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Reportage culture

Author: RFI

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Musique, beaux-arts, cinéma ou théâtre, découvrez l’art sans frontières, sans œillères. Savourez quelques notes de musique, laissez-vous guider dans un musée ou une galerie, soyez le spectateur privilégié d’un film ou d’une pièce de théâtre, laissez-vous séduire par un spectacle de rue grâce à la chronique culture de la rédaction de RFI.

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« Ici c'est Paris, Paris est magique » : tous les amateurs de football, amateurs du Paris Saint-Germain ou non, connaissent ce chant emblématique des supporters du club. Mais le PSG a décidé d'enrichir son paysage sonore, avec une initiative inédite : un laboratoire musical, où des dizaines d'artistes contribuent à renouveler les hymnes, jingles et chants du club.  Une fois n'est pas coutume, l'ambiance au Parc des Princes n'est pas en gradins, ce samedi 28 février 2026, mais dans les loges des footballeurs du PSG. Le temps d'un week-end, ces dernières ont été converties en studios d'enregistrement. Et pour cause : 75 artistes planchent sur la nouvelle identité sonore du club.  Depuis la veille, de 14 heures à 2 heures du matin, ces musiciens, producteurs et beatmakers réfléchissent aux futurs jingles buts, hymnes et chants de supporters du PSG – une mixtape est même en préparation. Ils viennent de 16 pays différents – France, Angleterre, mais aussi Brésil ou Japon –, et si certains sont déjà confirmés, pour d'autres, c'est la découverte. « Je suis archi-content », jubile ainsi RDN, jeune rappeur de région parisienne qui fait partie des trois profils « rookies » sélectionnés parmi plus de 1 000 dossiers en début d'année. « Je suis passionné de musique, mais aussi du PSG. Je suis un supporter du club depuis tout petit, alors j'ai même du mal à croire que je suis là ​​​​​​​! », s'enthousiasme-t-il encore.  Pour lui comme pour les dizaines d'autres artistes présents, ce week-end de « laboratoire musical » représente une véritable opportunité. L'occasion de rencontrer des professionnels du secteur, de recueillir leurs conseils, mais aussi d'alimenter leurs réseaux sociaux.  Une ambiance studieuse  Alors, pas question de s'éparpiller : même si, d'un studio à l'autre, l'ambiance est plus ou moins bruyante, elle est, dans tous les cas, studieuse. Il faut dire que les instructions données par le club sont claires, et pour le moins précises : « Les jingles doivent faire pour certains trois secondes, pour d'autres sept, parfois 30... Et on nous a aussi dit d'intégrer les chants des ultras », énumère ainsi Seysey, producteur et compositeur de 37 ans. À ses côtés, le pianiste Vulax, jeune révélation de 23 ans, souligne : « Dans tous les cas, ce sera épique ! ​​​​​​​» Une volonté claire : faire du PSG une marque transversale  Si le Paris Saint-Germain a été si clair dans ses demandes, c'est aussi parce qu'il n'est pas question que de musique avec ce « Ici C'est Paris Music Lab ». « Ça va bien au-delà », martèle Julia Lenrouilly, la responsable activation de la marque. « C'est vraiment une déclaration d'intention de ce que veut être la marque PSG », poursuit-elle. Car même si le nom du club évoque inévitablement le foot, le Paris Saint-Germain est « ​​​​​​​bien plus que cela », assure-t-elle : une marque internationale et surtout transversale, qui ambitionne de poursuivre son développement dans des secteurs comme l'art, la gastronomie, la mode, et donc, bien sûr, la musique.  Et qu'en est-il, dans tout cela, des supporters ? Le lien du club avec la musique a toujours été particulièrement fort… et les amateurs du PSG, spécialement tatillons. En 2021, le club avait tenté de changer la chanson traditionnelle d'entrée des joueurs sur le terrain – « Who Said I Would » de Phil Collins – pour la remplacer par un titre de DJ Snake. Pilule mal avalée par les supporters, et leçon bien retenue par le club : prudence est mère de sûreté. « ​​​​​​​On essaie de ne froisser personne, assure Julia Lenrouilly. On discute toujours avec nos supporters. Ils ont des porte-parole, et on discute globalement de nos projets. »  Avec une certitude : quelle que soit l'issue de l'ICP Music Lab, le fameux hymne « Et tous ensemble on chantera », systématiquement repris en chœur au Parc des Princes, ne risque pas de disparaître de sitôt. 
L'Institut Giacometti à Paris fait dialoguer pour la troisième fois un artiste contemporain avec les œuvres du grand sculpteur. Après Ali Cherri, le photographe et plasticien libanais, puis Marwan, le peintre syrien, c'est Huma Bhabha, l'artiste pakistano-américaine, qui pose ses œuvres hybrides face aux sculptures d'Alberto Giacometti.
