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Aujourd'hui l'économie
Aujourd'hui l'économie
Author: RFI
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© France Médias Monde
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Aujourd'hui l'économie, présenté par Stéphane Geneste, vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique, du lundi au vendredi à 06h16 TU, toutes cibles.
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L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans le processus de recrutement de nombreuses entreprises. Du tri des CV à la préparation des entretiens, elle redéfinit les usages et les critères de sélection. L’exemple du cabinet de conseil McKinsey illustre une transformation plus large, qui bouleverse à la fois les pratiques des recruteurs et les stratégies des candidats. Pendant longtemps, le recrutement a reposé sur une mécanique relativement simple: identifier les meilleurs profils à partir de diplômes et d’expériences passées, puis rencontrer les candidats présélectionnés afin d’évaluer leur potentiel. Aujourd’hui, ce modèle évolue. L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les entreprises comme un outil d’aide à la décision. De plus en plus de recruteurs l’utilisent au quotidien, que ce soit pour rédiger des offres d’emploi plus attractives, analyser et classer des CV, ou encore préparer des entretiens. Cette évolution ne relève plus de l’expérimentation. Elle s’inscrit désormais dans les pratiques courantes des ressources humaines et modifie en profondeur les équilibres traditionnels du recrutement. À lire aussiL'intelligence artificielle, nouvel atout caché des salariés Des candidats contraints de s’adapter Face à cette transformation, les candidats ont très vite ajusté leurs pratiques. Selon la dernière enquête menée par Hellowork, un candidat sur deux utilise aujourd’hui l’intelligence artificielle pour chercher un emploi. L’IA est mobilisée pour retravailler un CV, rédiger ou améliorer une lettre de motivation, ou encore se préparer à un entretien. Dans certaines entreprises, cet usage est même devenu implicite. Un dossier de candidature élaboré sans recours à l’IA peut être perçu comme insuffisant, voire non recevable. Pour ces structures, ne pas utiliser l’intelligence artificielle aujourd’hui revient à envoyer, il y a dix ans, un CV rédigé à la main ou à la machine à écrire. Mais cette généralisation pose une question centrale: si tous les candidats utilisent les mêmes outils, comment les différencier ? La lettre de motivation en est une illustration frappante. Longtemps considérée comme un élément clé, elle perd de sa valeur aux yeux des recruteurs, car générée par l’IA, elle devient souvent standardisée et parfois peu révélatrice de la personnalité réelle du candidat. Ce que recherchent désormais les recruteurs Face à cette uniformisation, le recrutement se déplace vers d’autres critères d’évaluation. L’exemple de McKinsey est particulièrement révélateur. Le cabinet de conseil ne cherche plus à savoir si les candidats utilisent ou non l’intelligence artificielle. Bien au contraire: il s’intéresse désormais à la manière dont ils s’en servent. Ce qui est évalué, ce n’est plus seulement le niveau de connaissance, mais la capacité à penser avec un outil intelligent, sans s’y soumettre. Autrement dit, comprendre les outils, leurs limites et leurs biais, et savoir les intégrer intelligemment dans son raisonnement devient une compétence clé. Plusieurs études récentes montrent d’ailleurs que la maîtrise de l’IA est aujourd’hui l’une des compétences les plus recherchées par les employeurs dans le monde. Cette tendance devrait encore s’amplifier. Les références à l’intelligence artificielle dans les offres d’emploi ont triplé en deux ans, et la dynamique devrait s’accélérer avec l’arrivée massive de la génération Z sur le marché du travail, qui représente près d’un quart de la population active mondiale. L’essor de l’intelligence artificielle dans le recrutement constitue donc un véritable bouleversement, qu’il convient toutefois de relativiser. L’IA ne remplacera ni le recruteur, ni le candidat. En revanche, elle transforme profondément leur relation. Le processus de recrutement n’est plus un simple face-à-face : il devient un triangle, où l’intelligence artificielle s’impose comme une troisième composante. Et dans ce nouveau modèle, ce sont celles et ceux qui sauront le mieux maîtriser et intégrer cette troisième branche qui tireront leur épingle du jeu.
OpenAI, la maison mère de ChatGPT, a annoncé qu'elle financerait elle-même les infrastructures électriques nécessaires à certains de ses centres de données aux États-Unis. Un choix stratégique qui illustre l'explosion des besoins énergétiques liés à l'intelligence artificielle et les tensions croissantes qu'elle exerce sur les réseaux électriques et sur la facture des consommateurs. L'intelligence artificielle repose sur des centres de données gigantesques, devenus au fil des années de véritables monstres énergétiques. Pour prendre la mesure du phénomène, un seul de ces sites peut consommer près d'un gigawatt d'électricité. Cela correspond à l'équivalent de la consommation d'environ 750 000 foyers américains. Or, ces complexes ne sont pas des exceptions. Il en existe désormais des dizaines aux États-Unis, certains s'étendant sur des surfaces comparables à celle de Central Park à New York. À mesure que l'IA se développe, la consommation d'électricité des centres de données ne cesse d'augmenter. Selon les projections, elle devrait même doubler d'ici 2030, renforçant la pression sur des réseaux électriques initialement conçus pour des usages bien plus stables et prévisibles. Réseaux sous tension et facture en hausse pour les consommateurs Cette explosion de la demande pose un problème majeur : les réseaux électriques peinent à suivre. Résultat : dans plusieurs États américains qui accueillent de nombreux centres de données, les prix de l'électricité ont fortement augmenté. Dans certains cas, ils ont bondi de plus de 200% en seulement quelques années. Ce sont alors les consommateurs américains qui en subissent directement les conséquences. C'est précisément pour éviter ce scénario qu'OpenAI a décidé de financer directement les infrastructures énergétiques nécessaires à ses centres de données. L'objectif est clair : empêcher que la facture énergétique de l'intelligence artificielle ne retombe sur les ménages. Pour l'instant, le budget annoncé atteint 500 milliards de dollars. Il doit permettre de produire suffisamment d'électricité pour alimenter ces installations et, à terme, d'atteindre une capacité de 10 gigawatts. Un investissement colossal, à la hauteur de la pression énergétique exercée par l'IA sur l'économie américaine. À lire aussiL'intelligence artificielle fait grimper la facture d'électricité des Américains Un changement de modèle pour les géants de la tech Cette stratégie marque un véritable tournant. Pendant des années, les grandes entreprises du numérique ont profité des infrastructures publiques sans en assumer pleinement les coûts indirects. OpenAI n'est d'ailleurs pas le seul acteur à s'emparer de la question énergétique, même si sa démarche est particulièrement visible. Microsoft, Amazon, Google ou encore Meta investissent eux aussi dans des projets énergétiques pour sécuriser l'alimentation de leurs centres de données. Ces investissements passent par des projets renouvelables ou des technologies de transition, comme le captage de carbone, afin de rendre certaines centrales plus propres. Derrière ces choix se dessine une logique commune : gagner en indépendance. En produisant leur propre électricité, ces groupes réduisent leur exposition aux limites et aux aléas des infrastructures publiques existantes. Car l'intelligence artificielle est devenue la révolution industrielle de notre époque : elle génère croissance et innovation, mais aussi des externalités qu'il faut désormais assumer. En contrôlant progressivement la chaîne d'approvisionnement en électricité, de la production à la consommation, les géants de la tech appliquent finalement un principe simple, mais lourd de conséquences économiques : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. À lire aussi«Le développement de l'IA est incompatible avec la décarbonation de l'énergie», alerte le think tank Shift Project
Comme le souhaitait Donald Trump, aux États-Unis, les activités du réseau social chinois appartiennent désormais à un consortium composé de proches du président américain. Depuis, des utilisateurs se plaignent de ne plus pouvoir aborder certains sujets, illustrant la crainte d’une dérive idéologique du réseau préféré des jeunes américains. « Je n’arrive pas à mettre en ligne quoi que ce soit sur ce qui s’est passé hier à Minneapolis », s’alarme une internaute au lendemain de l’exécution d’Alex Pretti par un agent fédéral de la police de l’immigration et que le mouvement de protestation contre ICE prenait de l’ampleur dans le Minnesota. « Regardez, j’ai posté une vidéo et le compteur de vues reste à zéro, personne n’y a accès », constate un autre. Dans la foulée du rachat des activités de TikTok aux États-Unis par un consortium d’investisseurs, de nombreux internautes s’inquiètent de ce qu’ils considèrent comme une vague de censure. Interrogé, TikTok assure alors qu’il ne s’agit absolument pas de censure mais simplement de problèmes techniques en cascade au niveau de ses serveurs liés au transfert de propriété. Ce sont des propos loin de calmer l’inquiétude des internautes. Pour comprendre, il faut se rappeler l’obsession de Donald Trump pour TikTok. Au cours de son premier mandat, il lance une procédure pour interdire le réseau aux États-Unis « au nom de la sécurité nationale », mesure finalement appliquée par Joe Biden. L’hostilité de Donald Trump s’est mue en convoitise au moment de son retour à la Maison Blanche, convaincu que l’application lui a permis de toucher la jeunesse américaine et de remporter l’élection. Il exige alors le rachat de TikTok USA par des investisseurs américains. Cela fait même partie des conditions posées à la Chine pour parvenir à un accord commercial. Sous le contrôle de Donald Trump et de ses alliés Le sujet fera même l’objet d’entretiens bilatéraux avec Xi Jinping. Les deux chefs d’État parviennent à un accord : en vertu du deal passé entre Washington et Pékin, ByteDance la maison mère chinoise de TikTok accepte de céder le contrôle de ses activités aux États-Unis à un consortium d’investisseurs composé de proches de Donald Trump : on y trouve Oracle l’entreprise dont le patron est l’un des plus proches conseillers du président américain, mais aussi le fonds souverain d’Abou Dhabi MGX considéré comme un puissant vecteur d’influence des Émirats arabes unis aux États-Unis. La Chine à travers ByteDance ne conservant qu’une part minoritaire dans le nouvel organigramme. TikTok n’est donc pas simplement passé sous pavillon américain, l’application est passée sous le contrôle de Donald Trump et de ses alliés. Une situation qui explique la méfiance des internautes américains. D’autant que pour se défendre, le nouveau management de l’entreprise assure n’avoir pas touché à l’algorithme de TikTok depuis le rachat. Il fallait entendre pas encore, puisque l’accord passé avec ByteDance prévoit bien qu’il soit réentraîné. Les nouveaux propriétaires seront-ils tentés de donner au réseau une impulsion plus réactionnaire ? Après tout, il y a un précédent avec Twitter qui, depuis qu’il est devenu X et qu’il appartient à Elon Musk, est devenu la chambre d’écho de toutes les extrêmes droites. À lire aussiTikTok crée une co-entreprise aux États-Unis pour répondre aux exigences de Washington Des soupçons alimentés par le nouveau patron de TikTok : Adam Presser qui avant de devenir le PDG de l’entreprise en était le directeur des opérations, de la confiance et de la sécurité. Depuis sa nomination le 22 janvier une vidéo de lui a refait surface dans laquelle il explique les changements dans la politique de modération de TikTok pour faire en sorte « que le terme "sioniste" soit considéré comme un paravent à des discours de haine. Bien sûr vous pourrez toujours dire "Je suis un fier sioniste", mais si vous utilisez le terme comme une insulte, ou en des termes désobligeants, cela devient un mot à modérer ». Des propos qui datent de mai 2025 tenus devant le Congrès juif mondial à Jérusalem. TikTok était encore sous contrôle chinois, mais déjà en négociation avec Donald Trump. De quoi susciter l’inquiétude des défenseurs de la cause palestinienne sur la manière dont pourraient être modérés à l’avenir les contenus en rapport avec Israël, la Palestine et la situation à Gaza. Chronique des médiasL'application TikTok sous influence du mouvement américain MAGA?
