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L'Épopée des musiques noires
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L'Épopée des musiques noires

Author: RFI

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Description

Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 21h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 17h30 vers l'Afrique lusophone, à 18h30 vers Prague, à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU +1 en grille d'hiver).

270 Episodes
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Hommage à Ebo Taylor

Hommage à Ebo Taylor

2026-02-1428:59

Le 7 février 2026, un mois seulement après avoir fêté son 90ème anniversaire, le chanteur, guitariste, chef d’orchestre et compositeur ghanéen, Ebo Taylor nous quittait à jamais livrant à la postérité un patrimoine musical inestimable. Considéré comme l’un des pères fondateurs du Highlife moderne, ce brillant instrumentiste fut un esprit futé qui comprit assez rapidement combien l’apport d’autres formes d’expression pouvait nourrir son inspiration et sa musicalité. Né à Cape Coast au Ghana, le 7 janvier 1936, Ebo Taylor vit ses années de jeunesse sous domination britannique, mais cette proximité avec la culture anglo-saxonne a une vertu. Elle lui facilite les voyages vers l’Europe à travers des échanges scolaires propices à l’enseignement musical. Cette opportunité de peaufiner ses connaissances stylistiques lui ouvre les oreilles. La musique classique européenne, le jazz américain, les rythmes caribéens, font une entrée fracassante dans son univers sonore et inclinent ses élans créatifs vers une fusion multicolore assumée. Au même moment, son futur alter ego nigérian, Fela Anikulapo Kuti, remet également en question les traditions ancestrales et se tournent à son tour vers un swing novateur. L’afrobeat est en gestation. Nos deux compères apprennent simultanément à mâtiner leur idiome naturel de rythmes et d’harmonies suffisamment riches et inattendues pour faire évoluer leur identité artistique. Le Highlife et l’Afrobeat se ressemblent mais ces deux vocabulaires spécifiques traduisent des destinées, des épopées, des histoires sociales inhérentes à chaque peuple. Ebo Taylor attachait de l’importance à ce poids patrimonial massif qui définit une communauté, et s’il jouait malicieusement avec les codes de la musique traditionnelle ghanéenne, il en respectait les racines. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’il mentionne l’un de ses mentors, Jacob Sam, instigateur du Highlife originel, comme pour réaffirmer son appartenance à une lignée de musiciens valeureux et authentiques. Certes, il citait également Charlie Parker, Cole Porter, Hoagy Carmichael, George Gershwin, Johannes Brahms et Piotr Ilitch Tchaikovsky, parmi ses compositeurs préférés, mais il revenait toujours à l’essence de l’ethnie Fanti dont les rites l’habitaient toujours. Ebo Taylor a bousculé les normes et fait jaillir une nouvelle manière de modeler le Highlife de ses aînés. Il a relevé le défi insensé de s’inscrire dans son temps sans trahir l’âme des pionniers. Il est juste regrettable que son aura n’ait jamais atteint l’universalité à laquelle il pouvait prétendre. Les tentatives du label Strut Records de le replacer dans le feu des projecteurs furent, certes, fort utiles mais tellement éphémères. Son nom réapparut, au début des années 2010, et suscita la curiosité d’une nouvelle génération d’auditeurs dont la mission sera désormais de perpétuer son message et de préserver son œuvre. Titres diffusés cette semaine : - « Kruman Dey » par Ebo Taylor (2012) - « Parker’s Mood » par Charlie Parker (1948) - « Fingerpickin’ » par Wes Montgomery (1958) - « Heaven » par Ebo Taylor (1977) - « Appia Kwa Bridge » par Ebo Taylor (2012).
Il ne fallait pas moins de 20 CDs pour honorer la mémoire du regretté producteur, compositeur, arrangeur et trompettiste afro-américain Quincy Jones, disparu le 3 novembre 2024 à 91 ans. L’anthologie qui paraît aujourd’hui ne s’arrête pas seulement sur les œuvres les plus connues de l’artiste. Elle met l’accent sur certaines facettes du personnage trop souvent omises des rétrospectives et, notamment, sa passion pour le cinéma et, singulièrement, les musiques de films.   Stéphane Lerouge, concepteur du coffret « The Legacy of Quincy Jones – 1951/2023 » nous en dit plus. Qu’avons-nous retenu de la lumineuse destinée de Quincy Jones ? Le réflexe serait de mentionner immédiatement ses collaborations fructueuses avec Michael Jackson. Cette partie émergée de l’iceberg cache certainement d’autres trésors musicaux inestimables. De sa première prestation en qualité de trompettiste en 1951 dans l’orchestre de Lionel Hampton à sa dernière session de studio en 2023 pour diriger l’enregistrement du thème générique de la série « Peter Gunn », 70 ans se sont écoulés et le patrimoine artistique légué par ce grand personnage se délecte sans modération. En suivant l’ordre chronologique des œuvres de Quincy Jones, on note instantanément l’évolution progressive d’un homme pressé d’apprendre, de se perfectionner, de faire tomber les barrières raciales et culturelles, de dépasser les limites imposées par l’esprit étriqué d’une société américaine trop conservatrice. Son choix de suivre les conseils de la grande pédagogue, Nadia Boulanger, à la fin des années 50, lui révèle des perspectives d’avenir insoupçonnées. Qu’il crée son propre Big Band, qu’il signe les arrangements de nombreuses productions cinématographiques, qu’il produise les albums de ses compagnons de route, l’exigence est la même. Quincy Jones ne veut pas être un compositeur afro-américain de plus dans l’industrie discographique, il veut faire oublier sa couleur de peau et imposer son statut de créateur capable de maîtriser avec le même enthousiasme différents langages harmoniques et rythmiques, le répertoire classique européen comme l’héritage du blues ancestral. Il est un citoyen attentif aux métamorphoses sociales de son temps et flaire assez vite les potentiels soubresauts de son environnement sonore. Si le swing nourrit toutes ses fulgurances stylistiques, d’autres sources d’inspiration guident ses pas. Il devient ainsi un personnage incontournable capable de devancer les attentes de ses interlocuteurs. « The Legacy of Quincy Jones – 1951/2023 » révèle la maestria multidisciplinaire d’un artisan fascinant. ⇒ Quincy Jones. Titres diffusés cette semaine :- « Soul Bossa Nova » - Quincy Jones (1962)- « Kingfish » - Lionel Hampton Orchestra (Featuring Quincy Jones) (1951)- « In the Heat of the Night » - Ray Charles (1967)- « Miss Celie’s Blues » - Tata Vega (1985).
Le Gangbé Brass Band veille vaillamment depuis 35 ans à restituer le message des pionniers africains partis, souvent contre leur gré, vers les Amériques. From Ouidah to Another World ne raconte pas seulement la lente et douloureuse traversée transatlantique d’hommes et de femmes asservis pendant des siècles, mais aussi l’apport progressif de traditions, de rites, de codes, dont l’élan multiculturel a modifié le cours de l’histoire. Narrer une aventure humaine tragique ne doit pas seulement être l’addition de commentaires nourris de sentiments victimaires. Il est plus constructif de tirer les enseignements d’un drame humain et de tendre la main dans un esprit de concorde et d’apaisement. C’est l’intention d’Athanase Obed Dehoumon, pilier du Gangbé Brass Band, dont la générosité de cœur l’invite à regarder le présent avec acuité et l’avenir avec espoir. Il n’est pas naïf, il sait que l’enjeu est de taille dans un monde toujours agité par des guerres et confrontations insensées, mais il veut croire en la bonté humaine et encourage la tempérance et l’écoute. Pour cela, il s’est entouré de ses fidèles compagnons du Gangbé Brass Band, mais a aussi fait appel à quelques invités de marque, le guitariste Lionel Loueke et la chanteuse Angélique Kidjo, notamment. Musicalement, la flamme afrobeat du Gangbé n’a pas vacillé. Il faut dire que cette matrice sonore repose sur une connaissance parfaite de cet idiome musical façonné par le regretté « Black President », Fela Anikulapo Kuti, dont Athanase et ses comparses se réclament en toute humilité. Ils ont d’ailleurs maintes fois côtoyé la famille Kuti, joué avec le fils Femi Kuti, fréquenté le Shrine à Lagos et salué la mémoire de leur illustre aîné. Pour autant, il serait injuste de réduire la tonalité de cette imposante formation cuivrée à cette seule humeur musicale nigériane. Le Gangbé puise sa force expressive d’autres sources d’inspiration. Le jazz américain et les rythmes caribéens dessinent les contours d’une créolité assumée. Cette richesse harmonique sied divinement à ces instrumentistes virtuoses qui louent incessamment les vertus du dialogue. Si la complainte du blues n’est jamais éludée, elle ne décide pas, seule, de l’intention artistique du répertoire. Athanase Obed Dehoumon et ses acolytes font scintiller les mille et une nuances stylistiques des patrimoines afro-planétaires. De « La porte du grand retour » à « La complainte pour un déporté », de « Vignon » à « Ouidah Spiritual », toutes les émotions nous étreignent et éveillent en nous cette petite lueur résiliente qui défie l’inéluctable. Le Gangbé Brass Band se produira le 5 février 2026 au New Morning à Paris dans le cadre du festival « Au fil des voix ». ⇒ Gangbé Brass Band sur Media Nocte ⇒ Gangbé Brass Band au New Morning.   Titres diffusés cette semaine : « Ayé » (Featuring Angelique Kidjo) par le Gangbé Brass Band « Complainte pour un déporté » par le Gangbé Brass Band « Vignon » par le Gangbé Brass Band « Remember Fela » par le Gangbé Brass Band.
La distance géographique n’interdit pas la complicité artistique. Grant Haua est néo-zélandais. David Noël est béarnais. Tous deux revendiquent une culture profondément enracinée dans un territoire qu’ils chérissent. À vingt mille kilomètres l’un de l’autre, ils sont parvenus à s’entendre à travers une lecture musicale commune pétrie de blues, de soul, de folk. Two Roots est le fruit de cet échange productif très inspiré. Au-delà de leur passion commune pour les musiques africaines-américaines, Grant Haua et David Noël partagent une vision altruiste du monde, respectueuse des identités culturelles autochtones. Ils ont conscience que leur dialogue ne peut avoir lieu que par la volonté farouche de se comprendre et de s’accepter. Cet effort-là n’en fut finalement pas un car, curieusement, leurs terres d’origine se ressemblent. Les paysages néo-zélandais et béarnais sont semblables. La faune et la flore paraissent issues du même terreau. Ce seul constat les a rapprochés et une camaraderie sincère a scellé leur union musicale transcontinentale. En s’apprivoisant l’un l’autre, il se sont découvert des points communs qui dépassent le simple projet discographique. La musique est un langage universel qui permet de transmettre des messages clairs à un public très vaste. Alors que la planète vit de plus en plus violemment les dérèglements climatiques, interroger le public sur ses choix est une exigence que nos deux compères entendent bien porter à travers leurs œuvres. « Ce message se retrouve d’ailleurs dans « What have we done », l’une de mes chansons préférées de l’album. Un titre comme celui-ci permet aux gens de réfléchir à leur rôle individuel et collectif. Ce n’est finalement qu’une petite piqûre de rappel pour que chacun d’entre nous se sente concerné par les évolutions du monde. C’est une manière de dire qu’il faut se mettre à la place de ses contemporains et essayer de les comprendre. Ce n’est pas qu’une question environnementale, c’est savoir être à l’écoute de son prochain. Une chanson comme « What have we done » a une valeur sociale qu’il ne faut pas éluder. Il suffit ensuite d’y ajouter quelques arrangements musicaux bien sentis et un riff de guitare ici où là, et le tour est joué ! ». (Grant Haua au micro de Joe Farmer) L’art, et a fortiori la musique, ne peuvent se soustraire à l’intention politique ou à l’engagement citoyen. Le blues qui transpire dans le répertoire de messieurs Haua et Noël fut, et reste un vecteur de transmission idoine pour alerter, dénoncer, questionner, raisonner. Pour autant, le plaisir presque naïf de chanter ou de jouer d’un instrument doit conserver la fraîcheur et l’audace de l’authenticité. Adapter « My Sweet Lord » de George Harrison dans un idiome régional est, certes, une pirouette linguistique ludique mais aussi une prouesse qui prend tout son sens quand elle sert un propos multiculturel. C’est ce à quoi se sont attelés David Noël et Grant Haua dans cet album judicieusement nommé « Two Roots » (Deux Racines). Retrouvez Grant Haua avec The Inspector Cluzo à Paris (La Maroquinerie), les 28, 29, 30 janvier et 1er février 2026 Retrouvez Grant Haua et David Noël avec The Inspector Cluzo à Paris (La Maroquinerie), le 31 janvier 2026 Retrouvez David Noël avec The Supersoul Brothers à Lescar (sud-ouest de la France), le 30 janvier 2026. - Atua Blues : le choc des cultures entre Grant Haua et David Noël - The Supersoul Brothers - Grant Haua Titres diffusés cette semaine : - « I get the blues » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « Amazing Grace » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « What have we done » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « My sweet lord » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots.      
L’énigme Sam Cooke

