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Reportage international

Author: RFI

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Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro. 

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Les 22 et 23 mars 2026, les Italiens doivent se prononcer par référendum sur une réforme de la justice portée par le gouvernement de Giorgia Meloni. La principale innovation vise à instaurer une stricte séparation des carrières des magistrats entre le siège et le parquet. Le gouvernement et ses promoteurs y voient une façon de lutter contre des magistrats qu'ils jugent politisés, tandis que l'opposition dénonce une menace pour la séparation des pouvoirs. Le référendum s'est cristallisé sur la personnalité de la présidente du Conseil italien. À lire aussiItalie: la réforme de la justice passe une étape importante devant le Sénat
Le procès de Sabri Essid, jihadiste français présumé mort en Syrie, s’est ouvert à Paris ce lundi 16 mars pour génocide et crime contre l’humanité, commis contre la communauté yézidie. Un premier procès pour « génocide » qui ouvre la voie, en France, à la reconnaissance des crimes subis par cette petite communauté irakienne principalement rassemblée dans le nord-est du pays, et ce, douze ans après l’opération lancée par l’État islamique au Sinjar en août 2014. Des victimes irakiennes témoignent dans ce procès en France, mais en Irak, la communauté yézidie réclame toujours justice. En janvier, Bagdad a accueilli 5 704 prisonniers soupçonnés d’appartenance à l’État islamique et détenus jusqu’alors en Syrie. Les autorités se sont engagées à les juger. Mais entre méfiance et peur, la communauté yézidie doute que ce soit une réelle nouvelle occasion de voir ses bourreaux jugés pour les crimes qu’ils ont commis. Reportage auprès de la communauté yézidie en Irak. Au Kurdistan irakien, c’est dans un village à l’écart de la ville de Dohouk, que vit Weedad. En 2014, tous ses proches, son mari et trois de ses quatre enfants ont été tués par les combattants de l’État islamique au Sinjar. À 52 ans, elle peine à se déplacer, résultat des sévices que cette femme yézidie a subi au cours de sa captivité aux mains de Daech. « Mon fils et moi, on a essayé de s’enfuir trois fois, mais ils nous ont rattrapé. Ils m’ont tout fait subir. Ils m’ont électrocutée, mon dos souffre encore des séquelles des câbles électriques », dit-elle.  Réduite en esclavage pendant trois ans, elle a été vendue plus de vingt fois à différents combattants. « Ils faisaient commerce de nous. Sur Facebook, ils postaient l’âge, le nombre d’enfant qu’une femme avait, ils décrivaient sa beauté, son apparence, tout. Et quelqu’un arrivait pour la récupérer », explique-t-elle.  « Je veux les voir réduits en pièces devant nous » La violence qu’elle a subie la ronge. Quand elle a appris que 5 700 détenus soupçonnés d’appartenance à l’État islamique ont été transférés de Syrie en Irak pour être jugés, où ils risquent la peine de mort; cela n’a fait qu’alimenter sa colère. Car c’est un tout autre châtiment qu’elle attend. « La peur ne nous quitte jamais. Je veux que ceux qui ont commis ces crimes contre nous, devant nous, je veux les voir réduits en pièces devant nous. Je ne veux pas qu’ils soient juste exécutés simplement ».  « Les gens ont peur que justice ne soit jamais rendue » Pour être entourée, elle se rend régulièrement dans les bureaux de Yazda. Cette ONG internationale défend les droits de la communauté yézidie. En Irak, elle milite pour faire changer la législation. Car en 2019, les membres présumés de l’État islamique ont été jugés selon l’article 4 de la loi antiterroriste, et condamné à mort ou à perpétuité pour leur affiliation à l’organisation terroriste. « Si vous les poursuivez en vertu de l’article 4, vous ne montrez pas toute la réalité », explique Riadh Khairi, directeur de Yazda en Irak. « Mais s’il existe une loi condamnant le génocide, alors toute la vérité peut être faite. Ils n’ont pas été seulement les victimes du terrorisme. Les gens ont peur que justice ne soit jamais rendue, alors s’il n’y a pas de procès basés sur les véritables crimes commis, cette peur restera », ajoute-t-il.  À Bagdad, le centre national pour la coopération judiciaire internationale assure que les preuves du génocide seront incluses dans les actes d’accusation, même sans loi spécifique disponible. « Ils seront jugés pour leur affiliation à une organisation terroriste mais aussi pour les crimes qu’ils ont commis alors qu’ils étaient membres de l’État islamique », indique Ali Dhia, directeur adjoint du centre national pour la coopération judiciaire internationale. Les premiers procès de ces détenus ne devraient pas s’ouvrir avant au moins un an. Dix ans après la chute de l’État islamique en Irak. À lire aussi«Il fallait garder des traces, pour ancrer ce génocide des Yézidis dans l'histoire»
Aux premiers jours de la guerre au Liban, les déplacés de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, ont cherché refuge dans la capitale. D’autres ont tenté leur chance à quelques kilomètres de là dans la montagne qui jouxte la capitale libanaise. Mais dans ce fief chrétien, ces déplacés n’ont pas trouvé le meilleur accueil. Illustration à Wadi Chahrour avec ce reportage signé Aabla Jounaïdi et Jad El Khoury nos envoyés spéciaux au Liban. Wadi Chahrour al-Soufla, ici pas d’école accueillant des déplacés. La population fuyant la banlieue sud à majorité chiite n’a pas de point de chute dans le village à majorité chrétienne. Une aubaine pour Jean, un commerçant du village. « Cette guerre, nous n’en voulons pas. Je ne veux pas faire de politique, mais nous payons toujours le prix des guerres causées par les autres sur notre sol. C’est le Hezbollah qui nous amené là. Notre village veut juste éviter qu’un intrus nous apporte des problèmes comme on a vu dans les hôtels ou ailleurs ».  À Wadi Chahrour, on dit vouloir éviter les frappes israéliennes qui à Beyrouth et ailleurs ont touché des civils auxquels s’étaient mêlés des personnalités du Hezbollah. Barrières érigées à l’entrée, caméra de surveillance, et contrôles des identités sont le lot désormais de tous ceux qui traversent la vallée. Le maire Georges Abou Rached défend le dispositif décidé aux premiers jours de la guerre par sa municipalité. « Pendant la guerre de 2006, notre village avait été bombardé parce qu’un camion avec des missiles du Hezbollah a été la cible des Israéliens. Alors oui, ce sont des mesures drastiques, et les gens doivent faire des détours pour rentrer chez eux, mais nous n’avons pas le choix. Il faut protéger notre vallée ». Dans ce bastion des Forces libanaises, parti issu de l’ancienne milice chrétienne durant la guerre civile, on assure que ces mesures ne visent pas la population chiite. Le maire en veut pour preuve la présence de Mahmoud. Après un contrôle de leurs documents par la municipalité puis l’armée, le jeune homme a pu accueillir des proches chez lui. « Je loue ici depuis des années. Je m’attendais à cette guerre. Ma famille a quitté la banlieue sud pour venir ici. On aimerait être protégé par un État fort et des institutions souveraines et pas des partis confessionnels ». Ces barrières érigées entre Libanais évoquent malgré tout l’époque noire de la guerre civile. Partout dans la ville, des affiches placardées invitent ceux qui souhaitent s’installer au village à se déclarer aux autorités pour une vérification auprès des autorités. Jusqu’ici, une centaine de personnes ont pu s’installer à Wadi Chahrour.
