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La Story Nostalgie
La Story Nostalgie
Author: Nostalgie Belgique
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© Nostalgie Belgique
Description
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus grands artistes de notre temps.
Avec "La Story Nostalgie", plongez dans l'univers des icônes comme les Beatles, les Rolling Stones, Johnny Hallyday, Madonna, Queen, ou encore Michael Jackson. Brice Depasse vous raconte les récits inédits derrière les albums mythiques, les concerts légendaires comme Live Aid, et les moments de gloire des groupes qui ont marqué l’histoire de la musique. Découvrez comment Freddie Mercury a captivé le monde entier, comment ABBA a conquis les charts, ou encore les secrets de studio qui ont façonné des tubes intemporels.
Chaque épisode est une plongée passionnante dans le making-of des carrières de ces artistes exceptionnels, avec des histoires qui vous feront revivre les vibrations du rock des seventies, l'effervescence des eighties, et bien plus encore. Brice Depasse vous fait redécouvrir des albums cultes, des sessions d’enregistrement mémorables, et les concerts qui ont marqué toute une génération. Que vous soyez fan des ballades de Jean-Jacques Goldman, des envolées vocales de Céline Dion, ou des shows spectaculaires de Robbie Williams, "La Story Nostalgie" est votre passeport pour un voyage musical inoubliable.
Laissez-vous emporter par les récits fascinants sur des artistes comme Daniel Balavoine, Serge Gainsbourg, France Gall, Michel Sardou, et Blondie, tout en explorant les liens entre musique et cinéma, des bandes originales aux collaborations légendaires. Ce podcast vous fait revivre l’esprit de Woodstock, les folles tournées, et les sessions d'enregistrement qui ont donné naissance à des albums de légende.
Que vous soyez un nostalgique des seventies ou un amoureux des eighties, "La Story Nostalgie" est le rendez-vous incontournable pour tous les passionnés de musique. Branchez vos écouteurs et laissez Brice Depasse vous raconter ses histoires inédites.
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Reverse
En 2013, David Bowie revenait après dix interminables années de silence avec un album tonitruant, probablement le meilleur qu’il ait jamais enregistré. Trente ans tout pile après Let’s Dance, il accumulait les N°1 partout autour de la planète avec cet album réalisé dans le plus grand secret et sorti par surprise, comme un diable sortant d’une boîte. La pochette, des gimmicks sonores, des paroles évocatrices, les références à un passé fameux ne manquent pas et pourtant, The Next Day est une totale réussite, à la hauteur d’un artiste qui a toujours refusé de nager là où il avait pied. Sans doute la raison pour laquelle, il n’y avait pas eu de Let’s Dance bis ou deux, 30 ans plus tôt, en 1984. C’eût été trop facile. Et puis, son entourage le sait : David Bowie s’ennuie vite en studio. C’est ainsi qu’il refuse en novembre de chanter les deux premières lignes de la chanson Do they know it’s Xmas time ? pour, par contre, s’impliquer totalement dans le Live Aid. On l’ignore mais en plus de la magistrale prestation qu’il livre sur scène, juste après Queen, Bowie ayant vu le reportage tourné au Soudan, renonce à interpréter une dernière chanson pour qu’on ait le temps de le diffuser. Son discours et le document sont tellement forts que le montant des dons explose … David doit d’ailleurs interpréter en duo une chanson avec Mick Jagger, lui à Wembley, Mick à Philadelphie. Mais conçu comme l’autre attraction technologique de l’événement avec la prestation de Phil Collins des deux côtés de l’Atlantique grâce au Concorde, il doit y renoncer lors de répétitions : malgré les efforts des techniciens, un décalage entre l’image et le son subsiste, rendant le duo en live impossible.Et donc, ce samedi du mois de juin 1985, alors que Bowie est occupé à enregistrer la chanson d’un film dans lequel il joue, Absolute Beginners, un titre qui, de l’avis de tous, va faire un malheur, il dit : “Est-ce qu’on peut finir à 6 heures, ce soir, j’ai Mick qui doit venir.” Ah ben oui, à défaut de pouvoir la jouer en live, ils vont faire un clip de ce duo phare du Live Aid. Alors, une heure avant l’arrivée de Mick, on sort le 45 Tours dont on va faire un cover et on l’écoute, avant de s’y mettre. Ce sont des pros, et pas des moindres, mais la première tentative est catastrophique, on dirait un orchestre de bal de province. Pas mieux. Qu’est-ce que c’est que ce merdier ? Le producteur n’a pas le temps de finir sa phrase qu’entre Mick Jagger, et qui file directement à la cabine de son d’un air “Mick est là, on y va”. Ça tombe bien, Bowie est en train de chanter, Jagger accroche son wagon et c’est parti, tous les musiciens du band se mettent à jouer comme des dieux comme s’ils n’avaient jamais joué autre chose.Ce fut en 1985 le dernier N°1 britannique de David Bowie, avant ce fameux, inattendu et nostalgique Where are we now ? en 2013, sonnant la fin d’un long entr’acte, c’est vrai, mais débutant un cinquième acte, toujours aussi misérablement court.
Il suffit que dans une conversation, je mentionne, pas souvent hein, avoir rencontré David Bowie pour lire dans la réaction des gens à quel point son statut est passé de personnage légendaire à aujourd’hui, historique. La preuve : lors de ce dixième anniversaire de sa disparition, on n’a pas compté le nombre de chroniqueurs qui ont parlé de sa trilogie berlinoise comme d’une évidence. Il n’y en a sûrement pas un pour savoir qu’en réalité, Bowie n’a enregistré qu’un album et demi à Berlin. Mais c’est justement quand les gens évoquent un fait comme certain sans le vérifier qu’on voit qu’il est devenu historique. Ah c’est vrai que le titre Heroes et l’album du même nom, enregistrés intégralement à Berlin, ceux-là, ont marqué les esprits. La pochette déjà, immédiatement identifiable et identifiée, est iconique. Et si l’album est loin d’être le plus vendu de sa carrière, peu d’entre nous le connaissent par cœur, la chanson titre est aujourd’hui la plus streamée de son répertoire.Une réussite que Bowie ne doit qu’à lui et à son producteur et ami Tony Visconti. Le choix du studio Hansa, tout d’abord, avec sa cabine de son immense, et pour cause, une ancienne salle de concert, qui avait d’ailleurs servi de salle de réunion à la Gestapo. Tony a donc prévu de ne pas isoler David dans une cabine son comme on le fait habituellement pour les chanteurs, afin de bénéficier d’une réverbération dans la voix, 100% naturelle. Un enregistrement qui se fait quasiment en même temps que l’écriture. David va plusieurs fois demander une pause pour changer des phrases. Et c’est là que le génie se manifeste. Car arrivés au studio, quel n’est pas l’étonnement des musiciens en ouvrant grand les tentures lourdes de découvrir une baie vitrée donnant sur le Mur de Berlin, avec à 500 mètres, des gardes soviétiques qui les observent à la jumelle depuis un mirador. Berlin est alors une ville sinistre, du moins les quartiers, les rues et les boîtes où Bowie son équipe le soir, après la session. Il ne veut pas qu’elle soit distraite par autre chose que le travail auquel elle est occupée : son disque. Quant à lui, il fait flèche de tout bois. Ainsi, la chanteuse d’un cabaret que Tony a ramenée, participe aux chœurs sur la chanson. Et au cours d’une des pauses demandée par David, Tony sort avec elle pour le laisser écrire et au cours de leur promenade, l’embrasse près du mur. Bowie les voyant depuis la fameuse baie vitrée a alors l’idée d’un fameux couplet. En moins de deux heures, tout est terminé.Oui, David Bowie est entré dans l’Histoire. Non pas parce qu’il nous a quittés il y a dix ans mais parce que plus aucune page de son fabuleux parcours ne sera écrite. Sans doute la raison pour laquelle il a tenu la plume jusqu’au dernier week-end de son existence.
