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Lignes de défense
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Author: RFI
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© France Médias Monde
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Dans un système globalisé, où les menaces prennent des formes de plus en plus variées, la chronique de Franck Alexandre vous plonge chaque semaine, au cœur des enjeux et des problématiques de défense et de sécurité du XXIème siècle. Les acteurs d’un monde militaire en mutation et les meilleurs observateurs des questions de Défense répondent à Franck Alexandre tous les dimanches matins dans sa chronique.
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Entre les missions de protection des espaces maritimes français, la surveillance des activités russes dans l’Atlantique Nord et désormais un important déploiement au Proche et au Moyen-Orient, la quasi-totalité de la flotte française est à la mer. Une prouesse qui ne pourra que difficilement s’inscrire dans la durée. Il aura fallu au Charles de Gaulle moins de 8 jours pour basculer de la mer Baltique à la Méditerranée. Même son escorte, contrainte de refluer à Brest, a eu du mal à suivre le porte-avion à propulsion nucléaire. La flotte française se masse en Méditerranée orientale, il faut remonter à la guerre d’Afghanistan il y a 25 ans pour trouver la trace d’un déploiement naval aussi massif. « C'est historique effectivement, d'avoir une telle proportion de la flotte de combat française qui est à la mer, dont 80 % effectivement. Ça fait 19 sur 23 bateaux, les 23 principaux bateaux. Donc on va compter le porte-avions, les porte-hélicoptères, les frégates et les grands bâtiments de ravitaillement. C'est du jamais vu. Et sur ces 80 %, il y en a quasiment 60 %, c'est du jamais vu non plus, qui sont déployés entre la Méditerranée orientale et la région du Golfe », confirme Vincent Groizeleau du magazine de référence Mer et Marine. Sécuriser le Proche et le Moyen-Orient Une armada française pour répondre à l’urgence de la situation au Proche et au Moyen-Orient, c’est un ordre du président Macron délivré dans un discours tenu depuis Chypre ce lundi 8 mars et les missions sont nombreuses. « rIl s'agit de protéger les ressortissants, protéger les bases militaires, protéger les pays avec lesquels on a des accords de défense, c'est-à les pays du Golfe, mais également Chypre avec lequel un accord a été signé assez récemment. Les protéger des attaques iraniennes, des attaques du Hezbollah et en même temps, se préparer à une éventuelle opération humanitaire et d'assistance éventuellement aux forces armées libanaise. Donc ça nécessite aussi des moyens, détaille Vincent Groizeleau. Et puis sécuriser le trafic maritime en mer Rouge et au nord de l'océan Indien, en attendant que l'évolution des combats dans la région du Golfe précisément, diminue suffisamment pour pouvoir entreprendre une réouverture du détroit d'Ormuz, qui n'est pas encore à l'ordre du jour. » On touche aux limites structurelles de la Marine Mais combien de temps la Marine nationale pourra-t-elle conserver autant de navires à la mer ? L’équipage d’une partie des frégates a déjà été doublé pour augmenter le nombre de jours à la mer mais avec un tel déploiement, indique Vincent Groizeleau, la Marine atteint ses limites et n’a plus de réserves pour assurer d’autres missions : « On a réussi à créer un modèle extrêmement optimisé. Personne en Europe, pas même les États-Unis, n'est capable de mettre 80 % de sa flotte en même temps dehors. Cet exploit repose sur une excellente maintenance et des doubles équipages pour augmenter sur un certain nombre de bateaux le nombre de jours à la mer. Mais la contrepartie, bien évidemment, c'est que comme ces bateaux sont beaucoup plus utilisés, ils s'usent. Ce sont des bateaux qui feront sans doute 20 à 25 ans et pas plus et il faudra les renouveler. La technique, elle peut suivre, on peut la réparer, la maintenir. Mais il y a un moment, l'humain aussi, a ses limites. Donc ça peut durer quelques mois parce que les marins sont habitués à faire des longs déploiements. Mais cela repose, très clairement, la question du format de la flotte. A-t-on suffisamment, notamment de frégates ? La réponse est clairement non. Donc effectivement, si on veut tenir des choses comme ça dans la durée, il faudra plus de bateaux », conclut le spécialiste. « Il est temps de passer dès que possible à 18 frégates de 1er rang peut-être même 21 », écrivait cette semaine le député Jean-Louis Thiériot, membre de la Commission défense de l’Assemblée nationale. À lire aussi«La France doit participer à la sécurisation des navires dans le détroit d’Ormuz», Philippe Ballard (député RN)
Jeudi 25 septembre, l’armée de terre française a présenté ses objectifs pour les mois et années à venir. À la lumière des combats en Ukraine, elle se prépare à un champ de bataille plus contesté, plus étendu et plus transparent, où robots et drones seront omniprésents. Rediffusion du 28 septembre 2025. Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre s’appuie sur les chiffres : chaque jour, sur le front ukrainien, 1 500 soldats russes sont mis hors de combat, dit-il. Une attrition vertigineuse qui ne serait pas supportable pour l’armée française. Sur le champ de bataille, les machines seront donc bientôt dédiées à subir les chocs les plus rudes, analyse le général Bruno Baratz en charge du commandement du combat futur. « Le champ de bataille de demain ressemble curieusement à celui d'aujourd'hui, mais avec plus de robotisation et de "dronisation". L'augmentation de la transparence du champ de bataille, rendue possible par la multiplication des capteurs spatiaux, acoustiques, terrestres et avec l'exploitation de ces données par l'intelligence artificielle, crée une forme de transparence du champ de bataille, explique-t-il. On voit bien que c'est un univers qui est devenu très hostile pour la présence des soldats et des êtres humains, et qu'on arrive à compenser cela aujourd'hui par plus de robots, ce qui amènera un peu de masse et surtout protègera beaucoup plus nos hommes ». Deux capacités ont été rapidement développées pour durcir les forces : le canon antidrones Proteus et le Mepac, un mortier embarqué et non plus tracté, qui démultiplie la puissance de feu des unités d’infanterie, précise le général Schill : « S'agissant des Mepac, c'est-à-dire ce mortier de 120 mm embarqué à bord d'un Griffon [véhicule blindé médian - NDLR], nous en avons commandé 54. Les premiers arrivent. Ils ont été déployés au sein du troisième régiment d'artillerie de marine à Canjuers. Mon objectif est que tout début 2026, je sois en mesure de déployer en opération une première unité avec ces mortiers. S'agissant du Proteus, c'est-à-dire ce canon de 20 mm auquel nous avons adjoint une couche d'intelligence artificielle de façon à pouvoir lutter contre les drones, les premiers sont déjà déployés dans l'armée de terre, au sein notamment du 35ème régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. On va monter l'an prochain à un volume d’une cinquantaine de canons. Ils peuvent être déployés en opération dès aujourd'hui, si c'était nécessaire ». À lire aussiAu Salon des forces spéciales, les drones militaires s'imposent pour tous types de missions « Il faudrait 77 000 opérateurs de drones » La robotique terrestre fait son apparition : Pandragon, une première unité, composée de 20 robots d’abord utilisés pour les taches logistiques, sera opérationnelle à l’été 2026. Un escadron de drones va également voir le jour. La doctrine d’emploi s’écrit maintenant, les drones d’attaque vont venir compléter la traditionnelle artillerie et donner de l’allonge aux troupes au sol, insiste Bruno Baratz : « L'objectif pour nous, c'est d'éviter que l'ennemi se concentre sur la zone de front et donc d'être en mesure de le frapper le plus loin possible et d'éviter justement les concentrations de force à proximité de nos brigades, de façon à leur faciliter la manœuvre. La tendance générale, c'est bien le développement de ces feux dans la profondeur, même pour une unité d'infanterie qui ira tirer au-delà des vues directes. On voit arriver les munitions téléopérées, ces drones qui sont capables d'amener des charges à différentes distances et qui vont venir compléter finalement le travail de l'artillerie. » Il faut désormais des soldats, à la fois plus durcis et plus innovants, martèle le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill : « Nous devons recruter une partie de nos soldats ou de nos cadres dans ces nouvelles techniques, de manière à avoir des soldats pour le brouillage, pour l'emploi des drones, pour l'emploi des communications. La montée en technique de l'armée de terre est une réalité. J'ai 77 000 soldats dans la force opérationnelle terrestre, donc il me faudrait 77 000 opérateurs de drones, chacun dans son domaine. » L’armée de terre vit une révolution, avec l’usage illimité des drones et de la robotique, elle est en passe de devenir une armée de combattants techniciens. À lire aussiLes robots sur le champ de bataille
La guerre en Ukraine a basculé cette semaine dans sa cinquième année. En 2025, l’armée russe ambitionnait de reprendre, a minima, les territoires du Donbass, mais la transparence du champ de bataille n’a pas permis à Moscou d’atteindre ses objectifs. L'omniprésence des drones a transformé les 1 200 kilomètres de front en un no man's land où il n'y a plus vraiment d'action. Tout ce qui s'y déploie est vu et tout ce qui est vu est détruit de jour comme de nuit. Il n'y a que lorsque les conditions météo se dégradent - pluie, neige, brouillard - qu'il est alors possible d'échapper à la menace drone, indique Vincent Tourret, chercheur à l'université de Montréal. « C'est un front qui se structure autour d'un no man's land de 0 à 20 kilomètres, où les gens sont enterrés, sont disséminés, essaient de survivre à la saturation en puissance de feu, notamment apportée par les drones, analyse-t-il. Et puis on commence à voir des tentatives plus élaborées de part et d'autre, d'essayer de dépasser cette zone morte par des frappes d'interdiction. Donc celles russes, on les connaît bien, ce sont des campagnes de frappes stratégiques sur les villes ukrainiennes, mais c'est de plus en plus quand même des drones qui vont s'abattre de 30 à 70 kilomètres pour aller interdire la logistique, détruire les centres de commandement, les radars, etc ». Moins de 1 % du territoire ukrainien conquis en 2025 En 2025, malgré les assauts répétés, le gain territorial de Moscou n'excède pas 1 % du territoire ukrainien. La poussée russe patine et les pertes sont massives, jusqu'à 40 000 morts et blessés par mois pour la seule armée de Moscou. « L'avantage russe ne s’est pas vraiment concrétisé cette année, résume Vincent Tourret. On est sur une stratégie russe toujours de poussée maximale, avec la génération de plein de groupes d'infiltrations qui essayent tous les jours d'avancer de quelques mètres dans ce no man's land en essuyant beaucoup de pertes face à une défense ukrainienne qui s'est quand même largement robotisée et qui inflige des pertes à la Russie qui sont très importantes. Donc à partir de là, en fait, il y a un avantage russe. Cependant celui-ci n'arrive pas à se traduire au niveau de la ligne de contact par un ascendant vraiment offensif. » Moscou privé de Starlink Début février, le réseau d'internet par satellite Starlink a coupé ses transmissions en Russie et cela met son armée en mauvaise posture. Un signal satellite coupé fragilise toute la chaîne de commandement. Exemple avec les équipages de chars, souligne Vincent Tourret : « Un phénomène qui est assez intéressant au niveau des tankistes russes, c'est qu'avec le temps, le niveau d'entraînement et de formation a plutôt tendance à baisser et il a été compensé par la micro-gestion des équipages de chars par leur commandement supérieur. Le char est équipé en vidéo, en caméra. Ce flux vidéo est directement retransmis à l'échelon au-dessus. Et en fait, le tankiste était dirigé par son officier supérieur. Donc il y a des équipages de chars qui se retrouvent un peu plus perdus, qui ne savent pas trop où tirer, qui ne savent plus trop comment manœuvrer. Là, avec la perte de Starlink, c'est un lien essentiel du commandement d'un équipage de chars qui disparaît. » En 2026, l'équilibre des feux est cependant toujours à l'avantage de la Russie, mais l'artillerie responsable d'un quart des pertes totales est désormais enterrée. Les bouches à feu ne permettent plus aux troupes de progresser, et le front ukrainien pourrait rester longtemps ainsi figé.