Musées, statues, monuments, noms de rue... La Russie s’installe de plus en plus dans l’espace géographique des parties des régions de Donetsk et de Zaporijia sous son contrôle, y compris le plus quotidien. Objectif : toujours mieux diffuser son récit historique. Un récit pivot dans sa narration officielle pour justifier son offensive en Ukraine. Marioupol, une rue tranquille dans le centre, et une maison aux allures neuves mais sans tapage : le musée Jdanov. 154 mètres carrés dédiés au natif de la ville, cadre important de la construction puis du maintien de l’Union soviétique, et proche de Staline. Vitrine du Kremlin dans cette partie de la région de Donetsk sous drapeau russe, Marioupol portait d’ailleurs sous l’URSS, de 1948 à 1989, le nom de Jdanov. Un immense buste de cette figure historique est visible dans le petit jardin du musée. Viktor Ignatyevich Mikhalenko, guide du musée, accueille et fait la visite. Antenne du Musée mémorial d'État de Saint-Pétersbourg dédié à la défense et au siège de Léningrad (NDLR Léningrad était le nom de Saint-Pétersbourg sous l’URSS), le lieu a été installé dans les décombres de l’ancien musée de la culture populaire, très abîmé par les combats lors du siège de la ville en 2022. Ce siège a fait au moins 22 000 morts civils d'après la municipalité ukrainienne en exil de Marioupol, et détruit ou endommagé 90% des bâtiments résidentiels, selon l'ONU. « En novembre 2023, Vladimir Vladimirovitch Poutine a chargé les autorités de Saint-Pétersbourg de reconstruire le bâtiment et de créer ce musée », explique Viktor Mikhalenko. « Des spécialistes de Saint-Pétersbourg ont tout créé, de la façade aux équipements informatiques en passant par les expositions que vous voyez ici ». Dans les deux premières pièces, des photos d’enfance et de famille, les livres lus et les médailles reçues par Jdanov, ainsi que de nombreux éléments sur le siège de Léningrad dont Jdanov a dirigé la défense pendant la Seconde Guerre mondiale (« la grande guerre patriotique » pour les Russes). Sont présentées, entre autres, des cartes militaires. Depuis l’envoi de ses soldats en Ukraine, le pouvoir russe promeut particulièrement une image qu’il souhaite « plus positive » de Staline – et de ses proches comme Jdanov –, comme celle notamment d’un dirigeant présenté, tout particulièrement dans les manuels d’histoire scolaire, comme un bon chef de guerre. Promouvoir une image « plus positive » de Staline « Le musée a ouvert ses portes le 15 février 2025 », précise Viktor Mikhalenko. « Vous pouvez même lire ici le discours d’inauguration d'Alexandre Dmitrievitch Beglov, le gouverneur de Saint-Pétersbourg, dans lequel il a notamment dit : "Nous nous efforçons de transmettre aux visiteurs la vérité historique sur notre compatriote Andreï Alexandrovitch Jdanov." » La vérité selon la Russie se trouve dans l’inversion des termes, dans son effort de comparaison historique entre la Seconde Guerre mondiale et son « opération spéciale » en Ukraine. Dans ce musée, un projet limpide : faire l’analogie historique entre le siège de Marioupol en 2022 et celui de Léningrad sous la Seconde Guerre mondiale. Svetlana Alexandrovna Seledet, conservatrice du musée, résume : « Depuis la fin des événements militaires, Saint-Pétersbourg participe activement à la reconstruction de la ville. L'ouverture de ce musée en témoigne. Les deux villes sont aussi jumelées, et elles ont ce lien : elles ont survécu aux combats pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous, nous avons survécu aux événements de 2022. Les populations ont souffert dans les deux villes ». Changer certains noms de rue Sur un des murs à l’entrée, quelques témoignages d’une autre facette et d’un autre rôle de Jdanov que celui qui y est célébré par la Russie de Vladimir Poutine : des photos de ce bras droit de Staline lors du premier congrès des écrivains soviétiques en 1934. Jdanov y fixa la ligne culturelle du Parti communiste : l’art doit servir l’État. Les descendants des familles d’artistes réprimés sous l’Union soviétique, déportés au goulag ou exécutés, et ceux qui protègent leur mémoire, comme celle de la célèbre poétesse Akhmatova, ont qualifié l’ouverture du musée « d’insulte à leur mémoire ».  Nina Popova, présidente de la Fondation caritative des Amis du Musée Anna Akhmatova de la Maison de la Fontaine à Saint-Pétersbourg et son ancienne directrice pendant 30 ans, a elle déclaré : « C'est comme gifler une femme qui a tant résisté, qui a surmonté l'épreuve et qui n'a jamais oublié l'humiliation terrible qu'elle a subie. » Anna Akhmatova a évité la déportation, mais s’est vue réduite au silence. Viktor Mikhalenko affirme lui que les équipes du musée « ont fait des recherches » et « qu’à ce jour, il n'existe aucun document où Andreï Jdanov ait personnellement signé une quelconque liste d’exécution ». Comme dans de nombreuses villes des territoires sous drapeau russe depuis 2022, certaines des rues de Marioupol ont été rebaptisées. Aujourd’hui encore, certains habitants affirment se perdre dans leur propre ville, quand d’autres se montrent fatalistes et préfèrent souligner : « Quand ici c’est devenu l'Ukraine, [après la chute de l’URSS, NDLR], des noms de rues issus de l’Union soviétique ont été changés, pour des noms de héros ukrainiens. Et maintenant, les Russes reviennent aux anciens noms. » Installer ou réinstaller des statues Peut-être la conviction qu’il s’agit là d’un simple flux et reflux de l’histoire, avec chaque camp renvoyé à l’autre, comme s’il n’y avait ni responsables, ni coupables. Peut-être aussi une manière de se retrancher dans le propos le plus prudent possible, tant chacun mesure la sensibilité du sujet et tant les propos sont, partout, mesurés au trébuchet. Quand on ne refuse pas, et c’est souvent, de s’exprimer tout court. L’évitement et la méfiance face aux questions d’un interlocuteur inconnu sont devenus une règle. À Mélitopol, devenue la capitale administrative de cette partie de la région de Zaporijia sous contrôle russe, se dresse dans le centre-ville une statue dorée haute de plusieurs mètres : celle de Lénine. Devenue un lieu de rassemblement des pro-russes en 2014-2015, elle avait été enlevée de l’espace public par les autorités ukrainiennes, puis retrouvée par les fonctionnaires mis en place par Moscou qui l’ont réinstallée le 5 novembre 2022. Quelques semaines plus tard, le 17 décembre, elle était, de nuit, aspergée de peinture rouge. À l’époque, une babouchka rencontrée à proximité se permettait encore de rire de ce geste d’un : « C’est la jeunesse, ils sont énervés. » Certains passants évoquaient alors encore, sans filtre, le rôle de « partisans » dans des attentats contre les représentants des autorités russes ou leurs infrastructures, laissant en un mot échapper sans aucune équivoque leur opposition à la présence de Moscou. Plus de trois ans sous drapeau russe plus tard, c’en est terminé des allusions ironiques au geste de colère devant la remise en place de la statue de Lénine. L’évoquer, c’est s’entendre répondre le plus souvent de très évasifs : « Je ne me souviens pas. » Ou à peine un très timide : « Lénine était une personnalité ambivalente. » Un passant se fait un peu plus direct : « Aujourd'hui, de tels excès seraient certainement très improbables ». La Société d’histoire militaire