On ne peut pas ne pas en parler avec l’image que ses dirigeants nous renvoient de nos jours, David Bowie a vécu une histoire d’amour complexe avec l’Amérique, faite de passion, de fantasmes, de peur et de malentendus. Les Etats-Unis, c’est tout d’abord pour le jeune artiste dans l’âme qu’il est, la terre des libertés et de la musique. Un immense décor fait des grands espaces vus dans les films au cinéma, des longues routes vers l’aventure avec la voiture pleine de copains façon Jack Kerouac, avec la musique d’Elvis Presley, etc Ses premiers séjours à New York ne font que le conforter dans le genre l’Amérique est un pays de liberté avec “s”. Rien à voir avec l’éducation étriquée des Anglais, ses rencontres avec Andy Warhol, Iggy Pop et Lou Reed puis ses premières tournées en Ziggy Stardust le confirment. Évidemment, il s’est fait traiter de femmelette, de gonzesse par des mecs au chapeau de cowboy. Ca aurait dû l’alerter mais bon, il s’installe quand même à Los Angeles où il se fait dévorer par ses excès d’alcool et de drogue. David n’est plus qu’une ombre, un homme encore jeune mais aux yeux creusés quand il rentre en Europe en 1976, on le voit à Paris, à Berlin et à Londres, sa musique est métamorphosée, elle ne se vend plus qu’à certains initiés.Et quand en 1980, alors qu’il triomphe à Broadway dans la pièce Elephant Man, son ami John Lennon est assassiné par un gars venu exprès de Hawaï pour se faire un nom, David Bowie prend brutalement conscience que l’Amérique n’est pas seulement le pays de l’énergie artistique et de l’avant-garde, mais aussi celui où une légende du rock peut finir sur un trottoir. Lui, mieux que tout autre, savait que John Lennon avait quitté l’Angleterre pour vivre libre à New York, il y avait trouvé la mort à tout juste 40 ans. David rentre à nouveau en Europe, en Suisse cette fois, où il trouve refuge près du lac Léman. Il aime toujours New York, certes, mais à distance. Il n’y revient que deux ans plus tard, au sein d’une équipe de cinéma, en compagnie de Catherine Deneuve et Susan Sarandon qui deviendra sa maîtresse, le temps du tournage d’un film où il incarne un vampire lié à la même femme depuis des siècles. Et pourtant c’est à New York que va repartir de plus belle son histoire d’amour avec le public pop, une rencontre avec Nile Rodgers le propulse au sommet des années 80. L’Amérique lui rend la gloire, celle qu’il avait d’ailleurs, ironie du sort, chantée en duo avec John Lennon au milieu des années 70 et lui avait valu son dernier N°1 américain en date. Oui, David Bowie a peur des Américains, c’est certainement un des singles les plus marquants des années 90 et l’un des plus autobiographiques … Et pourtant, Bowie va finalement se fixer à New York, à un moment où il s’est fait beaucoup plus discret sur sa vie privée qui est désormais totalement apaisée. Homme marié assumé, papa gâteau mais avec une âme d’artiste intacte, grand faiseur de chansons et éclaireur de l’avant-garde, pour autant que ce mot signifie encore quelque chose, ici, comme en Amérique. Mais qu’est-ce que l’Amérique si ce n’est un mythe ?
Mi-novembre 1981, les fans de David Bowie que nous sommes commencent à trouver le temps long. Cela fait à présent plus d’un an qu’il a fait ce retour incroyable et inattendu au sommet des hits parades avec son fabuleux album Scary Monsters, et son redoutable single Ashes to Ashes. Mais pas de concerts à Bruxelles, ni ailleurs, pas de tournée, ça l’a foutu mal. Il paraît qu’il était pris par une pièce de théâtre à New York. Puis il y a eu le film, Moi Christiane F… On avait couru le voir au cinéma mais il n’y apparaissait que quelques minutes dans son propre rôle. Mais bon, ça nous permettait de voir des images de concert sur grand écran, alors rien que ça, ça valait le déplacement. Un copain avait acheté le 33 Tours pour sa collection, un autre avait le poster épinglé sur un mur de sa chambre. David Bowie était devenu un chanteur culte, un type qui faisait une musique très compliquée, c’est pas un truc pour toi qu’on disait aux potes, et puis aux filles, histoire de se rendre intéressant du haut de notre adolescence.Alors quand paraît le nouveau disque de Bowie en cette mi-novembre où on ne jure plus que par la New Wave, on est déçus car Changes Two, c’est la suite du Changes One, un best of qui n’en est pas un, David ne fait rien comme les autres. Et ce n’est pas prêt de changer. Bien sûr, on ignore que le théâtre où il a joué l’an dernier se trouvait à quelques dizaines de mètres de l’endroit où a été assassiné John Lennon, le 8 décembre. John et lui étaient devenus potes au milieu des années 70 alors qu’ils habitaient tous les deux Los Angeles. Beaucoup de fêtes mais aussi quelques enregistrements mémorables ensemble, leur duo avait donné un N°1 au Billboard américain … et puis David avait aussi repris un titre des Beatles signé John Lennon ... Mais mis à part une formidable soirée passée ensemble lors d’une rencontre inopinée dans un hôtel de Hong Kong en 1977, ils ne s’étaient plus revus. John devait venir le voir sur la scène du Booth Theater, il n’en aurait jamais l’occasion. Si la terrible nouvelle affecte David quand il l’apprend, bien évidemment, il est horrifié d’apprendre dans la presse ce que son meurtrier a avoué aux enquêteurs : Chapman est en effet venu au théâtre voir Elephant Man, quelques jours avant son crime. Et ayant du mal à croiser Lennon au pied de son immeuble, il avait projeté de venir tuer David Bowie en pleine représentation, au cas où il raterait l’ex-Beatle. Vous vous rendez compte que pour ce genre de dingue, un artiste de scène, c’est du tir à pipe ! David avait annulé les prolongations, la tournée de la pièce et les concerts. On l’ignorait quand on a regardé le clip nouvellement enregistré de cet ancien titre, Bowie ne voulait plus alors apparaître seul, raison pour laquelle il allait se faire diriger dans des films, à l’abri de la foule et aussi, enregistrer quelques B.O.
Dix ans déjà que David Bowie nous a quittés. J’ignore si vous vous souvenez de ce que vous faisiez quand vous avez appris la nouvelle, le lundi 11 janvier 2016 au matin. Son dernier album, fascinant en diable comme à sa meilleure époque, était sorti le vendredi précédent, on attendait la suite de l’histoire, on avait eu droit à la fin. David Bowie avait orchestré sa sortie de scène de main de maître, lui qui avait eu tant de mal à y entrer sous les ovations et les projecteurs. J’avais accueilli la nouvelle presque en larmes, il fallait que je rejoigne la radio au plus vite, la nouvelle nous avait tous surpris. Ce n’était pas facile de se dire que désormais l’artiste qui nous accompagnait depuis tant de décennies était parti et que nous allions désormais devoir vivre dans un monde sans David Bowie.Et c’est vrai qu’il s’était donné tant de mal, David, pour être présent dans notre vie. Tenez, au printemps 1969, à Beckenham, dans le sud du Grand Londres, une certaine Mary Finnigan, jeune trentenaire fraîchement divorcée avec deux enfants, entend par la fenêtre ouverte de ses voisins du dessus, une musique magnifique mais très particulière. Elle appelle pour savoir qui peut sortir un son pareil dans son immeuble et voit passer la tête blonde d’un jeune gars. Ne voudrait-il pas descendre boire un thé ? L’homme s’avère de bonne éducation, conversation et surtout, c’est pas le gars genre qui va changer le monde comme on en rencontre à tous les coins de rue en cette époque hippie. Mais bon, il n’est pas très heureux. Sa compagne vient de le quitter et il est retourné vivre chez ses parents, à Bromley, le patelin d’à côté. Il a sorti un album qui n‘a pas marché, aucune promo, et son manager s’entête à vouloir faire de lui un chanteur de variétés qu’il n’est pas. Et s’il venait sous-louer une chambre chez elle ? La réponse est oui, immédiatement.Et donc quelques jours plus tard, le jeune artiste débarque avec une valise et la guitare à douze cordes qu’elle avait entendue par la fenêtre ouverte. Les deux enfants de Mary étant alors déjà rentrés de l’école, il propose de leur chanter une chanson. Oh ouiiii disent les deux mômes de 8 et 10 ans. Un pied posé sur la chaise, la guitare électrique sur la cuisse, l’auteur-compositeur-interprète, comme il s’est présenté, entame la chanson qu’il doit bientôt enregistrer avec son partenaire puisqu’ils comptent devenir les nouveaux Simon & Garfunkel. Cette chanson est magnifique, dit Mary en applaudissant avec ses enfants, mais ça va faire un hit énorme ! Le cadet des deux garçons revient de sa chambre avec le dessin que lui a inspiré la chanson du nouveau colocataire et bientôt amant de sa maman, on y voit un astronaute sortant d’une fusée dans l’espace avec en fond, la Terre et la Lune … il doit sans doute toujours y être, là où David Bowie l’a abandonné à la fin de sa chanson, le début d’un long chemin qu’il allait parcourir avec nous, le public.
