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Éco d'ici éco d'ailleurs

Author: RFI

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Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.

264 Episodes
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La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël provoque un effet fulgurant sur les marchés énergétiques mondiaux. Blocage du détroit d’Ormuz, envolée des prix du pétrole, conséquences pour les pays producteurs et importateurs, repositionnement des grandes puissances : Éco d’ici Éco d’ailleurs analyse les effets économiques d’une crise qui pourrait provoquer un nouveau choc pétrolier mondial, y compris sur le continent africain. Les impacts pétroliers et géoéconomiques Notre invité : Homayoun Falakshahi, analyste des marchés pétroliers chez Kpler, société spécialisée dans l’analyse des flux maritimes de matières premières. Son travail consiste à suivre les déplacements des navires transportant du pétrole afin de comprendre les dynamiques du commerce mondial. « On sait quasiment exactement ce qui est transporté, d’où les navires partent et où ils arrivent. » 👉 Le détroit d’Ormuz au cœur de la crise Depuis le début du conflit, la navigation dans le détroit d’Ormuz est fortement perturbée. Cette voie maritime stratégique, située entre l’Iran et Oman, constitue l’un des principaux passages du commerce pétrolier mondial. En temps normal, près d’une centaine de navires y transitent chaque jour. Mais depuis les menaces iraniennes visant les navires occidentaux et les risques militaires dans la zone, seuls quelques pétroliers continuent d’emprunter ce passage. Résultat : une partie considérable du pétrole produit dans le Golfe ne peut plus être acheminée vers les marchés internationaux. Les estimations évoquées dans l’émission indiquent qu’environ 12,5 millions de barils par jour sont aujourd’hui bloqués, soit près de 12,5% de la demande mondiale. Conséquence immédiate : la tension sur les prix du pétrole. Ce niveau rappelle les épisodes de forte tension énergétique observés ces dernières années. « Si on a davantage de signaux montrant que la guerre pourrait durer plus longtemps, rien n’est impossible et on pourrait voir les prix vraiment exploser. » 👉 Du pétrole immobilisé Selon Homayoun Falakshahi, environ 100 pétroliers chargés de brut seraient immobilisés dans la zone du détroit d’Ormuz. À cela, s’ajoutent 150 autres navires qui attendent dans le golfe d’Oman avant de pouvoir franchir le passage. Pour les pays producteurs, cette situation devient critique : certains États du Golfe disposent de capacités de stockage limitées et pourraient être contraints de réduire leur production si la situation se prolonge. 👉 Des routes alternatives ? Face aux tensions dans le détroit d’Ormuz, certains pays du Golfe ont développé des oléoducs permettant de contourner partiellement ce passage stratégique. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent ainsi d’infrastructures reliant leurs champs pétroliers directement à des ports situés hors du Golfe persique. « Les pays de la région ont construit des oléoducs pour contourner le détroit, mais ces deux oléoducs ne permettent pas de contourner à 100 %. » 👉 Le pétrole iranien continue de circuler vers la Chine Paradoxalement, malgré les tensions militaires et les sanctions occidentales, l’Iran continue d’exporter du pétrole. Les cargaisons partent principalement de l’île de Kharg, principal terminal pétrolier iranien dans le Golfe persique. Les pétroliers quittent le port, parfois en désactivant temporairement leurs systèmes de localisation, puis reprennent leur route. « Les systèmes d’exportation restent très opaques : les bateaux arrivent près de l’île de Kharg, éteignent leur signal, chargent le pétrole et traversent ensuite le détroit comme des navires normaux. » Aujourd’hui, la Chine est devenue l’unique acheteur du pétrole iranien. Cette situation illustre la transformation des relations énergétiques internationales et la montée en puissance de Pékin dans le commerce pétrolier mondial. 👉 La Chine teste sa stratégie énergétique De Pékin, la correspondante de RFI Cléa Broadhurst explique que cette crise constitue un véritable test pour la stratégie énergétique chinoise. La Chine a constitué d’importantes réserves stratégiques de pétrole, estimées à plus d’un milliard de barils. Ces stocks permettent au pays d’amortir temporairement les chocs d’approvisionnement. Par ailleurs, Pékin a progressivement diversifié ses sources d’importation en se tournant davantage vers la Russie. Cette stratégie s’inscrit dans une politique plus large visant à réduire la dépendance au pétrole grâce au développement des véhicules électriques et des énergies alternatives. 👉 La Russie, gagnante indirecte de la crise ? La crise actuelle pourrait aussi profiter à la Russie. Les perturbations dans le Golfe pourraient pousser certains pays asiatiques à augmenter leurs achats de pétrole russe. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Moscou vend son pétrole à prix réduit pour contourner les sanctions occidentales. « Le régime de Vladimir Poutine est un des grands gagnants de ce qui se passe actuellement. » Dans le même temps, les États-Unis ont temporairement assoupli certaines sanctions afin de faciliter l’écoulement de certains stocks et limiter la flambée des prix. 👉 Les réserves stratégiques pour éviter un choc énergétique Face aux tensions sur le marché, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé une mobilisation exceptionnelle des réserves stratégiques des pays membres. Au total, 400 millions de barils de pétrole pourraient être injectés sur le marché afin de compenser les perturbations d’approvisionnement. Cependant, selon les analystes, cette quantité ne couvrirait qu’un mois à un mois et demi de déficit si le blocage du détroit d’Ormuz devait se prolonger. « 400 millions de barils, ça représente à peu près entre un mois et un mois et demi d’approvisionnement si on perd 9 millions de barils par jour. » 👉 Une crise révélatrice des dépendances énergétiques mondiales Cette situation pourrait accélérer certaines transformations déjà engagées : diversification des sources d’énergie, développement des véhicules électriques ou renforcement des réserves stratégiques. « Cette crise va aussi inciter les économies mondiales, notamment en Europe, à aller vers les voitures électriques. Mais d'abord, la priorité sera de constituer davantage de réserves stratégiques en prévision de futurs chocs. » L’Afrique face à la hausse du prix de l’énergie La seconde partie de l’émission s’intéresse aux conséquences de cette crise pour deux économies africaines. 🇨🇮 Côte d’Ivoire : la question de la souveraineté énergétique Basé à Abidjan, Kamel Koné, directeur général de la société Hydrodrill SA et président du groupement des entreprises pétrolières et gazières ivoiriennes, souligne les fragilités énergétiques du continent. De nombreux pays africains exportent du pétrole brut mais doivent importer des carburants raffinés. « L’Afrique dispose de ressources importantes mais dépend encore largement de l’extérieur pour les transformer et les consommer. » La hausse du prix du pétrole risque donc d’alourdir les factures énergétiques et d’alimenter l’inflation. Kamel Koné souligne également la nécessité de renforcer les financements pour les entreprises énergétiques locales et d’encourager les banques africaines à mieux accompagner ce secteur stratégique. Enfin, il plaide pour une coopération régionale accrue, avec la constitution de stocks stratégiques communs et l’interconnexion des infrastructures énergétiques, comme les pipelines et les réseaux logistiques, afin de mieux résister aux chocs internationaux. 🇹🇳 Tunisie : une économie particulièrement vulnérable L’économiste Ridha Chkoundali, professeur à l’Université de Carthage, explique que l’impact sur la Tunisie dépendra largement de l’évolution des prix du pétrole. Plusieurs scénarios sont envisagés : un baril à 85 dollars avec un impact modéré un baril à 100 dollars entraînant un coût budgétaire de plusieurs milliards de dinars un baril à 120 dollars provoquant une forte inflation un baril à 150 dollars avec des conséquences très graves pour l’économie tunisienne La dépendance énergétique du pays reste importante : la balance énergétique représente environ la moitié de la balance commerciale tunisienne. Dans ces conditions, toute hausse du prix du pétrole se répercute directement sur l’économie nationale, en aggravant le déficit commercial et en pesant sur les finances publiques. Cette dépendance limite également la marge de manœuvre du gouvernement. Les importations énergétiques, comme celles d’équipements ou de matières premières, sont difficiles à réduire sans affecter la production nationale et la croissance économique. L’économiste Rim Tekaya, enseignante universitaire, insiste elle aussi sur la vulnérabilité énergétique de la Tunisie dans le contexte actuel. Pour réduire cette dépendance, elle souligne l’importance de développer les énergies renouvelables, en particulier le solaire et l’éolien, dont le potentiel reste encore largement sous-exploité en Tunisie malgré un ensoleillement exceptionnel. 👉 GI4T (Global Institute For Transitions) : réfléchir aux transitions économiques en Tunisie Pour Khalil Ben Cherif, directeur exécutif du Global Institute for Transitions, think tank indépendant issu du projet Savoirs éco financé par l'Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, l’un des enjeux majeurs consiste à nourrir le débat public sur les questions économiques en Tunisie. Rassemblant économistes et experts, il produit des analyses et des propositions concrètes destinées aux décideurs politiques. À travers ses publications et ses conférences, l’institut cherche à éclairer les politiques publiques et à diffuser la réflexion économique auprès d’un public plus large. Dans ce travail collectif, les contributions portent à la fois sur la conjoncture économique et sur les transformations. 📖 À lire : L'économie tunisienne 2025 (éditions Nirvana) 📻 Éco d’ici Éco d’ailleurs est à retrouver sur le site de RFI et sur toutes les plateformes de podcast.
Ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation du Gabon, Marc-Alexandre Doumba fait partie de la nouvelle génération de responsables africains qui misent sur la technologie pour accélérer le développement économique. Grand invité de l'économie RFI / Jeune Afrique, il revient au micro de Bruno Faure et Quentin Velluet sur sa vision du numérique comme levier stratégique de croissance pour l’Afrique, les enjeux de régulation des plateformes et le potentiel de l’intelligence artificielle dans les économies émergentes. Les principales thématiques de l’entretien Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient 💬 « Le commerce qui passe par le détroit d’Ormuz va être perturbé : cela peut créer un choc énergétique, avec une hausse du prix du pétrole. Pour un pays exportateur comme le Gabon, cela peut être positif, mais pour les pays importateurs, ce sera un renchérissement du coût de l’énergie. » Le style de gouvernance de Brice Oligui Nguema 💬 « Le président a une vision souverainiste, progressive et d’ouverture du Gabon vers le monde, avec une forte préoccupation pour les enjeux sociaux, le développement et un attachement à la démocratie. » La transformation numérique du Gabon 💬 « Le numérique fait partie des enjeux majeurs aujourd’hui, liés à la donnée, aux minerais critiques et à la gouvernance numérique de demain. » 💬 « Nous devons comprendre les tendances du monde pour les insérer dans nos politiques publiques et attirer des investissements dans le numérique. » Numérique et diversification économique 💬 « Il y a une volonté d’accélérer la croissance et de rattraper les retards accumulés sur les sujets qui préoccupent les populations gabonaises. » La régulation des réseaux sociaux Sujet sensible au Gabon : la suspension temporaire de certaines plateformes. Marc-Alexandre Doumba défend la responsabilité de l’État face aux risques de désinformation. 💬 « La responsabilité première de l’État est d’assurer la sécurité de ses populations et de ses institutions. » Il souligne aussi le manque d’éducation aux médias chez les jeunes utilisateurs. 💬 « Quand vous consommez une information sur les réseaux sociaux, il est très probable qu’elle ne soit pas vraie. » Les relations avec les géants du numérique L’entretien aborde également la relation entre États africains et grandes plateformes technologiques mondiales, ainsi que les questions de cybersécurité et de souveraineté numérique. 💬 « Le Gabon seul n’arrivera pas à infléchir une dynamique mondiale. Il faut que les pays africains se mettent d’accord sur des référentiels juridiques communs pour dialoguer avec les GAFAM et protéger nos populations. » Le passage du privé au public Ancien entrepreneur, le ministre estime que les profils issus de l’entreprise seront de plus en plus nombreux à rejoindre la Fonction publique. 💬 « De plus en plus d’Africains du secteur privé veulent participer à l’effort collectif et apporter leur expertise au service public. » 📻 Réalisation : Steven Helsly / Guillaume Munier 🎶 Choix musical : Ayayé / Créol - L'oiseau rare.