russe partout à la manœuvre L’antenne locale du KPRF, le Parti communiste russe, a lui installé à Mélitopol le 9 mai 2025 la première et à ce jour seule statue de Staline dans les régions passées sous contrôle russe en 2022. « Staline est le vainqueur de la Seconde Guerre mondiale », dit Oleg Aleksandrovich Slusarenko, premier secrétaire du comité local du KPRF et élu local. « Sur le piédestal de sa statue, il est donc écrit : Au généralissime de l'Union soviétique, inspirateur et organisateur de la victoire du peuple soviétique sur les envahisseurs nazis, à Joseph Vissarionovitch Staline, ses descendants reconnaissants. » Visiblement très rodé à répondre aux critiques sur le bilan du dirigeant, Oleg Slusarenko affirme aussi : « Le système soviétique était jeune [à l’époque de Staline,NDLR]. Comme dans toute jeune civilisation, il s'y passait beaucoup de choses qui, en général, plaisaient à certains, mais pouvaient en contrarier d'autres ». Une affirmation dans la ligne des autorités russes qui ne nient pas les répressions soviétiques mais les minimisent, en les présentant comme une tragédie sans réel coupable, tout en glorifiant chaque jour un peu plus la puissance géopolitique et militaire de l'URSS. Reste que sur la question de la mémoire, on retrouve surtout à la manœuvre la Société d'histoire militaire russe. Fondée en 2012, là encore sur demande de Vladimir Poutine, elle est aujourd’hui dirigée par Vladimir Médinsky, l’historien préféré du chef de l’État russe. Certains observateurs vont jusqu’à lui prêter une proximité idéologique telle avec Vladimir Poutine qu’ils avancent qu’il serait à l’origine de l’essai du président publié en 2021 et titré : De l’unité historique des Russes et des Ukrainiens. Y est développé tout l’argumentaire tant mis en avant par le Kremlin pour justifier l’envoi de ses soldats en Ukraine, comme celui que Russes et Ukrainiens ne formeraient qu’un seul peuple ; ou encore que l’Ukraine n’est pas un pays mais une création artificielle des bolcheviks, et ne peut donc avoir d’aspiration propre.  Vladimir Médinsky est aussi l’inflexible chef de file des négociateurs russes sur les pourparlers de la fin de la guerre en Ukraine. Dans les régions prises par Moscou depuis 2022, ses hommes sont en tout cas partout. À Mélitopol, ils installent très activement de nombreux monuments et des statues, comme un buste de Pavel Soudoplatov en plein centre-ville. Sous Staline, Soudoplatov était un haut responsable féroce des services de renseignements. Ce natif de Mélitopol est notamment connu pour avoir réprimé avec acharnement le mouvement national ukrainien et ses militants, y compris hors des frontières de l’Union soviétique. Pour l’
La pratique de la boxe dans une école d’un quartier défavorisé de la capitale mexicaine aide les jeunes adolescents à s’en sortir. De notre correspondante à Mexico, La voiture grimpe péniblement la côte jusqu’à un petit terrain où se garer. Quelques mètres plus bas, la route bétonnée s’arrête devant l’école David Paul Ausubel, où un ouvrier pose des pavés. Yair Ruiz, pédagogue et fondateur du collectif « Boxeo por la Paz » (« Boxe pour la paix »), vient chaque jour sur les hauteurs de Chimalhuacán donner volontairement un entraînement de boxe aux collégiens. « Bonjour prof ! », il est reçu avec enthousiasme par la quinzaine de jeunes âgés de 11 à 17 ans qui étudient là, tous niveaux confondus, dans une petite pièce où s’infiltrent la poussière et la lumière. « La porte doit rester ouverte, car nous n’avons pas d’électricité, explique l’enseignante Karin Pache Bautista, même si le bruit des travaux dans la rue distrait les élèves ». La petite école est située sur le flanc d’une montagne qui borde l’État de Mexico. L’est de la capitale mexicaine s’étend en contrebas, mais ce quartier où près de 70 % de la population vit en situation de pauvreté et où le sentiment d’insécurité est très fort se trouve à la marge. Boxer pour étudier Les après-midis, Yair Ruiz prend le relais de la classe traditionnelle avec des cours de boxe, pour autant, « le but n'est pas de former des boxeurs ». Depuis 2023, ce sport sert avant tout à retenir l’attention des jeunes de cette école et à éviter le décrochage scolaire : « On se concentre sur la boxe, mais il ne s’agit pas seulement de donner des coups, les jeunes doivent étudier pour garantir leur avenir. » Boxeo por la Paz est un projet communautaire, porté par quelques bénévoles, sans aucun soutien des pouvoirs publics. « Je n’avais jamais vu une école comme celle-ci, confie Araceli Tellez, mère d’élève, qui apprécie les effets de la méthode sur son fils. Christopher est très réservé, mais depuis qu’il fréquente la classe, il est plus motivé. Et surtout, il aime y aller. » Gants de boxe aux poignets, l’adolescent confirme son goût pour le sport et le fait d’« apprendre à se défendre ». Pour l’avenir, il promet vouloir « continuer à étudier » afin de devenir chirurgien. « Prenez de l’élan et ne regardez pas l’obstacle, ne laissez pas la peur vous arrêter ! », crie l’entraîneur dans la cour. Karin Pache Bautista, qui regarde ses élèves s’échauffer en sautant un parcours improvisé à partir de larges tubes en PVC, assure « qu’ils s’amusent et que cela aide beaucoup l’aspect pédagogique ». La jeune étudiante en psychologie apporte son soutien à l’école en focalisant son attention sur « les jeunes qui ne savent toujours ni lire ni écrire ». Elle explique qu’en plus des conditions matérielles précaires, la situation familiale de certains élèves est difficile et complique l’apprentissage : « Ils sont parfois tristes, bagarreurs ou agressifs, c’est à cause de ce qui se passe à la maison. » À lire aussi«Un fleuve d’acier»: comment les armes américaines nourrissent la violence des cartels mexicains Une initiative communautaire Soulevant la poussière du sol, les adolescents répètent en duo un enchaînement de coups montré par leur professeur. « Ça nous permet de diminuer notre stress et d’évacuer nos émotions », affirme Andrea, 15 ans. L’adolescente aux cheveux teints en rouge regarde son amie frapper avec énergie les gants d’un autre camarade : « Même quand elle se fatigue ou qu’elle prend un coup qui lui fait mal, sa volonté ne diminue pas. » Une fois l’exercice terminé, Jana, 13 ans, s’approche avec un grand sourire : « La boxe m'a beaucoup servi, si tu as des problèmes à la maison, tu peux les décharger ici. » La jeune fille, coiffée d’un nœud blanc, s’illustre parmi les meilleures élèves de la classe. « Le Maître Yair veut que l’on sache se défendre dans une situation dangereuse si le dialogue ne fonctionne pas. Il veut aussi que l’on communique entre nous et que l’on soit toujours unis. » Équipé d’un gilet de protection, Yair Ruiz encaisse les frappes des adolescents qui défilent devant lui, les encourageant par des surnoms affectueux. Il raconte volontiers comment la pratique des arts martiaux l’a lui-même aidé à surmonter une période difficile de sa vie. À son tour, il s’efforce aujourd’hui de transmettre à ces jeunes les valeurs et la discipline du sport. Un combat dans « cette zone exclue et abandonnée » qui revêt une dimension préventive : « Ces jeunes ne sont pas tentés d’approcher des groupes délinquants ou de consommer de la drogue. »  Comme preuve de cette réussite, il compte les jeunes qui parviennent à aller au lycée : « À la première génération, il y en a eu un, dans la suivante, ils étaient trois, l’an dernier, ils étaient neuf. Maintenant, ils pensent à l’université ! » En mars 2026, le gouvernement mexicain a lancé un programme national proposant des milliers de cours de boxe gratuits à des jeunes dans des gymnases à travers le pays, afin de les éloigner de la drogue et de la violence. L’initiative porte elle aussi le nom de « Boxe pour la paix ». « Un excellent nom », s’amuse Yair Ruiz, plaisantant d'être fier d’avoir peut-être pu inspirer le gouvernement. Le collectif de Chimalhuacán n’a toutefois rien à voir avec ce programme et n’en bénéficiera pas. Non sans une légère amertume, l’instructeur de boxe, qui rêve de réunir un jour assez de fonds pour construire un gymnase dans ce quartier, glisse : « Ce serait bien que les institutions se tournent enfin vers les initiatives communautaires et voient ce que nous faisons. » À écouter dans Grand reportageLes corridos, ces chansons prohibées que le Mexique adore