Le samedi 14 février, deux porte-hélicoptères de la Marine nationale ont réalisé un débarquement amphibie de grande ampleur dans la baie de Quiberon. Après une dizaine de jours de mer, 500 militaires ont foulé le sable des plages bretonnes. L’exercice militaire « Orion 26 » a basculé dans sa phase terrestre. Premier retour d'expérience dans le port de Saint-Nazaire. De notre envoyé spécial à Saint-Nazaire, Coup de tonnerre sur les docks de Saint-Nazaire. Après avoir débarqué sur les plages voisines, les troupes de marine se sont emparées du port et de son aéroport. Une solide tête de pont qui permet au porte-hélicoptères amphibie Tonnerre d'y relâcher à bord. À lire aussi«Orion 26», un exercice majeur des forces armées françaises, pensé comme un signal stratégique Premier retour d'expérience à chaud avec le commandant Olivier : « On est parti de Toulon il y a environ une dizaine de jours, mais on est parti en force éclatée et on a réussi à regrouper cette force en un temps très rapide et la rendre, ce qu'on appelle "full opérationnel capable" en un temps assez record. Et ce qui est remarquable sur cet exercice, c'est qu'on a réussi à débarquer sans driller la manœuvre. D'emblée, on a réussi à débarquer et à relancer la manœuvre au sol sans avoir à répéter cette manœuvre ». Réussir ce jour le plus long Pour réussir ce jour le plus long, il a fallu ruser et faire avec les éléments, sourit François-Régis Jaminet, patron de la brigade d'infanterie de marine, dont les marsouins ont débarqué sur les plages bretonnes : « Nous sommes passés entre les tempêtes Nils et Pedro, qui, on le sait, ont touché nos concitoyens, mais qui ont aussi impacté la manœuvre et nous ont contraints à replanifier un certain nombre d'options que nous avions étudiées à froid. Le plan a été changé à plusieurs reprises pour tenir compte à la fois des conditions d'exercice pour intervenir sur l'ennemi au bon moment, tout en tenant compte des conditions météo, de l'état de la mer, de l'accès aux plages, des marées ». En 10 heures, 500 hommes et 200 véhicules de combat sont ainsi passés de la mer à la terre. Une opération amphibie, c'est une prise de risque majeure, dit le commandant Olivier. Tout repose sur de solides renseignements et les drones ont fait la différence. « Ce qu'on a constaté, c'est qu'on a un croisement des renseignements qui soit de niveau tactique par nos drones. Les drones que nous-mêmes mettons en œuvre au niveau tactique, qui viennent confirmer un renseignement spatial qui est coordonné par le niveau stratégique, qui nous permettent de confirmer et de croiser les informations et donc de favoriser un Go en termes de drones. On voit une expansion assez importante du volume de drones mis en œuvre à la fois par les forces terrestres, mais aussi en mer, avec des drones qui agissent sous la mer et qui nous permettent d'avoir une image la plus complète de l'espace de bataille et qui facilite la prise de décision de la part du commandant ». Les armées européennes savent débarquer « Le défi de ce type d'exercice, c'est de faire converger l'ensemble des effets que les armées françaises peuvent produire les effets aériens, les effets maritimes, les effets cyber, les effets dans le domaine de l'influence, analyse le général Jaminet. L'amphibie est une opération complexe nativement interarmées, et donc l'exercice Orion nous permet à la fois de le pratiquer et d'en tirer du retour d'expérience, mais également de montrer que nous sommes capables de le faire. La France a un avantage comparatif en Europe en matière d'amphibie. Néanmoins, elle n'est pas seule ». Sept nations et plusieurs navires italiens ont participé à la manœuvre. Véritable signalement, les armées européennes ont prouvé qu'elles savaient débarquer. À lire aussiL’armée de Terre française a l’ambition de peser face à la menace russe
Après bientôt quatre ans de guerre, le conflit ukrainien a souligné le rôle prépondérant de l’artillerie roquette. Cette artillerie longue portée, longtemps négligée par les armées européennes, est de nouveau au centre du jeu, mais faute d’offre souveraine, l’achat ne peut se faire que sur étagère. Et l’heure du choix pour l’armée de Terre française approche. Intitulée « Lance-roquettes multiples, une dépendance européenne historique et durable ? », la note de l’Institut français des Relations internationales est arrivée il y a quelques jours sur le bureau du général Schill, patron de l’armée de Terre, et depuis elle fait beaucoup parler. Retour d’expérience ukrainien oblige, les militaires font le constat qu’un corps d’armée doit désormais traiter des objectifs situés à plusieurs centaines de kilomètres de la ligne de contact. Or, les lance-roquettes unitaires (LRU) de l’armée française sont à bout de souffle, il faut trouver une solution en urgence, nécessairement sur étagère, et trois systèmes sortent du lot : une offre américaine avec le Himars qui s’est illustré en Ukraine, une offre israélienne avec le PULS et une offre sud-coréenne avec le Chunmoo, le plus répandu en Europe, acquis à plus de 300 exemplaires par la Pologne, l’Estonie et bientôt la Norvège. Ce choix serait celui de l’interopérabilité. À lire aussiL’armée française en quête d’une artillerie longue portée Pourtant Paris pourrait se tourner vers une quatrième solution, un système indien pointe Léo Péria-Peigné, chercheur à l'Ifri et auteur de la note : « Un lance-roquettes indien qui s'appelle donc le Pinaka, qui n'a pour le moment été exporté qu' à l'Arménie, parce que l'Arménie avait besoin d'un système peu cher et rapide, mais qui est en fait très très inférieur aux autres. D'abord, la plupart des lance-roquettes de troisième génération qu'on vient d'évoquer peuvent tirer des roquettes ou des missiles qui vont à 300 voire 500 kilomètres et ont pour la plupart des solutions qui se développent pour tirer encore plus loin. Le Pinaka, de son côté, n'a qu'une requête qui va à 80 kilomètres, sachant que le Pinaka est réputé pour être moins précis que ses équivalents, pour avoir une interface qui est beaucoup plus datée. Autre problème encore, le Pinaka est un système qui est national indien. Il n'est donc pas aux normes OTAN, il n'est pas aux normes européennes et en conséquence, il n'est interopérable avec rien de ce qui existe en Europe ». Rafale contre Pinaka? Si ce matériel ne correspond pas aux exigences de la guerre de haute intensité, pourquoi est-il évoqué avec autant d’insistance ? Une question reste en suspend : les intérêts industriels de la France pourraient-ils conditionner les choix capacitaires de ses armées ? « Depuis quelques années, l'Inde veut devenir autosuffisante dans les domaines stratégiques et notamment dans le domaine de l'armement. Ce qui passe par l'accession au statut d'exportateur important sur le marché de l'armement mondial. Pour cela, l'Inde cherche donc à exporter par tous les moyens ses produits qui ont malgré tout des problèmes de qualité, des problèmes de fiabilité, des problèmes de performance par rapport à la concurrence, indique Léo Péria-Peigné. La France, de son côté, cherche à cultiver son partenariat avec l'Inde, qui est son excellent client pour son industrie de défense. Au vu de l'actualité, notamment très récemment, vous avez eu l'annonce que le Rafale avait été sélectionné pour l'achat de 114 appareils pour l'armée de l'air indienne. Il est possible, au vu notamment des échanges entre Narendra Modi et le président Macron, que les Indiens aimeraient que la France achète ses lance-roquettes pour valider le contrat Rafale. Mais ce n'est qu'une supposition », analyse le spécialiste. Rafale contre Pinaka, l’hypothèse sera peut-être résolue mardi prochain à l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron en Inde.