L’énigme Sam Cooke

2026-01-1728:59

Le 22 janvier 1931, il y a 95 ans, un pionnier de la Soul-Music américaine voyait le jour à Clarksdale (Mississippi). Sa courte vie sur terre a marqué les esprits. Sa voix, sa prestance, son engagement artistique, son activisme social, ont inscrit son nom dans la légende. Il n’aura vécu que 33 ans mais son aura continue de susciter admiration et interrogations. Marc Dolisi s’est penché sur la destinée de ce personnage unique et s’est notamment intéressé, dans son dernier livre, à cette fameuse nuit du 10 au 11 décembre 1964 durant laquelle Sam Cooke fut froidement assassiné. Si l’auteur précise, dès l’introduction, que son récit laisse le lecteur conclure tant les zones d’ombre de cette histoire tragique restent nombreuses, il nous guide malgré tout dans les méandres d’une énigme toujours très vivace. Qui a tué Sam Cooke ? Pourquoi ? S’agissait-il d’un complot ? L’enquête de police a-t-elle été bâclée ? Les scénarios ne manquent pour donner à cette affaire une dimension politique mais la réalité est peut-être plus crue. Ce que l’on perçoit aujourd’hui comme une tentative de faire taire un jeune activiste noir en pleine ascension n’est peut-être qu’un triste fait divers. Certes, Sam Cooke avait tissé des liens avec Mohamed Ali et Malcom X et pouvait, aux yeux des autorités racistes d’alors, représenter une menace mais la violence raciale de l’époque était un quotidien auquel aucun homme noir ne pouvait se soustraire. Sam Cooke a-t-il été une victime parmi tant d’autres de la tension sociale qui régnait autrefois ? Marc Dolisi pose la question… Au moment où sa vie s’arrête, Sam Cooke est une vedette dont la notoriété ne cesse de croître. Son dernier album, Ain’t that good news, laisse entrevoir une progressive affirmation de ses convictions. La chanson « A change is gonna come » donne le ton à cette période charnière de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Le jeune chanteur imagine un changement de paradigme… qu’il ne verra pas ! Ces mots et ces notes ont pourtant autant de valeur que la poésie folk d’un Bob Dylan interprétant « Blowin’ in the wind ». Sam Cooke comprend qu’il peut, à son tour, œuvrer pour donner un nouvel élan aux combattants de la liberté. Ses efforts porteront leurs fruits puisque sa chanson accompagnera les plus téméraires esprits progressistes. Quelle place aurait occupée Sam Cooke dans la société américaine des années 70 ? Aurait-il, comme son homologue Marvin Gaye, écrit un pamphlet contre la guerre du Vietnam ? Se serait-il insurgé contre les exactions policières ? Serait-il devenu un sage que l’on écoute et que l’on consulte ? Ses intentions artistiques semblaient le conduire vers une prise de conscience toujours plus palpable. Quel regard porterait-il sur ce XXIè siècle inquiétant ? Peut-être trouverez-vous la réponse dans « La nuit de l’Amérique » (Éditions Erick Bonnier). ⇒ « La nuit de l'Amérique », de Marc Dolisi, aux éditions Erick Bonnier.    Titres diffusés cette semaine : - « Twistin’ The Night Away » par Sam Cooke  - « Jesus Gave Me Water » par The Soul Stirrers - « A Change is Gonna Come » par Sam Cooke  - « This Little Light of Mine » par Sam Cooke. 
Le 03 décembre 2025, un éminent guitariste, compositeur et producteur américain, disparaissait à l’âge de 84 ans. Bien qu’il fut considéré comme une figure majeure du Blues et de la Soul-Music aux États-Unis durant près de 60 ans, il n’avait jamais cherché la gloire et la lumière des projecteurs. Il était pourtant l’artisan de nombreux succès immortalisés par Otis Redding, Sam & Dave, Eddie Floyd, et beaucoup d’autres… Il s’appelait Steve Cropper. Né en octobre 1941 dans le Missouri, Steve Cropper a finalement assez peu enregistré sous son nom. Il a, en revanche, œuvré pour nombre de personnalités tout au long de sa riche carrière. On a pu le voir aux côtés de Rod Stewart, Richie Havens, Etta James, Albert King, B.B. King, Aaron Neville, Wilson Pickett, Percy Sledge, Mavis Staples, Ringo Starr, etc.… Son rôle d’accompagnateur, de tuteur, de chaperon, et sa camaraderie sincère pour ses acolytes, l’ont hissé au rang de pilier incontournable de l’histoire des musiques populaires américaines au XXe siècle. Il suffit de citer quelques titres emblématiques qu’il eut l’honneur de produire, de composer ou d’interpréter avec les icônes d’antan pour prendre conscience de sa valeur dans l’univers sonore de notre mémoire collective. « Sitting on the Dock of the Bay », « Knock on Wood », « Soulman », « Green Onions », toutes ces mélodies historiques sont estampillées Steve Cropper. Ce brillant instrumentiste aurait pu se gargariser d’avoir croisé la route de véritables légendes de la culture noire américaine mais il préférait conter son épopée avec la plus grande humilité. « On m’a posé toutes les questions possibles… Ça ne me dérange pas. Je suis prêt à répondre à toutes les interrogations tant que cela concerne la musique, évidemment. Je reconnais avoir eu une très belle carrière. S’il y a un message à faire passer aux jeunes générations, c’est celui-ci : “Etre compositeur peut vous apporter le succès, il est plaisant d’être sur scène, dans la lumière, adulé de toutes les filles, mais en réalité le travail de compositeur est bien plus enrichissant”. Je suis heureux d’avoir choisi ce métier ! » [Steve Cropper au micro de Joe Farmer] Steve Cropper a été l’une des chevilles ouvrières du label Stax Records. Principal concurrent de la Motown, cette maison de disques basée à Memphis a révélé des dizaines d’artistes dont les noms sont entrés dans la légende. D’Otis Redding à Isaac Hayes, d’Albert King à Johnnie Taylor, ils ont tous été les contemporains de Steve Cropper. À lire aussiLes archives de Stax Records   La frénésie de l’époque n’avait d’ailleurs jamais quitté l’esprit du guitariste : « J’ai beaucoup de souvenirs en tête. Certaines séances d’enregistrement sont restées dans ma mémoire. Beaucoup de gens me demandent de raconter des anecdotes mais, en réalité, j’étais très sérieux dans mon travail, dans l’écriture, la composition. Il n’y a donc pas d’histoires drôles à vous narrer. Lorsque je travaillais avec Wilson Pickett, c’était non-stop jusqu’à 2 heures du matin ! Et le lendemain on reprenait dès 11 heures. Le travail à peine terminé, Wilson Pickett et Jerry Wexler, le patron du label, retournaient à New York. J’ai évidemment passé plus de temps avec Otis Redding, il