Discover
Revue de presse internationale
1560 Episodes
Reverse
« Emmanuel Macron, constate Le Monde à Paris, pour son dernier discours hier devant l’Assemblée des Nations unies, à New York, n’a pu que constater l’ampleur du désastre qui s’est emparé d’un monde désormais hanté, dit-il, par le "retour de l’impérialisme" et de "l’arrogance". Au Moyen-Orient, en Ukraine ou en Afrique s’ouvre "un nouvel âge de la barbarie", a-t-il déploré. Mais, relève le journal, le président français a enjoint à ses pairs de ne pas céder à "l’esprit de défaite" face à "la force sans règle ni retenue". La voix chargée de colère, il s’est souvenu de son activisme, un an plus tôt, pour mobiliser une douzaine de pays à reconnaître la Palestine. "Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza ?", s’est-il emporté. "Certains se flattent d’une paix prétendue. Mais cette paix n’a pas rouvert une seule seconde les voies humanitaires. Devons-nous contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous ? Jamais !", a-t-il insisté, tapant du poing sur la table. Quelques heures plus tôt, pointe Le Monde, à la même tribune, dans un exercice d’autosatisfaction poussé à ses limites, Donald Trump s’était félicité d’avoir accompli un "miracle" en "arrêtant" la guerre dans l’enclave palestinienne. Le président américain n’a jamais été nommément cité par Emmanuel Macron. Mais, relève le quotidien français, le discours véhément, et maintes fois applaudi, du Français encensant le multilatéralisme, la justice et le droit international se comprenait comme le miroir inversé de celui de Trump enragé contre les règles et les valeurs qui semblaient, hier encore, consensuelles en Occident ». Menaces en l’air ? Un Donald Trump, très remonté, à la tribune de marbre vert de l’ONU : son discours « s’est résumé à sa menace d’"anéantir" le régime iranien, pointe le Wall Street Journal. Une menace qui serait plus crédible, estime le quotidien financier américain, si les gardiens de la révolution islamique, et nous-même, ne l’avions pas déjà entendue à maintes reprises ». De plus, relève encore le Wall Street Journal, « rien ne garantit, comme le pronostique Trump, que le régime iranien, après les élections de mi-mandat aux États-Unis, fera preuve de plus de sagesse et remettra son arsenal nucléaire, ni qu’il renoncera à son exigence de contrôle du détroit d’Ormuz. Si Trump le croit, il risque d’être aussi surpris qu’il l’a été par le refus de l’Iran de respecter l’accord de cessez-le-feu ». Trump, Xi et Poutine, même combat… Le Washington Post met dans le même sac Trump, Xi Jinping et Poutine… « Nous semblons vivre à l’ère des autocrates, où les présidents Trump, Xi Jinping et Poutine règnent en maîtres sur le monde, affirme le journal. La réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies cette semaine à New York paraît bien dérisoire comparée au véritable jeu de pouvoir qui se joue lors du prochain sommet Trump-Xi. Mais les apparences sont parfois trompeuses, s’exclame le Post : il se pourrait bien que nous assistions au crépuscule de l’ère des dictateurs. Les trois hommes forts mondiaux vieillissent – Trump a 80 ans, Xi et Poutine 73 ans – et tous trois font l’objet de nombreuses spéculations quant à leur santé. Ils gouvernent avec audace, mais à la tête de pays fragmentés. Aucun n’a élaboré de plan pour pérenniser son héritage. (…) Et on perçoit l’arrogance de ces trois dirigeants, pointe encore le quotidien américain, qui s’efforcent de dominer un monde en pleine mutation. Ce sont des superpuissances incapables de gagner des guerres ; des économies dominantes accablées par la dette et la corruption. Surtout, elles sont confrontées aux défis imprévisibles que représente une technologie d’intelligence artificielle en évolution constante ». Et le Washington Post de parier sur l’émergence des « puissances moyennes, (…) ces étoiles montantes, écrit-il, qui occupent l’espace que les autocrates semblent incapables de contrôler. Le plus emblématique en est le Premier ministre canadien Mark Carney, qui a mené la rébellion contre la guerre commerciale de Trump ». Le Washington Post ne cite pas Emmanuel Macron… Il faut dire que le mandat du président français s’achève dans six mois. Et son discours hier mardi à l’ONU était peut-être son dernier grand coup diplomatique.
