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Aujourd'hui l'économie
Aujourd'hui l'économie
Author: RFI
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© France Médias Monde
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Aujourd'hui l'économie, présenté par Stéphane Geneste, vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique, du lundi au vendredi à 06h16 TU, toutes cibles.
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La guerre au Moyen-Orient ne provoque pas seulement des frappes militaires et des tensions diplomatiques. Elle déclenche aussi un choc énergétique majeur. Si le pétrole reste sous surveillance, c’est surtout le gaz qui inquiète aujourd’hui les investisseurs. Hausse spectaculaire des prix, risques de perturbations d’approvisionnement, menace sur l’inflation : les marchés financiers redoutent un effet domino sur toute l’économie. Au-delà des affrontements militaires, ce conflit touche un point névralgique de l’économie mondiale: l’énergie. Si le pétrole capte naturellement l’attention, le gaz est devenu un enjeu tout aussi stratégique. Depuis la guerre en Ukraine, l’Europe a profondément modifié ses circuits d’approvisionnement afin de réduire sa dépendance au gaz russe. Une part importante des flux provient désormais du Moyen-Orient et des pays du Golfe. Or, dans ce contexte de guerre régionale, la production de gaz est freinée et son transport ralenti. Les investisseurs redoutent des perturbations plus durables, voire des interruptions temporaires ou totales de livraison. Cette inquiétude s’est immédiatement traduite sur les marchés : le prix du gaz européen a bondi de 40% en une seule séance. Un mouvement brutal qui illustre la nervosité ambiante. Une hausse des prix qui menace toute l’économie Si une telle flambée inquiète autant les marchés financiers, c'est parce que le gaz est devenu un pilier central du fonctionnement économique européen. Chauffage des ménages, production d’électricité, industrie lourde, chimie, sidérurgie, agroalimentaire : pratiquement toute l’activité dépend, directement ou indirectement, du gaz. Quand son prix augmente, l’impact est immédiat. Les coûts de production grimpent, les marges des entreprises se réduisent et les prix à la consommation finissent par augmenter. Autrement dit, le gaz agit comme un puissant accélérateur d’inflation. C’est précisément ce que redoutent les investisseurs. Une nouvelle poussée inflationniste qui pèserait sur le pouvoir d’achat des ménages, la compétitivité des entreprises et, plus largement, sur la stabilité économique européenne. L’effet est mécanique. Une énergie plus chère entraîne un effet cascade sur l’ensemble des chaînes de production. Des marchés volatils face à un modèle énergétique fragile Sur les marchés boursiers, les réactions sont rapides et tranchées. Les entreprises fortement consommatrices de gaz — industrie lourde, chimie, sidérurgie ou agroalimentaire — subissent des baisses marquées. Leur rentabilité est directement menacée par la hausse des coûts énergétiques. À l’inverse, les groupes producteurs ou transporteurs de gaz enregistrent des progressions spectaculaires. Leur matière première se vend plus cher, ce qui améliore leurs perspectives de revenus. Les investisseurs arbitrent rapidement. Ils vendent les secteurs pénalisés par la flambée énergétique et renforcent ceux qui en bénéficient. Cette rotation sectorielle alimente une volatilité accrue sur les marchés financiers. Mais au-delà des mouvements de court terme, cette séquence révèle surtout une réalité plus profonde : la fragilité persistante de la sécurité énergétique mondiale. Malgré les investissements massifs dans la transition écologique, l’économie reste structurellement dépendante de zones géographiques sensibles, notamment le Golfe et, plus largement, le Proche et le Moyen-Orient. Et qui dit dépendance dit vulnérabilité. Si les marchés ne paniquent pas totalement, ils intègrent néanmoins un risque nouveau : celui d’un modèle énergétique plus incertain, plus instable, plus fragmenté, et donc plus imprévisible. La guerre ne bouleverse pas seulement l’équilibre géopolitique régional. Elle rappelle que l’énergie demeure l’un des talons d’Achille de l’économie mondiale.
En représailles aux frappes israéliennes et américaines, Téhéran a interdit dès le samedi 28 février au soir aux navires de commerce et aux pétroliers d’emprunter le détroit d’Ormuz. C’est un passage stratégique parce qu’il voit transiter une grande partie des productions mondiales de pétrole et de gaz. La menace iranienne était claire. En cas d’agression, Téhéran n’hésiterait pas à bloquer l’accès au détroit d’Ormuz. Quelques heures après les premières frappes israéliennes et américaines au matin du 28 février, elle était mise à exécution. Pas d’annonce officielle, mais des messages radio envoyés aux navires. Pour l’industrie du pétrole, c’est une situation sans précédent. Environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié doit transiter par cet étroit passage pour sortir du Golfe persique. La région concentre la plus grande réserve d’hydrocarbures au monde. Et c'est une production qui passe majoritairement par la mer car les pipelines qui permettent de contourner le détroit d’Ormuz ont une capacité limitée. Cette passe est très facile à contrôler : ce sont 33 km de large, à l’endroit le plus étroit. Et dans cette zone, les deux voies que les pétroliers utilisent pour entrer et sortir du golfe Persique ne font qu’environ trois kilomètres de large chacune. Dimanche 1er mars, au moins deux navires ont été touchés par des tirs. Les grands armateurs comme Maersk, MSC ou CMA-CGM ont tout de suite demandé à leurs navires de se mettre à l’abri. Un baril en hausse À l'ouverture de la cotation dimanche 1er mars au soir, sans surprise le baril de Brent, qui sert de référence pour la production du Golfe, a bondi et atteint 82 dollars. Vendredi, juste avant l'attaque contre l'Iran, son prix n'était que de 72 dollars. Et c’est bien le but recherché par Téhéran. Le pouvoir iranien veut utiliser ce levier pour mettre la pression sur Donald Trump, qui ne veut pas d’un pétrole cher. En menaçant une partie des revenus pétroliers des pays du Golfe, Téhéran pousse aussi ces États à agir en faveur d'une sortie de crise. L’Asie, région la plus impactée Dans l’immédiat, il n’y a pas de risque réel pour l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié. Tous les pays disposent de stocks stratégiques. D'ailleurs lundi 2 mars, à 1h45 TU, le prix du baril était un peu redescendu. Beaucoup d'analystes pensent qu'il y a peu de chances que les États-Unis laissent l’Iran bloquer longtemps le détroit d’Ormuz compte-tenu de son importance. Et puis, il faut le signaler : le monde profite actuellement d’une surproduction de pétrole. C’est pour cela que les prix étaient bas en début d’année, même s’ils sont peu à peu remontés en raison des tensions géopolitiques. Si on regarde les flux pétroliers, ce ne sont pas les États-Unis, mais les puissances asiatiques qui sont le plus exposées au blocage du détroit d’Ormuz. Le Japon y achète dans le Golfe 90 % de son brut. La Chine, la moitié, notamment à l’Iran qui évidemment laisse passer les pétroliers chargés avec son brut. L'Europe est, elle, beaucoup moins exposée. Pourtant lundi, les prix du gaz aux Pays-Bas et en Angleterre augmentaient de plus de 20%. Environ 10% du GNL acheté en Europe vient de la région du Golfe. Au même moment, on apprenait également l’attaque sur la méga-raffinerie saoudienne de Ras Tanura. Certaines opérations ont été mises à l'arrêt après un début d’incendie sans qu’on puisse en mesurer les conséquences. À lire aussiDétroit d’Ormuz: accès crucial pour les importations de pétrole de la Chine Les secteurs des engrais et du plastique aussi sous pression Le marché pétrolier n’est pas le seul secteur à être impacté. Celui des engrais pourrait pâtir de la situation. Environ un tiers de la production mondiale, y compris le soufre et l'ammoniac, transitent par le détroit d'Ormuz. Par ailleurs, la hausse du prix du pétrole, si elle se confirme, aura aussi un impact sur le prix des engrais. Autre secteur à risque : celui du plastique. La région du Golfe produit 15 % du polyéthylène utilisé dans le monde. Dans ce contexte très volatil, les investisseurs recherchent des placements sûrs. Ils achètent de l’or, dont le cours remonte depuis la semaine dernière. Mais aussi de la dette d'État. Au contraire, certaines valeurs jugées plus à risque pourraient en pâtir. Pour l’heure, après un léger recul samedi 28 février, le cours du bitcoin se maintient. Pour limiter les effets de contagion, les bourses de Dubaï et d'Abou Dhabi ont annoncé ce dimanche qu'elles resteraient fermées jusqu'à nouvel ordre. À lire aussiAvec le blocage du détroit d'Ormuz, les marchés redoutent une flambée des prix du pétrole
Jeux vidéo, cartes à collectionner, dessin animé, films et produits dérivés : depuis 1996, Pokémon s’est imposé comme la licence médiatique la plus lucrative de l’histoire. À l’occasion de ses 30 ans, plongée dans les coulisses d’un empire économique qui a généré près de 150 milliards de dollars de chiffre d’affaires et continue de séduire toutes les générations. Un géant économique mondial fête son anniversaire. Pokémon a 30 ans ! Lancé en 1996 sur la mythique Game Boy de Nintendo, le jeu vidéo pose les bases d’un concept simple et redoutablement efficace. Le joueur incarne un dresseur à la recherche de petites créatures inspirées du monde animal et du fantastique. Il doit les capturer, les collectionner, les échanger et les faire combattre. Très vite, Nintendo comprend le potentiel du concept. L’entreprise ne se contente pas de commercialiser un jeu. Elle bâtit un écosystème complet. Dessin animé, cartes à collectionner, films, jouets, vêtements, peluches et innombrables produits dérivés viennent enrichir l’univers Pokémon, qui devient rapidement un phénomène culturel mondial. Trente ans plus tard, les chiffres donnent le tournis. Depuis sa création, la franchise a généré près de 150 milliards de dollars de chiffre d’affaires, devenant tout simplement la licence médiatique la plus rentable de l’histoire, devant Star Wars, Marvel ou encore Harry Potter. Une organisation économique redoutablement efficace La grande force de Pokémon réside dans son organisation économique. La marque appartient à un consortium composé de trois entités : Nintendo, Game Freak et Creatures Inc. Ensemble, elles contrôlent la création, la diffusion et la commercialisation de la licence. Cette organisation garantit une cohérence parfaite et permet de déployer une stratégie globale. Le jeu vidéo lance les nouvelles créatures, le dessin animé raconte leurs aventures, les cartes prolongent l’expérience