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Éco d'ici éco d'ailleurs

Author: RFI

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Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.

292 Episodes
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Guerres, dépendances, dette publique : trois problématiques mais un même enjeu de souveraineté et de financements. En RDC, les banques accompagnent la diversification d’une économie tirée par le secteur minier. En Ukraine, la guerre fragilise agriculteurs et ports, menaçant les marchés alimentaires mondiaux. Au Sénégal et en France, la dette pose la question : jusqu’où un État peut-il emprunter et assumer ses choix ? Plusieurs acteurs ou observateurs de ces enjeux livrent leurs analyses.   République démocratique du Congo : financer la transformation de l’économie Avec Kadija Sango Keïta, directrice exécutive de Rawbank, chargée des finances et de la trésorerie L'émission en vidéo ici Diversifier une économie encore dépendante des mines Première banque commerciale de RDC, Rawbank revendique un modèle de banque universelle, présent auprès des ménages, des PME et des grandes entreprises. L’enjeu est désormais de diversifier les sources de revenus et de financer davantage les infrastructures, les télécommunications et les PME, ainsi que les entreprises qui gravitent autour des grands groupes. Inclusion financière et révolution du mobile money La digitalisation transforme rapidement les usages bancaires en RDC. Avec son application Illico Cash, Rawbank cherche à toucher une clientèle plus large, notamment grâce aux paiements et aux transactions numériques. Pour les personnes jusque-là éloignées du système bancaire, l'historique des transactions peut également permettre de constituer un « score de crédit » et d'accéder progressivement à l'épargne, au crédit ou encore à l'assurance. Du cash à la traçabilité financière La réduction de l'utilisation du cash est également présentée comme un moyen de mieux tracer les flux financiers et de contribuer à la lutte contre la fraude et la corruption. Mines : financer toute la chaîne de valeur Le secteur minier demeure au cœur de l'économie congolaise. Pour Rawbank, l'enjeu ne consiste pas seulement à financer les grandes compagnies minières, mais aussi leurs fournisseurs, leurs sous-traitants et les ménages concernés par cette activité. La banque entend privilégier les entreprises répondant à certains standards internationaux et contribuer à structurer des financements de taille importante avec des partenaires internationaux. Énergie, infrastructures et contenu local Mines, énergie et infrastructures sont étroitement liées. L'enjeu est notamment de financer des projets capables de créer davantage de valeur ajoutée en RDC, tout en mobilisant, lorsque les montants dépassent les capacités d'une banque locale, des capitaux et des partenaires financiers internationaux. Dette souveraine : le retour de la RDC sur les marchés Rawbank a participé, avec une banque internationale, à la structuration d'une levée de fonds de l'État congolais. Selon Khadija Sango Keïta, cette opération constitue un signal de retour de la RDC sur les marchés internationaux des capitaux et illustre le rôle que peut jouer une banque locale dans la mobilisation de financements internationaux. Franc congolais : réduire la dépendance au dollar Autre enjeu majeur : la place du dollar dans l'économie congolaise. Khadija Sango Keïta évoque les réformes engagées par la Banque centrale et la volonté de réduire progressivement l'utilisation du dollar en espèces, au profit du franc congolais dans les transactions quotidiennes. Ukraine : la guerre frappe les céréales et les ports Avec Dmytro Barinov, président de l’Association des ports ukrainiens, entretien réalisé à Odessa par Nathanaël Vittrant, journaliste au service économie de RFI. Des ports quasiment à l'arrêt Le conflit touche directement les infrastructures portuaires de la mer Noire. Selon Dmytro Barinov, le trafic dans la région d'Odessa est fortement perturbé par les risques encourus par les équipages et les navires. La menace ne concerne plus seulement les infrastructures à quai : les navires étrangers entrant ou sortant des ports ukrainiens sont eux aussi exposés. Les agriculteurs pris dans une guerre d'attrition Dans la région d'Odessa, les agriculteurs doivent faire face à des silos et infrastructures céréalières frappés par des drones ou des missiles. Le reportage de Nathanaël Vittrant décrit une situation dans laquelle