était constamment pressé, il était très demandé et cela ne lui permettait pas de passer trop de temps en studio, 4 jours pour enregistrer un album, avec un peu de chance, une semaine entière… On travaillait sans discontinuer, on composait la nuit, on passait notre vie en studio, on dormait 1 à 2 heures par jour ». [Steve Cropper en 2008 sur RFI] Otis Redding sera l’une des comètes lumineuses de l’histoire de la Soul-Music. Il disparaîtra tragiquement le 10 décembre 1967 à seulement 26 ans. Le choc sera rude pour le label Stax qui ne parviendra jamais à retrouver la fougue d’un tel artiste et verra progressivement la flamme vaciller. Steve Cropper sentira le vent tourner et, la mort dans l’âme, acceptera l’inéluctable. À la fin des années 1960, une page se tourne. Il est temps pour Steve Cropper d’envisager une autre aventure. Préférant regarder vers l’avenir plutôt que de ressasser les grandes heures du label Stax, il reprendra son rôle d’accompagnateur de luxe, auréolé de ses nombreuses contributions au répertoire afro-américain. C’est en 1976 que la providence sonne à nouveau à sa porte. Le duo « Dan Akroyd/John Belushi » a la lourde tâche de former un orchestre pour ponctuer de séquences musicales trépidantes l’une des émissions phare de la chaîne NBC. Les Blues Brothers voient ainsi le jour lors du rendez-vous cathodique hebdomadaire Saturday Night Live et Steve Cropper en deviendra l’un des membres essentiels. Outre de vivifiantes apparitions télévisuelles et cinématographiques, le groupe continuera vaillamment à se produire sur scène, même après la mort en 1982 de l’un de ses instigateurs, le chanteur et acteur, John Belushi. À lire aussiThe Blues Brothers   Steve Cropper a été le compagnon de route de nombreuses personnalités sans chercher la reconnaissance unanime ni les lauriers. Être un « sideman » lui convenait et il le reconnaissait volontiers. Homme affable, il n’était jamais avare de confidences et l’exercice parfois périlleux de l’interview radiophonique l’amusait plutôt : « Quel serait mon plus grand vœu ? Ce serait de revoir Otis Redding et John Belushi, sans oublier Al Jackson. Si là-haut, il y a une petite place pour moi, je serais heureux de retrouver mes vieux camarades. J’estime avoir eu beaucoup de chance. C’est grâce à eux que je suis connu comme guitariste, que j’ai appris la rythmique et le plaisir que cela représente ». [Steve Cropper - Juillet 2008] Steve Cropper fut sans nul doute l’un des artisans du rapprochement entre blancs et noirs au cœur des années 1960 aux États-Unis grâce à ses prestations scintillantes et toujours inspirées. Cet activisme artistique et si naturel force à tout jamais le respect. Le site de Steve Cropper Les titres diffusés dans l'émission :  - « Bush Hog » par Serge Cropper - « Land of 1000 dances » par Steve Cropper  - « Last Night » par The Mar-Keys - « Green Onions » par Booker T. And The MG’s - « Fa-Fa-Fa-Fa-Fa (Sad Song) » par Otis Redding  - « These arms of mine » par Otis Redding  - « Mister Pitiful » par Otis Redding  - « I’ve been loving you too long » par Otis Redding  - « Satisfaction » par Otis Redding  - « Try a little tenderness » par Otis Redding  - « Holy Cow » par Rod Stewart  - « Soul Man » par The Blues Brothers  - « Messin’ with the kid » par The Blues Brothers  - « Shot Gun Blues » par The Blues Brothers - « Cuttin’ it close » par Steve Cropper & Felix Cavaliere  - « Knock on Wood » par Eddie Floyd 
Artère mythique de la grandeur américaine, la Route 66 a longtemps relié les rives atlantiques et pacifiques des États-Unis, de Chicago à Los Angeles en traversant huit états et trois fuseaux horaires. En 2026, cette longue route de 3940 kilomètres fête son centenaire. Julien Grossot et Lauric Henneton ont conçu un ouvrage passionnant, paru chez Hors Collection Editions, et nous emmènent en vadrouille et en musique sur la fameuse « Mother Road ».  Lorsque Bobby Troup écrit « Get your Kicks on Route 66 » en 1946, il n’imagine certainement pas que sa chanson va devenir l’hymne intemporel de toutes les chevauchées motorisées des aventuriers américains. Reprise des dizaines de fois par des artistes aussi divers que Nat King Cole, Chuck Berry ou les Rolling Stones, cette composition sera la bande-son d’une épopée culturelle, politique et économique, unique. Suivre la « Route 66 », c’est se confronter à la diversité des migrations qui ont façonné l’Amérique. Dès le premier kilomètre, l’histoire sociale s’impose car traverser Chicago, c’est se souvenir du périple de nombreux citoyens afro-américains tentant d’échapper aux lois racistes du sud des États-Unis pour une vie meilleure au nord. Se rendre dans cette ville moderne de l’Illinois, en pleine expansion au milieu du XXe siècle, est alors un enjeu de survie. Écouter le blues de Chicago, c’est entendre la complainte de l’homme noir parvenu à s’extraire de l’oppression ségrégationniste institutionnalisé. Le mode d’expression acoustique artisanal des musiciens du sud trouvera à Chicago une résonance électrique qui dessinera les contours d’une révolution artistique majeure. Tout au long de la « Route 66 », les destinées se lisent comme des romans. John Steinbeck n’avait-il pas inscrit Les raisins de la colère, son œuvre la plus célèbre, sur cette voie transcontinentale ? Au fil des étapes, des personnages surgissent et marquent leur territoire. La musique en est la trace indélébile. D’Est en Ouest, les styles et accents se révèlent et donnent une lecture assez juste d’une mélodieuse géographie sonore nourrie de blues, de country, de jazz, de soul-music, de rock’n’roll. On y rencontre Muddy Waters, Miles Davis, Charlie Parker, Count Basie, Stevie Ray Vaughan, et beaucoup d’autres grands noms de « L’épopée des Musiques Noires ». La « Route 66 » fut un symbole de l’esprit conquérant des américains triomphants et reste, 100 ans après sa création, une inspiration pour nombre d’auteurs, d’instrumentistes et de globe-trotteurs en quête d’un frisson originel. Lisez Rock’n’Road Trip – La Route 66 en Musique et laissez-vous conduire ! Les Facebook de Julien Grosset et Lauric Henneton Les titres diffusés dans l'émission :  « Get you kicks on Route 66 » par Nat King Cole  « Hoochie Coochie Man » par Muddy Waters & The Rolling Stones « Saint-Louis Blues » par Chuck Berry  « Tulsa Time » par Eric Bibb  « Texas Flood » par Stevie Ray Vaughan    À écouter aussi :Sur la route 66
Florilège 2025