Le dernier traité de désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie a expiré jeudi 5 février, marquant un tournant majeur dans l'histoire du contrôle des armements depuis la guerre froide. La fin du traité New Start marque donc la fin d'une époque et ravive les craintes de prolifération nucléaire. New Start avait été signé entre Washington et Moscou en 2010 pour solder la guerre froide. Il limitait chaque partie à 800 missiles intercontinentaux et 1 550 ogives nucléaires. Mais ce n'est pas parce que ce mécanisme de vérification disparaît qu'il faut nécessairement s'attendre à une nouvelle course aux armements entre Russes et Américains, estime Héloïse Fayet, chercheuse et responsable du programme Dissuasion et prolifération à l'Institut français des relations internationales. « L'expiration de Newstart ne veut pas dire automatiquement augmentation des arsenaux nucléaires russes et américains, mais peut-être un peu plus de diversification des arsenaux plutôt que l'augmentation des arsenaux nucléaires, précise-t-elle. Et puis, d'une façon peut-être assez cynique, rappelons que le traité New Start imposait des limitations à 1 550 têtes nucléaires stratégiques déployées, c'est-à-dire des ogives en permanence montées sur des missiles. Ça suffit pour détruire plusieurs fois la Terre. Donc, en réalité, qu'il y ait 1 500 ou 1 700 têtes nucléaires stratégiques, ça ne change pas énormément les choses. » Pékin ne veut pas limiter son feu nucléaire L'expiration du traité marque la transition vers un ordre nucléaire moins encadré, et l'inquiétude vient aussi de l'arrivée d'un troisième acteur : la Chine. Pékin, dont l'arsenal nucléaire est en pleine expansion. Pour parvenir à un véritable contrôle des armements au XXIe siècle, dit la Maison Blanche, il est impossible d'agir sans inclure la Chine. Mais avec trois acteurs nucléaires majeurs sur l'échiquier, l'équation se complique. « La Chine est passée d'environ 250 têtes nucléaires en 2020 à plus de 600 aujourd'hui, souligne Héloïse Fayet. Si elle continue sur cette trajectoire, les États-Unis feraient face à deux compétiteurs nucléaires. C'est l'une des justifications derrière cette expiration de New Start sans solution de remplacement. Donald Trump l'a dit lui-même : si le traité doit expirer, eh bien, il expire et lui veut trouver un nouvel accord avec la Chine, éventuellement trilatéral, États-Unis-Russie, Russie-Chine. Ça semble assez improbable parce qu'aujourd'hui, la Chine n'est pas du tout intéressée par des accords de maîtrise des armements, et ça s'inscrit d'ailleurs dans une utilisation, disons désinhibée, de la menace nucléaire et plus largement de la force, comme on peut le voir en Ukraine ou en Iran. » À lire aussiFin du traité New Start : un tournant majeur vers des arsenaux nucléaires sans limites ? Peut-il y avoir un lien entre l’expiration du traité New Start et la prolifération nucléaire ? Les lignes pourraient rapidement bouger. Les pays non dotés de l’arme nucléaire vont s'interroger, et ce qu’il faut surveiller, pointe Héloise Fayet, c’est la conférence de réexamen du traité de non-prolifération qui aura lieu en avril prochain : « Là, il y a beaucoup d'enjeux parce que la conférence de réexamen en 2022 ne s'était pas très bien passée. Si jamais on se rend compte que le traité de non-prolifération nucléaire est affaibli, ça pourrait pousser la Corée du Sud, l'Arabie saoudite, la Turquie, pourquoi pas, à avancer vers un programme nucléaire militaire. Cela montre aussi que les États dotés d'armes nucléaires, au premier rang desquels la Russie, États-Unis et la Chine, ne respectent pas leurs engagements en termes de désarmement nucléaire. C'est inquiétant, en fait, au niveau du droit international et de la régulation. » À écouter aussiLa fin du traité New Start renforce le risque de prolifération nucléaire Quel cap pour la France ? La France, seule puissance nucléaire de l'Union européenne, plaide pour un système international de maîtrise des armements. Mais si les compétiteurs n’ont plus de limites, la France doit-elle rester dans une logique de stricte suffisance ou se donner les capacités techniques d’augmenter son arsenal constitué de 290 têtes nucléaires ? Le discours d’Emmanuel Macron sur la dissuasion prévu fin février pourra peut-être éclairer ces choix.
Mardi dernier devait être une journée normale pour les pilotes de la 30e escadre de chasse de Mont-de-Marsan… Mais l’ordre de disperser vingt chasseurs Rafale est tombé sans préavis. Décollage en un temps record vers quatre bases aériennes différentes dont celle de Cazaux, près de Bordeaux.
Les discussions entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis concernant la sécurité sur l'île arctique vont commencer «assez rapidement», a déclaré vendredi 23 janvier le ministre danois des Affaires étrangères Lars Rasmussen. La volte-face de Donald Trump à Davos, indiquant qu’il renonçait au recours à la force pour s’emparer de l'île arctique, révèle que les États-Unis ont besoin des marines européennes pour opérer dans le Grand Nord. En 2020, les Alliés ont approuvé le concept de dissuasion et de défense pour la zone euro-atlantique. Les marines de l’Otan concentrent leurs efforts dans le Grand Nord, avec une présence permanente dans cet espace où la navigation nécessite un savoir-faire bien particulier souligne Vincent Groizeleau de Mer et Marine. « Ce qui est compliqué dans les zones polaires, ce sont les conditions environnementales. Il y a soit de la banquise où ce qu'on appelle des Bourguignons, des blocs de glace plus ou moins gros, jusqu'à des icebergs. Donc, ça veut dire des conditions de navigation qui sont très difficiles parce qu'il faut éviter les obstacles dans des conditions où il y a parfois une visibilité extrêmement faible. Donc, ce n’est vraiment pas un sport de masse, ça nécessite de la connaissance non seulement en navigation, mais aussi en opération. Car toutes ces conditions environnementales extrêmes, elles ont aussi un impact sur les capacités de détection, par exemple des radars, mais aussi des sonars. En fonction de la qualité de l'eau, de la température de l'eau, des profondeurs des fonds marins, de la présence de la glace, et bien on ne fera pas de la lutte anti-sous-marine comme on en fait au milieu de l'Atlantique ou en Méditerranée. » La défense du Groenland commence au large S’il est presque impossible de manœuvrer sur la calotte glaciaire du Groenland par -40°, la défense de l’espace arctique ne se fait pas à terre mais plutôt au large. Et dans ces mers hostiles, l’US Navy reconnait l’excellence des marines européennes notamment celle des Français en matière de détection sous-marine. Les Européens sont redoutablement efficaces, en particulier dans le très stratégique « Giuk » pointe Mikaa Blugeon-Mered enseignant à l’école de guerre : « C'est un acronyme qui signifie Groenland, Islande et UK, pour le Royaume-Uni. Donc, c'est à dire le double bras de mer qui connecte l'océan Atlantique avec l'océan Arctique. Ce double bras de mer est extrêmement important, parce que les principales capacités navales nucléaires russes partent de la base de Severomorsk. Cette base, elle est sur la péninsule de Kola, dans l'Arctique russe, non loin de la Norvège et de la Finlande. Et pour sortir, ces sous-marins doivent passer le long des côtes norvégiennes. Pas forcément au proche du Groenland, mais il faut avoir des capacités au Groenland en lien avec l'Islande, en lien avec le Danemark, en lien avec les îles Féroé, en lien avec le Royaume-Uni, en lien avec la Norvège. Ça permet de contrôler cette zone-là, ce fameux Giuk. » À lire aussiGroenland: le cadre de l'accord conclu entre Donald Trump et l'Otan? Le « GIUK » espace stratégique La coopération otanienne dans le « Giuk » est donc fondamentale et pourrait expliquer le revirement américain sur le Groenland. En effet, personne n’a, seul, les moyens de contrôler une région aussi vaste et complexe. Pas même les Américains, martèle Vincent Groizeleau : « La grande différence entre nous et les Américains, c'est que les Européens ont essentiellement une zone, une grande région qui va de la Méditerranée jusqu'au Grand Nord, à protéger. Les Américains. Ils ont à la fois la façade Atlantique et la façade Pacifique. La réalité, c'est que les Américains ont un taux de disponibilité de leur flotte qui est assez faible. Et donc aujourd'hui, même s'il y a dix porte-avions sur le papier, en réalité, il y en a au mieux trois, peut-être quatre à la mer, et c'est tout. Donc ils ont absolument besoin de l'appoint des marines européennes, parce que seuls, effectivement, ils ne peuvent pas gérer à la fois l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud… » Il y a souvent un décalage entre les discours politiques et la réalité militaire : sans coopération, le contrôle du très stratégique espace Arctique par les seuls Américains aurait tout d’un projet chimérique et l’affaire du Groenland en est la parfaite illustration. À lire aussiGroenland : que sait-on de la mission militaire européenne ?
L'envoi de militaires européens au Groenland pour un exercice vise à « envoyer un signal » à « tout le monde », y compris aux États-Unis, sur la détermination des pays européens à « défendre leur souveraineté », a fait valoir ce vendredi 16 janvier la ministre déléguée aux Armées française. Les premiers éléments de la mission militaire européenne « Arctic Endurance » sont arrivés jeudi 15 janvier au Groenland. Mais les contours de cette mission restent encore assez flous. Le déploiement est modeste : seulement quelques dizaines d’opérateurs des troupes de montagne français, suédois, allemands et norvégiens ont rejoint les forces danoises, qui n’excèdent pas cent hommes à Nuuk capitale du Groenland. Un tout petit contingent donc et aux missions nécessairement limitées, indique Cyrille Bret chercheur à l’institut Jacques Delors : « Ce qu'on aurait pu montrer, c'est une capacité à combattre, se déployer, repousser un adversaire comme les alliés de l'OTAN le font régulièrement au nord de la Norvège, au nord de la Finlande. Mais là, en l'occurrence, le format du contingent multinational envoyé et le lieu où ils ont été envoyés montrent plutôt que ce sont des manœuvres qui seront destinées à préserver les centres névralgiques de l'île autour de Nuuk. Donc les infrastructures portuaires, les quelques infrastructures routières, les infrastructures de télécommunications et puis la protection des immeubles gouvernementaux locaux. Ça s'apparente beaucoup plus à une mission de protection ou d'exercice, à la protection des infrastructures cruciales de la capitale du Groenland qu'à de véritables manœuvres militaires. C'est presque du maintien de l'ordre. Cette manœuvre est plus d'ordre symbolique que d'ordre opérationnel. En raison du format et en raison de sa localisation, elle paraît circonscrite à Nuuk, la capitale du Groenland. » À lire aussiDes soldats français en route pour un exercice militaire européen au Groenland Une opération de dissuasion militaire conventionnelle Les chasseurs alpins français, une trentaine de soldats dans un premier temps, resteront au Groenland environ deux mois. Mais leur présence est historique. C’est la première opération de dissuasion militaire conventionnelle européenne destinée à contrer une potentielle hégémonie américaine sur le Groenland. Pour autant, cela sera-t-il suffisant, s’interroge le diplomate Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Iris, « Je ne pense pas que Trump prendra le risque d'échanger des coups de feu avec les forces européennes. Mais il ne faut pas oublier que les Européens ne sont là que pour deux jours… C'est des manœuvres, c'est un geste plus symbolique qu'autre chose. Si jamais ils veulent prendre le Groenland, c'est assez facile. Il y a 50 000 habitants, ils ont leur base sur place, ils peuvent tout faire. Mais je ne pense pas qu'ils le fassent parce qu’effectivement, malgré tout, ils ont un certain attachement à l'OTAN qui est un vecteur de puissance important pour les Américains en Europe. On peut donc penser que ça se terminera par une négociation léonine, bien sûr, mais par une négociation plutôt que par une invasion pure et simple que beaucoup dans l'opinion américaine ne comprendraient pas. » Un signal envoyé à Washington Un signal des Européens, mais reste à savoir quelle sera la réaction de la Maison Blanche. Une réaction redoutée car, l’affaire du Groenland, c’est une rupture dans la relation transatlantique estime Cyrille Bret, « D'une part, en affichage médiatique, ce sera perçu avec beaucoup de condescendance dans la mesure où le contingent des officiers et des soldats envoyés sur place est extrêmement limité. Mais de façon plus officieuse, effectivement, ce sera perçu par l'univers Maga comme le début d'un rapport de force et donc comme un signal assez net de l'unité des Européens du Nord et des alliés de l'OTAN historique en soutien à la souveraineté danoise sur le territoire. Donc, je pense vraiment que ce sera perçu de façon ambivalente. Ce n'est pas un contingent de quelques soldats qui dissuadera les États-Unis de défendre ses intérêts de sécurité, mais de l'autre, effectivement, un changement de posture stratégique des Européens qui passe d'une posture assez accommodante finalement avec l'administration Trump, à une posture où les dispositifs militaires, eux aussi, sont mobilisés pour contrer l'aventurisme militaire américain. » À lire aussiTrump menace 8 pays européens de nouveaux droits de douane «jusqu'à la vente totale du Groenland» « Quand on envoie un signal sur la volonté de défendre sa souveraineté, on l’envoie à tout le monde et on l’envoie aussi à nous même », a ainsi précisé vendredi Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées françaises.
