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L'Épopée des musiques noires
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L'Épopée des musiques noires

Author: RFI

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Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 21h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 17h30 vers l'Afrique lusophone, à 18h30 vers Prague, à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU +1 en grille d'hiver).

274 Episodes
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Lorsqu’ils firent paraître Double Skyline en 2023, le pianiste français Olivier Hutman et le koriste sénégalais Lamine Cissokho ne pouvaient imaginer à quel point la lumineuse unité de leurs cordes allait susciter un tel engouement. Trois ans plus tard, l’irrésistible envie de poursuivre cette aventure sensible et délicate ravive le frisson. The following, comme son nom l’indique, est un second souffle de vie, inspirant et revigorant. Laissons cette musique nous envelopper et notre esprit vagabonder…   Conjuguer deux vocabulaires, deux identités culturelles, deux visions artistiques du XXIè siècle, est toujours un défi. Pour apprivoiser les codes et traditions de son interlocuteur, le langage universel de la musique est une bonne clé de compréhension instantanée mais elle est parfois incomplète. Il est souvent nécessaire de se plonger dans l’histoire autochtone des peuples pour en déceler l’expressivité. Olivier Hutman se passionne depuis 50 ans pour les modes de communication afro-planétaires. Ses études de jeunesse en ethnomusicologie l’ont poussé à approfondir, par exemple, ses connaissances des musiques urbaines ghanéennes. Son mémoire de maîtrise intitulé « Musiques Noires, acculturation et rupture – Negro-africanisme et afro-américanisme » a certainement nourri sa réflexion sur les enjeux de transmission et de partage du savoir. Pour autant, se confronter directement aux réalités sociales de la diaspora africaine dans le monde est une exigence. Il paraissait finalement logique qu’il entame un dialogue mélodieux avec son homologue Lamine Cissokho. Virtuose de la Kora, Lamine Cissokho est un griot dont le devoir est justement de porter le message de ses aînés à travers le temps. Il fait don de sa personne pour susciter les rencontres et ouvrir l’esprit de ses contemporains. Qu’il se produise avec la formidable chanteuse et danseuse guinéenne Fanta Yayo, avec le maître de la slide guitare indienne Manish Pingle ou avec le merveilleux balafoniste ivoirien Aly Keita, son rôle de passeur est le même et lui impose une véritable constance dans le respect de chaque individualité. Le lyrisme de son duo avec Olivier Hutman est un manifeste délicat pour une entente cordiale et sincère à l’échelle planétaire. Il ne manquait que la poésie subtile d’un invité de marque, le génial bluesman Eric Bibb, pour sublimer cet élan de générosité harmonieuse. Après les concerts des 13 et 14 mars 2026 à Paris au Sunside, nul doute que l’aventure commune de messieurs Hutman et Cissokho se poursuivra sur les routes internationales tant leur propos est limpide, utile et essentiel. ⇒ Olivier Hutman ⇒ Lamine Cissokho ⇒ Les éditions Frémeaux. Titres diffusés cette semaine : - « Streets of Dakar » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de The Following  - « Folon » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de Double Skyline  - « Rocking Chair » par Lamine Cissokho, Olivier Hutman et Eric Bibb extrait de The Following - « Simaya » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de The Following. 
Le 7 mars 2006, Ali Farka Touré disparaissait à l’âge de 66 ans. Quelle empreinte culturelle a-t-il laissée à la postérité ? Son aura nourrit-elle toujours la créativité de ses héritiers ? Depuis Niafunke au Mali, le célèbre guitariste avait défendu et bâti tout au long de sa vie un patrimoine révéré par nombre de ses contemporains. De Ry Cooper à Martin Scorsese, de Taj Mahal à Toumani Diabaté, de Corey Harris à Lobi Traoré, les louanges n’ont jamais cessé. Retour sur une épopée majestueusement blues. Ali Farka Touré avait réussi à donner de l’éclat à une culture ancestrale que ses nombreux disques exposaient aux oreilles d’auditeurs attentifs, curieux et ouverts aux matrices musicales africaines. Ali Farka Touré fut un pionnier, l’ambassadeur d’un blues enraciné dans le terreau originel du Sahel. Symbole universel d’un patrimoine sonore ouest-africain, sa prestance et son rôle dans la diffusion d’un héritage séculaire sont indéniables. Son fils, Vieux Farka Touré, a aujourd’hui la lourde responsabilité de porter à bout de bras le message et le discours de son illustre aîné. L’album Les Racines, qu’il fit paraître en 2002, fut sa contribution à la préservation d’un son immédiatement identifiable. Le répertoire d’Ali Farka Touré est, sans nul doute, devenu intemporel et parfaitement adapté à notre XXIè siècle. Lorsqu’il participa à l’album Talkin’ Timbuktu, en 1994 aux côtés du guitariste américain Ry Cooder, les amateurs de blues eurent le sentiment de découvrir l’un des leurs. Pourtant, même s’il écoutait le blues américain, Ali Farka Touré ne se voyait pas bluesman. On peut cependant trouver des liens entre les traditions musicales africaines et américaines. Longtemps, on a comparé le jeu d’Ali Farka Touré à celui de son homologue américain John Lee Hooker. Qui s’inspirait de l’autre ? Il est clair que le blues est originellement l’émanation d’un idiome culturel africain transporté outre-Atlantique durant des siècles d’esclavage. Ce que jouait John Lee Hooker était un écho d’un lointain passé africain. Ali Farka Touré était le gardien des traditions et même si sa texture sonore ressemblait au blues, elle restait profondément attachée à la terre de ses ancêtres. L’un des témoignages vibrants du lien invisible mais palpable qui existe entre les continents africain et américain fut le fameux film de Martin Scorsese, « From Mali to Mississippi », qui suit le périple du bluesman Corey Harris en Afrique de l’Ouest et, notamment au Mali, où il rencontre le patriarche Ali Farka Touré. Ce documentaire passionnant, sorti en 2003 dans la série « The Blues », permit aussi l’enregistrement d’un album de Corey Harris en présence de son héros Ali Farka Touré. Corey Harris reconnaissait volontiers avoir éprouvé beaucoup d’émotion en présence d’une légende. « J’avais beaucoup plus à apprendre de lui que lui de moi, tout simplement, parce qu’il était mon aîné et je respecte cela au plus haut point. C’est grâce à lui que j’ai progressé et que j’ai acquis une certaine crédibilité sur le continent africain. Ce n’était pas mon but au départ mais, par la suite, lorsque je me rendais au Mali et que je croisais Djelimady Tounkara, Salif Keita, Cheick Hamala Diabaté, Abdoulaye Diabaté, ils m’accueillaient sincèrement car ils me connaissaient grâce à Ali Farka Touré. Ses contemporains me respectaient. Il y avait un lien fort entre nous ». (Corey Harris au micro de Joe Farmer) Comparer le blues américain et les tonalités songhaï ou tamasheq nourrit un interminable débat. Notons seulement que l’influence culturelle d’Ali Farka Touré sur les artistes d’aujourd’hui est incontestable. La musique du guitariste et chanteur Cédric Burnside rappelle, à son grand étonnement, les intonations d’Ali Farka Touré. « L’un de mes bons amis est originaire de Gambie. Dans sa discothèque, j’ai découvert un disque d’Ali Farka Touré. Je n’avais jamais entendu parler du personnage. De toute façon, je n’écoutais pas vraiment de musique africaine. Avant même qu’il ne me parle de ce musicien malien, j’ai été interpellé par la sonorité de sa guitare qui me rappelait celle de Junior Kimbrough, une légende du blues dans le Mississippi. J’ai d’ailleurs cru qu’il s’agissait d’un disque de ce vétéran du blues mais, lorsque Ali Farka Touré s’est mis à chanter, j’ai immédiatement compris qu’il ne s’agissait pas de Junior Kimbrough. Et cette voix du désert malien m’a immédiatement conquis ». (Cédric Burnside sur RFI - Mai 2022) Sur le continent africain aussi, les héritiers du maestro tentent ou ont tenté de perpétuer son message et sa musicalité si spécifiques. Ce fut le cas du regretté guitariste malien Lobi Traoré. En 2004, il eut l’honneur d’être épaulé par son mentor, Ali Farka Touré, et ce coup de pouce décisif lui permît d’enregistrer l’album Mali Blues. « Au début, j’écoutais Ali Farka Touré sans le connaître, puis je l’ai rencontré et je fus impressionné par son jeu à la guitare sèche. Progressivement, nous nous sommes trouvé des passions communes, jusqu’au jour où Ali Farka Touré m’a indiqué qu’il aimait ma sonorité, qu’il appréciait le fait que j’étais autodidacte comme lui. Son intérêt pour ma musique a attisé son envie de produire un de mes albums. Ali Farka Touré est un joyau de la culture malienne ». (Lobi Traoré – Juin 2004) 20 ans après la disparition d‘Ali Farka Touré, les hommages sont unanimes. Ce grand personnage ne cessera de susciter l’admiration tant son aura irrigue toujours l’inspiration des instrumentistes actuels. Le festival « Ali Farka Touré » le célébrera d’ailleurs du 27 au 29 mars 2026 à Lafiabougou et Niafunké au Mali ! ⇒ La Fondation Ali Farka Touré.   