Le musée du Jeu de Paume, à Paris, consacre en ce moment une exposition au photographe britannique Martin Parr, disparu en décembre 2025. À travers 180 photos issues de ses 50 ans de carrière, Martin Parr : Global Warning met en lumière les obsessions du photographe – le tourisme, la surconsommation, le réchauffement climatique –, mais aussi son humour, tantôt tendre, tantôt piquant, envers ses congénères. 29 janvier 2026. C'est avec une émotion palpable que Quentin Bajac, directeur du musée du Jeu de Paume et commissaire de l'exposition Global Warning, inaugure l'événement. Il connaissait bien Martin Parr avec qui il avait même publié, en 2010, un livre d'entretiens (Le Mélange des genres, édition Textuel, réédité en 2026). Surtout, les deux hommes avaient préparé ensemble cette exposition : « Martin était très enthousiasmé par ce projet », confie ainsi Quentin Bajac.  Hélas, la maladie a emporté Martin Parr le 6 décembre 2025, quelques semaines à peine avant l'ouverture de Global Warning au Jeu de Paume – ultime ironie cruelle de la vie, pour un photographe qui aura manié cette forme si particulière d'humour toute sa carrière durant.  À lire aussiLe photographe britannique Martin Parr est mort à l'âge de 73 ans 50 ans de carrière exposés  C'est donc sans surprise que l'on retrouve la patte de Martin Parr tout au long de l'exposition, notamment « dans la sélection des photos, raconte Quentin Bajac. Nous l'avons faite ensemble. Il tenait vraiment à ce que chacune des décennies de sa carrière soit représentée. » On retrouvera donc aussi bien les photos désormais très connues de plages bondées et aux couleurs criardes, prises dans les années 1980 et 1990, que des images plus confidentielles, capturées dans les années 1970 (et en noir et blanc !) où l'on pressent déjà son envie de représenter les classes moyennes.  En cinq décennies, Martin Parr a accumulé plus de 50 000 prises de vue dans ses archives – aujourd'hui stockées à la Martin Parr Foundation, à Bristol, en Angleterre, où il vivait. Impossible d'être tout à fait exhaustif ; en revanche, on peut clairement identifier certaines des marottes du photographe. « La société de consommation, le tourisme planétaire, le réchauffement climatique », énumère le directeur du Jeu de Paume. Autant d'axes autour desquels l'exposition est donc organisée, sans en oublier deux autres : l'addiction technologique et les rapports entre les humains et les animaux.  « Ma ligne de front, c'est le supermarché »  Ces thématiques sont loin de celles privilégiées par les confrères de Martin Parr à l'époque, aux premiers rangs desquelles les conflits et la pauvreté. « Il le disait : "Ma ligne de front, c'est le supermarché" », se remémore avec tendresse Quentin Bajac.  On ne s'étonnera donc pas de croiser, ici, deux femmes retranchées derrière leurs caddies, semblant prêtes à retourner au combat ; là, un bébé dans un chariot de courses, quasi enseveli sous les couches et les paquets de viande bon marché ; ou, plus loin, des clients semblant sur le point de s'empoigner pour mettre la main sur le dernier pack de bière en promotion.  Ces images pourraient sembler cruelles, elles dégagent pourtant une certaine tendresse pour l'espèce humaine. « ​​​​​​​Martin ne se mettait pas en surplomb, raconte Quentin Bajac. Il avait conscience de faire partie du problème : il voyageait énormément pour ses reportages, appréciait la plage et le shopping... »  À lire aussi«Life's a Beach», Martin Parr exposé à Evian Un humour tout british  Les constats posés par Martin Parr, une photo à la fois, pourraient aussi être déprimants. C'était sans compter sur sa touche bien à lui : son regard décalé, toujours de biais ; et surtout, «​​​​​​​ ​​​​​​​l'humour, fondamental. Parfois cruel, ironique, tendre... En fait, il n'y a pas un humour de Martin Parr mais bien des humours de Martin Parr », insiste le commissaire de l'exposition.  Nous voilà donc amenés à sourire en coin tout au long de l'exposition. Le photographe lui-même en jouait d'ailleurs. «​​​​​​​ ​​​​​​​Les Français m'adorent parce que je me moque des Anglais : ça leur fait gagner du temps », s'était-il un jour amusé au cours d'une conférence. Le succès de l'exposition Global Warning ne l'a pas démenti : face à l'affluence, le musée du Jeu de Paume a décidé d'étendre ses horaires de visite.  Martin Parr : Global Warning, au musée du Jeu de Paume (Paris) jusqu'au 24 mai 2026. À lire aussi«How Do You Feel?» nous demande Joel Quayson à la Maison européenne de la photographie
La nouvelle création du Théâtre des Amandiers à Nanterre nous fait découvrir un grand auteur contemporain suédois d'origine tunisienne. Christophe Rauck met en scène un diptyque de Jonas Hassen Khemiri. Dans Presque égal, presque frère, il est question d'une société régie par l'argent et le racisme. Des pièces menées tambour battant entre sketches, stand-up et performance.