et les produits dérivés installent Pokémon dans le quotidien. Chaque support nourrit l’autre. Résultat : une mécanique économique fluide, parfaitement huilée et particulièrement efficace. La licence a su évoluer avec son temps tout en conservant ce qui a fait son succès. Le jeu vidéo reste le pilier historique, avec près de 500 millions d’unités vendues dans le monde. Mais l’arrivée des smartphones a bouleversé le secteur, poussant Pokémon à se réinventer. Pokémon Go, cartes rares et nostalgie : les nouveaux moteurs de croissance Avec le lancement de Pokémon Go il y a moins de dix ans, la franchise réussit un virage spectaculaire. Le principe est simple : les Pokémon se trouvent dans la rue, dans l’environnement réel du joueur. Le succès est immédiat. Le jeu devient le principal relais de croissance de la licence. Il permet de toucher un public beaucoup plus large, de maintenir un lien quotidien avec les joueurs et d’attirer aussi bien les plus jeunes que les adultes. Depuis son lancement, Pokémon Go a généré plus de 8 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Autre moteur économique majeur : les célèbres cartes Pokémon. Elles ont donné naissance à un véritable marché, devenu aujourd’hui un phénomène financier mondial. Certaines cartes se vendent des milliers de dollars, voire plusieurs millions. La semaine dernière, la plus célèbre d’entre elles a même atteint 16,5 millions de dollars aux enchères. À chaque nouvelle sortie, la cohue est au rendez-vous dans les boutiques, entraînant rapidement des ruptures de stock. Cette frénésie illustre la grande force de Pokémon : la nostalgie et le passage de flambeau entre générations. Les enfants des années 1990, aujourd’hui âgés de 30 à 40 ans, disposent d’un fort pouvoir d’achat et transmettent leur passion à leurs propres enfants. Trente ans après sa création, Pikachu, Dracaufeu et Carapuce ont ainsi encore de très beaux jours devant eux. À lire aussiLa folie des cartes Pokémon connaît un nouveau souffle
Aux États-Unis, le ministère américain de la Défense a lancé un ultimatum à la start-up d'intelligence artificielle Anthropic, lui demandant de lever toutes les restrictions à l'utilisation de son IA par le Pentagone. Faute de quoi, l'entreprise serait inscrite sur la liste noire du gouvernement. Les tensions datent de septembre dernier quand Pete Hegseth, le secrétaire américain à la Défense, a demandé aux fournisseurs de modèles d'IA de pouvoir les utiliser sans réserve à des fins militaires. Tous les groupes, parmi lesquels OpenAI et Google, donnent leur accord, y compris Anthropic. La start-up oppose toutefois son veto à ce que sa technologie ne serve à l’espionnage massif des citoyens américains et à des opérations militaires mortelles sans intervention humaine. Depuis, les relations entre le Pentagone et l'entreprise n'ont fait que s'envenimer. La menace du Pentagone est réelle Les conséquences d'une inscription sur cette liste noire seraient potentiellement graves pour la start-up californienne. Anthropic y figurerait aux côtés de l'équipementier chinois Huawei ou du spécialiste russe des logiciels antivirus Kaspersky. Des sociétés qui constituent une menace pour la sécurité nationale des États-Unis et qui sont pour la plupart d'entre elles étrangères. Toute entreprise qui voudrait faire affaire avec l'armée américaine devrait alors couper les ponts avec Anthropic. La jeune start-up y risque gros, à commencer par un contrat de 200 millions de dollars signé avec l'armée. Le revirement d'Anthropic Hasard du calendrier ou pas : au moment où le Pentagone hausse le ton, Anthropic annonce qu'il assouplit ses règles de sécurité. Comment comprendre ce revirement ? La start-up californienne l'affirme : cette mesure est nécessaire pour suivre le rythme de l'évolution de l'IA. Cette décision marque en effet un tournant par rapport à la position précédente du patron d'Anthropic, Dario Amodei. Revendiquant une approche éthique de l'intelligence artificielle, celui-ci privilégiait la sécurité. Une vision qui le distinguait de ses concurrents, notamment OpenAI. Ne faut-il pas y voir un gage d'apaisement ? Le contexte politique a changé Peut-être car jusque-là les relations étaient excellentes. Son agent conversationnel Claude est à ce jour le seul à être utilisé dans les opérations classifiées. Selon le quotidien américain The Wall Street Journal, le Pentagone l'aurait utilisé lors de l'exfiltration du président Maduro du Venezuela. Mais l'intransigeance de son patron a valu à la pépite californienne de se retrouver dans le collimateur de l'administration Trump. Il y a évidemment un fonds politique : Dario Amodei n'a jamais caché ses sympathies démocrates, au point de voir sa société être qualifiée de « l'IA woke ». Il y a trois ans, le PDG d'Anthropic se disait encore prêt à retarder le développement d'IA potentiellement dangereuse. La start-up privilégie désormais la compétitivité en matière d'IA et la croissance économique. Ces mêmes arguments qui ont poussé Dario Amodei et certains de ses collègues à quitter OpenAI et à fonder Anthropic en 2021. Mais depuis le contexte politique a changé et l'entreprise en prend acte. L'enjeu est de taille. Le créateur de Claude veut introduire Anthropic en bourse cette année. Elle est actuellement valorisée à hauteur de 380 milliards de dollars.
Après la mort d’El Mencho, chef du cartel Jalisco Nueva Generación, le Mexique a été frappé par une flambée de violence spectaculaire. Routes bloquées, écoles fermées, transports interrompus... Ces événements rappellent que les cartels ne sont pas seulement un problème sécuritaire : ils sont aussi devenus des acteurs économiques majeurs du pays, au point de peser lourdement sur la croissance, l’investissement et la stabilité nationale. Le Mexique vient de connaître une nouvelle flambée de violence spectaculaire, après la mort du chef du cartel Jalisco Nueva Generación, surnommé El Mencho. Routes bloquées, écoles fermées, villes paralysées : les autorités appellent au calme. Mais cet événement rappelle une réalité souvent sous-estimée. Les cartels mexicains ne sont pas seulement un sujet sécuritaire, ils sont aussi des acteurs économiques majeurs dans le pays. Les chiffres sont forcément approximatifs puisqu’il s’agit d’activités illégales. Et ils sont impressionnants. Selon les estimations relayées par plusieurs économistes et analystes du secteur, le seul trafic de drogue au Mexique génère entre 20 et 40 milliards de dollars par an. Mais en réalité, ces cartels contrôlent une vingtaine de secteurs criminels. Parmi eux : les jeux clandestins, la prostitution, la contrefaçon, l’extorsion, le trafic d’armes ou encore la traite des personnes. En cumulant toutes ces activités, le crime organisé devient le premier secteur économique du Mexique, devant le pétrole, le tourisme et même les transferts d’argent envoyés par les expatriés depuis les États-Unis. Autrement dit, sans figurer dans les statistiques officielles, les cartels pèsent plus lourd que les piliers traditionnels de l’économie nationale. Une économie parallèle ancrée dans l’histoire mexicaine Cette tendance est profondément enracinée dans l’histoire économique du pays. Dès le début du XXᵉ siècle, le Mexique exportait déjà de l’opium et du pavot. Pendant des décennies, ces activités ont été tolérées, voire intégrées de manière tacite au fonctionnement économique. Ce système a pris une telle ampleur que, dans certaines régions, les cartels remplacent quasiment l’État. Ils financent, arbitrent, punissent, font travailler et protègent les populations locales. Une forme de gouvernance parallèle, qui s’est imposée là où l’État est absent ou fragilisé. Mais les autorités ont fini par déclarer la guerre à cet écosystème en menant une lutte frontale contre les cartels. Cela a évidemment un coût économique majeur pour le pays. Le « coût cartel » : un frein massif à l’économie légale Les entreprises mexicaines doivent désormais intégrer dans leurs budgets ce que l’on appelle un « coût cartel », quelle que soit leur taille. Selon les estimations, entre 5 et 10% du PIB mexicain serait englouti dans la sécurité, les extorsions et la protection. Autant d’argent qui n’est évidemment pas investi dans l’activité légale. Les petits commerçants sont parmi les premières victimes de ce système. Les grandes entreprises, elles, négocient parfois directement avec les groupes criminels pour sécuriser leurs employés et leurs marchandises. Cette économie sous contrainte freine les investissements étrangers et, en bout de chaîne, renforce la dépendance à cette contre-économie violente. La mort récente d’El Mencho illustre parfaitement ce phénomène. En quelques heures, 20 États mexicains ont été paralysés : routes bloquées, voitures incendiées, transports interrompus, écoles fermées. Le trafic aérien a été perturbé, des dizaines de vols annulés, affectant directement le tourisme et l’image internationale du pays. Un cercle vicieux économique et social Une question majeure se pose alors : le Mexique peut-il réellement se passer de cet argent criminel ? À court terme, frapper les cartels signifie une perte d’emplois illégaux — mais des emplois tout de même —, une baisse de liquidités dans certaines régions et la déstabilisation d’économies locales entières. Mais à long terme, le narcotrafic agit comme un véritable cancer économique et social. La difficulté est là : plus l’État combat les cartels, plus la violence augmente ; plus la violence augmente, plus l’économie légale recule ; et plus l’économie légale recule, plus les populations deviennent dépendantes des cartels. Un cercle vicieux dont il semble aujourd’hui très difficile de sortir, d’autant que la corruption, présente dans pratiquement toutes les strates du pouvoir, complique profondément toute tentative de changement de système. À lire aussiMexique: les risques politiques pour Claudia Sheinbaum après la mort d'El Mencho
Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, le conflit entre Moscou et Kiev continue de façonner en profondeur l’économie mondiale. Au-delà des combats militaires, un autre front stratégique s’est imposé : le front agricole. Blé, maïs, engrais et huile de tournesol sont devenus des armes économiques, diplomatiques et géopolitiques, bouleversant durablement les équilibres alimentaires mondiaux. Avant février 2022, l’Ukraine et la Russie nourrissaient une large partie de la planète. À eux deux, ils représentaient près d’un tiers du commerce mondial de blé, plus de 20% des exportations de maïs, et surtout près de 75% des exportations mondiales d’huile de tournesol. Autrement dit, depuis quatre ans, c’est toute la planète qui mange moins bien, plus cher, ou plus difficilement. Dès les premiers jours du conflit, les frappes russes ont ciblé les ports ukrainiens, les silos agricoles, ainsi que les infrastructures ferroviaires et fluviales. Cette stratégie a directement affecté la production agricole ukrainienne. L’objectif est clair : affaiblir l’économie du pays, réduire ses revenus d’exportation et fragiliser son effort de guerre. Sur les marchés mondiaux, la réaction a été immédiate et brutale. Les prix du blé ont flambé de près de 50%, tandis que ceux du maïs et des huiles végétales se sont envolés, alimentant une crise alimentaire mondiale aux conséquences durables, notamment dans les pays les plus dépendants des importations. La diplomatie céréalière russe et la recomposition géopolitique Face à cette situation, Moscou a transformé le blé en une véritable arme diplomatique. En maintenant des flux élevés vers ses partenaires stratégiques, notamment en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et en Asie centrale, la Russie a renforcé son influence internationale. Cette stratégie porte désormais un nom : la diplomatie céréalière russe. Le blé devient une monnaie d’influence, permettant au Kremlin de consolider ses alliances et d’exercer une pression géopolitique sur de nombreux États dépendants de ses exportations. Dans le même temps, cette guerre a accéléré une recomposition profonde de la géopolitique alimentaire mondiale. Les chaînes d’approvisionnement se sont régionalisées, les politiques de stockage stratégique ont été renforcées et une notion s’est imposée dans le débat public : la souveraineté alimentaire. Cet axe structure désormais les stratégies nationales, notamment européennes. L’Union européenne se retrouve face à un dilemme majeur : soutenir l’Ukraine, tout en protégeant son propre modèle agricole et ses filières de production. En Ukraine, un modèle agricole en pleine transformation Quatre ans après le début du conflit, malgré une relative normalisation des marchés, les effets persistent. Le modèle agricole ukrainien se recompose progressivement, sous l’effet direct de la guerre. Les grands groupes agro-industriels y voient désormais une opportunité d’investissement à moindre coût, avec une capacité d’absorber les chocs économiques et logistiques. Cette dynamique accélère la concentration des exploitations et la transformation structurelle du secteur. Mais la reconstruction s’annonce colossale. Elle nécessitera des investissements massifs dans la dépollution des sols, la remise en état des réseaux d’irrigation, la reconstitution des surfaces agricoles, ainsi que la reconstruction des infrastructures logistiques et portuaires. À long terme, l’agriculture ukrainienne restera un enjeu géostratégique majeur, tant pour l’Europe que pour l’équilibre alimentaire mondial.
À l’ouverture du Salon international de l’agriculture à Paris, un mot revient sans cesse dans les allées : l’inquiétude. Maladies animales, concurrence étrangère, pression sur les prix... Les agriculteurs s’interrogent sur l’avenir de leur profession. Et derrière ces préoccupations, une question centrale : la France est-elle encore une grande puissance agricole ? Dans les allées du Salon international de l’agriculture, l’ambiance est particulière. Un mot revient parmi les participants : l’inquiétude. Inquiétude face aux maladies animales, à la concurrence étrangère, à la pression sur les prix... Et derrière tout cela, une question simple que se posent agriculteurs et exploitants : est-ce que la France est encore une grande puissance agricole ? Lorsque l’on interroge les professionnels présents, la réponse est presque unanime : « oui, mais… ». Si l’on s’en tient au « oui », ils n’ont pas tout à fait tort. En termes de chiffres, la France reste le premier pays producteur agricole de l’Union européenne. L’an passé, la production s’élevait à un peu plus de 88 milliards d’euros, devant l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. La grande force de la France réside dans sa diversité agricole. Une richesse parfaitement mise en valeur dans les pavillons du salon : céréales, élevage, vins, fromages, fruits, légumes, pêche… Toutes ces filières constituent de véritables piliers de l’écosystème agricole français et participent à son rayonnement. Mais derrière ce leadership apparent, les fragilités s’accumulent. Un commerce extérieur en recul et des exportations en chute libre C’est là qu’intervient le « mais » du fameux « oui mais ». Car la production agricole française augmente moins vite que celle de ses voisins européens. Autrement dit, la France ralentit pendant que ses concurrents accélèrent. Mais le véritable sujet, celui qui revient dans toutes les discussions avec les exploitants, c’est le commerce extérieur. La France exporte moins. Beaucoup moins. Le pays est passé de deuxième exportateur agricole européen en 2000 à sixième aujourd’hui. Si les exportations reculent, c'est d'abord parce que les piliers traditionnels de l’excédent commercial vacillent. Le vin et les spiritueux subissent de plein fouet les tensions commerciales avec la Chine et les États-Unis. Les céréales souffrent de la concurrence accrue de la mer Noire et de l’Argentine. Les produits laitiers et la viande sont fragilisés par la hausse des coûts et les maladies animales. Résultat, la France importe de plus en plus ce qu’elle consomme, y compris pour des productions historiquement emblématiques du territoire. Coûts de production, compétitivé et modèle agricole à réinventer Mais le cœur du problème est plus profond. Tous les agriculteurs rencontrés le confient, leur production n’est plus compétitive. La France décroche parce que ses produits sont plus chers que ceux de ses concurrents, notamment espagnols et italiens. En moyenne, 65% du chiffre d’affaires part dans les charges : énergie, engrais, carburants, alimentation animale, normes et fiscalité. En Espagne et en Italie, ce chiffre tombe respectivement à 44% et 45%. La conséquence est immédiate. La valeur ajoutée agricole française par hectare est deux à trois fois plus faible que celle de ses voisins européens. Un écart qui pèse lourdement sur la rentabilité des exploitations et leur capacité à investir. Pendant que la France peine à réinventer son modèle, ses concurrents avancent à marche forcée. L’Espagne combine compétitivité-coût et spécialisation dans les fruits, l’huile d’olive et la viande porcine. La Pologne mise sur des produits exportés massivement. L’Italie, elle, fait le pari de la qualité, des labels et de l’image de marque. Pour autant, il ne s’agit pas encore d’un déclin irréversible. La France conserve de nombreux atouts : diversité des productions, savoir-faire, image gastronomique, potentiel de montée en gamme... Mais les leviers de transformation sont désormais urgents. Et c’est tout l’enjeu de ce Salon de l’agriculture : inventer, voire réinventer, l’agriculture française de demain pour permettre à la France de rester une grande puissance agricole dans un monde de plus en plus concurrentiel.
Massivement adopté pendant et après la crise du Covid-19, le télétravail semblait s’être durablement installé dans l’organisation du travail. Mais depuis deux ans, les entreprises resserrent la vis, durcissent les règles et rappellent leurs salariés au bureau. Contexte économique, enjeux managériaux, immobilier : les raisons de ce grand rééquilibrage. Il faut remonter au printemps 2020 pour comprendre l’essor fulgurant du télétravail. La crise du Covid-19, les confinements successifs et la fermeture massive des bureaux contraignent les entreprises à improviser. En urgence, elles équipent leurs salariés, généralisent les outils numériques et basculent dans le tout à distance. Très vite, un constat s’impose. La productivité ne s’effondre pas. Au contraire, de nombreux salariés gagnent en confort de vie, en temps de transport et en flexibilité. Entre 2021 et 2023, le télétravail s’installe durablement dans le paysage professionnel, sous une forme hybride devenue la norme : deux jours à domicile, trois jours au bureau. Côté entreprises, les bénéfices semblent également évidents. Le télétravail devient un puissant levier d’attractivité et un argument clé pour recruter, notamment dans les secteurs de la tech, de la finance ou du conseil. Il permet aussi de réduire les coûts immobiliers et les dépenses énergétiques. À ce moment-là, tout plaide en faveur du télétravail, perçu comme une avancée sociale majeure. Le grand retour du bureau depuis 2024 Mais cet équilibre ne dure pas. Dès 2024, les lignes commencent à bouger. Aux États-Unis, le retour massif au présentiel s’impose rapidement. Amazon, Google, JPMorgan, Meta, Boeing ou encore UPS rappellent leurs salariés au bureau, parfois jusqu’à cinq jours par semaine. En France, la dynamique est plus progressive, mais elle est bel et bien enclenchée. De nombreuses entreprises durcissent leurs règles et réduisent le nombre de jours dits « télétravaillables ». Ce revirement s’explique en grande partie par la dégradation du contexte économique. La croissance ralentit, le chômage remonte légèrement et le marché du travail devient moins tendu. Le rapport de force se rééquilibre alors en faveur des employeurs. Quand recruter devient plus facile, les entreprises peuvent imposer davantage leurs conditions. À cela s’ajoute la question immobilière. Avant la crise sanitaire, de nombreux groupes avaient investi massivement dans des sièges sociaux flambant neufs, des tours de bureaux ou des campus ultramodernes. Laisser ces espaces largement vides représente un non-sens économique, tant en termes d’investissement que d’image. Un outil de management et de gestion des effectifs Au-delà des considérations économiques, le retour au bureau répond aussi à des enjeux managériaux. Le télétravail à grande échelle bouscule les méthodes traditionnelles de management, fragilise parfois la culture d’entreprise et complexifie la coordination des équipes, en raison de la distance et des échanges dématérialisés. Certains analystes estiment même que le retour contraint au présentiel peut devenir un outil indirect de gestion des effectifs. En durcissant les règles, certaines entreprises savent que des salariés feront le choix de partir d’eux-mêmes. Une manière de réduire la masse salariale sans plan social, ni coût financier ou politique immédiat. Pour autant, le télétravail fait désormais partie intégrante des attentes des salariés. Il s’est imposé comme un élément central du « contrat psychologique » entre l’entreprise et ses collaborateurs. C’est pourquoi la majorité des organisations ne le suppriment pas totalement, mais cherchent à le recalibrer. L’enjeu est désormais de trouver un nouvel équilibre, permettant de concilier performance économique, efficacité collective et qualité de vie au travail. Reportage FranceFrance: le télétravail va-t-il reculer?