Titres diffusés cette semaine : - « Sambadio » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Voyageur  - « Hani » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Radio Mali  - « Seygalare » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Radio Mali  - « Diaraby » par Vieux Farka Touré et Kruangbin, extrait de l’album Ali  - « Diaraby » par Ali Farka Touré et Ry Cooder, extrait de l’album Talkin’ Timbuktu  - « Khafolé » par Eric Bibb et Habib Koité, extrait de l’album Brothers in Bamako - « Ruby » par Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, extrait de l’album Ali & Toumani  - « Kadi Kadi » par Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, extrait de l’album In the Heart of the Moon  - « 44 Blues » par Corey Harris, extrait de l’album Mississippi to Mali - « Call on me » par Cedric Burnside, extrait de l’album Benton County Relic - « Dunya » par Lobi Traoré, extrait de l’album Mali Blue - « Penda Yoro » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Savane  - « Mahini Me » par Ali Farka Touré et Taj Mahal, extrait de l’album The Source.
Au fil des années, on a connu Eric Bibb conteur, penseur, brillant orateur. Avec One Mississippi, il ajoute à cette palette de qualités humaines, un élan bienfaiteur irrépressible. Irrité par les turbulences mondiales, il fait un constat : le blues ancestral peut apporter réconfort et confiance. La musique guérit et apaise nos maux. Filleul du regretté Paul Robeson, célèbre activiste afro-américain disparu il y a 50 ans, il a en lui cette verve profondément humaniste héritée de ses aînés. En août 2026, Eric Bibb aura 75 ans ! Son expérience et son vécu ont forgé ses convictions. Le doux timbre de sa voix et le choix toujours pesé de ses mots le hissent au rang des sages que l’on écoute. Conscient des dangers qui nous guettent si la modération ne l’emporte pas, il œuvre pour que notre esprit s’échappe des turpitudes quotidiennes et ne glisse pas vers un pessimisme mortifère. Alors, sa guitare à la main, il délivre un message d’espoir et de tempérance. Eric Bibb n’est pourtant pas un ingénu, il sait combien la géopolitique de ce XXIè siècle décide de notre avenir. Il sait que les choix politiques passés et présents conditionnent notre réflexion. Comme nombre de bluesmen avant lui, il manie le verbe pour indiquer une voie et susciter le débat. Autrefois, ses aïeux luttaient pour se faire entendre. Hurler son mal-être pouvait être dangereux face à l’intransigeance d’une Amérique embourbée dans un conservatisme violent et profondément injuste. Il fallait jouer des coudes et trouver la parade pour déjouer les pièges d’une société raciste. Les chansons des artistes afro-américains portaient un sens caché que la communauté noire savait déceler. Aujourd’hui, Eric Bibb fait de même. Il nous invite à écouter attentivement ses propos et à décoder sa verve généreuse. « Muddy Waters », par exemple, n’est pas seulement une ode au célèbre pionnier du Chicago Blues électrique. « Muddy Waters » évoque également les eaux boueuses dans lesquelles son pays d’origine s’est noyé jadis en pariant sur l’autoritarisme. Les États-Unis d’aujourd’hui suivent-ils cette même dérive ? Eric Bibb semble en être convaincu. « This one don’t » est une autre mélodie dont il faut savoir entendre l’intention. Le rythme soutenu et l’humeur légère de cette mélopée ne masquent pas complètement le discours de son auteur qui fait état de l’extrême polarisation du système politique américain actuel. Faire un pas à droite, puis un pas à gauche, n’est pas une simple leçon de danse. C’est un constat saisissant de l’antagonisme des idéologies au cœur du pouvoir américain en 2026. Et si chacun faisait un pas vers l’autre ? C’est le vœu de tout citoyen animé par la concorde et le partage. Ces valeurs humaines, que personne ne devrait pouvoir contester, guident depuis plus de 50 ans l’inspiration d’Eric Bibb. Sa prestation le 20 février 2026 au New Morning à Paris en fut une belle démonstration. ⇒ Le site d'Eric Bibb. Titres diffusés cette semaine : - « Change » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi » - « We got to find a way » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi » - « Flood Water » par Olivier Hutman et Lamine Cissokho (feat. Eric Bibb) extrait de « The Following » - « This one don’t » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi ».
À 82 ans, l’illustre Kenny Barron réalise un rêve : accueillir les plus belles voix d’aujourd’hui sur ses propres compositions. Pour l’occasion, le maestro a souhaité réunir des tonalités originales et des textures vocales adaptées à son répertoire. Kurt Elling, Tyreek McDole, Cécile McLorin Salvant, Ekep Nkwelle, Catherine Russell, entre autres, ont relevé le défi et magnifié l’album Songbook du génial pianiste. Il nous en parle avec passion et générosité… Accompagner les meilleurs interprètes du jazz n’est pas vraiment une nouveauté pour Kenny Barron qui, de longue date, a mis son talent au service de personnalités comme Chet Baker ou Ella Fitzgerald. Toujours à l’écoute de son environnement sonore, ce merveilleux instrumentiste a épousé avec goût et délicatesse les évolutions stylistiques de ses contemporains. Déjà en 1964, aux côtés du trompettiste Dizzy Gillespie, il virevoltait sur les accents bossa nova en vogue à l’époque. Né en 1943 à Philadelphie, Kenny Barron fait partie d’une génération qui a connu les pionniers, les a observés et s’en est inspiré. Ses héros s’appelaient Tommy Flanagan et Thelonious Monk dont les ornementations swing diamétralement opposées le fascinaient. Toujours prompt à tenter des expériences, Kenny Barron n’a jamais hésité à confronter son jeu à celui d’autres virtuoses aguerris. C’est ainsi qu’en 1990, il partit en tournée avec 9 autres pianistes de renommée internationale dont Hank Jones, John Lewis, Cedar Walton, entre autres. Cette série de concerts nommée « 100 Golden Fingers » fut l’un de ses meilleurs souvenirs car il était le plus jeune de l’orchestre et partageait la scène avec ses mentors. Une telle aventure musicale jubilatoire est à l’image de Kenny Barron, un artiste ouvert, attentif, d’une rare humilité, un « éternel étudiant », comme il aime à le répéter. L’audace de la nouveauté ne l’effraie pas. N’avait-il pas choisi de dialoguer en 1996 avec le percussionniste Mino Cinelu sur l’album Swamp Sally ? Ne s’était-il pas plongé dans les rythmes du Brésil avec le Trio Da Paz en 2002 ? N’avait-il pas enregistré en 2022 un album solo au Théâtre de l’Athénée à Paris ? Kenny Barron aime les challenges et les relève souvent haut la main. Le « Songbook » qu’il dévoile aujourd’hui lui permet d’explorer les différentes cultures musicales héritées de « L’épopée des Musiques Noires », le calypso, le blues, le jazz, avec une maîtrise indiscutable et un élan mélodique unique. Kenny Barron est un artisan précieux qui a su modeler si précisément son expressivité qu’elle en devient son empreinte. Son dernier concert au Théâtre du Châtelet à Paris, le 9 février 2026, en fut une lumineuse démonstration. ⇒ Le site de Kenny Barron. Titres diffusés cette semaine : - « Cook’s Bay » par Kenny Barron (feat. Ann Hampton Callaway) - « Calypso » par Kenny Barron (feat. Tyreek McDole) - « Fiesta Mojo » par Dizzy Gillespie (feat. Kenny Barron) - « Minor Blues Redux » par Kenny Barron (feat. Catherine Russell).
Hommage à Ebo Taylor

