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Author: RFI

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Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

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L'enseigne de supermarchés Carrefour arrive en Éthiopie. Le numéro deux français de la grande distribution a signé, lundi 5 janvier, un contrat de franchise avec Midroc, le plus grand conglomérat privé du pays. C'est le quatorzième pays africain dans lequel s'implante Carrefour qui place l'Afrique au cœur de sa stratégie à l'international. Le grand « C » du logo « Carrefour » sera bientôt visible dans les faubourgs d’Addis-Abeba. Le groupe français de grande distribution annonce son implantation en Éthiopie avec la reprise de 13 magasins de la marque locale Queens. L’enseigne affiche déjà des ambitions élevées avec l’ouverture prévue de 17 magasins supplémentaires dans les deux prochaines années. Il s'agit d'une première pour le pays, comme le souligne Patrick Lasfargues, directeur des partenariats internationaux chez Carrefour : « Avec ses 140 millions d’habitants, avec l’accès à l’électricité permis par le barrage de la Renaissance et avec un pôle agricole très important, l’Éthiopie se trouve aujourd'hui dans une situation qui nous a paru tout à fait pertinente. Nous jouons un rôle de défricheur, de pionnier, puisqu’il n’existe encore aucun contrat de franchise internationale, alimentaire ou non alimentaire, dans le pays. Nous participons à la modernisation de l’économie éthiopienne et nous sommes autant confiants qu'ambitieux sur notre capacité à nous y développer », affirme celui-ci. Cette annonce s’inscrit dans une stratégie africaine plus large. Carrefour a récemment signé de nouvelles implantations au Ghana et en Guinée, ouvert un magasin en République démocratique du Congo fin juillet, et prévoit pour 2026 un vaste programme de 40 ouvertures de grandes surfaces en Égypte. En un an, le groupe est ainsi passé de 460 à 700 magasins sur le continent. À lire aussiLa grande distribution en pleine révolution en Afrique La classe moyenne dans le viseur Si cette accélération peut sembler soudaine, elle résulte toutefois d’un travail de long terme, explique Patrick Lasfargues. « Cela s’est construit sur plusieurs années, avec le dynamisme de nos partenaires et des marchés. Addis-Abeba est une ville de près de 10 millions d’habitants, avec une classe moyenne qui fait déjà ses courses chez Carrefour à Dubaï ou en Europe. Ces consommateurs n’ont plus envie de remplir leurs valises de chocolat, de biscuits ou de céréales, mais de les acheter sur place, au même prix, voire moins cher », argumente encore ce dernier. Encore rare pour un groupe français, cette percée stratégique en Afrique de l’Est n'en est pas moins révélatrice d’une tendance de fond, analyse pour sa part Jean-Michel Huet, associé au cabinet de conseil BearingPoint : « On a beaucoup parlé des banques françaises qui quittaient l’Afrique mais, en parallèle, de grands acteurs du commerce et des services grand public se développent sur le continent : Canal+, Orange et désormais Carrefour, qui affiche depuis quelques années une vraie ambition africaine. Cela s’explique par le développement d’une classe moyenne, capable d’acheter des produits alimentaires en grande surface. C’est une évolution sociologique comparable à celle connue en France il y a quelques décennies. » Carrefour n’est cependant pas seul sur ce terrain. Le distributeur américain Walmart vient lui aussi d’ouvrir son premier magasin africain en banlieue ouest de Johannesburg et a plusieurs autres sites en cours de développement en Afrique du Sud. À lire aussiLe groupe Carrefour ouvre de nouveaux magasins en Éthiopie et renforce son empreinte en Afrique
Kankan, la plus grande ville de la Haute-Guinée dans le nord-est du pays, reste jusqu’à aujourd’hui largement privée d’électricité, qui n’est disponible que le soir et une partie de la nuit. Jusqu’à aujourd’hui, la ville n’est alimentée que par quelques centrales thermiques, mais les autorités prévoient un raccordement sur le réseau électrique ivoirien cette année. De notre envoyé spécial à Kankan, La situation exaspère ses habitants et avait même alimenté la contestation contre le président déchu Alpha Condé dans son propre fief. Les autorités assurent qu’elles vont raccorder Kanan au réseau ivoirien cette année. En attendant, les entreprises et les habitants s’organisent comme ils peuvent pour accéder à l’énergie en journée quand ils en ont les moyens. Si les habitants de Kankan peuvent écouter la radio Baraka toute la journée, ce n’est pas grâce à EDG, Électricité de Guinée, qui ne fournit du courant que la nuit. Mais, comme l’explique son directeur Oumar Fofana, parce que la radio est équipée de multiples sources d’énergie : « Nous avons installé les panneaux solaires de 10 kVA. Avec ça, on fonctionne normalement. Vous savez, les panneaux solaires, ça fonctionne quand il y a du soleil. En saison pluvieuse, par exemple, surtout au mois d’août, les panneaux ne fonctionnent pas. Donc on fonctionne avec les groupes électrogènes toute la journée et quand l’EDG vient la nuit, on met l’EDG. Mais parfois aussi l’EDG ne vient pas, donc le groupe peut fonctionner à temps plein. Imaginez, de 6 h 00 à 0 h 00 avec un groupe électrogène. Du coup, le groupe tombe régulièrement en panne ici. » Il arrive, de temps en temps, que les auditeurs soient privés d’antenne pendant quelques minutes, voire quelques heures. «S’il n’y a pas de courant, il va y avoir beaucoup de chômage» D’autres secteurs économiques pâtissent du manque d’électricité. Kabinet est commerçant, il vend des fruits. Il estime qu’il pourrait augmenter son chiffre d’affaires s’il s’équipait de chambres froides. « S'il y a le courant, on peut travailler, on peut faire de l’entrepreneuriat. Mais s’il n’y a pas de courant, on ne peut rien faire », fait-il valoir. « Par exemple, en Haute-Guinée, il y a des fruits. S’il y a le courant, on peut garder les fruits. Ça, c'est un exemple. S'il y a du courant, les menuisiers et les soudeurs peuvent travailler. Mais s’il n’y a pas de courant, ils ne peuvent pas travailler, donc il va y avoir beaucoup de chômage », poursuit-il. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, le CNRD a relancé le projet d’interconnexion avec le réseau électrique ivoirien. La grande ville de Guinée forestière Nzérékoré en bénéficie déjà depuis 2022. Selon Mamadi Kaba, l’un des porte-paroles du projet, les travaux continuent de bien avancer : Kankan et d’autres villes de la Haute-Guinée devraient bientôt en bénéficier. « La ligne haute tension qui quitte Nzérékoré jusqu’à Siguiri, à la frontière malienne, est réalisée à 80 %. Lors de la dernière réunion avec les bailleurs de fonds et les entreprises contractantes, on nous a dit pour le mois de juin 2026. En juin 2026, les régions administratives de Kankan et de Nzérékoré seront électrifiées 24h/24. L’espoir est là. On sait que ce n’est pas une question d’une année, c’est une question de mois et de jours. Donc, l’espoir est là », explique-t-il. Une alimentation en électricité qui devrait soulager les habitants, mais aussi dynamiser l’économie de la ville. À lire aussiGuinée: les principaux partis d'opposition appellent au boycott du référendum constitutionnel
En Tunisie, la crise du médicament ne fait qu’empirer. En plus du manque persistant de certains médicaments importés, plusieurs pharmacies font face à des retards de remboursement de la Caisse nationale d’Assurance maladie, parfois sur plusieurs mois. Une situation critique dénoncée par les professionnels du secteur, qui affecte directement les patients. Dans sa pharmacie située dans le centre-ville de Tunis, Emna Abbes, secrétaire adjointe du syndicat des pharmaciens, se dit débordée. La pénurie de certains médicaments, remarquée depuis l’été, ne s’est toujours pas résorbée. « Il y a toujours des antidiabétiques qui manquent, des antipsychotiques qui manquent, il y a toujours des médicaments destinés à traiter l'hypothyroïde qui manquent encore. Parfois, on peut substituer des médicaments, parfois, il n'y a ni le princeps ni le générique. » Rahma Hamzaoui, cliente régulière de plusieurs pharmacies et atteinte de troubles de la thyroïde, en fait l’expérience au quotidien : « Je me suis habituée à prendre le générique, mais ça m'arrive des fois de prendre, par exemple, je dis n'importe quoi, en semaine cinq jours de dosage X et en week-end, je dois changer le dosage Y. Et parfois quand je bascule entre les dosages, ce n'est pas la même molécule et donc ça peut aussi perturber l'équilibre hormonal de mon corps. » Une production locale insuffisante Elle rencontre également de grandes difficultés pour trouver le traitement de sa sœur, épileptique. « C'est un traitement qu'elle prend à vie et si elle le prend pas, elle peut avoir des crises d'épilepsie. Je me rappelle une fois, elle a raté deux semaines. Elle n'a pas eu son médicament et elle a failli mourir. » Comme de nombreux Tunisiens, Rahma s’adapte en multipliant les déplacements entre pharmacies ou en s’informant via des groupes Facebook pour repérer les stocks disponibles. Ces ruptures de stock interviennent pourtant dans un pays qui produit environ 70 % de ses médicaments, selon le médecin généraliste Rafik Boudjaria : « Il s'agit de médicaments généralistes, c'est-à-dire des antibiotiques de première ligne, des anti-inflammatoires. Les médicaments issus de la biotechnologie, des médicaments pointus, sont encore importés et les pénuries sont récurrentes. » Pour le médecin, le problème est avant tout structurel et ancien. « C'est un problème essentiellement en rapport avec le financement, les équilibres financiers de la pharmacie centrale de Tunisie, qui est la seule plateforme d'achat de médicaments. » Un manque de liquidités qui touche à la fois la pharmacie centrale et la Caisse nationale d’Assurance maladie, lourdement endettée. Aujourd’hui, en plus des pénuries, les pharmacies font face à des retards de remboursement de leurs créances par la CNAM, un dysfonctionnement qui risque d’aggraver encore les difficultés d’approvisionnement en médicaments.