Selon le Financial Times, Donald Trump envisagerait de réduire une partie des droits de douane imposés sur l’acier et l’aluminium. Une inflexion surprenante pour un président qui a fait du protectionnisme un marqueur central de sa politique économique. Mais derrière ce possible revirement se cachent des enjeux majeurs : inflation persistante, pression sur le pouvoir d’achat, difficultés croissantes des entreprises américaines et, surtout, échéances électorales cruciales. Depuis l’été dernier, Donald Trump a fortement durci sa politique commerciale. Le président américain a relevé jusqu’à 50% les droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium, avant d’étendre ces surtaxes à des centaines de produits dérivés, comme les pièces automobiles, l’électroménager ou encore certains équipements industriels. L’objectif affiché reste le même : protéger l’industrie américaine et lutter contre la surcapacité chinoise, accusée d’inonder les marchés mondiaux avec des produits à bas prix. Une stratégie assumée, mais dont les effets économiques se révèlent rapidement problématiques. Car l’acier et l’aluminium sont omniprésents dans le quotidien des ménages. Des canettes aux boîtes de conserve, des voitures aux réfrigérateurs, une large partie de l’économie est concernée. Résultat, ces droits de douane ont directement alimenté l’inflation aux États-Unis, renchérissant de nombreux biens de consommation courante. Selon le Bureau du budget du Congrès américain, près de 95% du coût des droits de douane est finalement supporté par les consommateurs et les entreprises du pays. Autrement dit, ce sont les ménages américains qui paient l’essentiel de la facture. Une pression politique croissante à l’approche des élections Cette flambée des prix tombe particulièrement mal sur le plan politique. L’inflation reste la première préoccupation des électeurs américains, dans un contexte où le pouvoir d’achat est devenu un enjeu central du débat public. Or, dans quelques mois se tiendront les élections de mi-mandat, un scrutin crucial pour l’équilibre du Congrès. Le mécontentement croissant des consommateurs face à la cherté de la vie constitue un risque électoral majeur pour Donald Trump et son camp. L’impopularité de certaines mesures économiques pourrait se traduire dans les urnes. Dans ce contexte, l’éventualité d’un assouplissement ciblé des droits de douane apparaît comme une tentative de désamorcer la contestation sociale et de rassurer un électorat inquiet. Un ajustement tactique plus qu’un changement de cap idéologique. Les entreprises américaines en première ligne Mais la pression ne vient pas seulement des ménages. Les entreprises américaines, grandes consommatrices d’acier et d’aluminium, subissent elles aussi de plein fouet les effets de cette politique tarifaire. Les groupes industriels voient leur facture exploser. Le constructeur automobile Ford a par exemple annoncé une charge douanière de 2 milliards de dollars pour l’an passé, soit le double de 2024. Produire aux États-Unis coûte désormais bien plus cher, contraignant les industriels à absorber eux-mêmes les surcoûts liés aux matières premières. À cela s’ajoute la complexité administrative du dispositif. Les droits de douane ne s’appliquent pas uniquement aux métaux bruts, mais aussi à des milliers de produits dérivés, calculés en fonction de leur teneur précise en acier ou en aluminium et de l’origine du métal. Un véritable casse-tête bureaucratique, qui oblige les entreprises à recruter du personnel dédié à la conformité douanière, alourdissant encore leurs coûts. C'est pourquoi le lobbying industriel s’intensifie. De nombreuses entreprises réclament un allègement des surtaxes, soulignant leurs effets contre-productifs sur la compétitivité et l’emploi. Une pression économique qui rejoint désormais les préoccupations politiques. En envisageant un allègement ciblé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, Donald Trump cherche à préserver son image de défenseur de l’industrie nationale tout en allégeant la facture pour les ménages et les entreprises. Sans renier sa doctrine protectionniste, il tente de corriger ses excès les plus coûteux. Plus qu’un virage stratégique, cette inflexion potentielle ressemble à un ajustement pragmatique, dicté par la réalité économique et la contrainte politique, à l’approche d’échéances électorales décisives. À lire aussiDonald Trump signe le décret portant à 50% les surtaxes douanières sur l'aluminium et l'acier
Après plusieurs années de forte croissance et d’innovation, le secteur financier africaine entre dans une nouvelle phase de son développement. Plus mature, plus structuré, il privilégie désormais la rentabilité, la sécurité et l’efficacité opérationnelle, dans un contexte économique marqué par le ralentissement de l’inflation et la solidité de la demande intérieure. Le sujet est vaste, tant le secteur financier africain connaît actuellement une mutation profonde. Selon un récent baromètre publié par Deloitte et l’Africa Financial Summit, le modèle économique évolue en profondeur. Après des années de forte croissance et d’innovation, le secteur entre dans une nouvelle phase : celle de la maturité. Une maturité qui a une conséquence directe, la confiance économique. D’après cette étude, le moral des dirigeants d’institutions financières du continent est bon. Ils se disent confiants dans les perspectives économiques à moyen terme. Cette confiance s’explique notamment par un contexte macroéconomique plus favorable : l’inflation ralentit dans de nombreux pays, la croissance reste solide et la demande intérieure demeure dynamique. Concrètement, la stabilisation des prix permet aux ménages de retrouver du pouvoir d’achat. Ils peuvent ainsi épargner un peu plus, investir davantage et consommer. Résultat : les volumes de crédits augmentent, tout comme la souscription d’assurances et, plus largement, les transactions financières. Autant de signaux positifs pour les banques, les assurances et l’ensemble de l’écosystème financier. Rentabilité, discipline et cybersécurité au cœur des priorités Dans ce climat plus confiant, la priorité stratégique des institutions financières devient clairement la rentabilité. Cette évolution illustre bien la maturité du secteur. À l’image d’un adolescent qui grandit, la maturité implique moins de prise de risque, davantage de discipline et une gestion plus rigoureuse. C’est exactement ce qui se joue aujourd’hui dans la finance africaine. Pendant des années, banques et assurances ont investi massivement pour se développer, étendre leur réseau et toucher le plus grand nombre. Désormais, l’objectif n’est plus de grandir à tout prix, mais de mieux grandir, être rentable pour investir plus intelligemment, de manière ciblée et durable. Cette nouvelle stratégie s’accompagne d’une priorité donnée à la sécurité, dans un contexte où la digitalisation a fortement accru les risques cyber. Paiements mobiles, applications bancaires et plateformes numériques facilitent la vie des clients, mais attirent aussi les cybercriminels. Les banques et les assurances doivent donc investir massivement pour prévenir ces menaces, protéger les comptes de centaines de millions de clients et garantir la fiabilité des systèmes. Pour ce faire, elles s’appuient notamment sur l’intelligence artificielle. Grâce à l’IA, les institutions financières peuvent analyser en quelques secondes le comportement d’un client : habitudes de paiement, revenus, dépenses. Cela permet de détecter rapidement les tentatives de fraude, mais aussi de surveiller les mouvements de comptes et d’intervenir le plus vite possible en cas de soupçon. Intelligence artificielle, intégration financière et inclusion : les nouveaux leviers de croissance L’intelligence artificielle joue également un rôle central dans l’octroi de crédits. Elle permet d’évaluer plus finement la solvabilité des emprunteurs et d’anticiper les risques de défaut. Le secteur passe ainsi progressivement d’une finance réactive à une finance prédictive, capable d’anticiper les comportements et de mieux maîtriser les risques. Une mutation essentielle, à l’échelle du continent comme au niveau mondial. Parallèlement, l’Afrique traverse une transformation majeure avec l’accélération de l’intégration financière. Un système permettant d’effectuer des paiements directs entre pays, sans passer par l’euro ou le dollar, se met progressivement en place. Cette évolution pourrait profondément transformer les échanges commerciaux intra-africains, réduire les coûts de transaction et renforcer la souveraineté financière du continent. Enfin, le prochain grand défi reste l’inclusion financière. Toucher le plus grand nombre, être présent partout sur le continent et intégrer des millions de personnes encore éloignées du système bancaire constituent le principal levier de croissance pour les banques et les assurances. Aujourd’hui, cette inclusion reste incomplète, mais les pistes évoquées — digitalisation, intelligence artificielle, interopérabilité des paiements — sont précisément celles sur lesquelles s’appuient les grands acteurs financiers africains pour y remédier. À lire aussiL’Afrique perd 88 milliards de dollars par an en raison de flux financiers illicites, alerte l’UA