C'est l'une des hantises du Qatar : se retrouver isolé du reste du monde par une guerre ou un événement géopolitique majeur, comme lors du blocus mis en place par ses voisins en 2017 pour protester contre sa politique étrangère. L'offensive israélo-américaine sur l’Iran a rappelé cette menace. Mais depuis 2017, le pays a constitué des stocks stratégiques et il a surtout encouragé la production locale.  De notre envoyée spéciale de retour de Doha, Tomates, concombres, poivrons ou encore champignons, depuis quelques années, l’agriculture locale est en plein boom et manger qatarien est même devenu, pour certains, un devoir national. Il fait déjà près de 30°C ce matin dans cette ferme au milieu du désert. Paré d’une dishdasha – cette longue tunique blanche portée dans le Golfe –, Nasser Al Khalaf fait le tour de son exploitation. « Là, c’est de la menthe qu’on fait pousser à même l’eau, sans terre. Les eaux comprennent les nutriments nécessaires aux racines. Au Qatar, on utilise la menthe pour le thé mais aussi dans les salades », explique le directeur d'Agrico. À une heure de Doha, des concombres et des champignons germent dans des salles qui ressemblent à des datacenters. À quelques mètres de là, 700 000 tilapias – des poissons d’eau douce – s’ébattent dans des cuves. « Comme dit mon père, si c’est possible au Qatar, c’est possible sur la Lune ! », s'exclame Nasser Al Khalaf.  À grand recours de climatiseurs, de ventilateurs et de technologies de pointe, l’impossible surgit en plein désert. Premier émetteur de CO₂ par habitant, le Qatar fait passer sa sécurité alimentaire avant les considérations écologiques. « C’est de notre devoir de participer à la sécurité alimentaire du Qatar, je suis très heureux et très fier d’y participer, affirme celui qui dirige Agrico. 10 tonnes de légumes sortent d’ici chaque jour. En tout, dans la ferme, on a une production de 5 000 tonnes par an. Et notre ambition, c’est d’arriver à 7 000 tonnes de production annuelle. »  Désormais autosuffisant en lait, le Qatar espère produire 55 % de ses fruits et légumes d’ici 2030. À lire aussiSommet des océans: l'aquaculture peut-elle empêcher la surpêche? Un secteur hautement stratégique Dans les allées de l’université du Qatar, nous retrouvons Kamal Usman, un chercheur nigérian. Après le blocus décrété en 2017 par des voisins du Qatar, il a été désigné pour prendre la tête du pôle de recherche agricole de l’établissement.  « C’est un secteur hautement stratégique pour le pays. Les autorités nous demandent de fournir des informations qui peuvent les aider à définir leurs politiques, indique le chercheur. Les investissements ont atteint de nouveaux paliers. L’université débloque des fonds importants. On reçoit aussi des subventions étatiques. L’intérêt pour ce secteur augmente et les investissements aussi. »  Depuis le début des frappes iraniennes sur plusieurs pays du Golfe et la fermeture de son espace aérien, le Qatar, situé juste en face de la République islamique, semble plus que jamais convaincu de son choix.  À lire aussiMondial au Qatar: gazon maudit
Une terre de conteurs et de chansons, partagées dans l’atmosphère feutrée d’un pub… La musique traditionnelle fait partie de cet imaginaire que l’on associe tous à l’Irlande !  Des airs transmis de génération en génération, portés par des instruments traditionnels… le tin whistle, le bodhrán, le violon, qui racontent l’âme d’un peuple. Et aujourd’hui, la folk irlandaise connaît un véritable renouveau. En ces temps incertains, les histoires difficiles d’autrefois trouvent un nouvel écho. De notre correspondante à Dublin,  Eux, ce sont Madra Salach, les nouveaux chouchous du pays !  C’est dans un pub bien sûr que Paul, le chanteur du groupe, nous a donné rendez-vous : « Madra, ça veut dire “chien” et Salach veut dire “sale” ». Donc, on s’appelle « sale clébard » ! « Je voulais choisir un nom en langue irlandaise ! » À part le nom, toutes leurs chansons sont pour l’instant en anglais. Comme leur dernier titre, « Blue and Gold », qui parle de jeux à gratter !  Un geste peut-être anodin, mais plein d’espoir, et qui peint en réalité un portrait très actuel de la société irlandaise : « Tu achètes ce genre de tickets et tu te mets à rêver : si je gagnais beaucoup d’argent, qu’est-ce que j’en ferais ? En fait à Dublin c’est quasi impossible de faire quoi que ce soit sans argent, et puis la crise du logement est hors de contrôle ! », explique-t-il. « L’histoire irlandaise a été profondément marquée par l’exil. Or, encore aujourd’hui, à cause du coût de la vie, même s’il y a du travail ici, les jeunes quittent le pays en masse à cause du coût de la vie !  Même si ce n’est pas aussi traumatisant qu’à l’époque de la Grande Famine, des personnes sont contraintes de partir aujourd’hui, alors qu’elles préféreraient peut-être rester. » Et c’est pour ça, d’après Paul, que les vieilles chansons traditionnelles résonnent avec toujours autant de force aujourd’hui.  Trad Fest à Dublin en est un exemple. Avec 150 concerts en cinq jours, le festival montre que la musique irlandaise est tout sauf un héritage figé. Martin Harte est l’un de ses organisateurs : « La musique folk, la musique traditionnelle, repose avant tout sur l’art du récit. Beaucoup de chansons du répertoire folk parlent de guerre, de famine, de discrimination et de répression. Ce sont des thèmes qui trouvent un écho aujourd’hui, dans un monde traversé par tant d’angoisses…  Des groupes comme Madra Salach ou Lankum se sont ré-appropriés ce style, à leur manière, le tout accompagné d’instruments traditionnels. Et c’est devenu très populaire auprès d’une nouvelle génération, qui n’a pas forcément grandi en écoutant ces sonorités. » À la Waltons School of Music de Dublin, John, enseignant, a d’ailleurs observé un engouement croissant chez les jeunes pour l’apprentissage du bodhrán, ce tambour traditionnel irlandais : « La musique trad, c’est un peu comme le blues au Sud des États-Unis. Ça vient de la pauvreté. En Irlande, il suffisait de deux ou trois personnes réunies dans une pièce pour faire la fête ! Tant qu’il y avait un feu, une flûte, un violon ou bien un bodhrán ! » Pas de bodhran chez Madra Salach, mais un harmonium, une sorte d’accordéon. Preuve que les instruments traditionnels reviennent aussi en force.