les exploitants disposent parfois de récoltes, mais plus de capacités suffisantes pour les stocker. Exporter ou stocker : le dilemme des producteurs Pour les agriculteurs ukrainiens, l'impossibilité d'exporter entraîne une baisse des prix et complique l'écoulement des récoltes. Les négociants hésitent à acheter des productions qu'ils ne peuvent ensuite charger sur des navires. L'effet se répercute ainsi sur l'ensemble de la chaîne agricole. Une menace qui dépasse les frontières ukrainiennes L'Ukraine exporte traditionnellement vers l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et la Turquie. Dmytro Barinov souligne également le rôle de la production ukrainienne dans l'approvisionnement du Programme alimentaire mondial. La perturbation des exportations constitue donc, selon lui, un enjeu qui dépasse largement les frontières de l'Ukraine. Quelles alternatives aux ports de la mer Noire ? Le transport fluvial a été développé comme solution de remplacement depuis 2022, avec un record de transbordement annoncé à 32 millions de tonnes en 2023. Mais cette solution ne permet pas, selon Dmytro Barinov, de remplacer les capacités des ports en eaux profondes de la mer Noire. Le ferroviaire présente lui aussi des limites, notamment liées aux différences de normes entre les réseaux ukrainien et européen et aux capacités de transport. Sénégal : que signifie réellement le « traitement » de la dette ? Mor Thiam, chercheur associé en finances publiques à l’Université de Poitiers (France) L'émission en vidéo ici Un nouvel accord avec le FMI Le Sénégal est engagé dans un processus de réduction de sa dette publique. Un accord avec le FMI portant sur un nouveau programme d'aide de 2,2 milliards de dollars prévoit notamment un cadre budgétaire sur trois ans, un assainissement des finances publiques, des mesures correctrices et des réformes destinées à accroître les recettes de l'État. Restructuration, reprofilage, ajustement : les mots comptent Pour Mor Thiam, le vocabulaire utilisé pour qualifier le traitement de la dette n'est pas neutre. Le périmètre retenu, le recours au cadre du G20 et l'objectif de modifier le profil de la dette conduisent, selon son analyse juridique et financière, à parler de restructuration. Le gouvernement privilégie pour sa part l'expression de « plan de traitement » ou de « reprofilage ». Quel rôle pour le Parlement ? La question de la dette est également institutionnelle. Mor Thiam souligne le rôle du Parlement dans les opérations portant sur la dette publique sénégalaise et cite notamment les dispositions de la loi organique relative aux lois de finances et du règlement général sur la comptabilité publique. Redonner de l'air au budget et au secteur privé L'objectif d'une restructuration est, selon l'analyse développée dans l'entretien, de modifier la relation avec les créanciers afin de dégager des marges de manœuvre budgétaires. L'apurement des créances de l'État envers les entreprises privées est présenté comme un autre enjeu immédiat du programme. Relance économique et pouvoir d'achat Le financement du secteur privé apparaît comme une condition de la relance économique, alors que les investissements publics et les investissements directs étrangers ont reculé. Mais le programme soulève également la question des mesures d'économies et des subventions énergétiques, avec un enjeu central : restaurer les marges budgétaires tout en préservant le pouvoir d'achat des ménages. France : la dette publique au cœur du débat politique Une dette élevée, mais pas sans précédent historique La dette publique française dépasse les 3 000 milliards d'euros. Mor Thiam rappelle toutefois que la France a déjà connu historiquement des niveaux d'endettement très élevés. Il souligne aussi que la comparaison entre États ne peut pas reposer uniquement sur le ratio dette/PIB, chaque économie présentant des caractéristiques différentes. Le coût de la dette et les nouvelles transitions à financer L'entretien aborde la remontée des taux d'intérêt, le poids croissant de la charge de la dette et les besoins de financement liés notamment aux transitions écologique, démographique et numérique. L'annulation de la dette détenue par l'Eurosystème Le débat français porte notamment sur la proposition de Jean-Luc Mélenchon concernant la dette détenue par la Banque de France via la BCE. L'entretien examine cette proposition sous deux angles : son acceptabilité politique au niveau européen et ses implications juridiques au regard des traités européens. Les obstacles