Fin septembre 1999, Véronique Sanson étonne tout le monde en publiant un album constitué intégralement de reprises de Michel Berger, disparu quelques années plus tôt et dont sa veuve France Gall vient également de sortir un CD. La démarche a de quoi étonner venant d’une des très rares auteures et compositrices de la chanson, qui plus est une artiste qui a imposé un style. La musique de Véronique Sanson est unique et son succès ne s’est jamais démenti depuis le début des années 70.L’autre surprise à l’écoute D’un papillon à une étoile, c’est la manière dont Véronique Sanson s’approprie le style de Berger. Bien sûr, en 1999, on sait dans le métier qu’ils ont eu une histoire ensemble à leurs débuts mais internet ne révèle pas encore les détails biographiques dans chaque chaumière. De toute façon, comment raconter une histoire qui n’a jamais vraiment commencé. Même eux n’auraient pu dire quand exactement ils s’étaient rencontrés. En effet, leur maman respective se connaissant, Michel et Véronique se croisaient régulièrement depuis toujours. Mais aucune camaraderie n’était ressortie des goûters d’anniversaire et autres dîners où ils s’étaient vus. Il faudra une passion commune pour la musique pour les réunir alors qu’ils sont devenus de jeunes adultes.Ce jour-là, Michel Berger est convié par Madame Colette Sanson à un goûter où elle demande à ses deux filles d’interpréter leur répertoire. Violaine et Véronique forment en effet un trio avec un certain François Bernheim qu’elles ont nommé les Roche Martin. L’invitation n’est pas innocente car Berger est à présent le très jeune directeur artistique d’une firme de disques qui ne veut pas rater la future star Yéyé, même si ce mot ne veut alors plus dire grand-chose. Et elle ne sera pas sans conséquence car Michel semble découvrir Véronique pour la première fois : il n’a d’yeux que pour elle. L’affaire est dans la poche : son collègue Claude-Michel Schönberg et lui vont s’occuper des Roche-Martin.Si leur premier 45Tours paraît au printemps 1967, le second bien que pressé n’a pas le temps de sortir que François Bernheim quitte le navire en décembre. En coulisses, on n’en fait pas un drame : passe ton bac d’abord disent les Sanson à leur fille Véronique qui le rate à deux reprises. Entretemps, lors d’un weekend organisé chez Claude-Michel Schönberg, futur compositeur des Misérables et d’un grand tube, Véro devient la maîtresse de Michel Berger.Commencent alors plusieurs années de vie cachée mais commune, tant amoureusement qu’artistiquement, au cours de laquelle ils forgent leur style qui de l’avis de tous sera d’une gémellité rare dans l’histoire de la chanson. Lequel a déteint sur l’autre ? Allez savoir, à moins qu’aucun n’ait vraiment dominé. Une formation classique, une même approche du chant, un goût identique pour le rock américain et britannique, un amour intense, Michel et Véronique se complètent et trouvent leur identité côte-à-côte, sans doute la raison pour laquelle la célébrité les a séparés. Bien des années sont passées sur cet amour malheureux qui a laissé de terribles traces chez l’un et chez l’autre, comme une blessure jamais cicatrisée.
Fin des années 70, Véronique Sanson est la plus grande star féminine du métier français. Elle est ainsi la première chanteuse à tenir l’affiche du Palais des Sports, à Paris, trois soirs à 4600 sièges en 1979, ce seront trois semaines deux ans plus tard. Mais si sa carrière atteint des sommets, on ne peut pas en dire autant de sa vie privée : le rêve américain du mariage sans attendre avec Stephen Stills a cédé la place au cauchemar de la femme battue. Mais si l’alcool, cocaïne et violence conjugale sont au menu du quotidien, rien ne transparaît en public. Pourtant, en 1980, Véronique Sanson est de retour en France. Elle a obtenu le divorce de Stephen Stills mais pas le passeport de leur fils de six ans, qui lui permettrait de le faire sortir des États-Unis. La bataille judiciaire va durer des mois et des années, une bataille durant laquelle la panne d’inspiration s’installe. Elle qui pouvait composer le matériel d’un album en une semaine ne sort plus rien, trouvant sa musique vieille et dépassée, au milieu du grand tourbillon de ces années-là. Le retour a lieu avec un album à la pochette blanche : un immense point d’interrogation pour ceux qui le sortent du bac des disquaires en cette année 1985. Car oui, Véro a raison, la musique a sérieusement changé avec la New Wave et le hard rock britannique, le funk et le métal américain. France Gall occupe toute la place, Jean-Jacques Goldman s’impose, alors la question est : son public existe-t-il encore ? La réponse est oui : les réactions de la presse sont excellentes et les ventes d’albums suivent car les nouvelles chansons de Véronique Sanson tournent sur les toutes nouvelles radios libres de la bande FM. Rien n’a donc changé dans le cœur des Belges et des Français, elle joue tout le mois de novembre à l’Olympia avant d’innover l’année suivante, avec Chacun son tour, la double tournée en compagnie d’Alain Souchon.Trois ans plus tard, son nouvel album confirme qu’elle fait plus que survivre aux années 80, un succès qui lui vaut à la fin de la décennie de rejoindre la bande des Enfoirés en compagnie de Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Michel Sardou et Jean-Jacques Goldman. Tant d’artistes dits de Variétés n’ont pas réussi à garder leur public durant les années 80, probablement les plus foisonnantes de l’histoire de l’industrie musicale. Ce ne fut pas le cas de Véronique qui après un coup de mou pour cause de vie privée gardera sans faille son statut de star établie, bien que plus discrète, et bien que toujours aussi fragilement reliée au monde qui l’entoure.