Hommage à Ebo Taylor

2026-02-1429:12

Le 7 février 2026, un mois seulement après avoir fêté son 90ème anniversaire, le chanteur, guitariste, chef d’orchestre et compositeur ghanéen, Ebo Taylor nous quittait à jamais livrant à la postérité un patrimoine musical inestimable. Considéré comme l’un des pères fondateurs du Highlife moderne, ce brillant instrumentiste fut un esprit futé qui comprit assez rapidement combien l’apport d’autres formes d’expression pouvait nourrir son inspiration et sa musicalité. Né à Cape Coast au Ghana, le 7 janvier 1936, Ebo Taylor vit ses années de jeunesse sous domination britannique, mais cette proximité avec la culture anglo-saxonne a une vertu. Elle lui facilite les voyages vers l’Europe à travers des échanges scolaires propices à l’enseignement musical. Cette opportunité de peaufiner ses connaissances stylistiques lui ouvre les oreilles. La musique classique européenne, le jazz américain, les rythmes caribéens, font une entrée fracassante dans son univers sonore et inclinent ses élans créatifs vers une fusion multicolore assumée. Au même moment, son futur alter ego nigérian, Fela Anikulapo Kuti, remet également en question les traditions ancestrales et se tournent à son tour vers un swing novateur. L’afrobeat est en gestation. Nos deux compères apprennent simultanément à mâtiner leur idiome naturel de rythmes et d’harmonies suffisamment riches et inattendues pour faire évoluer leur identité artistique. Le Highlife et l’Afrobeat se ressemblent mais ces deux vocabulaires spécifiques traduisent des destinées, des épopées, des histoires sociales inhérentes à chaque peuple. Ebo Taylor attachait de l’importance à ce poids patrimonial massif qui définit une communauté, et s’il jouait malicieusement avec les codes de la musique traditionnelle ghanéenne, il en respectait les racines. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’il mentionne l’un de ses mentors, Jacob Sam, instigateur du Highlife originel, comme pour réaffirmer son appartenance à une lignée de musiciens valeureux et authentiques. Certes, il citait également Charlie Parker, Cole Porter, Hoagy Carmichael, George Gershwin, Johannes Brahms et Piotr Ilitch Tchaikovsky, parmi ses compositeurs préférés, mais il revenait toujours à l’essence de l’ethnie Fanti dont les rites l’habitaient toujours. Ebo Taylor a bousculé les normes et fait jaillir une nouvelle manière de modeler le Highlife de ses aînés. Il a relevé le défi insensé de s’inscrire dans son temps sans trahir l’âme des pionniers. Il est juste regrettable que son aura n’ait jamais atteint l’universalité à laquelle il pouvait prétendre. Les tentatives du label Strut Records de le replacer dans le feu des projecteurs furent, certes, fort utiles mais tellement éphémères. Son nom réapparut, au début des années 2010, et suscita la curiosité d’une nouvelle génération d’auditeurs dont la mission sera désormais de perpétuer son message et de préserver son œuvre. Titres diffusés cette semaine : - « Kruman Dey » par Ebo Taylor (2012) - « Parker’s Mood » par Charlie Parker (1948) - « Fingerpickin’ » par Wes Montgomery (1958) - « Heaven » par Ebo Taylor (1977) - « Appia Kwa Bridge » par Ebo Taylor (2012).
Il ne fallait pas moins de 20 CDs pour honorer la mémoire du regretté producteur, compositeur, arrangeur et trompettiste afro-américain Quincy Jones, disparu le 3 novembre 2024 à 91 ans. L’anthologie qui paraît aujourd’hui ne s’arrête pas seulement sur les œuvres les plus connues de l’artiste. Elle met l’accent sur certaines facettes du personnage trop souvent omises des rétrospectives et, notamment, sa passion pour le cinéma et, singulièrement, les musiques de films.   Stéphane Lerouge, concepteur du coffret « The Legacy of Quincy Jones – 1951/2023 » nous en dit plus. Qu’avons-nous retenu de la lumineuse destinée de Quincy Jones ? Le réflexe serait de mentionner immédiatement ses collaborations fructueuses avec Michael Jackson. Cette partie émergée de l’iceberg cache certainement d’autres trésors musicaux inestimables. De sa première prestation en qualité de trompettiste en 1951 dans l’orchestre de Lionel Hampton à sa dernière session de studio en 2023 pour diriger l’enregistrement du thème générique de la série « Peter Gunn », 70 ans se sont écoulés et le patrimoine artistique légué par ce grand personnage se délecte sans modération. En suivant l’ordre chronologique des œuvres de Quincy Jones, on note instantanément l’évolution progressive d’un homme pressé d’apprendre, de se perfectionner, de faire tomber les barrières raciales et culturelles, de dépasser les limites imposées par l’esprit étriqué d’une société américaine trop conservatrice. Son choix de suivre les conseils de la grande pédagogue, Nadia Boulanger, à la fin des années 50, lui révèle des perspectives d’avenir insoupçonnées. Qu’il crée son propre Big Band, qu’il signe les arrangements de nombreuses productions cinématographiques, qu’il produise les albums de ses compagnons de route, l’exigence est la même. Quincy Jones ne veut pas être un compositeur afro-américain de plus dans l’industrie discographique, il veut faire oublier sa couleur de peau et imposer son statut de créateur capable de maîtriser avec le même enthousiasme différents langages harmoniques et rythmiques, le répertoire classique européen comme l’héritage du blues ancestral. Il est un citoyen attentif aux métamorphoses sociales de son temps et flaire assez vite les potentiels soubresauts de son environnement sonore. Si le swing nourrit toutes ses fulgurances stylistiques, d’autres sources d’inspiration guident ses pas. Il devient ainsi un personnage incontournable capable de devancer les attentes de ses interlocuteurs. « The Legacy of Quincy Jones – 1951/2023 » révèle la maestria multidisciplinaire d’un artisan fascinant. ⇒ Quincy Jones. Titres diffusés cette semaine :- « Soul Bossa Nova » - Quincy Jones (1962)- « Kingfish » - Lionel Hampton Orchestra (Featuring Quincy Jones) (1951)- « In the Heat of the Night » - Ray Charles (1967)- « Miss Celie’s Blues » - Tata Vega (1985).
Le Gangbé Brass Band veille vaillamment depuis 35 ans à restituer le message des pionniers africains partis, souvent contre leur gré, vers les Amériques. From Ouidah to Another World ne raconte pas seulement la lente et douloureuse traversée transatlantique d’hommes et de femmes asservis pendant des siècles, mais aussi l’apport progressif de traditions, de rites, de codes, dont l’élan multiculturel a modifié le cours de l’histoire. Narrer une aventure humaine tragique ne doit pas seulement être l’addition de commentaires nourris de sentiments victimaires. Il est plus constructif de tirer les enseignements d’un drame humain et de tendre la main dans un esprit de concorde et d’apaisement. C’est l’intention d’Athanase Obed Dehoumon, pilier du Gangbé Brass Band, dont la générosité de cœur l’invite à regarder le présent avec acuité et l’avenir avec espoir. Il n’est pas naïf, il sait que l’enjeu est de taille dans un monde toujours agité par des guerres et confrontations insensées, mais il veut croire en la bonté humaine et encourage la tempérance et l’écoute. Pour cela, il s’est entouré de ses fidèles compagnons du Gangbé Brass Band, mais a aussi fait appel à quelques invités de marque, le guitariste Lionel Loueke et la chanteuse Angélique Kidjo, notamment. Musicalement, la flamme afrobeat du Gangbé n’a pas vacillé. Il faut dire que cette matrice sonore repose sur une connaissance parfaite de cet idiome musical façonné par le regretté « Black President », Fela Anikulapo Kuti, dont Athanase et ses comparses se réclament en toute humilité. Ils ont d’ailleurs maintes fois côtoyé la famille Kuti, joué avec le fils Femi Kuti, fréquenté le Shrine à Lagos et salué la mémoire de leur illustre aîné. Pour autant, il serait injuste de réduire la tonalité de cette imposante formation cuivrée à cette seule humeur musicale nigériane. Le Gangbé puise sa force expressive d’autres sources d’inspiration. Le jazz américain et les rythmes caribéens dessinent les contours d’une créolité assumée. Cette richesse harmonique sied divinement à ces instrumentistes virtuoses qui louent incessamment les vertus du dialogue. Si la complainte du blues n’est jamais éludée, elle ne décide pas, seule, de l’intention artistique du répertoire. Athanase Obed Dehoumon et ses acolytes font scintiller les mille et une nuances stylistiques des patrimoines afro-planétaires. De « La porte du grand retour » à « La complainte pour un déporté », de « Vignon » à « Ouidah Spiritual », toutes les émotions nous étreignent et éveillent en nous cette petite lueur résiliente qui défie l’inéluctable. Le Gangbé Brass Band se produira le 5 février 2026 au New Morning à Paris dans le cadre du festival « Au fil des voix ». ⇒ Gangbé Brass Band sur Media Nocte ⇒ Gangbé Brass Band au New Morning.   Titres diffusés cette semaine : « Ayé » (Featuring Angelique Kidjo) par le Gangbé Brass Band « Complainte pour un déporté » par le Gangbé Brass Band « Vignon » par le Gangbé Brass Band « Remember Fela » par le Gangbé Brass Band.
La distance géographique n’interdit pas la complicité artistique. Grant Haua est néo-zélandais. David Noël est béarnais. Tous deux revendiquent une culture profondément enracinée dans un territoire qu’ils chérissent. À vingt mille kilomètres l’un de l’autre, ils sont parvenus à s’entendre à travers une lecture musicale commune pétrie de blues, de soul, de folk. Two Roots est le fruit de cet échange productif très inspiré. Au-delà de leur passion commune pour les musiques africaines-américaines, Grant Haua et David Noël partagent une vision altruiste du monde, respectueuse des identités culturelles autochtones. Ils ont conscience que leur dialogue ne peut avoir lieu que par la volonté farouche de se comprendre et de s’accepter. Cet effort-là n’en fut finalement pas un car, curieusement, leurs terres d’origine se ressemblent. Les paysages néo-zélandais et béarnais sont semblables. La faune et la flore paraissent issues du même terreau. Ce seul constat les a rapprochés et une camaraderie sincère a scellé leur union musicale transcontinentale. En s’apprivoisant l’un l’autre, il se sont découvert des points communs qui dépassent le simple projet discographique. La musique est un langage universel qui permet de transmettre des messages clairs à un public très vaste. Alors que la planète vit de plus en plus violemment les dérèglements climatiques, interroger le public sur ses choix est une exigence que nos deux compères entendent bien porter à travers leurs œuvres. « Ce message se retrouve d’ailleurs dans « What have we done », l’une de mes chansons préférées de l’album. Un titre comme celui-ci permet aux gens de réfléchir à leur rôle individuel et collectif. Ce n’est finalement qu’une petite piqûre de rappel pour que chacun d’entre nous se sente concerné par les évolutions du monde. C’est une manière de dire qu’il faut se mettre à la place de ses contemporains et essayer de les comprendre. Ce n’est pas qu’une question environnementale, c’est savoir être à l’écoute de son prochain. Une chanson comme « What have we done » a une valeur sociale qu’il ne faut pas éluder. Il suffit ensuite d’y ajouter quelques arrangements musicaux bien sentis et un riff de guitare ici où là, et le tour est joué ! ». (Grant Haua au micro de Joe Farmer) L’art, et a fortiori la musique, ne peuvent se soustraire à l’intention politique ou à l’engagement citoyen. Le blues qui transpire dans le répertoire de messieurs Haua et Noël fut, et reste un vecteur de transmission idoine pour alerter, dénoncer, questionner, raisonner. Pour autant, le plaisir presque naïf de chanter ou de jouer d’un instrument doit conserver la fraîcheur et l’audace de l’authenticité. Adapter « My Sweet Lord » de George Harrison dans un idiome régional est, certes, une pirouette linguistique ludique mais aussi une prouesse qui prend tout son sens quand elle sert un propos multiculturel. C’est ce à quoi se sont attelés David Noël et Grant Haua dans cet album judicieusement nommé « Two Roots » (Deux Racines). Retrouvez Grant Haua avec The Inspector Cluzo à Paris (La Maroquinerie), les 28, 29, 30 janvier et 1er février 2026 Retrouvez Grant Haua et David Noël avec The Inspector Cluzo à Paris (La Maroquinerie), le 31 janvier 2026 Retrouvez David Noël avec The Supersoul Brothers à Lescar (sud-ouest de la France), le 30 janvier 2026. - Atua Blues : le choc des cultures entre Grant Haua et David Noël - The Supersoul Brothers - Grant Haua Titres diffusés cette semaine : - « I get the blues » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « Amazing Grace » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « What have we done » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « My sweet lord » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots.      
L’énigme Sam Cooke

