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Author: RFI

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Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

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Le groupe British American Tobacco (BAT) menace de fermer sa seule usine de production sud-africaine. BAT se dit victime du marché illégal de cigarettes dans le pays ; l'entreprise estime qu'il représente environ 75% du marché. Seulement, derrière ce possible retrait du sol sud-africain, certains acteurs du secteur y voient surtout une manœuvre commerciale. Selon British American Tobacco, le marché du tabac sud-africain est aujourd'hui dominé à 75% par le commerce illégal de cigarettes. « On nous a longtemps promis des changements, mais rien n'est fait. Et aujourd'hui, nous avons tout simplement atteint un point où nous ne sommes plus en mesure de desservir un marché qui n'existe pas », se défend Johnny Moloto, en charge de la région Afrique subsaharienne pour l'entreprise. Seulement, dans son communiqué, BAT annonce passer à un modèle d'importation. La multinationale souhaite donc quitter l'industrie sud-africaine, mais pas son marché. Une situation incompréhensible pour Sinen Mnguni, président de FITA, une coopération d'acteurs du tabac créée en 2012 pour faire face aux grandes entreprises du secteur : « Si vous n'êtes pas satisfait des règles, pourquoi produire à l'étranger pour ensuite importer en Afrique du Sud ? En fin de compte, ils licencient des employés en Afrique du Sud et souhaitent désormais avoir le moins de relations possible avec les autorités sud-africaines. Tout en faisant en sorte que la réglementation soit si stricte pour les acteurs locaux et qu'il leur sera impossible de faire des affaires. Ils veulent renforcer leur contrôle à tel point que les acteurs locaux ne puissent plus les concurrencer. » Un coup de bluff de British American Tobacco ? La situation illustre le combat entre petits producteurs et multinationales. Quelques jours après l'annonce par BAT de la fermeture de son usine fin 2026, plusieurs médias sud-africains révèlent qu'en parallèle, l'entreprise a racheté plus de 100 000 de ses propres actions. « Le cœur de cette histoire, c'est surtout l'intérêt des actionnaires, décrypte le professeur Lekan Ayo-Yusuf, directeur du Centre africain pour la surveillance de l'industrie du tabac, mais ils utilisent désormais la question du commerce illicite pour forcer le gouvernement à négocier et à les aider à retrouver une place dominante, puisqu'ils ne sont pas en mesure de battre leurs concurrents sur le marché… Vous savez, BAT est une entreprise très rusée. Par exemple : BAT est désormais le plus grand détenteur de parts de marché dans le domaine des cigarettes électroniques. Ils pourraient alors tenter d'utiliser ce problème de commerce illicite, qui concerne les cigarettes traditionnelles, pour faire pression sur le gouvernement et obtenir une exemption des restrictions publicitaires ou des taxes sur les cigarettes électroniques, tout ça pour compenser leurs pertes liées au tabac. » Le professeur utilise l'expression « faire pression », parce que BAT parle maintenant de continuer sa production locale si la part du commerce illicite chute drastiquement en Afrique du Sud. À lire aussiLe tabac: histoire d'un produit populaire devenu un problème de santé publique
En juillet 2025, le Parlement éthiopien a adopté une importante réforme fiscale. Objectif : moderniser son système de collecte de l'impôt pour augmenter les recettes de l'État. Six mois après son entrée en vigueur, les conséquences de cette révision se font sentir auprès des petits commerçants, auxquels les autorités demandent toujours plus de taxes.  Avec notre correspondante à Addis-Abeba,  La file de clients ne désemplit pas devant l'épicerie d'Assefa. À l'angle d'un chemin escarpé du quartier de Kotebe, à Addis-Abeba, le commerçant vend depuis quatre ans des produits du quotidien comme l'huile, le sucre ou des légumes. Mais cette année, Assefa est amer : les taxes exigées par les autorités d'Éthiopie ont explosé. « Cette année, j'ai payé entre 25 000 et 30 000 birrs de taxes. L'année dernière, on m'a demandé entre 3 000 et 5 000 birrs. Quand j'ai vu ça, j'étais dévasté. Ca m'a beaucoup stressé. Le gouvernement ne nous aide vraiment pas avec cette politique, ça détruit les petits business. On ne peut pas payer ces sommes et en même temps bien gagner notre vie », confie-t-il. Assefa fait partie des nombreux propriétaires de petites entreprises étranglés par les taxes. Car pour atteindre l'objectif ambitieux de recettes de 1 200 milliards de birrs éthiopiens, fixé pour le dernier exercice fiscal, les autorités ont besoin de collecter toujours plus d'argent. Les PME exerçant dans le système formel sont les premières touchées, explique Hayat Fedlu, économiste et rédactrice pour Business Review Magazine. « La plupart des petites entreprises opèrent dans le secteur informel. À cause de cela, l'État éprouve des difficultés à percevoir des recettes fiscales. Le système s'est donc focalisé à tort sur les cibles faciles, à savoir les petites entreprises déclarées », détaille-t-elle. Encourager la formalisation À l'origine de cette situation, on retrouve la révision du système fiscal éthiopien, en vigueur depuis six mois. « La dernière réforme de l'impôt sur le revenu a introduit un nouveau mécanisme d'imposition des petites entreprises, basé sur le chiffre d'affaires annuel », décrypte Edris Seid, économiste spécialiste de la fiscalité. « Or, j'ai constaté que certaines entreprises sont surtaxées simplement parce qu'elles sont sous la surveillance des agents du fisc. Lorsque ces agents sont chargés de recouvrer des impôts supplémentaires, ils s'en prennent généralement aux entreprises formelles qui paient déjà leur juste part », poursuit-il. Pour l'économiste, des solutions existent pour rendre ce changement moins brutal auprès des petits commerçants : « Le gouvernement doit faciliter quelque peu l'enregistrement ou la formalisation, afin de leur permettre d'intégrer l'économie formelle. Ce qui lui permettra de collecter davantage d'impôts. » Les montants, jugés exorbitants par les commerçants et exigés par les autorités font partie, des raisons qui ont poussé à l'expiration de plus de 80% des licences commerciales en 2025. À lire aussiL'économie informelle en Afrique
Mi-janvier, la Somalie, en conflit diplomatique avec les Émirats arabes unis, a annoncé annuler tous les accords avec Abou Dhabi. Parmi eux, Mogadiscio vise notamment le contrat d’exploitation du port de Berbera, opéré par DP World au Somaliland. Hargeisa et l’opérateur émirien ont réfuté la compétence de Mogadiscio sur ce port. Un port au cœur d'enjeux croisés.  Cette sortie de Mogadiscio est la dernière en date d’une longue série. En 2024 déjà, un accord avec l'Éthiopie devant lui permettre un accès à la mer suscitait une levée de boucliers de la part de la Somalie. À lire aussiL’Éthiopie signe un accord avec le Somaliland pour avoir accès à la mer Pour Yann Alix, spécialiste des infrastructures portuaires africaines, ces frictions révèlent l’enjeu stratégique du port de Berbera : « Aujourd'hui, dans la lecture géopolitique que l'on peut faire sur l'exploitation des trafics de conteneurs dans la Corne d'or, c'est cette mise en avant, évidemment, de l'importance géostratégique et géoéconomique des terminaux à conteneurs dans le fonctionnement socio-économique des nations et de toute la Corne d'or. » Le gérant de la fondation Sefacil rappelle : « On l'avait déjà vu avec Djibouti et le litige qu'ils avaient avec DP World. Et donc effectivement, ce sont des assets stratégiques qui sont de plus en plus exposés, finalement, à la turbulence géopolitique du monde que l'on vit aujourd'hui. » Berbera suscite l’intérêt du fait notamment de sa position géographique, aux portes du canal de Suez. « Berbera est comme un balcon sur un énorme corridor maritime, ce balcon sur le Bab el-Mandeb est incontournable », décrit Ali Hojeij, avocat d’affaires, spécialiste des infrastructures portuaires en Afrique. Berbera, en chiffres, c’est aujourd’hui « à peu près 1 050 mètres de quais, dont un nouveau quai conteneur de 400 mètres, un tirant d'eau de 17 mètres, et une capacité annuelle moyenne d'EVP, donc pour les conteneurs, on est aujourd'hui à 500 000 en moyenne ».   À lire aussiSomaliland: le port de Berbera au cœur des tensions entre la Somalie et les Émirats arabes unis DP World s’est engagé à investir 440 millions de dollars Depuis sa prise opérationnelle en 2017, DP World revendique avoir fait progresser le volume de cargo de 35 %. Le Somaliland importe l’essentiel de sa consommation par Berbera : principalement des produits alimentaires, des produits pétroliers, des matériaux de construction et tous types de machines et d’équipements. Un accès vital pour son approvisionnement, mais également stratégique pour l’entrée des devises. Spécificité : Berbera s’est imposé dans la région sur le segment de l’exportation de bétail sur pied, c'est-à-dire moutons, chèvres et vaches, mais aussi chameaux. « Il a une capacité de bétail qui est aujourd'hui d'environ 4 millions de têtes par an pour les terminaux spécialisés. Et si on observe au-delà de la question bétail, qui, en effet, est essentielle non seulement pour le Somaliland, mais aussi pour l’hinterland de l'Éthiopie, on voit de manière plus globale en termes de performance que les ports de Berbera et de Djibouti, bien sûr, qui est plus grand que celui de Berbera, sont quand même devant Mombasa », souligne Ali Hojeij. En 2024, l’exportation a rapporté plus d’un demi-milliard de dollars au Somaliland, en augmentation de 20 % sur un an. Pour tenir le rythme, à terme, DP World s’est engagé à investir 440 millions de dollars dans les infrastructures portuaires de Berbera. À lire aussiLe port de Berbera au centre de l'accord entre l'Éthiopie et le Somaliland 