Ce mardi 17 février débute le Nouvel An lunaire en Chine, un événement central du calendrier économique du pays. Bien au-delà de sa portée culturelle et sociale, cette période constitue chaque année un véritable test pour Pékin. En 2026, les autorités chinoises espèrent surtout une chose, que cette fête relance la consommation intérieure, en panne depuis plusieurs mois, dans un contexte économique fragile. Malgré une croissance de 5% en 2025, la situation économique chinoise reste fragile. Le moteur de la consommation intérieure, censé prendre le relais des exportations, tourne au ralenti. Les derniers chiffres publiés par les autorités en sont la preuve : en janvier dernier, l’inflation n’a progressé que de 0,2% sur un an. Or, qui dit stagnation des prix dit demande molle. Face à la crise immobilière et à un marché de l’emploi particulièrement tendu, les ménages chinois restent prudents et préfèrent épargner plutôt que consommer. Dans ce contexte, le Nouvel An lunaire apparaît comme une occasion unique d’inverser la tendance et de tenter de restaurer la confiance. À lire aussiPourquoi l'essor des exportations chinoises est une mauvaise nouvelle pour Pékin Pékin sort l’artillerie lourde pour stimuler les dépenses Pour provoquer ce sursaut, les autorités chinoises ont multiplié les mesures. Les congés du Nouvel An lunaire ont ainsi été étendus à neuf jours afin d’encourager les déplacements, les loisirs, les repas au restaurant, mais surtout les achats. Un vaste plan de soutien à la consommation a également été lancé, avec le déblocage de 2 milliards de yuans, soit environ 300 millions de dollars. Ces aides, sous forme de bons d’achats ou de subventions, ciblent notamment l’électroménager, l’électronique, l’automobile et l’ameublement. Certaines villes vont encore plus loin. À Shanghai, par exemple, les autorités misent sur l’économie nocturne, avec des commerces ouverts tard et de nombreuses animations en soirée. Tout est fait pour faire sortir l’argent des comptes d’épargne et redonner confiance aux ménages. À lire aussiPlénum 2025 du Parti communiste chinois: quels enjeux pour l’économie de la Chine? Une fête aux lourdes conséquences économiques mondiales Car le Nouvel An lunaire pèse historiquement très lourd dans l’économie chinoise. Il provoque la plus grande migration humaine au monde, avec plus de 3 milliards de déplacements sur une période de 40 jours. Cette mobilité massive alimente l’économie des transports, de l’hôtellerie, de la restauration, des loisirs et du commerce de détail dans son ensemble. Mais les modes de consommation évoluent également. Les jeunes Chinois consomment autrement : moins de dépenses ostentatoires, davantage d’achats liés à l’émotion, à l’identité personnelle et au plaisir immédiat, comme les peluches collectors ou les gadgets connectés. Paradoxalement, alors que la consommation explose, la production industrielle marque une pause. Des millions d’ouvriers quittent les grandes zones manufacturières pour rejoindre leurs familles, entraînant la fermeture temporaire de nombreuses usines. Cela conduit à un ralentissement des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les entreprises du monde entier anticipent en constituant des stocks ou en diversifiant leur production vers l’Asie du Sud-Est, mais cette période peut aussi être synonyme d’accalmie pour le commerce mondial. C’est précisément pour cette raison que les autorités chinoises misent autant sur le Nouvel An lunaire. L’objectif est clair : rééquilibrer le modèle économique du pays en réduisant sa dépendance aux exportations. En incitant à consommer, Pékin espère que l’effervescence temporaire de cette période festive permettra d’enclencher une dynamique durable et que l’année du Cheval de feu rallumera enfin l’étincelle de la consommation en Chine. À lire aussiDu rouge aux robots: comment la Chine célèbre le Nouvel An 2026
L’Inde accueille à partir d’aujourd’hui le quatrième sommet mondial sur l’intelligence artificielle. Plus de cent pays, une trentaine de chefs d’État et tous les grands patrons de la tech mondiale sont réunis à New Delhi. Un événement d’ampleur qui confirme la montée en puissance spectaculaire de l’Inde dans la course mondiale à l’IA, au croisement des enjeux économiques, technologiques et géopolitiques. À partir d’aujourd’hui, la capitale indienne devient le centre de gravité de la planète tech en accueillant le quatrième sommet mondial sur l’intelligence artificielle. Plus de cent pays sont représentés, une trentaine de chefs d’État et de gouvernement ont fait le déplacement, et surtout, tous les grands dirigeants des géants de la technologie sont présents. Un casting impressionnant qui illustre une réalité : l’Inde s’est imposée comme l’un des épicentres mondiaux de l’IA. Et le pays peut s’appuyer sur des atouts considérables. Le premier est son réservoir de talents, sans équivalent ou presque. Chaque année, des centaines de milliers d’ingénieurs sortent des universités indiennes. Une dynamique nourrie par une tradition ancienne d’excellence mathématique et scientifique, qui alimente directement les performances du pays dans le numérique et les nouvelles technologies. Deuxième force : la démographie. L’Inde est aujourd’hui le pays le plus peuplé du monde. Sa population, jeune, dynamique et massivement connectée, représente à la fois un immense marché, un laboratoire d’innovation à grande échelle et, pour l’IA, une mine de données inestimable. Enfin, troisième pilier de cette ascension : la volonté politique. Depuis 2024, le gouvernement indien a lancé un vaste programme public destiné à bâtir une véritable infrastructure nationale de l’intelligence artificielle. L’IA est clairement identifiée comme un levier stratégique de croissance économique, de compétitivité et de souveraineté technologique. Des investissements massifs et un laboratoire pour le Sud global Cette stratégie ambitieuse attire logiquement les géants mondiaux de la tech. Microsoft a annoncé 17,5 milliards de dollars d’investissements dans le pays, Amazon 35 milliards, Google 15 milliards. Les partenariats se multiplient, les centres de recherche s’installent, et l’écosystème numérique indien se structure à grande vitesse. L’Inde est en passe de devenir le plus grand marché numérique en devenir au monde. Entre des marchés occidentaux arrivés à maturité et une Chine de plus en plus fermée, le pays s’impose comme un relais de croissance indispensable pour les multinationales du numérique. Mais l’Inde est aussi un terrain d’expérimentation unique. Si une solution technologique fonctionne à l’échelle indienne, elle est capable de s’imposer partout dans le Sud global. Le pays devient ainsi un laboratoire grandeur nature pour l’innovation inclusive. C’est précisément ce qui donne au sommet de New Delhi une dimension géopolitique majeure. L’Inde se positionne comme le porte-voix des pays du Sud global: Afrique, Amérique latine, Asie émergente. Ensemble, ces régions entendent peser dans les débats mondiaux sur la gouvernance de l’IA. Le message est clair : l’intelligence artificielle ne doit pas être confisquée par quelques puissances technologiques, mais bénéficier à l’ensemble de la planète. Face aux modèles américain, chinois et européen, l’Inde propose une quatrième voie, fondée sur des cadres adaptés aux besoins des pays en développement. Le sommet s’articule autour de trois thèmes clés : People, Planet, Progress – population, planète, progrès. Un triptyque qui résume l’ambition indienne : faire de l’IA un outil de développement durable, d’inclusion sociale et de croissance partagée. Des défis technologiques encore majeurs à relever Pour autant, l’Inde n’évolue pas encore dans la même catégorie que les États-Unis ou la Chine en matière d’intelligence artificielle de pointe. Ce sommet est à la fois un tremplin et un révélateur des défis auxquels le pays doit faire face. Sur le plan technologique, New Delhi souffre encore d’un certain retard. L’Inde ne dispose pas de grands modèles d’IA comparables à l’américain ChatGPT ou au chinois DeepSeek, ce qui limite pour l’instant son influence dans la course aux modèles fondamentaux. La question de la protection des données personnelles constitue également un enjeu sensible, dans un pays où l’explosion numérique pose des défis considérables en matière de régulation et de sécurité. Mais le principal point noir reste la fuite des cerveaux. Malgré le dynamisme local, de nombreux ingénieurs indiens continuent de partir massivement vers la Silicon Valley et les grands pôles technologiques occidentaux, attirés par de meilleures conditions salariales et des moyens de recherche plus importants. Dans un contexte de compétition mondiale féroce, la stratégie indienne repose sur un pari audacieux : faire mieux avec moins. Là où les grandes puissances occidentales misent sur des investissements colossaux, l’Inde cherche à transformer ses contraintes en avantage comparatif, en combinant talents, innovation frugale et marché intérieur gigantesque. Un pari qui commence à porter ses fruits et qui pourrait bien, à terme, rebattre les cartes de la géopolitique mondiale de l’intelligence artificielle.