Cette année, le birr, la devise éthiopienne, a subi une chute historique. En un an et demi, elle a perdu plus de 150 % de sa valeur. Pour les entreprises du pays, l’impact de cette dépréciation record est mitigé : si elle profite aux exportations, les entreprises publiques, elles, essuient des pertes de bénéfices.  De notre correspondante à Addis-Abeba, Jamais le birr n’avait connu une telle chute : fin novembre, dans les bureaux de change, un dollar s’échangeait contre 177 birrs. Soit 165 % de plus qu’en juillet 2024, lors de la mise en place d’une réforme du gouvernement, qui a modifié radicalement le régime de change en Éthiopie. Avant cette date, le taux de change du birr était fixé chaque jour par la Banque centrale. Depuis la réforme, celui-ci est déterminé par les marchés financiers. Une réforme « nécessaire », selon Getachew Teklemariam Alemu, économiste à l’Union africaine. « Il existait deux types de taux de change à l'époque : le budget de l'État était par exemple calculé selon un taux de change officiel. Mais les importations et les exportations étaient, elles, tarifées sur la base du taux de change parallèle. Il existait donc un important décalage entre l'économie formelle et l'économie informelle », détaille-t-il. Bien qu’impressionnante, la dépréciation immédiate du birr qui a suivi l’annonce de la réforme a eu des effets positifs sur l’export, détaille Getachew Teklemariam Alemu.  « Ces treize ou quatorze dernières années, les exportations de marchandises se sont toujours situées aux alentours de trois milliards de dollars. Mais l’année dernière, en 2024, elles ont augmenté de manière significative, à 8,3 milliards de dollars », poursuit-il. À lire aussiL'Éthiopie libéralise son régime de change et obtient une aide de 3,4 milliards du FMI Perte de 70 % pour Ethio Telecom Des bénéfices en hausse, dont témoigne aussi Kiroubel Siyoum, chef des opérations au sein de la marque emblématique de café Tomoca. « La dépréciation a impacté notre entreprise. Pour les exportations par exemple, ça a été un boost. À long terme, c’est une opportunité potentielle, puisque nos produits seront plus compétitifs, et cela nous rapportera plus de gains », espère-t-il. Mais les entreprises publiques peinent, elles, à faire face à cette chute vertigineuse. Au cours de l’exercice 2024/2025, Ethio Telecom, l’opérateur de télécommunications géré par l’État, a ainsi accusé une perte de 70 % de ses bénéfices net. « Le problème est le suivant : pour les entreprises comme Ethio Telecom, la plupart de leurs dettes sont libellées en devises étrangères, tandis que leurs revenus sont en birr. En conséquence, le montant de birrs éthiopiens qu’elles doivent collecter pour régler leurs dettes en devises étrangères a considérablement augmenté, en raison du taux sur le marché. Maintenant, la même dette leur coûte trois fois plus cher qu'avant la réforme », détaille l’économiste Getachew Teklemariam Alemu. La dépréciation impacte aussi lourdement les Éthiopiens. En 2025, l’inflation s’élevait à plus de 13 %. À lire aussiÉthiopie: l'inflation due aux conflits et aux chocs climatiques fait rebondir la pauvreté
En Afrique du Sud, les personnels de maison – femmes de ménage, nounous, jardiniers, etc. – dont le nombre est évalué à un peu moins d'un million de personnes à travers le pays ont enfin un syndicat reconnu par l'État. L'organisation syndicale Sadsawu qui œuvre depuis les années 2000 pour défendre les droits de ces travailleurs précaires et essentiels vient de recevoir le feu vert des autorités pour s'enregistrer au même titre que n'importe quelle autre centrale syndicale. Une évolution qui change beaucoup de choses pour ses membres... De notre correspondant à Johannesbourg, Il est un peu plus de 16 heures à Johannesburg, heure à laquelle les taxis se remplissent des personnels de maison qui rentrent chez eux. La plupart de ces travailleurs précaires sont des femmes de ménage ou des nounous, employées par des particuliers. « Je rentre tout juste de chez Martin. Demain je vais chez Cristina, et vendredi chez Samantha. C’est le seul moyen d’avoir un meilleur salaire, car nous avons besoin d'argent », détaille Maria Thupa sur le parking d’un restaurant. À 59 ans, celle-ci dirige la branche locale du syndicat South African Domestic Service and Allied Workers Union (Sadsawu) à Johannesburg. « Je dis souvent que la Sadsawu, c’est ma sécurité. Je sais qu’en cas de besoin, des gens sont prêts à se battre à mes côtés. Je sais aussi que personne ne peut me maltraiter sur mon lieu de travail car maintenant je connais mes droits », se réjouit-elle. Née dans les années 2000, cette organisation d'Afrique du Sud a remporté de larges victoires syndicales - un salaire minimum et une assurance chômage par exemple - mais attendait toujours cette reconnaissance officielle de l'État. C’est aujourd’hui chose faite, se réjouit Maria. « Maintenant, la porte s'ouvre pour nous. Vous savez, certains pensent que nous sommes des esclaves... Pardon de le dire, mais ce n'est pas le cas ! Nous réclamons plus d'argent. L’année prochaine, on fera donc de notre mieux pour mobiliser les gens, pour ouvrir des antennes partout dans le pays et nous faire connaître de tous. Cet enregistrement officiel, c’est donc un nouveau départ. Nous sommes désormais reconnus et personne ne peut nous arrêter », souligne la syndicaliste. Le Congrès des syndicats sud-africains, un soutien de poids Parmi les principales revendications de la Sadsawu figure une augmentation des salaires car pour l’instant, les travailleurs de maison gagnent environ 4 300 rands par mois - l'équivalent d'à peine plus de 200 euros. « En 2026, l’une de nos missions consistera à demander une révision des lois du travail et des travailleurs dans notre pays. Car nous avons découvert que ces lois ne sont pas bien adaptées à notre secteur », explique Gloria Kente, la secrétaire générale de la Sadsawu. En plus d’être officiellement reconnue, l'organisation est désormais affiliée au puissant Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu). « Si la Sadsawu veut faire grève, on la soutiendra. S’il faut aller devant un tribunal, on sera aussi là pour amplifier sa voix. Et en tant que Cosatu, nous avons aussi un siège autour de la table au moment des négociations entre syndicats, entreprises et gouvernement quand notre législation est élaborée », explique Zanele Sabela, la porte-parole du Cosatu. Reste que les employés de ce secteur d'activité comptent parmi les plus complexes à mobiliser, dans la mesure où chacun d'entre eux travaille seul, pour des particuliers. Un isolement qui peut freiner les actions collectives et syndicales. Pour l’instant, la Sadsawu ne compte que 3 500 membres. À lire aussiAfrique du Sud: en plein été austral, la ville du Cap cultive la tradition du cinéma en plein air