juridiques et européens Mor Thiam distingue notamment les dispositions relatives au financement direct et celles concernant le renflouement des États. Il souligne que la Banque de France appartient à l'Eurosystème et que la question ne peut donc pas être traitée uniquement à l'échelle française. Qui doit avoir le dernier mot sur la dette ? L'entretien se termine sur une question commune au Sénégal et à la France : qui décide lorsqu'un État est confronté à une dette importante ? Pour Mor Thiam, la gestion de la dette relève d'une expertise technique, mais son remboursement a des conséquences sociales et politiques. Il insiste donc sur la responsabilité des pouvoirs publics et sur le contrôle exercé par les Parlements et les citoyens, tout en soulignant la responsabilité des créanciers. 🎵 Notre choix musical : No One like you - Alune Wade / Hindi Zahra 🖥️ Réalisation : Guillaume Munier
Économie et géopolitique : les deux dimensions sont désormais indissociables. La crise au Moyen-Orient, les tensions autour du détroit d’Ormuz et la guerre en Ukraine révèlent la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement. Pétrole, gaz, cuivre, aluminium, lithium, graphite ou terres rares sont devenus des enjeux de puissance. Des États-Unis à la Chine, de l’Europe à l'Afrique (RDC en tête), les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs ressources et affirmer leur domination. NOS INVITES - Anne Bialkowski, responsable de l'unité Intelligence minérale au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), établissement public français de référence dans les applications des sciences de la Terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol. - Emmanuel Hache, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris)  - Yves Jégourel, professeur titulaire de la chaire « Économie des matières premières et transitions durables » au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), professeur associé à Mines Paris – PSL et auteur du podcast @commo_talks_matieres_premieres - Jonathan Muya, chercheur en macroéconomie financière et en géostratégie à l’Université de Kinshasa (RDC) - Ottilia Férey, correspondante de RFI dans les pays scandinaves Une émission enregistrée dans le cadre des Ecopol 2026 à Tours.    LES TEMPS FORTS DE L'EMISSION Ormuz : quand la géopolitique fait flamber les prix La crise autour du détroit d’Ormuz illustre la fragilité des marchés mondiaux de l’énergie. La hausse du pétrole se transmet aux carburants et à l’ensemble des chaînes de valeur, tandis que les anticipations de pénurie entretiennent la volatilité des prix. Pétrole, gaz, carburants : les nouvelles vulnérabilités européennes La question énergétique ne se résume plus à l’accès au pétrole. Stocks stratégiques, capacité de raffinage, importations de gazole et diversification des fournisseurs sont devenus des enjeux majeurs pour la sécurité économique européenne. Métaux stratégiques : le nouveau front de la rivalité sino-américaine Aluminium, cuivre, lithium, graphite, terres rares : ces ressources sont indispensables à l’industrie, à la transition énergétique mais aussi aux secteurs numériques et de défense. États-Unis et Chine cherchent à sécuriser leurs approvisionnements et à réduire leurs dépendances. Europe : peut-on réduire la dépendance aux matières premières ? L’Europe cherche à renforcer ses capacités d’approvisionnement, d’exploration et de recyclage. La Scandinavie dispose notamment de ressources importantes, mais leur exploitation pose une question centrale : comment concilier souveraineté minérale, transition énergétique et protection de l’environnement ? RDC : comment transformer la richesse minière en développement ? La République démocratique du Congo dispose d’importantes ressources en cuivre, cobalt, étain et coltan. Pour Jonathan Muya, l'enjeu est de transformer la rente minière en investissements structurants et de développer davantage la transformation locale. La rivalité entre partenaires peut aussi modifier le pouvoir de négociation de Kinshasa. Recyclage, sobriété, transformation : peut-on échapper à la course aux ressources ? La transition énergétique accroît la demande en matières premières. Face à cette pression, les invités soulignent trois leviers : développer le recyclage, conserver les matières sur les territoires européens et interroger la consommation de ressources. Le cuivre, notamment, devient un enjeu central des infrastructures électriques et numériques. POUR INFOS - le projet OFREMI (Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles) - Emmanuel Hache - Géopolitique des matières premières (Eyrolles) - Le rapport annuel du cercle CyclOpe NOTRE CHOIX MUSICAL Jetski (Friki) - Moliy, Yailin la Mas Viral, Theodora
