il y a tout ce travail de botanique, d'histoire de la botanique et d'histoire de la pratique, tout simplement. » « Mais la bascule, elle s'est vraiment faite, j'ai envie de dire, avec Makeda. C'était pour une marque qui s'appelle Parfumeurs du monde, qui est distribuée partout dans le monde, qui est chez Jovoy, l’une des plus grandes, belles parfumeries de Paris. Puis la deuxième bascule, c'était Tong Ren que j'ai fait pour cette petite maison qui s'appelle Elementals, pour lequel j’ai reçu un Art and Olfaction Award, on va dire un petit César du parfum. Moi, mon approche est toujours restée la même mais les projets sont devenus plus grands. Il y a eu le parfum de l'Odyssée juste après et ça a été mon plus beau projet, en termes de processus avec tout l'équipage. Un équipage de chanteurs, de poètes, d'artistes. Ils sont allés sur les traces du voyage d'Ulysse in situ. Sur chaque lieu de chaque chant pour récolter les graines des plantes qui sont mentionnées dans l'Odyssée. Il y avait une volonté de faire un jardin d'Odyssée et donc ils sont venus me voir. Ils m'ont raconté leur démarche et demandé de faire un parfum avec les 44 plantes de l'Odyssée. J’ai aussi mon travail de sourceur parce que j'ai des contacts un peu partout. Je connais aussi des sourceurs de matières premières, donc j'ai trouvé pour ce parfum un absolu de datte, ce qui n'est pas utilisé en parfumerie et notamment dans le chant pour Polyphème, on parlait de laine, alors ce n'est pas un végétal, mais c'est tout de même une odeur, puisque c'est le moment où Ulysse et son équipage se cachent sous les moutons pour passer sous le Cyclope. Et il se trouve que j'ai un ami qui avait déménagé en Écosse. Il a ouvert une bergerie. Je lui ai dit : "Est-ce que tu peux me faire un absolu de laine ?" Il me dit "Qu'est-ce que c'est ? J'ai répondu : "Je t'envoie de l'alcool, je te dis comment ça se passe et tu m'en fais." Et il m'en a fait. Je l'ai mis dans le parfum et cela a eu un gros retentissement dans la sphère du parfum et la sphère un peu littéraire. Ensuite, le parfum de la Bible avec l'École biblique et archéologique française de Jérusalem. Les projets sont devenus de plus en plus importants parce que je pense qu'il y a un intérêt sur l'histoire du parfum. » Alexandre Helwani peut reconstituer un parfum de l’Antiquité ou du Moyen Âge, permettant ainsi de faire revivre des odeurs disparues, et d’offrir une expérience olfactive à la croisée de l’histoire et de l’artisanat. Mais son approche est sans pareille. « Mine de rien, cela fait dix-sept ans que je me consacre à l'étude
Alia Baré, créatrice de mode nigérienne, incarne une démarche authentique et engagée. Des bijoux aux vêtements, Alia Baré aime concevoir une silhouette jusqu’aux moindres détails. À travers ses collections inspirées de la mythologie, la nature et de ses expériences personnelles, elle tisse un pont entre tradition et modernité, tout en valorisant le savoir-faire artisanal africain. Alia Baré privilégie la production en petites séries et le sur-mesure pour limiter le gaspillage et garantir une fabrication soignée, tout en mettant en avant une mode respectueuse de l’environnement et des personnes. En 2025, elle fête les 10 ans de sa marque éponyme.  « Je suis à fleur de peau, je ressens souvent les choses très fortement. Le fait de pouvoir créer, de pouvoir donner un sens à travers les couleurs, le défilé, la musique, les paroles même de la chanson ont une signification. Au début, de mes premiers défilés, je pleurais comme une madeleine parce qu'il y avait un effet de catharsis où tout sortait et je guérissais aussi. »  Artiste et entrepreneure née au Niger, à Niamey, avec un père diplomate, Alia Baré a grandi entre la France et l’Algérie. Elle a poursuit des études dans une école de commerce à Paris : « J'ai toujours été très timide quand j'étais plus jeune et ce passage dans cette école de commerce m'a permis de m'ouvrir, de