L'État camerounais vient de finaliser la renationalisation d'Eneo, sa principale société de distribution d'électricité. Engagé il y a trois ans, le rachat des parts du fonds d'investissement britannique Actis lui a coûté 78 milliards de francs CFA, soit l'équivalent de 119 millions d'euros. De notre correspondant à Yaoundé, Au Cameroun, le projet de renationalisation d'Eneo, le principal fournisseur d'électricité, est en cours de finalisation. Pour l'État camerounais, l'acquisition des parts jusque là détenues par le fonds d'investissement britannique Actis représente un coût de 78 milliards de francs CFA (l'équivalent de 119 millions d'euros). Mais ce rachat s'accompagne surtout de la reprise d'une dette colossale évaluée à près de 800 milliards de francs CFA (1,23 milliard d'euros). Malgré ce lourd passif, les autorités espèrent toutefois générer, dès la mi-2026, des revenus supplémentaires d'environ 50 milliards de francs CFA.  Pour atteindre cet objectif, le pays investit massivement dans de nouvelles infrastructures alors que sur le terrain, les coupures de courant restent une réalité quotidienne pour de nombreux usagers. Des images devenues virales sur les réseaux sociaux illustrent ainsi ces tensions persistantes entre l'entreprise Eneo, qui affirme intensifier la lutte contre la fraude, et des clients excédés par la qualité du service, comme dans ce quartier du troisième arrondissement de Yaoundé. « Quand il n'y a pas d'électricité, tout tourne au ralenti, les vivres se gâtent et les enfants n'arrivent pas à étudier. C'est compliqué », témoigne ainsi l'un de ses habitants. « Quel est le prix du kilowattheure ? Il est difficile à comprendre. C'est nous, les consommateurs individuels, qui subissons tout. Est-ce que l'État paie ses factures ? », s’interroge un autre en colère. De fait, le paiement des factures des entreprises publiques figurait parmi les principaux points de discorde entre l'État et son ancien partenaire. « Sur les 800 milliards de dette d’Eneo, beaucoup viennent de factures impayées par les administrations publiques camerounaises, dont des ministères, décrypte ainsi Benjamin Ngongang, analyste financier. Quel bilan a-t-on fait avant de dire qu'il fallait renationaliser ? On ne peut pas simplement changer de stratégie du jour au lendemain et faire croire aux Camerounais que la nationalisation d'Eneo va tout changer ». « Je pense toutefois que le gouvernement a fait une bonne affaire, parce qu'il rachète une entreprise dont la valeur est inférieure à celle à laquelle les Britanniques l'avaient achetée, même si elle est beaucoup plus endettée », poursuit-il sur une note plus positive. « Il faut rétablir l'équilibre du secteur de l'électricité » En rachetant le capital d'Actis, le partenaire britannique d'Eneo qui gérait la commercialisation de l'électricité depuis plus d'une décennie au Cameroun, le gouvernement affiche sa volonté d'en reprendre le contrôle, de mieux rémunérer tous les acteurs de la chaîne et surtout de redresser les finances de la compagnie. « Il faut rétablir l'équilibre du secteur. Sa dette s'élève pratiquement aujourd'hui à 800 milliards de francs CFA. La dette bancaire, elle, a un poids suffisamment consistant. L'engagement ferme et fort du gouvernement est que chacun paie sa facture d'électricité. Même au niveau des entités publiques, au niveau du ministère des Finances, les dispositions sont en train d'être prises pour, le cas échéant, procéder aux retenues à la source », a déclaré Gaston Eloundou, le ministre des Mines, de l'Eau et de l'Énergie. Le gouvernement camerounais a consenti d'importants efforts financiers pour résorber le déficit énergétique du pays. La construction du barrage de Nachtigal, inauguré il y a 17 mois, a par exemple coûté près de 10 milliards de francs CFA par mois à l'État. Reste à savoir maintenant quand son impact sur la stabilité du réseau national va se concrétiser, les délestages étant toujours fréquents, pour l'instant, à travers tout le pays... À lire aussiCameroun: manifestations dans plusieurs quartiers de Buea en zone anglophone après des mois sans électricité
Le Gabon souhaite renforcer ses liens économiques avec la Côte d’Ivoire. Après les secteurs du transport aérien et du transport routier, les investisseurs ivoiriens entendent participer à l'objectif d'autosuffisance alimentaire du pays voulu par les autorités de Libreville. Avec notre correspondant à Libreville, C'est une véritable offensive économique que la Côte d'Ivoire lance au Gabon et le timing n'a pas été choisi au hasard, Libreville ayant annoncé récemment une réforme en profondeur de son agriculture pour limiter l'importation massive de produits alimentaires. La Côte d'Ivoire entend en effet exporter son modèle agricole au Gabon, à commencer par la production de semences. « Par exemple, la qualité des semences produites qui sont à haut rendement permet de réduire les surfaces cultivées pour assurer le gain des petits producteurs, des agro-industriels, etc. », explique le professeur Da Costa Kouassi, chercheur principal au Centre national de recherche agronomique de Côte d'Ivoire. Au Gabon, les investisseurs ivoiriens se positionnent notamment dans la production de denrées alimentaires. Solange Amichia, directrice générale du Centre de promotion des investissements en Côte d'Ivoire : « Nous sommes venus présenter les opportunités d'investissement sur plusieurs projets. Ce sont des projets de plantations et d'usines intégrées pour la production de manioc, d'ignames, de bananes plantain, d'aliments pour animaux, mais également de l'aquaculture. Ce sont des projets qu'on fait en Côte d'Ivoire et qu'on peut répliquer ici au Gabon ». L'agriculture n'est pas le seul secteur qui intéresse les Ivoiriens. Au terme du forum, Ghislain Mouandza Mboma, directeur général de l'Agence gabonaise de promotion des investissements, s'est dit satisfait des engagements économiques de la partie ivoirienne : « En intentions d'investissements, nous ne sommes pas loin d'une enveloppe de 200 milliards de francs CFA. Il s'agit des secteurs de la cimenterie, de la production de poulets de chair ou de la construction d'hôtels haut de gamme : on a des intentions claires là-dessus. Maintenant, nous allons continuer le dialogue pour réussir à concrétiser cela. » Le Gabon et la Côte d'Ivoire construisent le modèle parfait pour la souveraineté économique de l'Afrique, estime Henri Claude Oyima, ancien ministre gabonais de l'Économie et des Finances. « Le partenariat entre la Côte d'Ivoire et le Gabon est un exemple de ce que le continent peut accomplir lorsqu'il choisit l'ambition plutôt que l'attentisme, la coopération plutôt que la dépendance et la transformation plutôt que l'exportation brute de richesses agricoles et minières », commente-t-il. La Côte d'Ivoire ne découvre pas le marché gabonais. Ses entreprises sont présentes dans le secteur bancaire, le transport aérien et la construction des routes. À lire aussiGabon: coup d’envoi d’un vaste projet de Zones à forte productivité agricole