Cap sur Berlin où se tient jusqu'au dimanche 22 février la 76ᵉ édition du festival international de cinéma. Un festival à l'ADN toujours très politique et qui confirme une tendance observée depuis quelques années : une attention particulière portée au cinéma africain. Comme en 2024, l'année qui vit le sacre de Dahomey de Mati Diop, trois films tournés sur le continent africain sont en lice pour le prestigieux Ours d'or. Les trois films sont Dao, d'Alain Gomis ; À voix basse, de Leyla Bouzid ; et SoumSoum, la nuit des astres, de Mahamat-Saleh Haroun. À lire aussiLa 76e Berlinale célèbre les cinémas du monde avec 80 pays représentés
Le reportage culture nous emmène dans les soirées « Open Mic », micro ouvert en français, où se détectent les nouveaux talents de la scène rap et R’n’B française. Bolon Sylla, jeune Sénégalais vivant en France, a lancé l’initiative « Talent Kaché ». Son objectif : mettre en lumière celles et ceux qui débutent.  L’ambiance rappelle celle des battles de rap : DJ, lumière minimaliste et capuches de rigueur. À ceci près qu’il ne s’agit pas d’une compétition, mais d’une restitution, celle des huit sélectionnés de la saison 3 de Talent Kaché, ou TLK pour les intimes. Une initiative de détection d’artistes lancée sur les réseaux sociaux. « Notre connexion s'est faite sur Instagram, explique Uzibinski, et on s'est vu et l'alchimie est bien passée. Du coup, on a tourné directement avec TLK. » « En fait, ils présentaient un "open mic" dans un "event", raconte Realness, j'ai été très intéressée et c'est comme ça qu'ils m'ont recrutée, pour me proposer de faire partie de la saison 3. » Ces deux chanteurs ont eu droit, comme les huit autres sélectionnés, à l’enregistrement d’un clip suivi d’une performance scénique au Doc, lieu culturel du 19ᵉ arrondissement de Paris.  « On m'a tendu la main et je fais pareil » Talent Kaché en est à sa troisième édition. Son promoteur, le Sénégalais Bolon Sylla, est arrivé en France en 2018. Il a connu les pires galères des jeunes migrants avant de trouver aide et assistance. « Je pense que c'est mon parcours qui m'a permis de faire cela, confie-t-il. Parce que moi aussi, on m'a beaucoup aidé en fait. Et je me suis dit : pourquoi ne pas partager ça avec les gens qui sont courageux et qui ont du talent ? On m'a tendu la main et je fais pareil. » La soirée de restitution se veut un tremplin pour des débutants souvent éloignés des projecteurs et des grands médias. Elise Allasia commence tout juste à percer. « J'ai quelques singles qui sont sortis sur les plateformes et j'ai aussi un EP en préparation. En attendant, je fais pas mal de scènes, j'ai fait beaucoup de premières parties. La première partie de Kimberose, liste la jeune chanteuse, Cerrone, Michel Fugain aussi, c'est assez éclectique... Et là, fin février, je fais la première partie de Ben l'Oncle Soul. » Pour Jiaceka ce type d’évènement sert aussi son réseau. « Si tu fais de la musique dans Paris, tu as toujours l'occasion de rencontrer des gens qui font des évènements, qui te proposent des choses, et puis on échange, on essaie d'apprendre les uns des autres, d'évoluer, de se faire connaître aux yeux des autres, d'un autre public. » Bolon Sylla n’est pas peu fier de ses poulains. Et surtout, de partager avec eux un moment de fraternité. «​​​​​​​ ​​​​​​​J'aime bien partager ma joie en fait et c'est ça aussi qui me pousse ». À écouter dans L'Invité cultureDans «DUB», le chorégraphe franco-sénégalais Amala Dianor crée l'union des danses undergound
Plus de cinq ans après sa mort, la figure majeure de la chanson française, Anne Sylvestre, continue d'inspirer les nouvelles générations. La comédienne et metteuse en scène Marie Fortuit et la chanteuse et pianiste Lucie Sansen se sont retrouvées autour de son répertoire, unies par l'envie de reprendre le flambeau de ses textes, sa musique, sa poésie et son engagement politique. Leur spectacle musical s'intitule La vie en vrai. Les dates de la tournée :  - 10 février- Val de Reuil (27) Théâtre de l'Arsenal - 13 février - Noyal sur Villaine (35) L'intervalle - 14 février - Saint-Gilles (35) Commune de Saint-Gilles - 6 mars - Montivilliers (76) Service Culturel - 7 mars - Rouen (76) L'étincelle - 8 mars - Loiron-Ruillé (53) Théâtre les 3 chênes - 12 mars - Rumilly (74) Quai des arts - 13 mars - Ricamarie (42) Centre culturel - 16,17 mars - Troyes (10) Théâtre de la Madeleine - 21 mars - Lardy (91) Salle Cassin - 28 mars - Erstein (67) Musée - 7 avril - Loire-Authion (49) - 9 avril - Sené (56) Grain de Sel - 24 avril - Duclair (76) - Théâtre Duclair - 29,30 avril - Colmar (68) La Comédie de Colmar - 9 mai - Brétignolles-sur-Mer (85) Mairie - 15 mai - Crépy en Valois (60) Centre Culturel - 20,22 et 23 mai - Foix (09) - L'Estive
« Voix de Gaza », une soirée musicale et poétique, s'est tenue vendredi soir 6 février à l'Institut du monde arabe pour célébrer la fin de résidence d'artistes gazaouis bénéficiaires du programme Pause. Ce programme lancé par le Collège de France en 2017 a pour but de soutenir des artistes et chercheurs issus de zones en danger et d'être accueillis en France. Depuis l'attaque israélienne à Gaza, nombreux sont les artistes de cette enclave à avoir souscrit à ce programme. La soirée a réuni le groupe musical Radio Gaza entre pop, rock, rap et chansons traditionnelles ainsi que des poètes. Abu Joury fait du rap depuis 2001. Il a souscrit au programme Pause et bénéficie d'une résidence à Angers depuis un an avec sa famille. Il y retrouve d'autres musiciens palestiniens bénéficiaires du même programme. Ils fondent ensemble le groupe musical Radio Gaza, dont Abu Joury écrit les textes. « Le rap que j'écris, c'est mon histoire, celle de ma société. J'écris sur la politique qui interfère tellement dans nos vies. Sur les difficultés qu'on traverse au quotidien à Gaza. Aujourd'hui, je parle aussi de l'exil. Je n'aurais jamais cru que j'écrirais un jour là-dessus. Sur ma mère, restée à Gaza, et combien elle me manque. Sur ma maison où j'ai pu juste vivre deux ans avec ma femme avant de devoir partir. Mais y a-t-il des mots assez forts pour exprimer ce que je ressens ? Telle est la question. » Radio Gaza, c'est « un peu la fusion de tous ces styles » avec des instruments À Angers, c'est l'association Al Kamandjati basée aussi à Jérusalem qui accueille les artistes palestiniens. « Radio Gaza, c'est un collectif de ces musiciens qui sont arrivés en France en janvier 2025 et qui, petit à petit, comme ils avaient déjà joué ensemble, certains dans un groupe de rock, un des premiers groupes de rock de Gaza qui s'appelait Water Band. Il y avait aussi Abu Joury, le rappeur, et puis d'autres qui enseignaient la musique au Conservatoire de Gaza, donc musique traditionnelle... Ils se sont retrouvés tous ensemble ici et ils se sont dit : "On ne va pas faire du pur pop rock arabe. On ne va pas faire que du rap en arabe. On ne va pas faire que de la musique traditionnelle". Donc, c'est un peu la fusion de tous ces styles avec guitare, basse, batterie, saz, oud et des chants », explique Yacine Laghrour, coordinateur de l'orchestre. Une véritable renaissance pour les artistes palestiniens grâce au programme Pause et pourtant celui-ci a été suspendu par le Collège de France depuis le mois de janvier pour les artistes de Gaza. Les raisons officielles invoquées étant la difficulté de sortir de l'enclave. Une raison qui ne convainc pas les nombreuses institutions culturelles en France mobilisées pour accueillir les artistes palestiniens. 