Le riz est au cœur de l’alimentation de milliards de personnes mais aussi des grands équilibres agricoles et commerciaux mondiaux. Alors que sa production est concentrée en Asie, plusieurs pays africains cherchent à réduire leur dépendance aux importations. De l’Inde à Madagascar et à la Côte d’Ivoire, Eco d'ici Eco d'ailleurs analyse avec ses invités l’enjeu est de produire davantage, malgré le changement climatique, la pression sur l’eau et le coût des intrants. Nos invités : - Matthieu Brun, directeur scientifique à la Fondation FARM - Ny Hasinambinintsoa Masezamanan, secrétaire exécutif de la Plateforme de Concertation sur le Système Rizicole à Madagascar - Mariam Touré, PDG de la Société ivoirienne de riz (SIRIZ). Découvrez l'entretien en vidéo ici - Abdoolah Earally et Guilhem Fabry, correspondants de RFI en Inde et à Madagascar   UN MARCHÉ MONDIAL SOUS INFLUENCE La production mondiale de riz est extrêmement concentrée, principalement en Asie. Cette configuration rend le marché particulièrement sensible aux décisions des grands producteurs et exportateurs. Une fermeture des frontières, un déstockage ou une mauvaise récolte peuvent rapidement avoir des conséquences sur les prix mondiaux. 🎤 Matthieu Brun : « Le riz est un marché très étroit, qui peut être très vite verrouillé. »   L’INDE, GÉANT DU RIZ ET ARBITRE DES PRIX Premier exportateur mondial, l’Inde joue un rôle déterminant sur le marché international du riz. Ses politiques agricoles associent soutien aux producteurs, irrigation, prix minimums garantis et contrôle des échanges. Ses décisions sur les stocks et les exportations peuvent donc se répercuter sur les consommateurs africains. CLIMAT, EAU ET RENDEMENTS : LE NOUVEAU DÉFI Sécheresses, inondations, variations de pluviométrie et raréfaction de l’eau compliquent la production de riz. En Asie comme en Afrique, l’irrigation et les infrastructures hydrauliques deviennent déterminantes. L’enjeu est aussi d’améliorer les rendements pour produire davantage avec des ressources limitées. MADAGASCAR, PRODUIRE PLUS POUR IMPORTER MOINS À Madagascar, le riz est un aliment de base mais les rendements restent insuffisants. La filière repose largement sur de petites exploitations familiales et des circuits de transformation artisanaux. L’investissement, la formation des producteurs et l’amélioration des infrastructures apparaissent essentiels pour renforcer la production locale. 🎤 Ny Hasinambinintsoa Masezamanan : « La production nationale n'arrive pas à couvrir tous les besoins. « On n'utilise pas encore des semences performantes. La question foncière bloque les investissements. » SOUVERAINETÉ : FAUT-IL RÉDUIRE LES IMPORTATIONS ? Renforcer la production nationale ne signifie pas nécessairement fermer les frontières. Les importations jouent aussi un rôle dans l’approvisionnement et la stabilisation des prix. Pour les producteurs, la priorité est surtout de disposer de règles commerciales prévisibles afin de pouvoir investir et anticiper leurs revenus. 🎤 Matthieu Brun : « Aucun pays ne s’est construit en autarcie en termes de production de riz. » INNOVER POUR S’ADAPTER : L’EXEMPLE DU RIZ HYBRIDE À Madagascar, la recherche travaille sur le croisement de variétés locales et asiatiques. L’objectif est notamment d’améliorer les rendements et de mieux répondre aux contraintes climatiques. Mais l’innovation doit être accompagnée par des semences accessibles, des intrants adaptés et un débouché commercial. 🎤 Matthieu Brun : « C’est un processus d’innovation, ça prend du temps. » 🎤 Ny Hasinambinintsoa Masezamanan : « Les producteurs sont divisés sur le riz hybride. Le bilan n'a pas encore été fait. » IRRIGATION ET SOLS : LES PRIORITÉS DES PRODUCTEURS AFRICAINS Au Sénégal comme en Côte d’Ivoire, l’accès à l’eau est devenu une question centrale. Mariam Touré défend notamment l’idée d’un « plan Marshall » de l’irrigation. La gestion des sols, leur fertilité et la valorisation des coproduits du riz sont également essentielles à la durabilité de la filière. 🎤 Mariam Touré : « Il faut un plan Marshall de l’irrigation en Côte d'Ivoire. » ENGRAIS ET GÉOPOLITIQUE La production de riz dépend aussi d’intrants dont l’approvisionnement est vulnérable aux crises géopolitiques. Les perturbations autour du détroit d’Ormuz peuvent ainsi affecter les engrais et, en cascade, les prochaines récoltes. 🎤 Matthieu Brun : « Un détroit qui se ferme, c’est en cascade : des conséquences pour les producteurs, pour leur accès aux engrais. » 💻 Réalisation : Steven Helsly 🎵 Choix musical : Mari Froes - Rio Lua