Créer une entreprise au Congo-Brazzaville relevait du parcours du combattant, avec beaucoup de formalités à remplir. Pour faciliter la tâche aux opérateurs économiques, le gouvernement vient de lancer une plateforme pour faciliter la création d’entreprise en ligne. Elle est accompagnée d’un numéro vert fournissant toutes les informations. Avec notre correspondant à Brazzaville, Loïcia Martial Entrepreneurs, membres du gouvernement… En tout, plus d’une centaine de personnes sont venues assister au lancement de la plateforme de création des entreprises en ligne. Emeriand Dieu-Merci Kibangou est le directeur général de l’ACPCE, l'Agence congolaise pour la création des entreprises, qui se charge de la gestion du site : « La plateforme de création d'entreprises en ligne permet en réalité à ce que tous les acteurs du secteur privé, qu'ils soient Congolais, qu'ils habitent au Congo ou pas, puissent être capables d'avoir la vraie information sur que faire et comment faire pour créer leur entreprise. Cette plateforme permet à ce que chacun, de sa maison du Congo ou de l'extérieur du Congo, puisse véritablement créer l'entreprise. » La plateforme est accompagnée d’un numéro vert 1730 fournissant aux demandeurs toutes les informations requises. Désormais une entreprise peut être créée en 24 heures, dans n’importe quel domaine d’activité. Une vraie révolution, estime Emeriand Dieu-Merci Kibangou : « Pour créer une entreprise, il y a quelques années, c'était le parcours du combattant. Il fallait même avoir un avis de la sécurité d'État parce que nous revenons d'un pays avec un passé communiste. Donc, ça faisait que ce n'était pas forcément évident. Ce n'était pas bien vu. » À lire aussiDévelopper les PME en Afrique: le défi de l’investissement Le seuil financier nécessaire pour la création d'une entreprise a baissé, ce qui permettra d'encourager de nombreuses petites sociétés à s'enregistrer, se félicite également la ministre en charge du commerce informel. « Autrefois, pour créer une entreprise, il fallait avoir au moins 500 000 francs CFA (762 euros). Mais, aujourd'hui, avec 25 000 francs CFA (38 euros) on peut créer une entreprise. Cela arrange les acteurs de l’économie informelle », explique Inès Nefer Bertille Voumbo Yalo. Dirigeant d'une entreprise informatique, Max Abraham Charlemagne Lepa juge que cette plateforme encouragera les jeunes à créer leur société. « Aujourd’hui, on a mis un système en place pour pouvoir pousser les jeunes entrepreneurs congolais à créer quelque chose, afin que cette jeunesse puisse vivre de ça et aller de l’avant », analyse-t-il. L'Agence congolaise pour la création des entreprises a été mise en place pour faciliter la tâche aux entreprises. Le nombre d'entreprises au Congo-Brazzaville est passé de 1 800 en 2021 à plus de 5 000 entreprises cette année. À lire aussiCongo-Brazzaville: la SFI et Bank of Africa s’associent pour financer l'essor des PME
C’est le dernier épisode d’un long feuilleton juridico-commercial vieux de plus d’une décennie. Le Parlement européen a adopté de justesse, le 26 novembre, un nouvel accord commercial sur la pêche et l’agriculture entre l’UE et le Maroc. Après l’annulation du précédent texte datant de 2019, les indépendantistes du Front Polisario demandaient que les produits issus du Sahara occidental en soient exclus, mais ce ne sera finalement pas le cas. De notre correspondant à Casablanca, La nouvelle version de l’accord agricole Rabat-Bruxelles comprend bien les produits du Sahara occidental. Des tomates, essentiellement, et des melons qui poussent, hors sol, sous d’immenses serres. Ils continueront de bénéficier d’une réduction des droits de douane. « Au final, le Maroc demeure le principal bénéficiaire puisqu'il obtient une reconnaissance pratique de la continuité des préférences accordées à ses exportations, y compris celles provenant des provinces du Sud », détaille Zaher Badr Al Azrak, professeur de droit des affaires à l'université Hassan II de Casablanca. « Provinces du Sud », c’est l’expression utilisée au Maroc pour désigner ces territoires revendiqués par le Front Polisario. Le nouveau texte amendé par la Commission européenne propose une formulation juridique inédite, pour respecter l’arrêt de la Cour de justice de l’UE. « Le changement ne porte pas sur la substance même de l'accord commercial, mais plutôt sur sa mise en œuvre. Les Européens ont introduit des mécanismes pratiques et techniques », poursuit-il. Une concurrence déloyale ? À l’exigence de traçabilité de la Cour, Bruxelles répond par un étiquetage spécifique, mentionnant simplement les deux régions de production autour des villes de Dakhla et de Laâyoune. Le Front Polisario dénonce une disposition illégale. « En fait, il n’y a pas eu de grands changements. L'Union européenne et le Maroc ont repris pratiquement les mêmes dispositions. Ils les ont reconduites dans ce traité. Je pense que le Maroc a enregistré une victoire par rapport à ses détracteurs », souligne l’analyste économique et politique marocain, Driss Aïssaoui. Les échanges agricoles ne cessent de progresser entre le Maroc et l’UE. L'année dernière, ils ont atteint plus de 7 milliards d'euros. Ainsi, tout en annulant l’accord commercial en 2024, la Cour de justice de l’UE l’avait maintenu pour une durée transitoire de 12 mois. « L'Union européenne est un partenaire fort et indispensable, mais qui fonctionne selon des équilibres internes complexes, analyse Zaher Badr Al Azrak. C'est précisément pour cela que la diversification des partenariats en Afrique, en Asie ou en Amérique latine n'est plus une option secondaire, mais une nécessité stratégique pour le royaume. » Le texte tout juste adopté compte encore des ennemis : des syndicats agricoles français et espagnols qui dénoncent une concurrence déloyale. Le Front Polisario aussi, qui prévoit de saisir à nouveau la Cour de justice de l’Union européenne d’ici la fin du mois de décembre. À lire aussiLes produits du Sahara occidental inclus dans l'accord commercial Maroc-UE
En Afrique du Sud, les ventes de voitures neuves ont au troisième trimestre atteint des sommets, la meilleure performance de la décennie. Une dynamique largement portée par les marques chinoises - avec désormais deux constructeurs chinois (GMW et Chery) dans le top 10 des voitures les plus vendues dans le pays. Si la stratégie chinoise est parfois d’exporter ses voitures thermiques délaissées par ses consommateurs, c’est aussi l’innovation et le changement proposés par ces véhicules que les Sud-Africains apprécient. Avec notre correspondant à Johannesburg, Le meilleur moyen de trouver des voitures, c’est d’aller sur un parking. L’expérience est assez intéressante puisque parmi la centaine de voitures garées ici, près de vingt véhicules sont de marques chinoises. C’est une illustration parfaite de la dynamique nationale puisque les marques chinoises représentent désormais 15 % du marché automobile sud-africain. « C'est la première fois que je conduis une voiture chinoise. Je l'ai achetée cette année, elle a 2 000 km », explique Lerato au volant d’une Chery Tiggo blanche neuve, la voiture chinoise la plus populaire d’Afrique du Sud. Lerato nous invite à nous asseoir sur le siège passager le temps de l’interview.  