Le Washington Post nous raconte l’histoire de ce jeune Iranien de 25 ans, Saleh Fard, converti au christianisme, qui a fui son pays il y a quelques années pour se réfugier aux États-Unis, pensant trouver une vie meilleure. Peine perdue, Saleh Fard vit aujourd’hui au Panama, pays qu’il ne connait pas et dont il ne parle pas la langue. « Je ne sais pas quoi faire. Je suis complètement perdu », affirme-t-il au journal. Il n’a ni permis de travail ni logement stable. Pourquoi ? Comment ? « Saleh Fard, explique le Washington Post, figure parmi les 299 migrants que les États-Unis ont expulsés vers le Panama quelques semaines seulement après l’investiture du président Donald Trump en janvier 2025. Comme Saleh Fard, aucun d’entre eux n’avait de lien préalable avec ce petit pays situé à l’extrémité sud de l’Amérique centrale. Ces expulsés sont devenus les sujets d’une nouvelle stratégie pour la politique d’immigration du second mandat de Trump, pointe le quotidien américain : dans le cadre d’accords négociés par le Département d’État au moyen d’incitations financières et de pressions politiques, plus de 25 000 personnes ont été expulsées des États-Unis et renvoyées non pas dans leur pays d’origine, mais vers des "pays tiers". » Une enquête menée par 24 médias internationaux, dont RFI C’est tout l’objet de l’enquête menée par un consortium de 24 médias internationaux, parmi eux, le Washington Post, mais aussi RFI. Une enquête coordonnée par Forbidden Stories. « Et dans le cadre de cette série d’articles, le Washington Post a enquêté sur la transformation du bureau du Département d’État chargé d’aider les réfugiés à s’installer aux États-Unis en Bureau de la remigration, qui conclut des accords avec des gouvernements étrangers pour accueillir ces personnes expulsées de pays tiers. Saleh Fard a été expulsé en vertu d’un de ces accords, conclu entre les États-Unis et le Panama, accord destiné à empêcher les migrants arrivés dans ce pays d’Amérique centrale de poursuivre leur route vers le nord. Cet accord a ensuite été étendu aux expulsions de migrants des États-Unis vers le Panama et est devenu une sorte de modèle pour les expulsions vers des pays tiers à travers le monde. » Au total, pointe le Washington Post, « les États-Unis ont promis au moins 410 millions de dollars pour expulser des migrants vers au moins 31 pays avec lesquels ces migrants n’ont aucun lien préalable ». Parmi ces pays, le Panama donc, mais aussi de nombreux pays africains, comme on peut lire dans l’enquête publiée sur le site de RFI. La crise du carburant… À la Une également : l’explosion des prix des carburants partout dans le monde en raison du conflit dans le golfe Persique. En France, « plombant », lance Libération : « C’est le sujet qui fait trembler au plus haut sommet de l’État. La flambée des prix du carburant a allumé la mèche de la colère sociale. Le gouvernement, toujours hanté par le spectre du mouvement des gilets jaunes de 2018, cherche comment la calmer. Deux réunions consacrées au sujet hier à Matignon, une conférence de presse pour annoncer de "nouvelles aides" ce mardi, une intervention télévisée d’Emmanuel Macron après-demain jeudi aux 20 heures de TF1 et de France 2… L’exécutif veut à tout prix donner l’impression d’agir face à des tarifs à la pompe qui ne cessent de voler de records en records. » Alors, « les moyens à disposition ?, s’interroge Libération. Les Français ont compris depuis un moment que la crise au Moyen-Orient ne se réglerait pas rue du Faubourg-Saint-Honoré. Emmanuel Macron est à New York avec l’intention de peser sans trop d’illusions. L’enjeu de son intervention télé jeudi est de préparer le pays "à court et moyen terme". Autrement dit à une crise qui dure ». Inquiétude aussi en Allemagne… « À partir du 1er octobre et jusqu’à la fin de l’année, nous apprend le Süddeutsche Zeitung, le gouvernement a décidé d’abaisser de 14 centimes par litre la taxe sur l’énergie appliquée au diesel et à l’essence. » Et puis en Espagne, nous dit El Pais, « les principales industries redoutent un hiver particulièrement difficile pour leurs usines en raison de la crise énergétique. Dix organisations patronales ont prévenu le gouvernement : si la flambée des prix de l’électricité, du gaz et des carburants se poursuit, alors certaines usines devront fermer… »