Ce sont deux trajectoires nées des épreuves, converties en réussites entrepreneuriales. Marvin Ndiaye a transformé la faillite familiale et la perte de son père en un groupe belge de restauration livrée pesant aujourd'hui dix millions d'euros de chiffre d'affaires. Karamo Sangaré, débarqué en France avec 600 euros en poche, a bâti autour du digital et du développement personnel une communauté de plus de 10 millions de personnes. Ils témoignent au micro d'Eco d'ici Eco d'ailleurs.   Marvin Ndiaye : de la cuisine familiale à un groupe pesant 10 millions d'€ Fondateur de Fresheo (livraison de repas) et cofondateur d'Ultra (accompagnement de dirigeants), cet entrepreneur belge d'origine sénégalaise et indienne a transformé un deuil et une reconstruction personnelle en un groupe puissant et solide. En bref Né à Charleroi, de mère belgo-indienne et de père franco-sénégalais Dirigeant de Freshea, groupe de quatre sociétés livrant entre 60 000 et 420 000 repas par semaine Chiffre d'affaires du groupe : plus de 10 millions d'euros Auteur de Fauché à 18 ans, millionnaire à 23 (éditions Racine, 2024) Une enfance marquée par les faillites successives Les parents de Marvin Ndiaye tenaient un café avant de se tourner vers l'immobilier. Le commerce fonctionnait, mais la gestion administrative, elle, s'est révélée beaucoup plus compliquée. Selon lui, ses parents savaient vendre, mais butaient sur tout ce qui touchait à la paperasse et aux codes propres au métier d'entrepreneur — une complexité renforcée par le parcours administratif particulier de son père, né à Saint-Louis du Sénégal à l'époque coloniale. Le décès du père, déclencheur d'une bascule En 2015, le décès de son père change tout. Devenu l'aîné responsable auprès de quatre frères et d'une mère en situation de handicap moteur, il se retrouve dans l'obligation de prendre ses responsabilités. Au même moment, il entame une perte de poids spectaculaire — cinquante kilos en six mois, via le jeûne intermittent et le sport, méthode apprise gratuitement sur YouTube. Fresheo, né dans la cuisine de sa mère C'est cette expérience de transformation personnelle, documentée sur les réseaux sociaux, qui donne l'idée du projet : cuisiner sainement pour ses proches, puis pour un cercle plus large. Avec environ 1 500 euros — de quoi acheter les premières barquettes, créer un site internet et lancer les premières publicités Facebook — Fresheo démarre dans la cuisine familiale à Charleroi. Les premiers clients viennent de l'entourage, avant que les réseaux sociaux ne prennent le relais. Aujourd'hui, l'entreprise s'est structurée autour de quatre sociétés couvrant le scolaire, les établissements pour personnes âgées, le B2B classique, et la livraison à domicile aux particuliers en Wallonie et en Flandre. Marvin Ndiaye revendique une règle simple : 80 % des plats doivent être frais et cuisinés maison. 2023, l'année de la première vraie crise Après des années de croissance quasi continue, l'entreprise a dû, en 2023, licencier la moitié de sa masse salariale dans un contexte de marché difficile — un épisode qu'il décrit comme le choc le plus dur de son parcours, notamment parce qu'il dit avoir toujours entretenu des liens allant au-delà du cadre professionnel avec ses équipes. Cette crise l'a aussi poussé vers la croissance externe, en rachetant d'autres sociétés, une compétence qui l'amènera ensuite vers le métier de conseil. Rentabilité plutôt que levée de fonds Contrairement à un réflexe répandu chez les entrepreneurs, Marvin Ndiaye privilégie la rentabilité à la levée de fonds. Il estime que le niveau de maturité et de législation en Belgique et en France limite la capacité de nombreux entrepreneurs à vraiment tirer parti de capitaux levés, et défend l'idée qu'une société doit d'abord se construire sur des fondamentaux solides. Ultra : vendre, déléguer, valoriser Avec Ultra, structure de conseil aux dirigeants, il a identifié trois blocages récurrents chez les entrepreneurs : la difficulté à vendre, la difficulté à déléguer et faire confiance, et l'incapacité à considérer leur entreprise comme un actif à valoriser plutôt que comme un simple emploi qu'ils se seraient créé. « Beaucoup de gens ne comprennent pas leur métier, ne savent pas qu'ils doivent vendre au quotidien et ne savent pas