m'épanouir, d'être dans un environnement différent en France. J'ai pu affirmer ma personnalité dans la mesure où je suis la deuxième d'une fratrie de cinq enfants et chacun a une forte personnalité. J'avais tendance à me mettre plutôt en retrait par rapport à mes autres frères et sœurs, et là, cela m'a permis de développer mon individualité. Par la suite, je me suis mariée et j'ai suivi mon mari en expatriation, d'abord en Inde, puis à Singapour. »   À lire aussiMida Style : l’amour de la mode et de la réconciliation de Boubacar AG Midaye   Alia Baré débute sa carrière en tant que conseillère, cliente et gestionnaire de patrimoine dans le milieu bancaire. Puis, elle suit son mari en Inde et cette période d'expatriation la transforme. Elle explore la création en bijouterie et en textile.  « J'ai toujours aimé créer, manipuler, faire des dessins, des coloriages, des bricolages et je touchais à tout. J'avais une petite machine à coudre et j’effectuais des travaux à la maison, décoration d'intérieur, sinon, c'était de la peinture... J'ai fait le design de bijoux, pendant deux ans. Cela m'a plu, j'ai passé plusieurs diplômes dont un en gemmologie et j'ai créé ma marque de bijoux sur mesure. Ce sont des bijoux en or, diamants, ou pierres semi-précieuses. J'ai commencé à les vendre quand je venais à Paris ou en Afrique et j’ai rencontré un franc succès. Cet amour des bijoux et des pierres se retrouve souvent dans mes tenues et dans mon choix de couleurs, parce que j'aime les couleurs. J'appelle ça les couleurs "pierres précieuses", comme le vert émeraude, rouge rubis, ou le bleu saphir. Ce sont des couleurs qui sont intemporelles, très élégantes. En cas de doute, avec ces couleurs, vous ne pouvez pas vous tromper. Cela fait partie de mes codes couleurs qui reviennent régulièrement. C'est pour cela que j'aime beaucoup le milieu de la mode, parce qu'on arrive à concilier tous les domaines artistiques et les mettre ensemble. Je cherche vraiment à transmettre une émotion, une sensation. » Après l’Inde, Alia Baré, s’installe à Singapour, ne pouvant plus assurer le suivi de la production de ses bijoux, elle se forme aux métiers de la mode. Avec son engagement éthique, elle valorise les artisans locaux et aspire à faire rayonner la richesse de l’Afrique à l’échelle mondiale. En 2015, elle y lance sa marque éponyme.  « Bien qu'étant du Niger, Dakar, c'est un peu ma seconde maison et c'est là où je suis venue. J'y ai tout de suite ouvert mon atelier. En 2015, je saute dans le grand bain à peine diplômée. Je n'ai pas fait de stage long, j'ai fait mon stage d'école à Singapour, mais je n'ai pas fait de stage dans une maison de couture. Là, pour moi, il n'y avait pas de temps à perdre. Il fallait foncer et me jeter à l'eau. Le plus difficile était de constituer une équipe. Mais il se trouve qu'une de mes amies connaissait un chef d'atelier, qui très doué, et j'ai dû le démarcher, le convaincre. Je lui ai dit : "C'est une aventure que je commence. Crois-moi, si tu me suis, si tu me fais confiance, on fera de belles choses ensemble, on sera une équipe à part entière". Et jusqu'à aujourd'hui, il est avec moi et on travaille ensemble. Tout ce travail, je n'y serais pas arrivée sans lui non plus. Il y a donc aussi cette gratitude par rapport à ce que certains appellent les petites mains. Les petites mains, c'est souvent associé aux techniques de perlage, aux petits détails. Mais il y a aussi des personnes comme les chefs d'atelier, les coupeurs et autres, qui font un travail extraordinaire et qui permettent de donner vie à nos envies, à nos rêves. » La mode transforme la douleur ou la joie. Pour Alia Baré, c’est une forme de guérison. « Enfant, j'étais quelqu'un d'assez introvertie et la création est devenue une manière d'exprimer tout ce que je ressens. Je ressens très intensément, je suis une hypersensible. J'ai perdu mon père à 17 ans, et c'est quelque chose qui m'a beaucoup affectée. La création