L'industrie automobile mondiale traverse une mutation historique, entre transition électrique, rivalités géopolitiques et pressions réglementaires. Nous vous proposons une plongée au cœur de cette révolution : un reportage exclusif au plus près des lignes de production de l'usine Volvo Cars à Gand (Belgique) et des analyses d'experts pour mieux comprendre les défis et les enjeux d'une filière en pleine recomposition.     Reportage à l'usine Volvo Car Gent (Belgique) L'usine en chiffres : 👉 Création en 1965, dernière usine automobile en Belgique 👉 212.000 véhicules produits en 2025 : modèles EX30, XC40, EX40, EC40 et V60 👉 6.500 salariés répartis sur trois équipes 👉 Production de véhicules thermiques, hybrides et 100% électriques 👉 Site pionnier d’assemblage de batteries pour Volvo (plus de 500 produites par jour dans chaque unité dédiée) 👉 Actionnaire : le groupe chinois Geely. Intervenants  : • Barbara Blomme, Communications Manager Volvo Plants • Frederick Marchant, Superintendent Battery Plant & Engine Center • Michiel Van Goethem, Manager Battery Plant Volvo Car Gent • Eleen Bosteels, Procurement Program Manager Volvo Cars • Willem Schreyen, Senior Leader Manufacturing & Supply Chain • Godfried Stockman – Guide de l'usine Volvo Car Gent Thèmes principaux du reportage : 📌 Transition vers l’électrique : investissements, nouveaux métiers, formation 📌 Dépendance aux chaînes logistiques mondiales et défis d’approvisionnement 📌 Avantage concurrentiel de produire des batteries localement 📌 Capacité de Volvo à produire deux technologies : NMC et LFP 📌 Production à flux tendu : 950 véhicules/jour 📌 Importance de la flexibilité (moins d’automatisation que prévu) 📌 Analyse – Le marché automobile européen en mutation. Nos entretiens ✔️ Athina Argyriou, présidente déléguée de la CSIAM (Chambre Syndicale Internationale de l'Automobile et du Motocycle) évoque ces sujets : 📍 Déclin historique de l’emploi dans l’automobile européenne 📍 Mutation de l’industrie et nouveaux métiers 📍 Rôle des réglementations environnementales 📍 Problèmes d’harmonisation entre politiques européennes 📍 Difficulté de produire des petits véhicules en Europe 📍 Dépendance européenne aux batteries chinoises 📍 Nécessité d’une stratégie industrielle cohérente. Messages clés : 💬 L’industrie européenne n’est pas en déclin mais en transformation. 💬 Les différences de politiques nationales affaiblissent la compétitivité. 💬 La Chine domine le marché des batteries, pas des voitures. 💬 Donald Trump, en misant sur le pétrole, affaiblit l'industrie automobile américaine.   ✔️ Anaïs Voy-Gillis, Chercheuse associée à l’IAE Poitiers, docteure en géographie et spécialiste des politiques industrielles dans le monde, auteure « Pour une révolution industrielle » (Presses de la Cité) aborde ces points principaux: 📝 L’Europe a pris trop tard le virage de l’électrique 📝 Réaction politique au dieselgate plutôt que stratégie à long terme 📝 Chine : 20 ans d’avance grâce à une vision systémique 📝 Triple pression sur les constructeurs européens : réglementaire, géoéconomique, technologique (logiciels, data) 📝 Fragmentation européenne (27 politiques industrielles différentes) 📝 Risques de renoncer trop vite à l’électrique 📝 Nécessité de politiques de réciprocité (localisation, antidumping) 📝 Importance vitale de ne pas abandonner les investissements en batteries.   🎵 Musique : Lukx – « Hands in the Dirt » 📻 Réalisation : Quentin Moulin.
Dans un contexte de tensions géo-économiques accrues (qu'adviendra-t-il des droits de douane imposés par Donald Trump et retoqués par la Cour suprême américaine), un vocabulaire domine désormais les débats internationaux : compétition, concurrence, déclassement, compétitivité.  Longtemps réservée aux entreprises, la rivalité s’étend aujourd’hui aux États, aux blocs régionaux et aux grandes puissances économiques — Union européenne, Chine, États-Unis et pays émergents — engagés dans une course permanente à l’influence industrielle et technologique. NOS INVITÉS 👉 Marie Krpata, chercheuse au Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri (Institut français des relations internationales, spécialiste des relations économiques internationales, de la Chine et de la politique industrielle européenne. 👉 Pieter Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB).   Une Europe en situation d’urgence économique ? Lors d’un récent sommet sur la compétitivité, le président français Emmanuel Macron a lancé un appel clair : « Place à l’action ». Face à la désindustrialisation, à la concurrence américaine et chinoise et à la fragmentation du marché intérieur, l’Europe cherche à redéfinir sa stratégie. Parmi les questions clés abordées dans l’émission : La politique industrielle européenne est-elle cohérente ou réactive ? Quels secteurs sont les plus exposés ? Pourquoi la relocalisation industrielle progresse-t-elle moins vite que prévu ? L’autonomie stratégique est-elle compatible avec le libre-échange ? Le point de vue des entreprises européennes À Bruxelles, nous avons recueilli l’analyse de Pieter Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique. Les entreprises dénoncent notamment : coûts énergétiques élevés pression réglementaire fragmentation du marché européen lenteur décisionnelle. Les réponses institutionnelles européennes La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, propose notamment : un statut juridique commun « EU Inc. » pour simplifier la création d’entreprise dans toute l’Europe l’approfondissement de l’Union de l’épargne et de l’investissement l’intégration accrue des marchés de capitaux Objectif : réduire la fragmentation et renforcer la compétitivité globale. Protéger sans devenir protectionniste ? L’Europe cherche un équilibre délicat. Le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni défendent une position commune : lutter contre les pratiques commerciales déloyales sans basculer dans le protectionnisme. Mais plusieurs tensions demeurent : concurrence mondiale subventionnée dépendance technologique transition énergétique coûteuse désaccords sur l’endettement européen. Dette commune ou discipline budgétaire ? Faut-il mutualiser les investissements industriels ? Le débat oppose les partisans d’une dette européenne commune aux défenseurs de la rigueur budgétaire nationale. Une divergence qui reflète les lignes de fracture économiques du continent. Gouvernance, financement, souveraineté : les grandes contradictions européennes Au cœur de l’analyse de Marie Krpata : fragmentation des stratégies nationales règles de concurrence limitant les « champions européens » dépendances persistantes dans les chaînes de valeur stratégiques tensions entre transition écologique et compétitivité risque de course aux subventions entre États membres. L’Afrique dans la compétition mondiale Ces enjeux ne concernent pas uniquement l’Europe. Ils traversent aussi le continent africain, engagé dans ses propres stratégies industrielles et partenariales. Dans un entretien vidéo disponible sur la chaîne YouTube de RFI, le banquier d’affaires Khaled Igué — cofondateur de la French-African Foundation - exprime sa vision des alliances nécessaires pour le continent.
Corruption, blanchiment, fraude fiscale ou détournement de fonds : quel est le rôle du journalisme d’investigation face aux crimes économiques mondiaux ? L'émission met en lumière le travail des journalistes qui enquêtent dans des contextes dangereux pour révéler des réalités souvent dissimulées. Elle a été enregistrée dans les locaux du réseau international de journalistes d’investigation Forbidden Stories, une organisation qui poursuit les enquêtes de reporters menacés, emprisonnés ou assassinés. Une mission : faire vivre les enquêtes menacées Créé en 2017, Forbidden Stories rassemble des centaines de journalistes dans le monde. Leur objectif : empêcher que des enquêtes disparaissent lorsque leurs auteurs sont réduits au silence. Ses missions : 👉 reprendre les investigations interrompues, 👉 les diffuser à l’échelle internationale, 👉 envoyer un message clair : supprimer un journaliste ne supprime pas l’information. Ce travail collaboratif s’appuie sur des partenaires dans de nombreux pays et sur l’analyse de données complexes, souvent issues de fuites ou d’enquêtes transnationales. Les invités de l’émission 🎙️ Laurent Richard, fondateur et directeur de Forbidden Stories.  🎙️ Eloïse Layan, journaliste d’investigation. Elle a repris plusieurs enquêtes sur le contournement des sanctions et sur les réseaux économiques illicites, au Kirghizistan et en Haïti. 🎙️ Emmanuel Colombié, journaliste d'investigation, auteur d'une enquête sur l'or illégal au Pérou 🎙️ Thibaut Bruttin, secrétaire général de Reporters sans frontières. Au départ, une enquête emblématique : le projet Daphne Parmi les premières grandes investigations du collectif, figure le projet consacré à la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, assassinée en 2017 alors qu’elle enquêtait sur des affaires de corruption liées au pouvoir politique et à des circuits financiers internationaux. Des dizaines de journalistes de plusieurs grands médias internationaux ont poursuivi son travail, révélant notamment l’implication d’acteurs proches du pouvoir. Cette mobilisation internationale a contribué à provoquer une crise politique majeure à Malte. Des enquêtes de terrain à travers le monde 🇵🇪 Les seigneurs de l’or : la mainmise des gangs sur les mines du Pérou Les journalistes de Forbidden Stories poursuivent l’enquête du journaliste local Manuel Kayo Quispe, menacé de mort et contraint de se cacher après avoir dénoncé les activités d’un gang près de la frontière bolivienne, une région marquée par l’exploitation illégale de l’or. Une organisation criminelle a progressivement pris le contrôle des mines et de toute la chaîne économique : sécurisation des sites d’extraction, collecte et transport de l’or, alliances avec des entreprises enregistrées, mélange d’or illégal et légal pour l’exportation internationale. Une activité extrêmement lucrative : l’or illégal représente un volume économique bien supérieur à celui du trafic de drogue dans la région. Un désastre environnemental majeur : déforestation massive, pollution des rivières par les produits chimiques utilisés pour l’extraction, destruction des territoires des communautés autochtones. Un impact social très lourd : violences, assassinats, disparitions et climat de peur généralisée.     🇭🇹 Haïti – gangs, contrebande et pouvoir économique En Haïti, l’économie est fortement influencée par les gangs et les réseaux de contrebande. L'enquête s’appuie sur le travail du journaliste haïtien assassiné Néhémie Joseph, qui enquêtait sur la contrebande à la frontière avec la République dominicaine. Les investigations ont révélé : des réseaux d’import-export contrôlés par quelques acteurs dominants, des soupçons de corruption douanière, des flux illégaux d’armes dissimulées dans des cargaisons commerciales, l’implication présumée de l’ancien sénateur Rony Célestin. Ces activités alimentent la violence armée et déstabilisent l’économie du pays.   🇰🇬 Sanction breakers au Kirghizistan – contournement des sanctions et commerce international L’émission évoque une enquête sur les circuits commerciaux permettant de contourner les sanctions internationales, notamment via l’Asie centrale. Ces réseaux impliquent des échanges complexes entre plusieurs pays, montrant comment les flux économiques mondiaux peuvent servir à masquer l’origine réelle des marchandises ou des capitaux. 🇬🇭 Ghana – l’économie mondiale de l’or illégal Au sud-ouest du Ghana, l’exploitation illégale de l’or est visible jusque depuis l’espace. Les conséquences sont multiples : destruction des forêts, pollution des rivières, enrichissement de réseaux criminels, violences et menaces contre les journalistes enquêtant sur le terrain. L’enquête montre que l’or suit un circuit international : extraction illégale → blanchiment dans un autre pays → raffinage ailleurs → vente sur les marchés mondiaux. Ce commerce illustre parfaitement la dimension globale des crimes économiques. Le regard de Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières Thibaut Bruttin analyse les pressions économiques et politiques qui menacent les médias dans le monde. Le gel ou la réduction de l’aide internationale américaine fragilise les médias indépendants : baisse des financements, affaiblissement du soutien diplomatique aux journalistes menacés ou emprisonnés. Les médias d’investigation font face à des attaques politiques croissantes visant à limiter leur influence et leur capacité de contrôle démocratique. L’audiovisuel public est particulièrement ciblé dans plusieurs pays, souvent pour des raisons électorales ou stratégiques. Cette fragilisation est perçue comme un phénomène mondial qui menace directement le pluralisme de l’information. Nos choix musicaux Afrrotronix / Stonebwoy - Beyond The Sky Coupé Cloué - Mon Compe ti Bom.