Donald Trump et ses conseillers en sécurité nationale mènent des discussions actives sur une acquisition du Groenland, a déclaré ce mercredi 7 janvier la Maison Blanche. Le Groenland, territoire semi-autonome intégré au royaume du Danemark, est au cœur des ambitions américaines, l’île du cercle polaire n’est plus une périphérie glacée. Réchauffement climatique oblige, le Groenland devient un espace de circulation structuré par trois routes maritimes polaires. Une au nord-est contrôlée par les Russes, une autre à l'ouest entre Groenland et Canada. Et enfin la Transpolar Sea Route (TSR) qui, du détroit de Béring rejoint l'Atlantique en passant par le nord du Groenland. Et outre les États-Unis, la Russie et la Chine entendent bien y planter le drapeau, souligne Mikaa Blugeon-Mered, enseignant à l'école de guerre à Paris : « Une militarisation russe qui, de fait, depuis quinze ans, arrive à des niveaux significatifs. Et l'autre, c'est la question chinoise, bien sûr, puisque la Chine arrive, été après été, à faire des premières de navigation sous-marine, sous banquise, qui permettent effectivement aujourd'hui à la Chine d'acquérir une compétence en Arctique qu'elle n'avait pas du tout et qu'elle pourrait tout à fait commencer à exploiter d'un point de vue stratégique dans les années qui viennent ». À lire aussiPourquoi la fonte des glaces du Groenland menace l'humanité (et ferait les affaires de Trump)? Une chasse gardée américaine Pour les États-Unis, le Groenland a toujours été perçu comme une chasse gardée, un territoire stratégique. Déjà pendant la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre froide et depuis les traités de 1951, Washington est même le garant de sa sécurité. L'armée américaine y possède encore une base à Pituffik, anciennement Thulé, au nord-ouest de l'île. « Cette base de Pituffik », dit Mikaa Blugeon-Mered, « a été mise sous le commandement de la Space Force, c'est-à-dire de l'armée spatiale des États-Unis, créée il y a quelques années. L'objectif de Pituffik aujourd'hui, c'est de servir de relais entre l'infrastructure au sol et les infrastructures spatiales au sens des satellites, notamment des satellites d'observation militaire, des satellites de renseignement électronique ou de renseignement optique qui déchargent leurs données à Pituffik, données qui sont ensuite exploitées ailleurs ». Un bras de fer autour des ressources naturelles Le Groenland, stratégique sur l'échiquier militaire, l'est tout autant pour ses ressources de zinc, de graphite, de cuivre, de lithium, des terres rares. Grand comme quatre fois la France, le Groenland abrite dans ses sous-sols un immense trésor attisant les convoitises de tous les compétiteurs, y compris des Européens. « La Chine, l’Europe et les États-Unis sont en compétition pour les mêmes ressources du Groenland. Parce que si effectivement le Groenland est stratégique pour les États-Unis, pour la défense, la tech, l'intelligence artificielle, c'est pareil pour nous. Que ce soit sur le molybdène, que ce soit sur les terres rares, que ce soit potentiellement pour l'uranium à long terme, que ce soit même pour du sable, on a les mêmes enjeux de compétition. Le deuxième élément important, c'est la question de l'architecture de sécurité transatlantique. Le Groenland fait partie de l'Otan parce que c'est encore un territoire d'outre-mer du Danemark. Et donc le sujet qu'il y a ici au Groenland, c'est que si effectivement les Américains débarquent au Groenland avec leurs gros sabots, est-ce que ça fera exploser l'Otan ? A priori, on peut dire que la réponse est potentiellement oui ». L’Otan en ébullition Les États-Unis vont-ils faire du Groenland une île forteresse, au nez et à la barbe des Danois, quitte à déstabiliser l'architecture de sécurité ? La réaction des Européens, pointe Mikaa Blugeon-Mered, n'a en tout cas pas tardé : « Ce qui est intéressant d'observer depuis le matin du lundi 5 janvier, ça a été la réaction coordonnée au plus haut niveau par rapport aux déclarations de Donald Trump post affaire Maduro au Venezuela, de dire, voilà, tous les pays nordiques par la voix de leur Premier ministre et les pays de la Baltique également, ce qu'on appelle le NB8, le Nordic Baltic 8. Ils ont tous réagi de manière concertée et de manière coordonnée pour dire que s'il se passe quelque chose, on ne va pas laisser le Groenland tomber. Ces huit États voient très bien ce qui pourrait se passer si Donald Trump prenait le Groenland par la force. Vladimir Poutine pourrait se dire que c'est le blanc-seing pour faire exactement la même chose, pas juste en Ukraine, mais notamment sur les États baltes. Et ça, c'est ce qui a provoqué a priori cette réponse concertée, avec encore une fois un haut degré de coordination sur le volet défense, on va défendre le Groenland si les Américains viennent ! Et ça, c'est une rupture stratégique absolument fondamentale, mais qui se joue sous les radars ». La décision américaine de faire main basse sur le Groenland interviendra dans quelques jours, à la fin du mois de janvier, a précisé Donald Trump. À lire aussiPourquoi Donald Trump s'intéresse au Groenland
En Ukraine, malgré la transparence du champ de bataille et la guerre de position, les chars de combat demeurent la pierre angulaire des combats de haute intensité. Mais désormais de nouveaux rôles sont assignés aux blindés indique une étude menée par Léo Péria-Peigné, chercheur à l’Ifri. Les chiffres sont vertigineux et rappellent que le char de combat demeure un matériel hautement consommable. Depuis le début de l’invasion, l’armée russe en a perdu plus de 4 000, elle a même été contrainte pour étoffer ses rangs, de remettre en route d’antiques T-62. En 2025, les pertes se réduisent, pointe Léo Péria-Peigné, tout simplement car sur le front, les chars se font discrets, « On les voit moins. Tout simplement parce que vous avez à faire, au tout début de la guerre, à deux armées pour lesquelles le char était vraiment le pion de base. Ils en avaient énormément, ils l'utilisaient énormément. Ils apparaissent moins aujourd'hui, car le nombre de chars a effectivement été réduit par des pertes qui sont importantes et une industrie qui n'arrive pas à suivre. Néanmoins, il serait faux de penser qu'on ne les voit plus. Ils ont toujours une utilité. On en a par exemple beaucoup vu à Koursk. Quand le champ de bataille change et qu'on passe d'une guerre de position qui est très défavorable aux chars à cause des drones, à une guerre de mouvement où là le char redevient indispensable ». Les chars comme transport de troupes En 2025, si la moitié des chars détruits l’a été par des drones, la machine n’est pas pour autant devenue obsolète, ses missions en revanche ont évolué et plusieurs tendances se dégagent : « L'usage du char pour une mission d'abord antichar, il est extrêmement limité. Il est extrêmement rare. Les rencontres chars contre chars sont en fait très rares. Et de ce que disent les Ukrainiens eux-mêmes, ils disposent maintenant de bien suffisamment d'autres armes pour les détruire. Ce qui fait qu'ils n'ont pas besoin d'un outil aussi spécialisé qu'un char spécialisé en antichar. Le char va être utilisé pour d'autres choses. Il va être utilisé pour des assauts. Il va être utilisé pour des missions de tir indirect, comme une sorte de palliatif à l'artillerie. Il va être utilisé aussi pour beaucoup de missions comme du déminage, du dépannage et aussi du transport, plutôt du côté russe pour le coup, avec une transformation des chars qui parfois n'ont plus de tourelle, ou un canon qui est inopérant, en transport de troupes surblindé. Les fameux chars tortue qui ont un air qui peut paraître un petit peu ridicule au premier abord, mais le fait qu'on en voit depuis maintenant plus d'un an et que leurs apparitions se multiplient montrent qu'ils ont une pertinence sur le champ de bataille, ils ont une utilité. Les Ukrainiens eux même disant que ces véhicules sont tellement durs à détruire, qu’il faut 50 ou 60 drones et donc le temps de déployer 50 ou 60 drones pour les immobiliser, ça leur donne une vraie utilité en transport de troupes ». La Russie ne retrouvera jamais le niveau de stocks de chars de la guerre froide Très résilient, le char de bataille est aussi une plateforme très adaptable, doté d’une grande mobilité et d’une importante puissance de feu, mais il est disponible en faible quantité. Les stocks colossaux de l’ex-Union soviétique appartiennent au passé, souligne Léo Péria-Peigné, « Il y a une chose qu'il faut vraiment avoir en tête, c'est que la Russie ne retournera jamais au niveau de stock qu'elle avait avant la guerre. Elle a vraiment consommé dans la guerre en Ukraine son pain blanc, qui étaient les stocks soviétiques et qui étaient énormes. Aujourd'hui, on estime qu'elle produit entre 150 et 250 chars vraiment neufs par an. C'est très important. C'est bien plus que ce qu'on produit en Europe. Néanmoins, ça rend difficile de reconstituer des stocks. On voit aussi qu'il y a une idée de relance de la production de chars plus anciens, comme le T-80, alors qu'aujourd'hui, il n'y a que le T-90 dans sa dernière version qui est produit. Mais à côté de ça, des programmes plus futuristes, plus ambitieux comme le T-14 Armata qui avait été présenté en 2015, ont l'air d'avoir été purement et simplement suspendus pour une durée indéterminée, en expliquant qu'ils sont trop chers, trop complexes pour être produits en masse. Or, la Russie garde un besoin de masse, elle a fait son choix dans l'arbitrage entre quantité et qualité. Ce qui fait que ces réflexions-là, elles doivent aussi nous interroger sur notre propre rapport à l'innovation et au changement de génération dans nos plateformes ». Alors qu’il était en déclin depuis la fin de la guerre froide, on assiste à un regain d’investissement dans ce segment en Europe. Le char de combat, solidement taillé pour la guerre de haute intensité, est aussi l’apanage des grandes puissances militaires, c’est bien simple : toutes les armées en veulent résume Léo Péria-Peigné. À lire aussiL’importante attrition des chars de combat ukrainiens