me permettait de sortir toute cette douleur sans avoir à parler. C'est une thérapie. Au fur et à mesure, mes collections ont évoluées. Si on regarde rétrospectivement, mes premières collections étaient très noires. C'était du noir, du cuir. C'était torturé, et au fur et à mesure, c’est devenu plus léger. »   À lire aussiEmma Style : la mode et l'accompagnement des femmes, par Emmanuelle Jodan Adjovi   La sensibilité d’Alia Baré aux couleurs et aux matières nourrit ses collections. Son processus créatif, sensible et flexible, puise dans la mythologie, la nature et son vécu. « Mes amis se moquent de moi parce que je dis que la matière est poétique. J'ai l'inspiration du poète. Par exemple, il y a un an, j'ai fait une collection inspirée par le tableau "Les nénuphars" de Claude Monet, que j'adore. J'ai pris les feuilles de nénuphars, mais j'ai décliné un peu en abstrait. J'ai décliné les couleurs, le turquoise, certaines petites pointes de bordeaux et autres, et j'en ai fait toute une collection sur le côté nymphéas avec des femmes en fleurs dans un jardin. Cela peut partir de l'amour. Si je ressens énormément d'amour, si je tombe amoureuse, les gens qui me connaissent le savent parce qu'il y a une légèreté qui se dégage, dans les couleurs aussi. C'est également le cas quand je suis triste. J'ai connu une rupture très douloureuse et j'ai fait une collection qui s'appelait Narcisse et Écho. J'adore la mythologie grecque, donc la nymphe Écho qui devient un écho par rapport à l'amour non partagé de Narcisse, qui lui aussi meurt de son amour-propre, parce que cette personne était narcissique. J’ai guéri de cette relation à travers cette collection. » Pour ses créations, Alia Baré utilise des matériaux durables, de qualité qui témoignent aussi de la richesse de son héritage, tout en adoptant une esthétique contemporaine. « En ce moment, je suis complètement in love de l'Aso Oke, un pagne tissé du Nigeria. Il y a quelque temps, c'était le batik. J'aime beaucoup. Ces matériaux arrivent à donner une intensité, c'est-à-dire qu'il y a une qualité beaucoup plus importante que ce qu'on va retrouver parfois au Sénégal. Parce que le problème, c'est que parfois, dans le travail de l'artisanat, il y a une perte de qualité. Les artisans bâclent un peu le travail. C'est dur à dire, mais souvent, on perd en qualité de certaines matières. Il y a deux ans, j'étais complètement dans le bogolan, c'était incroyable. J'adore aussi la soie, la vraie soie naturelle. Le vrai batik d'Indonésie sur soie, c'est d'une poésie extraordinaire, aussi dans l'intensité des couleurs. La dentelle de Calais ou de Chantilly par exemple, j'adore. Je suis une fan de tissus. En ce moment, je suis à fond dans ce qu'on appelle Aso Oke, c'est yoruba, avec des grandes intensités de couleurs, qui tournent aussi des rayures, donc on a une possibilité de s'amuser sur ces rayures. J'adore les fleurs, j'aime beaucoup le côté cursif et instinctif naturel des fleurs, mais j'aime beaucoup aussi la rectitude des lignes. L’un n'empêche pas l'autre. » La préservation des métiers d’art traditionnels africains, souvent menacés par la mondialisation, est essentielle aux yeux d’Alia Baré. « Pouvoir déjà obliger ces artisans à maintenir des standards de qualité... En règle générale, pour des petits détails qui ne vont pas sauter aux yeux de prime abord, disons une tenue même, on passe d'un temps simple à un temps doublé, voir triplé, quand certaines étapes doivent être respectées. L'enjeu, c’est comment le faire comprendre aux tailleurs. Moi, je les paye pour qu’ils n’aient pas cette pression. Quand il y a un défaut sur une tenue, il faut qu'ils aient le temps de défaire et refaire sans que cela n’ait un impact sur leurs revenus. C'est très important qu'on puisse leur donner le temps de bien travailler dans des conditions correctes. Ensuite, les artisans, les tisserands, il faut leur donner des débouchés. Le principal, à travers