Encore une défaite électorale pour le chancelier allemand. Après la Saxe-Anhalt au début du mois, son parti, la CDU, a été laminé hier par l’extrême-droite dans le land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et par l’extrême-gauche à Berlin. « Merz a qualifié les résultats de "désastre", pointe Die Welt à Berlin. Néanmoins, il entend rester au pouvoir. Et pour l’instant, il le restera. Mais pour combien de temps encore ? Et comment compte-t-il conserver son poste ? », s’interroge le quotidien allemand. (…) Merz est resté plutôt évasif : il n’a présenté aucune proposition de réforme concrète. Au lieu de cela, il a évoqué de manière abstraite la capacité du pays à se renouveler et la nécessité de remettre l’Allemagne sur les rails. Il est resté muet sur les mesures qu’il comptait prendre en ce sens et sur la manière dont il envisageait de rallier à sa cause son partenaire de coalition, le SPD. Même au sein de son propre parti, les avis divergent quant à la voie à suivre ». « La CDU a-t-elle encore assez de patience envers Friedrich Merz ? », s’interroge le Süddeutsche Zeitung. « La CDU s’est effondrée en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et a été défaite face au parti Die Linke à Berlin. Pourtant, Friedrich Merz reste fidèle à ses convictions : chancelier et chef du parti. La question est : combien de temps cela peut-il durer ? » Ambiance tendue à la CDU… « Un lendemain matin amer », soupire le magazine Bild. « Au lendemain de cette déroute, l’atmosphère est tendue au siège de la CDU. Le comité exécutif du parti se réunit ce matin. Un seul sujet est à l’ordre du jour : comment le parti peut-il surmonter la crise après le double fiasco de Berlin et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ? Et surtout : est-ce encore possible avec ce président et chancelier ? » Seule solution, estime Bild : « l’alliance CDU/CSU doit démontrer d’ici l’hiver qu’elle est capable de mettre en œuvre les réformes engagées avec le SPD, en surmontant tous les obstacles. (…) L’espoir est que cette dynamique, conjuguée à une poursuite de la reprise économique, puisse donner l’impulsion nécessaire aux élections à venir dans le Schleswig-Holstein (le 18 avril) et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (le 25 avril). » Le même sort que Keir Starmer ? En attendant, « Friedrich Merz est sur un siège éjectable », constate Le Temps à Genève. « Va-t-il subir le même destin que Keir Starmer ? À l’image du Premier ministre britannique qui est tombé à la suite des résultats désastreux du Parti travailliste lors d’élections locales, Friedrich Merz pourrait ne pas résister à la pression de l’électorat et de son propre parti. Il a beau appeler à la "résilience" et à la "patience" pour remettre le pays sur les bons rails, il n’est pas sûr qu’il parvienne à convaincre - avec une popularité de 14% à l’échelle fédérale et de 7% dans la partie orientale - qu’il demeure le commandant de bord dont la première économie européenne a besoin pour naviguer dans les eaux agitées qui secouent le "paquebot" Allemagne ». « L’AfD pousse encore, Merz chancelle », renchérit Libération à Paris. « La présence renforcée de l’extrême droite dans les parlements régionaux et au Bundestag va rendre de plus en plus difficile la formation de gouvernements stables, constate le journal. La sacro-sainte règle du "cordon sanitaire" des partis démocratiques, qui interdit toute alliance avec l’AfD, pourrait rapidement être remise en cause. Si la "digue" venait à céder, cela conduirait à une scission chez les conservateurs et devrait déclencher une période d’instabilité politique en Allemagne ». Jusqu’où ira la vague ? Et même au-delà de ses frontières, s’inquiète Le Monde. « "La digue a lâché en Allemagne. Jusqu’où ira la vague ?", s’interroge en privé l’un des dirigeants de la Commission européenne, cité par le journal, inquiet avant la série d’élections qui se profilent en Italie, en Espagne, en Pologne ou en France. (…) "Aujourd’hui, non seulement l’Allemagne est affaiblie politiquement, mais la France aussi, qui est totalement fauchée et incapable de porter ses ambitions", ajoute, inquiet, un autre diplomate. Or, prévient Le Monde, l’Europe a devant elle une négociation majeure, que les responsables politiques européens aimeraient conclure avant la fin de l’année : le budget de l’Union pour les années 2028-2034, dont les moyens et les contours dessineront la place de la construction européenne dans les années à venir ».