Mars 1973, Véronique Sanson est partie. Entendez par là qu’elle a brusquement quitté la France pour l’Angleterre où elle s’est mariée dans l’urgence avant de s’envoler pour les Etats-Unis où elle va vivre désormais. L’élu de son cœur n’est autre qu’une star du rock, l’Américain Stephen Stills, oui le Stills de Crosby, Stills and Nash. Véronique est aux anges de vivre là-bas : imaginez pour une jeune artiste française dans les années 70, le privilège de vivre au quotidien avec des musiciens américains, a fortiori, les fabuleusement doués partenaires de son mari. Personne à Paris ne dispose d’un tel environnement musical, c’est le paradis. Car c’est vrai, si depuis Serge Gainsbourg, beaucoup de chanteurs français enregistrent en Angleterre, peu arrivent à réunir les fonds pour franchir l’Atlantique où se trouve le son original du rock’n’roll.Un paradis dont la fresque idéale se complète par la naissance d’un garçon, Christopher, le 19 avril 1974. Alors imaginez la sortie de son nouvel album, 100% américain, Le Maudit, qui lui vaut un double disque d’or en France et deux titres qui deviendront des classiques … (Alia Souza et On m’attend là-bas). Voilà qui lui donne enfin la force de monter sur scène en vedette. On commence par la maison, entendez le Canada, Vancouver, juste de l’autre côté de la frontière américaine, avant de jouer en France. Et non, les spectateurs de l’Olympia ne rêvent pas, c’est bien Stephen Stills de Crosby Stills Nash and Young, qui est à la basse. Ah l’Amérique ! La fascination des grands espaces, et des grands studios, avec ses musiciens de légende. Pourtant, c’est en Angleterre que Véronique Sanson enregistre en 1976 ce qui reste son plus grand classique … Vancouver. Il faut dire que nous sommes au studio Trident, dans une étroite rue londonienne qui voit à l’époque passer George Harrison, David Bowie, Elton John, Queen, inutile de continuer l’énumération. C’est le seul succès de l’album mais quel hit ! Triple disque d’or, deux semaines à l’affiche de l’Olympia, Véronique Sanson est devenue une des grandes vedettes de la chanson en France et chez nous. La peur du public est désormais une affaire classée, Véro est à présentcataloguée bête de scène, la preuve avec son premier album live qui paraît également en cette année 1976. Mais malgré le fait qu’elle soit mariée à une star mondiale du rock et qu’elle habite Denver, dans le Colorado, Véronique ne va jamais tenter une carrière américaine. Il lui serait pourtant si facile de frapper à la porte de l’immense label Atlantic qui édite Stephen Stills et son groupe. Si son nouvel album se nomme Hollywood, c’est juste parce qu’elle vient d’y emménager avec sa famille. Il comprend deux nouveaux tubes, classiques, Bernard’s Song et surtout ce Féminin qui lui sied tellement bien.
Le couple Véronique Sanson et Michel Berger a aujourd’hui sa place dans la légende de la chanson française. Outre le fait essentiel qu’il s’agisse de deux auteurs compositeurs qui ont révolutionné le genre, leur histoire d’amour qui s’est mal terminée avait tout pour créer un mythe. Et pour ceux qui l’avaient oublié ou l’ignoraient, Véronique avait sorti au grand jour cette histoire qu’on ne racontait jusque-là qu’à mots couverts, grâce à l'énorme succès de son improbable mais ô combien réussi, album de reprises à la fin du XX° siècle.Si Michel Berger et Véronique Sanson se connaissent depuis l’enfance, leurs parents sont en effet amis, ils ne se découvrent vraiment qu’à la fin de leur adolescence. Michel est à présent devenu le plus jeune directeur artistique de la firme de disques Pathé Marconi, qui vient de sortir le 45 Tours du groupe Les Roche Martin, formé autour du duo des sœurs Sanson. Il faut dire que la maman avait astucieusement convoqué Michel à une Tea Party où ses filles avaient interprété quelques morceaux. Michel était venu avec son collègue, Claude-Michel Schönberg, futur compositeur des Misérables. Ils avaient craqué, surtout Michel, sur Véro. Le succès des deux super 45 Tours n’est pas au rendez-vous. Dommage, le trio que les sœurs forment avec François Bernheim est un de ces condensés de génies, de faiseurs, comme on en voit rarement. Des Poppys à Quentin Mosimann, en passant par Renaud, Patricia Kaas et Melissa Mars, François Bernheim a en effet fait chanter des générations.Mais pas question de se décourager, Berger incite sa compagne à se lancer seule. Malheureusement le single ne marche pas. Trois échecs consécutifs pour la même voix, Pathé Marconi abandonne Véronique Sanson, nous sommes en 1969. Les deux jeunes artistes qui vivent alors une histoire d’amour développent à ce moment un style dont on serait bien en peine de dire qui a influencé l’autre. Un piano maître de cérémonie, un vibrato dans la voix, à la Julien Clerc, serait-on tenté de dire, il est immensément populaire en cette année 1971 où Véronique Sanson travaille dans l’ombre les chansons d’un premier album que beaucoup considèrent comme son meilleur. Ah on l’entend et on la voit partout ! Mais pas sur scène : Véronique est en effet échaudée par sa première mauvaise expérience de chanteuse pour touristes au Cabaret de la Tour Eiffel. C’est vrai, elle a beau chaque soir dominer la Rive Droite et la Rive Gauche de la ville lumière, le Jules Verne, c’est un restaurant, il ne faut pas s‘étonner que le public s’intéresse plus au contenu de son assiette qu’aux quatre chansons interprétées par une chanteuse qu’ils ne connaissent pas. Mais quelques mois plus tard, paraît déjà son second album, toujours produit par Michel Berger, évidemment. Un Michel Berger dont la vie va basculer le jour où celle qui partage sa vie descend acheter des cigarettes pour ne jamais revenir.
Comment imaginer Véronique Sanson autrement que, assise devant son piano ? Il faut dire que sa sœur Violaine et elle, s’y sont trouvées depuis leur plus âge, celui auquel leurs parents les ont inscrites au cours de piano.Violaine et Véro. Vous avez remarqué ? Deux prénoms en V. Ce n’est pas un hasard, leurs parents se sont rencontrés durant la guerre au sein du réseau de la Résistance et ont voulu marquer cette alliance dans l’initiale du prénom de leurs filles, V comme Victoire, signe des deux doigts affiché par Winston Churchill.Colette et René Sanson veulent donner à leurs filles la meilleure éducation qui soit dans la société d’après-guerre où on veut, plus que jamais, que les enfants aient un avenir meilleur que ce qu’ils ont vécu. Le piano va logiquement toute la place, au propre comme au figuré, dans la vie de la jeune Véronique et de sa sœur aînée. On ne s’étonnera donc pas quand à l’âge de 18 et 20 ans, elles enregistrent ensemble leur premier 45 Tours au sein d’un groupe nommé Les Roche Martin.Classe, hein ! La différence avec les Chaussettes Noires, les Toréros ou les Chats sauvages saute aux yeux. Mais le trio aura une vie aussi éphémère que la confidentialité de leur succès ; en 1969, Véronique Sanson publie son premier 45 Tours solo, un disque qui, lui non plus, ne trouve pas son public.Trois ans plus tard, nous la retrouvons au Cabaret Jules Verne, au premier étage de la Tour Eiffel. J’aime autant vous dire qu’après un numéro de jongleur et de prestidigitateur, ce lieu à touristes est une grosse galère pour une délicate et jeune chanteuse qui vient y interpréter ses propres compositions, autrement dit des chansons inconnues du public. Mais sa voix et son style sont exceptionnels, c’est pour cela qu’elle affronte chaque soir une audience aussi ingrate, il faut se faire connaître à tout prix, en allant au charbon, c’est ce que pense l’homme qui partage alors sa vie : Michel Berger. L’expérience, traumatisante pour Véronique, ne dure heureusement pas : la même année 1972 sort son premier album, produit par Michel, alors le jeune directeur artistique parisien qui monte. Amoureuse, la première chanson qui accroche les médias et le grand public, n’est pas encore le titre de cet album qui ne le prendra que bien plus tard, lors de la réédition en CD. Mais c’est le single suivant, Besoin de personne, qui est le déclencheur de la notoriété de Véro et lui vaut de passer partout à la télé, enfin, sur les deux seules chaînes françaises qui existent alors. Véronique Sanson s’impose comme une artiste atypique, du sang neuf, comme on en réclame sans cesse dans le monde de la musique qui en plein âge d’or. Fini le cabaret Jules Verne, elle assure la première partie d’autres artistes eux-mêmes atypiques que sont Julien Clerc, Claude François et Michel Polnareff.