l'amour du métier, c'est de ré-insuffler cet amour. Il y a des initiatives avec des maisons qui créent des écoles où on enseigne ce savoir-faire. L’État commence au fur et à mesure à investir. En dehors de l'État, il y a également des organismes qui permettent de former les jeunes générations sur ces standards, et c'est notre pierre à l'édifice d'assurer à ces artisans que nous continuons à travailler leur matière et que nous les rémunérons correctement. En Afrique, ce qui est important, c'est cette cohésion sociale qui maintient un équilibre. Et cela, quoiqu'il arrive, peu importe notre niveau de développement, c'est quelque chose qu'on ne doit pas perdre. C'est ce qui fait notre beauté, c'est ce qui fait notre singularité.  »    Abonnez-vous à "100% c
Designer franco-togolaise, Nadiya Rauscher a grandi entre le Togo et le Gabon. Formée à la mode à Libreville, elle s'installe en France et plus précisément en Alsace. Ce parcours biculturel lui permet de fusionner dans ses créations authenticité et modernité en faisant de son identité un véritable atout. Son enfance a été marquée par la diversité culturelle, la musique, la danse, et l'artisanat local. Ces premières années ont forgé sa sensibilité esthétique, qui se retrouve dans ses collections. Nous l'avons rencontrée lors du Yas FIMO228 à Lomé. « Créer, coudre, c'est ma vie. J'adore. C'est ce que je sais faire de mieux. Une joie de vivre, nous a confié Nadiya Rauscher, fondatrice de la marque éponyme. Je couds, je dessine tout le temps. Je travaille aux heures normales et après, je suis tout le temps à l'atelier, je travaille, je crée, je chine aussi pour trouver des tissus en coupons, ce qui me permet de faire des pièces uniques. » Nadiya Rauscher est née à Sokodé, au Togo, dans une famille de couturières et couturiers. Dès son enfance, elle a été bercée par le tissu, la couture et l'artisanat. Elle a donc grandi dans un environnement où la créativité était une évidence : « Quand on est enfant, être dans un atelier de couture avec les chutes de tissu par terre, pour une petite fille, c'est une manière de faire des petites robes pour sa poupée. C'est comme cela que cela a commencé. Puis, au fur et à mesure, à force de traîner dans les ateliers, on nous envoyait aller acheter des boutons, des fermetures. Pour moi, c'était un jeu d'enfant. J'aimais bien, mais je n'avais pas ce métier comme rêve. À 14 ans, mon rêve, c'était de devenir architecte. Mais la mode était en moi sans que je le sache, parce que je commençais à faire mes vêtements moi-même. À 16 ans, je suis allée vivre au Gabon, à Libreville. Chez nous, les Kotocoli, quand il y a un mariage ou un baptême, il y a toujours l'uniforme, le pagne. Tout le monde doit porter le même pagne. Et moi, j'aimais bien avoir un style particulier. Je me faisais mes propres vêtements cousus à la main. Je travaillais dans une famille comme nounou, et il y a une dame qui m'a repérée en train de coudre. Elle m'a posé la question : "Qu'est-ce que tu fais ici, pourquoi es-tu nounou ?". J'ai dit : "Bon, il faut bien que je gagne ma vie." C'est elle qui m'a encouragée à aller apprendre la couture dans un atelier. Elle m'a envoyée chez un de ses amis couturier. J'ai travaillé dans cet atelier six mois. Et un an après, j'ai décidé de m'inscrire dans une école de design de mode. » Au Gabon, Nadiya Rauscher étudie la mode, participe à des concours, expose ses créations. Elle connaît la théorie aussi bien que la pratique : « À l'école, nous commençons tout doucement. Alors que dans un atelier de couture, avec un couturier sur place, ce n'est pas la même chose. C'est tout de suite dans la couture. Après, les deux se combinent très bien. Je trouve que c'est génial si on arrive à combiner les deux, parce que quand on devient créateur, on en a besoin surtout pour transmettre. Aussi, on a besoin de la théorie. Il faut expliquer pourquoi on fait ci, pourquoi et comment il faut travailler