Si elle devait changer sa voiture dans les années à venir, elle se tournerait de nouveau sans hésiter vers une marque chinoise, affirme-t-elle : « Sans hésiter ! Vous savez, on a longtemps pensé que les voitures chinoises n’étaient pas fiables. Mais les gens conduisent ces voitures ! Et la vérité, c'est que les prix sont intéressants. Alors les routes d'Afrique du Sud sont désormais remplies de voitures chinoises. Et ça me va très bien ! » Les propriétaires de marques chinoises ont donc tout à fait conscience d’être les acteurs d’un marché automobile sud-africain en plein bouleversement. Cette conductrice garée un peu plus loin ferme le coffre de sa voiture, achetée il y a trois mois. « Je pense que les grandes marques traditionnelles ont assez dominé, elles ont fait leur temps. On veut du changement. Et avec plus de concurrence, on a de meilleurs prix, et de meilleurs produits », se réjouit-elle. « Aujourd’hui les clients jeunes ne se soucient plus de la marque » L'organisation TransUnion Africa a récemment publié un rapport sur les ventes de voitures neuves en Afrique du Sud, qui ont tout simplement atteint des records, portées par les marques chinoises. Les précisions avec Lee Naik, PDG de la branche Afrique : « C’est vraiment au cours des trois ou quatre dernières années que de nombreux constructeurs chinois ont fait leur entrée sur notre marché. » Selon cet expert, les marques chinoises ont autant de succès car elles répondent parfaitement aux nouvelles attentes du consommateur, notamment des jeunes. « Dans le cas de l'Afrique du Sud et de l'Afrique en général, la question est de plus en plus de savoir comment se déplacer de son domicile à son lieu de travail. Les Chinois ont fait leur entrée sur le marché avec de nombreuses marques, et ils ont réussi à nous proposer des voitures dotées de nombreuses fonctionnalités, d'innovations et de technologies - à un prix très compétitif », met-il en avant. « Aujourd’hui les clients jeunes ne se soucient plus de la marque. Ils veulent juste avoir accès à cette mobilité. Et je vous rappelle que l'Afrique a la population la plus jeune du monde ! », poursuit-il. Le géant automobile Chery dit même avoir atteint un volume de vente critique, et réfléchit donc à ouvrir une usine locale, en Afrique du Sud, pour satisfaire la demande. À lire aussiAutomobile: la stratégie chinoise qui bouleverse le marché mondial du thermique
À East London, dans la province sud-africaine du Cap-Oriental, les droits de douane américains — 30 % sur les produits sud-africains — frappent de plein fouet l’industrie automobile. L’usine Mercedes-Benz, pilier de l’économie locale, exporte moins. Pour amortir le choc, le port de la ville accélère sa diversification. De notre envoyé spécial de retour d'East London, « Nous sommes au contrôle portuaire, c'est là qu'on dirige les bateaux dans le port », explique Sphiwe Mthembu, directeur du port, fier de son infrastructure, la seule du pays située à l’embouchure d’une rivière. Agrandi pour Mercedes-Benz au début des années 2000, le terminal s’est transformé au fil des investissements en plateforme polyvalente. « Cela signifie que nous pouvons traiter des conteneurs. Nous manipulons aussi du vrac sec : ce que vous voyez là, c’est une cargaison de manganèse qui vient d’une mine dans les terres. De l’autre côté, vous apercevez des voitures qui seront chargées sur ces porte-voitures qui font régulièrement escale ici. Un autre navire est en train d’importer du blé. Et un tanker doit arriver pour du vrac liquide. C’est tout l’avantage d’un terminal polyvalent : pouvoir gérer différents types de marchandises sans contrainte », ajoute-t-il. Le tourisme pour sortir de la dépendance automobile Des travaux sont en cours. Des ouvriers sont en train de travailler pour faire une sorte de marina avec des restaurants pour accueillir encore plus de touristes. Cela fait partie de la diversification du port d'East London qui, face aux difficultés que rencontre l'industrie automobile ici, cherche à consolider de nouveaux secteurs. « Toutes les embarcations de plaisance arrivent ici, décrit Spiwe Mtembu. Nous investissons actuellement beaucoup d’argent dans ce secteur. C’est là que se trouvent les restaurants. Et si vous souhaitez faire une croisière, c’est ici que vous viendrez. » L’autorité portuaire vient tout juste d’investir 8 millions de dollars pour revitaliser le front de mer. L’objectif de la municipalité est clair : faire d’East London une destination touristique reconnue. Une diversification longtemps négligée, selon Ted Keenan, journaliste au quotidien local The Daily Dispatch : « Quand on a une entreprise de la stature de Mercedes-Benz, on se dit qu’elle sera toujours là, qu'elle ne faillira jamais. Mercedes-Benz, c’est du 3 étoiles, c’est magnifique. Mais nous aurions dû nous concentrer sur le développement d'autres industries. Le tourisme, par exemple. C’est une ville de vacances fantastique. » Selon la ministre sud-africaine des Transports, 650 millions de dollars seront au total investis dans le système portuaire du pays, au cours des cinq prochaines années. À lire aussiEast London: en Afrique du Sud, une ville face aux taxes Trump
Le mois de décembre est au Ghana, comme au Nigeria, l’occasion de nombreuses festivités lors du pic d’arrivées des touristes et de la diaspora. Une frénésie qui vaut à ce phénomène culturel le surnom de « Detty december », traduction en pidgin de l’anglais « dirty » - sale, en français. Le directeur du bureau ghanéen de la diaspora a récemment déploré sa connotation négative et voudrait imposer l’appellation plus neutre de « December in Ghana ». Mais, du côté des professionnels de l’événementiel, c’est l’aubaine. Les chiffres d’affaires explosent et les prix s’envolent. « J’aime bien faire voyager les gens dans mes sets », confie ce DJ français installé depuis plus de 14 ans au Ghana et fondateur du label Akwaaba Music. Benjamin Lebrave, connu ici sous le nom de BBrave, n’en est pas à son premier « Detty December ». « Il n’y a vraiment aucune autre période de l’année qui puisse rivaliser avec le mois de décembre, c’est incroyable. Au lieu de mixer trois-quatre fois par mois, je vais mixer dix fois, se réjouit-il. C’est vraiment devenu une institution. De Noël au Nouvel An, ici, tous les soirs il y a des gros événements. » Plus de 150 événements listés Soirées dansantes, concerts, festivals, mais aussi défilés de modes ou conférences. Ce ne sont pas moins de 150 évènements qui sont listés sur la brochure officielle communiquée par le ministère du Tourisme pour le mois de décembre. L’occasion donc, pour les professionnels de l'événementiel, de faire le plein de recettes. « En décembre, on gagne généralement trois fois ce qu’on gagne un mois standard, se félicite Kwasi Osei-Kusi, propriétaire avec Charles Kojo Bucknor de quatre établissements, dont l'Alley Bar, l’un des plus gros clubs de la capitale. Pour d’autres, ça peut même représenter 80 % de leurs revenus annuels, parce qu’ils ne sont pas trop actifs le reste de l’année. » Un salaire annuel pour une table dans un club Un chiffre d’affaires dopé par un afflux massif de touristes étrangers, surtout en provenance des États-Unis. Selon le dernier rapport officiel sur l’activité touristique, les voyageurs américains représentaient 45 % des arrivées à l’aéroport en décembre 2023. « La période de "Detty December" est bien plus chère que le reste de l’année, reconnaît Kwasi Osei-Kusi, qui jure de son côté ne pas augmenter ses prix. Pour les logements, il y a beaucoup plus de demandes, donc les propriétaires en profitent. Si vous voulez réserver une table dans un club en soirée, les prix peuvent atteindre un salaire annuel. » Le « Detty December » au Ghana serait-il un événement exclusivement réservé à une clientèle fortunée, quitte à exclure toute une partie de la jeunesse locale ? « C’est vrai que si vous voulez aller faire la fête dans le quartier d'East Legon, ici à Accra, les prix sont impossibles pour une certaine partie des gens, reconnaît Kenneth Awotwe Darko, journaliste ghanéen spécialisé dans l’économie culturelle. Mais on peut aussi aller dans le quartier d’Osu, où les activités sont bien plus abordables. » Le risque est grand, surtout pour les jeunes, de terminer le « Detty December » très endettés. 