À la veille de la Saint-Valentin, focus sur une industrie criminelle aussi méconnue qu'efficace : l’arnaque aux sentiments. Derrière les promesses d’amour se cache une économie mondialisée, ultra-organisée et désormais dopée à l’intelligence artificielle, qui brasse chaque année des milliards d’euros. L’arnaque aux sentiments repose sur un modèle efficace. Les escrocs créent de faux profils sur des sites de rencontres, des réseaux sociaux ou des applications de messagerie. Ils mettent en scène des identités valorisantes : ingénieurs expatriés, médecins humanitaires, entrepreneurs prospères, voire parfois des personnalités connues. L’objectif est clair, instaurer une relation affective intense en échangeant quotidiennement pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, afin de bâtir un climat de confiance solide. Progressivement, le lien émotionnel s’intensifie, la victime s’attache, se projette, et baisse sa vigilance. Puis vient le moment du piège. Une urgence surgit, un billet d’avion à payer pour une rencontre tant attendue, un problème de santé soudain, un compte bancaire bloqué. La victime, déjà émotionnellement engagée, envoie de l’argent. D’abord de petites sommes, pour se rassurer. Puis, l’engrenage se met en place. Les demandes deviennent plus fréquentes, plus importantes, jusqu’à provoquer parfois un véritable effondrement financier. Des usines à arnaques en Asie et une tradition bien ancrée en Afrique Loin du cliché de l’escroc solitaire derrière son écran, l’arnaque sentimentale est aujourd’hui une industrie mondialisée, structurée et hiérarchisée. Certaines enquêtes récentes ont révélé l’existence de véritables « usines à arnaques » en Asie du Sud-Est. Dans d’immenses complexes, des plateaux entiers d’ordinateurs sont occupés par des équipes qui se relaient 24 heures sur 24 afin de couvrir tous les fuseaux horaires. Selon une étude de l’université du Texas, ces seuls réseaux asiatiques auraient extorqué près de 75 milliards de dollars entre 2020 et 2024. Une somme vertigineuse, qui illustre la dimension industrielle de cette cybercriminalité. L’Afrique de l’Ouest constitue également un foyer historique de ces pratiques, notamment pour les victimes francophones. En Côte d’Ivoire, les « brouteurs », au Nigeria les « yahoo boys », et au Cameroun les « feymen » incarnent ces figures désormais bien connues. La méthode y reste souvent plus artisanale, moins structurée qu’en Asie, mais les gains peuvent être considérables. Certains escrocs expérimentés parviennent à générer plusieurs dizaines de milliers d’euros par an. Intelligence artificielle, banques sous pression et humanité détournée La montée en puissance de l’intelligence artificielle a marqué un tournant. Désormais, les escrocs peuvent produire de faux appels vidéo ultracréditbles, combinant voix, visage et gestuelle réalistes. La fraude devient ainsi industrielle, automatisée et surtout hyper-personnalisée. La frontière entre le vrai et le faux s’efface, renforçant encore la vulnérabilité des victimes. Cette explosion des arnaques pose un défi majeur aux banques. L’enjeu est financier, juridique et réputationnel. Les établissements doivent gérer un afflux croissant de litiges tout en respectant leurs obligations de vigilance sur les mouvements de fonds. Mais comment bloquer un virement lorsque le client est lui-même persuadé d’agir par amour ? Pour répondre à ce défi, des acteurs spécialisés ont émergé, à l’image de Feedzaï, qui développe des solutions capables d’identifier en temps réel les transactions suspectes grâce à l’analyse comportementale et à l’intelligence artificielle. Toutefois, même les technologies les plus avancées ne peuvent tout empêcher. Car la véritable faille reste humaine. L’arnaque aux sentiments exploite ce qu’il y a de plus intime : le besoin d’amour, de reconnaissance et de lien. La manipulation émotionnelle est au cœur du système. Dans cette économie souterraine mondialisée, l’amour devient peu à peu un produit financier comme un autre.
Réunis en sommet informel, les dirigeants européens planchent sur la compétitivité du continent. Face à la montée en puissance des États-Unis et de la Chine, Emmanuel Macron remet sur la table une idée longtemps controversée, les eurobonds, ou la dette commune européenne. L'objectif est de financer massivement les investissements stratégiques pour éviter le décrochage économique de l’Europe. Les dirigeants des 27 se retrouvent pour un sommet informel consacré à un sujet on ne peut plus sensible: la compétitivité du continent. Une question revient avec insistance dans les débats européens: comment éviter que l’Europe ne décroche face aux États-Unis et à la Chine ? Dans ce contexte, Emmanuel Macron a relancé une vieille idée, aussi ambitieuse que clivante, emprunter à l’échelle européenne. Car aujourd’hui, chaque pays du continent s’endette de manière autonome. La France émet sa dette, l’Italie ou l’Allemagne la leur, chacun gérant son financement de façon indépendante. Problème : certains États sont déjà très endettés. Résultat, leur capacité d’emprunt est désormais très limitée, ce qui freine leurs possibilités d’investir dans les secteurs d’avenir. C’est là qu’intervient l’idée des eurobonds. Concrètement, il s’agirait de créer des obligations européennes communes, comparables à des bons du Trésor européen afin d'emprunter ensemble pour investir ensemble. Plutôt que de conserver 27 dettes nationales fragmentées, l’Europe émettrait une dette commune, capable d’attirer les investisseurs du monde entier. L’enjeu est double, financer les investissements stratégiques et renforcer le rôle international de l’euro face au dollar. À lire aussiCoercition économique: l’arme de l’Union européenne face aux menaces commerciales de Trump Les eurobonds, un projet ancien remis au cœur du débat Si sur le papier le projet semble solide, dans les faits, il est politiquement très sensible. L’idée d’eurobonds avait déjà été évoquée lors de la crise de la zone euro en 2010-2012, avant d’être rejetée, notamment par l’Allemagne et les pays dits « frugaux » comme les Pays-Bas ou la Finlande. Pour Berlin, longtemps championne de l’orthodoxie budgétaire, la mutualisation de la dette restait un tabou. Aujourd’hui encore, les réticences demeurent fortes. Pourtant, ce mécanisme a déjà été mis en œuvre pendant la crise du Covid. En 2020, l’Union européenne a lancé un vaste plan de relance financé par un emprunt commun de 750 milliards d’euros. Pour la première fois de son histoire, Bruxelles s’est alors endettée au nom des 27 États membres. Un tournant majeur, qui a démontré qu’un endettement européen commun était techniquement possible et financièrement crédible. À lire aussiQu’est-ce que l’euro numérique et pourquoi le projet divise l’Europe? Défense, technologie, climat : pourquoi l’Europe veut changer d’échelle Six ans plus tard, l’idée des eurobonds revient avec force pour trois grandes raisons. D’abord, la défense. Face au retour des tensions géopolitiques, l’Europe doit se réarmer et renforcer son autonomie stratégique. Ensuite, la technologie. Le continent doit investir massivement dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et les technologies de rupture pour rester compétitif face aux géants américains et chinois. Enfin, la transition écologique. La décarbonation de l’économie européenne exige des investissements colossaux dans l’énergie, les infrastructures et l’industrie. Selon le rapport de Mario Draghi, ces besoins représenteraient jusqu’à 1 200 milliards d’euros par an. Sans ces investissements, l’Europe risque d’amplifier sa dépendance technologique, militaire et énergétique à Washington et Pékin. Les eurobonds apparaissent ainsi comme un outil permettant de changer d’échelle, en offrant une capacité d’endettement bien plus importante, et surtout moins coûteuse. En mutualisant la dette, les conditions d’emprunt seraient meilleures que celles dont bénéficient de nombreux États pris individuellement. Cela réduirait aussi le risque de crise financière dans les pays les plus fragiles et permettrait de créer un grand marché des obligations européennes, renforçant le poids géopolitique de l’Union. Mais les opposants restent nombreux. Leur principal argument : la crainte que certains pays relâchent leurs efforts budgétaires en profitant de la mutualisation, s’appuyant sur la solidité financière de leurs partenaires. Derrière ce débat technique se joue en réalité une question fondamentale : la capacité de l’Union européenne à agir comme une puissance collective. Car ce dont il s’agit désormais, ce n’est plus de raisonner État par État, mais bien en termes de force commune, afin de rester un acteur majeur sur la scène économique et géopolitique internationale.