Cette émission explore en profondeur la crise actuelle du secteur du cacao en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial avec plus de 40% de la production globale. Face à une volatilité historique des cours et des difficultés majeures pour les producteurs, l'émission donne la parole aux acteurs de terrain, experts et décideurs pour comprendre les enjeux économiques, sociaux et politiques de cette filière stratégique. Points clés de la situation : Prix bord champ fixé à 2 800 francs CFA/kg par l'État ivoirien en début de campagne 2025-2026 Chute brutale des cours mondiaux Accumulation de stocks estimés à 130 000 tonnes Producteurs privés de trésorerie malgré la livraison de leurs fèves Intervention de l'État pour racheter les stocks et restaurer la fluidité   NOS INVITES : 👉 Alahassane Diakité, directeur général de la Maison du Cacao et Diakité Cocoa Products, député de Divo (Côte d'Ivoire). Fils de planteurs, il représente une nouvelle génération d'entrepreneurs ivoiriens engagés dans la transformation locale du cacao. « Le producteur de cacao vit de la sueur de son front, pas de la politique » L'entretien en vidéo et en intégralité ici 👉 Dr Lansana Gagny Sakho, secrétaire général du CAVIE (Centre Africain de Veille et d'Intelligence Economique), spécialiste des chaînes de valeur et de l'intelligence économique. « Tant que l’Afrique n’assurera pas la transformation locale de ses matières premières, elle restera dépendante. » 👉 Oscar Toukpo, chargé de recherche à l'Institut d'Ethno-Sociologie de l'Université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan, spécialiste de la ruralité et des questions de vulnérabilité dans la filière cacao. « Il y a un phénomène de migration des producteurs vers des terres plus fertiles au Libéria et en Guinée forestière. » La transformation locale : une solution ? Avec son frère jumeau Fousseini, Alahassane Diakité, qui a débuté comme pisteur (collecteur de fèves), a créé deux unités de transformation : Diakité Cocoa Products : capacité de 15 000 tonnes/an La Maison du Cacao (inaugurée août 2025) : capacité de 32 000 tonnes/an Objectif 2030 : atteindre 80 000 tonnes/an Emplois : plus de 200 actuellement, objectif de 1 000 employés Leurs produits vont au-delà du chocolat : pâtes à tartiner, gels douche, savons... avec l'ambition de créer des produits accessibles aux Ivoiriens.  « Aujourd'hui, le chocolat n'est pas trop dans nos habitudes alimentaires. Nous voulons aussi limiter l'exportation pour que les produits que nous allons faire soient consommés ou utilisés localement. » L'analyse de l'intelligence économique Dr. Lansana Gagny Sakho met en lumière les faiblesses structurelles du modèle africain : Les obstacles à la transformation locale : Difficulté à attirer les investissements (l'Afrique représente moins de 5% des IDE mondiaux) Problèmes de compétitivité face à l'Asie Absence de collaboration entre pays producteurs (Côte d'Ivoire et Ghana produisent 70% du cacao mondial mais ne coordonnent pas leurs politiques) Marchés de consommation situés principalement en Occident Manque de respect des normes internationales  « L'Afrique s'est toujours contentée à produire et à exporter ses matières premières brutes et rester en marge, là où on fait la valeur ajoutée [...] Nous n'avons jamais été capables d'anticiper. » Selon lui, la transformation locale pourrait multiplier par quatre la valeur des produits, mais nécessite une alliance stratégique entre pays producteurs, à l'image de l'OPEP pour le pétrole. La vulnérabilité des producteurs Oscar Toukpo décrit les facteurs de paupérisation des planteurs : : Revenus inférieurs à 750 francs CFA/jour (moins de 1,15 dollar), sous le seuil de pauvreté Pratiques agricoles destructrices (cacao plein soleil, déforestation) Impact du swollen shoot (maladie des pousses du cacaoyer) et vieillissement des plantations Appauvrissement des sols et migration constante vers de nouvelles terres Endettement auprès d'usuriers pendant la période de soudure Déperdition scolaire : familles nombreuses ne pouvant pas financer l'éducation des enfants Phénomène préoccupant : migration de producteurs ivoiriens vers le Libéria et la Guinée forestière pour trouver des terres plus fertiles, avec risque de conflits fonciers futurs.  « Ces paysans là, qui produisent le cacao donc la matière première, n'ont aucunement d'influence sur la fixation des prix. » La réponse de l'État ivoirien et du Conseil Café-Cacao Yves Brahima Koné, directeur du Conseil Café-Cacao, explique la stratégie d'intervention :  « L'État va s'appuyer en priorité sur des opérateurs nationaux crédibles, solides et structurés qui conduiront les opérations d'achat et d'enlèvement [...] Ce mécanisme mis en place se poursuivra tout au long de la campagne principale afin de décongestionner le bord champ. » Les défis futurs Alahassane Diakité, dans son nouveau rôle de député, identifie les priorités législatives : Programme d'action : Relecture de la loi d'orientation agricole de 2015 Préparation à la réglementation européenne RDUE sur la déforestation Anticipation des normes de sécurité alimentaire plus strictes Accès des producteurs et coopératives aux marchés à terme Tenue d'Assises nationales du cacao Modernisation de l'agriculture (IA, transition écologique) Adaptation des formations professionnelles aux besoins du secteur  « Il faut que les choses soient faites réellement pour le bien-être des producteurs [...] On essaie d'oublier l'essentiel et on se concentre sur ce qui est ponctuel. »
Ce sont des tensions inédites entre le pouvoir politique américain et la Réserve fédérale (Fed), au moment où Donald Trump multiplie les attaques publiques contre son président, Jerome Powell. Accusé de ne pas baisser les taux d’intérêt assez rapidement, le patron de la Fed est au cœur d’un bras de fer qui dépasse la simple controverse conjoncturelle et pose une question fondamentale : l’indépendance des banques centrales est-elle en train de vaciller ? 👉 L’émission revient d’abord sur la nature et l’ampleur de ces critiques, leur caractère inhabituel par leur virulence, et les tentatives de recours à des procédures judiciaires pour fragiliser certains membres de la Fed. Les invités montrent que, si les pressions politiques sur les banques centrales ne sont pas nouvelles, la forme prise aujourd’hui aux États-Unis marque une rupture dans les usages. Olivier Garnier, chef économiste de la Banque de France, ancien économiste à la Fed 💬 « Ce qui est plus nouveau, c’est que Trump s’est lancé dans des attaques pour essayer d’évincer certains membres du board de la Fed avec des procédures judiciaires. » 👉 À travers un éclairage historique, les débats replacent la situation actuelle dans une longue trajectoire, depuis l’entre-deux-guerres jusqu’à l’émergence, dans les années 1990, d’une conception moderne de l’indépendance des banques centrales, fondée sur un mandat clair de stabilité des prix et sur la maîtrise autonome des instruments de politique monétaire. L’émission explore également les différences institutionnelles entre la Fed et la Banque centrale européenne, ainsi que les raisons pour lesquelles le cadre européen offre, sur certains aspects, des garanties plus solides. Adriano do Vale, maître de conférences en économie à l'Université de Poitiers – Auteur «L’indépendance des banques centrales, à l'aune de l'histoire de la pensée et des pratiques» (Classiques Garnier) 💬 « La politique monétaire est une affaire éminemment politique, et ça, ça a toujours été comme ça. Ce qui marque la singularité de ce moment, c’est surtout la forme, le vocabulaire et le ton. » 👉 Les échanges abordent aussi la dimension internationale du dossier : la solidarité exprimée par plusieurs gouverneurs de banques centrales envers Jerome Powell, les réactions observées jusqu’en Nouvelle-Zélande, et le rôle de forums comme la Banque des règlements internationaux dans la constitution d’une véritable communauté mondiale de banquiers centraux. Enfin, l’émission se projette vers l’avenir en analysant les perspectives de politique monétaire américaine : maintien ou reprise des baisses de taux, risques d’une détente prématurée, crédibilité de la Fed face aux marchés et conséquences pour l’économie mondiale. Maxime Darmet, économiste senior chez Allianz Trade 💬 « La question centrale aujourd’hui est de savoir si la Fed pourra baisser ses taux dans les prochains mois sans compromettre sa crédibilité. » 👉 Dans la seconde partie de l'émission, nous vous proposons un entretien avec le député et ancien ministre de RDC Kin Kiey Mulumba, par ailleurs fondateur du journal Le Soft et président du Conseil d’administration de la Régie des Voies Aériennes (RVA). Il publie « Une histoire du Congo, de Mobutu à Tshisekedi » (Le Cherche Midi). Découvrez l'entretien en vidéo sur la chaîne Youtube de RFI.
Notre Grand invité de l’économie RFI – Jeune Afrique est un spécialiste du financement des entreprises sur le continent africain, en particulier les très petites entreprises et les PME, moteurs essentiels de la croissance et de l’emploi : Philip Sigwart, président-directeur général du groupe panafricain de finance inclusive Baobab détaille sa stratégie et livre un diagnostic sur les défis du secteur au micro de Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique). À la tête du groupe Baobab depuis 2019, Philip Sigwart incarne une trajectoire singulière, à la croisée de la banque internationale, du terrain et de la finance inclusive. Formé à l’économie à l’Université de Saint-Gall (Suisse) puis titulaire d’un MBA de Chicago Booth, il débute sa carrière à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), où il travaille sur le financement des petites entreprises dans des économies en transition. Il rejoint ensuite ProCredit Holding, groupe bancaire spécialisé dans les PME, et occupe des fonctions de direction dans plusieurs pays : Kosovo, Géorgie et République démocratique du Congo. Cette expérience de terrain, au contact direct des entrepreneurs, façonne durablement sa vision du crédit et du risque. Entre 2015 et 2019, Philip Sigwart poursuit son parcours en Afrique de l’Est, au Kenya, où il pilote l’activité PME d’Equity Group, l’un des plus grands groupes bancaires africains. Depuis Paris, il dirige aujourd’hui le groupe Baobab, acteur majeur de la finance inclusive, présent dans sept pays africains, au service d’environ 1,6 million de clients, principalement des entreprises de petite taille, artisans et commerçants. Sous son impulsion, Baobab a opéré un recentrage stratégique sur l’Afrique et revendique une croissance responsable, conciliant performance financière, inclusion et impact social. Au cours de cet entretien, il revient sur : le rachat de Baobab par le groupe égyptien Beltone, les enjeux de consolidation de la microfinance africaine, le financement des TPE, PME et entrepreneurs, la gestion du risque de crédit, la place des fintechs, l’inclusion financière des femmes, les défis climatiques et agricoles, et les priorités stratégiques du groupe, notamment au Nigeria et en RDC. Avec la participation d'Eric Ntumba, directeur général de Baobab Nigeria, filiale stratégique du groupe dans la première économie d’Afrique. Retrouvez les grands invités de l'économie ici
Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation économique et la montée de nouvelles puissances, la relation entre l’Europe et l’Afrique est à un tournant. Longtemps structurée autour de l’aide au développement, elle cherche aujourd’hui à évoluer vers un véritable partenariat fondé sur l’investissement, la co-construction et la création de valeur locale. C’est l’un des grands enjeux débattus lors du dernier sommet Union européenne – Union africaine, organisé à Luanda, en Angola. NOS INVITÉS 👉Mario Pezzini, économiste, ancien directeur du Centre de développement de l'OCDE, auteur du rapport Europa 360° pour la fondation espagnole Avanza 👉Benoît Chervalier, président de BCH Invest, vice-président Afrique du Medef international, président Africa Business Europe, cofondateur et directeur exécutif de la Chaire Business et industrie en Afrique de l'ESSEC, auteur de l'essai «Ce qu'attend l'Afrique» (éditions de l'Aube) 👉 Youssouf Camara, coach de dirigeants, directeur de la Maison de l'Afrique.   D’un modèle d’aide à un modèle de partenariat Pendant des décennies, la relation euro-africaine a reposé sur une logique de donateurs et de bénéficiaires. Mais ce modèle montre aujourd’hui ses limites. Pour l’économiste Mario Pezzini, ancien directeur du Centre de développement de l’OCDE, il est temps de passer à une alliance fondée sur le dialogue et la co-gouvernance : « Il faut construire une relation différente, basée sur des règles définies ensemble, et non plus sur des projets pensés uniquement côté européen. » Même constat du côté du secteur privé. Benoît Chervalier, banquier d’affaires et président Afrique de Business Europe, plaide pour une rupture avec l’aide publique au développement telle qu’elle existe aujourd’hui : « Il faut sortir de la logique de l’aide et aller vers une logique d’investissement. Ce que veulent les citoyens, c’est un retour sur investissement, pas seulement des promesses. » Une Afrique plurielle, des partenariats multiples L’Afrique n’est pas un bloc homogène. Ses réalités économiques, politiques et sociales varient fortement d’un pays à l’autre. De plus, l’Europe n’est plus le seul partenaire stratégique du continent. La Chine, les pays du Golfe, la Turquie ou encore l’Inde renforcent leur présence économique. Les pays africains revendiquent désormais la liberté de choisir leurs partenaires. « Personne ne veut être sous tutelle, ni les Africains, ni les Européens », rappelle Benoît Chervalier. Cette diversification se traduit aussi par des relations bilatérales plus dynamiques entre certains pays européens et africains, au-delà des cadres institutionnels. Global Gateway : 300 milliards d’euros pour l’Afrique L’Union européenne a lancé en 2021 le programme Global Gateway, un vaste plan d’investissement de 300 milliards d’euros, dont la moitié destinée à l’Afrique. Les priorités : infrastructures transition énergétique numérique santé transports éducation L’objectif est de proposer une alternative aux investissements chinois, en misant sur des financements durables et transparents. Mais le président sud-africain Cyril Ramaphosa met en garde : « Ces investissements ne doivent pas remplacer une dépendance par une autre. Ils doivent être transformateurs et créateurs de capacités locales. » Le défi de la transformation locale Un point fait consensus : l’Afrique doit transformer davantage ses ressources sur place. Produire localement, développer les chaînes de valeur, créer des emplois et réduire la dépendance aux exportations de matières premières sont des priorités. Mario Pezzini insiste : « Une infrastructure sans compétences ni institutions devient un décor. Une route seule ne crée pas de développement. » Les investissements doivent donc s’accompagner : de formation de politiques industrielles de soutien aux PME de renforcement des institutions PME, agriculture et jeunesse au cœur du développement Les petites et moyennes entreprises, souvent familiales, constituent l’essentiel du tissu économique africain. Pourtant, elles rencontrent de nombreux obstacles : normes, accès au financement, compétitivité, logistique. Youssouf Camara, directeur général de la Maison de l’Afrique, plaide pour une coopération plus opérationnelle : « Les accords politiques ne suffisent pas. Il faut accompagner concrètement les entreprises africaines pour qu’elles accèdent aux marchés européens. » L’agriculture, l’agro-industrie et les industries locales sont également des secteurs-clé pour absorber la forte croissance démographique du continent. D’ici 2050, environ 800 millions de jeunes entreront sur le marché du travail africain. Vers une relation plus équilibrée La nouvelle doctrine européenne repose sur une idée centrale : créer de la richesse là où elle est produite. Cela suppose : une industrialisation progressive des investissements ciblés une meilleure intégration régionale un dialogue politique plus équilibré L’objectif n’est plus seulement de financer, mais de co-construire. Retrouvez nos invités de l'économie ici.