Comme chaque année, l’Agence française de développement publie son livre qui prend le pouls des grands indicateurs macroéconomiques du continent. Une croissance économique qui accélère depuis la pandémie de Covid et une croissance démographique qui reste la plus forte au monde. Des atouts pour l’Afrique qui sont autant de défis. Un habitant sur quatre de la Terre sera africain en 2050. Cette croissance démographique fulgurante c’est une force de travail, une capacité d'innovation et de création immense. À l'opposé, l’Europe entre dans un hiver démographique, et pourrait perdre 20% de sa population active d’ici 25 ans. La Chine a enregistré son plus faible taux de naissance l’année dernière. La carte majeure du continent africain, c’est sa démographie, sa jeunesse à condition qu’elles soit accompagnées des investissements nécessaires. La démographie, une chance sous conditions Certains pays profitent déjà économiquement de cette forte démographie. L’Afrique du Nord et l’Afrique australe sont en train de réussir leur transition démographique. On a vu le taux de natalité se réduire en Afrique du Sud et au Maroc par exemple. Contrairement à l’Afrique de l’Est où il y a encore beaucoup de naissances en Éthiopie, au Kenya, en Ouganda. C'est en Afrique de l'Ouest et notamment au Sahel que se trouvent aujourd'hui les taux de fécondité les plus élevés du monde. Un taux de fécondité trop élevé peut aussi être néfaste à l’économie. Le Rwanda et le Malawi via des programmes de planification familiale, ont réussi à ramener le taux de fécondité à 3,6 enfants par femme, selon les données de L'Économie africaine 2026 publié par l'Agence française de développement. Parmi les défis pour accompagner cette démographie, la question de l’emploi est centrale car le dividende démographique, ce petit bonus de croissance économique grâce à la démographie, intervient quand la fécondité baisse, qu’il y a proportionnellement moins d’enfants à charge et que la génération nombreuse née pendant le boom démographique arrive à l’âge de travailler. Pour en profiter, il faut investir dans l'éducation, créer des emplois décents et sortir d’une économie informelle qui précarise sa jeunesse. Aide au développement : la nécessité d'un nouveau cadre Les pays européens auraient tout intérêt à préserver leurs financements pour une Afrique dynamique. La bonne santé économique de l’Afrique est très importante pour les économies européenne. Or l'aide publique au développement a drastiquement baissé en Europe. C’est encore le cas en France pour le projet de loi de finances 2026 avec de nouvelles coupes. Rémi Rioux directeur de l'AFD appelle à un nouveau cadre de l’aide au développement. « Il faut passer d'une logique d'aide qui est mal comprise, parfois rejetée, à une logique d'investissement, de qualité, d'investissement solidaire et durable, qui crée du lien social, qui intègre le climat et de la croissance économique, évidemment, pour faire face, pour créer des emplois. J'espère que cette année 2026, que la présidence française du G7 contribuera à faire émerger ce nouveau cadre et une architecture puissante de financement du développement ». En attendant cette révolution, l'Afrique devra avant tout compter sur elle-même en 2026. Avec des prévisions de croissances à deux chiffres dans certains pays comme la Guinée et 4,6 % en moyenne, la croissance africaine pourrait même dépasser pour la première fois la croissance asiatique. C'est le FMI qui le dit.
Alors que la police de l’immigration concentre les critiques aux États-Unis après la mort de deux citoyens américains tués par balles à Minneapolis, les grandes entreprises n’hésitent pas à mettre leurs technologies au service de la traque des sans-papiers… avec de juteux contrats à la clé. Face aux rafles de la police anti-immigration dont les agents surarmés n'hésitent pas à utiliser un enfant de 5 ans comme appât pour arrêter son père et les enfermer tous les deux, il y a ceux qui résistent, au risque comme Renée Good ou Alex Pretti de le payer de leur vie, et il y a ceux qui collaborent avec les autorités. Il faut dire qu'il y a de quoi aiguiser les appétits : avant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche le budget de la police anti-immigration était de 10 milliards de dollars. Aujourd'hui, ce budget est passé à 85 milliards de dollars. Pour comparaison, la dotation du ministère de la Justice dans son entièreté, FBI compris, ne dépasse pas 35 milliards de dollars en 2026. Autrement dit : sous Donald Trump, ICE est devenu le corps de police le mieux pourvu des États-Unis, et de loin. Il y a donc à la clé de juteux contrats à remporter. Des données fournies par le ministère de la Santé Les grandes entreprises de la tech américaine mettent leurs solutions au service du Département de la sécurité intérieure depuis longtemps. La plus en vue s'appelle Palantir (une référence à la boule de cristal que Sauron utilise pour corrompre Saroumane dans le Seigneur des anneaux), fondée par le milliardaire libertarien d'extrême-droite Peter Thiel. Une entreprise spécialisée dans l'analyse et le recoupement des données. Les données publiques, celles que vous pouvez laisser sur les réseaux sociaux parfois sans vous en rendre compte, mais aussi celles fournies par les administrations américaines comme le ministère de la Santé. En recoupant toutes ces données avec l'aide de l'intelligence artificielle, l'entreprise identifie et localise pour le compte d'ICE les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile aux États-Unis. En avril, Palantir a signé un contrat de 30 millions de dollars avec ICE pour aider l'agence à cibler « les cas d'expulsion prioritaires ». À lire aussiCes entreprises qui s’enrichissent grâce à la politique migratoire de Trump Les Gafam aussi tirent profit de la lutte contre l’immigration à travers leurs services d'hébergement des données en ligne. Si on épluche les contrats publics au niveau fédéral, on constate que ICE a signé un contrat de 38 millions de dollars avec Microsoft, un autre de 25 millions de dollars avec Amazon, 500 000 euros avec Google... Ce n'est pas sans faire de remous au sein de ces entreprises, plusieurs centaines de salariés ont écrit ces derniers jours à leurs patrons pour exiger l'annulation des contrats signés avec ICE. Cap Gemini embarrassé par le juteux contrat signé par sa filiale américaine Le sujet ne concerne pas seulement les entreprises américaines : la semaine dernière l'Observatoire des multinationales un média d'enquête citoyen révélait le juteux contrat signé par la filiale aux États-Unis d'un fleuron de la tech bien français : Cap Gemini. Un contrat de 4,8 millions de dollars pour fournir à ICE un service de skip tracing : là-aussi il s’agit de faire de l'analyse des données dans le but explicite de traquer une personne, en l'occurrence celles et ceux identifiés par ICE comme des individus « expulsables ». France 2 a poursuivi l'enquête et montré que ce contrat prévoit une clause de résultat : autrement dit, plus Cap Gemini contribuera à faire expulser des migrants, plus elle sera rémunérée, le montant pouvant monter jusqu'à 365 millions de dollars. Embarrassé, le patron de Cap Gemini a déclaré dimanche que le conseil d'administration du groupe allait « examiner » ce contrat. Sur le site web de Cap Gemini la page où l'entreprise mettait fièrement en avant sa collaboration avec ICE depuis 2007 a été supprimée peu de temps auparavant.