Vous avez peut-être vu la vidéo hilarante que Elton John a publiée ces jours-ci dans laquelle il n’arrive plus à ouvrir une porte chez lui, que ce soit celle de son living, frigo et même le four dans sa cuisine, sans entendre une chanson de Noël en sortir. Elle lui a d’ailleurs valu une remarque sur la propreté de la porte intérieure de son four, alors que l’artiste est réputé pour ne pas supporter la moindre saleté ni le désordre.Mais bref, cela n’a rien d’étonnant car le mois de décembre en Grande Bretagne est un mois chargé comme on n’en voit nulle part ailleurs dans le monde. Ce n’est pas pour rien que c’est là qu’est née la fête telle que nous la pratiquons aujourd’hui, le Christmas Carol de Charles Dickens en est d’ailleurs la preuve.Mais bon, il aime ça aussi, Elton John, tout comme son ami Freddie Mercury. Aah, la Noël, c’était sacré. Ces deux gars qui avaient connu une enfance compliquée à tous les niveaux, avaient du retard à rattraper quand ils sont devenus des stars riches comme Crésus. Ca y allait les cadeaux chez Cartier, Fortnum & Mason ou Tiffany, à Londres et à New York, le samedi avant la Noël. Un ami de Freddie Mercury se souvient qu’une année chez Harrods, Freddie s’était vu refuser sa carte American Express, pour cause de solde dépassé, tellement il y était allé fort en bouteilles de parfum pour ses invités. Freddie était comme ça. Sûrement le plus calme de la bande en privé, quand il était chez lui, à Manhattan, Kensington ou Montreux. Il était loin d’être le plus extravagant avec ses proches, c’était plutôt les autres qui se déchaînaient, trop heureux d’être avec LUI, la rockstar. Freddie, lui, cherchait juste le réconfort d’un noyau de gens qui l’accepte pour ce qu’il est, pas ce qu’il chante. Voilà sans doute le pourquoi de l’avalanche de cadeaux. Pareil pour Elton John. D’ailleurs, vous vous souvenez dans le film Love Actually, quand il invite Bill Nighy alias le punk Billy Mack devenu N°1 du Top40. L’auteur n’a rien inventé, Elton John est connu pour ses fêtes de Noël à la hauteur de la ferveur populaire qui saisit les Britanniques. C’est vrai qu’on y fête plus le sapin, la dinde et la cuvée spéciale que le petit Jésus dans la crèche.On raconte qu’il y invitait souvent son voisin le prince Philippe et la reine, ses voisins à Windsor, et qu’ils déclinaient poliment. Par contre qu’il y ait compté dans les années 90, un certain Robbie Williams et les Spice Girls pour l’écouter jouer au piano jusqu’à huit heures du matin, ça c’est lui qui l’a raconté. Tout cela avait lieu, évidemment, dans sa maison de campagne, loin des voisins qu’on aurait pu déranger. Imaginez Geri Halliwell en robe de mère Noël ultra courte, en train de hurler dans la cour Merry Christmas avec Robbie Williams. Freddie était, sur ce coup-là, plus discret, je vous l’ai dit, comme en atteste l’unique disque de Noël publié par Queen en 1984, et dont la carrière a été, cette année-là, éclipsée par l’immense single du Band Aid.
Les contes de Noël ont bien changé depuis le 19ème siècle. Je crois que c’est dans les années 80 que tout a basculé. Que tout est devenu, disons, plus moderne. Il est vrai que jamais une décennie n’a été vécue autant dans le présent que celle-là, elle restera celle où on a arrêté de croire qu’en l’an 2000 on volerait dans notre engin spatial individuel et donc, au père Noël.Le père Noël, c’est nous ! Ca, George Michael et Andrew Ridgeley l’ont bien compris du haut de leurs 20 ans. Et alors que leur duo, Wham!, vient d’être propulsé au sommet, et qu’ils sont tous deux chez les parents de George, celui-ci imagine un conte de Noël moderne. Vous connaissez cette histoire d’amour heureux puis malheureux, entre deux Noël, on l’a assez entendue … Une chanson dans laquelle George croit fermement et qu’il enregistre seul, en plein été, comme Nat King Cole des décennies avant lui, mais dont il compte tourner un clip crédible. Avec Andrew, l’histoire est entendue, il faut reconstituer une bande de jeunes qui font la fête aux sports d’hiver, sous la neige. Coup de bol, en novembre, il a neigé en Suisse, dans le Valais. On y va ! Mais qui va jouer la fiancée et la future ex ? Un mannequin, Kathy Hill, les choristes Pepsie et Shirley et quelques potes à eux sont du voyage, ils joueront la bande. Ils sont un peu fauchés, alors, trop contents de se faire un week-end à la montagne. Mais bon, on n’a pas trop de budget, dit le manager. Ça n'empêche toute la bande de faire le siège du bar de l’hôtel en attendant l’arrivée de George et Andrew. Ça commence bien.Tu as la broche ? demande le réalisateur à Andrew. Bien sûr. Celle que George est censé offrir à sa copine et qu’il va retrouver un an plus tard avec Andrew et en avoir le cœur brisé. Le tournage est prévu dans deux chalets, un pour les extérieurs et un pour le dîner entre copains où la consigne est claire : on doit y croire !Et on y croit. Ça rit avec une telle sincérité que c’en est bluffant à l’image. Il faut dire que c’est du vrai vin qu’on sert à tout va, c’est gratos. On n’a pas mis du jus de raisin pour le réalisme, bonne idée, mais là, on finit par y être un peu trop. Heureusement, on a de belles images où George offre à Katty, la fameuse broche, de la maman d’Andrew. Mais voilà, une pause, un moment d’inattention, lorsque Kathy reprend le manteau qu’elle avait ôté, plus de broche. Catastrophe pour le réalisateur, il faut encore tourner l’autre scène qui rend George triste, et puis, c’est un bijou de maman, crie Andrew, bien dégivré sur le coup ! Tout le monde se met à chercher la broche. Où a-t-elle bien pu la perdre ? Tout l’hôtel est passé au peigne fin, lits, oreillers, bar, couloirs, salles de bain. Et là, deux versions circulent, celle du portier qui dit l’avoir retrouvée sur la rue dans la neige, probablement tombée en sortant d’une voiture ; l’autre par Kathy qui dit l’avoir retrouvée au fond de son sac, accrochée à un autre vêtement.Happy end dans les deux cas pour ce conte des eighties. Le clip a merveilleusement fonctionné et tourné sur toutes les télés, et surtout la bande s’est éclatée grave à un point qu’on ne peut en raconter les détails sur antenne à une heure de grande écoute, surtout à un moment où TOUT commence à ressembler sacrément à Noël …
Les crooners ont depuis des décennies, liés leur art au répertoire de Noël. Quel plaisir d'entendre ces voix de velours nous chanter la période qui se veut être la plus douce mais aussi la plus scintillante de l’année. Et pourtant, il fut un temps où ces jazzmen n’étaient jamais chez eux à la Noël, comme un certain Louis Armstrong qui, dans les années 30, 40, donnait 300 représentations annuelles avec de grandes formations. Vous l’avez compris, il vivait dans des hôtels. Alors un 24 décembre, sa femme Lucille, décide de lui faire une surprise. L’après-midi, elle fait les magasins et revient avec un petit arbre de Noël et toutes ses décorations. Vous devinez l’attente de la réaction de son mari quand il rentrera dans la chambre et découvrira l’arbre de lumières et les cadeaux qu’elle a disposés en dessous pour lui et les musiciens qui sont ses amis. Trois heures du matin, quand il rentre dans la chambre, la surprise est totale. Armstrong est enchanté. Elle le savait, pas de suspense, il adore Noël. Mais quand il se met au lit, Armstrong ne quitte pas les lumières qu’il fixe avec un regard d’enfant. Aussi quand Lucile lui propose de les éteindre, il dit non, laisse-les allumées. Je vais continuer à les regarder. Tu sais, c’est mon premier sapin de Noël.Comment aurait-elle pu deviner ? Bien sûr, à presque 50 ans, il a toujours été sur la route à cette époque de l’année mais qui à cet âge, n’a JAMAIS eu un arbre de Noël chez lui ne fût-ce qu’une fois ? Mais c’est vrai, et elle aurait dû y penser, Louis a eu une enfance tellement pauvre que, évidemment, il n’a jamais connu ça. Alors Armstrong passe la nuit avec son sapin allumé. Et alors qu’à l’époque tout le monde démonte les décorations le lendemain de Noël, il demande à sa femme d’emmener le sapin avec eux. Les voilà partis à Kansas City avec le petit arbre et ses décorations : c’est d’ailleurs la première chose qu’on déballe arrivé à l’hôtel, avant d’ouvrir les bagages. Et à partir de là, on achètera chaque année un petit sapin pour la chambre d’hôtel, de la Noël jusqu’au Nouvel An. On n’a pas compté le nombre de fois où Lucile a monté et démonté les décorations dans autant de chambres d’hôtel, pour que son mari ait aussi droit à la magie de Noël, après l’avoir offerte au public venu le voir et l’écouter. Et quand il n’y aura pas de concerts de fin d’année, avec la diminution des engagements à cause de la concurrence de la télévision, il fera monter chez lui, à New York, un sapin jusqu’au plafond.Enfin un jour, quand viendra la dernière tournée à la Noël, Armstrong demandera à sa femme de faire envoyer l’arbre à la maison. Celui-là, je le garde. Mais voyons, Louis, ce n’est pas un sapin artificiel, il ne supportera pas le voyage du retour par la poste !