Sous le commandement de Donald Trump, l'opération « Absolute Resolve » (Détermination Absolue) au Venezuela a créé une onde de choc mondiale avec des conséquences économiques majeures, bien au-delà des questions pétrolières et énergétiques. Pour la Chine (partenaire historique de Caracas), les autres BRICS, les potentielles cibles américaines (Groenland, Canada, Cuba) et les investisseurs du monde entier, un océan d'incertitudes se profile. Éco d'ici Éco d'ailleurs donne la parole aux experts. Les invités de l'émission Christopher Dembik, macroéconomiste, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management Alicia Garcia-Herrero, cheffe économiste pour la zone Asie-Pacifique de la Banque Natixis (basée à Hong-Kong) Philippe Sébille-Lopez, directeur du cabinet Géopolia, spécialiste des marchés pétroliers Margot François, chercheuse à l'Institut français de géopolitique et analyste chez Cassini, experte de l'économie cubaine Cléa Broadhurst, correspondante permanente de RFI à Pékin   Le pétrole vénézuélien : un eldorado complexe Des réserves impressionnantes mais problématiques Le Venezuela possède théoriquement 300 milliards de barils de réserves, principalement dans le fleuve Orénoque, ce qui le placerait au premier rang mondial. Cependant, ces chiffres sont contestés et peu vérifiables. Les défis du pétrole vénézuélien Huile extra-lourde : très visqueuse et très soufrée, nécessitant un traitement particulier Coûts élevés : investissements nécessaires entre 60 et 80 dollars par baril Infrastructure vétuste : années de sous-investissement sous sanctions Raffinage complexe : vendu avec une forte décote sur le marché Un intérêt stratégique pour les États-Unis L'outil de raffinage américain est équipé à 70% pour traiter du brut lourd. Le pétrole vénézuélien correspond parfaitement à ces installations, ce qui explique l'intérêt stratégique au-delà de la simple production. « Nous avons construit l'industrie pétrolière vénézuélienne grâce au talent, au dynamisme et aux compétences des Américains. Et le régime socialiste nous l'a volé en recourant à la force. » - Donald Trump La dimension géopolitique Avant l'intervention, 80% de la production vénézuélienne partait vers la Chine. La Russie, via Rosneft, était également très présente. Pour Washington, il s'agit autant de reprendre le contrôle que d'empêcher les concurrents d'y accéder. Impact sur la Chine : premier acheteur menacé Une relation économique majeure en péril La Chine avait prêté environ 60 milliards de dollars au régime vénézuélien, principalement sous Chavez, sous forme de prêts gagés sur des productions futures de brut. Les compagnies chinoises étaient devenues les principaux acheteurs du pétrole vénézuélien. Conséquences immédiates Le pétrole vénézuélien arrivant en Chine est déjà vendu avec des rabais et passe par des circuits logistiques compliqués. Si Washington bloque ou inspecte les cargaisons, les coûts augmenteront considérablement : assurances plus chères, délais plus longs, risques juridiques accrus. Les raffineurs indépendants chinois, appelés « teapots », qui vivent sur les marges, seront particulièrement touchés. Le baril vénézuélien devient « un baril plus compliqué et plus cher ». « La Chine est profondément choquée et condamne fermement l'utilisation éhontée de la force contre un État souverain. Cela constitue une violation grave du droit international. »- Porte-parole du gouvernement chinois Révision stratégique en Amérique latine L'intervention envoie un signal clair à toute la région. Les gouvernements et entreprises doivent désormais calculer : « Si je fais un gros deal chinois dans un secteur sensible, est-ce que j'attire une pression américaine ? » La Chine ne va pas abandonner l'Amérique latine facilement. La région représente des investissements de près de 200 milliards de dollars dans les minéraux critiques, terres rares, or et argent. Cuba : une économie au bord du précipice Une crise structurelle aggravée L'économie cubaine, déjà en crise permanente depuis la chute de l'URSS, risque le coup fatal. Cuba dépend fortement du pétrole vénézuélien pour son système énergétique vétuste. La situation cubaine Dépendance énergétique : les livraisons vénézuéliennes étaient déjà réduites depuis 2017 Réseau électrique défaillant : coupures de courant quotidiennes, en province on parle "d'allumage de courant" Crise démographique : population passée de 11,2 millions à 9,75 millions (voire 8 millions selon des observateurs) Exode massif : 850 000 Cubains entrés aux États-Unis entre 2021 et 2023 « Cuba est un désastre. Il n'y a pas d'économie. Elle s'est complètement effondrée. Tous les gardes qui ont aidé à protéger Maduro étaient cubains. Les Vénézuéliens devraient déclarer leur indépendance vis-à-vis de Cuba. » - Marco Rubio, Secrétaire d'État américain Risque de crise sociale majeure Les manifestations de juillet 2021, les premières de grande ampleur depuis la révolution, ont été sévèrement réprimées. L'inflation galopante, les pénuries alimentaires, la fin progressive des subventions d'État créent un terreau fertile pour un mécontentement social explosif. Le Groenland : la prochaine cible Au-delà du pétrole : les minerais critiques Le Groenland regorge de ressources stratégiques : terres rares, cuivre, or, uranium, et potentiellement pétrole offshore. Ces minerais sont essentiels pour les industries de pointe, l'aéronautique, le spatial et l'intelligence artificielle. Une stratégie d'acquisition multiforme Les États-Unis disposent de nombreux leviers : pression économique sur le Danemark, proposition d'accords type Porto Rico, exploitation du souhait d'indépendance d'une partie des Groenlandais (environ 30% de l'électorat). La réaction européenne sera probablement limitée, l'Union européenne n'ayant ni l'unité ni les moyens militaires pour s'opposer à Washington. Implications économiques mondiales Le libre-échange fragilisé Au-delà des tarifs douaniers qui préoccupaient déjà en 2025, le monde découvre une "course aux riches et aux ressources" avec une dimension militaire. Cette nouvelle réalité fragilise considérablement le commerce international. Le risque de dédollarisation Les grandes économies, y compris l'Inde, s'inquiètent de l'utilisation du dollar dans leurs transactions. L'intervention au Venezuela pourrait accélérer la recherche d'alternatives monétaires. Cependant, la dédollarisation reste un processus lent. Le dollar demeure dominant dans les transferts internationaux et les réserves mondiales. Historiquement, les transitions monétaires nécessitent soit une guerre, soit une période d'hyperinflation. Le nationalisme métallique La véritable confrontation entre puissances ne porte pas sur la guerre commerciale, mais sur l'accès aux ressources essentielles. L'intelligence artificielle nécessite de l'énergie à bas coût et des minerais critiques. Cette course aux matériaux définit la géopolitique de 2026. Zones à surveiller Myanmar (Birmanie) : régime militaire soutenu par la Chine, riche en ressources Pakistan (Gwadar) : port stratégique pour la Chine dans le cadre des nouvelles routes de la soie Canal de Panama : route commerciale critique évoquée par l'administration Trump Honduras et Paraguay : enjeux autour de la reconnaissance de Taïwan Perspectives pour les investisseurs Le Venezuela : un pari très risqué Malgré les déclarations optimistes, le Venezuela reste extrêmement incertain. Les infrastructures sont vétustes, la corruption endémique, et la situation politique imprévisible. Les investissements nécessitent une vision à dix ans minimum. Certains fonds spéculatifs américains s'intéressent déjà aux obligations d'État vénézuéliennes, qui ont bien performé ces derniers mois. Mais ce sont des stratégies à très haut risque, réservées aux professionnels. Prudence régionale Les investisseurs adoptent une approche prudente sur l'ensemble de l'Amérique latine. Le risque n'est plus seulement la corruption classique des pays émergents, mais un vrai risque d'instabilité géopolitique et d'intervention américaine. La dette vénézuélienne En cas de stabilisation du pays, la dette vénézuélienne pourrait devenir attractive. Cependant, de nombreux obstacles subsistent : contrôles de capitaux stricts, incertitudes juridiques, et nécessité de réformes profondes. Conclusion : l'ère du nationalisme des ressources L'opération "Absolute Resolve" marque un tournant dans la géopolitique mondiale. Elle révèle une doctrine américaine claire : contrôler "l'hémisphère occidental" et ses ressources, éjecter les concurrents chinois et russes de la zone d'influence américaine. Cette approche s'inscrit dans une vision d'"aires civilisationnelles", rappelant la doctrine Monroe du XIXe siècle. Les États-Unis affirment leur droit à dominer leur sphère géographique, comme la Russie le fait avec l'espace slave et la Chine avec sa région. Pour les investisseurs et les entreprises, le monde devient plus fragmenté et plus risqué. Les matières premières, les minerais critiques et les routes commerciales définissent les nouveaux champs de bataille économiques. Cette réalité va structurer l'économie mondiale en 2026 et au-delà. « L'avenir sera déterminé par notre capacité à protéger le commerce, les territoires et les ressources qui sont essentielles à notre sécurité nationale. Tout comme les droits de douane, ils permettent à notre pays de s'enrichir. » - Donald Trump 🎵 Musique : Elena Rose / Alma