La télévision fête, ce lundi 26 janvier 2026, ses 100 ans. Longtemps média dominant, à la fois industriel, publicitaire et culturel, elle a vu son modèle économique profondément bouleversé. Concurrence des plates-formes, fragmentation des audiences, bascule de la publicité vers le numérique : à l’heure de son centenaire, la télévision n’est plus hégémonique. Elle tente désormais de se réinventer pour rester dans la course. Pendant des décennies, l’économie de la télévision a reposé sur une mécanique simple et efficace. D’un côté, des chaînes qui programment des contenus à heure fixe. De l’autre, des millions de téléspectateurs réunis simultanément devant leur écran. Et au milieu : la publicité. Plus l’audience était large, plus les espaces publicitaires pouvaient être vendus cher. C’est ce principe qui a fait la puissance financière des grandes chaînes privées et qui a permis à la télévision de s’imposer comme le média dominant du XXe siècle. Mais ce modèle, qui a longtemps semblé solide, s’est progressivement fissuré. La télévision a perdu ce qui faisait sa force économique : la rareté. La fin de la rareté et la fragmentation des audiences Aujourd’hui, l’offre de formats est devenue infinie. Séries, vidéos, podcasts, réseaux sociaux, le choix est illimité, tandis que le temps d’attention, ressource clé du secteur, se réduit. Résultat, l’offre s’est diversifiée et la demande s’est dispersée. On ne regarde plus la télévision en tant que telle, on regarde des contenus. Les usages ont changé. Le public consulte désormais ce qu’il veut, quand il veut, où il veut, sur son téléphone ou son ordinateur – parfois même, ironie du sort, sur son téléviseur. Cette fragmentation a un impact économique majeur. Une audience éclatée, c’est une publicité moins puissante. Or, la publicité reste le cœur du modèle économique de la télévision. Elle existe toujours, mais elle rapporte moins. Dans le même temps, les investissements publicitaires se sont massivement dirigés vers le numérique et les plates-formes. Pour certaines marques, il est aujourd’hui plus rentable d’acheter un écran publicitaire sur YouTube, Netflix ou Amazon Prime qu’à une heure de grande écoute sur TF1, CBS ou Sky News. Plates-formes, YouTube et adaptation des chaînes Dans ce nouveau paysage, YouTube s’impose comme le principal concurrent de la télévision. La plate-forme est devenue un géant de la consommation audiovisuelle. On y regarde des formats longs, des émissions, des mini-séries, de l’information ou du sport – exactement comme à la télévision. YouTube capte à la fois le temps d’écran et le marché publicitaire. Preuve de son influence grandissante, la prestigieuse cérémonie des Oscars sera, à partir de 2029, exclusivement diffusée sur la plate-forme. Un choix symbolique, révélateur du recul de la télévision classique dans l’économie de l’attention. Face à cette concurrence, la télévision est souvent décrite comme un média qui meurt à petit feu. Média de masse, elle souffre lorsque la masse ne suit plus, notamment sur le terrain publicitaire. Là où la télévision propose une publicité elle aussi de masse, les plates-formes offrent un ciblage précis en fonction des profils des utilisateurs. Pour s’adapter, les chaînes développent leurs propres plates-formes, proposent des contenus inédits en complément de leurs programmes traditionnels et diversifient leurs sources de revenus. Cent ans après la première télévision, le média est devenu hybride. Il se réinvente à travers un mélange de diffusion classique, de streaming, de publicités plus ciblées, d’abonnements et de partenariats. La télévision n’est pas morte, mais son adaptation à son époque est complexe et se fait non sans peine.
Souvent perçu comme un secteur stable et résilient, le marché mondial de l’alcool traverse aujourd’hui une phase de ralentissement inédite. Derrière l’effet saisonnier du dry january se dessine en réalité un changement de cycle plus profond, marqué par une baisse durable de la consommation, des stocks records et une remise en question du modèle économique de toute une filière. On parle rarement de l’alcool comme d’un pilier de l’économie mondiale. Pourtant, le secteur pèse lourd : le marché mondial de l’alcool est aujourd’hui estimé autour de 1 700 milliards de dollars. Un poids économique comparable à celui de grandes industries comme l’automobile ou les télécommunications. Si le sujet revient sur le devant de l’actualité en ce mois de janvier, c’est d’abord en raison du dry january, ce mois sans alcool durant lequel les ventes atteignent traditionnellement leur point bas. Mais cette fois, le creux saisonnier masque une réalité plus préoccupante. Pour la première fois depuis des décennies, l’industrie mondiale de l’alcool montre des signes clairs d’essoufflement sur le long terme. Le ralentissement ne touche plus seulement la consommation ou les ventes : il affecte désormais directement la production. Pendant longtemps, l’alcool a été considéré comme un marché refuge, capable de résister aux crises économiques, porté par la croissance démographique, la mondialisation et la hausse du niveau de vie. Or cette dynamique semble aujourd’hui se gripper, voire toucher à sa fin. À lire aussi«Dry January»: le mois de «janvier sans alcool» peut aussi faire les affaires des producteurs d'alcool Surproduction et stocks records : un déséquilibre croissant Concrètement, les grands groupes mondiaux du secteur font face à une situation délicate. Les volumes stagnent ou reculent, les stocks explosent, et surtout, la demande ne suit plus les capacités de production. Selon des chiffres compilés par le Financial Times, cinq des plus grands producteurs d’alcool cotés en Bourse détiennent à eux seuls près de 22 milliards de dollars de spiritueux en stock. Un niveau inédit depuis plus de dix ans. Autrement dit, l’alcool est devenu trop abondant pour un monde qui boit moins. Et ce déséquilibre a un coût direct pour les entreprises productrices : immobilisation de capital, pression sur les marges et ajustements industriels à venir. Une baisse de la consommation durable et mondiale Le dry january illustre une tendance plus large. L’abstinence temporaire s’inscrit désormais dans des trajectoires de consommation de long terme. En France, par exemple, les ventes d’alcool en restauration chutent de plus de 20% en janvier, et surtout, elles ne retrouvent pas leur niveau antérieur les mois suivants. Année après année, la consommation recule mécaniquement. Et le phénomène dépasse largement le cadre franco-européen. Aux États-Unis, premier marché mondial des spiritueux, les ventes de vin reculent tandis que la bière stagne. En Asie, les jeunes générations consomment moins d’alcool que leurs aînés. Résultat : les prévisions très optimistes formulées il y a une dizaine d’années, qui misaient sur l’essor des classes moyennes consommatrices, ne se réalisent pas. Ce changement de cycle s’explique par plusieurs facteurs. La santé est devenue une variable économique à part entière : les consommateurs intègrent de plus en plus le coût sanitaire dans leurs décisions d’achat. Le pouvoir d’achat joue également un rôle clé : dans un contexte inflationniste, l’alcool — souvent premium — devient une dépense arbitrable. Enfin, le changement générationnel est déterminant : les moins de 35 ans boivent moins que leurs parents et sortent différemment. Vers un « pic » de la consommation mondiale d’alcool ? La question se pose désormais ouvertement : le pic historique de la consommation mondiale d’alcool a-t-il été atteint ? Il ne s’agit pas de la fin de l’alcool, mais, à l’image du pétrole ou du tabac, le marché pourrait entrer dans une phase longue de stagnation, voire de déclin lent. Pour le secteur, le défi est majeur. Dans les années à venir, il devra s’adapter à un monde où l’alcool n’est plus un produit central de la sociabilité, mais une consommation plus occasionnelle. À lire aussi«Dry January» en France: «Il y a une bascule culturelle sur l’alcool, mais le blocage politique reste fort»
Nouveau revirement de Donald Trump sur le Groenland et les relations commerciales avec l’Europe. Alors que le président américain évoque désormais un possible accord avec l’Otan, les Européens maintiennent leur réunion de crise. En toile de fond, un levier discret mais stratégique s’impose dans le débat : les bons du Trésor américains, au cœur de la dette des États-Unis et du rapport de force financier mondial. Le sujet peut sembler obscur, presque réservé aux spécialistes de la finance. Pourtant, le mécanisme est relativement simple à comprendre. Un bon du Trésor américain est tout simplement une dette. Lorsque les États-Unis ont besoin d’argent pour financer leur budget, ils empruntent. Comme tous les États, ils ne passent pas par une banque classique, mais par les marchés financiers. Ils émettent des titres financiers que les investisseurs achètent à l’unité. En achetant un bon du Trésor, un investisseur prête de l’argent à Washington. En échange, l’État américain s’engage à deux choses : rembourser le capital à une date précise et verser des intérêts. Ces titres existent à court, moyen et long terme. Les plus connus sont ceux à 10 ans et à 30 ans. Ces bons du Trésor sont considérés comme les plus sûrs au monde. Une réputation qui s’explique par un fait simple : les États-Unis n’ont jamais fait défaut sur leur dette. Résultat, ces titres sont devenus le pilier du système financier mondial. Si Washington en a autant besoin, c’est parce que le pays vit à crédit. Pour continuer de fonctionner, le Trésor américain emprunte sans cesse, à la fois pour rembourser les anciens bons arrivant à échéance et pour financer de nouvelles dépenses. À lire aussiCoercition économique: l’arme de l’Union européenne face aux menaces commerciales de Trump L’Europe, premier créancier des États-Unis, dispose-t-elle d’un levier de pression ? C’est ici que le sujet devient stratégique. Environ 30% de la dette américaine est détenue par des investisseurs étrangers. Cette dépendance rend l’économie américaine vulnérable à des évolutions de confiance sur les marchés. Et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas la Chine mais bien l’Europe qui est aujourd’hui le premier créancier international des États-Unis. Cette dette n’est pas seulement détenue par les États européens, mais aussi par des fonds de pension, des assureurs, des banques et des fonds souverains. Pourquoi est-ce un moyen de pression potentiel sur Washington ? Parce que le fonctionnement des bons du Trésor est mécanique. Lorsque le prix de ces obligations baisse, notamment parce qu’un grand nombre d’entre elles est vendu, les taux d’intérêt augmentent. Concrètement, si les Européens se séparaient massivement de leurs bons du Trésor, les États-Unis devraient emprunter à des taux plus élevés. Le coût de la dette augmenterait, ce qui pèserait sur la santé économique du pays. Crainte d'escalade financière Mais cette option est loin d’être simple à mettre en œuvre. Une grande partie des bons du Trésor est détenue par des acteurs privés, totalement libres de gérer leurs portefeuilles. Les États européens ne peuvent pas les forcer à vendre du jour au lendemain. De plus, une telle stratégie provoquerait une escalade financière : tensions sur les marchés, volatilité accrue, risques d’instabilité du dollar. C’est pourquoi de nombreux observateurs restent prudents. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, adopte, lui aussi, un ton mesuré. Il a même mis en garde l’Europe, l’appelant à éviter, selon ses mots, « un réflexe de colère » sur le dossier du Groenland. Ce qu’il faut retenir, cependant, c’est ailleurs. Même si cette option n’est pas choisie, le simple fait qu’elle soit évoquée marque un tournant. La finance, longtemps cantonnée à un rôle technique, devient progressivement un instrument de rapport de force géopolitique. Et désormais, l’Europe aussi commence à envisager ce levier.