Dans la préfecture de Siguiri, dans le nord-est de la Guinée, région riche en or, l’orpaillage artisanal est l’activité économique qui emploie le plus. Selon des estimations, plus de 200 000 personnes en tirent un revenu direct. Mais, cette activité présente des risques. Régulièrement, des puits s’effondrent sur les mineurs. Les sites d’orpaillage bénéficient certes de l’assistance de la Croix-Rouge pour les secours, mais cela ne suffit pas toujours. De notre envoyé spécial à Siguiri, Au fond de son puits d’une dizaine de mètres, Sidiki remplit des seaux de boue et de roches qu’il a extraites avec sa pioche. Quand le seau est plein, il est remonté avec une corde par des personnes restées à la surface. Si les orpailleurs ont de la chance, ils y trouveront de la poussière d’or. Sidiki remonte à la surface, ses vêtements sont recouverts de boue, son visage aussi. Il a une quarantaine d’années, cela fait vingt ans qu’il est mineur, et il a déjà connu un accident. « C’est un travail difficile, témoigne le mineur. J’ai déjà vu un éboulement sur d’autres mineurs. Et moi, ça m’est aussi arrivé une fois : j’étais dans le puits, j’ai cherché à me lever, il y a eu un bruit puis ça s’est effondré. J’ai crié et cinq personnes sont venues m’aider : ils ont creusé pour enlever la terre et j’ai pu sortir. Mon corps était entièrement enseveli, sauf ma tête. J’ai eu de la chance. » Et même s’il a vécu cet épisode traumatisant, il continue à descendre. « Malgré ça, je n’ai pas peur. Je n’ai pas d’autre travail donc je continue de faire ça pour nourrir ma famille », explique-t-il. « Il a eu de la chance, mais il est maintenant handicapé » Mounir, lui, reste à la surface pour remonter les seaux. Il a 18 ans, il était chauffeur, mais un accident lui a causé des problèmes de vue, alors il travaille ici depuis deux ans. Quand il a débuté, il descendait dans les puits, mais il a arrêté à cause du danger que cela représente. « C’est très profond, c’est obscur et on a du mal à respirer quand on est au fond. J’ai déjà vu un éboulement, tout s’est effondré sur le creuseur. Les autres ont pu le sortir, il a eu de la chance, mais il est maintenant handicapé. Ses hanches sont abîmées, il ne peut plus marcher normalement. Depuis, ça me fait peur. Même si on gagne plus d’argent quand on descend, je ne veux plus le faire », détaille Mounir. Souvent, les accidents se produisent à cause de négligences. « Généralement, c’est lorsque les consignes de sécurité ne sont pas appliquées », déplore M’Bemba Bayo, le président de la Croix-Rouge dans la préfecture de Siguiri. « Là où on creuse et qu’il y a faille, les traditionnels sont informés et ils interdisent et balisent la zone pour interdire l’accès au site. Mais si vous ne respectez pas les consignes de sécurité et que vous descendez en l’absence des chefs traditionnels, s’il y a effondrement, c’est que vous n’avez pas respecté », détaille-t-il. En cas d’effondrement, la Croix-Rouge aide les orpailleurs à sortir les victimes, à leur appliquer les premiers soins et à les évacuer vers un centre de santé. Malgré ces risques, le cours élevé de l’or incite toujours plus d’orpailleurs à creuser le sol pour en trouver. À lire aussiRemède à la misère pour certains, l’or transforme en profondeur la société guinéenne
Comment aider les Tunisiennes à devenir propriétaires de leurs terres agricoles ? Elles représentent 80 % de la main-d'œuvre agricole, mais seulement un quart d'entre elles tiennent une exploitation. Pour les aider à se mettre à leur propre compte, ou à acheter leurs terres, ces dernières années, des programmes leur viennent en aide. Grâce à des bailleurs de fonds ou des financements étatiques, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer.  Derrière son stand bien achalandé, Dhekra Ben Salah présente fièrement son huile d'olive. Elle a fait le déplacement depuis le Kef, au nord de la Tunisie, pour faire découvrir son travail à l'occasion d'un événement à Tunis. Le résultat d'un labeur acharné pour cette ingénieure agronome reconvertie à l'agriculture. « J’ai planté dix hectares d’olives de la variété Chetoui », explique-t-elle. C’est grâce à un prêt foncier, « une opportunité que donne l’État pour les ingénieurs agronomes », qu’elle a pu se lancer. Un prêt sur 25 ans avec un taux d’intérêt à 3 %, une aubaine pour elle qui a toujours voulu revenir sur sa terre natale après des années passées à l’étranger. Malgré ce coup de pouce, les difficultés restent nombreuses, notamment pour « la vente en ligne, la visibilité ou le financement. Par exemple, pour exporter un produit, il faut avoir certaines certifications, telles que le bio qui coûte au minimum 4 000 dinars par an ». Des collectifs pour s'entraider Cela représente un budget considérable pour ces agricultrices-entrepreneuses qui partent souvent de rien. Comme Meriem Majdi, qui tient un collectif d'agricultrices à Sidi Bouzid, au centre-ouest tunisien. « Au début, on n’avait pas grand-chose, à part le savoir-faire lié au bois d’olivier », raconte-t-elle tout en se prenant en photo avec des représentants étrangers sur son stand. « On s'est organisées à plusieurs pour s'entraider et aussi créer plusieurs produits de la région. On a participé à des formations et on a réussi à se rendre plus visibles. Et après une visite organisée par l'Organisation internationale du travail en Afrique, on a commencé à participer à des foires africaines et maintenant, nous avons un réseau. » Aujourd’hui, avec trente femmes de la région, Meriem Majdi exporte de l’huile d’olive et du bois d’olivier vers la Côte d’Ivoire et le Kenya. Cette constitution en collectif leur permet aussi de sortir du travail informel et de constituer des entreprises durables. Un élan important pour ces femmes qui représentent près de 50 % de la population rurale active. À lire aussiEn Tunisie, les femmes apportent un nouveau souffle au secteur de l'olive
Les rebelles du M23 contrôlent plusieurs gisements stratégiques et font transiter les minerais par le Rwanda, un moyen clé de financement du conflit. C’est notamment le cas des mines de Rubaya, situées à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Goma, qui fourniraient entre 15 et 20 % du coltan mondial et restent toujours sous le contrôle du M23. Chaque jour, des milliers de creuseurs artisanaux gravissent les collines de Rubaya, pelles et pioches en main, dans l’espoir de trouver sous terre de précieux fragments de coltan. Les équipes de jour et de nuit se relaient sans interruption sur ces sites hautement convoités. Le M23 y prélève des taxes importantes : 50 000 francs congolais par jour et par puits. Une spoliation organisée qui se poursuit, selon Jean-Pierre Okenda, directeur de l’ONG congolaise La Sentinelle des ressources naturelles. « La guerre, c’est l’argent, et l’argent, ce sont les mines de Rubaya. En réalité, c’est l’essentiel du budget du M23, compte tenu de l’importance du gisement et de la qualité du coltan. Rubaya reste l’épicentre de cette guerre et permet de ravitailler suffisamment le M23, et bien entendu le Rwanda », explique-t-il. À lire aussiEst de la RDC: les minerais des Kivus entre économie, géopolitique et insécurité (rfi.fr) Une contrebande de minerais avérée Une fois extraits, les minerais sont vendus à des négociants, qui s’acquittent eux aussi d’un agrément annuel auprès du M23. Le coltan est ensuite confié à des transporteurs qui l’acheminent jusqu’à Mubambiro, près de Goma, avant de franchir la frontière rwandaise. À ce stade, les minerais sont mélangés à d’autres productions, ce qui rend leur traçabilité quasi impossible. Des fraudes documentées par le programme ITSCI, chargé de promouvoir des chaînes d’approvisionnement responsables. Son directeur, Mickaël Daudin, pointe des incohérences. « Prenons l’exemple du Rwanda. Nous avons mis en place des contrôles efficaces au niveau local et constatons que, sur l’année 2025, les données de production tracées sont restées stables. En revanche, si l’on observe les statistiques internationales, on note une très forte augmentation des importations, en particulier de tantale, en provenance du Rwanda », souligne-t-il. Des gisements dans l'accord USA-RDC ? Les mines de coltan de Rubaya figurent aujourd’hui sur la liste des projets proposés par la RDC aux États-Unis dans le cadre d’un accord sur les minerais stratégiques. Le pari de Kinshasa : attirer l’intérêt américain pour sécuriser la zone. Un espoir que tempère Jean-Pierre Okenda. « On peut considérer cet accord comme un échange minerais contre sécurité. Kinshasa nourrit beaucoup d’attentes, car les minerais sont la clé de voûte de tout le système. Il y a clairement une volonté des États-Unis de contrer la Chine en RDC. Mais il faut relativiser : une exploitation industrielle n’est pas possible sans une pacification durable de la région », avertit-il. Récemment, le groupe suisse Mercuria et un fonds d’investissement américain ont annoncé des investissements pour moderniser l’extraction à Rubaya. Un effet d’annonce, selon plusieurs experts, qui estiment que le Rwanda ne renoncera pas à l’exploitation de ces ressources sans garanties solides. À lire aussiAccord sur les minerais États-Unis-RDC: de quels projets parle-t-on?