L’énigme Sam Cooke

2026-01-1728:59

Le 22 janvier 1931, il y a 95 ans, un pionnier de la Soul-Music américaine voyait le jour à Clarksdale (Mississippi). Sa courte vie sur terre a marqué les esprits. Sa voix, sa prestance, son engagement artistique, son activisme social, ont inscrit son nom dans la légende. Il n’aura vécu que 33 ans mais son aura continue de susciter admiration et interrogations. Marc Dolisi s’est penché sur la destinée de ce personnage unique et s’est notamment intéressé, dans son dernier livre, à cette fameuse nuit du 10 au 11 décembre 1964 durant laquelle Sam Cooke fut froidement assassiné. Si l’auteur précise, dès l’introduction, que son récit laisse le lecteur conclure tant les zones d’ombre de cette histoire tragique restent nombreuses, il nous guide malgré tout dans les méandres d’une énigme toujours très vivace. Qui a tué Sam Cooke ? Pourquoi ? S’agissait-il d’un complot ? L’enquête de police a-t-elle été bâclée ? Les scénarios ne manquent pour donner à cette affaire une dimension politique mais la réalité est peut-être plus crue. Ce que l’on perçoit aujourd’hui comme une tentative de faire taire un jeune activiste noir en pleine ascension n’est peut-être qu’un triste fait divers. Certes, Sam Cooke avait tissé des liens avec Mohamed Ali et Malcom X et pouvait, aux yeux des autorités racistes d’alors, représenter une menace mais la violence raciale de l’époque était un quotidien auquel aucun homme noir ne pouvait se soustraire. Sam Cooke a-t-il été une victime parmi tant d’autres de la tension sociale qui régnait autrefois ? Marc Dolisi pose la question… Au moment où sa vie s’arrête, Sam Cooke est une vedette dont la notoriété ne cesse de croître. Son dernier album, Ain’t that good news, laisse entrevoir une progressive affirmation de ses convictions. La chanson « A change is gonna come » donne le ton à cette période charnière de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Le jeune chanteur imagine un changement de paradigme… qu’il ne verra pas ! Ces mots et ces notes ont pourtant autant de valeur que la poésie folk d’un Bob Dylan interprétant « Blowin’ in the wind ». Sam Cooke comprend qu’il peut, à son tour, œuvrer pour donner un nouvel élan aux combattants de la liberté. Ses efforts porteront leurs fruits puisque sa chanson accompagnera les plus téméraires esprits progressistes. Quelle place aurait occupée Sam Cooke dans la société américaine des années 70 ? Aurait-il, comme son homologue Marvin Gaye, écrit un pamphlet contre la guerre du Vietnam ? Se serait-il insurgé contre les exactions policières ? Serait-il devenu un sage que l’on écoute et que l’on consulte ? Ses intentions artistiques semblaient le conduire vers une prise de conscience toujours plus palpable. Quel regard porterait-il sur ce XXIè siècle inquiétant ? Peut-être trouverez-vous la réponse dans « La nuit de l’Amérique » (Éditions Erick Bonnier). ⇒ « La nuit de l'Amérique », de Marc Dolisi, aux éditions Erick Bonnier.    Titres diffusés cette semaine : - « Twistin’ The Night Away » par Sam Cooke  - « Jesus Gave Me Water » par The Soul Stirrers - « A Change is Gonna Come » par Sam Cooke  - « This Little Light of Mine » par Sam Cooke. 
Le 03 décembre 2025, un éminent guitariste, compositeur et producteur américain, disparaissait à l’âge de 84 ans. Bien qu’il fut considéré comme une figure majeure du Blues et de la Soul-Music aux États-Unis durant près de 60 ans, il n’avait jamais cherché la gloire et la lumière des projecteurs. Il était pourtant l’artisan de nombreux succès immortalisés par Otis Redding, Sam & Dave, Eddie Floyd, et beaucoup d’autres… Il s’appelait Steve Cropper. Né en octobre 1941 dans le Missouri, Steve Cropper a finalement assez peu enregistré sous son nom. Il a, en revanche, œuvré pour nombre de personnalités tout au long de sa riche carrière. On a pu le voir aux côtés de Rod Stewart, Richie Havens, Etta James, Albert King, B.B. King, Aaron Neville, Wilson Pickett, Percy Sledge, Mavis Staples, Ringo Starr, etc.… Son rôle d’accompagnateur, de tuteur, de chaperon, et sa camaraderie sincère pour ses acolytes, l’ont hissé au rang de pilier incontournable de l’histoire des musiques populaires américaines au XXe siècle. Il suffit de citer quelques titres emblématiques qu’il eut l’honneur de produire, de composer ou d’interpréter avec les icônes d’antan pour prendre conscience de sa valeur dans l’univers sonore de notre mémoire collective. « Sitting on the Dock of the Bay », « Knock on Wood », « Soulman », « Green Onions », toutes ces mélodies historiques sont estampillées Steve Cropper. Ce brillant instrumentiste aurait pu se gargariser d’avoir croisé la route de véritables légendes de la culture noire américaine mais il préférait conter son épopée avec la plus grande humilité. « On m’a posé toutes les questions possibles… Ça ne me dérange pas. Je suis prêt à répondre à toutes les interrogations tant que cela concerne la musique, évidemment. Je reconnais avoir eu une très belle carrière. S’il y a un message à faire passer aux jeunes générations, c’est celui-ci : “Etre compositeur peut vous apporter le succès, il est plaisant d’être sur scène, dans la lumière, adulé de toutes les filles, mais en réalité le travail de compositeur est bien plus enrichissant”. Je suis heureux d’avoir choisi ce métier ! » [Steve Cropper au micro de Joe Farmer] Steve Cropper a été l’une des chevilles ouvrières du label Stax Records. Principal concurrent de la Motown, cette maison de disques basée à Memphis a révélé des dizaines d’artistes dont les noms sont entrés dans la légende. D’Otis Redding à Isaac Hayes, d’Albert King à Johnnie Taylor, ils ont tous été les contemporains de Steve Cropper. À lire aussiLes archives de Stax Records   La frénésie de l’époque n’avait d’ailleurs jamais quitté l’esprit du guitariste : « J’ai beaucoup de souvenirs en tête. Certaines séances d’enregistrement sont restées dans ma mémoire. Beaucoup de gens me demandent de raconter des anecdotes mais, en réalité, j’étais très sérieux dans mon travail, dans l’écriture, la composition. Il n’y a donc pas d’histoires drôles à vous narrer. Lorsque je travaillais avec Wilson Pickett, c’était non-stop jusqu’à 2 heures du matin ! Et le lendemain on reprenait dès 11 heures. Le travail à peine terminé, Wilson Pickett et Jerry Wexler, le patron du label, retournaient à New York. J’ai évidemment passé plus de temps avec Otis Redding, il