Réunis cette semaine dans la station suisse de Davos, dirigeants politiques et économiques assistent à une édition très particulière du Forum économique mondial. La venue de Donald Trump, attendu, ce mercredi 21 janvier, pour une prise de parole, dépasse largement le cadre protocolaire. Elle illustre un basculement plus profond des équilibres économiques et géopolitiques mondiaux. Comme tous les ans, c'est au cœur des Alpes suisses, dans le petit village de Davos, que se pressent les grands patrons, les banquiers de la planète, mais aussi et surtout de nombreux chefs d’État. L’événement le plus attendu reste la prise de parole de Donald Trump. Le président américain ne vient pas à Davos par hasard. Le Forum n’est pas pour lui un terrain neutre, mais une scène mondiale. Une tribune qui lui permet de s’adresser à trois publics à la fois. D’abord à son électorat. À moins d’un an des élections de mi-mandat, chaque mot est soigneusement calibré. Davos devient ainsi une extension de la campagne, et une démonstration assumée de la domination américaine sur l’économie mondiale. Un message clair aux élites économiques et aux partenaires des États-Unis Le deuxième public visé par Donald Trump, ce sont les élites économiques. Aux dirigeants d’entreprises et aux investisseurs, le président américain parle croissance, investissements, dérégulation, énergie bon marché et fiscalité attractive. Le message est simple : investir aux États-Unis ou perdre l’accès au premier marché mondial. Mais le discours s’adresse aussi aux partenaires, aux alliés comme aux adversaires. Et sur ce terrain, les États-Unis veulent frapper fort. Il suffit d’observer la taille de leur délégation à Davos pour s’en convaincre. C’est la plus importante, la plus visible, la plus structurée. Au cœur de la station, les Américains ont même investi une ancienne église, transformée en pavillon « made in USA », financé par les grandes entreprises du pays. L’objectif est clair : afficher la puissance américaine et montrer que ce sont désormais les États-Unis qui donnent le tempo et dictent les grands thèmes des discussions. Le symbole est fort, et loin d’être anecdotique. Du dialogue au rapport de force : un basculement assumé Car Davos reste avant tout un lieu de rencontres entre financiers et argentiers de la planète, censé permettre de réfléchir collectivement à l’avenir. Or, cette année, les discussions gravitent autour de sujets brûlants : droits de douane, pressions sur l’Otan, tensions commerciales, velléités américaines sur le Groenland et capacité – ou non – des Européens à y répondre. Donald Trump arrive avec un discours parfaitement assumé : l’accès au marché américain a un prix, la sécurité fournie par les États-Unis a un coût, et surtout, les alliances ne sont plus gratuites. Désormais, tout se monnaie. Finis les compromis, place aux transactions. Cette posture inquiète de nombreux participants, alors même que l’ambition historique du Forum économique mondial est de favoriser une gouvernance économique collective. Ce qui se joue à Davos dépasse donc largement une simple séquence diplomatique : il s’agit d’une redéfinition des règles du jeu économique mondial. En laissant une seule puissance occuper pratiquement tout l’espace, le Forum révèle l’affaiblissement des contrepoids européens. On s’éloigne de la construction du consensus pour se rapprocher d’une illustration des déséquilibres mondiaux actuels. Ironie du sort, le thème de cette édition est « l’esprit de dialogue ». Sur le fond, les échanges s’annoncent intenses. Sur la forme, le dialogue sera évidemment en anglais, mais cette année, à Davos, il faudra surtout parler américain, et surtout trumpien. À lire aussiDavos: «L'esprit de dialogue», thème de ce 56e forum sera-t-il au rendez-vous?
Un an après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la politique commerciale américaine continue de bouleverser les équilibres mondiaux. Le Mexique, très dépendant de son voisin du nord et directement visé par les droits de douane américains, semblait particulièrement exposé. Pourtant, douze mois plus tard, le bilan économique est loin d’être aussi sombre qu’anticipé. Pour comprendre la situation actuelle, un chiffre s’impose. Plus de 80% des exportations mexicaines sont destinées aux États-Unis. Automobile, pièces détachées, électronique, électroménager ou encore équipements industriels, le Mexique s’est imposé comme l’atelier industriel de l’Amérique du Nord. Cette intégration est telle que depuis 2023, le pays est devenu le premier partenaire commercial des États-Unis, devant la Chine. Mais cette relation est à double tranchant. La dépendance est aussi forte dans l’autre sens, et elle pèse lourdement sur l’économie mexicaine. La croissance du pays repose en grande partie sur un modèle d’assemblage, avec une faible valeur ajoutée locale. En clair, lorsque l’économie américaine ralentit ou change de cap, le Mexique en ressent immédiatement les effets. Comme le résume une formule souvent reprise: quand Washington tousse, c’est Mexico qui est grippé. À lire aussiComment le Mexique se prépare aux mesures de Donald Trump Droits de douane de Trump : un choc annoncé… mais amorti Dans ce contexte, l’offensive protectionniste de Donald Trump aurait dû provoquer un choc majeur. Le président américain a imposé des droits de douane de 25% sur certaines exportations mexicaines, pouvant atteindre 50% sur l’acier et l’aluminium, tout en menaçant l’ACEUM, l’accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. Au vu du poids des exportations mexicaines vers les entreprises américaines, beaucoup d’économistes s’attendaient à une récession. Pourtant, un an plus tard, la réalité est plus nuancée. Les exportations mexicaines vers les États-Unis ont continué d’augmenter. Ce paradoxe s’explique en grande partie par le contexte mondial. Donald Trump mène une guerre commerciale globale, particulièrement ciblée contre la Chine. En moyenne, les droits de douane américains s’élèvent à environ 5% pour le Mexique, contre près de 40% pour Pékin. Les produits chinois sont donc bien plus lourdement taxés. Résultat : lorsqu’une entreprise américaine cherche un fournisseur alternatif à la Chine, le Mexique apparaît comme une solution évidente. Dans cette guerre commerciale, le pays devient ainsi un « gagnant relatif ». Nearshoring et stratégie mexicaine : une résilience sous conditions Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large de nearshoring. Plutôt que de produire à l’autre bout du monde, les entreprises choisissent de s’implanter au plus près du marché américain, dans des pays moins exposés aux droits de douane. Le Mexique attire ainsi des industriels américains, mais aussi asiatiques et européens, soucieux de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Pour autant, cette situation reste fragile. Une décision unilatérale de Donald Trump, comme une hausse brutale des droits de douane, pourrait rapidement rebattre les cartes. Côté mexicain, la stratégie est clairement assumée : éviter l’affrontement direct avec Washington. La présidente Claudia Sheinbaum a multiplié les gestes d’apaisement, renforçant la sécurité à la frontière, intensifiant la lutte contre le trafic de fentanyl et allant jusqu’à imposer des droits de douane sur certains produits chinois. À court terme, cette approche porte ses fruits. Le Mexique résiste et profite du recul chinois sur le marché américain. À moyen terme, la question centrale demeure. Cette stratégie va-t-elle renforcer encore davantage la dépendance du pays aux États-Unis ? Car malgré cette résilience apparente, le Mexique reste, aujourd’hui encore, sous pression. À lire aussiLe Mexique défend sa souveraineté face aux menaces d’intervention des États-Unis