Florilège 2025

2025-12-2729:00

L’année 2025 fut inattendue, enthousiasmante, palpitante ! Auteurs, instrumentistes, interprètes, producteurs, photographes… Ils ont accompagné une saison radiophonique trépidante. Leurs propos éclairés ont enrichi nos connaissances musicales, ont affiné notre compréhension du monde, ont encouragé l’écoute et le partage. Retournons-nous une dernière fois sur les moments privilégiés des 12 derniers mois et souhaitons-nous d’être à nouveau émerveillés en 2026. Tout au long de l’année, nous nous sommes promenés dans les festivals de France et de Navarre, nous avons arpenté les salles de spectacle, nous avons visité les studios d’enregistrement, nous avons accueilli des interlocuteurs passionnants qui, par leur verve et leur engagement, ont su restituer l’effervescence des cultures afro-planétaire au XXIe siècle. Curieusement, les Caraïbes ont plus spécifiquement occupé nos esprits en 2025. Micro à la main, nous avons croisé la route de musiciens antillais, cubains, haïtiens, jamaïcains, dont l’implication artistique nous a charmés.   L’un d’eux s’appelle Richard Payne. Originaire de Sainte-Lucie, au sud de la Martinique, ce pianiste et chef d’orchestre émérite faisait paraître au printemps 2025 un album intitulé « Introspection » pour lequel il avait sollicité une foultitude de virtuoses ultramarins. Ce collectif d’instrumentistes créoles inégalables nous avait ouvert les portes de son studio pour nous permettre d’assister à la genèse d’une production d’envergure. « Je ne conçois pas la musique de manière classique. J’apporte ma touche personnelle au melting pot caribéen. J’essaye donc de m’échapper de l’interprétation traditionnelle pour trouver les éléments que nous avons en commun et créer quelque chose de neuf. C’est ainsi que l’on parvient à symboliser l’unité des cultures caribéennes. Quand j’écris ma musique, je pense à toutes les composantes des Caraïbes, le Rara, le Bèlè, le Gwoka, le Reggae, mais je n’oublie pas pour autant les disques que j’écoutais durant ma jeunesse, le jazz de Miles Davis et Chick Corea, la musique classique de Bela Bartok et Claude Debussy. Tout cela fait partie de moi et je l’exprime avec mon âme caribéenne ». (Richard Payne sur RFI en avril 2025)     Comme les Antilles, Cuba est aussi une terre métisse où les cultures musicales se sont entrechoquées pour finalement créer un patrimoine d’une richesse exceptionnelle. Le pianiste Chucho Valdès est certainement le symbole ultime de cette quête d’universalité créative. Seul ou avec son groupe Irakere, il a défié les normes stylistiques et les barrières sociales pour trouver un espace de sérénité qui le hisse aujourd’hui au rang des maestros de notre temps. Le 04 avril 2025, il fit l’ouverture du « Cully Jazz Festival » en Suisse où nous avons eu le privilège de l’écouter se raconter : « Qu’ai-je donc appris durant ma carrière ? J’ai beaucoup appris. J’ai passé ma vie à chercher, en quelque sorte. Je suis allé en Afrique et, bien évidemment, aux Etats-Unis et à Cuba, dans les recoins les plus reculés où l’on percevait encore les racines africaines de notre musique qui ne sont pas bien étudiées d’ailleurs. J’ai aussi beaucoup appris d’Herbie Hancock, de Chick Corea, de Keith Jarrett, et même de Cecil Taylor. Ce que j’ai développé repose sur leur patrimoine musical. Leurs œuvres m’ont enrichi. Je pense également aux prestations de Quincy Jones ou au groupe de Miles Davis. De cette époque, j’ai développé un intérêt pour les sonorités électroniques, les synthétiseurs, le piano électrique et, grâce à cela, j’ai façonné un son particulier qui, de surcroît, faisait appel à la source africaine. J’avais en moi les rythmes traditionnels africains que je conjuguais aux sonorités électroniques ». (Chucho Valdès au micro de Joe Farmer, le 04 avril 2025 à Cully en Suisse).     Célébrer les aînés est une marque de reconnaissance et une main tendue à la jeune génération qui découvre ainsi l’héritage transmis par les pionniers au fil des décennies. À la Philharmonie de Paris, au mois de mai 2025, plusieurs disciples du regretté compositeur martiniquais Marius Cultier ressuscitaient son œuvre majeure, « La fleur et l’oiseau ». Alain Jean-Marie, Mario Canonge, Thierry Vaton, Gregory Privat, pour ne citer qu’eux, rendaient un vibrant hommage à un génial trublion disparu il y a 40 ans lors d’une prestation étincelante dirigée par le percussionniste David Donatien. Les 15 musiciens et interprètes antillais réunis pour l’occasion, dont Ralph Tamar et Tony Chasseur, avaient alors dignement revitalisé un répertoire trop peu exposé.     Se pencher sur ses racines est une exigence si l’on veut comprendre son cheminement personnel. Le jeune chanteur américain Tyreek McDole, nouvelle coqueluche de l’art vocal jazz, ne veut pas se soustraire à ses origines haïtiennes. Lors de son concert à Nice, le 26 juillet 2025, il n’éludait pas son attachement à son ancestralité originelle et sa prestation très swing s’en trouvait magnifiée. « Comme j’ai la chance d’avoir en moi une palette de cultures différentes, je ne peux qu’être influencé par cette myriade de sources d’inspiration. On ne parle pas assez souvent de l’impact des Caraïbes sur le jazz américain. On dit d’ailleurs que la Nouvelle-Orléans est la ville la plus au nord des Caraïbes car, ancestralement, il y avait beaucoup de commerce entre la Louisiane et les îles des Caraïbes : Trinidad et Tobago, Cuba, Haïti… Il y a donc dans cette région du monde, une interconnexion des cultures qui a fait de la Nouvelle-Orléans le fameux melting-pot dont tout le monde parle aujourd’hui. Les Américains pensent qu’ils ont créé seuls cette forme d’expression qu’on appelle « Jazz ». Ils oublient seulement l’influence des cultures voisines, des migrants, en d’autres mots, le reste du monde. Par conséquent, mes différentes origines m’ont ouvert l’esprit et, en tant que citoyen américain, j’ai profité des différentes traditions importées par les migrants. Nous avons tous contribué à la création des États-Unis. La musique américaine est donc le fruit d’un métissage international. Je suis un enfant du Rara et du Compas haïtiens mais aussi du Jazz, du Hip hop, du R&B américains. J’ai tout cela en moi ». (Tyreek McDole sur RFI depuis le Nice Jazz Festival 2025)   Quoi que puissent dire les éternels ronchons toujours prompts à critiquer l’audace multiculturelle de créateurs inspirés, cette année 2025 a une nouvelle fois prouvé que le dialogue, la tolérance et l’ouverture d’esprit, sont nécessaires à notre vie commune sur cette planète bleue. Gageons que 2026 entérinera une fois pour toutes l’exigence de tendre l’oreille et d’embrasser les évolutions du monde.
Est-il encore possible d’avoir zappé quelques perles de Michael Jackson tant sa destinée fut commentée, analysée, scrutée, décortiquée ? Richard Lecocq, incontestable connaisseur de cette imposante discographie, propose un nouvel ouvrage consacré à la star sobrement intitulé «Legend». Réécouter les ritournelles d’une icône absolue, ponctuées par les remarques éclairées d’un incontestable spécialiste, illumine indubitablement les fêtes de fin d’année. On pense tout savoir sur le «Roi de la Pop», et pourtant, en parcourant le livre très documenté de Richard Lecocq, on réalise soudain qu’un nombre non négligeable de petits détails nous a échappé. Saviez-vous que Berry Gordy et ses équipes inondaient le marché discographique de rééditions estampillées Motown chaque fois que Michael Jackson ou ses frères faisaient paraître un album sur le label concurrent ? Saviez-vous que le clip de Thriller fut filmé dans une zone industrielle à l’intersection de «Union Pacific Avenue» et «Calzona Street» à Los Angeles ? Saviez-vous que le premier album posthume paru en 2010, sobrement intitulé Michael, fut sujet à controverse quand des fans aux oreilles affûtées constatèrent que trois des dix titres n’étaient pas interprétés par l’icône disparue ? Saviez-vous que Michael Jackson fut le plus généreux donateur à des œuvres caritatives avec un montant global estimé à 500 millions de dollars ? Saviez-vous que la panthère noire du clip «Black or White» est une allusion au «Black Panthers Party» ? Toutes ces informations nous donnent une nouvelle lecture de «L’épopée Michael Jackson». Il faut dire que Richard Lecocq n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà publié en 2019 «Michael Jackson, La Totale» (EPA Éditions) avec son camarade François Allard. Il est également l’auteur d’un ouvrage intitulé «King» (Publibook) paru en 2011, il a collaboré à l’édition du livre anniversaire «Thriller 25» et au projet «Bad 25». Alors que l’on annonce un film biographique en avril 2026, ses commentaires sauront nous guider dans l’histoire mouvementée d’un génial artiste dont on ne se lasse jamais de redécouvrir les joyaux. ⇒ Le site Michael Jackson ⇒ Michael Jackson Legend, Glénat. Titres diffusés cette semaine : « I want you back » par les Jackson 5 (1969) «Shake a body (Demo)» par The Jacksons (1978) «We are the world» (Demo) par Michael Jackson (1985) «Best of Joy» par Michael Jackson (Sortie posthume - 2010) «Another part of me» par Michael Jackson (Live Wembley - 1988).  
Ils sont nés un 22 décembre à 22 ans d’écart ! Le pianiste martiniquais Grégory Privat et le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart ont uni leur talent pour imaginer un album dans lequel une myriade de sources d’inspiration magnifie leurs prouesses stylistiques. C’est ainsi que 22 vit le jour. Un dialogue complice, une joute jazz, une camaraderie caribéenne, l’addition de deux individualités chaleureuses que le public du New Morning à Paris pourra savourer le 27 décembre 2025. La multiplicité de leurs projets respectifs et leur insatiable propension à tenter des d’expériences ne pouvaient que provoquer cette rencontre magistralement périlleuse. Cette audace est le signe d’une véritable virtuosité. Il faut dire que chacun d’eux a démontré sa valeur artistique au fil des années. Jacques Schwarz-Bart est un homme libre qui déjoue les normes académiques en s’offrant le luxe de bousculer le jazz de ses aînés. Son humeur caribéenne mâtine son répertoire d’un irrésistible lyrisme cadencé certainement hérité de ses ancêtres. Instrumentiste savant, il est aussi un citoyen concerné par les enjeux géopolitiques actuels. Sa participation active au projet Black Lives – From Generation to Generation révèle une quête de justice que sa musique épouse singulièrement. Grégory Privat est également un être attentif aux circonvolutions du monde. Lui aussi perçoit ce XXIè siècle avec acuité et joue avec les nuances sonores de sa musicalité éclectique pour transmettre un sentiment de concorde et d’unité. Ses circonvolutions pianistiques ne cessent de susciter la curiosité et l’intérêt de ses admirateurs. Électrique ou acoustique, la texture de ses envolées créatives le hisse au rang des plus téméraires agitateurs swing de notre temps. Cette hardiesse lui brûlera-t-elle les ailes ? Seul, le public saura l’accompagner dans ses fulgurances et son imaginaire. Sachons donc saluer les prises de risque quand, d’un disque à l’autre, les couleurs harmoniques évitent l’écueil de la répétition, du «déjà vu, déjà entendu». L’improvisation n’est pas nécessairement un exercice d’équilibriste, elle peut être maîtrisée et assumée. L’expérience est la clé et Grégory Privat acquiert cette maturité qui identifie sa personnalité artistique. 22 est un album fascinant qui fait appel à deux sensibilités uniques, différentes et curieusement complémentaires. Cet échange improbable entre un pianiste et un saxophoniste, sans l’apport percussif d’un tambour ka ou bèlè, n’altère pas le rythme et l’émotion du répertoire. Chaque composition a sa lecture, sa signification, son rôle. À nous de les saisir… Après une imposante tournée aux États-Unis, au Canada, en Guyane, en Martinique, les spectateurs parisiens pourront à leur tour faire scintiller cette guirlande de notes frissonnantes entre Noël et le Jour de l’an. Quelle belle promesse ! - Jacques Schwarz-Bart & Grégory Privat au New Morning le 27 décembre 2025 - Le site de Grégory Privat (en anglais) - Le site de Jacques Schwarz-Bart (en anglais). Titres diffusés cette semaine : - «The Most Beautiful» par Jacques Schwarz-Bart et Grégory Privat, extrait de l’album 22 - «Yamakasi» par Grégory Privat, Laurent Coulondre et Arnaud Dolmen, extrait de l’album The Get Down - «Dlo Pann» par Jacques Schwarz-Bart et Grégory Privat, extrait de l’album 22 - «I Apologize» par le collectif Black Lives, extrait de l’album People of Earth - «Tournesol» par Jacques Schwarz-Bart et Grégory Privat, extrait de l’album 22.
Hommage à Jimmy Cliff