telle matière, il faut tel thermocollant, tel bouton, il faut expliquer... Dans un atelier, ce n'est pas tout à fait la même chose, mais je pense que le travail final revient au même. » Lorsque Nadiya Rauscher s'installe en France, en Alsace, pour suivre l'amour et ses rêves, son arrivée lui offre la possibilité de s'ouvrir à la mode internationale tout en conservant ses racines, son histoire. Elle crée, en 2017, sa marque éponyme, puis ouvre sa boutique quelques années après. « J'ai rencontré mon mari à Libreville. C'est l'amour qui m'a fait partir de Libreville et me retrouver en France, en Alsace. J'ai dû tout recommencer, arriver dans un pays où je ne maîtrisais pas encore la culture et les mœurs. Ce n'était pas évident, mais je croyais en moi, et la passion qui m'animait m'a permis d'arriver où je suis aujourd'hui. J'ai d'abord travaillé dans le prêt-à-porter hommes et femmes, et quelques années plus tard, j'ai créé ma marque. Quand j'ai créé ma marque, je n'ai pas ouvert la boutique tout de suite. Je me suis mise à mon compte. J'ai ouvert la boutique en 2021. Au début, quand je suis arrivée en France, j'avais ce rêve-là d'avoir ma boutique, de créer ma marque, mais je ne savais pas par où commencer. Je ne maîtrisais pas les codes du pays. C'est arrivé au fur et à mesure, et le fait d'avoir travaillé dans des magasins de prêt-à-porter pour femmes et hommes m'a beaucoup apporté. Quand j'ai ouvert ma boutique, j'avais fait quelques formations, donc cela m'a facilité aussi la tâche. Ce n'était pas évident mais je croyais en mon rêve. » Nadiya Rauscher propose des pièces qui s'adaptent à toutes les morphologies, genres et styles de vie. La personnalisation est un pilier de sa démarche : « Je prône la mode inclusive parce que je n'ai pas envie de me mettre dans une case, je n'ai pas envie d'avoir du style. Mon style, c'est de ne pas en avoir parce que j'ai envie de donner la possibilité à toutes les femmes, peu importe leur morphologie, leur style, leur genre, d'affirmer leur personnalité. » La passion qui l'anime se traduit dans chaque pièce que Nadiya Raucher conçoit. S'y mêlent émotion, savoir-faire traditionnel et une touche personnelle qui reflète sa vision artistique. La créatrice de mode suit son intuition dans le choix du tissu : « De loin, on peut voir le textile. Il y a les motifs, les couleurs, mais ça ne suffit pas, parce que c'est au toucher que l'idée peut naître. C'est le toucher qui définit. Ensuite, si on prend ce tissu, on sait ce qu'on va faire avec. Quand je vais dans un magasin de tissus, j'ai l'impression d'être comme un enfant qui arrive à Disney. Je ne sais pas où donner de la tête, je prends ce que je peux prendre. Et il y a aussi un tissu que j'ai envie d'utiliser, mais je n'ai pas encore commencé, parce que dans mon village natal, on a un tissu traditionnel qui y est fabriqué. Le coton est cultivé, filé et tissé dans mon village. Le tissu s'appelle tem. C'est un tissu qui est porté pendant les grandes cérémonies et j'ai envie de travailler avec, de l'associer avec la toile denim pour essayer d'apporter une touche d'originalité à ce tissu traditionnel et à la toile denim aussi. Je me dis que c'est dommage de sacrifier ces tissus traditionnels parce qu'ils ne sont vus que pendant de grandes cérémonies. » La conception d'une collection passe par plusieurs étapes : esquisses, choix des matériaux, travail sur la coupe, et réalisation. Nadiya Raucher aime expérimenter avec les textures, les couleurs, et les formes pour créer des collections originales. Mais elle aimerait aussi valoriser un peu plus les tissus traditionnels africains dans ses créations : « Nous, créateurs africains ou d'origine africaine, nous ne mettons pas assez en valeur notre tissu traditionnel. On peut faire mieux. Il y en a certains qui le font et on peut tous faire mieux. C'est un peu compliqué parce qu'il y a aussi l'influence de la mode internationale, alors qu'en