Probablement n’avez-vous jamais entendu ces 45 tours de Noël que les Beatles ont publié chaque année jusqu’à la fin du groupe, gravés dans un disque souple pour être envoyés exclusivement aux membres de leur fan club. Il faut dire que dès le départ, en 1963, ses membres sont si nombreux et actifs qu’il prend des allures de véritable entreprise, le modèle que vont essayer de reproduire beaucoup d’artistes par après, comme le groupe Kiss, aux Etats-Unis.Si ces 7 singles n’ont jamais été vraiment commercialisés, excepté un box à tirage limité il y a quelques années, c’est surtout parce qu’ils sont invendables. Il s’agit principalement de messages délirants des quatre joyeux lurons souhaitant leurs meilleurs vœux à leurs fans, quelques impros et, en 1968, nous sommes en pleine année psychédélique, des collages de sons bizarres. Mais cette année, est-ce un signe, les messages sont enregistrés individuellement. Ah ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ils ne sont pas en guerre. La preuve, une fête de Noël est organisée chez Apple, le label qu’ils ont créé, sur Savile Row, à Londres. Oui, la maison sur le toit de laquelle ils vont jouer dans un mois leur dernier et légendaire concert. Mais là, en cette période proche du réveillon où les Anglais ne savent plus se tenir tellement ils ont l’esprit à la fête, c’est le grand soir chez Apple dont la porte d’entrée n’arrête pas de sonner. Derek Taylor, le chef de la communication a en effet battu le rappel du personnel : les Beatles vont offrir des cadeaux à leur famille.Et qui joue le Père Noël ? Ben John Lennon, évidemment. C’est lui le fondateur des Beatles. Et même s’il est aux abonnés absents question d’être le chef, depuis maintenant deux bonnes années, il aime croire être à la barre. Il a d’ailleurs bombardé Yoko Ono, sa nouvelle compagne, mère Noël. Je ne vous dis pas la tête des mômes des employés qui déjà n'avaient jamais vu une mère Noël, encore moins perchée sur des hauts talons. Si Paul McCartney et sa compagne Linda ne sont pas présents, tiens, tiens, Ringo Starr et George Harrison sont bien là, avec leur femme. Et bien sûr, en pleine période hippie, c’est le grand foutoir : tout le monde a invité tout le monde. Alors que John Lennon y va de grands Ho-Ho-Ho en distribuant des cadeaux, Derek l’interrompt en disant, John, y a une bande de Hells Angels à la porte. Quoi ? C’est moi qui les ai invités, dit George, avec son flegme habituel. Soyez sympas avec eux, ce sont de braves gens. Des Hells ! Mais tu les as rencontrés où ? A San Francisco. Quoi ? Je te dis qu’ils sont sympas. Et c’est vrai qu’ils sont cools. Bon à un moment, ils vont s’énerver car la dinde de 21 kilos 500 que Derek a achetée n’en finit pas de rôtir dans le four. Alors tout le monde se rue sur les roulades de saucisses de l’apéro. Derek s’est d’ailleurs réfugié dans les toilettes avec une assiette débordant de ce met typiquement british, par crainte de ne rien manger d’autre ce soir. C’est vrai, des Hells Angels à Londres, à une soirée de Noël ! Pourquoi pas une chanson de Noël en plein mois de juillet, enregistrée par 30°C à l’ombre. S’il savait que ça a été le cas de la plus célèbre de toutes …
Noël 1974, beaucoup de messieurs, jeunes et moins jeunes, achètent en librairie et en kiosque le numéro de Noël du magazine Lui. Énorme succès : on s’arrache ce numéro dans lequel on peut regarder à loisir des photos scandaleuses de Jane Birkin qui est devenue, contre toute attente, une des grandes stars du cinéma français. Des photos qui ont été mises en scène par son compagnon, Serge Gainsbourg. Dois-je vous dire que dans sa maison du 5bis rue de Verneuil, il se réjouit de son coup médiatique. Ah ben oui, c’est uniquement par cynisme et par passion pour le succès public, qu’il a fait ça. C’est vrai que sous le costume du provocateur pervers, Gainsbourg cache un tendre, une peluche qui en étonnerait plus d’un mais qu’il réserve à ses intimes, à sa famille. D’ailleurs Noël en famille, Serge Gainsbourg adore ça. Spécialement en Angleterre où la fête est beaucoup plus colorée et spectaculaire qu’en France. Avez-vous déjà vu les vitrines et les rues de Londres, Édimbourg à cette époque ? Retour en enfance garanti.Ainsi de ce dîner de Noël chez Jane, à Londres, où le soir du réveillon, on sonne à la porte. Serge va ouvrir, c’est un sans-abri qui demande s’ils n’auraient pas une pièce ou quelque chose à manger. Et voilà que Serge lui fait une place à table, elle est abondante, il n'aime pas manquer de quoi que ce soit. Serge est très animé ; il met à l’aise le pauvre homme qui se retrouve au chaud, devant un sapin illuminé du sol au plafond. Le repas terminé, Serge lui dit tu ne vas pas partir comme ça et il lui remplit un sac de victuailles comprenant une bonne bouteille de vin, bien sûr. Il lui offre même sa montre, cadeau ! Noël, c’est ça aussi. Et Serge n’en reste pas là car lors d’un réveillon avec la famille Birkin sur l’île de Wight, cette fois, car avec Andrew, le frère de Jane, avec qui il s’entend comme larron en foire, thick as thieves, comme ils disent, Serge s’est mis en tête de faire venir un prestidigitateur. Où comptes-tu en trouver sur cette île ? dit Andrew. Justement, je viens de lire un article dans la gazette locale. Un type qui s’appelle Fred The Conjuror. Appelle-le.Andrew saisit le téléphone et contacte le dit Magicien, bien étonné en arrivant, de ne trouver comme public, six adultes, alors que son numéro est réservé à un public d’enfants. Sans se laisser démonter, il déballe son matériel et se lance dans une série de tours consternants. Les Birkin sont morts de rire mais Serge encourage l’artiste en applaudissant à tout rompre. A la fin de la représentation, Gainsbourg arrondit fortement la somme convenue pour le cachet de l’artiste. Merry Christmas.Oui Gainsbourg adore l’Angleterre ; pas uniquement pour l’ambiance de Noël et la splendide femme que ce pays lui a donnés. Cela fait depuis six ans qu’il trouve l’inspiration dans les pubs de Londres et les meilleurs musiciens dans ses studios, alors les Noël, ça se fête en Grande-Bretagne et à la maison.