Depuis quelques mois, les toiles de Diego Velasquez et de Claude Monet, exposées au Petit Palais à Paris, ont de nouvelles connaissances avec qui échanger : les tableaux du Franco-Algérien Bilal Hamdad. Les toiles hyper réalistes de l'artiste dialoguent avec celles des grands maîtres de la peinture classique et donnent à voir un Paris qui, jusque-là, ne trouvait pas sa place dans les grandes institutions : celui de Barbès Rochechouart, de Châtelet-les-Halles, et des livreurs Deliveroo. Elle trône, imposante, dans la « galerie des grands formats » du Petit Palais : la toile Paname, conçue par le peintre Bilal Hamdad spécialement pour l'exposition qui lui est consacrée. Plus de trois mètres de hauteur et quatre de largeur, qui capturent sur le vif – et dans un style quasi-photographique – la sortie du métro Barbès-Rochechouart, quartier populaire de la capitale française. Avec cette toile, les vendeurs de maïs ambulants, les livreurs Deliveroo et les doudounes multicolores sont immortalisés aux côtés des Parisiennes du XVIIIe siècle et des scènes bibliques plus classiques qui peuplent habituellement les galeries du musée. Des étoiles dans les yeux, la directrice du musée, Annick Lemoine, réfute tout paradoxe : « Bilal Hamdad amène au Petit Palais le Paris d'aujourd'hui, mais en défendant une peinture qui s'inscrit dans l'histoire de l'art. Sa pratique est traditionnelle, académique : de l'huile sur toile, sur grand format. » Rien de plus logique donc que de l'inviter à prendre ses quartiers dans ce célèbre musée du centre parisien, habitué à faire dialoguer, tous les ans, des peintres contemporains avec les artistes historiques qui peuplent la collection. D'autant que, poursuit la directrice, Bilal Hamdad « insère dans ses œuvres, de manière extrêmement discrète, des références à ces peintures de maître qui l'ont nourri ». On pense par exemple à son Angélus, un jeune homme perché sur une rambarde d'escalier dans le métro. Où est la référence au célèbre Angélus de Jean-François Millet (1859) ? Subtilement cachée en arrière-plan. « Très discrètement, Bilal Hamdad a représenté une trace, comme une saleté, sur le mur derrière le jeune homme. Mais en réalité, cela reprend la silhouette du village, en arrière-plan de l'Angélus de Millet, détaille Annick Lemoine. Mais si on ne le sait pas, on ne peut pas le voir. » Une exposition pédagogique et aux accents politiques Pour rester accessible à celles et ceux qui ne seraient pas rodés aux milliers de références dont fourmille l'histoire de la peinture classique, le Petit Palais a truffé le parcours de petites explications. Les toiles de Bilal Hamdad sont donc fréquemment accompagnées de cartels pointant, lorsqu'il y en a, les clins d'œil à des tableaux passés.  Car l'idée de cet événement était, précisément, d'ouvrir le champ de la culture à un public plus large que celui qui arpente habituellement les couloirs du Petit Palais. « On a fait le choix de défendre un jeune artiste, martèle Annick Lemoine, mais notre ambition, c'était aussi de faire venir, par cette exposition, des personnes qui n'auraient autrement peut-être pas franchi les portes du Petit Palais. Et c'est un fait, on a eu beaucoup plus de jeunes visiteurs, qui n'avaient jamais mis les pieds dans notre musée et qui ont, par ce biais, découvert le Petit Palais. »  Le message politique du travail de Bilal Hamdad, lui, est plus discret – et surtout laissé à l'interprétation des spectateurs. Il se lit surtout dans le fait de « peindre des gens », comme le dit l'artiste, quelle que soit leur origine sociale ou ethnique, et de leur donner, toujours, la même importance.  Une série, pourtant, se teinte d'un message plus franchement affirmé : ces tableaux – dont certains figurent au Petit Palais – de jeunes hommes étendus dans l'eau, morts ou endormis, l'histoire ne le dit pas. Sur l'une de ces toiles, au premier plan, un petit bateau en papier rouge fait une référence discrète, pas à l'histoire de l'art cette fois, mais bien à l'actualité. Dans son studio du XIXe arrondissement parisien, le peintre acquiesce : « Je voulais rendre hommage à toutes ces personnes qui traversent la Méditerranée – ou d'autres endroits du monde, d'ailleurs. » On ne se refait pas : l'inspiration lui est en premier lieu venue d'il y a plusieurs siècles, plus précisément du tableau Ophélie de John Everett Millais (1852).  Un mélange des époques et des références qui a su séduire le public : pendant les six premières semaines de l'exposition, plus de 239 000 personnes ont franchi les portes du Petit Palais. À lire aussiAu Petit Palais, le street art s'invite aux côtés des œuvres classiques ►Bilal Hamdad, Paname, exposition à découvrir au Petit Palais (Paris) jusqu'au 8 février. 