Afrique, on a tellement eu de tissus traditionnels qu'on peut mixer entre les tissus traditionnels occidentaux et nos tissus traditionnels. La mode, on en fait ce qu'on veut. Les tissus, quand on les a, il n'y a pas de limites. On peut se permettre d'associer tout ce qu'on veut et faire des propositions. Souvent, quand on lance une tendance, tout le monde est là-dessus : ''Ah oui, c'est la tendance cette année, telle coupe, telle matière, telle couleur...'' Oui, c'est parce qu'il y a certaines personnes qui ont décidé de lancer cette tendance. Mais malheureusement en Afrique, on n'a pas de tendances. Je ne sais pas si on n'a pas d'idées ou si on n'ose pas. La tendance vient toujours de l'Occident, alors qu'en Afrique, il y a de quoi faire. Nous avons la matière première. » Nadiya Raucher rêve de revenir au Togo pour partager son savoir-faire, valoriser les tissus traditionnels, et encourager la nouvelle génération de créateurs africains à oser, à innover, et à faire rayonner leur culture : « La mode n'a pas de frontières, mais en Afrique, nous avons de quoi faire. En tant que créateurs d'origine africaine, c'est vrai que je ne vis plus à Lomé ni à Libreville. Je suis maintenant en France. Mais je suis ravie de revenir et de participer aux FIMO228. C'est aussi une manière d'apporter le savoir-faire que j'ai et de transmettre à la nouvelle génération. Il y a quelques jours, j'étais dans un centre des métiers d'art et d'artisanat. J'avais vu la responsable de cette école, j'ai proposé mes services pour faire une demi-journée d'atelier sur le cours de moulage. Je fais partie des personnes inspirantes parce que nous, nous sommes des exemples. J'ai donc été ravie. Les étudiants aussi, ils étaient captivés. J'ai travaillé à peu près 6 heures avec eux et cela a été un grand moment d'émotion pour moi, parce que je trouve que la nouvelle génération de créateurs togolais est douée et ce sont des passionnés. Mon objectif final, c'est de revenir à Lomé et de transmettre. C'est mon rêve. » À lire aussiTogo: au FIMO228, la haute couture africaine dans tous ses éclats   Abonnez-vous à 100% création  100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast , Castbox,  Deezer , Google Podcast,  Podcast Addict,  Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création , Facebook 100% Création-RFI
Yann Lagoutte, maître brodeur, directeur de l’école de broderie d’art de Quimper, passionné par la transmission d’un savoir-faire ancestral et la création, est un artisan d’exception. Formé initialement en bijouterie, il a évolué vers la broderie d’art, obtenant le titre prestigieux de meilleur ouvrier de France en 2011. Son engagement dans la passation de savoir-faire, à travers la création, la formation et la direction d’école, témoigne de sa passion pour la préservation et la valorisation des techniques artisanales bretonnes. Il représente le renouveau de l'école de broderie d'art de Quimper, alliant tradition, innovation et ouverture sur le monde. « En broderie, on fait des gestes qui sont répétés, qui doivent être précis. On se met dans sa bulle. », explique Yann Lagoutte, artiste, enseignant et directeur de l'école de broderie d'art de Quimper. On va venir se concentrer sur deux centimètres carrés et on va venir faire des mouvements qui vont être précis, qui vont nous permettre d'être dans un autre monde. On peut y passer des heures et des heures sans se rendre compte du temps qui passe. Yann Lagoutte est né en région Rhône Alpes, dans le sud-est de la France, mais il a toujours eu un lien très fort avec sa culture bretonne grâce à sa mère. C’est avec elle qu’il commence à broder à l’âge de 16 ans. « Dans un premier temps, c'était pour essayer de refaire la reproduction de costumes traditionnels. Et dans cette optique-là, lors de mes études, j'ai voulu faire un stage au sein de l'école de broderie. Je suivais à l'époque des études en bijouterie joaillerie, qui est aussi un métier