À l’approche des élections générales prévues le 28 décembre prochain, le pays se prépare à un rendez-vous politique majeur, qui coïncide avec les fêtes de fin d’année. Mais cette double actualité n’est pas sans conséquences sur le quotidien des populations. Depuis plusieurs semaines, les Centrafricains font face à une hausse significative des prix des produits de première nécessité. Une inflation alimentée notamment par le retour massif des Centrafricains de la diaspora et l’arrivée d’observateurs internationaux, exerçant une forte pression sur le logement, le transport et l’alimentation. De notre correspondant à Bangui,   Au marché du PK5 de Bangui, la capitale de Centrafrique, les étals sont bien garnis et les clients nombreux. Pourtant, les visages se ferment au moment de payer. Ici, le sac de riz a pris plusieurs milliers de francs. L’huile, le sucre, les oignons, tout semble coûter plus cher. Une hausse des prix qui coïncide avec la période électorale et les fêtes de fin d'année selon Frédérica, une commerçante : « Le commerce ne fonctionne pas bien. Tout est devenu cher chez les grossistes. Beaucoup de clients pensent que nous augmentons les prix par plaisir, or ce n'est pas notre faute. Le transport devient plus cher à cause de la crise du carburant, parfois de l’insécurité ou des contrôles renforcés pendant les élections. On s'en sort difficilement. » Depuis une semaine, Bangui voit revenir de nombreux Centrafricains de la diaspora. Certains sont rentrés pour voter, d’autres pour observer ou accompagner le processus électoral. À eux s’ajoutent des délégations étrangères, observateurs internationaux, ONG et journalistes. « Pendant les fêtes de fin d’année, il y a des commerces qu’on appelle des commerces saisonniers. Les importateurs trouvent en cette circonstance un moment pour se faire de l’argent. Ils quittent leur segment traditionnel et ils se versent dans ces segments qui rapportent beaucoup d’argent en très peu de temps. Ce commerce saisonnier vient bouleverser le cycle de fonctionnement de notre pays, ce qui fait que nous connaissons les flambées des prix de première nécessité à chaque fête », explique l’économiste Lorenzo Ganazoui. « Je suis obligé de me contenter du strict minimum » Pour les commerçants, c’est une question d’équilibre. Pour les ménages locaux, en revanche, la situation devient préoccupante. Barnabé, père de famille, ne sait pas comment joindre les deux bouts : « Les prix des denrées alimentaires ont énormément augmenté sur tous les marchés. Je voudrais offrir un bon repas à mes enfants et des cadeaux pendant cette période de fête, mais c’est très compliqué. Je suis obligé de me contenter du strict minimum. » Cette inflation temporaire, liée aux dynamiques migratoires et au contexte politique, révèle une fragilité structurelle du pouvoir d’achat dans le pays, selon Lorenzo Ganazoui. Celui-ci propose des pistes de solutions : « Il va falloir travailler de manière que nous puissions commencer à produire, pour ne pas dire surproduire localement, de manière à palier à nos besoins d’abord localement, suggère-t-il. Ce sont les besoins qui auront manqué dans la production locale, qu’on pourra apporter ça de l’étranger. » À Bangui, chacun espère que cette flambée des prix ne durera pas. En attendant, faire ses courses est devenu un exercice de calcul et de résilience. À lire aussiCentrafrique: la campagne s’accélère et la pression monte à une semaine de la présidentielle
En Côte d’Ivoire, le marché des vins et spiritueux reste largement dominé par les produits importés. Le pays était en 2024 le deuxième importateur africain de vin en valeur, derrière l’Afrique du Sud. Mais de petites entreprises ivoiriennes font le pari du local, en vendant des vins, liqueurs et autres alcools fabriqués à partir de fruits et céréales ouest-africains. Des alcools mis en avant en cette période de fêtes. Avec notre correspondante à Abidjan, Marine Jeannin Que serait un marché de Noël sans boissons festives ? À celui de l’hôtel Ivoire, l’entrepreneuse franco-ivoirienne Audrey Nanou tient un stand avec son frère pour vendre les produits de leur petite entreprise familiale, les Versants d’Aghien. Des vins de bissap, d’ananas, ou de passion, qui remportent un beau succès auprès des badauds qui s’aventurent à y goûter. Une petite production de deux cents bouteilles par mois, qu’ils écoulent grâce au bouche à oreille, et qu’ils espèrent doubler l’an prochain. « Pour les fêtes, pour se faire plaisir, les gens aiment bien, se réjouit Audrey Nanou. Il faut juste que les gens goûtent, il faut que les gens découvrent, parce que tous ceux qui goûtent aiment ! Enfin, presque tous. C'est original et les gens qui goûtent sont étonnés. Donc je pense qu’on a notre place sur le marché. Mais c’est vrai qu’il faut amener les gens à consommer ivoirien, et changer les habitudes en fait. » Un peu plus loin se dresse un autre stand de boissons: Vinqueur, sans A. En plus des vins et liqueurs élaborés à partir de produits locaux, ils proposent des sirops non alcoolisés et des spiritueux classiques revisités à l’ivoirienne, énumère Ginette Bailly, la directrice administrative et financière : « On a notre whisky, le whisky Ivoire, notre gin, Abidjan Gin, notre rhum, pastis… La liqueur Chérie Coco qui est un peu comme du Baileys, mais à l’ivoirienne, qui est faite avec du lait de coco. Et la vodka de foufou, qui est à base de banane plantain, avec de l’huile rouge. » À 30 km de là, à l’entrée de la ville côtière de Grand-Bassam, le cofondateur de Vinqueur, Terah De Jong, ouvre aux visiteurs les portes de sa micro-distillerie qui transforme près de 75 différentes matières premières ouest-africaines. « J’ai eu l’idée de faire la distillation de jus d’Afrique de l'Ouest en 2017, raconte-t-il. On a commencé avec des jus de bissap, de fruits de la passion, on a fait plus de 300 essais. Certains étaient très bons, d'autres vraiment horribles. » Avec le temps, Terah De Jong et sa femme Mariame Ouattara ont élaboré un catalogue de 35 produits. Potentiel de création d'emplois « Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup d’épices, d’herbes et de produits médicinaux en Afrique de l'Ouest qu’on pouvait mettre dans des boissons, poursuit l’entrepreneur. Donc, notre premier spiritueux a été Abidjan Gin, avec 21 épices et écorces locales. On utilise plus de 75 matières premières d’Afrique de l’Ouest. On n’achète pas d’alcool, on fermente tout depuis zéro. Pour notre whisky, au lieu du blé et de l’orge, on utilise le sorgho, le mil et le maïs. On utilise des jus de canne à sucre fraîchement pressés pour faire nos rhums blancs agricoles. On a aussi des eaux-de-vie », explique le producteur. « Par exemple, avec la pomme de cajou, qui est un déchet agricole ici, qui n’est pas utilisé après la récolte mais qui existe en abondance, on fait différentes choses, comme des sirops ou un spiritueux qu’on appelle Tekilah, avec K. C’est un peu comme un mezcal, c’est très fumé. C’est aussi la base pour notre Kognac, avec K également, pour ne pas avoir de problèmes [le cognac étant une appellation d'origine contrôlée (AOC), son nom est légalement protégé, ndlr]. C’est 20 % de mangue et 80 % de pomme de cajou », précise-t-il. Avec leur microbrasserie, Terah de Jong et Mariame Ouattara nourrissent des ambitions multiples : « Il y a certes l’enjeu de création d’emploi local, souligne-t-il. On pense que le potentiel en termes de croissance économique dans les villages est assez important. Et ce sont aussi des produits avec une belle histoire qu’on peut raconter autour. Mais l’enjeu pour nous est aussi d’apporter un regard différent sur la richesse des ingrédients, la richesse des épices et du terroir ouest-africain. De montrer aussi ce qu’on peut faire avec cette richesse, au-delà d’exporter les matières premières brutes. » En Côte d’Ivoire, les produits agricoles représentent la moitié des exportations nationales, mais seulement 14,4 % du PIB, faute d’une industrie de transformation locale suffisamment développée. À lire aussiLe succès des marchés de Noël en Afrique du Sud [1/5]