Hommage à Jimmy Cliff

2025-12-0628:59

Le 24 novembre 2025, le chanteur jamaïcain Jimmy Cliff disparaissait à l’âge de 81 ans. Si sa notoriété explosa grâce au titre «Reggae Night» en 1983, il serait injuste de réduire son aura planétaire à cette simple bluette fort bien ficelée. Jimmy Cliff fut un auteur, compositeur, interprète de renom qui parvint à sortir du cadre stylistique de ses contemporains sans jamais trahir ses convictions artistiques, ni les musicalités traditionnelles de sa terre natale. Lorsqu’il naît en juillet 1944, la Jamaïque est encore sous domination britannique. Ce n’est qu’au tournant des années 60 que James Chambers (son vrai nom) se sentira pousser des ailes quand la jeune nation indépendante autorisera la libre expression de plusieurs formes d’expression dont le ska qu’il écoutera avec gourmandise mais c’est un film qui le révélera au grand public. «The harder they come» de Perry Henzel mettra en scène un acteur de 28 ans qui signera également la bande son du long métrage. Jimmy Cliff brille subitement dans le feu des projecteurs et son nom résonne jusqu’aux États-Unis. Cette première étape vers le succès international l’incite à multiplier les prestations au-delà de l’espace caribéen. Il se rend au Nigeria pour la première fois en 1974. Acclamé à son arrivée par des milliers d’admirateurs, il finira son séjour en prison après une altercation avec un promoteur véreux l’ayant accusé de ne pas avoir honoré son contrat. Qu’importe ses déboires, Jimmy Cliff reviendra souvent sur le continent africain et se produira au Sénégal, en Gambie, en Sierra Leone, au Ghana, en Zambie, en Afrique du Sud, etc. sans jamais omettre de transmettre des messages clairs aux pouvoirs autocratiques. Artiste libre, il déroutera parfois ses plus fervents disciples en s’autorisant des pas de côté discographiques. L’un des exemples marquants fut sans nul doute l’album Fantastic Plastic People en 2002 dans lequel il s’illustra aux côtés de personnalités très diverses, de Sting à Wyclef Jean, d’Annie Lennox (Eurythmics) à Joe Strummer (The Clash) ou encore Kool & the Gang. Ce curieux attelage ne manqua pas de susciter quelques commentaires acerbes de la part de fans un poil décontenancés. Jimmy Cliff fit fi de ces remarques peu amènes et poursuivit son exploration débridée de tous les accents musicaux que le reggae peut nourrir. Il faudra attendre «Rebirth», dix ans plus tard, pour retrouver un Jimmy Cliff résolument tourné vers le patrimoine sonore de sa jeunesse. Cette grande figure de «L’épopée des Musiques Caribéennes» vint plusieurs fois s’exprimer sur nos ondes. Nous lui rendons hommage aujourd’hui en l’écoutant se raconter, à travers les décennies, grâce à nos archives précieusement conservées. ⇒ Le site de Jimmy Cliff. Titres diffusés cette semaine : - « Hurricane Hattie » par Jimmy Cliff (1962) - « Many Rivers To Cross » par Jimmy Cliff (1969) - « You Can Get It If You Really Want » par Jimmy Cliff (1972) - « The Harder They Come » par Jimmy Cliff (1972) - « Reggae Night » par Jimmy Cliff (1983) - « Fantastic Plastic People » par Jimmy Cliff (2002) - « No Problem, Only Solutions » par Jimmy Cliff (2002) - « One More » par Jimmy Cliff (2012) - « Ship Is Sailing » par Jimmy Cliff (2012) - « Bridges » par Jimmy Cliff (2022).
Bien connue des amateurs de jazz parisiens, Denise King est une chanteuse américaine de grande valeur qui ne se contente pas de livrer des prestations toujours frissonnantes. Elle œuvre pour le bien-être de ses contemporains en multipliant à Philadelphie, sa ville natale, les actions caritatives. Il paraissait logique que son dernier album People Get Ready appelle à un sursaut citoyen à travers une relecture inspirée de grands classiques engagés. Alors que la résignation semble l’emporter face aux défis de notre XXIè siècle, certaines voix continuent de défendre un idéal de justice, de paix et de tolérance. Denise King fait partie de ces rares interprètes à défier l’apathie en s’exprimant ouvertement sur les dérives et dangers de notre époque. En revitalisant les œuvres immortalisées jadis par ses aînés, elle redonne à ses auditeurs le goût de la contestation positive, de la résilience active. Il faut du caractère pour s’emparer du patrimoine de Nina Simone, Abbey Lincoln, Edwin Hawkins ou Curtis Mayfield. Denise King en a et le prouve sur ce nouvel album pétri de messages vibrants à méditer. Bien qu’elle se délecte de longue date du swing de ses grandes consœurs, Denise King n’hésite pas pour autant à se plonger dans des univers sonores plus périlleux comme le rock de U2 dont elle adapte avec brio l’hymne «Pride in the name of love». Elle s’amuse également à triturer avec le plus grand respect une poésie de Bob Dylan, «Gotta serve somebody». Femme téméraire, Denise King a suffisamment écumé les scènes internationales pour s’autoriser quelques audaces musicales sans trahir l’intention originelle. Ainsi, People Get Ready ranime le discours des combattants de la liberté dont elle perçut certainement l’écho toute gamine quand les grands orateurs d’antan défendaient les droits civiques aux États-Unis. Alors que la société américaine s’interroge sur son avenir, alors que les bruits de bottes s’intensifient chaque jour, alors que les propos radicaux agitent les esprits, la voix de Denise King suscite l’examen de conscience et invite à relever la tête. «Il n’y a pas de fatalité», semble-t-elle marteler dans ce disque utile et revigorant. Il suffit d’écouter «Why can’t we live together» emprunté à Timmy Thomas pour ressentir son exaspération et comprendre son désir de bousculer les certitudes. Denise King est une femme de cœur qui n’a jamais baissé les bras. À nous de la suivre à présent dans son combat pour un monde plus juste et équilibré. ⇒ Site internet - Denise King.   Titres diffusés cette semaine : - «You gotta move» par Denise King, extrait de People Get Ready (Jazzbook Records)- «War» par Denise King, extrait de People Get Ready (Jazzbook Records)- «Throw it away» par Denise King, extrait de People Get Ready (Jazzbook Records)- «People Get Ready» par Denise King, extrait de People Get Ready (Jazzbook Records).
À seulement 27 ans, le bluesman afro-américain DK Harrell fait sensation chaque fois qu’il se produit sur scène. Nourri par les albums du regretté B.B King, il revitalise l’esprit de son illustre aîné en mâtinant son propre répertoire d’une vigueur époustouflante. Son deuxième album Talkin’ Heavy confirme son immense talent décelé en 2023 sur The Right Man. De passage en France pour quelques prestations attendues, le jeune prodige s’est confié à notre micro. Natif de Ruston en Louisiane, DKieran Harrell a en lui la sève cosmopolite de cet État multi-ethnique qui a vu passer des milliers de migrants, esclaves, simples voyageurs, en quête d’une terre clémente. Il sait ce que cette région a apporté au rayonnement culturel des États-Unis à travers la planète et défend fièrement le vocabulaire blues qu’il maîtrise à la perfection. Il faut dire que cette forme d’expression a éveillé son esprit dès l’âge de 2 ans quand il entendit, dans la voiture de son grand-père, «The thrill is gone» extrait de l’album Deuces Wild du Roi, B.B King. L’impact de cette musique sur le bambin qu’il était à l’époque fut déterminant. Sans qu’il put comprendre l’émotion qui le faisait frissonner, son destin était tout tracé. Malgré les réticences d’un père qui l’imaginait footballeur, le jeune DK Harrell parvint au fil des mois et des années à s’emparer d’une guitare. Aujourd’hui, DK Harrell virevolte sur les scènes internationales et profite de cette exposition médiatique pour transmettre des messages car, non content d’être un fin instrumentiste, ses talents de chanteur sont indéniables. Talkin’ Heavy est donc l’occasion de se révéler et d’exposer au grand jour ses préoccupations. Comme nombre de ses contemporains et amis, il milite pour un monde ouvert, inclusif et généreux. Les divisions l’ennuient profondément. Le blues n‘est pas seulement l’écho d’un lointain passé. Il conte notre époque, ses défis, ses enjeux, ses ambitions. Respecter la tradition des aînés est, certes, une exigence mais il faut savoir actualiser ce discours pour que l’histoire se conjugue aussi au présent. DK Harrell a la chance de faire partie d’une génération de virtuoses qui redessine les contours du blues. Ses homologues, Stephen Hull, Christone «Kingfish» Ingram, Sean McDonald, Jontavious Willis, Jerron Paxton, écrivent sous nos yeux un nouveau chapitre de «L’épopée des Musiques Noires». Sauront-ils tirer profit de cette complicité créative qui les anime ? Nous pouvons, en tout cas, déjà ressentir l’effervescence qui accompagne leur développement artistique et la pertinence de leur propos. Leur XXIè siècle paraît sombre et inquiétant, mais il émane de tous ces nouveaux venus une acuité confiante du quotidien qui laisse entrevoir une réelle prise de conscience et une remarquable maturité. DK Harrell, comme ses camarades bluesmen, fait preuve de sagesse et ne se laisse pas effrayer par les renoncements idéologiques ou les dérives autoritaires. La diplomatie du blues le protège et inspire même ses plus fervents auditeurs. Gageons que cette profession de foi guidera longtemps ses pas sur le chemin de l’excellence. ⇒ DK Blues. Titres diffusés cette semaine :- « A Little Taste » par DK Harrell (Alligator Records)- «  No Thanks To You » par DK Harrell (Alligator Records)- « Talkin’ Heavy » par DK Harrell (Alligator Records)- « Praise These Blues » par DK Harrell (Alligator Records).