artisanal et artistique, c'est comme cela que j'ai rencontré l'entreprise. Un stage d'un mois ici, cela a été vraiment une révélation, au niveau du savoir-faire, au niveau du geste. J'ai continué à broder pour mon plaisir, suite au stage. J'ai fini mes études. J'ai commencé à être bijoutier-joaillier en entreprise. En 2003, Monsieur Jaouen, qui a créé l'entreprise en 1995, m'a contacté pour me proposer un poste. C'était un peu particulier parce que je venais juste de commencer ma vie professionnelle. J'ai pris un virage à 90 degrés en acceptant le poste, rapidement. En 2003, je me retrouve au sein de l'entreprise École de broderie, où je fais une formation de moins d'un an pour maîtriser toutes les techniques enseignées au sein de l'école. L’été 2024, je commence mon travail en tant que formateur. » Artisan d’exception reconnu comme meilleur ouvrier de France, en 2011, aujourd’hui, directeur de l’école de broderie d’art, Yann Lagoutte est un passeur de savoir. Son école de broderie forme chaque année plus de deux mille élèves. « Nous choisissons nos propres programmes orientés en fonction aussi d'une mode ou d'une volonté de certains élèves, quand nous avons des retours. Nous avons un panel d'un peu plus de quinze techniques de broderie différentes qu'on peut enseigner, tous les ans. Les formateurs ont une formation en interne pour faire soit de la remise à niveau, soit un apprentissage complet d'une nouvelle technique par exemple, qui va être présentée. Ensuite, on va l'enseigner à ces personnes pour leurs loisirs. » Avec un peu plus d’une dizaine de techniques issues du territoire breton, comme la broderie Glazig ou Bigoudène, l’école fait vivre un patrimoine riche tout en le rendant accessible à un public amoureux de la broderie. « Celle qui nous tient vraiment à cœur, c'est la broderie Glazig. La broderie Glazig qui prend son nom du pays de Quimper. Quand on parle de pays en Bretagne, il faut imaginer que c'est plutôt une communauté de communes. Le pays de Quimper comprend 28 communes où la mode traditionnelle vestimentaire était la même dans ces 28 communes et sur ces costumes traditionnels, il y avait une broderie spécifique qui a pris le nom du territoire Glazig. Elle nous tient à cœur parce que c'est une broderie très colorée, réalisée avec un fil luxueux, un fil de soie. Le relief est donné à la broderie, mais sans faire un travail de rembourrage ou de bourrage dessous. Dans le sud Finistère, on va venir broder plusieurs épaisseurs de tissu en même temps pour donner le relief, ce sont les spécificités de cette broderie-là. Elle nous a tenu à cœur parce que c'est la broderie de l'entreprise. » « Il va y en avoir d'autres. La broderie Bigoudène la plus connue des personnes s'intéresse à cette culture bretonne. C'est une broderie imposante sur les costumes traditionnels femmes et hommes, et qui est très voyante puisqu'elle est sur les dernières modes, soit orangé, soit jaune. Il y a des broderies beaucoup plus discrètes, comme la broderie Léonarde de la région du nord de Brest. Vous avez dans le Morbihan des techniques de broderie sur velours, incluant le piétement. Et puis quand on va se concentrer sur le travail de broderie qui se fait sur les coiffes, là, on va avoir des broderies sur tulle, la broderie Richelieu à la mode bretonne ou de la broderie blanche. » Maintenir en vie la broderie bretonne, c'est aussi pouvoir réinterpréter les motifs traditionnels selon Yann Lagoutte. « Pour faire rêver les gens, leur donner l'idée ou l'envie de vouloir refaire un peu la même chose, pour être fiers de manipuler et de créer de ses mains. Il était important pour nous de l'extraire de cette forme traditionnelle. On a un fond très riche et ce que l'on fait, c'est piocher dans ce fond-là. On prend, par exemple, une forme d'un costume traditionnel qui nous interpelle, on prend le motif de la broderie, la technique, puis les matières et que l'on extrait de cette forme