La tension monte entre les États-Unis et l’Union européenne. En cause : des menaces de droits de douane brandies par Donald Trump pour contraindre plusieurs pays européens à accepter l’achat du Groenland par Washington. Face à ce chantage assumé, Bruxelles envisage pour la première fois d’utiliser son arme commerciale la plus puissante : l’instrument anti-coercition. Le point de départ de cette nouvelle crise transatlantique est clair. Donald Trump menace plusieurs pays européens d’imposer des droits de douane afin de les forcer à laisser Washington acheter le Groenland. Pour Bruxelles, c’est la menace de trop. Le président américain évoque des surtaxes précises : 10% de droits de douane dès le 1er février, puis 25% à partir du mois de juin. Ces mesures cibleraient pour l’instant huit pays européens, dont la France, l’Allemagne, la Suède ou encore le Royaume-Uni. Ce qui frappe les Européens, c’est que l’on n’est plus dans une négociation commerciale classique. Le rapport de force est assumé, dans une logique propre à Donald Trump : le tarif douanier utilisé comme levier politique pour peser sur une décision souveraine. À lire aussiAvec des militaires au Groenland, les Européens envoient «un signal» à «tout le monde» Des conséquences économiques immédiates des deux côtés de l’Atlantique Ces menaces ne sont évidemment pas sans conséquences économiques. De nombreux secteurs européens continuent d’exporter massivement vers les États-Unis, notamment l’automobile, l’agroalimentaire ou encore le textile. Pour les entreprises européennes, l’impact serait direct : perte de compétitivité, marges écrasées, et investissements retardés. Dans un contexte déjà incertain, l’instauration de droits de douane supplémentaires freinerait encore davantage les décisions d’investissement. Mais le piège pour Washington, c’est que ces mesures toucheraient aussi l’économie américaine. Les chaînes de valeur sont aujourd’hui fortement imbriquées. En effet, des composants européens sont essentiels à l’industrie américaine. Une guerre commerciale aurait donc des effets négatifs des deux côtés de l’Atlantique. L’instrument anti-coercition, le « bazooka » commercial de Bruxelles Face à cette situation, Bruxelles pourrait répondre par un mot : coercition. Dans les grandes lignes, la coercition économique désigne le fait de menacer ou d’appliquer des mesures commerciales pour forcer un autre État à modifier une décision souveraine. Le message de la Commission européenne aux États-Unis serait alors sans ambiguïté : « Trop, c’est trop. Ne touchez pas au Groenland, sinon vous le paierez économiquement. » Cet instrument existe dans les textes européens, mais il n’a encore jamais été utilisé. Il permet à l’Union européenne de riposter de manière graduée et ciblée. Parmi les mesures envisagées : la restriction de l’accès au marché européen, le blocage de certains investissements étrangers, la limitation de services, y compris numériques. À lire aussiJean-Baptiste Velut : «L'Europe peut utiliser le bazooka commercial, l'instrument anti-coercition» face à D. Trump L’objectif est clair : toucher là où ça fait mal, notamment les grands groupes américains très dépendants du marché européen. D’où les surnoms qui circulent dans la presse : « Bazooka », « arme nucléaire économique ». Mais cet outil reste un instrument de dernier recours, pensé avant tout comme dissuasif. Or, le problème de la dissuasion est bien connu : tant qu’on ne l’a jamais utilisée, son efficacité reste théorique. En parallèle, Bruxelles envisage une riposte plus classique : réactiver des droits de douane sur 93 milliards d’euros de produits américains. Une liste qui existe déjà et qui avait été suspendue après un accord commercial conclu l’été dernier avec Washington. Finalement, l’enjeu est surtout européen. Les Vingt-Sept sont-ils prêts à utiliser la puissance économique du continent pour défendre leur souveraineté ? Une chose est sûre : le compromis, la retenue et le multilatéralisme sont des concepts peu compatibles avec la politique de Donald Trump.
Secoué par des manifestations internes et une répression sanglante, l’Iran est de nouveau au cœur de l’actualité internationale. En cause notamment : la menace brandie par Donald Trump d’imposer des droits de douane de 25% à tous les pays qui continueraient à commercer avec Téhéran. Une annonce qui rappelle une réalité souvent oubliée, malgré les sanctions, l’Iran reste un acteur du commerce mondial. Malgré des décennies de sanctions, des restrictions financières sévères et un isolement politique croissant, l’Iran n’est pas coupé du reste du monde. Les chiffres sont parlants : en 2022, près de 150 pays échangeaient encore des biens avec Téhéran. Autrement dit, les sanctions ne signifient pas zéro commerce. Elles redéfinissent surtout la nature des échanges : avec quels partenaires, selon quelles modalités, et via quels circuits parallèles. Le commerce iranien existe toujours, mais il s’est transformé, fragmenté et parfois déplacé vers des canaux moins visibles, en marge des circuits financiers traditionnels. À lire aussiL’Iran en quête de stabilité entre alliances et sanctions Une économie fondée sur l’échange d’une rente contre des capacités de production Si autant de pays continuent à faire des affaires avec l’Iran, c’est avant tout en raison de la structure même de son économie. Le pays vend principalement des produits à forte valeur naturelle : hydrocarbures, dérivés pétroliers, produits chimiques. En face, Téhéran importe ce dont il a besoin pour faire tourner son économie et répondre aux besoins de sa population. L’Iran échange ainsi une rente contre des capacités de production. Cette logique révèle une dépendance forte vis-à-vis de l’extérieur, notamment pour les machines, les technologies, les intrants agricoles et une partie des biens alimentaires. Une dépendance qui rend le commerce extérieur vital, tant sur le plan économique que social. Chine, Europe: des partenaires clés malgré les contraintes Parmi les pays qui commercent avec l’Iran, un partenaire se détache nettement : la Chine. Environ 80% du pétrole exporté par Téhéran l’an passé a été acheté par Pékin. Un lien qui dépasse largement le simple cadre commercial. Face aux sanctions financières limitant les transactions en dollars ou en euros, la Chine a mis en place des mécanismes de paiement alternatifs, renforçant une relation devenue stratégique. Autour de ce pivot chinois gravitent d’autres économies asiatiques, comme l’Inde ou la Turquie, qui continuent également d’échanger avec l’Iran à des degrés variables. À lire aussiPourquoi la Chine surveille «attentivement» la situation en Iran Contrairement à une idée reçue, les pays qui sanctionnent Téhéran ne sont pas totalement absents du commerce iranien. En Europe, les échanges ont certes fortement reculé depuis la mise en place des sanctions, mais ils n’ont pas disparu. L’Allemagne reste ainsi l’un des partenaires européens les plus actifs, notamment dans les secteurs pharmaceutique, industriel et chimique, même si les volumes restent modestes comparés à ceux de l’Asie. Cette relation euro-iranienne est marquée par une profonde ambiguïté. D’un côté, les entreprises européennes voient dans l’Iran un marché de plus de 85 millions d’habitants, relativement sous-équipé. De l’autre, les risques juridiques et financiers liés aux sanctions freinent toute ambition à grande échelle. C’est précisément parce que de nombreux États continuent à faire des affaires avec l’Iran que Donald Trump agite aujourd’hui la menace de surtaxes douanières. L’objectif affiché est d’isoler économiquement Téhéran. Mais le contrecoup pourrait être lourd : pénaliser l’activité des entreprises étrangères et, in fine, celle des États eux-mêmes. Pour le régime iranien, le commerce extérieur est une condition de survie. Les recettes d’exportation financent le pays, tandis que les importations maintiennent des partenariats qui servent aussi de relais diplomatiques. Une nouvelle illustration d’un commerce international à la fois pragmatique et stratégique – et de la place singulière qu’y occupe encore l’Iran.