Ce dimanche 22 mars, l’ONU célèbre la Journée mondiale de l’eau alors que 1,8 milliard de personnes n’ont pas d’accès direct à l’eau potable dans le monde. En Europe, un territoire se démarque pour son savoir-faire en matière de désalinisation, l’archipel espagnol des îles Canaries. Dans cette région sèche et très prisée des touristes, les usines de dessalement sont légion. L’une d'elles, située sur l’île de Grande Canarie, a fait la Une de l’actualité en décrochant le record du monde de l’usine de dessalement la plus efficace énergétiquement.  De notre correspondant à Las Palmas,  En Espagne, aux îles Canaries, l’eau potable passe très souvent par l’étape « dessalement ». Une technologie exploitée depuis 60 ans et qui est devenue depuis quelques semaines un savoir-faire reconnu avec l’établissement d’un nouveau record du monde officiel : celui de l’usine de dessalement la moins énergivore. « Avant ce record, l’usine de dessalement la plus efficace au monde se trouvait en Arabie saoudite avec 2,21 kilowattheures par mètre cube d’eau. Cela signifie que pour chaque 1 000 litres d’eau dessalée, il faut injecter 2,21 kWh d’énergie dans le système », indique Baltasar Peñate Suarez, le responsable du département de l’eau à l’Institut technologique des Canaries. « De notre côté, nous avons commencé en 2021 avec nos premières conceptions et nous obtenions toujours une consommation d’énergie inférieure à 2 kWh. Avec ce concept, nous nous sommes dit : “Si nous pouvons descendre sous la barre de 2, nous avons peut-être une chance de battre le record”, se rappelle-t-il. Ensuite, nous avons construit l’usine expérimentale, nous avons commencé à obtenir des résultats et on a alors constaté que nous étions non seulement en dessous de 2, mais même en dessous de 1,9. La plus faible consommation d’énergie que nous avons obtenue — et que nous avons enregistrée comme record — est de 1,794 kWh. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: les usines de dessalement de l'eau, des infrastructures vitales et sensibles Des solutions d'appui en cas de crise Une performance unique rendue possible en grande partie grâce à une parfaite optimisation de l’espace. Petite, l’usine est installée à l’intérieur de quatre conteneurs transportables. « De ce côté-ci, ce qu’on voit, c’est la filtration de l’eau de mer, parce qu’il peut y avoir du sable ou de la terre qui entrent avec l’eau, détaille Baltasar Peñate Suarez. Au fond, on a le système de pompage à haute pression, qui est l’élément clé : c’est là qu’une partie de l’eau de mer qu’on capte entre dans le système. Et ici, à gauche, on a la partie de récupération d’énergie. » Pensée pour réduire au maximum la consommation énergétique, sa production se limite à 2 500 mètres cubes d’eau par jour, soit la consommation moyenne de 15 000 personnes. Trop peu pour des zones densément peuplées, mais une solution d’appui en cas de crises sur des territoires secs et isolés comme celui des Canaries. « Il y a des îles comme Lanzarote ou Fuerteventura où 90 % de l’eau potable, voire plus, vient du dessalement, explique Juan Antonio de la Fuente, chef de projet spécialisé dans la désalinisation. Et récemment, il y a quelques années, il y a eu une éruption volcanique sur l’île de La Palma. On a donc déplacé des usines de ce type, avec cette technologie, pour les installer là-bas afin de dessaler de l’eau pour l’irrigation des plantations de bananes. » Avec l’obtention de ce record mondial, les îles Canaries se placent comme un territoire avant-gardiste du dessalement de l’eau de mer. Depuis l’officialisation de son record, l’Institut technologique des Canaries assure recevoir des appels du monde entier. À lire aussiScience : comment fonctionne une usine de dessalement de l'eau de mer?
Le groupe israélien de défense des droits humains Yesh Din a signalé une hausse de la violence des colons, dans le contexte de la guerre en Iran qui a débuté le 28 février. Environ 50 incidents ont été enregistrés au cours des quatre premiers jours du conflit, et cinq Palestiniens ont été tués en Cisjordanie occupée. Une violence en toute impunité. Reportage dans un village endeuillé entre Ramallah et Naplouse. De notre envoyée spéciale à Qaryut, village entre Ramallah et Naplouse « La trace de sang que vous voyez là par terre, c'est celle du sang de Muhammad. Il a été atteint par une balle en pleine tête. C'est la première victime », confie Bachar. La première victime d'une attaque meurtrière, le 3 mars, dans le village de Qaryut, en Cisjordanie occupée. Une scène de guerre avec 40 minutes de combats que décrit Bachar, secouriste. Les villageois palestiniens ont tenté de se défendre contre un groupe d'une bonne vingtaine de colons israéliens armés. Les deux frères, Mohamed et Fahim Mouammar, sont morts. Ils étaient âgés de 48 et 52 ans. « Les tireurs venaient de ce verger-là. L'un d'entre eux était un colon qui portait un uniforme militaire », nous indique Bachar. L'identité du tireur et les circonstances de l'incident font l'objet d'une « enquête », a déclaré l'armée israélienne, qui condamne sévèrement les faits. Bachar ramasse des cartouches au sol et nous explique : « Son arme, c'était un fusil d'assaut M16, et ça, la marque rouge sur la cartouche, c'est la marque des balles explosives. » Jamil, le frère des deux victimes, a été touché au pied par une de ces munitions. Il se rappelle de ce jour : « Fahim est mort dans l'ambulance qui le transportait à l'hôpital. La balle a touché l'artère, il s'est vidé de son sang. »  L'attaque a eu lieu en pleine journée, à midi. Pour Jamil, les assaillants étaient là pour tuer : « Ils devaient avoir l'intention de tuer puisqu'ils sont venus avec une arme et ils ont tiré directement sur nous. Ce n'était pas juste pour nous faire peur. » Bachar traverse le verger de la famille Mouamar et nous apprend que « cette zone est l'une des plus dangereuses de Qaryut. Toutes les maisons ici sont entourées de grillages pour se protéger, comme une prison. Ici, c'est la colonie de Shilo, et là, la colonie d'Eli ». Le secouriste raconte que, le matin de l'attaque, un des colons équipé d'un bulldozer a voulu tracer une piste pour relier ces colonies illégales au regard du droit international. Les villageois palestiniens sont intervenus pour le chasser. L'homme est revenu avec un groupe ultra-violent pour une opération punitive. Jamil a reconnu un des assaillants. La police et l'armée israéliennes sont arrivées presque une heure après la confrontation. « Le tireur est reconnaissable à 100%. L'armée est venue et a pris ses affaires et ses moutons. Le lendemain, il est revenu s'installer au même endroit », déplore Jamil.  L'Autorité palestinienne dénonce « l'escalade majeure du terrorisme des colons à la faveur de l'attaque israélo-américaine contre l'Iran ».
En Turquie, une sécheresse record a récemment privé la capitale, Ankara, d'une large partie de ses ressources en eau. Une pénurie qui s'est muée en polémique politique. Le gouvernement accuse la mairie, aux mains de l'opposition, d'être responsable de la situation et la taxe d'« incompétence ». Mais le maire d'Ankara, possible rival du président Erdogan à la prochaine présidentielle, renvoie la balle au gouvernement. Des rivalités politiques qui n'aident pas à résoudre la crise, alors que le changement climatique risque d'aggraver la situation.  Reportage de notre correspondante à Ankara. À retrouver dans la longueur sur Accents d'Europe.