Éco d’ici, Eco d’ailleurs donne la parole à six étudiants de Sup de Co Dakar venus du Sénégal, du Gabon, du Bénin et du Togo pour comprendre comment la jeunesse africaine envisage l’économie de demain. Comment ces futurs décideurs voient-ils leur rapport au monde du travail, au leadership et à l’entrepreneuriat ? Quelles sont leurs idées pour accomplir le développement du continent, via le numérique et la finance, sans épuiser ses ressources ? L'émission est enregistrée dans les locaux de leur école de management (Sup de Co Dakar), tournée vers l'international et qui a l'ambition de former des cadres capables de transformer les économies sans nécessairement s’expatrier.   Dior Cécile Rock – Étudiante sénégalaise, Business Administration Spécialité : Management et développement durable. « On ne peut pas parler de croissance sans parler de durabilité. » « En tant que jeune, on entre d’abord dans une entreprise pour apprendre, mais aussi pour innover. » « Les entreprises doivent intégrer la RSE comme une véritable stratégie, surtout les PME. » Seynabou Touré – Étudiante sénégalaise, Relations internationales Spécialité : Diplomatie et coopération internationale. « Qui dit relations internationales dit forcément s’ouvrir au monde. » « L’Afrique est la première victime du réchauffement climatique. » « La diplomatie verte doit devenir centrale dans les politiques africaines. » Diawo Sarr – Étudiante sénégalaise, Business Administration (parcours anglophone) Spécialité : Leadership et entrepreneuriat féminin. « L’entrepreneuriat féminin prend de plus en plus d’ampleur en Afrique. » « Un métier n’est pas destiné à un homme ou à une femme, mais à des compétences. » « Les femmes doivent oser aller jusqu’au bout de leurs ambitions. » Alec Mbou Gandji – Étudiant gabonais, Finance Spécialité : Finance et inclusion financière. « Comprendre les mécanismes de la finance est indispensable au développement de l’Afrique. » « Le numérique a un rôle clé à jouer dans l’inclusion financière, y compris en zone rurale. » « La formation est le point de départ de toute transformation économique durable. » Aurel Kolani – Étudiant togolais, Numérique Spécialité : Technologies digitales et intelligence artificielle. « Le numérique peut apporter une véritable révolution dans tous les secteurs en Afrique. » « L’éducation est la base de toute économie performante. » « La transition écologique passe aussi par une meilleure gestion des déchets et des ressources. » Francis Hounye – Étudiant béninois, Logistique et transport Spécialité : Transport aérien et logistique. « Le transport et la logistique sont des piliers stratégiques du développement africain. » « Les infrastructures modernes sont indispensables à l’intégration économique du continent. » « Il faut fixer des objectifs clairs et progresser étape par étape dans ce secteur. » Abdoul Aziz Sy – Directeur général de Sup de Co Dakar « Sup de Co Dakar est la concrétisation d’un rêve né dans les années 1990 : former des managers africains ici, sans s’expatrier. » « Nous avons convaincu les entreprises par la qualité des diplômés que nous mettons sur le marché. » « La pluralité des écoles et des offres est une chance pour que chaque jeune trouve sa voie. » L'école Sup de Co Dakar a été fondée par Aboubacar Sedikh SY. Décédé le 27 octobre 2025, il fut un précurseur de l’enseignement supérieur privé au Sénégal et a présidé la Fondation du Secteur Privé pour l’Education (FSPE) 💻 Réalisation Ibrahima Ba / Guillaume Munier 🎶 Choix musicaux :  🎵 Kati-K – L’Oiseau Rare  🎵 Yin Ko Yi - OPA 🎵 Kaay Waay - VJ
L'année 2025 restera comme une année charnière pour l'économie mondiale, marquée par le retour tonitruant de Donald Trump à la Maison-Blanche et ses décisions commerciales radicales. Cette émission spéciale d'Éco d'ici, éco d'ailleurs revisite, avec les experts qui sont intervenus à notre micro, les moments clés d'une année économique tumultueuse, entre guerres commerciales, crises géopolitiques, révolution de l'intelligence artificielle et urgence climatique.   🇺🇸 LA GUERRE COMMERCIALE DE TRUMP Le "Jour de la Libération" Le 2 avril 2025, Donald Trump annonce ce qu'il appelle le "Jour de la Libération" : une vague massive de droits de douane qui secoue l'économie mondiale. Kenneth Bertrams, professeur d'histoire économique à l'Université libre de Bruxelles, rappelle qu'on n'avait pas vu une déflagration de cette ampleur depuis 80 ans, depuis la Seconde Guerre mondiale. Les racines historiques du protectionnisme américain Trump justifie sa politique en évoquant l'âge d'or américain de 1789 à 1913, période durant laquelle les États-Unis auraient été "extrêmement riches" grâce aux tarifs douaniers. Selon lui, dans les années 1880, les États-Unis collectaient tellement d'argent qu'ils ne savaient pas quoi en faire. Mais l'historien Kenneth Bertrams tempère ces affirmations : ces références historiques sont approximatives et les données de l'époque très floues. La véritable naissance de la souveraineté économique américaine date de 1776, avec la déclaration d'indépendance motivée avant tout par des raisons fiscales. Les colons de l'Est voulaient s'affranchir de l'Empire britannique pour obtenir leur souveraineté fiscale et économique. Les précédents historiques Le XIXe siècle a connu des cycles protectionnistes alternant avec des périodes plus libérales. En 1823, la doctrine Monroe instaure un isolationnisme géopolitique. Mais c'est surtout la crise de 1929 qui marque les esprits : en 1930, le président Herbert Hoover ratifie le Smoot-Hawley Tariff Act, augmentant les tarifs de 6 à 8,1%, malgré la protestation de plus d'un millier d'économistes. Cette mesure accélère la détérioration des échanges et enfonce le monde dans la crise. C'est Franklin Roosevelt qui, en 1934, remet en place une approche plus raisonnée avec le Reciprocal Tariff Act, préfigurant le moment libéral qui s'affirmera avec Bretton Woods en 1944. Citation clé : "On n'a pas vécu une déflagration de telle ampleur depuis 80 ans. Il faut se reporter avant la Seconde Guerre mondiale pour voir un choc d'une telle ampleur." — Kenneth Bertrams, professeur d'histoire économique Trump n'a pas inventé le protectionnisme moderne Kenneth Bertrams rappelle que Donald Trump n'est pas le premier président américain à recourir aux droits de douane. Dans les années 1980, Ronald Reagan augmente les barrières douanières face au Japon, notamment sur les voitures et l'électronique. Barack Obama fait de même sur l'acier lors de périodes de crise. Mais la différence avec Trump, c'est l'ampleur : un "paquet global" d'augmentation des tarifs que l'historien juge "extrêmement risqué, si pas complètement absurde." 💼 LES VICTIMES DU PROTECTIONNISME Témoignage du terrain : Gustavo Reyes à Houston À Houston (Texas), Gustavo Reyes incarne ces commerçants américains pris dans la tourmente. Son entreprise de vente en gros importe 85 à 90% de ses produits (fruits, légumes, viandes, fromages, produits mexicains) du Mexique. Face aux droits de douane, impossible d'absorber les hausses : "On a une marge très faible. On est en concurrence avec de grandes entreprises. C'est impossible. On ne peut pas absorber les droits de douane, on est obligé de les répercuter sur les clients", explique-t-il au micro de Nathanaël Vittrant, journaliste au service économie de RFI. Le problème ne vient pas uniquement des droits de douane. La politique d'immigration aggrave la situation : "À peu près 95% de nos clients sont hispaniques. Si tu descends dans la rue jusqu'au marché des producteurs, il n'y a personne. Surtout en janvier. Tout le monde avait peur, tout était fermé. Les gens ne voulaient pas sortir de chez eux. Ça nous impacte beaucoup."     🇨🇳 LA CHINE : UN GÉANT VULNÉRABLE Les inquiétudes de Pékin Le Premier ministre chinois Li Qiang s'inquiète publiquement : "Tout l'environnement international devient plus complexe et alarmant, ce qui pourrait avoir un impact important sur notre commerce, notre secteur technologique. L'unilatéralisme et le protectionnisme gagnent du terrain et déstabilisent l'économie mondiale." Le piège du modèle exportateur Benjamin Bürbaumer, maître de conférences en sciences économiques et spécialiste de l'économie politique internationale, explique le déséquilibre macroéconomique chinois : consommation très faible et investissement très important. "Cette équation ne peut fonctionner que si la Chine exporte des marchandises, si elle exporte des capitaux." L'économie chinoise est donc "nécessairement extravertie" et cela la rend "nécessairement vulnérable aux aléas, aux évolutions de l'économie mondiale." 30 ans d'annonces sans résultat Depuis 30 ans, les autorités chinoises annoncent vouloir basculer leur économie vers la demande intérieure, mais ça n'arrive jamais. Pourquoi ? "Il y a toute une série d'intérêts au sommet de l'État chinois. Les grandes entreprises visent à continuer le modèle exportateur, puisqu'il est hautement profitable pour une petite poignée ou même un grand nombre d'entreprises, et partant de là aussi pour l'État chinois. Mais le déséquilibre, il est là et à un moment il faudra y faire face." RUSSIE / UKRAINE : L'EFFICACITÉ DES SANCTIONS EN QUESTION Près de quatre ans de guerre Près de quatre ans après le début de l'offensive russe, la question de l'efficacité des sanctions économiques et financières européennes se pose. Un accord équitable est-il possible ? 2026 apportera peut-être la réponse. L'analyse de Charlotte Emlinger, économiste au CEPII Charlotte Emlinger, du CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), explique qu'on peut mesurer l'impact des sanctions sur les flux commerciaux. Les résultats montrent une baisse importante des échanges entre la Russie et les pays sanctionnateurs, tant à l'export qu'à l'import. Mais la Russie contourne "Après, est-ce que ça a vraiment un impact pour la Russie ? C'est une autre question puisque la Russie a pu se tourner vers d'autres fournisseurs." Le paradoxe des biens stratégiques Paradoxe majeur : "Quand on regarde les données, on se rend compte que la Russie a continué d'importer ses biens stratégiques et non seulement elle a continué de les importer, mais elle les a même encore plus importés. Pourquoi ? Parce qu'elle en a encore plus besoin, parce qu'elle est en guerre." Ces autres fournisseurs, essentiellement la Chine, fournissent ces biens à des prix plus élevés qu'auparavant. Les limites des "smart sanctions" Les sanctions ciblées ("smart sanctions") visent à éviter les dommages collatéraux sur les populations. Mais Charlotte Emlinger constate qu'elles ne marchent "pas très très bien" : Difficile de vraiment cibler Effets d'externalité sur le reste de l'économie Le gouvernement russe compense, ce qui coûte au contribuable russe au final Exemple : cibler une banque impacte tous les ménages russes qui dépendent de ce système financier. EUROPE : COURSE AUX ARMEMENTS ET NOUVEAUX DÉFIS 200 milliards d'euros mobilisés Face à la menace russe devenue "une menace pour la France et pour l'Europe" selon les autorités, l'UE mobilise près de 800 milliards d'euros pour la défense et la résilience. "C'est un moment pour l'Europe et nous sommes prêts à monter en puissance," affirme la Commission. La multiplication des espaces d'affrontement Julien Malizard, économiste de la défense, souligne une transformation majeure : "Aujourd'hui, on a une multiplicité des espaces d'affrontements. Dans le domaine spatial, dans le domaine du cyber, dans le domaine des fonds sous-marins. Et en fait, ça ne remplace pas les domaines traditionnels (terre, air, mer), ils ne font que se rajouter aux domaines classiques." Conséquence : des investissements supplémentaires dans chacun de ces domaines, des investissements coûteux et pas forcément prévus. L'intelligence artificielle militaire La création récente de l'AMIA (Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense) illustre ces nouveaux besoins. "C'est important de pouvoir se dire qu'on va maîtriser les technologies pour l'intelligence artificielle avec les applications pour la défense." Mais ces investissements créent des effets de substitution dans des enveloppes budgétaires déjà utilisées pour d'autres programmes. D'où l'importance de l'échelle européenne pour atteindre la taille critique nécessaire.   🇪🇺 L'EUROPE : INNOVATION EN PANNE ET SOUVERAINETÉ FRAGILE L'analyse de Jean Tirole, Prix Nobel d'économie 2014 Le prix Nobel d'économie français analyse les conséquences pour l'Europe. Les droits de douane de 15% acceptés par les Européens sont "inouïs" et créent une double inefficacité économique : Renchérissement des coûts dans les pays Incitation au repli sur soi et fin de la division internationale du travail Un désordre structurel ? Jean Tirole parle plutôt d'un "repli sur soi" : des zones où on se refait confiance, avec des échanges relativement libres, et entre zones, c'est plus compliqué. L'incertitude créée paralyse les industriels qui ne savent plus où investir pour leurs usines. "C'est un système inefficace, fondamentalement." L'économiste espère qu'après le départ de Trump, le monde reviendra à la raison, mais reconnaît : "Je l'espère. Mais nul ne peut parier." Le constat accablant du rapport Draghi Le vrai problème européen est structurel. Le rapport Draghi a posé un constat accablant que tout le monde a aimé mais qui "n'est pas très suivi" : l'Europe souffre d'un "déficit total d'innovation". Malgré les talents en quantité, ce ne sont pas les Européens qui possèdent les grandes plateformes tech ou biotech, ni les s