était constamment pressé, il était très demandé et cela ne lui permettait pas de passer trop de temps en studio, 4 jours pour enregistrer un album, avec un peu de chance, une semaine entière… On travaillait sans discontinuer, on composait la nuit, on passait notre vie en studio, on dormait 1 à 2 heures par jour ». [Steve Cropper en 2008 sur RFI] Otis Redding sera l’une des comètes lumineuses de l’histoire de la Soul-Music. Il disparaîtra tragiquement le 10 décembre 1967 à seulement 26 ans. Le choc sera rude pour le label Stax qui ne parviendra jamais à retrouver la fougue d’un tel artiste et verra progressivement la flamme vaciller. Steve Cropper sentira le vent tourner et, la mort dans l’âme, acceptera l’inéluctable. À la fin des années 1960, une page se tourne. Il est temps pour Steve Cropper d’envisager une autre aventure. Préférant regarder vers l’avenir plutôt que de ressasser les grandes heures du label Stax, il reprendra son rôle d’accompagnateur de luxe, auréolé de ses nombreuses contributions au répertoire afro-américain. C’est en 1976 que la providence sonne à nouveau à sa porte. Le duo « Dan Akroyd/John Belushi » a la lourde tâche de former un orchestre pour ponctuer de séquences musicales trépidantes l’une des émissions phare de la chaîne NBC. Les Blues Brothers voient ainsi le jour lors du rendez-vous cathodique hebdomadaire Saturday Night Live et Steve Cropper en deviendra l’un des membres essentiels. Outre de vivifiantes apparitions télévisuelles et cinématographiques, le groupe continuera vaillamment à se produire sur scène, même après la mort en 1982 de l’un de ses instigateurs, le chanteur et acteur, John Belushi. À lire aussiThe Blues Brothers   Steve Cropper a été le compagnon de route de nombreuses personnalités sans chercher la reconnaissance unanime ni les lauriers. Être un « sideman » lui convenait et il le reconnaissait volontiers. Homme affable, il n’était jamais avare de confidences et l’exercice parfois périlleux de l’interview radiophonique l’amusait plutôt : « Quel serait mon plus grand vœu ? Ce serait de revoir Otis Redding et John Belushi, sans oublier Al Jackson. Si là-haut, il y a une petite place pour moi, je serais heureux de retrouver mes vieux camarades. J’estime avoir eu beaucoup de chance. C’est grâce à eux que je suis connu comme guitariste, que j’ai appris la rythmique et le plaisir que cela représente ». [Steve Cropper - Juillet 2008] Steve Cropper fut sans nul doute l’un des artisans du rapprochement entre blancs et noirs au cœur des années 1960 aux États-Unis grâce à ses prestations scintillantes et toujours inspirées. Cet activisme artistique et si naturel force à tout jamais le respect. Le site de Steve Cropper Les titres diffusés dans l'émission :  - « Bush Hog » par Serge Cropper - « Land of 1000 dances » par Steve Cropper  - « Last Night » par The Mar-Keys - « Green Onions » par Booker T. And The MG’s - « Fa-Fa-Fa-Fa-Fa (Sad Song) » par Otis Redding  - « These arms of mine » par Otis Redding  - « Mister Pitiful » par Otis Redding  - « I’ve been loving you too long » par Otis Redding  - « Satisfaction » par Otis Redding  - « Try a little tenderness » par Otis Redding  - « Holy Cow » par Rod Stewart  - « Soul Man » par The Blues Brothers  - « Messin’ with the kid » par The Blues Brothers  - « Shot Gun Blues » par The Blues Brothers - « Cuttin’ it close » par Steve Cropper & Felix Cavaliere  - « Knock on Wood » par Eddie Floyd 
Artère mythique de la grandeur américaine, la Route 66 a longtemps relié les rives atlantiques et pacifiques des États-Unis, de Chicago à Los Angeles en traversant huit états et trois fuseaux horaires. En 2026, cette longue route de 3940 kilomètres fête son centenaire. Julien Grossot et Lauric Henneton ont conçu un ouvrage passionnant, paru chez Hors Collection Editions, et nous emmènent en vadrouille et en musique sur la fameuse « Mother Road ».  Lorsque Bobby Troup écrit « Get your Kicks on Route 66 » en 1946, il n’imagine certainement pas que sa chanson va devenir l’hymne intemporel de toutes les chevauchées motorisées des aventuriers américains. Reprise des dizaines de fois par des artistes aussi divers que Nat King Cole, Chuck Berry ou les Rolling Stones, cette composition sera la bande-son d’une épopée culturelle, politique et économique, unique. Suivre la « Route 66 », c’est se confronter à la diversité des migrations qui ont façonné l’Amérique. Dès le premier kilomètre, l’histoire sociale s’impose car traverser Chicago, c’est se souvenir du périple de nombreux citoyens afro-américains tentant d’échapper aux lois racistes du sud des États-Unis pour une vie meilleure au nord. Se rendre dans cette ville moderne de l’Illinois, en pleine expansion au milieu du XXe siècle, est alors un enjeu de survie. Écouter le blues de Chicago, c’est entendre la complainte de l’homme noir parvenu à s’extraire de l’oppression ségrégationniste institutionnalisé. Le mode d’expression acoustique artisanal des musiciens du sud trouvera à Chicago une résonance électrique qui dessinera les contours d’une révolution artistique majeure. Tout au long de la « Route 66 », les destinées se lisent comme des romans. John Steinbeck n’avait-il pas inscrit Les raisins de la colère, son œuvre la plus célèbre, sur cette voie transcontinentale ? Au fil des étapes, des personnages surgissent et marquent leur territoire. La musique en est la trace indélébile. D’Est en Ouest, les styles et accents se révèlent et donnent une lecture assez juste d’une mélodieuse géographie sonore nourrie de blues, de country, de jazz, de soul-music, de rock’n’roll. On y rencontre Muddy Waters, Miles Davis, Charlie Parker, Count Basie, Stevie Ray Vaughan, et beaucoup d’autres grands noms de « L’épopée des Musiques Noires ». La « Route 66 » fut un symbole de l’esprit conquérant des américains triomphants et reste, 100 ans après sa création, une inspiration pour nombre d’auteurs, d’instrumentistes et de globe-trotteurs en quête d’un frisson originel. Lisez Rock’n’Road Trip – La Route 66 en Musique et laissez-vous conduire ! Les Facebook de Julien Grosset et Lauric Henneton Les titres diffusés dans l'émission :  « Get you kicks on Route 66 » par Nat King Cole  « Hoochie Coochie Man » par Muddy Waters & The Rolling Stones « Saint-Louis Blues » par Chuck Berry  « Tulsa Time » par Eric Bibb  « Texas Flood » par Stevie Ray Vaughan    À écouter aussi :Sur la route 66
Florilège 2025