La 26è édition du festival «Blues sur Seine» ne déroge pas à l’intention initiale. Depuis 1999, consolider le lien social est le maître mot. Pour cela, les équipes programmatrices font preuve d’ingéniosité et de générosité en conviant les artistes à se produire dans des salles de spectacles, mais aussi des collèges, lycées, centres sociaux du département des Yvelines avec la volonté farouche de créer le contact, l’échange et l’écoute que l’on soit amateur ou non de musiques afro-planétaires. Au-delà du plaisir d’accueillir des spectateurs impatients d’acclamer des artistes aguerris, «Blues sur Seine» parie sur les vertus pédagogiques d’assister à une prestation musicale. Comme l’a démontré le pianiste Sébastien Troendlé, il n’y a pas d’âge pour découvrir les différentes formes d’expression qui ont rythmé le quotidien des Afro-Américains au fil des décennies. Son concert, destiné à des écoliers, raconte l’épopée des pionniers du ragtime et du boogie-woogie. Si sa virtuosité fait mouche, son récit n’élude pas pour autant les défis d’une population confrontée au racisme et à la ségrégation au début du XXè siècle. Comprendre les enjeux sociaux, défendre des valeurs, susciter le respect, sont des objectifs cruciaux qu’il convient de réaffirmer. Si la musique peut capter l’attention de jeunes oreilles, vierges de tous préjugés éculés, la mission de l’artiste est accomplie. Le bluesman Stephen Hull, également à l’affiche du festival «Blues sur Seine», a lui aussi un message à délivrer. À seulement 26 ans, il perpétue une tradition héritée de ses aînés, les B.B King, Albert King, Jimi Hendrix… Il a conscience de sa responsabilité patrimoniale. Il a le devoir de préserver un héritage afro-américain et cette intime conviction l'a rapidement hissé au rang des meilleurs instrumentistes actuels. Comme ses contemporains, Jontavious Willis, Jerron Paxton ou Christone «Kingfish» Ingram, il milite pour une reconnaissance universelle du blues dont il connaît la portée historique. Le genre musical qui l’anime a souvent conté l’aventure humaine de ses ancêtres et, pour que ce témoignage ne disparaisse pas, il joue chaque soir son rôle de jeune héritier, locuteur sincère d’un idiome transmis de générations en générations. Quand le blues consolait le samedi soir les citoyens américains, dits de «seconde classe», dans les clubs miteux du sud des États-Unis, le gospel et les spirituals leur donnaient de l’espoir dans les églises baptistes le dimanche matin. Si l’on a souvent opposé le sacré et le profane, il n’est pas inutile de rappeler que l’expression artistique réunissait ces deux visions stéréotypées d’une société américaine embourbée dans ses contradictions. Le trio vocal «Ebony Roots», invité au festival «Blues sur Seine», a mélodieusement prouvé qu’un répertoire, inspiré par la foi, la bonté et la joie, n’est pas nécessairement issu de cantiques religieux. Chanter des airs de Sam Cooke, du Golden Gate Quartet, de Ben Harper ou de Bobby McFerrin peut suffire à notre bien-être sans intention prosélyte. Alors que les tensions internationales bousculent notre fragile XXIè siècle, il n'est pas vain de se laisser bercer par la musicalité d’artistes bienveillants. Blues sur Seine se poursuit jusqu’au 22 novembre 2025 dans les Yvelines, près de Paris.
Autrefois, la chanteuse et guitariste américaine Natalia M. King fulminait d’insatisfaction face aux injustices de ce monde en bouillonnement constant. Aujourd’hui, elle cherche dans une boulimie de créativité assumée un équilibre spirituel et artistique salvateur. Afroblues, son dernier album, reflète précisément cette quête de liberté qui l’anime depuis toujours. Sa voix soul rayonne sur des fulgurances électro-pop sans altérer la source africaine de son identité première. C’est lors d’un périple au Botswana et en Afrique du Sud au printemps 2024 que l’idée de célébrer le continent originel a jailli dans l’esprit fertile de la New-Yorkaise. Toujours en quête de ses racines premières, Natalia M. King a cherché à déceler la sève de son inspiration en se confrontant au miroir de son âme noire. Elle a alors ressenti la force expressive d’un héritage patrimonial massif et la pureté de traditions ancestrales vierges de toutes exactions coloniales. Il fallait cependant inscrire cet environnement historique dans l’urgence du monde actuel. La modernité des cadences imprimées à ce disque surprenant épouse le rythme effréné de notre XXIè siècle. Ce n’est pas la première fois que Natalia M. King joue avec les contrastes. Déjà sur l’album Fury & Sound en 2003, notre trublionne s’était amusée à brouiller les pistes en affirmant sa singularité. Afroblues entre finalement dans la continuité conceptuelle d’une artiste guidée par ses défis personnels. Au-delà de la texture sonore de cette production audacieuse, le message est essentiel. Aucun titre n’est anodin dans ce nouveau répertoire. L’humeur afrobeat de Lady No en appelle à la figure tutélaire de la rébellion, l’illustre et regretté Fela Anikulapo Kuti. Everyday People, emprunté à Sly & The Family Stone, est un cri de ralliement à une époque où la division l’emporte sur l’unité et la bienveillance. Et ce ne sont là que quelques exemples de thèmes et propos pleinement assumés. «Être sage et rebelle n’est pas antinomique» semble clamer cette Africaine de cœur qui redessine continuellement les contours de son être en affinant son discours avec rigueur et acuité. Elle ose, elle interroge, elle séduit. Succomberez-vous à votre tour ? Écoutez donc «I love a woman» et laissez-vous charmer par cette voix pétrie de soul-music, de sincérité et d’authenticité. Natalia M. King est une femme libre et le revendique. ⇒ Facebook Natalia M. King.   Titres diffusés cette semaine : - « Lady No » par Natalia M. King extrait de Afroblues - « Grab a hold » par Natalia M. King extrait de Fury and Sound  - « Ethiopik Song » par Natalia M. King extrait de Afroblues - « I love a woman » par Natalia M. King extrait de Afroblues - « Everyday people » par Sly & The Family Stone extrait de Stand !
Le 29 octobre 2025, Alain Jean-Marie a fêté son 80ème anniversaire. Formidable mélodiste, sa virtuosité a souvent magnifié les œuvres de ses contemporains. En compagnie de musiciens et d’interprètes d’horizons très divers, il a imprimé sa marque et a su résister à l’érosion du temps. Jazz et Biguine ne font plus qu’un quand ce maestro se met au piano. Célébrons tous ensemble les 80 automnes d’un génial instrumentiste ! Alain Jean-Marie choisit ses mots lorsqu’il accepte de conter son aventure humaine. Dès sa prime jeunesse, ses oreilles curieuses captent les acrobaties des jazzmen américains. Il acquiert une solide culture musicale mais c’est un voyage à Montréal qui accélère sa destinée. Il rencontre deux personnages essentiels à son développement artistique, le pianiste Marius Cultier et le batteur Jean-Claude Montredon avec lequel il scellera une amitié sincère et durable. Alain Jean-Marie n’a qu’une vingtaine lors de cet épisode canadien, mais la frénésie du moment lui donne des ailes et le goût pour l’expérimentation. Une autre étape décisive sera La Cigale à Paris en 1973. Alain Jean-Marie apprend fortuitement que le pianiste Wolf Schubert quitte le groupe du tromboniste Al Lirvat. L’occasion est trop belle pour ne pas intégrer cet orchestre dans lequel ses amis Robert Mavounzy et Émilien Antile officient déjà. C’est ainsi qu’il peaufinera sa musicalité jazz caribéenne et deviendra une figure majeure de la scène métropolitaine. Dans les clubs et studios de la capitale française, il sera sollicité pour de nombreuses prestations aux côtés de personnalités américaines éminentes dont Chet Baker, Dee Dee Bridgewater ou Abbey Lincoln. C’est au tournant des années 90 que l’idée de revenir à ses racines antillaises refait surface à l’initiative de l’association Nov’Art. Ce groupe de jeunes gens passionnés le convainquent d’enregistrer de nouveaux albums dans une tonalité caribéenne. Même si cette source d’inspiration n’avait jamais quitté les doigts du pianiste, l’album Biguine Reflections revitalisera la créolité d’un jazz qu’une nouvelle génération d’auditeurs ne connaissait pas vraiment. Cette heureuse initiative fut couronnée de 4 albums parus entre 1992 et 2000. Depuis cette époque, Alain Jean-Marie multiplie les séances d’enregistrement et les performances en public. Ici avec Benny Golson, là avec Mario Canonge… Il ne cesse de parfaire son art né d’une écoute attentive de ses homologues. Son dernier grand projet est un duo audacieux avec le contrebassiste Diego Imbert. Ensemble, ils réinventent un format initié autrefois par Duke Ellington et Jimmy Blanton. Alain Jean-Marie n’a pas fini de nous surprendre. À 80 ans, sa science gourmande de la musique semble infinie et l’album Ballads reflète précisément cet insatiable appétit pour les défis et l’inédit. Rendez-vous le 13 novembre 2025 au Sunside à Paris pour vous en convaincre. ⇒ Diego Imbert & Alain Jean-Marie au Sunside. Titres diffusés cette semaine : - « The nearness of you » par Alain Jean-Marie et Diego Imbert - « Gwadloup an nou » par Alain Jean-Marie, Serge Marne et Eric Vinceno  - « Con Alma » par Alain Jean-Marie et Mario Canonge  - « Peri’s Scope » par Alain Jean-Marie et Diego Imbert.