Dans cette émission spéciale, quatre journalistes économiques basés à Paris, Montréal et Yaoundé dressent le bilan de l'année 2025 dans le monde : le grand basculement géopolitique, le retour préparé et pragmatique de Trump, l'impact différencié sur le reste du monde, la révolution de l'IA et le recul écologique, les enjeux africains et l'émergence du Sud global, l'omniprésence de endettement la paralysie française, le retour de l'État stratège. NOS INVITÉS 👉 Béatrice Mathieu, rédactrice en chef à l'hebdomadaire français L'Express 👉 Jean-Marc Vittori, éditorialiste au quotidien français Les Échos 👉 Gérald Fillion, présentateur de l'émission Zone Économie sur Radio-Canada 👉 Hervé Fopa Fogang, rédacteur en chef du quotidien L'Économie (Cameroun)   QUELQUES CITATIONS 🎤 Sur l'évolution de l'économie mondiale 💬 « L'année 2025 est celle où la géopolitique a pris le pas sur l'économie. C'est un renversement total. »  💬 « Le nationalisme économique pose un énorme problème existentiel pour l'Europe, puisque l'Europe n'étant pas une nation, toute décision prend beaucoup plus de temps. » 💬 « On voit se former ce Sud global qui se définit surtout par une opposition à l’Occident. » 🎤 Sur le retour au pouvoir de Donald Trump 💬 « Donald Trump a réalisé ce qu'il avait prévu de faire. » 💬 « Donald Trump est arrivé au pouvoir nettement mieux préparé que huit ans plus tôt. Il a déroulé son programme et les nominations qui vont avec. » 💬 « Au-delà des tarifs douaniers, c'est l'incertitude que Donald Trump jette sur l'économie qui retient les investisseurs et les entreprises d'investir au Canada. » 💬 « Après l'annonce de la suspension des financements américains contre le sida au Cameroun, les associations ont exprimé des inquiétudes mais le gouvernement a promis d’assurer la continuité des services contre le VIH. »   🎤 Sur le financement de la transition écologique 💬 « Il y a un backlash sur les montants et sur les échéances de la transition écologique. » 💬 « Les États ne veulent pas mettre autant d’argent sur la décarbonation que ce qu’ils avaient prévu dans le laps de temps initial. » 💬 « On recule sur certaines échéances climatiques par pragmatisme, parce qu’on avait voulu être plus royaliste que le roi. »   🎤 Sur la révolution de l'IA 💬 « Dans la course à l'IA, les Européens sont des nains par rapport aux géants américains. » 💬 « Ce n’est pas parce qu’un pays est à la pointe d’une innovation qu’il y a progrès social et économique. » 💬 « Le grand événement de l'année en matière d'intelligence artificielle, c'est le lancement de DeepSeek, un système chinois extrêmement performant et beaucoup moins consommateur d'énergie. » 💬 « Avec l'IA, Les revenus vont se concentrer vers les détenteurs de capital, pas de travail. » 🎤 Sur les problématiques des États 💬 « L'État est un acteur absolument nécessaire dans l'économie, il faut qu'il soit puissant et qu'il sache où aller. En France et en Europe, on a l'impression que cette stratégie n'est pas claire. » 💬 « Le chômage croissant et des salaires jugés insuffisants poussent des milliers de jeunes Camerounais à partir. » 💬 « La Chine est devenue le principal créancier bilatéral du Cameroun pour financer les grands projets comme les routes, les barrages et des hôpitaux. » 💬 « On ne résoudra pas les inégalités en France avec la taxe Zucman, mais en repensant la fiscalité de l’héritage. » 💻 Émission réalisée par Sophie Janin. 🎵 Choix musical : Rosalia - Dios es un stalker
Au-delà du sport, la CAN 2025 de football est un rendez-vous économique crucial pour le pays hôte, le Maroc, et pour l’ensemble de l’Afrique. C'est le cas aussi des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026 au Sénégal. Le sport business africain est en plein essor : selon le cabinet de conseil PWC, le marché pourrait plus que doubler d’ici 2028 et devenir l’un des plus dynamiques au monde. Visionner l'émission en vidéo ici Pour analyser ces enjeux : Will Mbiakop, président de l’African Sports and Creative Institute, organisateur du Game Time Investment Summit, un forum d’affaires rassemblant décideurs, investisseurs, sportifs de haut niveau et entreprises du secteur. Mike Coffi, investisseur et directeur général d’Africa Capital Market Corporation et fondateur Detect Pro Fund Désiré Koussawo, président de SAGES Africa (e-sport), 1. Le sport business en Afrique : un marché en expansion La croissance du sport business africain repose sur : la professionnalisation des acteurs, la montée des investissements privés, l’intérêt des grandes organisations sportives mondiales, l’impact des grands événements organisés sur le continent. 2. Qui gagne de l’argent lors d’une CAN ? Les bénéficiaires directs : La CAF, qui perçoit droits TV, sponsoring, billetterie. Les fédérations, qui reçoivent une partie des revenus redistribués. Le pays hôte, grâce à : l’hôtellerie, le tourisme, les transports, les services, la construction et rénovation d’infrastructures. La performance de l’équipe nationale augmente aussi l’impact économique, comme en Côte d’Ivoire en 2024. 3. Infrastructures, risques et stratégie à long terme Les ambitions marocaines : préparation pour la CAN 2025, anticipation de la Coupe du monde 2030, investissements massifs comparables à ceux de l’Afrique du Sud. Les risques évoqués : les “éléphants blancs”, infrastructures inutilisées après l’événement, un modèle économique parfois trop dépendant des finances publiques. 4. Comment financer le sport en Afrique ? Le sport africain ne peut plus reposer uniquement sur l’État ou le mécénat. Priorité : attirer les investisseurs privés. Conditions nécessaires : incitations fiscales, cadre juridique solide (propriété intellectuelle, droits, contrats), régulation transparente, soutien aux start-up (sports tech, événementiel, data, tourisme sportif). 5. Détection des talents : un investissement possible Intervenant : Mike Coffi, fondateur de Detect Pro Fund, un fonds d’investissement dédié à la détection et la formation de jeunes footballeurs. Son modèle : Démarrage au Sénégal avec le Paris Saint-Germain, Nouveau centre en Côte d’Ivoire en partenariat avec l’AC Milan, à Dimbokro (près de Yamoussoukro). Objectifs : Former 100 jeunes en 5 ans, Catégories U15 et U17, Formation sportive + éducation scolaire, Standard technique inspiré des meilleurs clubs européens. Modèle économique : Valorisation des joueurs transférés en Europe, Partenariats, Sponsoring, Effets sociaux (emploi local, formation, scolarité). 6. Diversification du sport business en Afrique Le football reste central, mais d’autres disciplines connaissent une montée en puissance : Basketball, avec la Basketball Africa League, Sports de combat, comme la lutte sénégalaise ou le MMA, Padel en expansion dans plusieurs métropoles africaines, Investissements du Golfe 7. L’e-sport : un secteur en forte croissance Intervenant : Désiré Koussawo, Président de SAGES Africa. Pourquoi l’Afrique est prometteuse ? population jeune, pénétration rapide du mobile, attractivité des compétitions, hybridation musique/jeux/sport. Les obstacles : mauvaise connectivité, matériel coûteux, manque de studios africains, faible financement de l’industrie. Lien avec les grands événements : Les compétitions (CAN, Coupe du monde, Ligue des Champions) boostent les jeux vidéo comme FIFA. 8. Médias, streaming et droits TV le mobile et l’audiovisuel sont devenus des moteurs du sport, la data et le streaming deviennent des sources de revenus majeures, l’acquisition de Multichoice par Canal+ pourrait transformer le marché africain des droits sportifs.
Chef étoilé, entrepreneur, président de l’Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) et figure engagée, Thierry Marx revient dans cet entretien exclusif sur ses combats : reconstruction en Ukraine, difficultés du secteur de l'hôtellerie-restauration et vision de l’alimentation de demain. Dans un contexte de crise économique, de déserts ruraux et de mutation profonde des métiers de l'accueil, Thierry Marx propose une vision lucide, politique et profondément humaine.  L'émission est à découvrir en vidéo en cliquant ici Au micro de Bruno Faure (RFI), Thierry Marx aborde : 👉 son action pour l'Ukraine, la formation d'apprentis pour aider à la reconstruction et au développement du pays 👉 la solidarité de villes françaises comme Le Havre avec l'intervention de l'adjointe au maire chargée des relations internationales Caroline Leclercq 👉 le partenariat avec l'ONG Stand With Ukraine représentée par son fondateur Edward Mayor 👉 la cuisine moléculaire et l’innovation gastronomique  👉 son engagement en tant que président de l’UMIH  👉 la crise historique que traversent les cafés, hôtels et restaurants 👉l'importance de la transmission des compétences avec l'intervention de la cheffe à domicile d'origine sénégalaise Ker Astou 👉la question épineuse du recours à la main-d'œuvre immigrée 👉 la question de la TVA, de la fiscalité et de la rentabilité 👉 l’importance des circuits courts et du fait-maison  👉 la fracture alimentaire en France  👉 sa passion pour le judo et la culture asiatique.
Marc Kamgaing, fondateur et dirigeant de Harvest Asset Management, société de gestion indépendante basée à Douala (Cameroun) est notre grand invité de l'économie RFI-Jeune Afrique. Sa mission : mobiliser l'épargne locale pour financer le développement économique en Afrique centrale, accompagner des projets d'infrastructures majeurs (barrages, autoroutes, hôpitaux). Découvrez l'émission en vidéo ici Au micro de Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique), Marc Kamgaing aborde plusieurs thèmes : 👉 Le développement de l'épargne en Afrique  👉 L'éducation financière et l'inclusion des femmes 👉 La transformation des tontines en produits d'épargne structurés 👉 Le financement des États et des entreprises via les marchés de capitaux 👉 Les réformes nécessaires des systèmes de retraite en Afrique avec l'intervention de Cédric Mbeng, expert des systèmes financiers africains 👉 L'endettement des États africains comme le Sénégal 👉 Les suites de l'élection présidentielle au Cameroun 👉 Les projets de développement du Tchad 👉 La réforme du franc CFA 👉 Le rôle de l'épargne locale face aux cryptomonnaies. 🎧 Retrouvez nos invités de l'économie ici.