Dès le lancement de son « opération militaire spéciale » (SVO) contre l’Ukraine, le 24 février 2022, le Kremlin, qui dispose de l’un des plus vastes arsenaux nucléaires au monde, a adopté des mesures de dissuasion agressives et une rhétorique résolument menaçante. Décryptage d’un possible emploi de l’arme nucléaire par Moscou, avec Dimitri Minic, chercheur à l’Institut français des Relations internationales (Ifri). [Rediffusion] RFI : Dès les premiers jours de la guerre, Moscou adopte une rhétorique nucléaire agressive. Quelle est sa stratégie ? Dimitri Minic : Le 24 février 2022, sa stratégie, c'est de prendre Kiev en quelques heures et au pire quelques jours, et de soumettre politiquement l'Ukraine. Quand Vladimir Poutine fait son discours sur l'opération militaire spéciale le 24 février, qui annonce son déclenchement, il fait une allusion à un emploi possible de l'arme nucléaire, face à ceux qui voudraient s'impliquer directement dans ce conflit pour aider l'Ukraine. Ce qui, au fond, a permis à la Russie d'éviter effectivement une escalade de la guerre locale en guerre régionale, impliquant d'autres pays, d'autres puissances, mais qui n'a pas suffi non seulement à dissuader effectivement l'Ukraine de résister, mais surtout qui n'a pas permis d'éviter le début d'un flux d'aide militaire à l'Ukraine. Et par ailleurs, ces menaces nucléaires russes n'ont pas permis d'empêcher l'instauration de sanctions économiques très importantes de l'Occident contre la Russie. Donc, c'est un succès relatif de la stratégie nucléaire russe, mais qui, en réalité, ne permet pas à la Russie d'isoler l'Ukraine de l'Occident, ce qui était son principal objectif. Mais il y a quand même une véritable inquiétude qui plane en Occident, puisque le nucléaire tactique fait partie de l'arsenal russe. Le nucléaire a été étendu à la guerre conventionnelle, en quelque sorte ? Oui, absolument. En fait, à la chute de l'Union soviétique, les élites militaires russes héritent d'une doctrine de non-emploi en premier. Et progressivement, elles se rendent compte que la théorie de la dissuasion et ses mécanismes étaient peu développés par rapport à ce qui existait en Occident. Dans les années 90, vous avez une grande période d'élaboration conceptuelle, de théorisation qui conduit l'armée russe, au plan théorique et doctrinal, à effectivement étendre la dissuasion nucléaire aux guerres conventionnelles de toute ampleur, locales, régionales et à grande échelle. Il y a un emploi possible de l'arme nucléaire, un emploi démonstratif, limité, censé mettre fin aux combats dans des conditions favorables à la Russie. On aurait pu se dire, puisque l'opération militaire spéciale est un échec pour la Russie, il est possible que ces concepts soient appliqués. Mais en réalité, cette doctrine exigerait des conditions qui ne sont pas du tout réunies dans la guerre en Ukraine. Pour que Moscou prenne des mesures de dissuasion nucléaire très claires, il faudrait par exemple un transfert des têtes nucléaires depuis les entrepôts centraux vers les unités, vers les bases. Un transfert démonstratif médiatisé qui montrerait que la Russie commence à penser sérieusement à employer l'arme nucléaire ou un essai nucléaire réel, ou d'autres types de mesures qui montreraient qu'elle a vraiment la volonté de le faire. Mais il faudrait qu'elle se trouve dans des conditions extrêmement graves. Il faudrait qu'elle soit en passe de perdre de manière irrémédiable face à un ennemi conventionnel, aidé par des États d'ailleurs dotés de l'arme nucléaire, qui non seulement aient envie de conquérir des territoires russes ou bien aient envie de changer le régime russe. À lire aussiRussie: Vladimir Poutine annonce une révision de la doctrine nucléaire et menace les Occidentaux On le voit au début de la guerre, les Américains vont sonder les Russes afin de savoir dans quelles conditions ils pourraient utiliser l'arme nucléaire. Absolument. Et à l'époque, Valeri Guerassimov répond qu'il y a trois conditions : l'utilisation d'armes de destruction massive contre la Russie, une volonté, une tentative de changer le régime, une déstabilisation profonde du régime provoqué par un État étranger. Et la troisième condition serait des pertes catastrophiques sur le champ de bataille. Et c'est intéressant parce que, à l'époque, à l'automne 2022, la Russie subit des pertes et surtout des revers militaires importants en Ukraine, dans le Donbass. Valeri Guerassimov, à ce moment-là, en évoquant ces trois conditions, abuse de son interlocuteur parce qu'il est évident que la Russie aurait pu compenser ses pertes assez rapidement et qu'elle a de telles réserves matérielles et humaines qu'il est très peu probable qu'elle recourt au nucléaire dans ce type de conditions loin d'être inacceptable ou en tout cas catastrophique pour elle. Vous identifiez trois failles théoriques et pratiques révélées par cette guerre en Ukraine de la doctrine nucléaire russe. Et l'une d'elles, c'est la limite de la dissuasion stratégique conventionnelle, avec les fameux missiles Kalibr, Kinjal, dont l’usage n’a pas produit l’effet escompté… Non, non, ça n'a pas fonctionné. Effectivement, la Russie débute la guerre en Ukraine avec une conception de la dissuasion qui est une conception très agressive, offensive, mais surtout inter-domaines. C'est à dire que la Russie ne conçoit pas la dissuasion comme quelque chose d'exclusivement nucléaire. La dissuasion russe concerne à la fois les domaines non militaires et subversifs, le domaine conventionnel, donc les forces conventionnelles et les armes conventionnelles et les forces nucléaires. Donc, la Russie n'a pas une vision exclusivement défensive de la dissuasion. Car, pour le dire rapidement, la Russie ne conçoit sa sécurité qu'à travers l’insécurité de ses voisins. Donc, cette situation stratégique échoue effectivement à trois niveaux. C’est d’abord l’échec du concept de contournement, pour permettre à l'État russe de gagner une guerre avant la guerre. En fait, il n'était pas question de déclencher une guerre à grande échelle, de longue durée et très meurtrière, mais plutôt de soumettre l'ennemi sans combat, ou en tout cas sans combat de grande ampleur. C'est aussi un échec des moyens et des méthodes psychologiques ou informationnelles, comme disent les Russes, puisqu'ils pensaient les Ukrainiens et les élites ukrainiennes complètement soumises, rendues apathiques par la Russie et ses manœuvres. Ça n'a pas été le cas. Ils pensaient que les Occidentaux avaient été anesthésiés par cette pratique psychologique ou informationnelle, qui vise non seulement à modifier la psyché des individus et des sociétés, mais en fait à transformer les individus et la société. Et donc surtout, ce que j'observe dans cette étude, c'est que la phase conventionnelle, a subi un échec important. Pourquoi : parce que les élites militaires russes et les élites politiques russes ont surestimé pendant 35 ans l'efficacité de ces moyens conventionnels. Parmi ces moyens conventionnels, effectivement, on a d'abord les forces générales, les exercices, les déploiements de forces aux frontières. Bon, ça n'a pas produit l'effet désiré. Ça n'a pas forcé l'Ukraine à capituler. Mais surtout, les armes modernes duales, donc, qui peuvent être à la fois équipées soit d'une tête nucléaire, soit d'une tête conventionnelle. Ces armes, le Kinjal, le Kalibr, l’Iskander, ont été utilisées sur le champ de bataille. On se rappelle le Kinjal, une arme hypersonique utilisée à un moment qui était censé être décisif pour la Russie, puisque c'était le moment des premières négociations entre l'Ukraine et la Russie en mars 2022, au moment où les Ukrainiens sont très réticents à accepter un accord très favorable à la Russie. Et la Russie emploie dans l'intervalle, au moment de ces discussions ultimes, le Kinjal sur le champ de bataille. C’était sa première utilisation opérationnelle, puis un deuxième deux jours plus tard, avant de se retirer du nord et de l'est de l'Ukraine. L'utilisation de ces missiles conventionnels confirmait en fait des vulnérabilités qui étaient identifiées par les militaires russes depuis les années 90 ! Il faut bien comprendre que la défense antimissile présente en Ukraine, d'origine occidentale notamment, a été efficace et a plutôt montré la surestimation que les élites militaires, russes et politiques russes avaient de l'efficacité de l'emploi de ces missiles contre des cibles stratégiques comme des bases aériennes, etc. Non seulement en termes d'ampleur, de nombre indispensable pour détruire une cible stratégique, mais en plus la vulnérabilité des vecteurs. On voit bien que la Russie a fait face à un ISR, c'est à dire un renseignement occidental qui a été puissant et efficace. Cette double vulnérabilité, à la fois la difficulté à détruire des cibles stratégiques avec ces missiles modernes et en même temps la difficulté à protéger leur plateforme de lancement, ça tend à remettre en question, même partiellement, cette stratégie de frappes nucléaires limitées dont je parlais tout à l'heure, avec un missile unique. Donc, on voit bien que d'un point de vue technique, c'est un affaiblissement. Et les excès rhétoriques de Dmitri Medvedev (vice-président du Conseil de Sécurité de Russie au discours violemment anti-occidental, NDLR), de Ramzan Kadyrov (président de la République de Tchétchénie, un proche de Vladimir Poutine, NDLR) également, ont abîmé la dissuasion nucléaire russe ? À force de crier au loup et à menacer d'hiver nucléaire, l'Occident, ça ne prend plus ? Absolument. Parce que la Russie, dès qu'elle entre dans le conflit, produit une rhétorique nucléaire extrêmement agressive, mais dans les faits, les mesures qu'elle prend concrètement pour accompagner cette rhétorique nucléaire sont très modérées. Donc, vous avez un décalage très fort entre ce que la Russie dit, et ce que la Russie fait vraiment. Ça n'est pas une nouveauté en Russie. Sur quoi s'appuie cette pratique, ce décalage ? Il est dû à une culture stratégiqu