À 63 ans, le chanteur, danseur et musicien nigérian, Femi Kuti semble faire un bilan d’étape. Si son indignation reste vivace face aux injustices planétaires, le ton plus posé de ses diatribes laisse entrevoir une volonté d’apaisement. La corruption politique, la violence systémique, le racisme institutionnalisé, sont toujours ses chevaux de bataille mais il y oppose aujourd’hui des vœux de tolérance et de bon sens. Journey Through Life est le fruit de cette réflexion d’homme sage et d’artiste aguerri. Trouver la paix intérieure semble être le credo de ce saxophoniste, trompettiste et chef d’orchestre de talent qui, au fil des années, a compris que la confrontation n’est pas la seule arme de dissuasion massive contre les dérives et les exactions. Résister à l’adversité et chercher en soi la force de jouir pleinement de l’instant présent est un exercice quotidien qui demande de la retenue et de la tempérance. Cette inclinaison de son discours n’est pas une capitulation mais, au contraire, une nouvelle manière de contrer les assauts des âmes mortifères. «Il n’est pas nécessaire d’être violent, il n’est pas nécessaire de créer du stress, il faut plutôt chercher la sagesse et être objectif, être sincère. Il est très aisé de faire cet effort de compréhension. Que vous le vouliez ou non, il y aura toujours dans ce monde des aspects positifs et négatifs. Si vous n’êtes pas capable de comprendre cela, vous aurez toujours des problèmes. Il faut accepter le fait que vous finirez par mourir un jour. Si vous prenez en compte cette réalité, si vous appréhendez votre propre vie en acceptant le fait qu’elle se terminera un jour, vous faites preuve de sagesse et vous serez en paix avec vous-même. Ce monde chaotique ne nous permet plus de réfléchir réellement au sens que nous voulons donner à notre vie sur terre. C’est ainsi que l’on se perd en conjectures et que la violence surgit. Plus vous perdez pied, plus le désordre s’installe. Si votre esprit est agité, si vous êtes en guerre avec vous-même, vous ne pouvez que transmettre des émotions négatives. Si vous cherchez vraiment la paix, écoutez les musiciens. Même s’ils traversent parfois des moments difficiles dans leur vie privée, ils ont malgré tout le devoir d’être positifs sur scène et de vous apporter du réconfort. Leur rôle est de vous permettre de vous évader, d’oublier vos tracas du quotidien, d’apaiser vos tourments, d’effacer le chaos qui agite votre esprit. Si un artiste ne comprend pas cela, il s’égare complètement. Si, au contraire, il sait s’adresser au public, il devient un homme de paix». (Femi Kuti au micro de Joe Farmer) Pour parvenir à un tel détachement et échapper à la frénésie mondiale, Femi Kuti s’en remet à la pratique intensive de son instrument de prédilection, le saxophone. Il ne cesse de répéter pour atteindre un idéal artistique. Il s’interroge, réfléchit, reconsidère perpétuellement son statut de musicien. Il écoute ses aînés, ses homologues, ses contemporains et en tire des enseignements qu’il distille à son tour par petites touches à ses proches et à son public. Comment ne pas déceler l’intention de titres comme «Work on myself» ou «Think my people, Think». Notre fringant sexagénaire nous invite clairement à un examen de conscience indispensable. «Quand je composais les chansons de cet album, la musique a surgi d’elle-même. Je pensais à ma grand-mère qui a bataillé pour survivre comme beaucoup d’autres combattants de la liberté. Je pensais à Malcolm X, Martin Luther King, Mohamed Ali, Bob Marley, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, mon père Fela, et tant d’autres… Ils se sont battus pour un monde meilleur mais ce monde est resté chaotique et violent. Je me suis dit : «Cela fait 40 ans que je fais de la musique, que j’exprime mes opinions mais le monde n’a pas évolué. Les tensions politiques se sont accrues. Comment puis-je modifier cet état de fait ?». Je n’avais pas le droit de baisser les bras. Une petite voix intérieure me répétait sans cesse : «Ce n’est pas la fin ! Tu ne peux pas abandonner !». J’ai donc longuement réfléchi. Que pouvais-je changer ? Et si je commençais par moi ? Par mon attitude ? Instantanément, j’ai éprouvé un sentiment de paix intérieure. J’ai réalisé que travailler sur moi avait une incidence sur ma vision du monde. Je pouvais agir sur ma vie personnelle, devenir un bon père, devenir un meilleur musicien, etc. C’est peut-être cela le but d’une vie ! Il ne s’agit pas de contraindre autrui à se comporter de telle ou telle manière, il s’agit de donner l’exemple. À vous de suivre ou non cette approche paisible de la vie. Ce que vous déciderez d’en faire m’importe peu mais je suis convaincu que nous pouvons, chacun d’entre nous, créer un espace de sérénité qui éclaboussera positivement notre entourage». (Femi Kuti sur RFI) Les années passent et Femi Kuti accepte volontiers l’impact progressif de cette incontournable réalité sur son esprit. Il voit ses enfants grandir et se félicite de leur état esprit positif et constructif. L’attitude de son fils, Madé, l’enchante et lui donne espoir. La relève est assurée… «J’aime beaucoup son dernier album. C’est un disque très réussi. Sa musique m’apaise. Elle m’apporte ce que j’ai recherché toute ma vie, des sentiments de paix et d’amour. Voir mon fils s’épanouir ainsi me comble de bonheur». (Femi Kuti, octobre 2025) ⇒ Femi Kuti c/o Partisan Records.   Titres diffusés cette semaine : «Journey through life» par Femi Kuti (Partisan Records) «Work on myself»  par Femi Kuti (Partisan Records) «Vote Dizzy/Salt Peanuts» par Dizzy Gillespie et Jon Hendricks (Douglas Music) «Think my people, think» par Femi Kuti (Partisan Records).
Le trompettiste français Nicolas Genest est en quête de ses racines béninoises. Son premier séjour à Cotonou, en 2006, est déterminant. Il perçoit alors instantanément l’intense histoire séculaire de cette terre lointaine qui lui paraît si proche. Après plusieurs périples dans ce pays qui le fascine, il se met en tête d’honorer les traditions locales et de les célébrer en musique. Il lui faudra 10 ans pour concevoir Danhomey Songs, un album guidé par un devoir de mémoire. Nicolas Genest a maintes fois prouvé son attachement au continent africain, mais réduire sa destinée à cette seule source d’inspiration serait injuste. C’est au contact de grandes figures du jazz américain (Art Farmer, Wynton Marsalis, Terence Blanchard..) qu’il peaufinera son inventivité instrumentale. Il se liera également d’amitié avec le célèbre contrebassiste John Clayton dont les conseils avisés traceront son chemin. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de noter la présence du maestro américain sur le titre «Lonmin» de l’album Danhomey Songs. Certes, «L’épopée des Musiques Noires» irrigue les productions de Nicolas Genest depuis «Lékéré» en 2006, mais l’universalité de sa discographie nous rappelle que les catégories imposées par l’industrie du disque n’ont pas de sens et limitent notre ouverture d’esprit. Depuis plus de 30 ans, Nicolas Genest multiplie les rencontres et nourrit la créolité de notre écoute. Son goût pour les musiques traditionnelles indiennes, ses nombreuses collaborations aux œuvres afro-planétaires de ses contemporains (Alpha Blondy, Manu Dibango, Jimmy Cliff, Mayra Andrade, Henri Texier…), ses propres compositions, méritent nos oreilles attentives. Danhomey Songs est sans doute le plus audacieux de ses projets. Réalisé entre 2014 et 2024, ce long voyage musical bercé par les harmonies classiques, le swing jazz et les rythmes nés de la terre béninoise, est une ode à la vie, l’amitié, l’amour. Pour donner de la valeur à ce propos généreux et bienveillant, il fallait réunir une famille de musiciens aguerris issus des quatre coins de la planète, du Ghana aux États-Unis, du Bénin à la France. Victor Dey Jr, Chris Potter, Lionel Loueke, David Patrois, entre autres, illuminent ce tableau multicolore que le principal instigateur présentera au New Morning à Paris, le 26 octobre 2025, à travers un concert très attendu et la projection d’un documentaire projeté en préambule de cette soirée réjouissante. ⇒ Site de Nicolas Genest. Titres diffusés cette semaine : - « Legba » extrait de « Danhomey Songs » par Nicolas Genest  - « Lekere » extrait de « Lekere » par Nicolas Genest  - « Zangbeto » extrait de « Danhomey Songs » par Nicolas Genest  - « Guede Houssou » extrait de « Danhomey Songs » par Nicolas Genest. 