qu'ils doivent faire confiance. » Réseaux sociaux, intelligence artificielle et diversité Fort de plusieurs centaines de milliers d'abonnés, il considère son audience comme un véritable actif économique, ayant permis selon lui la création de dizaines d'emplois. Sur l'intelligence artificielle, il y voit un outil de redistribution des compétences, tout en appelant à la vigilance sur la cybersécurité et la conformité. Interrogé sur les inégalités de traitement entre entrepreneurs blancs et non-blancs en Europe, il affirme que son activité fonctionnerait plus facilement s'il était blanc et flamand plutôt que sénégalais ou indien — un constat qu'il présente non comme une excuse, mais comme un fait appelant à redoubler d'exigence. Sur l'héritage Interrogé sur la transmission à ses propres enfants, Marvin Ndiaye se dit peu enclin à leur laisser un patrimoine important, redoutant qu'un confort matériel trop précoce ne les prive de la nécessité de se construire par eux-mêmes — tout en garantissant, avec sa femme, un accès plein à l'éducation et à une bonne nutrition. Karamo Sangaré : des Restos du Cœur aux événements panafricains Visionnez l'entretien en vidéo Arrivé de Guinée à Poitiers (France) avec 600 euros en poche, cet entrepreneur du numérique et du développement personnel, fondateur de Kita Agency fédère aujourd'hui une communauté de plus de dix millions de personnes à travers l'Afrique et sa diaspora. En bref Né en Guinée, arrivé en France en 2018 pour étudier à Poitiers Entrepreneur dans le numérique, coach en développement personnel, auteur et conférencier Communauté de plus de 10 millions de personnes sur l'ensemble de ses plateformes Créateur des « concerts éducatifs », organisés à Paris, Dakar, Kinshasa, Lubumbashi, Cotonou, Ouagadougou, Conakry et Rabat Une arrivée en France dans la précarité Issu d'une famille nombreuse — son père, polygame, avait neuf enfants — Karamo Sangaré perd son père en 2016, alors qu'il vit déjà seul en ville pour ses études en Guinée. C'est dans cette période difficile qu'il découvre le développement personnel par l'intermédiaire d'un mentor. Arrivé ensuite en France via Campus France, il s'installe à Poitiers : logement précaire chez des amis, courses aux Restos du Cœur et à la Croix-Rouge pour se nourrir et s'habiller, faute de moyens suffisants. Des petits boulots à l'entrepreneuriat Avant de se lancer pleinement, il enchaîne les emplois étudiants — dont un poste au Futuroscope nécessitant 45 minutes de vélo aller-retour, hiver compris — tout en développant en parallèle ses premières activités de coaching. Il refuse le mythe du grand saut sans filet : sa recommandation est de garder son emploi ou ses études, de lancer une activité en parallèle, et de ne basculer à temps plein que lorsque cette activité permet déjà d'en vivre décemment. « Je préfère quelqu'un qui a joué le jeu plutôt que quelqu'un qui connaît les règles du jeu. » Les concerts éducatifs : formation et spectacle Après une première édition à Paris en janvier 2024 au succès rapide, le concept s'est étendu à plusieurs capitales africaines. Loin des tables rondes classiques qu'il juge peu engageantes, ces journées mêlent interventions de speakers venus partager une expérience concrète, formations pratiques et prestations artistiques — le rappeur Black M était par exemple présent lors de l'édition au Bénin. L'ambition affichée : transmettre un savoir-faire réellement pratiqué, pas seulement théorique, notamment sur le numérique et l'intelligence artificielle. Développement personnel : entre outil et dérives Conscient des dérives possibles d'un secteur parfois jugé ésotérique, Karamo Sangaré insiste sur la nécessité d'ancrer le développement personnel dans des résultats concrets et un domaine d'application précis, plutôt que de s'arrêter à des formules toutes faites. Il revendique une philosophie tournée vers le rêve comme point de départ de toute transformation, tout en reconnaissant que ce chemin ne mène pas systématiquement à la réussite pour tous. Les trois piliers de l'enrichissement S'appuyant sur les travaux de l'entrepreneur américain Robert Kiyosaki, il structure son message autour de trois étapes : faire rentrer de l'argent (par le salariat, l'entrepreneuriat, ou les deux), l'épargner en tenant compte de l'érosion liée à l'inflation, puis investir — bourse, ETF, cryptomonnaies ou immobilier — pour faire réellement fructifier ce capital. Un enseignement qu'il juge trop absent du système éducatif classique. Un usage volontairement discret