Pour la première fois depuis plus d’un siècle, les États-Unis pourraient voir leur population diminuer dès cette année. En cause, le durcissement extrême de la politique migratoire menée par Donald Trump. Derrière ce basculement démographique historique se cache un choc économique majeur, aux répercussions sur la croissance, le marché du travail, les finances publiques et la compétitivité technologique du pays. Les chiffres sont sans équivoque. Selon le dernier bilan du Census Bureau, entre juillet 2024 et juin 2025, la population américaine n’a progressé que de 0,5%, soit 1,8 million de personnes supplémentaires. Un niveau historiquement faible. Cette dynamique pourrait encore se détériorer. Plusieurs études estiment désormais que la population américaine pourrait reculer dès cette année, un scénario inédit depuis plus d’un siècle. Cette bascule s’explique très simplement. Les États-Unis vivent historiquement sur deux moteurs démographiques, les naissances et l’immigration. Or, aujourd’hui, les deux ralentissent simultanément. Le taux de fécondité est tombé sous le seuil de renouvellement des générations, tandis que le moteur migratoire est en train de s’effondrer. En cause, la multiplication des mesures anti-immigration décidées par Donald Trump : restrictions drastiques des visas étudiants, professionnels et familiaux, refus d’entrée étendus à plus de 70 pays, expulsions accélérées, verrouillage renforcé de la frontière avec le Mexique. Autant de décisions qui ont fait chuter brutalement les flux migratoires. À lire aussiPourquoi l'immigration va déterminer le sort de l'économie américaine sous Donald Trump Un choc majeur sur la croissance et l’emploi Au-delà de ses conséquences sociales, ce tournant migratoire provoque un choc économique majeur. La croissance repose sur trois piliers fondamentaux : la population active, la productivité et l’investissement. Lorsque la baisse démographique touche directement la main-d’œuvre disponible, la croissance potentielle ralentit mécaniquement. Selon le think tank Brookings, la seule baisse de l’immigration retranche déjà 0,3 point de croissance par an à l’économie américaine. Un chiffre qui peut sembler modeste, mais qui est colossal pour une économie habituée à croître autour de 2,5% par an. Ce ralentissement s’explique principalement par un choc sur le marché du travail. Les immigrés représentent environ 19% de la main-d’œuvre américaine, soit près d’un travailleur sur cinq. Dans certains secteurs clés – agriculture, restauration, construction –, leur rôle est absolument indispensable. Résultat : les pénuries de main-d’œuvre explosent, les délais de production s’allongent, les coûts augmentent, les prix suivent, et au bout de la chaîne, la croissance est directement affectée. Une dynamique qui va à l’encontre des promesses économiques affichées par Donald Trump. À lire aussiRoyaume-Uni: le choc démographique qui menace l’économie britannique Finances publiques et leadership technologique fragilisés Les effets du durcissement migratoire se font également sentir sur les finances publiques américaines. Moins de travailleurs immigrés signifie moins de cotisations, moins d’impôts et davantage de dépenses sociales. Selon l’institut Cato, les immigrés ont versé plus d’impôts qu’ils n’ont reçu d’aides sociales chaque année entre 1994 et 2023. Dans ce contexte, la contraction de l’immigration fragilise directement l’équilibre budgétaire du pays et accélère la crise de financement de la Sécurité sociale américaine, déjà menacée à moyen terme. Enfin, l’enjeu dépasse largement la seule sphère budgétaire. L’immigration joue un rôle central dans la recherche, la technologie, l’intelligence artificielle et la finance. Une statistique l’illustre : 40% des chercheurs de la Silicon Valley sont nés à l’étranger. Limiter les visas étudiants et scientifiques affaiblit donc directement l’avantage technologique américain, dans un contexte de concurrence accrue avec la Chine et l’Europe. En définitive, l’arbitrage entre souveraineté politique et rationalité économique apparaît de plus en plus coûteux pour les États-Unis. Les effets du durcissement migratoire pourraient se faire sentir bien au-delà du mandat de Donald Trump, en pesant durablement sur la croissance, l’innovation et le leadership mondial de la première économie de la planète. À lire aussiGel des visas pour les États-Unis: ce qui attend les 26 pays africains concernés
La pose de la première pierre de la gigafactory du groupe taïwanais ProLogium, ce mardi 10 février, à Dunkerque, marque une nouvelle étape dans la stratégie industrielle française. Objectif : faire de la France un leader européen des batteries électriques. Mais derrière l’ambition, la réalité industrielle s’avère plus complexe. Ce mardi midi, c’est un événement symbolique qui se déroule dans le nord de la France : la pose de la première pierre d’une nouvelle gigafactory de batteries électriques à Dunkerque, portée par le groupe taïwanais ProLogium. Un projet emblématique de la stratégie industrielle tricolore, dont l’ambition est claire : faire de la France un leader européen des batteries électriques. Les objectifs affichés sont à la hauteur de l’enjeu. D’ici 2030, la France vise une production annuelle de deux millions de batteries, la création de plus de 13 000 emplois directs, et la constitution d’une véritable « vallée de la batterie » dans les Hauts-de-France. Un projet stratégique, car l’enjeu est majeur, il s'agit réduire la dépendance à la Chine, qui contrôle aujourd’hui près de 70% de la production mondiale de batteries. Or, sans batteries, pas de voitures électriques, et sans voitures électriques, pas de transition énergétique crédible. La souveraineté industrielle devient ainsi un pilier central de la politique économique française. Un déploiement plus lent que prévu : un défi technologique et industriel Trois ans après les grandes annonces, le bilan reste contrasté. Sur le papier, la France compte cinq projets majeurs de gigafactories. Dans les faits, seules deux sont aujourd’hui réellement en activité, tandis que les autres sont encore en phase de montée en puissance ou de préparation. Cette lenteur s’explique d’abord par la complexité extrême de la fabrication des batteries. Produire des cellules à grande échelle exige une maîtrise industrielle et chimique de très haut niveau, dans des environnements ultra-contrôlés. Les industriels européens commencent à peine à acquérir ce savoir-faire, alors que les acteurs asiatiques disposent de plus de quinze ans d’avance. À cela s’ajoute le coût colossal de ces infrastructures. Chaque gigafactory représente entre 2 et 5 milliards d’euros d’investissement. Un pari financier lourd, qui impose des montages complexes et une montée en charge progressive. Mais le principal défi reste l’évolution extrêmement rapide des technologies de batteries. Une batterie développée il y a trois ans est déjà dépassée technologiquement par rapport aux modèles actuels, plus performants, plus durables et plus compétitifs. Cette course à l’innovation impose aux industriels de revoir régulièrement leurs choix technologiques. ProLogium à Dunkerque : un pari industriel et économique à haut risque Le projet ProLogium illustre parfaitement ces difficultés. Si la première pierre n’est posée que ce mardi, trois ans après l’annonce initiale, c’est parce que le groupe taïwanais a décidé de changer de technologie en cours de route, afin de passer à une nouvelle génération de batteries solides plus performantes. Un choix stratégique, mais aussi un pari industriel risqué, qui a repoussé le calendrier du projet. Un pari également assumé par les pouvoirs publics. Pour attirer ces géants industriels, l’État français mobilise massivement l’argent public. Selon les études de la Banque européenne d’investissement et de France stratégie, un euro public investi dans l’industrie verte génère entre 2,5 et 4 euros de valeur ajoutée à moyen terme. Si, pour l’instant, les retombées économiques restent limitées, elles sont appelées à s’amplifier : créations d’emplois directs et indirects, fiscalité locale, sous-traitance, développement de filières industrielles complètes. Au-delà de la préservation de l’industrie automobile française et de la sécurisation de l’approvisionnement européen en batteries, ces projets participent surtout à la relance économique de territoires durement touchés par la désindustrialisation. À lire aussiFrance: le Taïwanais ProLogium débute la construction d’une méga-usine de batteries électriques dans le Nord
Alors que les États-Unis et la Chine accélèrent massivement dans l’intelligence artificielle, l’Europe peine encore à rivaliser à armes égales. Le baromètre européen de l’IA 2026, publié par JFD et EY Fabernovel, dresse un état des lieux : le continent dispose d’atouts solides, mais reste confronté à un défi majeur, celui du passage à l’échelle et de la souveraineté technologique. La bataille mondiale de l’intelligence artificielle est engagée depuis plusieurs années. D’un côté, les États-Unis ont développé un écosystème ultra-intégré. Leurs géants du numérique contrôlent l’ensemble de la chaîne de valeur : des infrastructures aux modèles, en passant par les logiciels et les centres de données. Une stratégie d’hyper-intégration qui leur permet d’innover vite, de déployer massivement et de capter l’essentiel de la valeur créée. La Chine suit une trajectoire similaire, à grand renfort de plans industriels massifs, de commandes publiques et de champions nationaux. Pékin a clairement fait de l’IA un pilier de sa stratégie de puissance économique et technologique. Face à ces deux blocs, l’Europe avance plus prudemment, avec une autre boussole : la régulation, l’éthique et la protection des données. Un choix assumé, mais qui se traduit par un décrochage progressif dans la course mondiale à l’IA. C’est l’un des constats majeurs du baromètre européen de l’IA 2026. Trois freins majeurs qui ralentissent la dynamique européenne Premier frein identifié : le financement. L’investissement européen en intelligence artificielle est sept fois inférieur à celui des États-Unis. En cause notamment, le manque de fonds de pension puissants à l’échelle du continent, capables de soutenir de très importantes levées de fonds. Résultat : lorsqu’une start-up européenne devient prometteuse, elle part souvent se financer outre-Atlantique, emportant avec elle une partie de la valeur et du potentiel industriel. Deuxième frein : la maîtrise de la chaîne de valeur. L’Europe ne détient aujourd’hui que 5% de la puissance de calcul mondiale. Concrètement, cela signifie que les intelligences artificielles européennes tournent très souvent sur des serveurs américains, renforçant une dépendance technologique stratégique. Troisième frein enfin : la complexité réglementaire. Avec 13 000 actes législatifs publiés en cinq ans, contre 3 500 aux États-Unis, l’environnement normatif européen apparaît comme un facteur de ralentissement, poussant certaines entreprises à envisager l’exil pour accélérer leur développement. Le tableau peut sembler sombre, mais l’Europe conserve néanmoins de solides atouts. À lire aussiPourquoi les géants de l'intelligence artificielle s’arrachent les talents à prix d’or ? Le choc de la demande, clé du passage à l’échelle Les choses bougent. En 2025, les levées de fonds ont progressé de 18% sur le sol européen. L’innovation est bien là, l’écosystème gagne en maturité, et les talents ne manquent pas. Mais le problème central demeure : les jeunes entreprises spécialisées dans l’IA peinent à devenir de grands champions industriels durables. En cause, un manque criant de débouchés. La commande publique d’innovation représente en moyenne 9% en Europe, contre 20% aux États-Unis et 25% en Corée du Sud. Mais tout ne peut pas reposer sur l’action publique. Le secteur privé doit également s’aligner, car les commandes restent aujourd’hui insuffisantes. Sans clients, sans contrats, sans carnets de commandes solides, une start-up ne grandit pas et ne devient jamais un leader mondial. La solution avancée est claire : inciter les grandes entreprises européennes à consacrer 9% de leurs achats à des solutions innovantes proposées par ces jeunes structures. Un levier décisif pour favoriser leur développement et créer de véritables partenariats industriels. Derrière cet enjeu économique, ce qui se joue, c'est la souveraineté européenne et son autonomie technologique. Car l’intelligence artificielle entre dans une phase d’industrialisation rapide, et ceux qui structurent aujourd’hui leur chaîne de valeur domineront les marchés de demain.