Florilège 2025

2025-12-2729:00

L’année 2025 fut inattendue, enthousiasmante, palpitante ! Auteurs, instrumentistes, interprètes, producteurs, photographes… Ils ont accompagné une saison radiophonique trépidante. Leurs propos éclairés ont enrichi nos connaissances musicales, ont affiné notre compréhension du monde, ont encouragé l’écoute et le partage. Retournons-nous une dernière fois sur les moments privilégiés des 12 derniers mois et souhaitons-nous d’être à nouveau émerveillés en 2026. Tout au long de l’année, nous nous sommes promenés dans les festivals de France et de Navarre, nous avons arpenté les salles de spectacle, nous avons visité les studios d’enregistrement, nous avons accueilli des interlocuteurs passionnants qui, par leur verve et leur engagement, ont su restituer l’effervescence des cultures afro-planétaire au XXIe siècle. Curieusement, les Caraïbes ont plus spécifiquement occupé nos esprits en 2025. Micro à la main, nous avons croisé la route de musiciens antillais, cubains, haïtiens, jamaïcains, dont l’implication artistique nous a charmés.   L’un d’eux s’appelle Richard Payne. Originaire de Sainte-Lucie, au sud de la Martinique, ce pianiste et chef d’orchestre émérite faisait paraître au printemps 2025 un album intitulé « Introspection » pour lequel il avait sollicité une foultitude de virtuoses ultramarins. Ce collectif d’instrumentistes créoles inégalables nous avait ouvert les portes de son studio pour nous permettre d’assister à la genèse d’une production d’envergure. « Je ne conçois pas la musique de manière classique. J’apporte ma touche personnelle au melting pot caribéen. J’essaye donc de m’échapper de l’interprétation traditionnelle pour trouver les éléments que nous avons en commun et créer quelque chose de neuf. C’est ainsi que l’on parvient à symboliser l’unité des cultures caribéennes. Quand j’écris ma musique, je pense à toutes les composantes des Caraïbes, le Rara, le Bèlè, le Gwoka, le Reggae, mais je n’oublie pas pour autant les disques que j’écoutais durant ma jeunesse, le jazz de Miles Davis et Chick Corea, la musique classique de Bela Bartok et Claude Debussy. Tout cela fait partie de moi et je l’exprime avec mon âme caribéenne ». (Richard Payne sur RFI en avril 2025)     Comme les Antilles, Cuba est aussi une terre métisse où les cultures musicales se sont entrechoquées pour finalement créer un patrimoine d’une richesse exceptionnelle. Le pianiste Chucho Valdès est certainement le symbole ultime de cette quête d’universalité créative. Seul ou avec son groupe Irakere, il a défié les normes stylistiques et les barrières sociales pour trouver un espace de sérénité qui le hisse aujourd’hui au rang des maestros de notre temps. Le 04 avril 2025, il fit l’ouverture du « Cully Jazz Festival » en Suisse où nous avons eu le privilège de l’écouter se raconter : « Qu’ai-je donc appris durant ma carrière ? J’ai beaucoup appris. J’ai passé ma vie à chercher, en quelque sorte. Je suis allé en Afrique et, bien évidemment, aux Etats-Unis et à Cuba, dans les recoins les plus reculés où l’on percevait encore les racines africaines de notre musique qui ne sont pas bien étudiées d’ailleurs. J’ai aussi beaucoup appris d’Herbie Hancock, de Chick Corea, de Keith Jarrett, et même de Cecil Taylor. Ce que j’ai développé repose sur leur patrimoine musical. Leurs œuvres m’ont enrichi. Je pense également aux prestations de Quincy Jones ou au groupe de Miles Davis. De cette époque, j’ai développé un intérêt pour les sonorités électroniques, les synthétiseurs, le piano électrique et, grâce à cela, j’ai façonné un son particulier qui, de surcroît, faisait appel à la source africaine. J’avais en moi les rythmes traditionnels africains que je conjuguais aux sonorités électroniques ». (Chucho Valdès au micro de Joe Farmer, le 04 avril 2025 à Cully en Suisse).     Célébrer les aînés est une marque de reconnaissance et une main tendue à la jeune génération qui découvre ainsi l’héritage transmis par les pionniers au fil des décennies. À la Philharmonie de Paris, au mois de mai 2025, plusieurs disciples du regretté compositeur martiniquais Marius Cultier ressuscitaient son œuvre majeure, « La fleur et l’oiseau ». Alain Jean-Marie, Mario Canonge, Thierry Vaton, Gregory Privat, pour ne citer qu’eux, rendaient un vibrant hommage à un génial trublion disparu il y a 40 ans lors d’une prestation étincelante dirigée par le percussionniste David Donatien. Les 15 musiciens et interprètes antillais réunis pour l’occasion, dont Ralph Tamar et Tony Chasseur, avaient alors dignement revitalisé un répertoire trop peu exposé.     Se pencher sur ses racines est une exigence si l’on veut comprendre son cheminement personnel. Le jeune chanteur américain Tyreek McDole, nouvelle coqueluche de l’art vocal jazz, ne veut pas se soustraire à ses origines haïtiennes. Lors de son concert à Nice, le 26 juillet 2025, il n’éludait pas son attachement à son ancestralité originelle et sa prestation très swing s’en trouvait magnifiée. « Comme j’ai la chance d’avoir en moi une palette de cultures différentes, je ne peux qu’être influencé par cette myriade de sources d’inspiration. On ne parle pas assez souvent de l’impact des Caraïbes sur le jazz américain. On dit d’ailleurs que la Nouvelle-Orléans est la ville la plus au nord des Caraïbes car, ancestralement, il y avait beaucoup de commerce entre la Louisiane et les îles des Caraïbes : Trinidad et Tobago, Cuba, Haïti… Il y a donc dans cette région du monde, une interconnexion des cultures qui a fait de la Nouvelle-Orléans le fameux melting-pot dont tout le monde parle aujourd’hui. Les Américains pensent qu’ils ont créé seuls cette forme d’expression qu’on appelle « Jazz ». Ils oublient seulement l’influence des cultures voisines, des migrants, en d’autres mots, le reste du monde. Par conséquent, mes différentes origines m’ont ouvert l’esprit et, en tant que citoyen américain, j’ai profité des différentes traditions importées par les migrants. Nous avons tous contribué à la création des États-Unis. La musique américaine est donc le fruit d’un métissage international. Je suis un enfant du Rara et du Compas haïtiens mais aussi du Jazz, du Hip hop, du R&B américains. J’ai tout cela en moi ». (Tyreek McDole sur RFI depuis le Nice Jazz Festival 2025)   Quoi que puissent dire les éternels ronchons toujours prompts à critiquer l’audace multiculturelle de créateurs inspirés, cette année 2025 a une nouvelle fois prouvé que le dialogue, la tolérance et l’ouverture d’esprit, sont nécessaires à notre vie commune sur cette planète bleue. Gageons que 2026 entérinera une fois pour toutes l’exigence de tendre l’oreille et d’embrasser les évolutions du monde.
Est-il encore possible d’avoir zappé quelques perles de Michael Jackson tant sa destinée fut commentée, analysée, scrutée, décortiquée ? Richard Lecocq, incontestable connaisseur de cette imposante discographie, propose un nouvel ouvrage consacré à la star sobrement intitulé «Legend». Réécouter les ritournelles d’une icône absolue, ponctuées par les remarques éclairées d’un incontestable spécialiste, illumine indubitablement les fêtes de fin d’année. On pense tout savoir sur le «Roi de la Pop», et pourtant, en parcourant le livre très documenté de Richard Lecocq, on réalise soudain qu’un nombre non négligeable de petits détails nous a échappé. Saviez-vous que Berry Gordy et ses équipes inondaient le marché discographique de rééditions estampillées Motown chaque fois que Michael Jackson ou ses frères faisaient paraître un album sur le label concurrent ? Saviez-vous que le clip de Thriller fut filmé dans une zone industrielle à l’intersection de «Union Pacific Avenue» et «Calzona Street» à Los Angeles ? Saviez-vous que le premier album posthume paru en 2010, sobrement intitulé Michael, fut sujet à controverse quand des fans aux oreilles affûtées constatèrent que trois des dix titres n’étaient pas interprétés par l’icône disparue ? Saviez-vous que Michael Jackson fut le plus généreux donateur à des œuvres caritatives avec un montant global estimé à 500 millions de dollars ? Saviez-vous que la panthère noire du clip «Black or White» est une allusion au «Black Panthers Party» ? Toutes ces informations nous donnent une nouvelle lecture de «L’épopée Michael Jackson». Il faut dire que Richard Lecocq n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà publié en 2019 «Michael Jackson, La Totale» (EPA Éditions) avec son camarade François Allard. Il est également l’auteur d’un ouvrage intitulé «King» (Publibook) paru en 2011, il a collaboré à l’édition du livre anniversaire «Thriller 25» et au projet «Bad 25». Alors que l’on annonce un film biographique en avril 2026, ses commentaires sauront nous guider dans l’histoire mouvementée d’un génial artiste dont on ne se lasse jamais de redécouvrir les joyaux. ⇒ Le site Michael Jackson ⇒ Michael Jackson Legend, Glénat. Titres diffusés cette semaine : « I want you back » par les Jackson 5 (1969) «Shake a body (Demo)» par The Jacksons (1978) «We are the world» (Demo) par Michael Jackson (1985) «Best of Joy» par Michael Jackson (Sortie posthume - 2010) «Another part of me» par Michael Jackson (Live Wembley - 1988).  
Ils sont nés un 22 décembre à 22 ans d’écart ! Le pianiste martiniquais Grégory Privat et le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart ont uni leur talent pour imaginer un album dans lequel une myriade de sources d’inspiration magnifie leurs prouesses stylistiques. C’est ainsi que 22 vit le jour. Un dialogue complice, une joute jazz, une camaraderie caribéenne, l’addition de deux individualités chaleureuses que le public du New Morning à Paris pourra savourer le 27 décembre 2025. La multiplicité de leurs projets respectifs et leur insatiable propension à tenter des d’expériences ne pouvaient que provoquer cette rencontre magistralement périlleuse. Cette audace est le signe d’une véritable virtuosité. Il faut dire que chacun d’eux a démontré sa valeur artistique au fil des années. Jacques Schwarz-Bart est un homme libre qui déjoue les normes académiques en s’offrant le luxe de bousculer le jazz de ses aînés. Son humeur caribéenne mâtine son répertoire d’un irrésistible lyrisme cadencé certainement hérité de ses ancêtres. Instrumentiste savant, il est aussi un citoyen concerné par les enjeux géopolitiques actuels. Sa participation active au projet Black Lives – From Generation to Generation révèle une quête de justice que sa musique épouse singulièrement. Grégory Privat est également un être attentif aux circonvolutions du monde. Lui aussi perçoit ce XXIè siècle avec acuité et joue avec les nuances sonores de sa musicalité éclectique pour transmettre un sentiment de concorde et d’unité. Ses circonvolutions pianistiques ne cessent de susciter la curiosité et l’intérêt de ses admirateurs. Électrique ou acoustique, la texture de ses envolées créatives le hisse au rang des plus téméraires agitateurs swing de notre temps. Cette hardiesse lui brûlera-t-elle les ailes ? Seul, le public saura l’accompagner dans ses fulgurances et son imaginaire. Sachons donc saluer les prises de risque quand, d’un disque à l’autre, les couleurs harmoniques évitent l’écueil de la répétition, du «déjà vu, déjà entendu». L’improvisation n’est pas nécessairement un exercice d’équilibriste, elle peut être maîtrisée et assumée. L’expérience est la clé et Grégory Privat acquiert cette maturité qui identifie sa personnalité artistique. 22 est un album fascinant qui fait appel à deux sensibilités uniques, différentes et curieusement complémentaires. Cet échange improbable entre un pianiste et un saxophoniste, sans l’apport percussif d’un tambour ka ou bèlè, n’altère pas le rythme et l’émotion du répertoire. Chaque composition a sa lecture, sa signification, son rôle. À nous de les saisir… Après une imposante tournée aux États-Unis, au Canada, en Guyane, en Martinique, les spectateurs parisiens pourront à leur tour faire scintiller cette guirlande de notes frissonnantes entre Noël et le Jour de l’an. Quelle belle promesse ! - Jacques Schwarz-Bart & Grégory Privat au New Morning le 27 décembre 2025 - Le site de Grégory Privat (en anglais) - Le site de Jacques Schwarz-Bart (en anglais). Titres diffusés cette semaine : - «The Most Beautiful» par Jacques Schwarz-Bart et Grégory Privat, extrait de l’album 22 - «Yamakasi» par Grégory Privat, Laurent Coulondre et Arnaud Dolmen, extrait de l’album The Get Down - «Dlo Pann» par Jacques Schwarz-Bart et Grégory Privat, extrait de l’album 22 - «I Apologize» par le collectif Black Lives, extrait de l’album People of Earth - «Tournesol» par Jacques Schwarz-Bart et Grégory Privat, extrait de l’album 22.
Hommage à Jimmy Cliff