C’est un aspect du conflit ukrainien encore peu documenté. Les soldats russes, depuis bientôt quatre ans de guerre, ont multiplié les graffitis sur les murs des zones occupées. Wall Evidence, un collectif basé à Kiev, répertorie et classe les photos de ces graffitis, comme des pièces à conviction. [Rediffusion] À ce jour, le collectif Wall Evidence a compilé près de 800 graffitis. Paul Dza, photographe à l’agence Sipa, participe à ce projet initié dès les premiers jours de la guerre, juste après les massacres de Boutcha. « Au milieu des débris, au milieu des appartements pillés et saccagés, on retrouve des messages, détaille-t-il. Ça peut être des messages qui sont adressés à la population ukrainienne. On retrouve par exemple, dans des appartements où les habitants ont été assassinés, des messages ironiques s'excusant pour le vacarme, s'excusant pour les dégâts qui ont été laissés. On retrouve des messages, par exemple, qui disent que l'Ukraine n'est pas un vrai pays. Il y a [aussi] des supermarchés dont les noms ukrainiens ont été barrés pour être remplacés par des noms russes. » Des graffitis comme outil de revendication Des graffitis omniprésents du Donbass au nord, à la région de Kherson au sud. « On imagine les soldats russes laisser des graffitis, poursuit Paul Dza. Pas dans un moment où l'assaut est en cours. Pas dans un moment où les combats font rage. C'est dans des moments d'entre-deux, des moments de latence, des moments d'attente, d'ennui. On les imagine en train de faire des graffitis en se disant "bon, il faut que je puisse dire à mes proches, à mon village, à ma région, que ce grand projet d'invasion de l'Ukraine, il faut que je le revendique". Donc, ils vont mettre la date, ils vont mettre la région d'où ils viennent. Et très souvent, ils sont pris en photo par les soldats russes et partagés sur des réseaux sociaux comme Telegram ». Un intérêt juridique et militaire Ces documents, accessibles aux chercheurs, éclairent sur le positionnement des unités russes et la temporalité du conflit. Grand reportageEst de l’Ukraine, lâcher du terrain ou combattre jusqu’au bout ? Et ceux retrouvés dans des lieux de tortures viennent aussi nourrir les dossiers des procureurs. Mais les graffitis russes, souligne Paul Dza, ont aussi un intérêt militaire : « Une unité qui va laisser beaucoup de graffitis - avec des noms, avec des pseudos, avec les villes d'origine - ce sont des informations tactiques qui sont utiles pour les soldats ukrainiens, qui vont en déduire que c'est une unité peu spécialisée, qui laisse beaucoup de traces, qui n'est pas discrète dans son avancée. » « À l'inverse, continue le photographe, des soldats qui vont laisser de l'humour, des graffitis qui prennent énormément de temps à être faits comme des poèmes, des extraits de romans entiers qu'on peut retrouver parfois sur certains murs de zones occupées, les soldats ukrainiens peuvent en déduire qu'ils ont face à eux des soldats russes très confiants, sûrement expérimentés, et qui prennent le temps de laisser des graffitis élaborés sans pour autant donner d'informations tactiques. » Une plongée dans la tête des soldats russes Tag, signatures, les soldats russes laissent également sur les murs de nombreux dessins, indique Paul Dza : « Des dessins font des références à la Grande Guerre patriotique, et certains mettent en parallèle l'invasion de l'Ukraine avec la Seconde Guerre mondiale. On retrouve des étoiles rouges, on retrouve des faucilles et marteaux. On retrouve parfois des dessins avec des références à la culture pop, avec des références à des mangas. On peut retrouver des représentations plus élaborées comme des dessins de soldats représentés à échelle humaine. On retrouve par exemple des espèces d'envolées lyriques ou les soldats russes s'inspirent ou modifient les paroles d'une chanson, modifient le texte d'un poème qui parle de la mort, qui parle de la fin qui approche, mais que le but, le grand combat dans lequel ils sont lancés, continuera malgré leur perte. » Information brute, les graffitis offrent une plongée dans la tête des soldats russes, véritables reflets de la dynamique d’une armée d’occupation.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré jeudi que les États-Unis continuaient de demander d'importantes concessions de la part de son pays dans les négociations pour mettre fin à la guerre avec la Russie, dont le retrait de ses troupes du Donbass. Or, c'est dans la région de Donetsk, où se déroulent l'essentiel des combats, que la défense ukrainienne repose sur la ceinture fortifiée. Un dispositif militaire sans équivalent. De Sloviansk, au nord, à Prokovsk, au sud, sur une centaine de kilomètres s'étend la ceinture fortifiée de l'oblast de Donetsk. Ce n'est ni une ligne Maginot, ni un mur de l'Atlantique fait de béton et d'acier. La ceinture fortifiée est avant tout une « kill zone ». Une ligne de front parfaitement transparente, sur dix kilomètres de profondeur, décrit Dmytro Kushnir, caporal au sein de la Rubizh Brigade de la garde nationale ukrainienne. Une ceinture déployée à Pokrovsk : « Pour faire un assaut, pour avancer, il faut traverser cette zone, détaille le militaire. Tout ce qui s'y trouve risque d'être attaqué et abattu. Vous avez des drones de surveillance qui sont tout le temps en l'air, tout le temps. Dans les postes de commandement, vous avez des streams en ligne, donc les commandants voient en temps réel ce qui se passe sur toute la zone de leur responsabilité. Ils voient tout. Tout ce qui bouge est ciblé. Dès qu'il y a un char qui sort son nez, tous les pilotes de drones disent: "Je le prends ! Je le prends !" C'est une espèce d'émulation qui se met en route. Les mecs, ils se bousculent pour abattre le char en question. » Le crépuscule des drones Il y a des drones équipés de caméras pour le jour, d'autres pour la nuit. Le seul moment où les infiltrations sont donc possibles dans la kill zone, c’est dans l’entre deux, entre « chien et loup ». « Les crépuscules, c'est la période où on change les drones, et c'est le moment qu'on utilise souvent pour passer, notamment les Russes, poursuit Dmytro Kushnir. Ensuite, les conditions météorologiques peuvent jouer aussi leur rôle, par exemple le brouillard. Il y a eu une période d'une dizaine de jours, deux semaines sur notre zone de responsabilité à Pokrovsk, avec des brouillards extrêmement épais, ce qui a permis aux Russes d'avancer d'ailleurs, parce que le drone dans le brouillard, il ne voit pas. La pluie aussi, ça n'aide pas. Des vents forts, ça n'aide pas. Les drones sont omniprésents, oui, mais il y a quand même des limites parfois à leur utilisation. » La « kill zone », un jeu vidéo meurtrier Au sein de la brigade d’intervention rapide d’infanterie Rubizh, il y a un bataillon de dronistes, armés de FPV, pour First personnal viewer, des drones kamikazes pilotés avec des masques. Ces dronistes sont la pierre angulaire de la ceinture fortifiée et ce sont tous des geeks, sourit Dmytro Kushnir. « Les meilleurs dronistes en Ukraine, ce sont des jeunes qui sont toujours des fans de jeux vidéo. D'ailleurs, j'ai des amis comme ça. J'ai un très bon ami qui était fan de jeux vidéo, aujourd'hui il est au front, il est droniste et il adore ça. C'est une sorte de jeu aussi, mais c'est un jeu meurtrier. Et, aujourd'hui, les gens qui maîtrisent le mieux les drones étaient tous très bons en jeux vidéo. » La transparence de la « kill zone » contraint les forces qui la défendent à être ravitaillées par drones également Des quadricoptères bombardiers sont utilisés pour la logistique, lestés de sacs de dix kilos, mais encore faut-il échapper aux brouillages électromagnétiques, insiste le caporal Kushnir : « Il y a toute une variété de systèmes de guerre électronique qui ont été développés. Les systèmes personnels, mais aussi des systèmes qui peuvent occuper toute une zone sur la ligne de front. De gros systèmes. La question, ce sont les fréquences. Il faut connaître les bonnes. Et après vous avez des drones, par contre à fibre optique, qui prennent de plus en plus de place dans le combat. Ces drones sont vraiment dangereux parce que justement ils n'ont pas peur du brouillage. Ils sont très bons contre les cibles statiques, par exemple, comme des bâtiments. Par contre, ils ne sont pas assez efficaces contre les cibles mobiles. » Avant d'être soldat, Dmytro Kushnir était, dès 2014, secouriste auprès des forces ukrainiennes. Il a donc connu la guerre, sans, puis désormais avec les drones. Des drones dont l'omniprésence limite les combats rapprochés, et constituent l'armature de la ceinture fortifiée de l'oblast de Donetsk. À lire aussiFortifications sur 2 000 kilomètres, drones, l'Ukraine se prépare à une guerre longue
Alors que l’Europe pointe les risques d’un affrontement avec Moscou d’ici la fin de la décennie, une étude de l’Institut français des relations internationales analyse les capacités militaires de l’Ouest et de l’Est. Décryptage. Comme à l’époque de la guerre froide, l’Ifri s’interroge en Europe et en Russie combien de divisions ? Et surtout qui a l’avantage ? Dans les airs et sur les mers, pas de doute possible, pointe Elie Tenenbaum, auteur de la note, l’Europe surclasse Moscou. « On a regardé dans notre rapport les capacités d'entraînement, de pouvoir mener des opérations complexes à large échelle. Et de ce point de vue-là, clairement, les Européens ont aujourd'hui un avantage dans le domaine aérien et dans le domaine maritime, qui est sans conteste face à la Russie. Encore faut-il être en mesure d'exploiter ces avantages avec suffisamment de munitions avec le personnel qui convient. Aujourd'hui, c'est le cas, mais il y a une tension sur les pilotes et surtout en adoptant une stratégie qui vise à mettre en avant ces forces. Par exemple, la supériorité maritime aujourd'hui des Européens, elle n'est pas fondamentalement exploitée. Quand on voit la Russie qui, en exploitant sa flotte fantôme de navires qui exportent le pétrole, finalement passe au nez et à la barbe des marines de guerre européennes qui, au nom du droit international, les laissent passer… Donc on n'est pas forcément aujourd'hui dans des stratégies générales qui mettent en avant l'exploitation de ces avantages ». Des trous capacitaires côté européen Si les armées européennes bénéficient d’une supériorité technologique, elles pâtissent en revanche de trous capacitaires et d’une puissance