Au Maroc, la CAN s’est achevée dimanche 18 janvier 2025, et a battu tous les records en termes économiques. Une augmentation de plus de 90 % des revenus pour l’organisateur, record de sponsors (23), record de spectateurs en tribune avec plus de 1,3 million. Du côté marocain, c’est un premier bilan très positif qui en est tiré, notamment en termes de développement. « Ce sont des méga-chantiers, dans tout le pays, qui sont accélérés par ces rendez-vous, analyse Ryad Mezzour, le ministre de l'Industrie et du Commerce. Ces rendez-vous viennent avec des exigences, ils nous mobilisent. Pour vous donner une idée, on est sur 40 milliards d’investissements par an. Ces deux dernières années, organiser la CAN nous a fait gagner dix ans de développement en termes d'infrastructures. » Avec un record annuel de 20 millions de visiteurs, le secteur du tourisme est en première ligne. Mais la ministre en charge, Fatim-Zahra Ammor, y voit un catalyseur sur un plan politique plus global : « Ce qu’il faut retenir, c'est que, grâce au leadership de Sa Majesté aujourd'hui, nous avons mis en œuvre une feuille de route pour laquelle le gouvernement a investi, a mobilisé 600 millions d'euros depuis 2023. » Objectif : 26 millions de visiteurs d’ici la fin de la décennie : « Nous avons mis en place des leviers qui ont montré leur efficacité et que nous continuons à déployer. On a renforcé de manière significative la connectivité aérienne et beaucoup investi dans l'hébergement, mais également dans l'offre d'animation pour augmenter les durées moyennes de séjour et pour augmenter les revenus. » De nouveaux marchés Avec six villes d’accueil, la compétition a permis de mettre en valeur des destinations peu touristiques. La CAN a également permis d’attirer de nouveaux publics : du Nigeria, de l'Afrique du Sud, mais également d’Asie. Hamid Bentahar est le président de la Confédération nationale du tourisme. Il a remarqué de nouveaux types de demandes. « Cela a eu un impact sur l'activité des congrès, des séminaires et des demandes qui arrivent, de marchés avec lesquels on faisait peu de business dans le passé et qui s'intéressent de plus en plus au Maroc, témoigne-t-il. Je n’ai jamais reçu autant d'appels que ces derniers temps sur des investisseurs africains qui ont envie d'investir au Maroc et qui voient le Maroc, au-delà d'une terre d'hospitalité, comme une terre d'opportunité, d'investissement. » Le Maroc a été cette année marqué par les manifestations de la GenZ aux revendications sociales. Pour la ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire du Maroc, l’organisation de ces évènements sportifs doit bénéficier aux populations. « Quand on met un TGV entre Casablanca et Marrakech, ce sont d'abord les Marocains qui vont en profiter. Il y a beaucoup de projets dans le secteur de la santé qui sont en cours et qui profiteront aux Marocains. Quand on prévoit de mettre un RER également, ce sont les Marocains qui en profiteront, met en avant Fatim-Zahra Ammor. Tous ces événements, comme la Coupe du monde 2030, par exemple, ainsi que tous les projets qui y sont associés, sont des accélérateurs de développement pour notre pays d'abord et pour sa population. » Selon les autorités, 25 000 emplois sont créés chaque année dans le secteur du tourisme ; elles visent 150 000 emplois d’ici à 2030. À lire aussiCAN 2025: le Maroc, déjà première destination en Afrique, attend des retombées touristiques
Alors que le cours de l’or atteint des sommets, le Cameroun peine à tirer profit de sa production aurifère. Le dernier rapport de l’ITIE révèle un écart spectaculaire entre les exportations officiellement déclarées et les chiffres avancés par les pays importateurs, mettant en lumière une filière minière largement opaque.   22,3 kilos d’or exportés en 2023 : c’est le chiffre communiqué par l’administration camerounaise et repris dans le dernier rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Un volume dérisoire comparé aux données du principal pays importateur, les Émirats arabes unis, qui affirment avoir acheté près de 15 tonnes d’or camerounais sur la même période. Un écart qui soulève de sérieuses interrogations sur la production réelle du pays. Pour Marc Ummel, responsable Matières premières au sein de l’ONG Swissaid, plusieurs explications se superposent. « Il peut y avoir eu une augmentation de la production d’or au Cameroun. Mais on sait aussi, et cela a été documenté, qu’une partie de l’or de Centrafrique transite en contrebande par l’est du Cameroun avant d’être réexportée vers les Émirats arabes unis. » La production officiellement déclarée reste extrêmement faible. « Une grande partie de l’or n’est pas déclarée. Il y a beaucoup de production illégale et un écart très important lié à la contrebande », souligne Marc Ummel. De l'or qui s'échappe très rapidement S'exprimant sur ce décalage, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, le Pr Fuh Calistus Gentry reconnaît les limites de l’appareil étatique. Il estime que la société nationale des mines, la Sonamines, ne dispose pas des moyens « financiers et technologiques » nécessaires pour assurer un suivi efficace de la production aurifère. Ce manque de structuration de la filière aurifère est dénoncé notamment par le chercheur Bareja Youmssi, expert en mines et pétrole à l'université de Bamenda, qui pointe une filière mal structurée. « Notre compagnie nationale minière intervient uniquement en aval, au niveau de la collecte et de la commercialisation. Mais qui s’occupe de l’exploitation ? C’est là que l’or nous échappe. Avec une réelle volonté politique, le Cameroun pourrait produire jusqu’à 20 tonnes d’or par an. », estime-t-il. Extrait en grande partie dans l’est du pays, l’or camerounais transite de collecteur en collecteur avant d’être acheminé vers Yaoundé ou Douala. Il est ensuite vendu à des bureaux d’achat et à des sociétés de trading souvent opaques, avant d’être exporté, principalement vers les Émirats arabes unis. « L’or est transporté par des personnes, en bagage à main, jusqu’aux Émirats arabes unis. Une partie est aussi passée par l’Ouganda en 2024 avant d’y être exportée, explique Marc Ummel, il y a un phénomène de contrebande extrêmement important. Il y a vraiment un besoin ou une nécessité que les autorités s'engagent pour lutter contre ce fléau de la contrebande et que cet or soit déclaré pour que l'État en profite ».  Selon l’ITIE, ces dysfonctionnements auraient entraîné des pertes estimées à 1,8 milliard de francs CFA pour la Sonamines sur la seule année 2023. Face à cette situation, le directeur général de la société d’État a réclamé la fermeture immédiate de tous les sites semi-mécanisés illégaux, jusqu’à leur mise en conformité.