Cendrillon, mais autrement. À l'âge de 83 ans, Pauline Viardot signa un opéra‑comique où l’héroïne échappe au merveilleux pour s'inscrire dans une réalité plus humaine et sociale, loin du conte de Charles Perrault. Créée en 1904, cette œuvre renaît aujourd'hui dans une nouvelle production de la Co[opéra]tive, un collectif de scènes françaises qui va à la rencontre du public en dehors des grandes institutions lyriques. Revisitée par le metteur en scène David Lescot, cet « opéra de salon » miniature d'une durée de 1h10 est actuellement en tournée à travers la France pour plus de 70 représentations. À lire aussi«Anora» de Sean Baker: un Cendrillon moderne et déjanté, Palme d'or 2024   À lire aussiMariame Clément, metteuse en scène pour «Cendrillon» de Massenet à l'Opéra de Paris
Adapté d’un récit autobiographique, La Passagère met en scène, lors d’une croisière, la confrontation entre une ancienne gardienne SS et une survivante du camp d’Auschwitz. Longtemps censuré pour son supposé « humanisme abstrait », cet opéra, composé en 1968 par le musicien polonais juif Mieczysław Weinberg (1919-1996), est présenté pour la première fois en France, à l'Opéra national du Capitole de Toulouse. La Passagère, à voir jusqu'au 29 janvier 2026 à l'Opéra national du Capitole de Toulouse. À écouter aussiJérémie Dres mène l'enquête sur sa famille dans la BD «Les fantômes de la rue Freta» - Invité culture - RFI
Déconstruire les clichés par la danse et le hip-hop : c’est la mission que s’est donnée la chorégraphe marseillaise Marina Gomes. Sa trilogie — Asmanti, La Cuenta, Bach Nord — est affichée au festival Suresnes Cités Danse, en banlieue parisienne. Trois pièces pour raconter la résilience, la jeunesse et la puissance de création des quartiers populaires. Survêts, baskets, casquette… Des jeunes traînent autour d’un banc. Leur démarche nonchalante pleine d’attitude se mue en danse. « C’est une pièce qui se passe dans les quartiers populaires. Elle raconte différents moments du quotidien, différentes trajectoires, avec l’idée d’offrir un espace de représentativité à nos paroles, à nos récits, à nos vécus. Ce sont des fragments de vie, dans différents pays, à différents moments, mais on pourrait être dans un seul et même quartier », explique Marina Gomes. Originaire de Marseille, la danseuse et chorégraphe raconte la vie et son vécu dans les villes touchées par la violence et le narcotrafic. Après avoir composé Asmanti et Bach Nord, c’est en Colombie, à Medellín, qu’elle puise l’idée de la troisième pièce - La Cuenta – qui compose sa trilogie. « Là-bas, j’ai rencontré des collectifs de jeunes qui menaient un travail de mémoire et de résilience avec les familles de victimes. Ce qui m’a frappée, c’est la force de leur parole », raconte-t-elle. « Leur slogan était : “Nos vies comptent”, “chaque être assassiné était un être aimé”. Ils affirmaient que rien ne justifie l’homicide. Quand je suis rentrée à Marseille, cela a fait écho avec ce que nous traversions alors, notamment en 2023, l’une des années les plus sanglantes. Mais ce qui m’a marquée, c’est qu’en France, j’avais parfois l’impression qu’on comptait les morts, poursuit la chorégraphe. On les réduit à des chiffres, surtout lorsqu’on suppose, parfois sans rien savoir, un lien avec le narcotrafic. On ne s’émeut pas, alors qu’il s’agit souvent de mineurs ou de très jeunes personnes », déplore-t-elle. Ces constats soulèvent, selon elle, une question fondamentale : « Les enfants des quartiers populaires sont-ils considérés comme des enfants français ? Et les enfants racisés ? » Rendre des visages et des récits à celles et ceux qu’on réduit au silence Sur scène, des fleurs poussent sur des grillages, déplacés comme des cercueils. Le décor évoque un point de deal : un danseur, assis, encagoulé, attend, guitare à la main, tel un fusil. « Les cagoules renvoient à la déshumanisation. Les victimes sont souvent présentées comme des personnes sans visage, sans histoire, analyse Marina Gomes. Je commence donc par entrer dans le cliché — les “méchants”, les “criminels” — puis j’enlève les masques pour montrer qu’il y a des personnes, des histoires, des émotions, précise-t-elle. Nous dansons avec nos vêtements du quotidien. Ils font partie de la street culture. Ces codes sont immédiatement lisibles pour les jeunes et les publics issus du hip-hop, mais beaucoup moins pour les publics des théâtres. Il y a là un renversement de domination culturelle », souligne la chorégraphe. Une fête, des corps qui s’enlacent… puis des tirs. Lumière rouge sang. Lui veut se battre, elle le retient. « Je ne voulais pas parler seulement de celles et ceux qui meurent, mais de celles qui restent, dont on ne parle jamais, insiste Marina Gomes. On ne parle pas de ces familles meurtries, de ces femmes qui pleurent un enfant, un frère, un amoureux. La danse est un langage sans frontières, ni géographiques ni linguistiques. L’émotion est un terrain commun : face à quelqu’un qui ressent quelque chose, il est difficile de rester indifférent. Mon travail consiste à créer un espace où l’on partage la même émotion. À partir de là, le dialogue devient possible », conclut-elle. La danse comme émotion partagée et geste politique Faire danser les jeunes des quartiers est aussi au cœur de son engagement. Une vingtaine de lycéens de Nanterre participent au spectacle, comme Myriam, élève au lycée Joliot-Curie. « Tout le monde pense que ceux qui viennent de la banlieue font