À la peine dans les sondages, Viktor Orban joue la carte anti-Ukraine. À moins de deux mois des élections législatives, prévues le 12 avril 2026, le Premier ministre hongrois intensifie sa campagne en prenant pour cible l'Ukraine alors que son parti, le Fidesz, est en difficulté. Le dirigeant accuse la Commission européenne de vouloir installer au pouvoir le parti d'opposition Tisza, mené par le conservateur Péter Magyar. Et selon Viktor Orban, Tisza serait un agent de Bruxelles et de l'Ukraine. Selon lui, cette coalition Bruxelles-Kiev voudrait augmenter les impôts afin de financer et d'armer Kiev et d'envoyer les Hongrois se battre aux côtés de l'Ukraine. Reportage de notre correspondante à Budapest. À retrouver dans la longueur sur Accents d'Europe. À lire aussiHongrie: Viktor Orban promet de chasser du pays «tous les agents de Bruxelles» s'il est réélu
Israël et les États-Unis poursuivent leur guerre contre l'Iran. L'armée israélienne mène aussi une offensive dans le sud-Liban, contre le Hezbollah, allié du régime de Téhéran. Des dizaines de milliers de Libanais ont dû fuir les combats. De l'autre côté de la frontière, les Israéliens se retrouvent eux aussi, encore une fois, en première ligne, deux ans après la dernière guerre avec le Liban. Notre envoyé spécial en Israël est allé à leur rencontre, à quelques kilomètres du front. De notre envoyé spécial en Israël, Johanna nous emmène dans son sous-sol. Un abri y a été aménagé. Son mamad – nom donné à ce genre d'abri – est devenu l'une des pièces principales de la maison. « Ici, dorment mon mari et mon fils », montre Johanna. Nous sommes à Ma'alot, une petite ville à seulement sept kilomètres de la frontière. La menace est très proche. Les alertes aériennes sonnent plusieurs fois par jour. « On a celle des tirs qui viennent du Liban et là, on a une alerte directement et il faut tout de suite se mettre à l'abri. Le délai, c'est zéro seconde. Et on a les alertes des tirs qui viennent d'Iran. Et là, on a un avertissement. » Une guerre pour « finir le travail » Prise entre deux feux, cette professeure d'hébreu, mère de quatre enfants, en a vu d'autres : « Il y a une espèce de sensation "encore une fois", et en même temps, on est peut-être plus à même de réagir correctement. On est moins dans la panique, on fait tout de suite ce qu'il faut. Les enfants, ils le prennent, ils le gèrent mieux. » Mieux préparée mais aussi plus inquiète pour l'avenir, Johanna soutient quand même la guerre pour « finir le travail ». « Je ne crois pas qu'il n'y ait aucune intervention extérieure qui ait jamais été faite que par des motivations très altruistes, etc. Mais on ne peut pas nier quand même que ça soit nécessaire de le faire. Et là tout de suite, je soutiens entièrement ce qui est en train d'être fait », appuie-t-elle. À lire aussiEn Iran, un quotidien rythmé par les bombes et une répression toujours aussi brutale À quelques collines de la frontière, le danger est omniprésent À 20 minutes de route, la journée est encore calme au kibboutz de Sasa, 250 habitants. Le front n'est plus qu'à trois kilomètres. On y retrouve Yaëlle dans la grande salle commune, totalement vide. « La salle à manger joue un très grand rôle dans notre vie sociale. On y rencontre des gens », explique-t-elle. Yaëlle a quitté la France pour s'installer ici, il y a 50 ans. Déplacée pendant la dernière guerre, elle ne repartira plus. Elle ne se fait plus d'illusions :  « On a pensé ça après chaque opération, après chaque guerre qu'il y a eu. Et malheureusement, ça ne se passe pas vraiment comme on espérait. Je ne suis pas très optimiste. C'est notre vie, je pense : angoissante et qui ne nous rend pas très optimistes. » Quelques collines nous séparent désormais de la frontière. Dans les hauteurs de Kyriat Shmona, le danger est omniprésent. La guerre pourrait durer encore plusieurs semaines, prévient le gouvernement israélien. Les habitants du nord d'Israël sont prêts à tenir encore, angoissés mais résignés, sans savoir quand ils pourront retrouver une vie normale. À lire aussi«On en ressortira plus forts»: en Israël, une déplacée raconte le bombardement de son habitation
En Corée du Sud, le 16 janvier 2026, un gigantesque incendie ravageait la majeure partie du dernier bidonville de Séoul. En contraste avec l'image moderne de la capitale coréenne et ses luxueux immeubles du quartier de Gangnam, les maisons de tôle du village de Guryong abritent encore entre 1 500 et 2 000 personnes vivant dans la misère. Des Sud-Coréens oubliés du gouvernement qui attendent depuis plus de trois décennies d’être relogés. De notre correspondant à Séoul,  Il ne reste que des cendres des 160 foyers détruits par le plus grand incendie de ces 40 dernières années à Guryong. Il n'a fait aucune victime, mais près de 200 habitants ont été déplacés après le sinistre. « Cela faisait plus de 30 ans que je vivais là », témoigne l'une d'entre elles, Park Chansoo, 76 ans. Elle prend le thé dans un abri de fortune, installé à l'entrée du village : « Je ne vis pas sur les aides, je travaille tous les jours à frotter les gens dans les bains publics. C'est toute ma vie qui vient de brûler, les photos de ma fille quand elle a eu son diplôme. Il ne reste plus rien », déplore-t-elle.  Comme la plupart des habitants de Guryong, à mesure que la ville de Séoul se développait à la fin des années 1980, les plus précaires, ne pouvant s'offrir un logement, furent repoussés à la marge jusqu'à construire ce bidonville adossé à la colline. Pour la première fois depuis l'incendie, Park Chansoo visite ce qui était autrefois sa maison et son quartier, et peine à contenir son émotion. « Là, il y avait l’épicerie, se souvient-elle. Ici, c’était le salon de coiffure. Ça, c'était ma vaisselle la plus précieuse, je ne voulais m'en servir que le jour où j'aurais enfin un appartement, mais il n'en reste que des morceaux. »  « On nous demande de quitter notre maison sans rien nous donner en retour » Depuis plus de dix ans, la mairie de Séoul annonce des plans pour détruire le bidonville. Pourtant, aucun n'a réellement porté ses fruits, notamment à cause de disputes entre les habitants et la mairie. « Nous voulons que nos habitations soient reconnues comme des logements, certes illégaux, et nous partirons, explique Park Chansoo. Mais la ville considère notre village comme un terrain d'élevage d'animaux, ce qui nous empêche de vendre le terrain ou d'avoir droit à une compensation ou un logement social si l'on part d'ici. C'est absurde, on nous demande de quitter notre maison sans rien nous donner en retour. » En trente ans, trente incendies ont été recensés à Guryong. L'insalubrité des logements, le réseau électrique improvisé ou les poêles à charbon sont souvent à l'origine de ces drames. Si Park Chansoo et ses voisins ont perdu leur maison, ils souhaitent garder leur dignité et enfin obtenir de la mairie de Séoul la reconnaissance de leur situation et une compensation pour vivre en sécurité. À lire aussiCorée du Sud: à Séoul, un projet immobilier menace un monument classé par l'Unesco
Le racisme touche tous les secteurs et tous les pays. En Catalogne, en Espagne, alors que la crise du logement fait rage plusieurs associations dénoncent un racisme presque systématique dans le secteur de l’immobilier et pour la première fois en Catalogne une agence immobilière vient d’être condamnée par le gouvernement à une amende.
Ce 8 mars 2026, les Colombiens sont appelés aux urnes pour renouveler le Congrès. Parmi les candidats, nombreux sont ceux qui se sont d'abord fait connaître sur les réseaux sociaux. Ces créateurs de contenu, ancrés à gauche ou à droite, sont devenus de véritables références politiques pour leur génération, au point de façonner les opinions et de mobiliser les foules. Entre mèmes, threads éducatifs et lives militants, une nouvelle forme d'engagement politique est en train de naître.  De notre correspondante à Medellín, Smartphone en main, en mode selfie, Hernan Muriel ne rate rien du cortège qui défile ce jour-là pour défendre les 23 % de hausse du salaire minimum. Flanqué d'un t-shirt noir au logo du Pacte historique, la coalition de gauche du président Gustavo Petro, Hernan Muriel commente la scène à ses centaines de milliers d'abonnés. « Allez, cessons d’être si complaisants, interpelle-t-il sur la vidéo. Soit on penche du côté de ceux qui sont en train de faire s'effondrer le pays, en augmentant la pauvreté, en creusant les écarts d’inégalité, soit nous penchons de l’autre côté, du côté du peuple, et de celui qui veut augmenter le salaire minimum, celui qui a historiquement réduit la pauvreté monétaire et l’extrême pauvreté.» Avant de s'engager dans la campagne électorale en cours, Hernan Muriel, 28 ans, militait déjà sur les réseaux sociaux. Il s'est d'ailleurs appuyé sur eux pour fonder le mouvement Cofradía para el Cambio : « Aujourd’hui, je suis candidat pour le Pacte historique. Je veux représenter le Pacte historique à la Chambre des représentants du département d’Antioquia ». Son compte TikTok affiche aujourd’hui près de 400 000 abonnés et celui d’Instagram plus de 195 000, essentiellement des jeunes. Certaines de ses vidéos sont vues des millions de fois. À lire aussiColombie: la violence s'intensifie à l'approche des élections législatives « D’une certaine manière, cela a permis le triomphe de Petro » Le phénomène intéresse les chercheurs de la fondation Pares. « En Colombie, YouTube, Facebook et TikTok sont devenus les principaux moyens d’information de la population en général, analyse Isaac Morales, spécialiste des questions de la démocratie et de la gouvernance au sein de la fondation. Et un grand nombre de jeunes ont accès à ces réseaux ou aux réseaux sociaux en général. Cela permet d’avoir une audience bien plus grande que celle d’il y a cinq ou dix ans. » L'influence directe de ces candidats issus des réseaux sociaux reste difficile à mesurer. Pour le chercheur, leur pouvoir de mobilisation auprès des électeurs est indéniable : « Non seulement en Colombie, mais dans plusieurs pays d’Amérique latine et du monde, les partis politiques sont conscients de la grande influence des réseaux sociaux et se tournent vers ce type de profils et de personnages qui peuvent apporter des votes. Mais, ce que nous avons vu, c’est que ce n’est pas toujours le cas. En effet, lors des élections de 2022, beaucoup d’influenceurs se sont lancés en politique et beaucoup n’ont pas réussi à obtenir de mandat. Mais lors de la grève nationale en 2019 et 2021, on a vu une grande couverture de l’évènement sur les réseaux sociaux et surtout de la part des jeunes très proches du projet du président Gustavo Petro. D’une certaine manière, cela a permis le triomphe de Petro. » Dimanche 8 mars, plus de 3 000 candidats se disputeront les 103 sièges du Sénat et les 183 sièges de la Chambre des représentants, une bataille qui s'annonce serrée. À lire aussiLes influenceurs ont-ils trop de pouvoir ?