En Afrique du Sud, les fêtes de fin d’année se célèbrent sous le soleil, puisque pour la zone australe, la période correspond aux grandes vacances d’été. Mais des traditions de Noël ont quand même pris racine, comme celle des marchés, de plus en plus nombreux et populaires ces dernières années, mettant en avant l’artisanat local. De notre correspondante à Johannesburg, Les glaces remplacent le vin chaud et des débardeurs sont portés à la place des pulls de Noël. Mais l’effervescence pour trouver des cadeaux juste avant les fêtes est bien là. Terena ressort avec des sacs bien remplis : « On a acheté différents types d’objets vendus par les commerçants locaux. Par exemple, ces fabrications en bois, des décorations faites à la main. J’ai aussi pris ces petits sacs en crochet. J’en ai d’abord voulu un pour ma grand-mère, mais je les aime tellement que j’en ai aussi acheté un pour moi ! Je dépense pas mal quand je vais à des marchés de Noël, mais j’ai mis de côté pour être prête. Donc, quand arrive cette période, je ne compte pas trop. Et ça aide tous ces petits c ommerces et ces entrepreneurs pour le reste de l’année d’avoir leur production mise en avant ainsi », raconte cette cliente.  Organisé sur une journée, ce marché Randpark est l’un des derniers à avoir vu le jour, et à proposer des cadeaux artisanaux pour Noël. Tout avait pourtant commencé à très petite échelle, comme s’en souvient son organisatrice, Tabitha Hoy : « Lors du confinement, il n’y avait plus rien. Donc c’est comme ça qu’on a commencé à faire des petits marchés éphémères, juste dans notre allée. De plus en plus de gens, au fil du temps, ont voulu participer. Et voilà comment on se retrouve, 5 ans plus tard, avec 46 vendeurs de Noël ! » À lire aussiAfrique du Sud: le gouvernement lance la révision de sa politique de justice économique Une queue s’est formée devant le stand de Vimbai Mhuta. « Ici, vous avez les sels de bains, et là on fait aussi des crèmes pour les mains, pour les pieds, des soins pour le corps et des gommages », présente-t-elle. La commerçante a vu, ces dernières années, ces marchés de Noël se développer : « Je pense que les gens comprennent de plus en plus l’intérêt d’aller à des marchés pour trouver des cadeaux et des produits uniques. Cette année, j’ai dû choisir quels marchés j’allais faire, car il y en a vraiment beaucoup ! », explique-t-elle. Cependant, dans un pays aux grandes inégalités, ces marchés de Noël n’attirent qu’une partie de la population, puisque tous n’ont pas forcément assez de revenus à dépenser en cadeaux, comme l’explique l’économiste Eliphas Ndou : « Les ménages aux revenus moyens et faibles, en ce moment, sont pour la plupart obligés de se restreindre, car ils doivent dépenser davantage en nourriture et en frais de logement et d’électricité. Ce sont les revenus plus élevés qui peuvent se permettre des produits non essentiels. Donc, il est important de comprendre la structure des revenus qui reflète les inégalités au sein de la population. » La confiance des consommateurs sud-africains s’est toutefois renforcée au quatrième trimestre selon une enquête locale, ce qui est une bonne nouvelle pour les commerçants en cette fin d’année. À lire aussiAvant le G20, un vent d'optimisme souffle sur l'Afrique du Sud
Après l’interruption par l’Algérie de ses exportations de gaz vers le Maroc, le royaume chérifien cherche à sécuriser son approvisionnement avec un projet d’unité flottante de regazéification du GNL, le gaz naturel liquéfié. Il pourrait alors provenir de différents fournisseurs, par bateau, jusqu’à Nador, sur la côte du Rif oriental. Les candidats ont jusqu'à la fin du mois de janvier pour répondre aux appels à concurrence. L’implantation à Nador sur la côte nord-est du Maroc n’a pas été choisie au hasard : l'unité flottante de regazéification sera connectée à la centrale électrique d’Aïn Beni Mathar via le Gazoduc Maghreb Europe, ou GME, que l’Algérie, fâchée avec le Maroc, a cessé d’alimenter depuis 2021. Il est désormais alimenté à rebours mais moins abondamment par l'Espagne. « L'idée, bien sûr, derrière ce projet, c'est de développer un deuxième point d'entrée à travers un terminal GNL, explique Mustapha Warfou, chef de la division des infrastructures gazières au ministère de la Transition énergétique. Et en parallèle de développer l'infrastructure gazière, à savoir le gazoduc qui va relier ce terminal "Nador West Med" au GME, puis le GME à Kenitra puis Mohammedia pour alimenter les différentes zones de consommation, donc les industriels et les centrales électriques. » Le Maroc a aujourd’hui besoin d’importer cinq milliards de mètres cubes de gaz, il en importait trois milliards de mètres cubes d’Algérie. Le terminal GNL de Nador lui permettra d’en regazéifier jusqu’à 10 milliards de mètres cubes. Une solution flexible pour sécuriser ses approvisionnements. « Le Maroc est en train de chercher une solution alternative et il ne veut pas dépendre de l'Algérie, souligne l’expert des marchés gaziers Thierry Bros. Donc, si vous voulez ne pas dépendre de l'Algérie, vous êtes obligé de devenir une plateforme de gaz naturel liquéfié. Ça va lui coûter plus cher, évidemment. On parle bien de millions de dollars et rien n'est gratuit dans ce système. Et vous payez les prix internationaux. Mais, mais si vous en avez besoin, ça viendra. Alors que le gaz algérien, si vous en avez besoin, ça pourrait ne pas venir » Presqu'un milliard de dollars d'investissements au total Le contexte est plutôt favorable au Maroc, avec à court et moyen terme, une offre mondiale excédentaire de GNL. « Entre le Qatar, les États-Unis, voire peut-être des pays d'Afrique, le Sénégal, au sud, va se mettre à exporter du GNL. Des fournisseurs, il y en a, observe Philippe Sébille-Lopez, géopoliticien de l’énergie. Il y a une bulle de GNL au niveau global. Il suffit donc de se mettre sur un projet de développement de liquéfaction aux États-Unis. » Le Maroc prévoit de dépenser 273 millions de dollars pour la plateforme GNL et sa connexion au Gazoduc Maghreb Europe, puis 638 millions de dollars pour prolonger les gazoducs jusqu'à la côte atlantique. À lire aussiMaroc: avec l’investissement de Safran, une nouvelle étape franchie dans l’aéronautique
Ces dernières années, beaucoup de procédures ont été engagées contre des entreprises étrangères en Afrique et leurs pratiques de corruption. Des cas emblématiques ont été jugés, comme celui de Glencore. Il est cependant difficile de voir l’argent restitué. Un mouvement de réflexion est engagé sur le continent, auquel contribue particulièrement le collectif Restitution pour l’Afrique emmené par Jean-Jacques Lumumba, qui a déposé une plainte au mois de mars. Cette plainte déposée auprès Parquet national financier de Paris a fait du bruit car elle est inédite : elle concerne plusieurs membres de Bolloré pour « recel » et « blanchiment ». « Souvent, quand on dénonce la corruption, on s'attaque aux corrompus, mais on fait très peu allusion aux corrupteurs. Et l'objectif que nous menons, c'est de pouvoir s'attaquer aux corrupteurs et de pouvoir s'attaquer aux fruits et aux bénéfices de la corruption », détaille Jean-Jacques Lumumba, qui est à la tête du collectif. Et de poursuivre son analyse : « Ces produits de la corruption produisent des bénéfices et des flux financiers qui arrivent dans des pays. Il faudrait que ces pays-là, cette captation de ressources, soient aussi considérés comme des biens mal acquis. C'est ça tout le concept de biens mal acquis inversés. » Un système de corruption favorisé par le cadre bilatéral – entre les multinationales et les États – des négociations et du traitement des contentieux. L’ONU appelle pour contrer cela à la mise en place d’une convention fiscale. « Si on a un cadre global, on peut avoir une mesure de la redevabilité qui soit beaucoup plus utile. À l'intérieur de cadres bilatéraux de négociations, il y a un problème de transparence. Il y a une asymétrie d'information, il y a une asymétrie de capacité. Et si ces asymétries-là sont localisées à un niveau bilatéral, il est très difficile de les changer. Par contre, si on les situe dans un cadre global, par exemple le cadre des Nations Unies malgré la faiblesse actuelle de l'ONU, on peut ouvrir ces boîtes d'asymétrie pour qu'il y ait plus d'informations disséminées et qu'il y ait plus de transparence », précise le Dr Ibrahim Assane Mayaki, ancien Premier ministre du Niger, coprésident du groupe de haut niveau qui travaille sur ces questions à l’ONU. Repenser l'utilisation des fonds saisis  Quand les entreprises sont appelées à payer, il est là encore difficile d’y voir clair. Le cas de Glencore au Cameroun est emblématique. L’entreprise est accusée d’avoir payé des pots de vin pour assurer son approvisionnement en pétrole. La société écope d’une amende de plus d'un milliard de dollars aux États-Unis. « Les pays victimes n'ont pas un radis en compensation. Largent est parti aux États-Unis et en Angleterre », dénonce Akere Muna, un avocat spécialiste de la lutte contre la corruption et le fondateur de Transparency International Cameroun. « Dans le cas de ces sociétés corrupteurs, il faudrait absolument que les fonds soient restitués de façon très transparente à ces pays-là. Parce que le danger – comme dans le cas d'Obyang en France – c’est quand on condamne de renvoyer [l’argent] dans un pays et que ce sont les mêmes [personnes] qui sont en place, ça pose un problème », souligne-t-il. Chaque année, le continent perdrait ainsi 25% de son PIB à cause de la corruption. Un « fléau » qui freine les investissements et accroît les inégalités, dénonce la Banque africaine de développement.  À lire aussiTchad: l’Agence de lutte contre la corruption dénonce une situation « alarmante »