Derrière l’accumulation massive de réserves, la Chine déploie une stratégie économique de long terme. Loin d’un simple réflexe de précaution, ses stocks stratégiques jouent un rôle clé dans la stabilisation interne du pays et dans son influence croissante sur les marchés mondiaux, comme le montre une récente note de l’Institut Montaigne. Pendant longtemps, l’économie mondiale a reposé sur un principe simple: ne pas stocker, mais faire circuler. Les chaînes de valeur mondialisées et les flux tendus devaient permettre au marché de s’autoréguler. La Chine, elle, n’a jamais vraiment adhéré à cette logique de flux « sans filet ». Pour Pékin, stocker n’est pas un archaïsme, mais un acte de souveraineté. La note de l’Institut Montaigne le souligne clairement: les stocks sont aujourd’hui au cœur de la stratégie chinoise, au même titre que la technologie ou l’outil militaire. Cette approche se traduit par des volumes impressionnants. À l’échelle mondiale, la Chine détient environ deux tiers des stocks de maïs, la moitié de ceux de blé et un tiers du soja. Des proportions qui donnent immédiatement la mesure de son poids sur les marchés agricoles mondiaux. L’alimentation: un enjeu politique et un levier de marché Pourquoi stocker autant de denrées alimentaires? La réponse est à la fois simple et politique. Pour un pays de 1,4 milliard d’habitants, l’alimentation est un enjeu de stabilité intérieure majeur. Éviter toute pénurie est essentiel pour prévenir des troubles sociaux massifs. Mais la Chine est aussi devenue le premier importateur agricole mondial, ce qui renforce encore sa vulnérabilité. Résultat: son budget consacré aux stocks alimentaires est vingt fois supérieur à celui de l’ensemble des pays de l’OCDE réunis. Officiellement, ces réserves permettraient de nourrir la population pendant plus d’un an en cas de crise grave. Officieusement, ces stocks remplissent une autre fonction. Ils servent à intervenir sur les marchés. Lorsque les prix montent, la Chine relâche des stocks; lorsqu’ils baissent, elle achète massivement. En filigrane, Pékin devient ainsi une sorte de métronome du « grenier du monde », capable de régler le tempo des marchés agricoles. Quand la Chine achète ou cesse d’acheter, la planète entière le ressent. Énergie et métaux : sécuriser l’avenir et peser sur les autres Cette logique ne s’arrête pas à l’agriculture. Depuis 2003, la Chine construit l’une des plus grandes réserves stratégiques de pétrole au monde. L’objectif est clair: se prémunir contre un blocage maritime en cas de crise autour de Taïwan, mais aussi contre d’éventuelles sanctions occidentales. Autre pilier fondamental: les métaux et minéraux critiques, indispensables à la transition énergétique et environnementale. Terres rares, lithium, cobalt, nickel, Pékin cherche à sécuriser son approvisionnement tout en renforçant sa capacité à peser à l’échelle internationale. Stocker à grande échelle n’est cependant pas sans conséquences. Cette stratégie crée des tensions sur l’offre mondiale, alimente des hausses de prix et renforce la dépendance de nombreux pays vis-à-vis de la Chine, en particulier en Occident. Face à cette réalité, l’Europe et les États-Unis commencent à réagir. La France, par exemple, reparle de stocks stratégiques et en reconstitue dans des domaines clés comme l’énergie, les médicaments ou les matières premières critiques. Car au-delà d’une logique économique basique, une chose est désormais claire: les stocks ne servent plus seulement à se protéger. Aujourd’hui, ils sont aussi un outil d’influence, au cœur des nouveaux rapports de force mondiaux.
La Cour suprême américaine pourrait s’exprimer, ce mercredi 14 janvier, sur la légalité d’une partie des droits de douane imposés par Donald Trump. Devenus la pièce maîtresse de la stratégie économique du président depuis le printemps 2025, ces tarifs, à la fois assumés et coûteux, sont aujourd’hui contestés devant la plus haute juridiction du pays, avec des conséquences potentielles majeures pour l’économie américaine et mondiale. L’image a marqué les esprits. Le 2 avril 2025, dans les jardins de la Maison Blanche, Donald Trump présente ce qu’il baptise le « jour de la Libération ». À la tribune, un grand tableau à l’appui, le président américain dévoile une vague de droits de douane quasi généralisés, appliqués à de nombreux pays et à de larges pans des importations. L’objectif officiel est alors clairement affiché : réduire le déficit commercial américain, relancer l’industrie nationale et générer des recettes supplémentaires pour financer les baisses d’impôts et les dépenses publiques. Ces mesures deviennent rapidement le pilier central de la politique économique de Donald Trump. À lire aussiQui paie vraiment les taxes douanières de Donald Trump? Une loi d’urgence au cœur du débat juridique Pour aller aussi loin, le président américain contourne le Congrès et invoque une loi d’urgence économique datant de 1977 : l’International Emergency Economic Powers Act. C’est précisément l’utilisation de ce texte qui a conduit l’affaire devant la Cour suprême. Car cette loi ne mentionne pas explicitement les droits de douane. Or, aux États-Unis, la Constitution est claire : le pouvoir de lever des impôts et des taxes douanières appartient au Congrès, et non au président seul. Toute la question à laquelle devra répondre la Cour suprême est donc de savoir jusqu’où un président peut aller sans l’aval du Congrès, autrement dit du Parlement. En attendant la décision, les mesures tarifaires mises en place par l’administration Trump restent en vigueur et ont déjà rapporté environ 130 milliards de dollars à l’État fédéral, une somme considérable. Un choc économique potentiel aux États-Unis et dans le monde Contrairement à une idée répandue, ces droits de douane ne sont pas principalement payés par les pays étrangers, mais par les importateurs américains. Résultat : une hausse des prix à l’importation, une pression accrue sur les marges des entreprises, des produits plus chers dans les rayons et un secteur manufacturier qui recrute peu. C’est pour cette raison que plus de 1 000 entreprises américaines ont saisi la justice. Parmi elles, de petites et moyennes structures, mais aussi de grands groupes comme la chaîne de distribution Costco, le fabricant de pneumatiques Goodyear ou encore Toyota aux États-Unis. Toutes réclament le remboursement des droits de douane versés aux autorités. À lire aussiÉtats-Unis: comment les droits de douane de Donald Trump peuvent faire baisser l'inflation Si la Cour suprême invalide ces taxes, ce sont des dizaines de milliards de dollars – voire la quasi-totalité des 130 milliards perçus – qui pourraient devoir être remboursés. Donald Trump parle d’ailleurs de « catastrophe », affirmant lundi que le pays serait, « fichu » si une telle décision était prise. Les conséquences se feraient aussi sentir sur les marchés financiers, même s’ils ont en partie anticipé ce scénario. Rembourser ces droits de douane reviendrait à creuser le déficit budgétaire et à augmenter les besoins de financement de l’État, soit exactement l’inverse de l’objectif affiché par le président américain. À l’international enfin, les effets seraient tout aussi sensibles. Des entreprises du monde entier ont investi des milliards pour contourner les règles mises en place depuis le printemps. Certaines verraient dans une invalidation des tarifs un soulagement, quand d’autres subiraient une nouvelle fois un changement brutal des règles du jeu. De quoi provoquer une nouvelle phase d’instabilité pour l’économie mondiale et remettre en question l’architecture commerciale construite depuis maintenant un an. À lire aussiGuerre commerciale: comment la Chine a fait reculer Trump en 2025
Alors que près de 70 économistes européens viennent d’alerter les eurodéputés dans une lettre ouverte, l’euro numérique revient au cœur du débat politique. Derrière ce projet porté par la Banque centrale européenne (BCE) se joue une question clé : qui contrôlera la monnaie et les paiements dans le monde numérique de demain ? L’euro numérique, disons-le d’emblée, n’existe pas encore. Il s’agit pour l’instant d’un projet porté par la Banque centrale européenne (BCE), qui pourrait voir le jour à l’horizon 2029. Un projet qui peut sembler abstrait, mais qui est en réalité très concret. Concrètement, l’euro numérique serait une nouvelle forme d’euro émise directement par la BCE, mais sous forme numérique. Autrement dit, il s’agirait de monnaie de banque centrale, comme les billets et les pièces, à la différence près qu’elle ne serait pas matérielle. Elle serait stockée dans un portefeuille numérique, par exemple sur un smartphone. Beaucoup se demandent alors : mais quand on paie aujourd’hui avec une carte bancaire, ce n’est pas déjà de l’argent numérique ? La réponse est oui et non. Les paiements sont bien dématérialisés, mais la monnaie utilisée n’est pas la même. L’argent présent sur un compte bancaire est créé par les banques commerciales, et chaque paiement passe par une chaîne d’intermédiaires privés : banques, réseaux de cartes, prestataires techniques. Avec l’euro numérique, ce schéma changerait. Le paiement se ferait directement en monnaie de banque centrale, sans intermédiaire, comme si l’on tendait un billet mais de manière digitale. Un projet qui ne remplace pas le cash, mais ajoute une option L’euro numérique n’a pas vocation à faire disparaître l’argent liquide. Il serait complémentaire, offrant simplement une option de paiement supplémentaire aux citoyens et aux entreprises. Mais si le projet est aujourd’hui au centre des discussions, c’est avant tout pour une raison de souveraineté. Car, avec les moyens de paiement actuels, l’Europe a pris conscience de sa forte dépendance à des acteurs non européens, le plus souvent américains. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sept paiements par carte sur dix en Europe transitent par Visa ou Mastercard. PayPal, Apple Pay ou Google Pay occupent également une place croissante dans les usages du quotidien. Cette dépendance n’a longtemps pas posé de problème majeur. Mais le contexte géopolitique a profondément changé. Si demain ces technologies américaines devenaient inaccessibles ou restreintes, c’est tout le système de paiement européen qui pourrait être affecté, voire bouleversé. Stablecoins, dollar et souveraineté : un débat très politique À cela s’ajoute un autre phénomène : l’explosion des stablecoins, ces monnaies numériques privées, le plus souvent indexées sur le dollar. Les États-Unis soutiennent clairement leur développement, y voyant un moyen de renforcer la domination du billet vert dans la finance numérique mondiale. La conséquence est simple : si demain vous payez avec un stablecoin en dollars, vous ne payez plus vraiment en euros. Face à cette dynamique, l’Europe cherche à proposer sa propre alternative : l’euro numérique. Mais la question demeure : ce projet peut-il réellement fonctionner ? C’est tout l’enjeu du débat actuel. Dans leur tribune récente, 70 économistes européens plaident pour que l’euro numérique reste une monnaie publique, sans passer par les banques classiques. Une position qui se heurte au scepticisme du secteur bancaire, inquiet notamment d’une possible fuite des dépôts. Le sujet est donc particulièrement sensible. Bruxelles doit trouver un équilibre délicat : proposer une monnaie numérique publique crédible à l’échelle mondiale, capable de rivaliser avec les solutions américaines, sans fragiliser le système bancaire européen. Un défi de taille, alors qu’un possible lancement est donc envisagé dans environ trois ans, en 2029. À lire aussiLa Bulgarie passe à l’euro : entre promesses économiques et craintes de hausse des prix