Depuis 2013, le quartier populaire de Matareya, à l’est du Caire, organise le plus grand iftar de la capitale égyptienne. Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de personnes se retrouvent le temps d’une soirée au milieu du ramadan pour rompre le jeûne ensemble. Pour les jeunes organisateurs, c’est l’occasion de redorer l’image de ce quartier souvent méprisé. Pour les invités, c’est un moment pour oublier, le temps d’une soirée, les conflits qui déchirent la région. De notre correspondant au Caire, Derrière son petit stand de sandwichs, au milieu de la foule, Marwa n’arrête pas. « Je fais du foie sauté, je ne les compte plus, Dieu soit béni ! », s'exclame-t-elle. À une heure de la rupture du jeûne, l’ambiance est déjà surchauffée à Matareya : « Vous ne trouverez pas meilleure ambiance ! La vie est belle chez nous ! » Taha, en pull blanc floqué du logo de l’événement, s’affaire à distribuer les portions et à coordonner ses bénévoles. Il participe à l’organisation depuis le début, en 2013. « Au début on était juste un groupe de jeunes qui voulaient rompre le jeûne ensemble. Il n’y avait que trois ou quatre tables, se rappelle-t-il. Et maintenant, comme vous pouvez le voir, ça a grandi ! C’est devenu un jour saint pour Matareya. » À lire aussiL'iftar, le repas de rupture du jeûne musulman, inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco Un quartier populaire qui redore son image Ce quartier populaire des faubourgs du Caire traîne depuis longtemps une mauvaise réputation. Beaucoup le perçoivent encore comme une ashwā’iyya, ces zones d’habitat informel marquées par la pauvreté et l’insécurité. Son nom reste aussi associé, pour certains, aux affrontements sanglants qui ont éclaté pendant la révolution de 2011. « Nous voulons montrer une image différente. Les quartiers populaires ne sont pas comme les gens l’imaginent. Aujourd’hui, on montre qu’un quartier populaire peut accueillir des milliers de personnes, se réjouit Tahar. Ses habitants sont généreux. Venez nous rendre visite et vous verrez le respect, la politesse et les bonnes valeurs des gens, très loin de l’image que vous en avez peut-être. Et ça nous rend heureux ! » Mission réussie, à en juger par le sourire de cette dame et de ses voisines, venues de l’autre bout de la ville. « Les habitants de Matareya sont les plus aimables et les plus gentils ici, vraiment », affirme-t-elle. Cette année, alors que le fracas des armes vient perturber le mois sacré, elle adresse une pensée pour les guerres qui frappent la région : « Que Dieu protège l’Égypte et que Dieu protège toute la communauté musulmane. Qu’il protège tous les pays arabes de ce qu’ils traversent, demande-t-elle. Ce ramadan, c’est la communauté du peuple musulman : nous nous tenons les uns aux côtés des autres, unis, comme une seule main. » C’est d’ailleurs par un chant en soutien à la Palestine que se terminera la soirée. À lire aussiÀ Gaza, les difficiles célébrations du ramadan en temps de guerre
Ce jeudi 5 mars, c'est jour de vote au Népal. Un scrutin décisif, près de six mois après le soulèvement historique de la jeunesse, mais une élection qui se heurte aussi à la guerre qui fait rage au Moyen-Orient. Dans un pays au chômage des jeunes très élevé, des millions de Népalais sont partis travailler dans les pays du Golfe. Mais depuis l’attaque américaine et israélienne sur l’Iran et la riposte iranienne, les proches de ces travailleurs népalais vivent dans la peur. De notre envoyé spécial à Katmandou,  À Katmandou, les vidéos filmées par des Népalais inquiets montrant les interceptions de missiles dans le ciel de Doha, Dubaï ou Abou Dhabi défilent sur les portables. 1,7 million de Népalais travaillent légalement dans les pays du Golfe, bien plus dans la réalité. Dans certains villages, chaque famille a un proche expatrié au Moyen-Orient. Susma Baral revient tout juste des Émirats arabes unis, elle nous accueille dans sa maison. « Avec mon mari, nous sommes partis, car ici on ne pouvait pas s’offrir de vraie maison, notre situation financière était trop précaire, raconte-t-elle. Comme c’est l’aîné de la famille, il doit aussi assurer la charge financière pour ses frères et sœurs… » Enceinte de sept mois, elle est rentrée pour accoucher au Népal, aux Émirats arabes unis, les factures de santé étaient trop élevées. Son mari, Bibik Dhakal, est encore sur place. « Quand je vois tout ce qui se passe là-bas, sur les réseaux sociaux, dans les médias internationaux, ça m’inquiète énormément... J'ai peur que les missiles tombent sur son appartement, son quartier. À cause de cela, je ne dors plus depuis trois nuits », se désole-t-elle.  Et elle l’appelle chaque jour : « J’ai entendu les explosions, je n’ai pas vu de missiles en train de descendre dans le ciel, mais j’ai vu la fumée après qu’ils soient tombés au sol », témoigne son mari au téléphone.  À lire aussiÀ Dubaï, la peur de ressortissants africains: «On voit les missiles interceptés qui viennent d'Iran» « La peur les tient éveillés » Depuis la banlieue de Katmandou, son épouse reste connectée avec la communauté de travailleurs népalais. Pour l'association Shramik Sanjal, elle anime des émissions en direct sur les réseaux sociaux. Elle répond aux questions, et les informe de l’évolution du conflit. « Je parle avec beaucoup de travailleurs népalais au Moyen-Orient. Ces trois/quatre derniers jours ont été particulièrement durs. Ils sont réveillés par les bruits des missiles et des interceptions. Même lorsqu’ils essaient de s’endormir, ils n’y arrivent pas, la peur les tient éveillés. » Susma travaille dans l’enseignement et son mari est analyste alimentaire. Le couple se dit chanceux par rapport aux Népalais qu’ils connaissent sur place, car ils occupent des emplois extrêmement précaires dans l’hôtellerie, l’agriculture, la construction ou la restauration. « Ils ont peur, ils passent leur temps à regarder des vidéos en direct, ils ne mangent pas, décrit Bibik Dhakal. Ils n’ont aucun choix. Ils n’ont pas leur passeport, c’est leur employeur, ou quelqu’un d’autre, qui le détient… Ensuite, ils n’ont pas d’argent pour partir… » Ces travailleurs envoient chaque mois une grande partie de leur salaire à leurs proches, gardant le strict minimum. Ces transferts d’argent représentent un quart du PIB du Népal. C'est un sacrifice vital pour l’économie, mais qui ne leur offre pas de droits civiques. Tous ces travailleurs ne peuvent participer au scrutin de ce jeudi 5 mars : le vote dans les ambassades ou consulats à l’étranger n’est pas autorisé au Népal.  À lire aussiFrappes contre l’Iran: le dilemme des alliés américains du Golfe entraînés dans le conflit
L'affaire Epstein n'a pas fini de secouer la monarchie britannique. L’ex-prince Andrew, déjà accusé d'agression sexuelle, a été arrêté le 19 février dernier. Soupçonné de faute professionnelle dans l’exercice de ses fonctions lorsqu’il était représentant spécial du commerce entre 2001 et 2011, il a passé 11 h dans un poste de police. Andrew Mountbatten Windsor n’a pas été inculpé mais s’il l’est et qu’il est reconnu coupable, il risque la prison à vie. Le roi Charles III a beau lui avoir retiré son titre de prince en fin d’année, les liens de son frère avec Jeffrey Epstein éclaboussent Buckingham Palace et la popularité de la royauté britannique est au plus bas.  Un reportage de notre correspondante à Londres à retrouver en intégralité sur le podcast d'Accents d'Europe. À lire aussiAffaire Epstein: Andrew, l'interminable chute d'un prince déchu