Le secteur des start-up est en forte croissance en Afrique de l’Ouest, mais l’éducation reste peu représentée. Deux jeunes entreprises ivoiriennes développant des solutions éducatives étaient récemment à Paris dans le cadre d’un programme avec la grande école HEC et CDC-CI Capital. Avec l’application Ecolepay, fini les files d’attente interminables à la banque et les allers-retours dans les bouchons. La cantine et les frais de scolarité sont payés en un clic. Pour Jean-Philippe Lasme, directeur de la start-up LKM Digital, le plus difficile a sans doute été de convaincre les utilisateurs et les écoles du sérieux de la démarche. « On veut être une figure d'autorité en termes de paiement de frais de scolarité et on travaille dur pour. Parce qu'en fait, le parent, quand il se connecte sur notre application, il paye via le mobile money et nous reversons aux écoles. Il faut donc une sacrée dose de confiance. Au-delà de la qualité de l'application, il faut que la structure puisse accompagner. Dans ce cadre-là, on a mis les bouchées doubles vis-à-vis de la banque centrale, la BCEAO. Nous sommes désormais PSP, Payment Service Provider, avec un agrément de la banque centrale. Ensuite, vis-à-vis de la RTI, l’autorité de régulation pour la gestion des données à caractère personnel, nous avons montré comment nous collectons, protégeons et sauvegardons les données. Nous avons aussi une assurance responsabilité civile professionnelle. Aujourd’hui, toutes nos transactions sont protégées, encadrées et supportées par une société d’assurance. Ce n’est donc pas une petite start-up au coin de la rue, on se met aux normes parce qu’on a une vision énorme », affirme le directeur.  Faciliter le paiement des frais de scolarité Une soixantaine d’écoles sont déjà utilisatrices de la solution, qui répond à un réel besoin. Selon les recherches réalisées par la start-up, chaque année, près de 30% des sommes dues ne sont pas recouvrées. Malgré tout, difficile de convaincre les investisseurs. Héros africains, designs colorés et références proches des élèves : la valise éducative de Bokonzi, la Valed, propose une approche ludique et culturellement adaptée de l’apprentissage. « On veut vraiment remettre l'enfant au cœur de l'éducation, parce que nous pensons que parfois, on donne des contenus sans considérer leur environnement, explique Andreas Gotiene créateur de la start-up Bokonzi. Nous co-créons ce dont l’enfant a réellement besoin pour le rendre apte et faire de lui une solution aux problématiques de l’Afrique. » L’innovation éducative en quête de financements Mais là encore, difficile de séduire les investisseurs. « Malheureusement, on est dans un monde où tout est centré sur le capitalisme, regrette Andreas Gotiene. Les gens regardent combien de chiffres on fait, et non combien de vies on transforme. Nous sommes donc ouverts à ceux qui partagent la même vision : rendre l’éducation accessible à tous les enfants, pas seulement à une certaine classe sociale. Mais cela nécessite des fonds pour augmenter notre capacité de production et former des coachs pédagogues. » Le dernier rapport de Partech montre que, sur l’ensemble des financements dédiés à la tech, seuls 2% partent vers des projets liés à l’éducation. À lire aussiAlerte sur le financement de l’éducation dans l’aide internationale
Installée au Congo depuis une dizaine d’années, la société chinoise Wing Wah, spécialisée dans la production pétrolière onshore, vient de lancer son usine de production de gaz associé. Le produit sera à la fois exporté et vendu localement. Avec notre envoyé spécial à Pointe-Noire, Dans un point de vente de gaz d’un quartier populaire de Pointe-Noire, Adéline, 35 ans, se félicite de l’annonce faite par l’entreprise chinoise. Elle espère que la mise sur le marché de butane aux ménages congolais favorise son pouvoir d’achat. « Les Chinois dans la production du gaz, c'est une nouvelle qui nous réjouit. Avec ce gaz, nous attendons la baisse du prix. Une bombonne de gaz [importée], revient à 10 600 FCFA [plus de 15 euros] actuellement. C’est couteux », estime-t-elle. L’usine de la société chinoise est située dans le district de Tchiamba Nzassi, à 35 kilomètres du centre de Pointe-Noire. On y accède par une route fraichement asphaltée. Wing Wah produit 57 000 barils de pétrole par jour, une production qui doit officiellement atteindre 200 000 barils par jour dans les années à venir. Pour Christian Hyppolite Pambou Tchinianga, directeur de l’aval pétrolier, la production du butane local devrait combler les besoins nationaux : « La production de butane attendue par ce projet est d’environ 150 000 tonnes par an. La consommation du Congo est actuellement autour de 50 000 tonnes par an. Donc, on aura suffisamment de gaz pour toutes les localités de ce pays. » « C'est un projet qui vient booster l'activité économique » Christian Hyppolite Pambou Tchinianga plaide également pour le développement de l’usage du gaz afin de protéger l’environnement. C’est en effet une alternative au bois de chauffage. « Vous savez très bien que le gaz de ville, le gaz de cuisson, ça nous apporte beaucoup, dans tout ce qui est protection de l’environnement. Ça éviterait la déforestation. Ça nous apporterait un plus dans nos foyers », ajoute-t-il. Investir davantage est l’objectif fixé par Wing Wah dans le but d’apporter un plus dans l’économie congolaise restée jusque-là dépendante du pétrole. Son projet de production de gaz devra générer au moins 7 000 emplois directs, selon ses responsables.  Un argument qui convainc Didier Sylvestre Mavouenzela, président de la chambre de commerce de Pointe-Noire. « Je crois que c’est un projet qui vient renforcer le potentiel économique, et surtout booster l’activité économique, pour donner un peu de souffle aux entreprises qui en avaient besoin en ce moment », souligne-t-il. D’après lui, le gaz produit par la société chinoise devrait contribuer à baisser la facture de certaines entreprises bénéficiaires, dans un pays où l’énergie est loin d’être stable.  À écouter aussiCôte d'Ivoire – Sénégal : pétrole et gaz au cœur des économies
Près d’un an après le cyclone Chido, qui a dévasté Mayotte le 14 décembre 2024, l'île française veut relancer les échanges avec les pays africains riverains de l’océan Indien. En particulier avec le Kenya qui fut d’un grand secours au lendemain de la catastrophe. Il s'agit d'élargir les débouchés des entreprises de part et d'autre, mais aussi d'améliorer le pouvoir d’achat des Mahorais. Après le passage du cyclone Chido, le Kenya fut l’un des premiers fournisseurs de denrées et de matériaux à Mayotte. Nairobi n’est qu’à deux heures et demie d’avion du territoire français ; le port kényan de Mombassa, à trois jours de bateau du port mahorais de Longoni. Accélérer les liaisons aériennes et maritimes avec le Kenya Et le Kenya veut renforcer ces liens avec Mayotte. « Kenya Airways relie déjà Nairobi à Mayotte tous les deux jours, un vol de passagers, souligne le secrétaire d'État kényan aux Affaires étrangères, Abraham Korir Sing'Oei. Notre intention est d'étendre cette liaison aérienne au fret. Nous aménageons aussi certaines de nos lignes maritimes entre Mombasa et Longoni, à Mayotte, pour accélérer le transport de marchandises, surtout de produits frais, vers ce marché. » Importer des produits moins chers Établir des ponts, daraja en swahili, la langue régionale commune, c’est le but des conventions du même nom que Mayotte a signées avec plusieurs pays africains voisins avant la catastrophe. L'enjeu est encore plus important depuis : faire baisser le coût des approvisionnements (1 milliard d’euros par an), dont plus de la moitié sont toujours expédiés par la métropole, à 8 000 km de là, est urgent. « Ce sont des produits des denrées alimentaires qui viennent de la Métropole, de très loin, rappelle la vice-présidente du conseil départemental de Mayotte, Zamimou Ahamadi, alors qu'on a juste l'Afrique qui est à côté ! Il y a le Kenya, il y a le Mozambique - parce qu'on a déjà une convention avec le Mozambique, Madagascar, les Comores, et on tend à l'étendre à d'autres pays pour pouvoir lutter contre la problématique de la vie chère aujourd'hui à Mayotte. » Pont entre l’Afrique et l’Europe pour le secteur de la tech Les entrepreneurs de Mayotte voient aussi des opportunités dans leur environnement régional, en particulier dans le secteur de la tech. C’est le cas du PDG d’ITH Datacenter, une infrastructure qui a survécu au cyclone. « Quand on a conçu notre projet, on l'a conçu aussi pour s'intégrer dans notre environnement régional, souligne Feyçoil Mouhoussoune. Le niveau de service avait vocation à pouvoir desservir des besoins régionaux. J'étais au Kenya l'année dernière. J'ai rencontré plusieurs opérateurs de data centers. On a une petite valeur ajoutée qui est qu'on est soumis à une réglementation européenne, et dans notre secteur, c'est plutôt un atout. » La suspension du partenariat de l'Union européenne avec le Kenya par la Cour de justice de l'Afrique de l'Est, pourrait cependant ralentir les projets respectifs des entreprises de Mayotte et du Kenya.
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