En défaut de paiement depuis 2017, frappé par l’hyperinflation et sous sanctions internationales, le Venezuela semble à première vue infréquentable pour les investisseurs. Pourtant, ces dernières semaines, sa dette suscite un intérêt croissant dans le monde de la finance, en particulier chez les fonds spéculatifs. Plus d’une semaine après l’enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis, l’économie vénézuélienne revient sur le devant de la scène. Le pays est, depuis des années, frappé par une hyperinflation massive, miné par la corruption et soumis à de lourdes sanctions internationales. Une situation qui a conduit Caracas à cesser de rembourser ses dettes dès 2017. Contre toute attente, ces dettes suscitent aujourd’hui un vif intérêt auprès des acteurs de la finance internationale, et notamment des fonds spéculatifs. Pour comprendre cette situation paradoxale, il faut remonter près de vingt ans en arrière. Nationalisations, expropriations et montagne de créances En 2007, le président Hugo Chavez lance une vaste vague de nationalisations. Des champs pétroliers, des mines, ainsi que de nombreuses entreprises pétrolières et énergétiques passent sous contrôle de l’État. Les sociétés étrangères concernées sont expropriées et saisissent alors la justice internationale. Le Venezuela est condamné à verser des indemnisations, mais ne s’exécute pas. Résultat : une accumulation de créances et de dettes colossales. La dette totale du pays est aujourd’hui estimée entre 150 et 170 milliards de dollars. Les entreprises concernées conservent d’abord ces créances en espérant être remboursées un jour. Mais face à l’impasse, beaucoup finissent par les revendre, à prix fortement décoté, à des fonds spéculatifs. Ces derniers acceptent de prendre le risque de ne jamais revoir leur argent, avec l’espoir de réaliser un gain important si la situation évolue favorablement. Un pari sur l’avenir politique et pétrolier du Venezuela Ce pari, longtemps jugé excessivement risqué, semble aujourd’hui changer de nature. Donald Trump affirme vouloir relancer la production pétrolière du Venezuela. Or, pour y parvenir, le pays aura besoin d’investissements étrangers, de technologies occidentales et de partenariats internationaux. Dans ce contexte, régler une partie des anciens litiges financiers devient un outil à la fois politique et économique. Aucun investisseur sérieux ne s’engage durablement dans un pays qui refuse de solder ses dettes passées. Pour les fonds spéculatifs, l’espoir est donc clair : une transition politique, une restructuration de la dette et un retour progressif du Venezuela sur les marchés internationaux. Ces investisseurs n’achètent pas la réalité actuelle du pays, mais la probabilité d’un futur plus stable. Pour l’instant, toutefois, rien n’est acquis et le risque demeure élevé. Reste une question centrale : si le Venezuela se relève, le fera-t-il au bénéfice de sa population, ou de ceux qui ont parié sur sa chute ? À lire aussiPétrole vénézuélien: pourquoi les compagnies américaines ne partagent pas l'enthousiasme de Donald Trump
Les médicaments anti-obésité rencontrent un succès croissant, notamment aux États-Unis. Dernier fait marquant : le laboratoire danois Novo Nordisk vient de lancer son traitement anti-obésité sous forme de comprimé, à un prix inédit. Une offensive tarifaire qui pourrait bien rebattre les cartes d’un marché jusqu’ici dominé par la rareté et des prix très élevés. Novo Nordisk est en forme. Et pour cause, le laboratoire danois a lancé cette semaine son traitement anti-obésité en comprimé, une première majeure sur ce marché. Plus frappant encore, ce nouveau médicament est proposé à 149 dollars par mois, un niveau de prix extrêmement bas comparé aux standards historiques du secteur. Il s’agit d’un prix d’appel pour une entrée de gamme, aujourd’hui imbattable sur ce créneau. En optant pour une formule orale, le laboratoire casse les codes d’un marché qui reposait jusqu’ici sur une logique de rareté. Or, qui dit rareté, dit prix élevés : les traitements anti-obésité se vendaient souvent au-delà de 1 000 dollars par mois. Cette ère pourrait bien toucher à sa fin. Avec cette stratégie, Novo Nordisk ouvre une nouvelle séquence concurrentielle qui remet profondément en question le modèle économique du secteur. La pilule, un changement d’usage qui bouleverse la concurrence Ce choix marque une rupture. L’adoption de la pilule supprime en effet un frein important à l’utilisation de ces traitements. Cela peut paraître anecdotique, mais c’est une réalité : la peur des piqûres constitue un obstacle pour de nombreux patients. En combinant une nouvelle forme de prise du médicament et une politique de prix agressive, Novo Nordisk bouleverse l’équilibre du marché. Désormais, la concurrence ne se joue plus seulement sur l’efficacité médicale des molécules, mais de plus en plus sur le prix et l’accessibilité. Les concurrents tentent de s’aligner. Le laboratoire américain Eli Lilly, qui commercialise notamment Zepbound, a déjà annoncé des plafonds de prix autour de 399 dollars par mois, afin de rester compétitif face à l’offensive du groupe danois, à doses équivalentes. Cette dynamique est d’autant plus forte que l’administration américaine cherche elle aussi à rendre ces traitements plus abordables, via des accords tarifaires signés avec les laboratoires, qui jouent pour l’instant le jeu de la concurrence. À lire aussiL’obésité: ni une faute, ni une fatalité Vers une banalisation des médicaments anti-obésité ? Cette baisse des prix fait émerger une question centrale : les médicaments anti-obésité sont-ils en train de se banaliser ? Pour le moment, la réponse semble être oui. Chaque laboratoire développe sa propre molécule, et cette diversité de l’offre favorise une diversification de la demande. Les analystes estiment d’ailleurs que les formes orales, donc en comprimé, pourraient représenter jusqu’à 20 % du marché mondial des médicaments anti-obésité d’ici à 2030. Reste une interrogation majeure : pourquoi proposer ces traitements à des prix plus bas alors que leur développement a coûté très cher ? La réponse est économique. Avec des prix très élevés, les marges sont fortes, mais le marché reste limité. À long terme, la croissance finit par s’essouffler. La solution consiste donc à changer d’échelle. En diversifiant l’offre et en baissant les prix, les laboratoires cherchent à toucher de nouveaux patients et à ne plus se concentrer uniquement sur le marché américain. Aux États-Unis, plus de 100 millions de personnes sont concernées par l’obésité. À l’échelle mondiale, selon l’OMS, cette situation touche une personne sur huit. La baisse des prix pourrait ainsi être compensée par un nombre bien plus élevé de patients. Mais cette stratégie reste à double tranchant. Si la compétition tarifaire ouvre la voie à une démocratisation sans précédent de la prise en charge de l’obésité, elle illustre aussi une logique spéculative et purement commerciale appliquée à un enjeu majeur de santé publique. À lire aussiEndiguer l’obésité : un enjeu de santé publique pour toute l’Europe
Alors que de nombreux économistes prédisaient une flambée des prix, les droits de douane imposés par Donald Trump semblent, contre toute attente, avoir freiné l’inflation aux États-Unis. Un paradoxe économique mis en lumière par plusieurs études récentes, qui s’explique davantage par un ralentissement de l’activité que par une véritable victoire contre la hausse des prix. En théorie, le raisonnement économique est bien connu. Lorsqu’un pays impose des droits de douane élevés sur les importations, les biens venus de l’étranger deviennent plus chers. Ces hausses de coûts sont généralement répercutées sur les consommateurs, ce qui entraîne une augmentation des prix et, mécaniquement, une inflation plus forte. C’est précisément ce scénario qui était largement anticipé au printemps dernier, lorsque Donald Trump a annoncé de nouvelles surtaxes sur les importations. Pourtant, les faits ont déjoué les prévisions. L’inflation américaine n’a pas explosé. Elle reste certes élevée - autour de 3 % - mais elle n’a pas connu l’emballement redouté par de nombreux analystes. À lire aussiUn an après la réélection de Donald Trump, qui paie vraiment ses taxes douanières? Quand l’histoire économique raconte une autre réalité Face à ce constat, la Réserve fédérale de San Francisco a décidé de prendre du recul et d’analyser les données historiques. Sur près de 150 ans d’observations, aux États-Unis comme en Europe, les résultats sont clairs, bien que contre-intuitifs : les hausses de droits de douane sont souvent associées à une baisse de l’inflation. Cela ne signifie pas que les surtaxes font baisser les prix directement. En réalité, elles déclenchent d’autres mécanismes économiques. L’annonce de droits de douane élevés crée de l’incertitude : les entreprises hésitent à investir, les chaînes d’approvisionnement sont perturbées et les consommateurs deviennent plus prudents. La demande ralentit. Pour les entreprises, cela se traduit par moins d’embauches et une hausse du chômage. Les indicateurs économiques passent alors au rouge. Dans ce contexte, pour continuer à vendre, les entreprises limitent les hausses de prix, voire n’en appliquent pas du tout. Résultat : l’économie ralentit, et une économie qui ralentit est une économie où les prix augmentent moins vite. C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui aux États-Unis. Un effet temporaire et des limites à long terme Faut-il pour autant conclure que les droits de douane sont un outil efficace contre l’inflation ? Pas si vite. Des travaux de l’Université Northwestern montrent que les droits de douane peuvent bien provoquer une légère hausse de l’inflation au départ, mais que cet effet reste temporaire. Dans l’immédiat, de nombreuses entreprises américaines ont choisi de réduire leurs marges afin d’absorber le coût des surtaxes et d’éviter de le répercuter sur les consommateurs. Le choc inflationnniste s’est donc révélé moins fort que prévu. À plus long terme, en revanche, les incertitudes demeurent. Lorsque des mesures similaires ont été appliquées dans les années 1930, le contexte économique était très différent. Aujourd’hui, le secteur manufacturier américain dépend fortement de composants importés et de chaînes de production mondialisées. Sur la durée, les entreprises finissent généralement par répercuter ces surcoûts dans leurs prix de vente. En définitive, si les droits de douane peuvent temporairement limiter la hausse des prix, ils le font au prix d’un ralentissement économique. Ils ne constituent donc pas une arme durable contre l’inflation, mais plutôt un remède aux effets secondaires lourds pour l’activité et l’emploi.