Hommage à Jimmy Cliff

2025-12-0628:59

Le 24 novembre 2025, le chanteur jamaïcain Jimmy Cliff disparaissait à l’âge de 81 ans. Si sa notoriété explosa grâce au titre «Reggae Night» en 1983, il serait injuste de réduire son aura planétaire à cette simple bluette fort bien ficelée. Jimmy Cliff fut un auteur, compositeur, interprète de renom qui parvint à sortir du cadre stylistique de ses contemporains sans jamais trahir ses convictions artistiques, ni les musicalités traditionnelles de sa terre natale. Lorsqu’il naît en juillet 1944, la Jamaïque est encore sous domination britannique. Ce n’est qu’au tournant des années 60 que James Chambers (son vrai nom) se sentira pousser des ailes quand la jeune nation indépendante autorisera la libre expression de plusieurs formes d’expression dont le ska qu’il écoutera avec gourmandise mais c’est un film qui le révélera au grand public. «The harder they come» de Perry Henzel mettra en scène un acteur de 28 ans qui signera également la bande son du long métrage. Jimmy Cliff brille subitement dans le feu des projecteurs et son nom résonne jusqu’aux États-Unis. Cette première étape vers le succès international l’incite à multiplier les prestations au-delà de l’espace caribéen. Il se rend au Nigeria pour la première fois en 1974. Acclamé à son arrivée par des milliers d’admirateurs, il finira son séjour en prison après une altercation avec un promoteur véreux l’ayant accusé de ne pas avoir honoré son contrat. Qu’importe ses déboires, Jimmy Cliff reviendra souvent sur le continent africain et se produira au Sénégal, en Gambie, en Sierra Leone, au Ghana, en Zambie, en Afrique du Sud, etc. sans jamais omettre de transmettre des messages clairs aux pouvoirs autocratiques. Artiste libre, il déroutera parfois ses plus fervents disciples en s’autorisant des pas de côté discographiques. L’un des exemples marquants fut sans nul doute l’album Fantastic Plastic People en 2002 dans lequel il s’illustra aux côtés de personnalités très diverses, de Sting à Wyclef Jean, d’Annie Lennox (Eurythmics) à Joe Strummer (The Clash) ou encore Kool & the Gang. Ce curieux attelage ne manqua pas de susciter quelques commentaires acerbes de la part de fans un poil décontenancés. Jimmy Cliff fit fi de ces remarques peu amènes et poursuivit son exploration débridée de tous les accents musicaux que le reggae peut nourrir. Il faudra attendre «Rebirth», dix ans plus tard, pour retrouver un Jimmy Cliff résolument tourné vers le patrimoine sonore de sa jeunesse. Cette grande figure de «L’épopée des Musiques Caribéennes» vint plusieurs fois s’exprimer sur nos ondes. Nous lui rendons hommage aujourd’hui en l’écoutant se raconter, à travers les décennies, grâce à nos archives précieusement conservées. ⇒ Le site de Jimmy Cliff. Titres diffusés cette semaine : - « Hurricane Hattie » par Jimmy Cliff (1962) - « Many Rivers To Cross » par Jimmy Cliff (1969) - « You Can Get It If You Really Want » par Jimmy Cliff (1972) - « The Harder They Come » par Jimmy Cliff (1972) - « Reggae Night » par Jimmy Cliff (1983) - « Fantastic Plastic People » par Jimmy Cliff (2002) - « No Problem, Only Solutions » par Jimmy Cliff (2002) - « One More » par Jimmy Cliff (2012) - « Ship Is Sailing » par Jimmy Cliff (2012) - « Bridges » par Jimmy Cliff (2022).
Bien connue des amateurs de jazz parisiens, Denise King est une chanteuse américaine de grande valeur qui ne se contente pas de livrer des prestations toujours frissonnantes. Elle œuvre pour le bien-être de ses contemporains en multipliant à Philadelphie, sa ville natale, les actions caritatives. Il paraissait logique que son dernier album People Get Ready appelle à un sursaut citoyen à travers une relecture inspirée de grands classiques engagés. Alors que la résignation semble l’emporter face aux défis de notre XXIè siècle, certaines voix continuent de défendre un idéal de justice, de paix et de tolérance. Denise King fait partie de ces rares interprètes à défier l’apathie en s’exprimant ouvertement sur les dérives et dangers de notre époque. En revitalisant les œuvres immortalisées jadis par ses aînés, elle redonne à ses auditeurs le goût de la contestation positive, de la résilience active. Il faut du caractère pour s’emparer du patrimoine de Nina Simone, Abbey Lincoln, Edwin Hawkins ou Curtis Mayfield. Denise King en a et le prouve sur ce nouvel album pétri de messages vibrants à méditer. Bien qu’elle se délecte de longue date du swing de ses grandes consœurs, Denise King n’hésite pas pour autant à se plonger dans des univers sonores plus périlleux comme le rock de U2 dont elle adapte avec brio l’hymne «Pride in the name of love». Elle s’amuse également à triturer avec le plus grand respect une poésie de Bob Dylan, «Gotta serve somebody». Femme téméraire, Denise King a suffisamment écumé les scènes internationales pour s’autoriser quelques audaces musicales sans trahir l’intention originelle. Ainsi, People Get Ready ranime le discours des combattants de la liberté dont elle perçut certainement l’écho toute gamine quand les grands orateurs d’antan défendaient les droits civiques aux États-Unis. Alors que la société américaine s’interroge sur son avenir, alors que les bruits de bottes s’intensifient chaque jour, alors que les propos radicaux agitent les esprits, la voix de Denise King suscite l’examen de conscience et invite à relever la tête. «Il n’y a pas de fatalité», semble-t-elle marteler dans ce disque utile et revigorant. Il suffit d’écouter «Why can’t we live together» emprunté à Timmy Thomas pour ressentir son exaspération et comprendre son désir de bousculer les certitudes. Denise King est une femme de cœur qui n’a jamais baissé les bras. À nous de la suivre à présent dans son combat pour un monde plus juste et équilibré. ⇒ Site internet - Denise King.   Titres diffusés cette semaine : - «You gotta move» par Denise King, extrait de People Get Ready (Jazzbook Records)- «War» par Denise King, extrait de People Get Ready (Jazzbook Records)- «Throw it away» par Denise King, extrait de People Get Ready (Jazzbook Records)- «People Get Ready» par Denise King, extrait de People Get Ready (Jazzbook Records).
À seulement 27 ans, le bluesman afro-américain DK Harrell fait sensation chaque fois qu’il se produit sur scène. Nourri par les albums du regretté B.B King, il revitalise l’esprit de son illustre aîné en mâtinant son propre répertoire d’une vigueur époustouflante. Son deuxième album Talkin’ Heavy confirme son immense talent décelé en 2023 sur The Right Man. De passage en France pour quelques prestations attendues, le jeune prodige s’est confié à notre micro. Natif de Ruston en Louisiane, DKieran Harrell a en lui la sève cosmopolite de cet État multi-ethnique qui a vu passer des milliers de migrants, esclaves, simples voyageurs, en quête d’une terre clémente. Il sait ce que cette région a apporté au rayonnement culturel des États-Unis à travers la planète et défend fièrement le vocabulaire blues qu’il maîtrise à la perfection. Il faut dire que cette forme d’expression a éveillé son esprit dès l’âge de 2 ans quand il entendit, dans la voiture de son grand-père, «The thrill is gone» extrait de l’album Deuces Wild du Roi, B.B King. L’impact de cette musique sur le bambin qu’il était à l’époque fut déterminant. Sans qu’il put comprendre l’émotion qui le faisait frissonner, son destin était tout tracé. Malgré les réticences d’un père qui l’imaginait footballeur, le jeune DK Harrell parvint au fil des mois et des années à s’emparer d’une guitare. Aujourd’hui, DK Harrell virevolte sur les scènes internationales et profite de cette exposition médiatique pour transmettre des messages car, non content d’être un fin instrumentiste, ses talents de chanteur sont indéniables. Talkin’ Heavy est donc l’occasion de se révéler et d’exposer au grand jour ses préoccupations. Comme nombre de ses contemporains et amis, il milite pour un monde ouvert, inclusif et généreux. Les divisions l’ennuient profondément. Le blues n‘est pas seulement l’écho d’un lointain passé. Il conte notre époque, ses défis, ses enjeux, ses ambitions. Respecter la tradition des aînés est, certes, une exigence mais il faut savoir actualiser ce discours pour que l’histoire se conjugue aussi au présent. DK Harrell a la chance de faire partie d’une génération de virtuoses qui redessine les contours du blues. Ses homologues, Stephen Hull, Christone «Kingfish» Ingram, Sean McDonald, Jontavious Willis, Jerron Paxton, écrivent sous nos yeux un nouveau chapitre de «L’épopée des Musiques Noires». Sauront-ils tirer profit de cette complicité créative qui les anime ? Nous pouvons, en tout cas, déjà ressentir l’effervescence qui accompagne leur développement artistique et la pertinence de leur propos. Leur XXIè siècle paraît sombre et inquiétant, mais il émane de tous ces nouveaux venus une acuité confiante du quotidien qui laisse entrevoir une réelle prise de conscience et une remarquable maturité. DK Harrell, comme ses camarades bluesmen, fait preuve de sagesse et ne se laisse pas effrayer par les renoncements idéologiques ou les dérives autoritaires. La diplomatie du blues le protège et inspire même ses plus fervents auditeurs. Gageons que cette profession de foi guidera longtemps ses pas sur le chemin de l’excellence. ⇒ DK Blues. Titres diffusés cette semaine :- « A Little Taste » par DK Harrell (Alligator Records)- «  No Thanks To You » par DK Harrell (Alligator Records)- « Talkin’ Heavy » par DK Harrell (Alligator Records)- « Praise These Blues » par DK Harrell (Alligator Records).