Construire des écosystèmes économiques durables, développer les industries, les transports et les opportunités d'emploi tout en misant sur la collaboration entre les pays : les projets de corridors intégrés fleurissent sur le continent. Bâtis autour d'axes de circulation, ce sont bien plus que de simples infrastructures destinées à exporter des matières premières, mais plutôt la promesse d'un développement économique qui profite au plus grand nombre.  De notre envoyée spéciale à Luanda, L’autoroute Abidjan-Lagos, qui doit relier sur plus de 1 000 kilomètres cinq mégapoles d’Afrique de l’Ouest, est un exemple des grands projets de corridors qui se multiplient sur le continent. Ces grands travaux ont pour but de stimuler le développement économique et industriel, ainsi que le commerce entre les pays. Pour Amine Idriss Adoum, directeur en charge des infrastructures à l’agence de développement de l’Union africaine, cela représente un changement de paradigme : « Aujourd'hui, si vous regardez le commerce transfrontalier ou le commerce intra-africain, c'est à peu près 15 %, ce qui est extrêmement bas par rapport au reste du monde. Pendant longtemps, nous avons fait l'erreur de croire que les projets de transport doivent servir uniquement pour exporter. Nous sommes en train de montrer que la mobilité a un véritable impact économique. » La mobilité pour encourager l’intégration nationale, une ambition qui nécessite de la part des pays concernés de gros efforts d’harmonisation des politiques et de gouvernance. C'est même « le principal défi » pour Pedro Pinto, PDG de Dominio Capital, une entreprise liée à la logistique du secteur pétrolier : « La plupart de ces investisseurs craignent que la situation d'un pays donné ne change radicalement d'ici trois, quatre ou cinq ans. » Le corridor de Lobito, un modèle Avec des objectifs économiques et sociaux multiples, les corridors intégrés sont des projets très ambitieux, qui appellent des investissements massifs. Cette dimension supplémentaire demande le soutien des investisseurs et partenaires. « Ce sont des projets d'éducation, de santé, qui sont plus complexes que faire purement des infrastructures, estime Sergio Oliete, en charge des transports à la Commission européenne. Si on veut faire bien les projets, ils sont plus complexes et plus coûteux. »  Déjà bien avancé, le corridor de Lobito, qui doit permettre de relier les régions minières de la Zambie et de la RDC à la façade atlantique de l’Angola, est souvent érigé en modèle de ces nouveaux corridors intégrés. Le long de la ligne ferroviaire sont prévus la création de zones économiques spéciales, l’extension de la couverture du réseau mobile ou encore le développement du secteur agricole. À lire aussiAngola: les États-Unis accordent un prêt pour moderniser le tronçon angolais du corridor de Lobito
Ces quinze dernières années, la ville de Baga Sola dans la province tchadienne du Lac a connu un essor économique sans précédent avec l’arrivée massive d’organisations humanitaires déployées en réponse aux exactions de Boko Haram. Mais aujourd’hui, sous l’effet conjugué de la multiplication des crises et des baisses des financements occidentaux, les ONG se retirent de la zone, le Lac sombre dans l’oubli de l’aide internationale et Baga Sola périclite. De notre envoyé spécial de retour de Baga Sola, « Actuellement nous sommes au carrefour, station Cho Cherif », explique Vincent Gouara Lassou, agent de protection pour Handicap International à Baga Sola. Il nous sert de guide aujourd’hui. Ici, c’est le cœur de la ville. Avant « il y avait de l’ambiance. Il y avait des embouteillages tout au long de la route. Les gens mettaient ici des marchandises. Et quand vous regardez avec moi, maintenant tout est quasiment vide, décrit-il. Derrière là, c’était un bureau d’une ONG nationale. Ils ont perdu les financements. C’est pourquoi ils ont quitté ce bâtiment. C’est vraiment la crise. » Après 15 ans de crise humanitaire, l’attention se détourne du Lac. Les efforts sont redirigés vers l’Est du Tchad où affluent les réfugiés soudanais. Puis en janvier, la suspension de l’aide américaine est un nouveau coup dur : « Il y a des pères de familles qui se retrouvent à la maison, sans travail, puisqu’ils sont arrivés au terme de leur contrat et avec la rupture des financements ils sont partis. Donc, je me retrouve presque seul. Et cela m’affecte aussi. » « Ça nous a vraiment impactés » Tous les pans de l’économie sont touchés à Baga Sola. « Même au marché, vous trouvez des commerçants qui se plaignent car ils ne voient plus personne », intervient Vincent Gouara Lassou. Bienvenue Balong est l’un de ces commerçants. Il fournit les ONG en véhicules et carburant. « Auparavant par mois, je vendais au moins 68 000 litres. Mais de nos jours, je n’arrive même pas à vendre 30 000 litres. De 2015-2016 à nos jours, on est descendu à vraiment 35 % du chiffre d’affaires », se plaint-il. La politique de Trump et l’arrêt de nombreux financements ont été un coup dur. « Ça nous a vraiment impactés En janvier, on n’a pas travaillé. En février, on n’a pas travaillé. Jusqu’à mars, il n’y avait rien. Et si ça nous touche, ça touche aussi la population. Elle vit pire que nous », déplore-t-il. La population souffre également de l’arrêt des distributions du Programme alimentaire mondial qui a perdu près de la moitié de ses ressources au Tchad par rapport à l’an dernier. L’organisation humanitaire a également fermé son bureau de Baga Sola et cessé d’opérer les vols humanitaires vers la province, accentuant encore son isolement.