du trafic ou des affaires louches. Alors qu’en vérité, on est sérieux, déterminés, et on a aussi du génie, témoigne-t-elle. Faire ce spectacle de danse nous rend fiers et montre qu’on peut y arriver », ajoute la lycéenne. Du bitume à la scène, le hip-hop est aujourd’hui pratiqué par près de 600 000 personnes en France et s’impose comme l’un des arts vivants les plus populaires et fédérateurs du pays. Depuis plus de 30 ans, le festival Suresnes Cités Danse a contribué à faire entrer les danses urbaines sur les scènes institutionnelles, les reconnaissant comme un art chorégraphique à part entière. « Être ici, à Suresnes, avec ces trois spectacles, est symboliquement très fort pour moi, confie Marina Gomes. Quand un théâtre ouvre ses portes à des récits comme les nôtres, racontés sans compromis, c’est un geste politique. Cela dit que le vivre-ensemble est possible. »
On ne compte plus les œuvres d'art, films, romans ou bandes dessinées, qui parlent des parcours migratoires. Mais peu sont le fait de personnes exilées. Une bande dessinée, publiée par Fremok éditions, en fait partie. ID. Noires, récits d'exils des mains des sans-papiers a été créée par huit auteurs à partir du parcours de certains d'entre eux, membres de Baraka Grafika et d'un collectif de sans-papiers à Bruxelles.   À lire aussiJusqu'au bout de la langue : comment traduire les récits des demandeurs d’asile ?
Dans le sud de la France, la ville de Nîmes accueille pour la 36ᵉ année le festival Flamenco, le plus ancien d'Europe en dehors de l’Espagne. Guitaristes virtuoses, artistes dont les voix s’élèvent en autant de chants tragiques, et chorégraphes qui ne cessent de revisiter cet art. Le flamenco prend ses quartiers au sein du public nîmois familier de cet art. L’un des spectacles phares de la programmation, Nocturna de la grande chorégraphe et danseuse Rafaela Carrasco, nous entraîne dans les profondeurs de la nuit.   À lire aussi«Les Saisons» de Pomme sublimées par les circassiens Marie et Yoann Bourgeois
C’est une première en France : longtemps négligé par les historiens de l’art, le peintre Maurits Cornelis Escher bénéficie d’une grande rétrospective à la Monnaie de Paris jusqu’au 1er mars 2026. Celui qu’on surnomme le « mathémagicien » ne fascine pas que les scientifiques : ses trompe-l’œil et ses espaces impossibles ont marqué la culture hippie. Nicolas Pichon-Loevenbruck a visité l’exposition en compagnie de Jean-Hubert Martin, son commissaire. Montent-ils… ou descendent-ils ? Sur cette gravure, les personnages semblent prisonniers d’escaliers infinis. Avec cette illusion vertigineuse, Maurits Cornelis Escher, un artiste inclassable né en 1898 aux Pays-Bas et longtemps resté en marge, devient une icône des années 1970, séduisant jusqu’aux plus grandes stars. « Mick Jagger voulait avoir une couverture de lui et il s’est adressé à lui en lui envoyant une lettre. Escher a été très choqué par cette manière de s’adresser à lui, et donc il a refusé de la faire », raconte à ce propos Jean-Hubert Martin, le commissaire de l’exposition. Ce qui fascinait Mick Jagger et fascine encore les visiteurs, c’est le génie d’Escher pour le trompe-l’œil : des escaliers qui descendent quand on les monte, une cascade qui se déverse sur elle-même, des mains qui se dessinent seules... « Cette main se dessine elle-même, se renvoie à elle-même. Et pour bien nous montrer qu’il s’agit là totalement d’illusion, ces deux mains qui sortent de la feuille sont sur une feuille qui est, elle-même, punaisée sur un support », poursuit Jean-Hubert Martin. « Les mathématiciens et les savants ont été fascinés par les gravures d’Escher » Ces illusions n’ont rien de magique. Elles sont le fruit d’un travail minutieux, nourri par les mathématiques. Grâce à son frère physicien, Escher lit les travaux les plus avancés de son temps sur la perspective qu’il transforme en moteur créatif. Et, en retour, son art fascine les savants de son époque. « Les mathématiciens et les savants ont été fascinés par les gravures d’Escher justement parce qu’elles représentaient des figures géométriques dont ils pouvaient donner la formule mais qu’ils ne savaient pas représenter », reprend Jean-Hubert Martin. Mais chez Escher, pas d’aridité mathématique. Ses œuvres sont, avant tout, des jeux pour le spectateur, comme Métamorphose, l’un de ses chefs-d'œuvre. Sur cette gravure longue de quatre mètres, Escher joue avec notre regard : un échiquier se transforme en salamandre, puis en une multitude d'hexagones, puis en une ruche d’où s’échappe une nuée d’abeilles qui, à leur tour, deviennent des cubes. « Et ces cubes donnent naissance à une ville qui elle-même se termine par un échiquier : tout cela est un grand jeu pour lui. » Faire l’expérience de l’infini Comme pour nous inviter à entrer dans le jeu d’Escher, les commissaires de l'exposition ont imaginé des espaces immersifs où l’on se promène au cœur des géographies paradoxales du peintre néerlandais. « On entre dans une sorte de palais des glaces. Sur un certain nombre de surfaces sont représentées des gravures d’Escher, mais qui sont ici animées pour donner le sentiment de l’infini en réalité », explique Jean-Hubert Martin. Faire l’expérience de l’infini : c’est ce que les hippies ont cherché dans l’œuvre d’Escher, qu’ils ont propulsée sous les projecteurs - une influence toujours bien vivante chez les artistes, musiciens et designers d’aujourd’hui auxquels l'exposition consacre sa dernière salle. 