À Pékin, un artisanat vieux de plus de deux siècles est aujourd’hui classé patrimoine culturel immatériel. Les lanternes de palais, autrefois réservées aux cours impériales, sont toujours fabriquées à la main, mais par une poignée d’artisans vieillissants. Les lanternes de la place Tiananmen viennent d’un petit atelier situé en plein cœur de la capitale. Entre transmission fragile et attachement populaire, reportage sur une tradition qui tente de survivre. De notre envoyée spéciale à Pékin, À Pékin, certaines lumières viennent de très loin dans le temps. Elles éclairaient autrefois les palais impériaux. Aujourd’hui, elles pendent encore dans quelques maisons et dans un atelier, où presque plus personne ne sait les fabriquer. Tang, thé au jasmin entre ses mains burinées, nous reçoit dans la pièce maîtresse de l’atelier. Il nous montre une lanterne.  « L'hexagone au milieu, c'est le modèle traditionnel de lanterne de palais. Elle est entièrement sculptée dans du bois de rose massif et elle représente deux dragons jouant avec une perle. Dans le passé, dans les anciennes cours impériales, toutes les lanternes suspendues étaient de ce type. Elles symbolisaient le luxe, la richesse », décrit le vieil homme.  Pendant des siècles, ces lanternes indiquaient le statut social d'une personne. Ici, chaque pièce est sculptée et assemblée à la main, un travail long et minutieux. « C'est un métier délicat qui demande beaucoup de savoir-faire. Nous avons été officiellement désignés comme patrimoine culturel immatériel. Ce que nous fabriquons appartient à ces anciennes traditions, et nous ne pouvons pas les laisser disparaître. Tous ces anciens métiers artisanaux de Pékin, pour être honnête, ont pratiquement disparu. Quand on en arrive là, c'est la fin », se désole notre hôte. Un savoir-faire protégé Aujourd’hui, ce savoir-faire est officiellement protégé. Mais dans l’atelier, ce sont aussi les artisans qui disparaissent, comme nous l'explique l’un des derniers d’entre eux, Liu, âgé de 78 ans : « Il n'y a pas d'employés officiels dans cet atelier. Tout le monde est à la retraite. Même les plus jeunes ont déjà plus de soixante ans et ils continuent à venir ici pour travailler. L'industrie artisanale reste un secteur assez difficile. Les jeunes n'aiment pas faire ce genre de travail. » C’est un métier exigeant et difficile à transmettre. Et pourtant, les lanternes continuent d’être achetées. Pour la fête des lanternes, cette acheteuse choisit le bois. « C'est pour le Nouvel An. Pour ma maison, je veux quelque chose de meilleure qualité qui puisse être accroché plus longtemps. Même si les décorations en plastique sont jolies, elles ne dureront pas », nous dit-elle.  Liu souligne qu’à présent, dans les appartements modernes, ces lanternes n’éclairent plus des empereurs, mais des repas de famille : « Beaucoup de gens qui achètent des lanternes aujourd'hui cherchent ce sentiment de nostalgie, ce lien émotionnel. C'est ce qui compte. ».  Les lanternes de palais ont traversé les dynasties, les révolutions, les transformations de la ville. Aujourd’hui, leur avenir dépend de deux choses : des mains qui savent encore les fabriquer et des maisons qui choisissent encore de les accrocher. 
En Suisse, la loi oblige chaque habitant à avoir une place dans un abri antiatomique. Certains de ces bunkers, construits pendant la guerre froide, vieillissent. Échaudé par la guerre en Ukraine et le contexte géopolitique explosif, le gouvernement suisse veut les rénover.  De notre correspondant à Genève, Un bunker, c'est un peu comme une maison : ça s'entretient. Christian Sinigaglia est à la tête d'une PME spécialisée dans la construction et la rénovation d'abris antiatomiques. Le bunker que nous visitons près de l'aéroport est totalement à refaire car le béton, même lorsqu'il est armé, peut s'user avec le temps. Cela sans compter les nombreuses interventions des Suisses, qui ont tendance à s'approprier leurs abris comme une pièce supplémentaire de leur habitation.  « Ce qui se fait beaucoup aussi, c'est ce qu'on appelle des ''carnotzet'', précise Christian Sinigaglia. Vous avez un petit bar, et puis, les gens viennent boire l'apéritif, jouer aux cartes… Il faut amener de l'eau, de l'électricité, des choses qui ne sont pas prévues initialement, donc les gens font un peu tout et n'importe quoi ! Ils percent à travers les murs, mais on n'a pas le droit de toucher à l'enveloppe de l'abri. C'est ça qui pose un gros problème. » Et pourtant, la loi suisse oblige les propriétaires d'abri à les entretenir pour qu'ils soient utilisables. Hier, c'était en cas de conflit nucléaire entre l'Union soviétique et les États-Unis. Le risque n'est toujours pas totalement écarté. On le voit avec la guerre en Ukraine, même si on ne construit pas forcément des abris aujourd'hui comme on le faisait au temps de la guerre froide. « Les Américains ont développé des bombes qui exposent non plus à l'impact, mais qui peuvent pénétrer jusqu'à certaines profondeurs et ensuite exploser, détaille le spécialiste. Donc, c'est vraiment de travailler sur une cellule qui, elle, résiste à toute déflagration, toute onde de choc. » À lire aussiAllemagne: face à la crainte de la Russie et de la guerre, un plan pour recenser les abris 370 000 abris antiatomiques en Suisse  Il s'agit donc moins de construire des abris antiatomiques, avec tout le nécessaire pour survivre pendant de longs mois, que des abris antibombes, voire anticatastrophes tout court. Ces dernières années, les bunkers ont servi par exemple à protéger la population lors d'accidents industriels et chimiques. Le cabinet d'architectes de Tanguy Caversaccio se trouve à Lausanne. Ce jeune professeur à l'École polytechnique fédérale de Zurich a beaucoup travaillé sur le sujet des abris antiatomiques. Il leur a même consacré une exposition : « La guerre en Ukraine déclenche des intérêts beaucoup plus importants chez le Suisse de savoir s'il est en sécurité ou pas, et qu'il puisse aller se cacher sous terre. Cette espèce de thermomètre de l'anxiété du Suisse grandit ou diminue selon le contexte géopolitique. » Entre les abris publics et les abris privés, on estime que les neuf millions de Suisses ont tous une place garantie dans ces infrastructures. Le gouvernement a fait passer de 800 à 1 400 francs suisses [1 530 euros environ] le montant de la taxe dont il faut s'acquitter si on ne veut pas construire un abri avec sa maison. La somme alimente un fonds national destiné aux bunkers. Il approche aujourd'hui le milliard d'euros, mais on sait qu'il ne suffira pas pour rénover les 370 000 abris antiatomiques répartis dans le sous-sol de la Suisse.  ► Un reportage à retrouver en version longue sur Accents d'Europe À lire aussiIsraël: à Tel-Aviv, la ruée vers les abris antimissiles privés fait grimper le prix de l’immobilier
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