La malnutrition infantile reste très importante sur le continent. Un tiers des enfants de moins de 5 ans souffre de malnutrition chronique, note l’Unicef. Une malnutrition souvent déterminée par la qualité et non la diversité des aliments donnés aux enfants. Ces dernières années, les scandales liés à l’alimentation pour bébé se sont multipliés. Les pratiques de grandes multinationales comme Nestlé sont dénoncées. Dans le même temps, de petites entreprises agro-alimentaires investissent de plus en plus le terrain de l’alimentation pour bébé. « Je suis Marie-Ange Ehounou, nutritionniste, diplômée d'État de la petite enfance et maman d'enfants en bas âge. » En 2018, cette jeune mère ivoirienne nourrit son bébé avec des aliments achetés dans le commerce. Elle pense bien faire, mais fait face à une situation inattendue. « J’ai été frustrée, révoltée par le vécu malheureux avec mon fils Kylian. Il a été atteint de malnutrition infantile et a failli mourir », témoigne-t-elle. Elle décide alors de faire une formation de nutritionniste et alimente un blog dédié. La demande d'informations et de produits de qualité est importante. Marie-Ange Ehounou se lance ainsi dans l'aventure Pouyou, la production de farine locale à base de produits sourcés et contrôlés. Pouyou compte aujourd'hui une dizaine d'employés, travaille avec une centaine d'agricultrices ivoiriennes et produit un peu plus de 40 000 tonnes de farine par an. Malgré la croissance de son activité, les défis ne manquent pas. « Surtout au niveau de la recherche de financements, explique l’entrepreneuse, parce que pour une start-up comme la mienne, où le marché est existant - il est fiable, il est viable et il croît rapidement -, il faut tout de suite avoir de l'argent pour pouvoir booster l'entreprise. Donc le défi est plus à ce niveau-là ».   À écouter dans Le Conseil santéL’alimentation idéale pour le nourrisson Alimentation pour bébé : un marché de plus d'un milliard d'euros En septembre dernier à Cotonou, l'Unicef a lancé l'initiative First Foods Africa. Un de ses objectifs : soutenir une agro-industrie dédiée à l'alimentation pour bébé de qualité. « On veut engager des entreprises locales qui cherchent à améliorer la nutrition des jeunes enfants. Quand on a identifié ce type d'entreprise, nous, on facilite l'investissement », détaille Mauro Brero, spécialiste nutrition de l'UNICEF. Il prend l’exemple des entreprises moyennes « qui n'ont pas un accès très facile aux financements parce qu'elles n'ont pas accès au microcrédit, parce qu'elles sont trop grandes pour le microcrédit ». Elles n'ont pas accès également « aux financements traditionnels par des banques, parce qu'elles ne peuvent pas donner de garanties suffisantes ». « C'est ça qu'on cible aussi », pointe Mauro Brero. Un secteur qui ne peut cependant pas avancer sans un appui politique important. « On travaille avec les gouvernements pour améliorer les standards et les politiques régulatrices, parce que c'est important d'avoir un environnement politique qui est favorable à la production locale et au business et en même temps, qui respecte les meilleurs standards », explique encore le spécialiste de l’UNICEF. « Parfois, ce n'est pas facile parce qu'on fait face à un lobbying très fort de certaines entreprises multinationales, mais les gouvernements peuvent aller dans cette direction, concède-t-il. On a la preuve que dans certains pays, c'est en train de marcher. » Pouvoir d'achat et prise de conscience des populations créent une demande de plus en plus importante. L’alimentation pour bébé est un secteur porteur. Ce marché, évalué à 600 millions d'euros en 2022, devrait dépasser le milliard cette année. À écouter dans Priorité santéQuestions de femmes: la diversification alimentaire chez l’enfant
La Côte d’Ivoire est l'un des plus gros producteurs de karité. Selon le Conseil du coton et de l’anacarde désormais en charge de la gestion de la filière karité, plus de 50 000 tonnes ont été produites entre avril et décembre 2025. Mais elle ne transforme localement qu'une part de sa production. À Tafiré, dans le centre-nord du pays, une unité moderne de transformation du karité, installée il y a deux ans par une ONG au profit de deux coopératives féminines, a profondément changé les pratiques. Moins de pénibilité, une production en hausse et des revenus plus réguliers : derrière le beurre de karité, c’est une véritable dynamique d’autonomisation économique qui s’installe.  Avec notre envoyée spéciale à Tafiré, À l’entrée de la commune de Tafiré, l’unité de transformation du karité est en pleine activité. Dans la cour, à l’ombre d’un arbre, une trentaine de femmes, pour la plupart d’âge mûr, s’affairent autour des amandes de karité, fraîchement ramassées en forêt. Assises sur des nattes, elles procèdent au tri, une étape essentielle, explique Yah Coulibaly, membre de la coopérative : « Nous trions les noix de karité pour enlever les mauvaises graines. Si le tri n’est pas bien fait, le beurre ne sera pas de bonne qualité. Quand toutes les femmes sont présentes, on peut trier plus de quinze sacs par jour. » Une fois triées, les amandes sont lavées, puis séchées au soleil. Viennent ensuite le concassage, la torréfaction et le broyage, qui permettent d’obtenir une pâte épaisse et rougeâtre. Malgré la présence d’équipements modernes, le moulin reste de capacité limitée. Et lorsque l’électricité fait défaut, les femmes doivent encore battre la pâte à la main. Elles sont aujourd’hui plus d’une centaine, issues de deux coopératives, à travailler dans cette unité. Avant son installation, chacune transformait le karité de façon individuelle. Ami Koné, l’une des responsables, mesure le chemin parcouru. « Avant, il fallait au moins quatre à cinq jours pour produire vingt kilos de beurre. Aujourd’hui, avec les moulins, en deux jours, on dépasse les cinq cents kilos. Et on a surtout appris comment bien traiter les amandes », détaille-t-elle. À lire aussiTransformation du karité, les femmes engagées malgré la pénibilité Des conditions pour développer la production Au-delà de la productivité, c’est le quotidien de ces femmes qui est transformé. Pour certaines, le karité est devenu la principale source de revenus. « J’ai cinq enfants. Quatre vont à l’école. C’est avec la vente du beurre de karité que je paie leur scolarité et les fournitures. Je ne fais aucune autre activité à part ça », assure Yélé Koné. Le beurre de karité produit dans cette unité est vendu sur place entre 2 000 et 3 000 francs CFA le kilogramme. Mais, malgré ces débouchés, un défi majeur persiste : l’approvisionnement en amandes de karité. En cause, la concurrence croissante sur le marché, explique Minafou Koné, présidente de l’ONG Femmes, Agriculture et Actions en Côte d’Ivoire, la FAACI, à l’origine de l’installation de cette unité de transformation : « Aujourd’hui, des industriels entrent dans la filière et parlent en termes de grandes quantités d’amandes. Forcément, sur le marché, la capacité d’achat de ces femmes diminue. C’est la loi de l’offre et de la demande : les prix des amandes augmentent et elles n’ont plus toujours les moyens d’en acheter suffisamment pour transformer. » Aujourd’hui, ces femmes ambitionnent d’exporter le beurre de karité produit à Tafiré. Mais, pour franchir ce cap, plusieurs conditions restent à remplir : sécuriser l’approvisionnement, disposer de davantage de zones de collecte de karité et surtout faire certifier la matière première, un passage obligé pour accéder aux marchés internationaux. À lire aussiKarité, quatre pays producteurs ferment leurs exportations d'amandes brutes
À Madagascar, la saison des pluies est déjà bien engagée et la capitale subit des précipitations particulièrement intenses cette année. Chapeaux de pluie, imperméables et parapluies sont sans nul doute les accessoires incontournables du moment. Des accessoires qui, fait moins connu, sont encore fabriqués sur l’île. Antananarivo abrite encore une demi-douzaine d’ateliers artisanaux de fabrication de parapluies qui font figure de derniers des mohicans, tant la concurrence des produits importés est rude. Avec notre correspondante à Antananarivo, C’est dans le quartier de Besarety, niché au fond de la même ruelle depuis sa création en 1987, que se trouve l’atelier de la Maison Rajoely. Ici, une quinzaine d’employés perpétuent un savoir-faire transmis au milieu des années 1980 par une grande maison française de fabrique de parapluies historiquement installée dans le Jura. Madame Saholy a été recrutée dès l’ouverture de l’entreprise. Cet atelier, c’est toute sa vie : « J’ai connu l’âge d’or des années 1990. On avait énormément de travail : des journées de dix heures, jusqu’à mille parapluies fabriqués par jour. C’était comme une fourmilière. Quand je pense à cette période, je ressens beaucoup de nostalgie ». À l’époque, l’entreprise familiale exporte massivement vers l’ex-URSS et devient un fournisseur important de la maison de haute couture Pierre Cardin. Mais depuis une vingtaine d’années, la production a fortement chuté, passant à environ 70 pièces par jour. En cause : l’arrivée massive de parapluies bon marché confectionnés à l’étranger. « C'est un peu difficile actuellement compte tenu du fait qu’il y a plusieurs sociétés qui font de l'import de parapluies de mauvaise qualité, surtout pour les revendre ici à Madagascar », explique Tsiry Rakotonirina, le neveu du fondateur qui dirige, aujourd’hui, la Maison Rajoely. « Les grandes entreprises existant à Madagascar continuent de nous faire confiance » « Nous, on a des salariés, on paie nos