Mettre un disque d’Amy Winehouse et écouter sa voix, son souffle, cette technique incroyable qu’elle a acquise très jeune en imitant les grands saxophonistes de jazz. Et oui, c’est ça son secret. L’amour est un jeu perdu d’avance, c’est une expérience absolument bouleversante que d’écouter Amy Winehouse chanter ça, seule à la guitare. Toute la tristesse du blues noir américain sur des accords jazzy. Au début, Amy le chantait pour elle-même puis pour un petit public dans les clubs où tous étaient saisis par l’émotion que suscitaient ses textes. Un artiste a-t-il déjà trimballé une telle sincérité dans des chansons aussi désespérées ? Et puis le succès vient. Il y a de plus en plus de monde dans les salles qui deviennent de plus en plus grandes. Un public qui paie de plus en plus cher au fur et à mesure que le succès devient un triomphe puis prend des proportions inédites. Amy Winehouse est la première auteure-interprète britannique à battre les records de Kate Bush (largement d’ailleurs). Alors c’est un public qui vient communier avec une star et en veut pour ses sous. Il chante et hurle les refrains et parfois toutes les paroles avec elle. Un tel succès pour du jazz dans les années 2000, c’est fou, non ? Un jazz qu’elle joue à sa façon certes, et puis ses textes, mon Dieu, aucun crooner n’aurait jamais osé chanter ça. Si vous saviez à quoi elle fait allusion dans ses chansons, même Gainsbourg et Prince n’ont jamais osé aller aussi loin. Mais Amy est comme ça, Cash, et elle envoie du bois aussi bien dans ses chansons que dans la vie de tous les jours. Le premier album n’a pas trop bien marché mais le suivant, quatre ans plus tard, est un triomphe. Amy a besoin de sécurité, que quelqu’un s’occupe de la manne qui lui tombe du ciel. Mitch Winehouse devient le papa qui règle tout. Malheureusement, il ne récolte pas que des honneurs et des livres sterling, il recolle aussi les morceaux de sa fille comme les lendemains de la veille des bamboches à répétition où elle est d’humeur massacrante et puis un désastre affectif permanent. Coiffée de son désormais célèbre chignon en choucroute à 150 livres, avec sa petite robe noire et son trait infini de eyeliner, c’est la Amy dont nous gardons le souvenir qui reçoit ce prix et quatre autres ; elle est à la fois la révélation de l’année mais aussi Award du meilleur single et meilleur album. Ces trophées, elle ne les recevra pas en mains propres car Amy est en duplex depuis Londres, avec son groupe et devant un public restreint ; elle n’a pas pu prendre l’avion pour Los Angeles car son visa lui a été refusé pour cause de consommation de drogue avérée. Alors oui, le coeur est à la fête ce soir, Amy interprète Rehab, bien sûr, mais aussi plusieurs autres chansons, toute sa vie en quelques lignes de poésie et accords de guitare dont elle joue divinement, tel un ange triste.
Vous les entendez partout à nouveau, hein, les crooners. Et ça fait du bien en décembre d’entendre Bing Crosby ou Nat King Cole chanter Noël, ces voix suaves venues d’une Amérique d’une autre époque qui nous souhaitent de joyeuses fêtes et déjà, une bonne année. Qui aurait cru ça dans les années 70 et 80 où ce genre de chanson était totalement dépassé. C’était un truc que les vieux écoutaient pour se bercer d’émotions d’un temps qui n’avait rien de moderne. C’est de ça dont parle le tube de Guy Marchand en 1977, en pleine époque disco et new wave : Hey CroonerTu t'sens pas ridicule la main sur le cœur Tu fais marrer tous les rock'n rollers Quand tu roules tes épaules de mait'nageur Qu’est-ce qu’on a entendu cette chanson à la radio et à la télé. Il faut dire que ce n’était pas un hasard, non, au milieu des années 70, une grande mode rétro années 40 et 50 avait touché l’Amérique puis s’était exportée chez nous via le monde de la variété. Dalida avait repris une vieille rengaine en mode disco (énorme tube), Dave y était allé de sa chansonnette avec le même succès. Oui, vous allez me dire, comme Bruel 25 ans plus tard, avec Entre-deux, mais avec cette différence que dans les années 70, un chanteur âgé de 40 ans était bon pour la retraite. Est-ce le succès d’Elvis qui n’en finissait pas à Vegas, allez savoir, en tout cas, les crooners avaient connu un bref retour en grâce, comme le montre d’ailleurs l’excellent et explosif film de Woody Allen, Broadway Danny Rose.Et donc oui, ça peut paraître fou aujourd’hui mais il y a une cinquantaine d’années, cela faisait des années qui nous semblaient être une éternité que Sinatra n’avait plus fait de tubes, Hollywood avait remisé les comédies musicales au placard avec les crooners. On n’en a plus vu fonctionner une seule jusqu’à Grease, en 1978, et encore, c’est une exception et il fallait bien se garder d’utiliser le terme de Comédie Musicale. Cette année-là, David Bowie enregistrait un improbable duo avec Bing Crosby, le pionnier du genre, dans une émission de Noël qui serait sa dernière apparition publique. Bowie jouait alors le rôle de l’improbable fan, présent uniquement sur le plateau parce que Bing était le chanteur favori de sa mère. Oui, c’était sa madeleine à lui, le rocker avant-gardiste.Alors, un demi-siècle plus tard, on se demande ce qui s’est passé. Pourquoi les enfants et petits-enfants de ces jeunes des années 60, 70, 80 trouvent ce répertoire de velours jazzy hyper cool, classe. Durant ce premier quart de siècle, on n’a d’ailleurs jamais vu autant de nouvelles stars se faire accompagner par un grand orchestre en tenue de soirée, de Lady Gaga à Robbie Williams, en passant par Jamie Cullum, la réincarnation d’un Frank Sinatra qui aurait fusionné avec Billy Joël. C’est vrai, quand il reprend un vieux titre des années 30, on dirait une chanson d’aujourd’hui.