« Le différend entre les États-Unis, le Groenland et le Danemark est désormais arrivé à son terme », déclare le journal groenlandais Sermitsiaq, les trois parties « devraient signer la semaine prochaine un accord renforçant la sécurité dans l'Arctique et la région de l'Atlantique Nord ». Pour le New York Times, il « pourrait marquer une issue à un problème qui a suscité une vive inquiétude parmi les alliés de l'Otan plus tôt cette année ». Sermitsiaq se rappelle en effet les « graves tensions déclenchées par les revendications territoriales du président américain Donald Trump sur le Groenland ». Les contours de cet accord sont encore flous, mais selon les déclaration du président américain, Donald Trump, il « empêcherait les adversaires des États-Unis d'établir une base au Groenland et permettrait d'y étendre la présence militaire américaine », analyse le New York Times, qui précise que « les deux parties ont décrit l'accord en des termes très différents » : Donald Trump parle d'un contrôle permanent américain, tandis que le Premier ministre danois a préféré insister sur le fait que l'accord « reconnaît la souveraineté et l'intégrité territoriale du Royaume du Danemark ». Malgré les divergences sémantiques, cet accord a le mérite, reconnaît le journal étasunien, d'offrir « la possibilité d'une solution diplomatique à une menace d'origine américaine qui a failli faire basculer l'alliance occidentale ». Les élections législatives en Russie s'annoncent sans grande surprise À la fin c'est Vladimir Poutine qui gagne. Ce scrutin est observé en Ukraine évidemment, par le Kyiv Independant, qui voit là « ce qui devrait être un rituel de tampon destiné à légitimer le régime du président (...), un vote qui a lieu dans un contexte de frustration croissante parmi les Russes face à la guerre », rappelle le journal ukrainien. Au-delà de ce simulacre d'élection sans réelle opposition, la crainte en Russie, mais aussi ailleurs d'une intensification du conflit. « L’Europe est terrifiée par ce qui va suivre, s'alerte le Daily Telegraph à Londres, en privé, les responsables européens de la défense et de la sécurité craignent (...) le début d'une campagne(...) d'action de plus en plus ouverte contre le territoire de l'Otan qui pourrait suivre les élections ». Le spectre d'une nouvelle vague de mobilisation militaire plane aussi en Russie, mais « ce serait une décision risquée, dangereuse et profondément impopulaire », tempère le Kiyv Independant. L'inquiétude reste cependant de mise pour les observateurs interrogés par le Daily Telegraph, qui sont sûrs d'une chose : « Vladimir Poutine reste convaincu non seulement qu’il remportera les élections mais aussi la guerre – un conflit qu’il représente de moins en moins comme une confrontation avec l’Ukraine qu’avec l’Occident lui-même ». Le « moment de vérité » pour Shakira en résidence à Madrid La pop star colombienne revient en Espagne après avoir quitté le pays il y a des années, la tête basse, fraichement séparée et avec un sérieux contentieux avec le fisc espagnol. Pour le Temps, « la plus emblématique des artistes latinos tient sa revanche (...) la voici qui réapparaît (...) dans toute sa magnificence et sa gloire, prête à se produire dans un contexte de démesure et de célébration rarement vu ». L'artiste n'a pas fait les choses à moitié : « Un stade sur mesure, une zone gastronomique et même une bibliothèque ». Avec ce dispositif impressionnant, « Shakira veut symboliser son succès, analyse le quotidien suisse, et célébrer l’immigration latino-américaine ». C'est aussi l'avis d'El Pais, qui juge que la chanteuse « atteint son meilleur moment commercial », alors que les promoteurs évoquent 600 000 billets vendus. Célébrer l'immigration latino-américaine en revanche, c'est à nuancer, selon l'avis d'un musicologue colombien, compatriote donc de la pop star, et interrogé par le quotidien espagnol : « il s'agit plus d'une action de carte postale pour les touristes que de (...) quelque chose qui vous amène à réfléchir aux racines des choses ». Alors une véritable ode à la latinité ou un coup marketing bien orchestré ? « Il y aura 12 jours pour le vérifier », tranche El Pais.