taxes. Donc nos produits sont plus chers, ce qui n’est pas tout le temps compréhensible pour les gens, surtout à cause du fait que le pouvoir d’achat des Malgaches diminue beaucoup. Il y a de moins en moins de personnes qui choisissent d’avoir des produits de qualité », regrette le dirigeant. Des produits de qualité, souvent ornés de broderies cousues main. Des petits bijoux sur lesquels Elphine a dû se résoudre à coudre à la main les aiguillettes, ces pièces métalliques qui maintiennent les baleines du parapluie. « La machine qui faisait ça mécaniquement est cassée depuis des années et on ne trouve plus les pièces pour la réparer. Ça me rend triste de voir toutes ces machines allemandes qui faisaient notre fierté aujourd’hui à l’arrêt », témoigne la couturière. Malgré tout, la petite entreprise refuse de baisser les bras. « Ce que vous voyez ici, ce sont des parapluies publicitaires. Les grandes entreprises existant à Madagascar continuent de nous faire confiance. C'est ça qui nous permet de survivre actuellement au niveau du marché locale », détaille Tsiry Rakotonirina. L’atelier s’est aussi mis à confectionner des parapluies et des ombrelles personnalisés - des pièces uniques exceptionnelles - mais aussi des bleus de travail, des uniformes. Une diversification devenue indispensable pour compenser la baisse des commandes d’un objet du quotidien, robuste et durable, mais de plus en plus délaissé au profit de modèles bien moins chers. À lire aussiMadagascar: les pluies et inondations font une dizaine de morts et un millier de sinistrés à Antananarivo
Entre tueries et enlèvements, les violences s’intensifient dans le nord-ouest du Nigeria. Les États de Zamfara, Niger et Katsina, riches en ressources naturelles, sont eux-aussi le théâtre d’une exploitation minière illégale contrôlée par des groupes armés qui alimente l’insécurité. Dans le district de Shiroro, riche en or, en cuivre et en lithium, voilà des mois que les communautés sont harcelées par des gangs armés qui se livrent à des raids meurtriers contre les artisans locaux extrayant l’or pour gagner leur vie. Dans ces régions du nord ouest du pays, les groupes armés ont peu à peu pris le contrôle des richesses. Un récent rapport estime qu'aujourd'hui, « 60% des camps de bandits sont situés à proximité de sites d’extraction illégale d’or ». « Les groupes armés se sont mis à employer directement des personnes qui travaillent dans ces exploitations informelles, explique Ikemesit Effiong, analyste chez SMB Intelligence, un cabinet de conseil en risques géopolitiques à Lagos. Ils tirent profit du produit de la vente de ces ressources. Les acteurs miniers sont contraints d’abandonner une partie de leurs recettes, ou de céder une fraction des minerais extraits à ces groupes armés. Leur vente sert ensuite à financer l’achat d’armes, de véhicules et d’autres moyens nécessaires à la poursuite de leurs activités. » À lire aussiNigeria: les autorités condamnent l'attaque d'un site minier dans le centre Un manque à gagner énorme pour l'État Le secteur minier ne représente que 5% du PIB nigérian mais il est en forte croissance ces dernières années. L'or vendu en contrebande, notamment dans les pays du Moyen-Orient, représente lui un manque à gagner important pour l'État : il s'agit en effet de revenus qui échappent au Trésor public et qui, en plus, financent l'insécurité explique Abubakar Abdulmumin, directeur Énergie et Mines au sein de Neiti, une initiative nigériane qui veille à la transparence des industries extractives. « L’ampleur des pertes, tant en termes de recettes publiques que d’impact sur l’environnement et les moyens de subsistance, est très, très importante. Par exemple, à cause du banditisme et de l’insécurité, une grande partie de l'agriculture est en souffrance. Et il faut ajouter à cela les pertes en vies humaines et les enlèvements. S’agissant des revenus miniers, concrètement, le manque à gagner peut correspondre à environ 9 milliards de dollars par an. Mais ça peut aussi être plus ! », affirme ainsi ce dernier. Aucun chiffre n’a cependant encore été officiellement établi. Des brigades minières peu efficaces Pour endiguer ce phénomène, l'État cherche des solutions. Par la répression notamment, avec la brigade des Mining Marshall créée il y a un an - leur rapport indique plus de 300 arrestations et une centaine de sites miniers récupérés des mains d'organisations armées. Mais Ikemesit Effiong reste sceptique quant à l'efficacité de ces brigades : « Une stratégie bien plus efficace aurait consisté à mettre en place une force de police plus large, mieux financée et mieux formée, capable de répondre à l’ensemble de ces enjeux sécuritaires, plutôt que de créer une nouvelle agence de sécurité supplémentaire, qui est relativement mal financée », estime-t-il. La suspension temporaire des activités minières dans ces zones est également réclamée, notamment par les gouverneurs du nord du pays. « Ce n’est pas une solution miracle mais elle aura un impact, comme cela a été le cas par le passé. Ça perturbera les activités illégales, il n’y a aucun doute là-dessus, assure Abubakar Abdulmumin. Mais il est nécessaire d’adopter une approche plus globale pour résoudre ce problème. Certaines initiatives vont dans ce sens, mais on peut faire plus, notamment en accélérant la formalisation du secteur ». Son organisation, Neiti, plaide pour un renforcement de la réglementation, mais aussi plus de sécurité sur les sites miniers dans certaines zones où l'État a totalement disparu. À lire aussiAu Nigeria, l'exploitation minière va pouvoir reprendre dans l'État de Zamfara
Le président nouvellement élu Brice Clotaire Oligui Nguema a procédé à un remaniement ministériel le 1er janvier, marquant ainsi la fin de la période de la Transition. Parmi les nouveaux arrivants, Thierry Minko nommé au poste de ministre de l'Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère. De nombreux chantiers s’ouvrent pour cet ex haut cadre de l’administration : lutte contre le chômage et la vie chère, transparence de l’exécution budgétaire, financement du budget etc. Priorité pour le nouveau ministre : apprécier la situation réelle de l’économie du pays, selon Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député, vice-président de l’Union nationale, ancien directeur général de la dette du Gabon. « C’est maintenant qu’il faut apprécier d’abord la situation réelle de l’économie gabonaise. La transition n’a pas offert cette possibilité. C’est de faire l’état des lieux, sincère honnête et courageux. Parce que les finances du pays sont quand même dans un état critique », met en avant l’élu. L’agence de notation Fitch qui a une nouvelle fois dégradé la note du Gabon en décembre - prévoit une augmentation substantielle de la dette publique du pays- elle dépasserait les 80% du PIB. Pour Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, des coupes impopulaires ne sont pas forcément nécessaires. « La crise des finances publiques au Gabon est-elle une crise de la dépense ou une crise de la recette ? Il faut d'abord qu'on réponde à cette question », interroge-t-il.  « Peut-être que mieux faire rentrer les impôts est une réponse. Il faut regarder clairement pourquoi est-ce que le taux de pression fiscale au Gabon est bon an mal an, entre douze et 13 % ? Donc je pense aussi qu'on a le droit de regarder et de dire est-ce que les contributions obligatoires qui doivent financer le budget de l'État sont suffisamment recouvrées ? C'est une question qu'on doit se poser », poursuit-il. À lire aussiGabon: Fitch abaisse la note de la dette souveraine du pays « En améliorant d'abord, au moins au quotidien, le fonctionnement du ministère des Finances » Trouver des marges de manœuvres, pas simple concède le professeur Gabriel Zomo Yebe qui a dirigé la Commission Économie du Dialogue national. « Cela reste une équation difficile », estime-t-il. Cependant, pour l’économiste, des réformes internes peuvent contribuer à améliorer la situation : « En améliorant d'abord, au moins au quotidien, le fonctionnement du ministère des Finances. Il faut savoir que lorsqu'il y a des queues de budget, ce n'est pas normal pour un pays. Les queues de budget, ça suppose que les budgets n'ont pas été exécutés à 100 % et qu'il est resté des crédits qui n'ont pas été utilisés. Or, lorsqu'un pays a beaucoup de projets, ça devient anormal et il va falloir regarder au niveau de la transparence budgétaire, au niveau de l'efficacité budgétaire et il faut améliorer tout ça pour que, en interne, on puisse d'abord optimiser les ressources que nous avons et mieux les utiliser, évidemment, en les orientant vers des projets qui sont rentables. » Aujourd’hui lever des fonds à des taux intéressants est compliqué pour le Gabon. Son passif d’emprunt dans la région rend peu probable une nouvelle opération locale. Pour Cédric Jiongo, rédacteur en chef du média Ecomatin, spécialiste des questions économiques de la Cemac, un des leviers se trouve chez les bailleurs internationaux : « Pour le nouveau dirigeant, je pense que l'une des options c’est de conclure un accord avec le Fonds monétaire international. Mais comme l'a dit l'Agence Fitch dans son rapport, pour cela il faut des mesures de resserrement budgétaire concrètes. Et ce sont ces mesures que moi j'appelle des mesures impopulaires. » Des mécanismes d’échanges « dette-nature » déjà testés sont également possibles souligne l’analyste. Ce mécanisme permet d’annuler une portion de dette en contrepartie d’engagement à dépenser l’équivalent dans la protection de l’environnement.