L'histoire de l'industrie dans le monde est semée de grandes réussites... et d'échecs parfois retentissants. L'exposition "Flops ?!" au Musée des arts et métiers à Paris met en lumière quelques ratages de l'innovation ou du marketing dans le monde. Du jeu de société Trump aux lasagnes Colgate, de la Renault 14 comparée à une poire au navire de guerre suédois Vasa coulé dès sa mise à l'eau, ces ratés nous enseignent autant, sinon plus, que les succès éclatants. NOS INVITÉS 🎤 Marjolaine Schuch, co-commissaire de l'exposition "Flops ?! Oser, rater, innover" au Musée des Arts et Métiers à Paris 🎤 Gilles Garel, professeur titulaire de la Chaire de gestion de l'innovation du CNAM 🎤 Vincent Charlet, délégué général de la Fabrique de l'industrie. Les grands échecs qui ont marqué l'histoire Ariane 5 : 37 secondes qui coûtent cher Le 4 juin 1996, le vol inaugural d'Ariane 5 s'achève en catastrophe après seulement 37 secondes de vol. Un logiciel inadapté à la puissance des nouveaux moteurs provoque l'explosion du lanceur européen. Malgré cet échec initial, Ariane deviendra une référence absolue dans l'industrie spatiale, démontrant qu'un échec peut être surmonté pour construire un succès durable. Le Vasa : le naufrage d'un rêve royal Entre 1626 et 1628, la Suède construit un navire de guerre somptueux pour son roi. Problème : le Vasa coule dès sa première mise à l'eau dans la baie de Stockholm. Une conception démesurée et un donneur d'ordre exigeant ont conduit à cette catastrophe. Aujourd'hui, ce bateau renfloué est devenu le deuxième musée le plus visité de Suède, transformant un échec cuisant en succès touristique. La Renault 14 : quand on prend les clients pour des poires À la fin des années 1970, Renault lance une campagne publicitaire comparant sa nouvelle voiture à une poire. En France, où l'expression "prendre quelqu'un pour une poire" signifie le considérer comme un idiot, l'opération marketing se retourne contre la marque. Un exemple parfait de communication mal étudiée malgré des moyens importants. Le Minitel : trop en avance puis trop en retard Lancé dans les années 1980, le Minitel français a été le premier objet communicant grand public, permettant de consulter ses comptes bancaires, la météo ou les annuaires. Paradoxalement, ce succès initial a ralenti le déploiement d'Internet en France. Le modèle économique du Minitel, notamment son système de kiosque, inspirera pourtant Steve Jobs pour créer l'AppStore d'Apple. Les facteurs d'échec La relation entre donneurs d'ordre et concepteurs Dans le cas du Vasa comme dans celui du projet Aramis (un métro sans conducteur développé pendant 17 ans en région parisienne), le désalignement entre les différents acteurs a conduit à l'échec. Lorsqu'on travaille pour un dirigeant autoritaire, la capacité à remettre en question les décisions est faible et les lanceurs d'alerte peinent à se faire entendre. Et lorsque de multiples institutions sont impliquées, le chacun pour soi peut prendre le dessus. Le mauvais timing Le Bi Bop, téléphone portable des années 1990, nécessitait d'être proche d'une borne relais pour fonctionner. L'infrastructure n'était pas encore là, et surtout, les usages n'étaient pas compris : les gens avaient déjà des téléphones fixes et des cabines téléphoniques, ils ne voyaient pas l'intérêt d'être joignable partout. L'erreur de positionnement Quand McDonald's tente de lancer un burger gastronomique haut de gamme, ou que Colgate veut vendre des plats préparés, le public ne suit pas. L'identification trop forte à un secteur particulier empêche la diversification. Un mauvais produit En 1989, sortie du jeu de société Trump the Game, adaptation du Monopoly. C'est un échec commercial (800.000 exemplaires vendus). Le jeu est jugé compliqué et ennuyeux. Les leçons pour réussir L'importance du contexte L'automobile s'est développée en France à la fin du XIXe siècle car le pays possédait déjà des industries mécaniques développées et le meilleur réseau routier au monde. L'environnement favorable est aussi crucial que l'innovation elle-même. Aux Etats-Unis, Henry Ford comprend le premier l'intérêt de vendre des véhicules au plus grand nombre? La persévérance Le Rafale, avion de chasse français, a connu des débuts commerciaux difficiles avant de s'imposer sur le marché international. La qualité technique et opérationnelle finit par payer, même si le succès commercial prend du temps. L'apprentissage par l'échec Comme le souligne Gilles Garel, la culture de la sécurité ferroviaire de la SNCF s'est construite après les premiers accidents mortels. Dans les industries où le risque est élevé, chaque échec engendre des efforts colossaux pour améliorer la fiabilité. Innovation, recherche et développement : ne pas confondre La recherche produit des connaissances. Le développement déploie des projets jusqu'au marché. L'innovation, elle, nécessite des idées créatives portées par des valeurs. Ces trois dimensions doivent s'articuler pour réussir. L'Europe face aux défis de l'innovation Comparée aux États-Unis, l'Europe souffre d'un marché fragmenté en 27 pays avec autant de réglementations différentes. L'absence de fonds de pension limite également l'accès au capital-risque. Pourtant, le problème n'est pas tant dans la capacité des entreprises européennes à innover que dans l'apparition de nouveaux entrants et de startups. L'enjeu aujourd'hui : articuler la contrainte climatique avec les besoins d'innovation, en évitant l'obsolescence programmée et en construisant une industrie durable.   ENTRETIEN: MAROC 2035, DE l'ÉMERGENCE ÉCONOMIQUE A LA PUISSANCE PIVOT ? Dans un rapport remis en octobre 2025 pour l'Institut Choiseul, Yasmina Asrarguis, chercheuse associée à l'Université de Princeton aux États-Unis, décrypte la transformation du Maroc sous l'impulsion du Roi Mohammed VI. Industrialisation, infrastructures, diplomatie d'équilibre : comment le royaume s'est imposé comme carrefour stratégique entre l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient. De la victoire diplomatique sur le Sahara occidental aux défis de la jeunesse, des inégalités sociales et territoriales en passant par l'organisation d'événements sportifs comme la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030, cette analyse approfondie explore les forces et les faiblesses d'un pays en pleine mutation. Entretien à découvrir en intégralité et en vidéo ici  💻 Émission réalisée par Guillaume Munier 🎵 Choix musical : Tribeqa - Respire
Le Mali traverse une crise énergétique exceptionnelle : files d’attente interminables devant les stations-service, coupures d’électricité, activités paralysées, conséquences d’un blocus imposé par les groupes jihadistes dans ce pays déjà parmi les plus pauvres du monde. Les invités d'Eco d'ici Eco d'ailleurs décrypte la stratégie de ceux qui ont lancé ce bras de fer économique avec le pouvoir malien dirigé par des militaires. 💬 Témoignage de Mohamed Sanou Nientao — Homme d’affaires et dirigeant politique (UDD) originaire de Mopti, aujourd’hui en exil Les habitants de Mopti n’ont « même pas une seconde d’électricité » depuis le 7 octobre Les revenus se sont effondrés, l’eau est distribuée quelques heures par jour, et la route vers Bamako est totalement contrôlée par les groupes jihadistes. 🗨️ « Il faut faire bloc, mais pour pouvoir faire bloc, il faut au moins avoir de quoi nourrir la famille. » 👉 Une crise multiforme : économie, sécurité, humanitaire La crise du carburant au Mali n’est pas une simple pénurie : c’est une guerre économique où le carburant est utilisé comme une arme stratégique par les groupes jihadistes. Les effets se font sentir : À Bamako, paralysée et sous tension Dans les régions, isolées, privées d’électricité et d’eau Dans les pays voisins, qui voient leur commerce perturbé Dans les ports, où les flux logistiques sont ralentis Pour les ménages, dont le pouvoir d’achat s’effondre. Cette pénurie déclenche un effet en chaîne : transports bloqués → marchandises rares → inflation → pauvreté → tensions sociales. 🎤  Modibo Mao Makalou — Économiste, consultant indépendant, en ligne de Bamako, analyse les mécanismes économiques derrière la crise et rappelle que : L’économie malienne dépend à 60 % du commerce extérieur. Les hydrocarbures représentent un levier essentiel car le Mali ne produit pas de carburant. Le blocus imposé par le JNIM depuis septembre 2025 cible les axes venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, empêchant l’arrivée du carburant à Bamako. Les effets : flambée des prix, crise du transport, coupures d’électricité, paralysie industrielle. 🗨️ « Nous sommes dans un contexte difficile au Mali en ce moment. Nous traversons une crise multidimensionnelle depuis 2012. » 🎤 Bakary Sambe — Directeur du Timbuktu Institute en ligne du Sénégal apporte un regard régional et explique comment : Les groupes djihadistes ont instauré une véritable économie du jihad fondée sur les taxes, le vol de bétail, l’orpaillage et les enlèvements contre rançon. Leur objectif est double : affaiblir les États et financer leur montée en puissance. 🗨️ « Avec une manne financière aussi importante, cela inquiète les pays de la région sur la capacité du groupe à s’armer et à perturber la quiétude. » Webinaire du Timbuktu Institute : Quel est le projet du JNIM ? 🎤 Mathieu Couttenier — Économiste, professeur à l’ENS Lyon et auteur de l'ouvrage «L'économie de la violence - A qui profite la guerre ?» (Éditions Les Léonides), met la crise malienne en perspective : Les conflits perturbent les chaînes de valeur, La violence détruit l’activité économique, Et la pauvreté alimente à son tour les conflits. 🗨️ « Les conséquences de la violence aujourd’hui nourrissent la violence de demain. Il faut impérativement s’appuyer sur ce que l’on sait d’expériences passées. » 🎤 Flore Berger — Analyste à l'Observatoire des économies illicites en Afrique de l'Ouest de la Global Initiative against Transnational Organized Crime, explique que : Ces groupes ont désormais la capacité « d’étendre cette influence territoriale au-delà de leurs zones traditionnelles Une véritable économie parallèle se structure sur la taxation, les routes contrôlées et l’exploitation des ressources. 🗨️ « C’est tout un système économique qui est en train de s’installer, et il devient extrêmement difficile pour les États de le concurrencer ». 🌍 Cette perspective régionale montre que la crise malienne n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un continuum sahélien où la sécurité des corridors commerciaux conditionne la survie économique des capitales intérieures. 🇨🇮 Récit de Benoît Almeras — Correspondant RFI à Abidjan, illustre la dépendance du Mali vis-à-vis de la Côte d’Ivoire : La Côte d’Ivoire a livré près de 1,2 million de m³ de produits pétroliers au Mali en 2024, soit plus de la moitié des importations maliennes d’hydrocarbures Les prix ont flambé au marché noir, tandis que les entreprises ivoiriennes (Gestoci, SIR) ont dû renforcer la sécurité de leurs convois. Le port d’Abidjan voit revenir moins de camions, et les tarifs du transport ont parfois doublé en raison des risques encourus. 🇹🇩 Récit de Nadia Ben Mahfoudh — Correspondante RFI à N'Djaména, décrit les enjeux économiques de la présence du groupe Boko Haram dans la région du lac Tchad. Boko Haram s’est installé dans cette zone car elle est très loin de la capitale et que l’État est davantage présent par un dispositif coercitif, de contrôle L’absence des services de base tels que les routes, les écoles, les centres de santé favorise la misère et l’analphabétisme, terreau favorable à l’implantation des terroristes Les circuits informels sont déstabilisés par la présence de Boko Haram. 🎵 Notre choix musical : Baby Myria - Malakey 💻 Réalisation : Guillaume Buffet - Guillaume Munier.