La compositrice et chanteuse Pomme donne corps à son album Saisons dans une nouvelle création imaginée avec les circassiens Marie et Yoann Bourgeois, intitulée Le Petit Cirque. Un spectacle poétique déployé en quatre mouvements, qui représentent à la fois les quatre saisons d'une année, mais aussi les quatre grands âges de la vie, de l'enfance à la vieillesse en passant par l'adolescence et l'âge adulte. À découvrir sur scène les 9 et 10 janvier à Brive, en France, et les 20 et 21 mars à Tournai, en Belgique.
Plus de 330 pièces réunies en un seul et même lieu : en Martinique, l’exposition Aux origines de la Caraïbe : Taïnos et Kalinagos – co-organisée par le musée du Quai Branly-Jacques Chirac et la Fondation Clément – présente, pour la première fois de manière aussi riche, l’histoire de ces peuples premiers quasiment anéantis par Christophe Colomb et les conquistadors après 1492. Un événement à lourde teneur historique mais surtout symbolique. Un siège cérémoniel - un « duho » - taillé dans du bois de gaïac et finement gravé ; un porte-missel unique au monde sculpté dans de l’écaille de tortue offert par les Taïnos aux missionnaires ; ou encore des colliers funéraires en pierres semi-précieuses et des figures humaines modelées dans des coquillages : André Delpuech, le commissaire derrière Aux origines de la Caraïbe : Taïnos et Kalinagos parcourt les 1000m² de l’exposition comme s'il parcourait son empire.  Voilà plusieurs dizaines d’années que l’ancien directeur du musée de l’Homme travaille sur ces deux peuples amérindiens : « la boucle est bouclée », souffle-t-il en embrassant du regard les centaines de pièces collectées pour l’occasion, dont certaines découvertes lors de fouilles qu’il a lui-même dirigées.   Un événement d’une ampleur inédite   D’autres expositions ont déjà raconté les Taïnos et les Kalinagos : ce fut le cas en 1994, lors d’un événement qui devait préfigurer la naissance du musée du quai Branly-Jacques Chirac ; puis en 2024, avec une exposition qui a donné son fil conducteur à celle présentée en ce moment à la Martinique. Mais, grâce à la participation de la Fondation Clément, c’est la première fois qu’un tel espace leur est consacré.  Un événement nécessaire, selon André Delpuech, pour changer le regard occidental sur la fameuse « rencontre » de 1492. « Tout le monde connaît le voyage de Christophe Colomb, admet le commissaire. Mais les vrais découvreurs de la Caraïbe, ce sont ceux qui sont arrivés sur ces îles 6000 ou 7000 ans avant Jésus-Christ, et y ont prospéré jusqu’à l’arrivée des Européens. » Avant de regretter : « On a souvent occulté les sociétés qui vivaient là avant, et surtout leur profondeur historique. » Parmi les témoignages de cet héritage : le « jardin créole », c’est-à-dire les fruits et légumes encore cultivés aujourd’hui dans la Caraïbe : manioc, patate douce, ananas, piments, etc., autant d’aliments consommés quotidiennement dans la région et qui ont été importés par les Taïnos et les Kalinagos de leurs terres natales, en Amérique centrale.   L’héritage kalinago, toujours vivant  En quelques décennies, l’arrivée des colons espagnols a décimé ces deux peuples millénaires. Mais quelques-uns ont survécu. « Il y a des Garifunas, des Amérindiens métissés et des Noirs africains à Saint-Vincent. Les études génétiques montrent, notamment dans les Grandes Antilles, qu’une large partie de la population a une ascendance taïno », développe André Delpuech. Aujourd’hui encore, 3 000 descendants kalinago vivent sur l’île de la Dominique. Sa présidente, Sylvanie Burton, en fait d'ailleurs partie. Signe de l’importance de cette exposition, la cheffe d'État s'est déplacée pour son inauguration, tout comme la cheffe élue du territoire kalinago, Anette Sanford.   Émue aux larmes, cette dernière n’est pas parvenue à aller au bout de son discours introductif. « C’est un moment très émouvant pour moi. Être face à mon héritage ancestral, voir la créativité et l’inventivité de ma lignée tout en sachant ce qu’ils ont enduré – les meurtres, les viols –, ce n’est pas évident », a-t-elle expliqué, encore remuée, quelques minutes plus tard.   « Donner la parole aux oubliés de l’Histoire » La présence de ces représentants était essentielle, cruciale, pour le commissaire de l’exposition. « Dans ces sociétés dans lesquelles le récit était jusqu'à présent écrit uniquement par les blancs, il fallait donner la parole aux oubliés de l’Histoire », souligne André Delpuech. Ce à quoi s'attellent les deux dernières salles de l’événement, consacrées aux massacres de la colonisation et à la survivance des peuples amérindiens de la Caraïbe. Très complète, Aux origines de la Caraïbe : Taïnos et Kalinagos ouvre une fenêtre sur un pan de l’histoire souvent ignoré par les manuels et les institutions. Une étape cruciale, mais insuffisante, selon Anette Sanford : « Pour nous maintenant, ce qui compte, c’est de se revitaliser. C’est bien de constater que notre héritage perdure, mais nous avons aussi notre rôle à jouer pour transmettre notre histoire à nos enfants, la leur apprendre, et nous assurer qu’ils aient ce savoir ». C’est ce que disent, également, les personnes interrogées dans le court-métrage Voix Kalinagos diffusé en fin de parcours. Une femme y entonne une chanson traditionnelle. À voix basse, dans la salle, Anette Sanford fredonne l’air à son tour. Signe, s’il en fallait encore, que la tradition kalinago vit toujours. À lire aussiComment préserver les savoir-faire agricoles des Outre-Mer ?