L'enseigne de supermarchés Carrefour arrive en Éthiopie. Le numéro deux français de la grande distribution a signé, lundi 5 janvier, un contrat de franchise avec Midroc, le plus grand conglomérat privé du pays. C'est le quatorzième pays africain dans lequel s'implante Carrefour qui place l'Afrique au cœur de sa stratégie à l'international. Le grand « C » du logo « Carrefour » sera bientôt visible dans les faubourgs d’Addis-Abeba. Le groupe français de grande distribution annonce son implantation en Éthiopie avec la reprise de 13 magasins de la marque locale Queens. L’enseigne affiche déjà des ambitions élevées avec l’ouverture prévue de 17 magasins supplémentaires dans les deux prochaines années. Il s'agit d'une première pour le pays, comme le souligne Patrick Lasfargues, directeur des partenariats internationaux chez Carrefour : « Avec ses 140 millions d’habitants, avec l’accès à l’électricité permis par le barrage de la Renaissance et avec un pôle agricole très important, l’Éthiopie se trouve aujourd'hui dans une situation qui nous a paru tout à fait pertinente. Nous jouons un rôle de défricheur, de pionnier, puisqu’il n’existe encore aucun contrat de franchise internationale, alimentaire ou non alimentaire, dans le pays. Nous participons à la modernisation de l’économie éthiopienne et nous sommes autant confiants qu'ambitieux sur notre capacité à nous y développer », affirme celui-ci. Cette annonce s’inscrit dans une stratégie africaine plus large. Carrefour a récemment signé de nouvelles implantations au Ghana et en Guinée, ouvert un magasin en République démocratique du Congo fin juillet, et prévoit pour 2026 un vaste programme de 40 ouvertures de grandes surfaces en Égypte. En un an, le groupe est ainsi passé de 460 à 700 magasins sur le continent. À lire aussiLa grande distribution en pleine révolution en Afrique La classe moyenne dans le viseur Si cette accélération peut sembler soudaine, elle résulte toutefois d’un travail de long terme, explique Patrick Lasfargues. « Cela s’est construit sur plusieurs années, avec le dynamisme de nos partenaires et des marchés. Addis-Abeba est une ville de près de 10 millions d’habitants, avec une classe moyenne qui fait déjà ses courses chez Carrefour à Dubaï ou en Europe. Ces consommateurs n’ont plus envie de remplir leurs valises de chocolat, de biscuits ou de céréales, mais de les acheter sur place, au même prix, voire moins cher », argumente encore ce dernier. Encore rare pour un groupe français, cette percée stratégique en Afrique de l’Est n'en est pas moins révélatrice d’une tendance de fond, analyse pour sa part Jean-Michel Huet, associé au cabinet de conseil BearingPoint : « On a beaucoup parlé des banques françaises qui quittaient l’Afrique mais, en parallèle, de grands acteurs du commerce et des services grand public se développent sur le continent : Canal+, Orange et désormais Carrefour, qui affiche depuis quelques années une vraie ambition africaine. Cela s’explique par le développement d’une classe moyenne, capable d’acheter des produits alimentaires en grande surface. C’est une évolution sociologique comparable à celle connue en France il y a quelques décennies. » Carrefour n’est cependant pas seul sur ce terrain. Le distributeur américain Walmart vient lui aussi d’ouvrir son premier magasin africain en banlieue ouest de Johannesburg et a plusieurs autres sites en cours de développement en Afrique du Sud. À lire aussiLe groupe Carrefour ouvre de nouveaux magasins en Éthiopie et renforce son empreinte en Afrique
Kankan, la plus grande ville de la Haute-Guinée dans le nord-est du pays, reste jusqu’à aujourd’hui largement privée d’électricité, qui n’est disponible que le soir et une partie de la nuit. Jusqu’à aujourd’hui, la ville n’est alimentée que par quelques centrales thermiques, mais les autorités prévoient un raccordement sur le réseau électrique ivoirien cette année. De notre envoyé spécial à Kankan, La situation exaspère ses habitants et avait même alimenté la contestation contre le président déchu Alpha Condé dans son propre fief. Les autorités assurent qu’elles vont raccorder Kanan au réseau ivoirien cette année. En attendant, les entreprises et les habitants s’organisent comme ils peuvent pour accéder à l’énergie en journée quand ils en ont les moyens. Si les habitants de Kankan peuvent écouter la radio Baraka toute la journée, ce n’est pas grâce à EDG, Électricité de Guinée, qui ne fournit du courant que la nuit. Mais, comme l’explique son directeur Oumar Fofana, parce que la radio est équipée de multiples sources d’énergie : « Nous avons installé les panneaux solaires de 10 kVA. Avec ça, on fonctionne normalement. Vous savez, les panneaux solaires, ça fonctionne quand il y a du soleil. En saison pluvieuse, par exemple, surtout au mois d’août, les panneaux ne fonctionnent pas. Donc on fonctionne avec les groupes électrogènes toute la journée et quand l’EDG vient la nuit, on met l’EDG. Mais parfois aussi l’EDG ne vient pas, donc le groupe peut fonctionner à temps plein. Imaginez, de 6 h 00 à 0 h 00 avec un groupe électrogène. Du coup, le groupe tombe régulièrement en panne ici. » Il arrive, de temps en temps, que les auditeurs soient privés d’antenne pendant quelques minutes, voire quelques heures. «S’il n’y a pas de courant, il va y avoir beaucoup de chômage» D’autres secteurs économiques pâtissent du manque d’électricité. Kabinet est commerçant, il vend des fruits. Il estime qu’il pourrait augmenter son chiffre d’affaires s’il s’équipait de chambres froides. « S'il y a le courant, on peut travailler, on peut faire de l’entrepreneuriat. Mais s’il n’y a pas de courant, on ne peut rien faire », fait-il valoir. « Par exemple, en Haute-Guinée, il y a des fruits. S’il y a le courant, on peut garder les fruits. Ça, c'est un exemple. S'il y a du courant, les menuisiers et les soudeurs peuvent travailler. Mais s’il n’y a pas de courant, ils ne peuvent pas travailler, donc il va y avoir beaucoup de chômage », poursuit-il. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, le CNRD a relancé le projet d’interconnexion avec le réseau électrique ivoirien. La grande ville de Guinée forestière Nzérékoré en bénéficie déjà depuis 2022. Selon Mamadi Kaba, l’un des porte-paroles du projet, les travaux continuent de bien avancer : Kankan et d’autres villes de la Haute-Guinée devraient bientôt en bénéficier. « La ligne haute tension qui quitte Nzérékoré jusqu’à Siguiri, à la frontière malienne, est réalisée à 80 %. Lors de la dernière réunion avec les bailleurs de fonds et les entreprises contractantes, on nous a dit pour le mois de juin 2026. En juin 2026, les régions administratives de Kankan et de Nzérékoré seront électrifiées 24h/24. L’espoir est là. On sait que ce n’est pas une question d’une année, c’est une question de mois et de jours. Donc, l’espoir est là », explique-t-il. Une alimentation en électricité qui devrait soulager les habitants, mais aussi dynamiser l’économie de la ville. À lire aussiGuinée: les principaux partis d'opposition appellent au boycott du référendum constitutionnel
En Tunisie, la crise du médicament ne fait qu’empirer. En plus du manque persistant de certains médicaments importés, plusieurs pharmacies font face à des retards de remboursement de la Caisse nationale d’Assurance maladie, parfois sur plusieurs mois. Une situation critique dénoncée par les professionnels du secteur, qui affecte directement les patients. Dans sa pharmacie située dans le centre-ville de Tunis, Emna Abbes, secrétaire adjointe du syndicat des pharmaciens, se dit débordée. La pénurie de certains médicaments, remarquée depuis l’été, ne s’est toujours pas résorbée. « Il y a toujours des antidiabétiques qui manquent, des antipsychotiques qui manquent, il y a toujours des médicaments destinés à traiter l'hypothyroïde qui manquent encore. Parfois, on peut substituer des médicaments, parfois, il n'y a ni le princeps ni le générique. » Rahma Hamzaoui, cliente régulière de plusieurs pharmacies et atteinte de troubles de la thyroïde, en fait l’expérience au quotidien : « Je me suis habituée à prendre le générique, mais ça m'arrive des fois de prendre, par exemple, je dis n'importe quoi, en semaine cinq jours de dosage X et en week-end, je dois changer le dosage Y. Et parfois quand je bascule entre les dosages, ce n'est pas la même molécule et donc ça peut aussi perturber l'équilibre hormonal de mon corps. » Une production locale insuffisante Elle rencontre également de grandes difficultés pour trouver le traitement de sa sœur, épileptique. « C'est un traitement qu'elle prend à vie et si elle le prend pas, elle peut avoir des crises d'épilepsie. Je me rappelle une fois, elle a raté deux semaines. Elle n'a pas eu son médicament et elle a failli mourir. » Comme de nombreux Tunisiens, Rahma s’adapte en multipliant les déplacements entre pharmacies ou en s’informant via des groupes Facebook pour repérer les stocks disponibles. Ces ruptures de stock interviennent pourtant dans un pays qui produit environ 70 % de ses médicaments, selon le médecin généraliste Rafik Boudjaria : « Il s'agit de médicaments généralistes, c'est-à-dire des antibiotiques de première ligne, des anti-inflammatoires. Les médicaments issus de la biotechnologie, des médicaments pointus, sont encore importés et les pénuries sont récurrentes. » Pour le médecin, le problème est avant tout structurel et ancien. « C'est un problème essentiellement en rapport avec le financement, les équilibres financiers de la pharmacie centrale de Tunisie, qui est la seule plateforme d'achat de médicaments. » Un manque de liquidités qui touche à la fois la pharmacie centrale et la Caisse nationale d’Assurance maladie, lourdement endettée. Aujourd’hui, en plus des pénuries, les pharmacies font face à des retards de remboursement de leurs créances par la CNAM, un dysfonctionnement qui risque d’aggraver encore les difficultés d’approvisionnement en médicaments.