À la veille de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, l’économie haïtienne reste plongée dans une crise profonde. Croissance négative depuis plusieurs années, inflation élevée, dépendance aux transferts de la diaspora, insécurité chronique et paralysie politique : tous les indicateurs économiques sont au rouge. Le signal le plus révélateur de la crise économique haïtienne reste la croissance. Voilà désormais sept années consécutives que celle-ci est négative. Concrètement, cela signifie qu’année après année, le pays produit de moins en moins de richesses. Cette récession s’accompagne d’un autre fléau majeur : l’inflation. En 2023, la hausse des prix a dépassé les 44%. Si elle a depuis légèrement reflué, elle demeure aujourd’hui à un niveau très élevé, compris entre 25 et 30%. Une situation qui a conduit le quotidien Le Nouvelliste à titrer récemment : « L’économie haïtienne, productrice de pauvreté ». Dans les faits, les prix augmentent en continu, sans que les revenus ne suivent pas la même dynamique. Le pouvoir d’achat des ménages s’effondre, la consommation recule, et les entreprises voient mécaniquement leurs chiffres d’affaires diminuer. Une économie dépendante des transferts et pénalisée par le taux de change À ces difficultés, s’ajoute un mécanisme plus technique mais déterminant : le taux de change. Haïti reçoit des transferts financiers colossaux de sa diaspora, dont dépend environ 80% de la population. Ces fonds, envoyés en dollars, doivent être convertis en gourdes, la monnaie nationale. Or, le taux de change est resté largement figé alors que l’inflation a fortement progressé. Résultat : pour chaque dollar envoyé, les familles reçoivent proportionnellement moins de gourdes, tandis que les prix continuent de grimper. Aujourd’hui, près de six Haïtiens sur dix vivent sous le seuil de pauvreté. Ces transferts servent principalement à la consommation et non à l’investissement. Un modèle économique qui, en l’absence de production suffisante, ne permet pas de préparer le développement futur du pays. Insécurité, crise politique et effondrement de l’investissement Si l’investissement ne repart pas, la cause principale tient en un mot : l’insécurité. Les gangs contrôlent des quartiers entiers et des axes stratégiques, imposent des péages illégaux, pratiquent enlèvements et rackets. Cette violence désorganise les chaînes d’approvisionnement, freine le recrutement et décourage l’investissement. En 2018, les investissements directs étrangers atteignaient encore environ 100 millions de dollars. Depuis, ils sont proches de zéro. Lorsqu’ils existent, il s’agit essentiellement de réinvestissements techniques, notamment pour l’entretien d’infrastructures comme les télécommunications. Investir en Haïti est désormais perçu comme un risque majeur. Cette insécurité s’ajoute à une crise politique et institutionnelle profonde. L’appareil d’État apparaît inefficace, mal organisé et miné par la corruption. La confiance s’est érodée, l’instabilité est devenue chronique, ce qui nuit directement à l’activité économique. La précarisation de l’État entraîne ainsi une précarisation plus large de la société. C’est dans ce contexte que s’achève le mandat du Conseil présidentiel de transition. Les économistes s’accordent sur un point : sans réformes structurelles, profondes et de long terme, l’économie haïtienne continuera de souffrir. Certains scénarios évoquent un possible rebond de la croissance, autour de +2%, mais celui-ci reste conditionné à une amélioration tangible de la sécurité et à une stabilisation politique durable. Un nouveau chapitre que le pays est appelé à ouvrir pour tenter de restaurer un minimum de confiance, auprès des investisseurs, des partenaires internationaux et des ménages.
Après le rachat de la société d’intelligence artificielle xAI par SpaceX, Elon Musk affiche une ambition qui peut sembler futuriste mais qui est prise de plus en plus au sérieux: déployer des centres de données dédiés à l’IA directement en orbite autour de la Terre. Un projet aux promesses énergétiques et financières majeures, mais qui soulève aussi de nombreuses questions. Des centres de données ou « data-centers » à plusieurs milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes, l’idée peut paraître sortie d’un film de science-fiction. Et pourtant, elle s’inscrit aujourd’hui dans des projets très concrets. Avec l’acquisition de xAI, SpaceX cherche à réunir sous une même bannière l’expertise en lancements spatiaux, en réseaux de satellites et en intelligence artificielle. Pour comprendre l’intérêt d’un tel projet, il faut d’abord revenir sur Terre. Les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle existent déjà, et leur nombre ne cesse d’augmenter. Ces immenses installations consomment des quantités colossales d’électricité pour alimenter les processeurs, mais aussi d’eau pour refroidir les machines. Or la demande en puissance de calcul explose. Résultat: des centaines de nouveaux data centers devraient voir le jour dans les prochaines années. À lire aussiElon Musk intègre xAI dans SpaceX pour bâtir des centres de données spatiaux L’espace, une réponse aux contraintes énergétiques Pourquoi ne pas rester uniquement sur Terre ? Parce que l’espace offre plusieurs avantages majeurs. D’abord en matière de place, mais surtout en termes de consommation d’énergie. Les capteurs photovoltaïques spatiaux peuvent recevoir jusqu’à huit fois plus d’énergie solaire que leurs équivalents au sol, grâce à une exposition quasi permanente au soleil. Autre atout déterminant : le refroidissement. Dans l’espace, plus besoin d’eau. L’énergie solaire captée peut être utilisée pour alimenter des systèmes de refroidissement spécifiques, similaires à ceux déjà en fonctionnement sur la Station spatiale internationale. Sur le papier, ces centres de données orbitaux apparaissent ainsi comme une solution aux limites énergétiques rencontrées sur Terre. À lire aussiEn quoi les data centers sont-ils des gouffres écologiques? Un pari financier colossal… Et très risqué Derrière cette mécanique technologique se cache un enjeu primordial : l’argent. Pour les géants de l’intelligence artificielle, l’objectif est clair : faire des économies à long terme. Les montants en jeu sont colossaux, et encore difficiles à estimer tant le modèle reste flou. Une chose est en revanche certaine : les investissements dans les data centers terrestres se chiffrent déjà en centaines de milliards de dollars. Les projets spatiaux apparaissent à la fois comme une extension de cette dynamique, mais aussi comme un moyen d’entretenir l’enthousiasme des marchés et de continuer à attirer des capitaux vers l’IA. Car la question centrale reste celle de la rentabilité. Dans l’espace, l’idée est séduisante : pas de loyer, pas de facture d’électricité, seulement un lancement de fusée et un satellite équipé d’un centre de données. C’est précisément pour cela que SpaceX s’intéresse au sujet. L’entreprise d’Elon Musk dispose déjà des fusées, des satellites et des infrastructures nécessaires pour produire de la puissance de calcul à l’échelle mondiale. Mais les réserves sont nombreuses. Sur le plan technique, un satellite en panne ne peut pas être réparé comme un site terrestre, sans compter les risques de collision avec des débris spatiaux. Il faudrait par ailleurs déployer un nombre immense de satellites, impliquant autant de lancements et donc des coûts vertigineux. Enfin, la question environnementale reste entière, les lancements de fusées générant une pollution significative. Quoi qu’il en soit, ces centres de données spatiaux ne verront pas le jour demain. Selon plusieurs cabinets d’études, leur viabilité commerciale ne pourrait émerger, au mieux, qu’entre 2032 et 2035.
Plus d’un an après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les accords commerciaux se multiplient. Le dernier en date, signé avec l’Inde, prévoit notamment une hausse des achats de pétrole américain. Un exemple de plus d’une stratégie assumée: utiliser l’or noir comme levier de puissance économique, politique et géopolitique. Pendant des décennies, les États-Unis ont été fortement dépendants du pétrole étranger. Il a fallu attendre les années 2010 pour que la situation bascule avec la révolution du pétrole de schiste. Depuis une dizaine d’années, le pays est devenu le premier producteur mondial de pétrole. Avec plus de 20 millions de barils produits par jour, les États-Unis produisent presque deux fois plus que l’Arabie saoudite ou la Russie. Résultat : Washington ne subit plus le marché pétrolier. Bien au contraire, il est désormais en mesure de l’influencer. Une bascule centrale pour comprendre les choix économiques et diplomatiques actuels de l’administration Trump. Le pétrole, un enjeu politique et industriel majeur Cette stratégie énergétique répond aussi à une logique de politique intérieure. Aux États-Unis, le prix de l’énergie est l’un des premiers déterminants du vote. Politiquement, le sujet est donc crucial. L’objectif de l’administration Trump est clairement affiché: produire beaucoup de pétrole et maintenir un baril entre 50 et 60 dollars, afin de garantir un carburant bon marché aux ménages américains. Le raisonnement est simple et mécanique, plus l’offre est abondante, plus les prix baissent. Et qui dit pétrole dit industrie. Pour Donald Trump, l’or noir est le sang de l’industrie américaine, indispensable à la réindustrialisation du pays et à sa compétitivité. À lire aussiComment les géants du pétrole arrivent à tirer leur épingle du jeu, malgré la baisse des prix du brut? Géopolitique de l’or noir: Venezuela, empire pétrolier et rivalité avec la Chine C’est aussi à travers cette grille de lecture qu’il faut analyser l’ambition américaine de reprendre la main sur le pétrole vénézuélien. Un enjeu d’autant plus sensible qu’il intervient dans un contexte de fortes tensions politiques à Caracas. Le Venezuela était devenu un fournisseur stratégique de la Chine, avec du pétrole vendu à prix cassés. En tentant de réaffirmer son influence, Washington envoie un message clair: l’Amérique latine reste un espace stratégique clé pour les États-Unis. Plus largement, les États-Unis sont en train de bâtir ce que certains décrivent comme un empire pétrolier occidental. Si l’on additionne la production des États-Unis, du Canada et de l’Amérique latine, cela représente près de 40% de la production mondiale de pétrole. Conséquence directe, Washington dépend moins de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole), et l’Arabie saoudite n’est plus l’arbitre incontournable des prix qu’elle a longtemps été. Reste un paradoxe majeur. Tandis que les États-Unis parient sur le pétrole, la Chine accélère sur l’électrique, les énergies renouvelables et le contrôle des minerais critiques. Deux visions du monde s’opposent. Pour Donald Trump, l’énergie doit rester abondante et bon marché. Pour les grandes compagnies pétrolières, l’enjeu est au contraire un baril élevé afin de continuer à investir. Mais pour le président américain, une certitude demeure: ceux qui contrôlent l’énergie contrôlent le monde. Un pari assumé sur l’or noir, alors même que le reste de la planète amorce une transition vers d’autres modèles énergétiques.