des réseaux sociaux Bien qu'ayant bâti une communauté de plus de dix millions de personnes et plus de 600 000 abonnés sur Instagram en huit ans, il dit refuser d'exposer les signes extérieurs de réussite — voiture, montres — pour ne pas nourrir une illusion de succès instantané chez les jeunes qui le suivent. Il se montre également sélectif dans ses collaborations avec les marques, refusant que l'argent soit le seul critère de choix. La diaspora comme levier de développement Karamo Sangaré défend l'idée que les diasporas africaines, longtemps négligées par les politiques publiques, représentent un levier économique majeur : selon les chiffres qu'il cite, elles enverraient chaque année près de 100 milliards de dollars vers le continent, une somme dépassant parfois l'aide au développement. Il regrette toutefois que cet argent finance surtout la consommation courante plutôt que l'investissement, et plaide pour un transfert de compétences — à travers, notamment, le centre de formation qu'il prévoit d'ouvrir en Guinée. Une identité africaine avant tout Originaire de Guinée, il revendique une identité qu'il veut universelle et panafricaine plutôt que strictement
La guerre entre les États-Unis et l’Iran est aussi économique. Sanctions, inflation, chute du rial, pénuries, pétrole et marchés parallèles : comment l’économie iranienne résiste-t-elle à l’asphyxie ? Nos invités analysent une crise en germe bien avant la guerre. Dans la seconde partie de l'émission, Mathieu Peruyero, co-auteur de « Les politiques économiques à l’épreuve des faits », explique comment mesurer l’efficacité des réformes, réduire les inégalités et sortir de l’impasse de la dette. IRAN, LA GUERRE ÉCONOMIQUE Avec : Baki Maneche, associé au cabinet d’avocats Ferdowsi Legal à Téhéran, analyse les conséquences concrètes de la guerre et des sanctions sur les entreprises et la population iraniennes. Djamchid Assadi, professeur d’économie et de sciences de la gestion à la Burgundy School of Business, décrypte l’effondrement économique iranien, l’inflation, la chute du rial et les difficultés du marché du travail. IRAN : UNE CRISE ÉCONOMIQUE QUI NE DATE PAS DE LA GUERRE La guerre a considérablement aggravé les difficultés de l’économie iranienne, mais elle ne les a pas provoquées. Baki Maneche rappelle que l’Iran connaissait déjà depuis plusieurs années une crise profonde, marquée notamment par les pénuries d’électricité, la sécheresse, l’inflation et les difficultés structurelles de son économie. Il souligne également les limites du modèle iranien d’« économie de résistance », construit depuis des années pour contourner les sanctions internationales. SANCTIONS ET BLOCUS : QUEL IMPACT SUR LA VIE QUOTIDIENNE ? Les nouvelles sanctions américaines aggravent les difficultés d’approvisionnement et accentuent la pression sur les entreprises. Mais leurs conséquences se font surtout sentir sur les consommateurs. 🎤 Baki Maneche : « À chaque fois que les sanctions se sont durcies sur l’économie iranienne, ce sont le secteur privé et la société civile qui en ont le plus souffert. » L’essence constitue notamment un problème majeur. La production iranienne ne suffit plus à répondre aux besoins et le système de subventions a favorisé la contrebande dans les zones frontalières. L’économie iranienne est largement dominée par les entreprises publiques ou semi-publiques et les organisations liées au pouvoir. Les entreprises privées disposent de beaucoup moins de moyens pour contourner les sanctions. EMPLOI, PAUVRETÉ, CONSOMMATION : UNE SOCIÉTÉ SOUS PRESSION L’effondrement économique touche directement les ménages. Certains produits alimentaires deviennent inaccessibles et le marché du travail se dégrade. 🎤 Djamchid Assadi : « Vous pouvez éventuellement trouver tout ce que vous voulez en Iran encore, mais au prix que la majorité ne peut pas acheter. » Le chômage officiel sous-estime également les difficultés réelles, estime-t-il : de nombreux demandeurs d’emploi ne se déclarent plus, faute de soutien ou de perspectives. « Les demandeurs d’emploi ne voient plus d’utilité à se déclarer comme chômeurs. » LE RIAL ET L’INFLATION : UNE SPIRALE DIFFICILE À ENRAYER La monnaie iranienne connaît une dépréciation spectaculaire. Pour Djamchid Assadi, le problème est en partie lié au financement des dépenses de l’État par création monétaire. L’inflation alimente la dépréciation du rial, qui renchérit à son tour les produits importés. Un cercle vicieux particulièrement difficile à briser lorsque les recettes publiques