Cette année, le birr, la devise éthiopienne, a subi une chute historique. En un an et demi, elle a perdu plus de 150 % de sa valeur. Pour les entreprises du pays, l’impact de cette dépréciation record est mitigé : si elle profite aux exportations, les entreprises publiques, elles, essuient des pertes de bénéfices.  De notre correspondante à Addis-Abeba, Jamais le birr n’avait connu une telle chute : fin novembre, dans les bureaux de change, un dollar s’échangeait contre 177 birrs. Soit 165 % de plus qu’en juillet 2024, lors de la mise en place d’une réforme du gouvernement, qui a modifié radicalement le régime de change en Éthiopie. Avant cette date, le taux de change du birr était fixé chaque jour par la Banque centrale. Depuis la réforme, celui-ci est déterminé par les marchés financiers. Une réforme « nécessaire », selon Getachew Teklemariam Alemu, économiste à l’Union africaine. « Il existait deux types de taux de change à l'époque : le budget de l'État était par exemple calculé selon un taux de change officiel. Mais les importations et les exportations étaient, elles, tarifées sur la base du taux de change parallèle. Il existait donc un important décalage entre l'économie formelle et l'économie informelle », détaille-t-il. Bien qu’impressionnante, la dépréciation immédiate du birr qui a suivi l’annonce de la réforme a eu des effets positifs sur l’export, détaille Getachew Teklemariam Alemu.  « Ces treize ou quatorze dernières années, les exportations de marchandises se sont toujours situées aux alentours de trois milliards de dollars. Mais l’année dernière, en 2024, elles ont augmenté de manière significative, à 8,3 milliards de dollars », poursuit-il. À lire aussiL'Éthiopie libéralise son régime de change et obtient une aide de 3,4 milliards du FMI Perte de 70 % pour Ethio Telecom Des bénéfices en hausse, dont témoigne aussi Kiroubel Siyoum, chef des opérations au sein de la marque emblématique de café Tomoca. « La dépréciation a impacté notre entreprise. Pour les exportations par exemple, ça a été un boost. À long terme, c’est une opportunité potentielle, puisque nos produits seront plus compétitifs, et cela nous rapportera plus de gains », espère-t-il. Mais les entreprises publiques peinent, elles, à faire face à cette chute vertigineuse. Au cours de l’exercice 2024/2025, Ethio Telecom, l’opérateur de télécommunications géré par l’État, a ainsi accusé une perte de 70 % de ses bénéfices net. « Le problème est le suivant : pour les entreprises comme Ethio Telecom, la plupart de leurs dettes sont libellées en devises étrangères, tandis que leurs revenus sont en birr. En conséquence, le montant de birrs éthiopiens qu’elles doivent collecter pour régler leurs dettes en devises étrangères a considérablement augmenté, en raison du taux sur le marché. Maintenant, la même dette leur coûte trois fois plus cher qu'avant la réforme », détaille l’économiste Getachew Teklemariam Alemu. La dépréciation impacte aussi lourdement les Éthiopiens. En 2025, l’inflation s’élevait à plus de 13 %. À lire aussiÉthiopie: l'inflation due aux conflits et aux chocs climatiques fait rebondir la pauvreté
En Afrique du Sud, les personnels de maison – femmes de ménage, nounous, jardiniers, etc. – dont le nombre est évalué à un peu moins d'un million de personnes à travers le pays ont enfin un syndicat reconnu par l'État. L'organisation syndicale Sadsawu qui œuvre depuis les années 2000 pour défendre les droits de ces travailleurs précaires et essentiels vient de recevoir le feu vert des autorités pour s'enregistrer au même titre que n'importe quelle autre centrale syndicale. Une évolution qui change beaucoup de choses pour ses membres... De notre correspondant à Johannesbourg, Il est un peu plus de 16 heures à Johannesburg, heure à laquelle les taxis se remplissent des personnels de maison qui rentrent chez eux. La plupart de ces travailleurs précaires sont des femmes de ménage ou des nounous, employées par des particuliers. « Je rentre tout juste de chez Martin. Demain je vais chez Cristina, et vendredi chez Samantha. C’est le seul moyen d’avoir un meilleur salaire, car nous avons besoin d'argent », détaille Maria Thupa sur le parking d’un restaurant. À 59 ans, celle-ci dirige la branche locale du syndicat South African Domestic Service and Allied Workers Union (Sadsawu) à Johannesburg. « Je dis souvent que la Sadsawu, c’est ma sécurité. Je sais qu’en cas de besoin, des gens sont prêts à se battre à mes côtés. Je sais aussi que personne ne peut me maltraiter sur mon lieu de travail car maintenant je connais mes droits », se réjouit-elle. Née dans les années 2000, cette organisation d'Afrique du Sud a remporté de larges victoires syndicales - un salaire minimum et une assurance chômage par exemple - mais attendait toujours cette reconnaissance officielle de l'État. C’est aujourd’hui chose faite, se réjouit Maria. « Maintenant, la porte s'ouvre pour nous. Vous savez, certains pensent que nous sommes des esclaves... Pardon de le dire, mais ce n'est pas le cas ! Nous réclamons plus d'argent. L’année prochaine, on fera donc de notre mieux pour mobiliser les gens, pour ouvrir des antennes partout dans le pays et nous faire connaître de tous. Cet enregistrement officiel, c’est donc un nouveau départ. Nous sommes désormais reconnus et personne ne peut nous arrêter », souligne la syndicaliste. Le Congrès des syndicats sud-africains, un soutien de poids Parmi les principales revendications de la Sadsawu figure une augmentation des salaires car pour l’instant, les travailleurs de maison gagnent environ 4 300 rands par mois - l'équivalent d'à peine plus de 200 euros. « En 2026, l’une de nos missions consistera à demander une révision des lois du travail et des travailleurs dans notre pays. Car nous avons découvert que ces lois ne sont pas bien adaptées à notre secteur », explique Gloria Kente, la secrétaire générale de la Sadsawu. En plus d’être officiellement reconnue, l'organisation est désormais affiliée au puissant Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu). « Si la Sadsawu veut faire grève, on la soutiendra. S’il faut aller devant un tribunal, on sera aussi là pour amplifier sa voix. Et en tant que Cosatu, nous avons aussi un siège autour de la table au moment des négociations entre syndicats, entreprises et gouvernement quand notre législation est élaborée », explique Zanele Sabela, la porte-parole du Cosatu. Reste que les employés de ce secteur d'activité comptent parmi les plus complexes à mobiliser, dans la mesure où chacun d'entre eux travaille seul, pour des particuliers. Un isolement qui peut freiner les actions collectives et syndicales. Pour l’instant, la Sadsawu ne compte que 3 500 membres. À lire aussiAfrique du Sud: en plein été austral, la ville du Cap cultive la tradition du cinéma en plein air
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