La 26è édition du festival «Blues sur Seine» ne déroge pas à l’intention initiale. Depuis 1999, consolider le lien social est le maître mot. Pour cela, les équipes programmatrices font preuve d’ingéniosité et de générosité en conviant les artistes à se produire dans des salles de spectacles, mais aussi des collèges, lycées, centres sociaux du département des Yvelines avec la volonté farouche de créer le contact, l’échange et l’écoute que l’on soit amateur ou non de musiques afro-planétaires. Au-delà du plaisir d’accueillir des spectateurs impatients d’acclamer des artistes aguerris, «Blues sur Seine» parie sur les vertus pédagogiques d’assister à une prestation musicale. Comme l’a démontré le pianiste Sébastien Troendlé, il n’y a pas d’âge pour découvrir les différentes formes d’expression qui ont rythmé le quotidien des Afro-Américains au fil des décennies. Son concert, destiné à des écoliers, raconte l’épopée des pionniers du ragtime et du boogie-woogie. Si sa virtuosité fait mouche, son récit n’élude pas pour autant les défis d’une population confrontée au racisme et à la ségrégation au début du XXè siècle. Comprendre les enjeux sociaux, défendre des valeurs, susciter le respect, sont des objectifs cruciaux qu’il convient de réaffirmer. Si la musique peut capter l’attention de jeunes oreilles, vierges de tous préjugés éculés, la mission de l’artiste est accomplie. Le bluesman Stephen Hull, également à l’affiche du festival «Blues sur Seine», a lui aussi un message à délivrer. À seulement 26 ans, il perpétue une tradition héritée de ses aînés, les B.B King, Albert King, Jimi Hendrix… Il a conscience de sa responsabilité patrimoniale. Il a le devoir de préserver un héritage afro-américain et cette intime conviction l'a rapidement hissé au rang des meilleurs instrumentistes actuels. Comme ses contemporains, Jontavious Willis, Jerron Paxton ou Christone «Kingfish» Ingram, il milite pour une reconnaissance universelle du blues dont il connaît la portée historique. Le genre musical qui l’anime a souvent conté l’aventure humaine de ses ancêtres et, pour que ce témoignage ne disparaisse pas, il joue chaque soir son rôle de jeune héritier, locuteur sincère d’un idiome transmis de générations en générations. Quand le blues consolait le samedi soir les citoyens américains, dits de «seconde classe», dans les clubs miteux du sud des États-Unis, le gospel et les spirituals leur donnaient de l’espoir dans les églises baptistes le dimanche matin. Si l’on a souvent opposé le sacré et le profane, il n’est pas inutile de rappeler que l’expression artistique réunissait ces deux visions stéréotypées d’une société américaine embourbée dans ses contradictions. Le trio vocal «Ebony Roots», invité au festival «Blues sur Seine», a mélodieusement prouvé qu’un répertoire, inspiré par la foi, la bonté et la joie, n’est pas nécessairement issu de cantiques religieux. Chanter des airs de Sam Cooke, du Golden Gate Quartet, de Ben Harper ou de Bobby McFerrin peut suffire à notre bien-être sans intention prosélyte. Alors que les tensions internationales bousculent notre fragile XXIè siècle, il n'est pas vain de se laisser bercer par la musicalité d’artistes bienveillants. Blues sur Seine se poursuit jusqu’au 22 novembre 2025 dans les Yvelines, près de Paris.
Autrefois, la chanteuse et guitariste américaine Natalia M. King fulminait d’insatisfaction face aux injustices de ce monde en bouillonnement constant. Aujourd’hui, elle cherche dans une boulimie de créativité assumée un équilibre spirituel et artistique salvateur. Afroblues, son dernier album, reflète précisément cette quête de liberté qui l’anime depuis toujours. Sa voix soul rayonne sur des fulgurances électro-pop sans altérer la source africaine de son identité première. C’est lors d’un périple au Botswana et en Afrique du Sud au printemps 2024 que l’idée de célébrer le continent originel a jailli dans l’esprit fertile de la New-Yorkaise. Toujours en quête de ses racines premières, Natalia M. King a cherché à déceler la sève de son inspiration en se confrontant au miroir de son âme noire. Elle a alors ressenti la force expressive d’un héritage patrimonial massif et la pureté de traditions ancestrales vierges de toutes exactions coloniales. Il fallait cependant inscrire cet environnement historique dans l’urgence du monde actuel. La modernité des cadences imprimées à ce disque surprenant épouse le rythme effréné de notre XXIè siècle. Ce n’est pas la première fois que Natalia M. King joue avec les contrastes. Déjà sur l’album Fury & Sound en 2003, notre trublionne s’était amusée à brouiller les pistes en affirmant sa singularité. Afroblues entre finalement dans la continuité conceptuelle d’une artiste guidée par ses défis personnels. Au-delà de la texture sonore de cette production audacieuse, le message est essentiel. Aucun titre n’est anodin dans ce nouveau répertoire. L’humeur afrobeat de Lady No en appelle à la figure tutélaire de la rébellion, l’illustre et regretté Fela Anikulapo Kuti. Everyday People, emprunté à Sly & The Family Stone, est un cri de ralliement à une époque où la division l’emporte sur l’unité et la bienveillance. Et ce ne sont là que quelques exemples de thèmes et propos pleinement assumés. «Être sage et rebelle n’est pas antinomique» semble clamer cette Africaine de cœur qui redessine continuellement les contours de son être en affinant son discours avec rigueur et acuité. Elle ose, elle interroge, elle séduit. Succomberez-vous à votre tour ? Écoutez donc «I love a woman» et laissez-vous charmer par cette voix pétrie de soul-music, de sincérité et d’authenticité. Natalia M. King est une femme libre et le revendique. ⇒ Facebook Natalia M. King.   Titres diffusés cette semaine : - « Lady No » par Natalia M. King extrait de Afroblues - « Grab a hold » par Natalia M. King extrait de Fury and Sound  - « Ethiopik Song » par Natalia M. King extrait de Afroblues - « I love a woman » par Natalia M. King extrait de Afroblues - « Everyday people » par Sly & The Family Stone extrait de Stand !
Le 29 octobre 2025, Alain Jean-Marie a fêté son 80ème anniversaire. Formidable mélodiste, sa virtuosité a souvent magnifié les œuvres de ses contemporains. En compagnie de musiciens et d’interprètes d’horizons très divers, il a imprimé sa marque et a su résister à l’érosion du temps. Jazz et Biguine ne font plus qu’un quand ce maestro se met au piano. Célébrons tous ensemble les 80 automnes d’un génial instrumentiste ! Alain Jean-Marie choisit ses mots lorsqu’il accepte de conter son aventure humaine. Dès sa prime jeunesse, ses oreilles curieuses captent les acrobaties des jazzmen américains. Il acquiert une solide culture musicale mais c’est un voyage à Montréal qui accélère sa destinée. Il rencontre deux personnages essentiels à son développement artistique, le pianiste Marius Cultier et le batteur Jean-Claude Montredon avec lequel il scellera une amitié sincère et durable. Alain Jean-Marie n’a qu’une vingtaine lors de cet épisode canadien, mais la frénésie du moment lui donne des ailes et le goût pour l’expérimentation. Une autre étape décisive sera La Cigale à Paris en 1973. Alain Jean-Marie apprend fortuitement que le pianiste Wolf Schubert quitte le groupe du tromboniste Al Lirvat. L’occasion est trop belle pour ne pas intégrer cet orchestre dans lequel ses amis Robert Mavounzy et Émilien Antile officient déjà. C’est ainsi qu’il peaufinera sa musicalité jazz caribéenne et deviendra une figure majeure de la scène métropolitaine. Dans les clubs et studios de la capitale française, il sera sollicité pour de nombreuses prestations aux côtés de personnalités américaines éminentes dont Chet Baker, Dee Dee Bridgewater ou Abbey Lincoln. C’est au tournant des années 90 que l’idée de revenir à ses racines antillaises refait surface à l’initiative de l’association Nov’Art. Ce groupe de jeunes gens passionnés le convainquent d’enregistrer de nouveaux albums dans une tonalité caribéenne. Même si cette source d’inspiration n’avait jamais quitté les doigts du pianiste, l’album Biguine Reflections revitalisera la créolité d’un jazz qu’une nouvelle génération d’auditeurs ne connaissait pas vraiment. Cette heureuse initiative fut couronnée de 4 albums parus entre 1992 et 2000. Depuis cette époque, Alain Jean-Marie multiplie les séances d’enregistrement et les performances en public. Ici avec Benny Golson, là avec Mario Canonge… Il ne cesse de parfaire son art né d’une écoute attentive de ses homologues. Son dernier grand projet est un duo audacieux avec le contrebassiste Diego Imbert. Ensemble, ils réinventent un format initié autrefois par Duke Ellington et Jimmy Blanton. Alain Jean-Marie n’a pas fini de nous surprendre. À 80 ans, sa science gourmande de la musique semble infinie et l’album Ballads reflète précisément cet insatiable appétit pour les défis et l’inédit. Rendez-vous le 13 novembre 2025 au Sunside à Paris pour vous en convaincre. ⇒ Diego Imbert & Alain Jean-Marie au Sunside. Titres diffusés cette semaine : - « The nearness of you » par Alain Jean-Marie et Diego Imbert - « Gwadloup an nou » par Alain Jean-Marie, Serge Marne et Eric Vinceno  - « Con Alma » par Alain Jean-Marie et Mario Canonge  - « Peri’s Scope » par Alain Jean-Marie et Diego Imbert.
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