La Croix à Paris nous emmène à Kostroma, ville moyenne située à 350 km au nord-est de Moscou. « Il faut bien chercher, constate le correspondant du journal, pour trouver des affiches des candidats aux élections législatives prévues sur trois jours, à partir de ce vendredi, dans toute la Russie. (…) Un rendez-vous électoral loin d’être au centre des préoccupations (…). Devant la gare, il y a bien un jeune homme qui distribue quelques tracts pour le parti Gens nouveaux, une formation créée en 2020 et qui se veut centriste. C’est l’un des dix partis qui figurent sur le bulletin de vote. Alexeï, un voyageur qui vient d’arriver en ville, transforme son tract en petit avion en papier et le lance dans les airs. “Je n’irai pas voter, dit-il. J’ai 26 ans. Et je n’ai jamais voté. On fait semblant. Comme si notre vote comptait pour quelque chose…“» « Ce scrutin, rappelle La Croix, est le premier test national d’ampleur depuis le début de l’ “opération militaire spéciale“, le nom officiel donné à l’invasion de l’Ukraine, en février 2022. Mais les électeurs russes n’auront pas l’occasion de se prononcer pour ou contre la guerre. Un onzième parti figurait sur le bulletin de vote : Iabloko (“la pomme“), le seul à appeler ouvertement à la fin du conflit. Mais il a été exclu du scrutin par les autorités, précisément pour cette raison. Tout se passe comme si ce vote était une formalité, relève encore La Croix. De fait, depuis de nombreuses années, les résultats des élections en Russie sont sans surprise. À Kostroma, comme ailleurs, on sait déjà qui l’emportera : le camp de Vladimir Poutine, représenté par le parti Russie unie. » Un « grand théâtre » Constat similaire pour Le Temps à Genève : « Alors que la guerre a fait disparaître les derniers vestiges de libertés civiles qui subsistaient dans le pays, l’issue de ce grand “théâtre“ orchestré de bout en bout par le Kremlin ne fait aucun doute : la nouvelle Douma d’État sera loyale à Vladimir Poutine et à sa ligne politique. (…) Les mécanismes sont connus, pointe le quotidien suisse : les groupes et candidats d’opposition sont systématiquement exclus des listes électorales ; les jours de scrutin, bourrages d’urnes et votes multiples sont monnaie courante. La mise en place du vote électronique dès 2020 a encore renforcé les risques de falsification. Et le fait que, depuis les dernières législatives de 2021, les élections se tiennent sur trois jours, et non plus un seul, est aussi identifié comme un facteur donnant davantage de marge de manœuvre aux autorités pour dissimuler des manipulations. Enfin, plus aucun observateur crédible et indépendant n’est autorisé sur place. » Après ? La mobilisation générale ? En fait, relève le Guardian à Londres, ce ne sont pas les élections qui sont importantes, c’est ce qui se passera après… « On craint qu’une fois le scrutin passé et une nouvelle Douma aux ordres installée, le Kremlin dispose d’une plus grande latitude pour mettre en œuvre des mesures impopulaires », comme une mobilisation de masse. « Cette crainte a déjà poussé certains jeunes à quitter le pays – des scènes qui rappellent celles de septembre 2022, lorsque des centaines de milliers de Russes ont fui après l’annonce par Poutine de la première conscription en temps de guerre. » Le Guardian qui croit savoir que des proches du Kremlin « ont envoyé leurs fils à l'étranger ces dernières semaines, signe, que même parmi ceux qui ont accès au système, peu sont certains de ce qui se passera après le vote. » La stratégie « Midi pour la paix » Enfin, à lire dans La Repubblica à Rome cette interview de Vladimir Kara-Murza, figure emblématique de l’opposition anti-Poutine qui vit aux États-Unis. Il est historien, cinéaste et lauréat du prix Pulitzer pour des articles écrits pendant sa détention en Sibérie. Pour lui, la seule façon de s’opposer durant ce scrutin verrouillé, c’est de suivre « la dernière initiative que Navalny avait soutenue avant d’être tué en prison » : la stratégie Midi pour la paix : aller tous voter en même temps, à midi précise… « Le régime peut annoncer les chiffres qu’il veut, ayant perfectionné l’art de falsifier les élections. Cependant, relève Vladimir Kara-Murza, il ne pourra pas cacher les images de milliers de personnes faisant la queue. Nous pouvons transformer ces élections truquées en une manifestation nationale contre la guerre. »