À l’aube de 2026, l’économie mondiale s’organise autour de quelques mots-clés majeurs. Derrière ces termes se dessinent les grands moteurs de croissance, mais aussi les principales zones de tension qui pourraient marquer l’année à venir. L’intelligence artificielle s’impose comme l’un des moteurs les plus importants de l’économie mondiale, si ce n’est le premier. Les investissements dans le secteur explosent, se chiffrant en milliards d’euros chaque année. Les centres de données poussent à un rythme impressionnant et certaines entreprises affichent déjà des profits historiques. Un autre élément essentiel réside dans le lien étroit entre l’IA et les marchés financiers. L’intelligence artificielle soutient directement les marchés, et réciproquement, en particulier aux États-Unis. C’est précisément pour cette raison que le sujet restera scruté de très près cette année. Beaucoup craignent toutefois une bulle de l’IA. Pas une bulle comparable à celle des années 2000 avec Internet, lorsque les prix étaient largement déconnectés de la réalité, mais plutôt une bulle d’anticipations. Les profits sont bien là, mais les attentes sont immenses. Le moindre ralentissement pourrait provoquer des remous sur les marchés. Les inquiétudes portent également sur l’emploi, la consommation d’énergie et la régulation. Enfin, il faut le souligner : l’intelligence artificielle est devenue un véritable champ de bataille stratégique entre la Chine et les États-Unis. Ce rapport de force devrait encore s’intensifier en 2026. Cour suprême et Fed, deux institutions américaines au cœur du jeu Les États-Unis seront au centre de l’actualité économique mondiale à travers deux institutions clés. D’abord, la Cour suprême, qui doit se prononcer à la fin du printemps sur la légalité des droits de douane imposés par Donald Trump. Une décision défavorable remettrait en cause toute l’architecture économique qui s’est adaptée à ces mesures au cours de l’année écoulée. L’autre institution déterminante reste la Réserve fédérale américaine. Un nouveau gouverneur, proche de Donald Trump, doit prendre la tête de la Fed. Après plusieurs baisses de taux directeurs, l’institution pourrait toutefois revoir sa stratégie si l’inflation ne ralentit pas suffisamment. Une telle inflexion ne serait pas sans conséquences. Elle affecterait l’ensemble des acteurs financiers et exposerait la planète à un possible choc économique, tant le rôle de la Fed reste central dans l’équilibre des marchés mondiaux. Cryptomonnaies et or, entre innovation et refuge Autre facteur susceptible de bousculer la finance mondiale en 2026 : les cryptomonnaies. Le bitcoin, en particulier, est observé de très près par les marchés. Ses phases de baisse ont souvent précédé des corrections boursières, ce qui en fait un indicateur surveillé avec attention. La grande nouveauté réside dans les stablecoins. Ces cryptomonnaies adossées au dollar sont encouragées par les autorités américaines, car elles permettent au billet vert de se diffuser encore davantage dans le monde, sans passer par les circuits bancaires traditionnels. Les cryptomonnaies comptent désormais pleinement, car elles sont intégrées au système financier. Dans ce contexte, l’or reste également sur le devant de la scène. Le métal précieux par excellence n’est plus seulement une protection contre l’inflation : il devient un refuge face à l’instabilité généralisée. Il partage d’ailleurs ce rôle avec les cryptomonnaies. L’or, tout comme les métaux stratégiques, prend une importance croissante. Ils sont indispensables à la fois au développement de l’intelligence artificielle et à la transition énergétique. En tout état de cause, 2026 devrait être une année marquée par une certaine tension, entre opportunités financières majeures et décisions politiques susceptibles de redessiner l’équilibre économique mondial.
Le Royaume-Uni s’apprête à franchir un cap démographique inédit en temps de paix. Selon le dernier rapport de la Resolution Foundation, 2026 pourrait marquer le début d’une ère où le nombre de décès dépasse durablement celui des naissances. Un basculement qui, loin d’être anodin, pose de lourds défis économiques au pays. Depuis plus d’un siècle, le Royaume-Uni connaissait une croissance naturelle de sa population, avec plus de naissances que de décès. Mais cette dynamique est désormais brisée. D’après la Resolution Foundation, à partir de 2026, les Britanniques feront moins d’enfants tandis que la population continuera à vieillir. Comme ailleurs en Europe, la fécondité est passée sous le seuil de renouvellement des générations. Rien n’indique un rebond durable susceptible d’inverser la tendance. Le vieillissement est aujourd’hui suffisamment avancé pour entraîner un retournement durable de la courbe démographique. À lire aussiLa démographie ou l'enjeu économique de ces dix prochaines années Un choc aux lourdes conséquences économiques Économiquement, ce basculement change tout. Une population en âge de travailler qui stagne ou recule, c’est d’abord moins de main-d’œuvre disponible, donc moins de travailleurs. C’est aussi moins de recettes fiscales : moins de consommateurs qui paient des taxes, moins de contribuables qui financent l’État, la santé ou les retraites. À l’inverse, le vieillissement de la population entraîne une hausse mécanique des dépenses publiques, notamment en matière de santé et de pensions de retraite. Le déséquilibre devient alors structurel, fragilisant les finances publiques et le modèle social britannique. Immigration : le paradoxe britannique Face à ce changement, une piste s’impose naturellement : l’immigration. Et c’est là que réside tout le paradoxe. Au moment même où elle devient démographiquement indispensable, l’immigration est politiquement contestée et administrativement réduite. Après le Brexit, le Royaume-Uni avait connu un pic migratoire spectaculaire, avec près d’un million d’entrées par an au début des années 2020. Mais depuis deux ans, la tendance s’est nettement inversée, avec environ 200 000 personnes par an. Sous pression électorale, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a durci les règles, notamment pour les travailleurs peu qualifiés et les demandeurs d’asile. Le message politique est clair : moins d’immigration. À lire aussiPourquoi le vieillissement de la population va faire baisser notre niveau de vie Pourtant, de nombreux secteurs britanniques dépendent fortement de la main-d’œuvre immigrée, comme la santé, l’hôtellerie-restauration, la logistique ou le bâtiment. À court terme, la baisse des effectifs crée des pénuries ; à moyen terme, elle risque de freiner la croissance. L’étude de la Resolution Foundation souligne un point clé : l’immigration offre une double solution à l’économie britannique, en augmentant à la fois la population active et les recettes fiscales. Pour le gouvernement, c’est aussi un moyen d’éviter une hausse des impôts sur le reste de la population. À défaut d’immigration et de croissance démographique, le scénario est clair : une pression fiscale accrue sur les actifs, une dégradation des services publics et un affaiblissement du contrat social. C’est tout l’enjeu mis en lumière par ce rapport. Le Royaume-Uni fait face à un dilemme stratégique majeur. Le bouleversement démographique est déjà en marche et le pays entre dans une ère où refuser l’immigration devient un choix économique et pas seulement politique.