Depuis sa réélection en novembre 2024, Donald Trump aura chamboulé bien des pans de l'économie, notamment le commerce international, mais il a aussi annoncé des mesures majeures pour le système financier. Le Genius Act favorise le développement des stablecoins adossés au dollar, renforçant la puissance monétaire des États-Unis et obligeant les autres blocs à réagir. 👉 Pour décrypter la politique de Trump 2.0, Eco d'ici Eco d'ailleurs s'est déplacé aux Journées de l'Économie à Lyon, événement réunissant des économistes et décideurs de très haut niveau pour réfléchir aux grands enjeux du monde, à commencer par Jean Tirole, Nobel d'économie 2014 pour ses travaux sur l'analyse du pouvoir de marché et de la régulation et président honoraire de la Toulouse School of Economics 🎙️ Jean Tirole, prix Nobel d'économie 2014 « Aux États-Unis, les inégalités sont gigantesques, et avec l’intelligence artificielle, sans système social, cela va être une catastrophe. » « Sans souveraineté militaire, pas de souveraineté économique. » « Un pays qui ne voit plus vers l’avenir de ses enfants est un pays qui va être décadent. »   👉 Par ailleurs, Bruno Faure (RFI) a animé une conférence intitulée «L'arme méconnue des paiements internationaux» qui a permis un échange riche entre Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure de la Banque de France ; Isabelle Mateos y Lago, cheffe Économiste du groupe BNP Paribas ; Marianne Demarchi, directrice générale Europe - Moyen Orient – Afrique du réseau SWIFT et Marc-Olivier Strauss-Kahn, directeur général honoraire de la Banque de France, professeur à l'ESCP, l'ESSEC, HEC et SciencesPo. Un résumé de la conférence à partir de 40'00'', elle est à visionner dans son intégralité ici 🎙️ Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure de la Banque de France « Personne n’a intérêt à une crise brutale du dollar, elle mènerait à une crise financière. » « Les États-Unis ont choisi de privatiser la monnaie. Pour l’Europe, c’est une opportunité. » 🎙️ Isabelle Mateos y Lago, cheffe économiste de BNP Paribas « 99 % des 350 milliards de stablecoins sont adossés au dollar. L’Europe n’est nulle part. «  Il y a plus d'émission de stablecoin en Afrique allant vers le reste du monde qu'en Europe. » 🎙️ Marianne Demarchi, réseau Swift « Swift est le pont invisible qui relie les économies, les banques et les institutions financières. » « Il faut embrasser les nouvelles technologies, mais garder une gouvernance mondiale. » 🎙️ Marc-Olivier Strauss-Kahn, professeur d'économie « Les stablecoins en dollars sont les chevaux de Troie américains, des dollars masqués investis dans la dette publique des Etats-Unis. »​​​​​​ « La fragmentation financière nous mène vers un Moyen Âge numérisé. » 👉 Enfin, pour analyser la politique de Donald Trump en matière de concurrence et de régulation, la parole est donnée à Benoît Coeuré, président de l'Autorité française de la Concurrence, intervenant lors du panel "Comment Trump dérègle concurrence et finance" 📻 Réalisation : Steven Helsly 🎵 Musique : Marie Froès - Figa de Guiné 🎧 Ne manquez pas nos invités de l'économie
À l'occasion de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Belem (Brésil), Éco d’ici, Éco d’ailleurs explore les initiatives concrètes menées sur le continent africain pour conjuguer croissance économique et décarbonation. Au Sénégal, on cherche à produire une électricité plus verte et à inventer une agriculture plus durable. ⚡Une énergie plus verte pour le Sénégal Au cœur du programme Smart Grid de la Senelec, la compagnie nationale d’électricité, un nouveau centre de dispatching supervise le réseau électrique national et ses interconnexions avec cinq pays voisins (Gambie, Mauritanie, Mali, Guinée-Conakry et Guinée-Bissau). L’objectif affiché : 40% d’énergies renouvelables d’ici 2030. Une ambition soutenue par des outils numériques et de l’intelligence artificielle pour prévoir la demande et optimiser la production à moindre coût. 💶 La mission du dispatching 🎙️ Arona Baldé, responsable du service protections et téléconduite à la Senelec « Nous avons besoin de disposer des informations qui nous permettent de sécuriser le réseau. En cas d'incident, de perturbation, on se doit d'avoir ces informations au niveau de la salle de conduite pour faciliter la reconstitution. » 💶 Le financement de la transition 🎙️ Marine Guérault, chargée de projet énergie à l’AFD (Agence française de développement)-Dakar « Le centre de dispatching est un bon exemple d'accompagnement de l'État sénégalais dans ses objectifs d'intégration des énergies renouvelables dans le réseau et de réduction des coûts de l'électricité. » 🎙️Lamine Bruno, responsable du pôle infrastructures, énergie et secteur financier public à l'AFD-Sénégal « L'AFD est une banque du climat. Nous finançons principalement les énergies renouvelables. Nous avons fait le choix, en partenariat avec la Senelec, de les accompagner dans cette transition énergétique voulue par le gouvernement. » Mais plusieurs défis demeurent : stockage, intermittence, financement, et maintien d’un prix abordable pour les consommateurs. 🎙️Saer Diabou Diop, directeur des projets de production à la Senelec « Nous sommes dans un environnement de plus en plus exigeant, tant du point de vue des consommateurs que du point de vue de la production. Il nous faut avoir un très bon niveau de service ». « Les projets d'énergie sont capitalistiques. Les besoins en termes de financement sont énormes. »   🌱 L’agroécologie, moteur du changement 📍 La ferme des Quatre Chemins – Toubab Dialaw (région de Rufisque) Cette exploitation agricole pilote associe production biologique, formation et innovation sociale. Dirigée par Rahim Bâ, elle incarne un modèle d’économie circulaire : Production d'intrants naturels Forage et irrigation solaires Recyclage de l’eau issue de la pisciculture Production locale diversifiée (25 cultures différentes) Formation des jeunes à l’agroécologie et à l’autonomie alimentaire 🎙️ Rahim Bâ, fondateur de la ferme : « Les 4 Chemins, c’est éducation, santé, environnement et développement durable. » « Ici, rien ne se perd, rien ne se crée, on transforme tout. On réduit les coûts de production. On minimise les effets négatifs. On maximise les effets positifs.» L’établissement accueille des étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop et des jeunes entrepreneurs venus d’autres pays du continent. La ferme propose des modules en : semences et biopesticides gestion des sols permaculture traitement naturel des cultures. 🎙️ Khady Sy, étudiante : « Ce que j’ai vu ici me motive à créer ma propre ferme agroécologique. » 🎙️Louis, adjoint au directeur et responsable des formations : « Nous recevons tous types de profils. Du niveau collège aux études supérieures. Et si la personne ne parle pas français, cela importe peu. » 🎙️Yusuf Ben, volontaire originaire de Maroua (Cameroun) : « Ce n'est pas de la magie. L'agriculture permanente, je veux la reproduire dans mon pays. C'est possible. » 🧾Soutiens et partenariats Le projet bénéficie d’un appui de la CEDEAO, de l’AFD et de l’Union européenne pour renforcer ses capacités pédagogiques et administratives. 🎙️Mathieu Boche, responsable Pôle Ressources naturelles AFD Sénégal, Gambie, Guinée Bissau et Cap Vert. « La ferme des 4 Chemins a été sélectionnée parmi plusieurs initiatives régionales. L’objectif est d’en faire un modèle de démonstration et de formation. Il n'y a rien de mieux qu'un agriculteur pour parler à un autre agriculteur. » 📍Le Programme d'Appui aux Cantines Intégrées (NIAMDE-PACI) reliant producteurs locaux et établissements scolaires dans les communes de Yene et Bargny. Objectifs : Alimentation saine pour les enfants (sans bouillon industriel) Produits locaux et bio Éducation nutritionnelle Repas à 100 FCFA (déjeuner + petit-déjeuner) 🎙️Ndeye Fatou Thiandoum, animatrice cantines dans les communes Yene et Bargny pour le projet NIAMDE-PACI « C'est un défi parce que les enfants n'ont pas l'habitude de manger des repas sans bouillon. Alors qu'ici, au niveau de la cuisine centrale, nous faisons nos repas sans viande et favorisons les produits locaux. Il y a tout ce qu'il faut pour que leur organisme réponde à ce qu'on leur demande en classe. » 📍 Lendeng, un poumon vert pour Dakar Aux portes de la capitale sénégalaise, dans la zone maraîchère de Lendeng, les producteurs se battent pour préserver un fragile équilibre entre rentabilité économique et respect de l’environnement. Autrefois vaste de près de 1 000 hectares, la zone agricole ne couvre plus que 85,7 hectares, grignotés par une urbanisation rapide. Pourtant, ces terres nourrissent chaque jour une partie de la capitale sénégalaise. 🎙️Abou Sow, secrétaire du groupement des maraichers de Lendeng « Cette zone doit être protégée par les producteurs et par la population parce que c'est le seul poumon qui nous reste ici. Au-delà de ce poumon-là, il ne reste plus d'espace dédié à l'agriculture. » Avec 185 producteurs recensés, dont une trentaine de femmes, l’activité est intense et continue tout au long de l’année. Plus de seize variétés de légumes sont cultivées, avec une spécialisation dans la salade et la laitue, qui représentent près de 70 % de la production. Les maraîchers ont entrepris une transition agroécologique, abandonnant les engrais chimiques pour recourir au compost organique – plus de 7 000 tonnes de déchets valorisés chaque année. L’objectif : maintenir la productivité tout en préservant la qualité des sols et la santé des populations. Le défi de l’eau et du foncier Mais les menaces se multiplient. L'accès à l’eau devient un enjeu vital. 🎙️Seyni Kebe, chargé de programme au sein de l'ONG française GRDR Migration-Citoyenneté-Développement. « Avec l'urbanisation et la demande croissante en eau, il y a nécessité de travailler vraiment sur d'autres alternatives pour pouvoir trouver une eau qui permette aux agriculteurs de garder leur productivité. On a essayé de regarder quelles sont les solutions possibles avec l'appui des bailleurs. » Le projet de réhabilitation du bassin de Lendeng illustre la nécessité de financements croisés : les collectivités locales sont sollicitées pour dégager une part de leur budget, les entreprises voisines, comme la grande cimenterie de Rufisque, pourraient contribuer via leur responsabilité sociétale (RSE), et enfin, l’État sénégalais est appelé à inclure ces initiatives dans ses politiques publiques d’adaptation climatique. Les collectivités locales en première ligne 🎙️ Pour Cheikh Tidiane Sy Ndiaye, premier secrétaire élu du conseil départemental de Rufisque, la défense du foncier agricole est une priorité politique pour le département, premier du pays à avoir élaboré un Plan alimentaire territorial (PAT), et qui intègre pleinement la zone de Lendeng. Ce plan prévoit notamment la mise en place de cantines scolaires approvisionnées en produits locaux grâce à un système de cuisines centrales desservant plusieurs établissements. Une initiative qui lie directement agriculture locale et éducation. L’alimentation scolaire, moteur de santé et d’apprentissage Les parents d’élèves, représentés par Mamoune Owens Ndiaye, vice-président national de l'association des parents d'élèves et gestionnaire cuisine centrale, soutiennent activement ce modèle. Ils constatent les effets positifs des repas équilibrés sur la santé et la réussite scolaire des enfants. Pour 100 francs CFA, un élève bénéficie d’un petit-déjeuner et d’un déjeuner complet, préparés à partir de produits locaux : riz, légumes de saison, menus sans bouillons artificiels. Cette alimentation plus saine profite aussi aux maraîchers locaux, qui trouvent là un débouché stable et éthique. Une chaîne d’acteurs solidaires Des producteurs aux élus, des ONG aux parents d’élèves, la zone maraîchère de Landen apparaît comme un laboratoire de coopération territoriale. Kalidou Dia, vice président et chargé des relations extérieures de l'association des maraichers de Lendeng, rappelle que la région des Niayes, dont fait partie Lendeng, ne représente que 0,06 % de la superficie nationale, mais fournit plus de 80 % des légumes consommés au Sénégal.Cette concentration en fait un espace stratégique : un puits de carbone naturel, qui régule la température locale et séquestre une partie des gaz à effet de serre. Les maraîchers emploient plus de 700 jeunes directement, et plus de 2 000 indirectement. Préserver Lendeng, c’est donc selon lui protéger à la fois l’économie locale, l’environnement et l’emploi rural. Le soutien des partenaires internationaux Pour Mathieu Boche, chargé des questions agricoles à l’Agence française de développement (AFD) au Sénégal, la démarche de Lendeng illustre les grands défis des villes africaines : comment concilier urbanisation, emploi et sécurité alimentaire ?L’AFD appuie ces initiatives à travers des coalitions d’acteurs : producteurs, collectivités, ONG et Etats afin d’assurer une gouvernance partagée du foncier et de l’eau. Ce modèle, estime-t-il, devra se multiplier dans d’autres villes du continent. 🏦 Le rôle des banques : financer
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