diminuent. PÉTROLE : LE PILIER DE L’ÉCONOMIE IRANIENNE MENACÉ Le pétrole reste l’une des principales sources de revenus extérieurs de l’Iran. Mais les sanctions américaines et les destructions d’infrastructures compliquent désormais davantage son exportation. Selon Djamchid Assadi, les nouvelles sanctions américaines rendent ces contournements beaucoup plus coûteux, notamment parce qu’elles cherchent également à pénaliser les partenaires étrangers qui commercent avec l’Iran. CHINE ET RUSSIE : DES ALLIÉS… MAIS JUSQU’OÙ ? Téhéran peut-il compter sur Pékin et Moscou pour desserrer l’étau économique ? Djamchid Assadi invite à distinguer les deux partenaires. La Chine conserve des relations commerciales avec l’Iran, notamment autour du pétrole, mais reste très pragmatique et ne semble pas vouloir sacrifier ses relations avec les États-Unis. Pour la Russie, la situation est différente. Moscou utilise la relation avec Téhéran comme un levier, mais ne semble pas disposée à entrer dans une nouvelle guerre pour défendre l’Iran.   LES POLITIQUES ÉCONOMIQUES À L'ÉPREUVE DES FAITS Avec : Mathieu Peruyero, économiste, enseignant à Sciences Po Paris et haut fonctionnaire, est l’un des auteurs de « Les politiques économiques à l’épreuve des faits », publié aux éditions Odile Jacob.   COMMENT SAVOIR SI UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE FONCTIONNE ? Mathieu Peruyero revient sur le principe central de son ouvrage : confronter les politiques économiques à leurs résultats plutôt qu’aux seules convictions idéologiques. Mais le problème demeure le décalage entre la recherche économique et le débat public. 🎤 Mathieu Peruyero : « Le monde de la recherche reste quand même assez éloigné du monde de la conception des politiques publiques. » INÉGALITÉS : REDISTRIBUER NE SUFFIT PAS La France dispose d’un système de redistribution puissant, mais Mathieu Peruyero estime qu’il s’attaque davantage aux conséquences qu’aux causes des inégalités. Les expériences internationales montrent notamment l’importance des politiques intervenant très tôt, dans l’éducation et la santé des enfants. SALAIRE MINIMUM : AUGMENTER LE SMIC DÉTRUIT-IL L’EMPLOI ? La question du salaire minimum illustre parfaitement la nécessité de confronter les théories économiques aux expériences concrètes. Les hausses du salaire minimum n’ont pas produit les mêmes effets selon les pays étudiés. D’où la nécessité, selon lui, de ne pas tirer de conclusion universelle à partir d’un seul modèle théorique. 🎤 Mathieu Peruyero : « Ce que découvrent les économistes dans les études empiriques, c’est que ça dépend du contexte. » DETTE PUBLIQUE : FAUT-IL RÉDUIRE LES DÉPENSES ? La dette française constitue l’autre grand sujet de l’entretien. Pour Mathieu Peruyero, l’effort nécessaire pour stabiliser la dette est considérable et doit être engagé avant une éventuelle crise financière. Selon lui, il faudra mobiliser plusieurs leviers : réformes structurelles, maîtrise des dépenses publiques et probablement augmentation de certaines recettes. TRANSITION ÉCOLOGIQUE, NUMÉRIQUE, MONDIALISATION : NE PAS OUBLIER LE LONG TERME À quelques mois d’échéances électorales majeures, Mathieu Peruyero regrette que le débat économique se concentre trop souvent sur les impôts et les dépenses immédiates. L’éducation, l’innovation, la mondialisation, le numérique et la transition écologique doivent également être placés au cœur du débat économique. 🎤 Mathieu Peruyero : « Nous avons vraiment essayé dans cet ouvrage de faire à ces questions essentielles la place qu’elles méritent. » COVID ET CRISE ÉNERGÉTIQUE : QUELLES LEÇONS TIRER ? La crise sanitaire constitue un exemple intéressant de politique économique évaluée a posteriori. Selon Mathieu Peruyero, la réponse française a globalement permis d’éviter une catastrophe économique. Mais la sortie de crise a été moins maîtrisée, notamment parce que certaines mesures d’urgence ont été maintenues trop longtemps. 🎤 Mathieu Peruyero : « Si c’est une crise temporaire, il faut des mesures temporaires. » L’ÉVALUATION DES POLITIQUES PUBLIQUES : UN OUTIL DÉMOCRATIQUE ? Pour Mathieu Peruyero, l’évaluation ne doit pas rester cantonnée aux chercheurs ou aux administrations. Elle pourrait devenir un véritable outil du débat démocratique. L’objectif est aussi de pouvoir adapter une réforme lorsque les résultats ne correspondent pas aux attentes.   💻 Réalisation : Guillaume Munier 🎵 Choix musical : Justina / Tehran Illusion / Leon Bridges
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