de feu limitée, insiste le directeur de recherche de l’Ifri. « Il y a une certaine faiblesse dans le domaine de la puissance de feu, tous domaines confondus, sur le plan terrestre des frappes longue portée, sur la dimension aérienne et la quantité de munitions. On parle de missiles air-air ou de munitions air-sol qui pourraient exploiter une éventuelle supériorité aérienne. Et même dans le domaine naval, avec un nombre de cellules de lancement par navire de surface par exemple, qui est inférieur à ce qu'on peut trouver ailleurs dans le monde. Donc, on pourrait avoir un renforcement du côté de la puissance de feu ». « L'autre grand axe, c'est tout ce qu'on appelle les "enablers" en anglais (facilitateurs), c'est-à-dire des capacités habilitantes qui donnent une forme de cohérence à l'ensemble, poursuit Elie Tenenbaum. Les Européens ont à peu près tout ce qu'il faut du côté des capacités de combat en ligne, sur le front, nombre d'avions de combat, nombre de véhicules. En revanche, certaines capacités de commandement et de contrôle, de renseignement dans la profondeur, qui donnent finalement la cohérence et la puissance à ces armées modernes qui dépendent très largement de la boucle entre les capteurs et les effecteurs, jusqu'à présent, ont toujours été assurées par les Américains. Alors, il y a un certain nombre de scénarios dans lesquels les Américains continueraient à fournir cette boucle. En revanche, si on part, comme on a essayé de le faire un petit peu sur des hypothèses plutôt moins disantes côté américain, là on voit bien que ça pèche du côté européen ». À lire aussiL'Europe peut-elle devenir un géant de l'industrie de défense? La Russie possède un point fort : la masse de son armée Vladimir Poutine porte l’ambition d’un modèle d’armée fort d’un million cinq cent mille hommes, soit deux fois plus de soldats qu’en Europe. « Il y a une masse légèrement favorable à la Russie, même si les périmètres sont difficiles à calculer en fonction des réserves des uns et des autres. Ça va s'accroître si Vladimir Poutine arrive à mettre en œuvre son modèle de force à 1 500 000 hommes. Mais c'est notamment frappant dans le domaine des forces terrestres où effectivement la Russie a un léger avantage sur le papier. Mais cet avantage tend un petit peu à se renforcer quand vous regardez la capacité à puiser dans cette ressource en effectifs. Parce que finalement, la Russie étant un pays unifié, elle peut mobiliser une grande partie de sa force de combat, là où les Européens étant évidemment répartis en une petite trentaine de pays, si on considère les pays européens membres de l'Otan et parmi eux, on sait bien qu'un certain nombre n'engageraient pas forcément leurs forces. Vous avez un effet un petit peu armée mexicaine, et donc à la fin, c'est sans doute moins de 700 000 combattants des forces terrestres en Europe qui pourraient être mobilisés. » Cohésion et volonté, piliers de la dissuasion militaire Pour être dissuasive, souligne Elie Tenenbaum, l’Europe devra faire preuve d’une unité sans faille, la moindre défection dans ses rangs fragiliserait son architecture de défense. « L'Europe, collectivement, a les moyens économiques, le savoir-faire militaire et les compétences industrielles et technologiques pour faire face à la Russie. À la condition d'en avoir la volonté et de faire preuve de la cohésion nécessaire. Et donc la cohésion avec la volonté sont aujourd'hui peut-être les deux facteurs déterminants. Si tous les Européens se serrent les coudes, y compris avec l'Ukraine, la Russie est dissuadée à ce stade parce que collectivement, ils représentent une masse suffisamment imposante pour décourager. En revanche, si on a une division, vous vous retrouvez avec un système qui est moins cohérent sur le plan de la mobilité militaire. Il suffit d'imaginer un pays rotule comme l'Allemagne, qui décide de ne plus laisser passer les convois d'approvisionnement qui basculent de l'ouest à l'est de l'Europe. On voit bien que les choses deviendraient très vite très compliquées. Donc cette cohésion, elle est, et on le sait depuis longtemps, le centre de gravité de l'Alliance atlantique et de la défense de l'Europe ». Seul point d’équilibre : les crédits militaires. L’Europe consacrant à sa défense 400 milliards d’euros par an, et Moscou 150 milliards d’euros. Mais à parité de pouvoir d’achat, les budgets russes et européens sont presque équivalents. À lire aussiL’Union européenne présente sa feuille de route pour une défense indépendante d’ici à 2030
Parallèlement aux négociations de paix en Ukraine, une réunion de la Coalition des volontaires s’est tenue mardi 25 novembre. Cette dernière réunie une trentaine de pays souhaitant apporter à l'Ukraine des garanties de sécurité dans l'hypothèse d'un cessez-le-feu. Cet engagement pourrait devenir la clé de voûte d’un futur accord de paix. À l’issue de la réunion de la Coalition des volontaires, le président Emmanuel Macron a indiqué qu’un travail allait être engagé avec les États-Unis et l’Otan pour le suivi du respect d’un éventuel futur cessez-le-feu. Il y aura deux axes d’effort, dit le président français : veiller en premier lieu à ce que les effectifs de l’armée ukrainienne ne soient pas limités, et que la Coalition des volontaires de son côté s’engage à déployer des forces de réassurance. Un plan de paix remanié et expurgé par les européens Le plan de paix de Washington remanié et expurgé par les européens, laisse la porte ouverte à cette initiative, puisque nulle part dans le document, précise le diplomate Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques, n'est dit qu'un déploiement militaire d’appui serait interdit. Mais pas directement en Ukraine, c’est une ligne rouge pour Moscou : « Dans les propositions européennes de modification du plan Trump, il y a l'idée que la Coalition des volontaires ne serait pas sur le territoire ukrainien en temps de paix. Donc ça veut dire qu'ils se réservent de rentrer en cas de violation d'un accord éventuel. C'est un point important, évidemment, puisque dans le plan américain, il est pris en compte que les Russes refusent toute présence permanente de membres de l'Otan sur le territoire ukrainien. C'est donc une façon d'accommoder en quelque sorte ce qui est une condition sine qua none pour les Russes. Mais il est réservé la possibilité d'entrer sur le territoire ukrainien en cas de violation de l'accord. » À lire aussiGuerre en Ukraine: Marco Rubio et Steve Witkoff reçoivent une délégation ukrainienne aux États-Unis Une Coalition des volontaires qui commence à peser La Coalition des volontaires, née en mars dernier après la désastreuse rencontre dans le bureau ovale entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky ne réunissait initialement que quelques pays, à l’instar de la Grande-Bretagne et de la France. Très peu de volontaires au départ, mais désormais cette coalition réunie près d’une trentaine de nation et commence à peser pointe Jean de Gliniasty, « On peut espérer que 26 États participeront à un système de garantie de sécurité à l'Ukraine, qui impliquera des troupes à la frontière, éventuellement des mesures navales ou aériennes. Dans le plan Trump, qui est repris par le plan européen, il y a un stationnement d'avions de guerre en Pologne. On voit très bien s'articuler un système sans présence permanente de troupes de l'Otan, un système relativement protecteur pour l'Ukraine. Si l'accord est signé en l'état, contrairement à ce qu'on dit, ce n'est pas une capitulation de l'Ukraine ou une victoire pour la Russie. La Russie perd complètement l'Ukraine, qui est intégrée au système occidental via notamment l'Union européenne, mais elle gagne 20% du territoire. Il y a une espèce de partage, en quelque sorte, des pertes des deux côtés. Si chacune des deux parties peut clamer victoire, il n'est pas exclu que cet accord puisse tenir. Et donc à ce moment-là, les garanties qui sont élaborées deviennent suffisantes. » Un groupe de travail piloté par la France, la Grande-Bretagne et associant étroitement la Turquie, qui sur le plan maritime joue un rôle clé, a vu le jour cette semaine. Pour la première fois avec l’implication américaine pour bâtir les forces de réassurances censées consolider l’armée ukrainienne. À lire aussiUkraine: les Européens ne veulent pas d'un plan américain aux allures de «capitulation»
Volodymyr Zelensky a signé lundi 17 novembre, avec Emmanuel Macron à Paris une « déclaration d'intention » qu'il a qualifié d'« historique » en vue de l'achat futur de systèmes de défense aérienne et de cent avions de combat français Rafale. Si Kiev a sélectionné cet appareil, c'est qu'il a subi l'épreuve du feu avec succès mais aussi qu'il est un véritable couteau suisse du ciel. Les pilotes disent du Rafale qu'il est « Combat proven », comprenez.: l'avion a connu l'engagement opérationnel. L'avion a connu l'épreuve du feu que ce soit en Afghanistan, en Libye ou en Syrie. Le Rafale est un chasseur omni-rôle, au cours d'un même vol, précise Jean Marc Tanguy, du journal spécialisé Air et Cosmos, l'appareil est taillé pour mener différents types de missions. « Il est capable de faire à la fois des missions air-air, c'est-à-dire de combattre d'autres aéronefs. Russes, en l'occurrence, si on se place dans le contexte ukrainien, il peut aussi abattre des drones de toutes sortes et de tailles. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui au dessus du territoire ukrainien, il y a aussi des missiles qui sont beaucoup plus complexes, des missiles de croisière par exemple, et bien les missiles du Rafale peuvent abattre ces missiles de croisière qui sont envoyés par les bombardiers russes. Mais il peut également faire des missions de reconnaissance. Il ne faut pas oublier aussi que le Rafale peut larguer des missiles de croisière Scalp G, qui sont très efficaces ». À lire aussiCent Rafale pour Kiev: Paris se positionne comme un fournisseur à long terme de l'Ukraine L'Ukraine veut des Rafale et des Gripen Outre le Rafale, l'Ukraine a récemment signé une lettre d'intention pour acquérir auprès de la Suède une centaine de Gripen, un mono-réacteur léger complémentaire du chasseur français. Et si ces deux contrats voient le jour, Kiev disposera alors d'une redoutable force aérienne: « En ayant deux fournisseurs différents de chasseurs. l'Ukraine se garantit en quelque sorte une forme de réactivité. Mais surtout, si jamais elle avait un problème structurel sur un de ces deux chasseurs par exemple, le Gripen a déjà connu des petits soucis, ils auront toujours une deuxième source. En ayant un petit chasseur très polyvalent et en ayant un chasseur bien plus complet, beaucoup plus polyvalent, beaucoup plus éprouvé au combat, l'Ukraine aura deux sources complémentaires ». Un défi industriel Mais pour Dassault Aviation, fournir à Kiev jusqu'à 100 Rafale sera un véritable défi industriel. Dassault ne fabrique que 25 appareils par an et doit d'abord honorer les contrats grecs, émiriens, indiens et ceux de l'Armée de l'Air française. Pour accélérer les cadences, la production sous licence du Rafale par un partenaire n'est donc pas à exclure, pointe Jean-Marc Tanguy. « Il va falloir prioriser un certain nombre de choses. Il va falloir mobiliser la supply chain, il y a en gros 400 partenaires majeurs qui sont un petit peu disséminés sur le territoire national. Donc il y a d'énormes défis logistiques pour faire converger toutes les pièces vers le site d'assemblage unique du Rafale. Le site de production, c'est Mérignac, c'est une usine historique de Dassault. Par contre, l'outil industriel français tel qu'il est aujourd'hui configuré, risque d'être asphyxié. Donc Dassault peut décider d'augmenter ses propres capacités en France, mais il peut également décider de travailler avec des partenaires qui ont une capacité à le faire. Et c'est vrai qu'en Inde, car c'est une nation industrielle, pourrait produire assez rapidement du Rafale ». Si le contrat se concrétise, Dassault pourrait s'enorgueillir de protéger le ciel ukrainien. Le Rafale deviendrait l'avion de la liberté. De très bon augure pour l'industrie tricolore. Car ce contrat majeur serait en mesure de consolider sa position, notamment dans le très délicat projet d'avions du futur européen. À lire aussiLe chasseur «Rafale», cœur battant de Dassault aviation
En Roumanie, l'Otan a montré sa solidarité stratégique face à la Russie. L'exercice « Dacian Fall » commencé le 20 octobre 2025 s'est achevé ce 13 novembre. Et c'est une première, une brigade multinationale sous commandement français a multiplié les manœuvres à grande échelle pour valider la capacité de l'armée française et de ses alliés à se déployer vite en cas de crise. Pour Lignes de défense, Franck Alexandre était en Roumanie, où dans la boue des Carpates, il a observé les soldats de l'Otan s'entraîner, comme en Ukraine, aux combats de tranchées. Exercices d'attaque et de défense. C'est à tour de rôle pour les 3 000 soldats déployés dans les montagnes du nord de la Roumanie. Dix nations sous commandement français pour un exercice de très grande ampleur, non loin de l'Ukraine. Nous sommes sur le camp de Cincu, à flanc de colline. Un front fictif avec le colonel Edward Dupleix : « Là, ils sont au contact. Les Français tiennent la crête et les Roumains qui mènent l'assaut se réarticulent et vont percer sur la défense du bataillon français. Nous allons rejoindre cette ligne de défense et voir comment le bataillon français manœuvre pour retarder ou empêcher cette attaque du bataillon ennemi. » Se préparer à la guerre de haute intensité, à la lumière du conflit ukrainien, c'est réapprendre le combat de tranchées. Nous entrons dans ce réseau solidement défendu par la compagnie du capitaine Benjamin : « Le réseau de tranchées qui est derrière moi, c'est un réseau qui fait environ 300 mètres de largeur sur 300 mètres de profondeur, qui est creusé à plus de deux mètres, ce qui permet de se protéger du risque artillerie. C'est une position qu'on peut tenir longtemps face à un ennemi qui arrive en masse et dans lequel on peut s'enterrer, si jamais les obus arrivent et que l'on est harcelé par la menace aérienne. On glisse beaucoup, beaucoup de boue, c'est très humide, surtout en ce moment avec l'hiver qui commence. » S'enterrer pour durer Des barbelés à foison, un boyau creusé en zig-zag. Nous voilà en première ligne. La section du lieutenant Sanson l'occupe depuis deux jours. « L'endroit est rustique. Mais il nous permet de durer. Vous voyez, on a des filets de camouflage pour tout ce qui est protection, lutte anti-aérienne et drone. Ça nous permet de nous camoufler, de nous disperser et surtout de durer sur le temps. Parce que l'objectif d'un réseau comme ça, c'est de rester plusieurs jours, plusieurs semaines pour pouvoir défendre un compartiment de terrain clé », explique-t-il. À intervalles réguliers, des créneaux de tir très camouflés équipés de minimi, des mitrailleuses à canon court. « Cette arme a une grosse puissance de feu, donc je ferai baisser les têtes. Ce sera difficile de passer », dit avec beaucoup d'assurance en soldat du 92e régiment d'Infanterie de Clermont-Ferrand. Un signalement stratégique de l'Otan Depuis 2022, la France est nation-cadre pour défendre en Roumanie le flanc est de l'Otan. Un signalement stratégique, car intégrer plusieurs nations dans une brigade otanienne est un défi militaire au niveau des procédures, mais aussi de la diffusion des ordres, souligne le général Maxime Do Tran, commandant la septième brigade blindée déployée pour Dacian Fall. « À partir de Cincu, je vais coordonner des tirs de plus de neuf nations européennes, des Piranhas portugais qui vont tirer avec des Leclerc français survolés par des F-16 roumains et montrer que, à la fois concernant la manœuvre et les tirs, il y a une vraie interopérabilité. C'était le message envoyé à nos compétiteurs que nous sommes prêts d'emblée. Nous sommes prêts au feu et rapidement si besoin se faisait sentir », clame-t-il. Projeter 3 000 hommes et leur équipement en quelques semaines seulement en Roumanie, ce fut l'autre défi de « Dacian Fall », exercice que l'Otan veut renouveler à une échelle plus large, celle d'une division multinationale, dès 2027. À lire aussiEn Suède, des bunkers pour se protéger en cas de guerre
« L’atmosphère sur le nucléaire est préoccupante » a jugé mercredi le plus haut gradé français, le général Mandon, pointant devant la commission de la défense du Sénat, « un niveau de discours et d’agressivité assez exceptionnel ». Washington tout comme le Kremlin menacent de reprendre les essais nucléaires et l’escalade a débuté il y a 15 jours avec le tir en Russie d’un missile à propulsion nucléaire, une arme invincible selon Vladimir Poutine. Code Otan Skyfall, mais les russes l’appellent Bourevestnik, ce qui littéralement signifie « annonciateur de tempête ». Et c'est vêtu d'un treillis militaire que le 26 octobre dernier, Vladimir Poutine a annoncé, le tir réussi de cette arme fatale. « Un missile de fin du monde », a précisé le maitre du Kremlin, un « Tchernobyl volant » ont corrigé de nombreux scientifiques. Car aucun autre pays au monde ne s'est jamais risqué à développer un missile à propulsion nucléaire, bien trop dangereux. À lire aussiRussie: essai final réussi d'un missile de croisière à propulsion nucléaire, le «Bourevestnik» Un missile aux trajectoires originales Le Bourevestnik, comme le missile hypersonique Kinjal ou l’Iskander fait partie des six projets d’armes stratégiques dévoilés par Moscou en 2018. S’il ne vole pas très vite, sous la vitesse du son, son moteur nucléaire lui permet en revanche de voler presque indéfiniment. Et c’est une nouvelle menace pour les États-Unis décrypte Héloïse Fayet chercheuse à l’Ifri, l’institut français des relations Internationales : « Il peut voler sur de très longues distances et avec des manœuvres et une trajectoire assez originale. Il pourrait arriver sur le territoire américain via le sud des États-Unis, alors que la majorité des radars et des systèmes de défense antimissile sont situés dans le nord des États-Unis et en Alaska. Parce qu'en fait, le chemin le plus court entre la Russie et les États-Unis, ce n'est évidemment pas via l'Amérique latine, ni même l'Atlantique Nord, c'est par l'Arctique ». Lors de l’essai, ce missile a volé plus d'une dizaine d'heure, « cela permet d'atteindre des distances extraordinaires » s'est inquiété le général Mandon devant les sénateurs, ajoutant « Un cœur nucléaire qui vole dans une arme, ce n'est pas anodin ». Un missile destiné à effrayer les Occidentaux « Un tir inapproprié », avait également rétorqué Donald Trump, au lendemain de l'annonce, laissant entendre en réponse que les États-Unis pourraient reprendre des essais nucléaires. L'heure est à l'escalade, à la compétition et à une atmosphère de guerre froide souligne Héloïse Fayet, « La Russie veut déjà démontrer qu'elle a toujours des capacités d'ingénierie malgré la guerre en Ukraine. Et puis il y a toujours eu un intérêt de la Russie pour des armes un peu exotiques. D'autant plus quand Poutine sait que ça va avoir des conséquences psychologiques, en Occident. Et puis également, ce missile est tout de même intéressant dans sa capacité à saturer potentiellement une défense anti-missile. On sait que Donald Trump est très intéressé par la défense antimissile avec son projet de Golden Dôme. Et donc en fait, on peut voir ce missile comme une façon d'encourager le projet de la défense antimissile de Donald Trump. Un projet qui, là aussi, est extrêmement coûteux, alors même que la modernisation de la dissuasion nucléaire américaine a pris du retard avec des budgets qui ont explosé ». Le Bourevestnik, toujours à l’état expérimental, est exclusivement destiné à armer la dissuasion nucléaire russe, il a aussi pour but d’effrayer les occidentaux. À lire aussiRussie: Vladimir Poutine répliquera par des mesures similaires si les États-Unis reprennent les essais nucléaires
Après les drones aériens, le prochain bouleversement viendra des robots terrestres. Les prototypes sont à l’essai et l’armée de Terre ambitionne de mettre sur pied dès l’an prochain une unité complétement robotisée. RFI est allée voir ces premières machines sur le plateau de Satory près de Versailles, où se trouve le service technique de l'armée de Terre.