Et non, Dean Martin n’a pas été que le faire valoir crooner et amusant de Frank Sinatra. La preuve, quand il se rapproche de lui en 1957, il est au sommet de sa gloire et pas n’importe laquelle puisqu’il forme avec Jerry Lewis le plus populaire des duos aux Etats-Unis. Ils viennent en effet de tourner 17 films en 7 ans. Toujours avec les mêmes réalisateurs, alors avant que la corde ne casse, Dean et Jerry décident de se séparer.Pour Jerry Lewis, ce n’est qu’une formalité. Il était le clown auguste du duo qu’ils formaient depuis dix ans à la radio, télé et au cinéma, c’est lui qui focalisait toutes les réactions du public. Dean était le gars sérieux, viril et séduisant, le clown blanc. Alors, il décide de continuer au cinéma en se dirigeant vers des rôles dramatiques, où il va exceller, aux côtés de Marlon Brando ou John Wayne, et puis de retourner à la chanson. C’est comme ça qu’il a connu Jerry Lewis, en jouant dans le même cabaret à New York, juste après la guerre. Ils avaient commencé par des improvisations et la réaction du public avait fait le reste.Mais voilà, au moment où Dean revient à la musique crooner de ses débuts, une nouvelle mode éclate : le rock’n’roll. Et le rock, dans la personne d’Elvis Presley et Little Richard, ce n’est pas une mode, c’est une déflagration, un déchaînement d’énergie comme on n’en avait jamais vu. Le public adolescent qui était le sien n’a plus d’yeux que pour ces nouvelles stars. Dean Martin a donc toutes les raisons de se faire du souci à propos de sa carrière de chanteur, tout comme un autre Italo Américain : Frank Sinatra. Et Frankie est d’autant plus concerné que s’il est au sommet de sa gloire, lui aussi, il revient de loin, de très loin. Il y a peu, il était fini, plus personne ne voulait de lui : ni les producteurs Hollywood, ni les firmes de disques de New York. Sinatra déprime, fait de terribles déclarations dans la presse pour exprimer son dégoût du rock’n’roll et début 1957, on le retrouve sur scène avec Dean Martin. Dean Martin, alias Dino Crocetti, est resté jusqu’à ses cinq ans un Italien pur jus, il ne parlait même pas anglais en entrant à l’école. Mais attention, s’il a dans sa jeunesse passé du whisky à la frontière canadienne et même tenu une table de jeu, il n’a pas suivi la voie que ses parents redoutaient : s’il a des potes mafieux, il garde ses distances. Ce qui n’est pas le cas de Frank Sinatra. Et donc quand ils forment un groupe de 5 chanteurs et comédiens surnommé le Rat Pack et qui va faire d’eux des superstars encore plus grandes _ les Ocean’s Eleven originaux, c’est eux _ Dino Martini devenu Dean Martin ne fait que jouer à l’ami de Sinatra. Ainsi à la télé, il joue au gros buveur de whisky, mais c’est du jus de pomme dans son verre. Toujours couché avant minuit, levé tôt le matin, Dean Martin est le crooner qui ne se voyait pas chanteur au départ. Comme il disait : nous autres crooners, on passe bien car on est relativement inodores. Une autre époque.
Alors, on le voit, le plus célèbre d’entre tous les crooners, Frank Sinatra, avec son complet bleu qui inspirera plus tard celui de son disciple, Charles Aznavour. Le voilà qui sort en effet d’une grosse cylindrée sur Broadway, à la tombé de la nuit. Nous sommes en décembre, la vapeur sort des bouches du métro pour s’élever des trottoirs vers le sommet des gratte-ciels. Il fait déjà froid, aussi Frankie enfonce un peu plus son chapeau iconique, relève d’une main le col du manteau qu’il vient d’enfiler, puis de l’autre, il saisit la main d’une jeune femme qui sort à présent de la voiture. Les voilà tous les deux qui pressent le pas puis se mettent à courir vers l’enseigne d’un club de jazz pendant qu’au coin de la rue, des soldats de l’armée du salut entonnent un chant de Noël, à côté d’une échoppe de vendeur de marrons chauds.A 30 ans, la guerre terminée, Sinatra a la vie devant lui. Cela fait dix ans déjà qu’il a enregistré son premier 78 Tours, il est passé d’une formation de jazz à l’autre et depuis le début des années 40, Frank est une vedette de la radio et du cinéma. Comme tous ceux qui passent par Hollywood, il incarne le standard obligatoire de la classe qui, chez lui, est naturelle ; c’est vrai qu’il n’est pas tombé loin de Manhattan à sa naissance. Même si c’était dans un milieu compliqué, celui de pauvres immigrés, Frankie s’est bien débrouillé, n’a pas été regardant du tout sur des amitiés qui sont plutôt fatales, on a tous grandi dans la rue d’un mafieux dans ces quartiers oubliés de l’Amérique quand on est Sicilien d’origine. Mais ce qui importe, c’est le bonheur que Frank apporte au public sur les disques qu’il enregistre. Il y a pas deux gars comme lui pour faire oublier le grand malheur qu’on vient de traverser dans les années 40. Quand Sinatra chante l’amour, on se croit aimée comme une princesse si on est une femme, irrésistible si on est un jeune homme. Alors oui, 80 ans plus tard, on les voit ces projecteurs baigner de lumières le micro sur la scène du club, et puis l’orchestre de Tommy Dorsey prêt à accompagner la star de la soirée. Ceux qui ne le verront pas, l’entendront à la radio, le show est retransmis dans tout le pays. On imagine les familles, les couples, réunis autour du grand poste de bois, ils ne vont pas rater ce moment vanté dans les programmes radios des magazines. On n’écoutera pas le feuilleton ce soir mais le concert de Frankie Blue eyes Sinatra sur une radio concurrente. L’imagination fera le reste, loin de concevoir que vingt ans plus tard, le chanteur sera toujours là, survivant miraculeusement à la déferlante du rock’n’roll. Sinatra est comme la Noël, un refuge dans la magie d’un monde idéal dans lequel on croit, loin du bruit et de la fureur.
La sortie de Sur un air de blues avec Hugh Jackman et Kate Hudson va remettre le couvert sur le répertoire d’un des plus grands artistes pops américains, Neil Diamond. Ecrit et réalisé par le New Yorkais Craig Brewer, un disciple de Quentin Tarantino genre “j’assume ma passion référence pour le vintage”, le film raconte l’histoire vraie de deux artistes oubliés avant d’avoir été connus qui vont connaître le succès en faisant des covers de l’homme aux 50 tubes. Ça vous étonne, hein ? Et pourtant, c’est le cas, si on a surtout l’image d’un crooner, celui de Jazz Singer, un album qui a rencontré un succès considérable au début des années 80, Neil Diamond à ses débuts, est catalogué pop rock. Dans la deuxième partie des années 60, on le classe avec les Simon & Garfunkel et Leonard Cohen. On l’a oublié mais Neil Diamond a alors aligné un nombre impressionnant de tubes qui sont devenus immortels, dans leur version originale ou grâce aux artistes qui l’ont repris. Allez au hasard, on commence par cet incontournable, dans le Pulp Fiction de Tarantino … puis le fameux Believer popularisé par les Monkees, je m’en voudrais d’oublier le Song Sung Blue qui vient de donner son titre original au film … et enfin celle-ci dont UB40 a livré une version reggae 15 ans après, on était dans les années 80. Et si Neil Diamond a été chanté par tout le monde, de Frank Sinatra à U2, en passant par Joe Dassin et Elvis Presley, il a aussi donné vie à des chansons françaises dans le monde anglo-saxon comme celle de Jacques Brel … ou encore Gilbert Bécaud … Et comment l’oublier, Neil Diamond est à l’affiche de la dernière du groupe The Band de Bob Dylan en 1976, aux côtés d’Eric Clapton, Joni Mitchell ou encore Ron Wood des Rolling Stones, devant les caméras de Martin Scorsese, ça s’appelle The Last Waltz, et c’est à voir, c’est du patrimoine aujourd’hui. Enfin, je vous mets au défi de ne pas trouver dans la maison (salon, bureau, grenier) d’un ami ou membre de votre famille, un exemplaire du fameux Jonathan Livingstone Seagull, la B.O. du film signée et chantée par Neil Diamond. Tenez-vous bien, il s’en est vendu 200.000 rien qu’en Belgique durant les années 70, et après. E-Nor-Me !Sûr qu’on va écouter du Neil Diamond, en mode folk rock années 60 et 70 ou crooner, cet hiver, c’est une occasion unique de le redécouvrir, son dernier retour fracassant date des années 2000 avec l’immense succès de son album acoustique 12 songs. L’artiste s’est retiré de la vie publique il y a quelques années, annulant une tournée mondiale, après avoir fait part de sa maladie de Parkinson. Mais son catalogue folk rock, pop, crooner et symphonique est toujours aussi présent, comme en témoignent les 135 millions d’albums qu’il a vendus au cours de l’âge d’or du vinyle et de la cassette.