Si les États-Unis ont su mettre en valeur les différents styles musicaux, gospel, blues, jazz, soul, funk, rap, issus d’un lourd passif historique, la France peine à donner du crédit à des formes d’expression nées de traditions ancestrales afro-européennes. Le journaliste Bertrand Dicale s’est penché sur ce patrimoine culturel vibrant qui narre l’aventure humaine de millions d’ultramarins. Il aura fallu attendre des siècles pour que les différents idiomes créoles trouvent une véritable légitimité et une indéniable valeur artistique. Longtemps, on a cru que les musiques autochtones n’étaient, aux yeux des colons, que l’écho primitif d’un lointain passé africain. Il convient tout de même de rappeler que les fusions culturelles naissent au moment où des populations d’origines diverses partagent un quotidien commun. Comment pourrait-il en être autrement ? Ainsi, la destinée des esclaves africains est indissociable de celle de leurs oppresseurs. La rencontre de rites, codes et traditions originelles, a façonné un vocabulaire sonore métis. La biguine, notamment, est le fruit d’une assimilation progressive de sources bien distinctes comme la polka et le bèlè parvenus à maturité dans le terreau caribéen dès la fin du XIXè siècle. Au-delà de la dimension rythmique et harmonique, ce genre musical est d’abord une danse qui impose un statut social après l’abolition de l’esclavage. Maîtriser la chorégraphie biguine est un signe d’appartenance à une civilisation de progrès très éloignée des vestiges de l’esclavage. La biguine est donc le ciment d’une population qui assume pleinement son passé mulâtre mais qui choisit de le sublimer. Aujourd’hui encore, la biguine continue de provoquer des mutations sociologiques universelles. Les musiques nées de l’esclavage ont joué un rôle d’émancipation pour des millions d’hommes et de femmes par-delà les océans. Le Maloya réunionnais par exemple, longtemps banni par l’administration française coloniale, est devenu avec le renfort du Parti Communiste local le porte-voix des opprimés et l’affirmation d’une identité résiliente idiosyncratique. Terre multi-ethnique, l’île de La Réunion jouit d’une richesse culturelle unique. Indiens, Africains, Européens, Chinois, ont dessiné les contours d’une «batarsité» que le musicien, chanteur et poète, Danyel Waro revendique avec force comme un emblème de la diversité généreuse. Tous ces répertoires, ces langages, ces modes de vie, ne sont pas que les témoignages d’une souffrance, ils ont modelé notre altruisme et nous encouragent à regarder le monde avec les yeux de la tolérance. C’est le vœu que formule en filigrane Bertrand Dicale dans son dernier ouvrage «Musiques nées de l’esclavage - domaine français», aux Éditions de la Philharmonie de Paris. Titres diffusés cette semaine : - « K’drill N°1 » par Hervé Celcal  - « Anlé Monn La » par le trio Biguine Extension  - « Mon Maloya » par Meddy Gerville. 
À 25 ans, Tyreek McDole surprend par sa maturité, tant dans son propos que dans ses interprétations. Encensée par ses pairs, acclamée par ses contemporains, la voix ronde, chaleureuse et parfois acrobatique, de ce jeune chanteur américano-haïtien fait mouche. Son audacieux et révérencieux premier album, Open up your senses, joue avec les accents jazz hérités de ses aînés. De retour en Europe cet automne, après une tournée estivale scintillante, Tyreek McDole s’apprête à conquérir le cœur de nombreux auditeurs.   Il est assez rare de noter la pertinence d’un artiste dès les premières années de sa carrière. C’est une expérience longuement éprouvée qui forge habituellement un discours et une identité. Tyreek McDole semble avoir déjà vécu mille vies. Sa vision du monde est souvent très juste, éclairée par une approche universaliste de ce XXIè siècle bouillonnant. Doit-il l’acuité de son regard altruiste à ses lointaines origines caribéennes ? On peut le penser en l’écoutant évoquer la multiplicité culturelle de son univers sonore. «Je vous dirais ceci : comme j’ai la chance d’avoir en moi une palette de couleurs différentes, je ne peux qu’être influencé par cette myriade de sources d’inspiration. On ne parle pas assez de l’impact des Caraïbes sur le jazz américain. On dit souvent que la Nouvelle-Orléans est la ville la plus au nord des Caraïbes car, ancestralement, il y avait beaucoup de commerce entre la Louisiane et les îles des Caraïbes : Trinidad et Tobago, Cuba, Haïti… Il y a donc dans cette région du monde, une interconnexion des cultures qui a fait de la Nouvelle-Orléans le fameux melting-pot dont tout le monde parle aujourd’hui. Les Américains pensent qu’ils ont créé seuls cette forme d’expression qu’on appelle «Jazz». Ils oublient souvent l’influence des cultures voisines, des migrants, en d’autres mots, le reste du monde. Par conséquent, mes différentes origines m’ont ouvert l’esprit, et en tant que citoyen américain, j’ai profité des traditions importées par les migrants. Je parle des Italiens, des Irlandais, des Haïtiens, des Chinois, des Mexicains, etc. Nous avons tous contribué à la création des États-Unis. La musique américaine est donc le fruit d’un métissage international. Je suis un enfant du Rara et du Compas haïtiens mais aussi du Jazz, du Hip hop et du R&B américains. J’écoute beaucoup Mary J.Blige, Freddie Gibbs, Kendrick Lamar… J’ai tout cela en moi». (Tyreek McDole au micro de Joe Farmer) Tyreek McDole n’a pas d’œillères. Il se laisse porter par ses envies sans réfléchir aux catégorisations discographiques. Même si, à son grand regret, il ne parle pas créole, il ne s’interdit pas pour autant de chanter dans la langue de ses ancêtres en apprenant par cœur les paroles de chansons traditionnelles comme «Wongolo Wale» qu’il délivre avec ferveur sur son album Open up your senses. «C’est une chanson traditionnelle. Elle provient d’Angola car l’ethnie haïtienne à laquelle j’appartiens a des racines dans ce pays. Autrefois, nous avions des royaumes entiers en Angola et les griots ont transmis notre histoire à travers les siècles. Ils ont raconté l’épopée des rois et des reines, des dynasties ancestrales. Ils ont narré le quotidien de mes aïeux. La chanson que vous évoquez fait référence au commerce triangulaire qui avait séparé des familles entières. Dans cette composition, je me pose la question : «Qu’es-tu devenu ?». En d’autres mots, j’interroge mes ancêtres. De toute façon, l’album entier est pétri de messages. Le titre de ce disque en dit long sur mon intention. Je dis : «ouvre ton esprit». C’est un peu comme si mes aînés tentaient de communiquer avec moi et m’encourageaient à faire le lien avec mes racines lointaines ». (Tyreek McDole sur RFI) Il est certain que Tyreek McDole continuera à captiver nos oreilles. Il a déjà fasciné nombre de ses homologues. Il apparaîtra d’ailleurs sur le prochain album de l’illustre pianiste Kenny Barron (82 ans) qu’il a rencontré au hasard d’une croisière dans la mer des Caraïbes. «Durant cette semaine de croisière musicale, j’avais remarqué la présence de Kenny Barron qui assistait régulièrement à mes prestations. Il aurait pu aller voir ses amis mais il a choisi d’écouter des jeunes gens comme moi. J’étais très honoré de le compter parmi mes spectateurs... Alors que nous accostions en République Dominicaine, il s’est approché de moi et m’a demandé s’il pouvait me prendre en photo. J’étais estomaqué ! Je lui ai rétorqué : «ce serait plutôt à moi de vous prendre en photo !». Nous avons commencé à discuter ensemble et il s’est proposé pour enregistrer un titre sur mon album, en l’occurrence, Ugly Beauty de Thelonious Monk. Ce monsieur a tout de même joué avec les plus grands dont Dizzy Gillespie, Ella Fitzgerald, et beaucoup d’autres ! C’est une légende vivante, un maître ! Il est l’un des derniers représentants d’une génération qui a marqué l’histoire du jazz. Je me sens tellement honoré de faire partie désormais de son cercle privé. Pouvoir apprendre d’une telle personnalité vous donne une perspective artistique complètement différente. C’était donc un sacré défi pour moi d’être à la hauteur et de ressentir l’énergie du maestro face à moi. Chaque fois que je me suis retrouvé en studio avec lui, j’ai appris énormément. J’ai appris à être patient, j’ai appris à m’abandonner à l’instant présent. Lui, n’a plus rien à prouver. Moi, j’avais tout à prouver ! Je devais lui démontrer que j’étais à la hauteur de ses attentes. C’est un sacré challenge pour un artiste de mon âge car je n’ai que 25 ans et, tout au long de ma vie, il faudra que je parvienne à relever de tels défis. J’espère qu’à 85 ans, j’aurai un peu progressé… (Le rire de Tyreek McDole dans «L’épopée des Musiques Noires» sur RFI) Nul doute que ce jeune homme bourré de talent saura séduire un auditoire toujours plus vaste sans se fourvoyer car le succès qui accompagne déjà ses prestations ne l’intimide pas. Sa clairvoyance lui évitera certainement l’écueil de la précipitation et de l’exposition médiatique trop intense. Rendez-vous cet automne pour applaudir ses prouesses vocales que les spectateurs du Nice Jazz Festival ont déjà pu apprécier en juillet 2025. Dates à retenir : - 15 octobre 2025 à Tourcoing - 16 octobre 2025 à Paris (New Morning) - 17 octobre 2025 à Nancy. ⇒ Le site de Tyreek McDole.   Titres diffusés cette semaine : - « The Umbrella Man » par Tyreek McDole (Artwork Records) - « The Sun Song » par Tyreek McDole (Artwork Records) - « Wongolo Wale » par Tyreek McDole (Artwork Records) - « Everyday I Have The Blues » par Tyreek McDole (Artwork Records).
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