traditionnelle tout en gardant le style. On la retravaille un peu dans les mêmes motifs, peut-être dans les mêmes matières, mais avec un style plus contemporain. Et dans un premier temps, ce qu'on a fait, c'est qu'on l'a représenté sur des tenues que l'on peut définir " haute couture ", bien que ce ne soit pas de la haute couture, mais en tout cas un vêtement unique brodé à la main et qui n'a plus a priori de rapport avec la forme traditionnelle. Puis quand on va s'approcher, on va retrouver des éléments qui peuvent être multiples ou qui ne peuvent être que petits éléments et donner l'idée à la personne qui voit ces pièces-là que c'est quelque chose d'aujourd'hui, qu'on n'est pas sûr du "ringard" ou du "vieillot". Les gens vont savoir que c'est une culture vivante, qu'elle est actuelle et qu'on peut se l'approprier. » La broderie, pour Yann Lagoutte, n’est pas seulement un art, c’est une façon de transmettre une identité et surtout une passion. Un attachement qu’il souhaite partager encore longtemps, pour que le fil de ce savoir-faire ancestral ne se brise pas. « Cette culture, elle peut mourir à tout moment. Je vais prendre l'exemple du point de Beauvais. Le point de Beauvais. En professionnel, on est six à le maîtriser encore aujourd'hui, dont deux à l'école. Donc, c'est vraiment impératif qu'on continue à l'enseigner autrement. Ce point de Beauvais, il peut se perdre, il peut être enseigné d'une façon aléatoire et ce n'est pas forcément ce que l'on souhaite. C'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur. La deuxième chose qui me tient à cœur, c'est de continuer à créer de ses mains. Aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a plein de choses qui vont peut-être nous aider dans un futur avec, avec l'IA, avec les impressions 3D, avec les découpes laser. Ce sont des choses qui sont beaucoup plus mécanisées. J'aime continuer à faire du travail à la main. Pour moi, c'est important quand on est concentré sur un élément. Quand on est concentré sur une broderie, on va passer beaucoup de temps sur une petite surface et ça, ça me fait énormément de bien. Ça me fait du bien dans ma tête. » Yann Lagoutte et son école participe à des collaborations internationales avec des brodeuses ou d’autres artisans pour montrer que le savoir-faire breton peut s’inscrire dans une démarche globale, contemporaine et inventive. « Celle qui m'a beaucoup touché, ça a été une collaboration avec des brodeuses, mais des brodeuses du Canada, une ethnie qui s'appelle les Métis, une ethnie, on va dire, de commerçants. C'étaient des Métisses entre les autochtones et les Européens. Ils avaient une technique de broderie un peu spécifique, où ils récupéraient des pics de porc-épic pour pouvoir faire une broderie qui s'apparente à du perlage. Et on a fait une collaboration avec ces brodeuses canadiennes. Ça, c'est assez touchant parce qu'il y a toute une histoire aussi de leur côté. On se retrouve avec deux histoires qui peuvent être un peu similaires par certains points. On avait beaucoup de choses en commun avec des personnes extraordinaires. Et là, on a un projet mis en place pour cette fin d'année et l'année prochaine, parce que l'entreprise a 30 ans cette année et il faut marquer un peu cet anniversaire-là avec Sophie Ambroise qui est Quimpéroise. Sophie fait de l'impression sur papier, en sérigraphie et donc on va proposer des projets en commun et on va proposer l'été prochain un stage. C'est-à-dire que les stagiaires qui souhaiteraient venir vont faire sur une première partie de semaine la sérigraphie. Elles vont faire de A à Z le motif, l'impression sur tissu et ensuite la deuxième partie de semaine, on va nous leur apprendre à rebroder cette sérigraphie. » Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.   Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté  Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
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