Quel serait l'album de votre vie ? Après avoir posé cette question qui le travaille depuis 2019 à des anonymes, le metteur en scène français Renaud Cojo l'a soumise plus récemment à des chanteurs et à des musiciens. Parmi eux, plusieurs ont accepté de lui raconter le lien particulier qu'ils entretiennent avec un disque. Des confidences qui ont débouché sur la création intitulée While My Guitar Gently Weeps, une succession de témoignages intimes dans lesquels chacun se raconte à tour de rôle à travers l'album qui a marqué sa vie.   À lire aussiAnna Karénine revisitée: «Une chanson, c'est comme une équation»
Comment attirer dans les musées un public plus jeune ? Guimet, le musée des arts asiatiques à Paris, a trouvé une bonne idée : faire dialoguer ses collections avec un objet de pop culture par excellence. En l'occurrence, les mangas, les bandes dessinées japonaises. L'exposition, qui s'y tient actuellement jusqu'au 9 mars 2026, s'intitule « Manga, tout un art ! ». Le manga « c'est une pop culture qui n'a pas d'équivalent », précise Didier Pasamonik, l'un des commissaires de l'exposition. « Si on prend, en termes de vente, One Piece c'est 550 millions d'exemplaires, Tintin c'est 250 millions et Astérix doit être à 325 millions. On est vraiment sur des chiffres énormes. Et surtout, il s'agit de 1 118 épisodes de One Piece, en face il y a combien d'Astérix ? », ajoute-t-il. Des rouleaux anciens des monastères bouddhiques, préhistoire du geste du dessin japonais, jusqu'au triomphe des séries modernes, le musée Guimet fait dialoguer ses collections avec des centaines de planches d'auteurs majeurs. Le manga, proprement dit, naît à la fin du XIXᵉ siècle, avec l'ouverture du Japon à l'influence occidentale. « Rakuten Kitazawa, qui est en fait le premier mangaka professionnel, est directement influencé par la bande dessinée occidentale. Les mangas n'existent que quand une tradition du dessin et de la narration japonaise rencontre l'Occident. Rakuten Kitazawa va publier notamment une revue qui s'appelle Jiji Manga et qui va faire rentrer le mot manga pour la première fois dans un sens bande dessinée. Manga veut dire dessin libre, croquis », raconte le commissaire d'exposition.  À lire aussiLe Japon veut quadrupler les exportations de ses mangas, dessins animés et jeux vidéo Les non-initiés et les amateurs du genre pourront admirer de nombreuses planches originales, dont celles du maître Osamu Tezuka, qui a révolutionné le manga au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. « Tezuka n'est pas nommé le dieu des mangas pour rien. Il est à la fois un dessinateur extrêmement productif, puisqu'il va dessiner 150 000 planches, mais en même temps c'est le premier à faire des dessins animés qui ont une portée internationale, puisque Astro Boy en 1963 va être diffusé aux États-Unis. Et là ça devient le modèle d'une production qui se pense comme un film, un objet de marchandising, d'adaptation au théâtre », explique Didier Pasamonik. Pour l'occasion, le musée expose à titre exceptionnel sa « Joconde »: La grande vague de Kanagawa, une des deux estampes d'Hokusai en sa possession, un chef-d'œuvre présenté en vis-à-vis de planches de bandes dessinées franco-belges qui lui rendent hommage.  À lire aussiLe manga sous toutes ses coutures: au Japon comme en France, en livre comme en animé
À Paris, les appartements de Jacques Prévert et de Boris Vian sont sauvés. Les deux logements, laissés à l’identique depuis cinquante ans, risquaient de disparaître, menacés par un projet d’expansion du Moulin Rouge, le propriétaire des lieux. Un accord a finalement été trouvé. Depuis des mois, la petite-fille de Jacques Prévert, Eugénie Bachelot-Prévert, se battait pour sauver ce patrimoine historique.  Combien de touristes passent à côté de ce petit bijou sans même le savoir ? Pour accéder aux appartements de Jacques Prévert et de Boris Vian, dans le quartier Pigalle (XVIIIe arrondissement), il faut emprunter une petite ruelle adossée au Moulin Rouge. Tout au fond se trouve une petite bâtisse. Là, derrière une lourde porte du deuxième étage, se cache l’appartement dans lequel Jacques Prévert a vécu de 1954 à 1975, juste avant sa mort en 1977.   De la table de travail du poète au fauteuil consacré à sa sieste – et qui porte encore la trace de sa sueur –, tout a été conservé à l’identique. Un petit miracle que l’on doit à Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille et unique ayant droit de l’auteur.   Un véritable inventaire à la Prévert  Ici, un pape lumineux ; là, une carte postale qui fait du bruit lorsque l’on appuie dessus. « Il y a tout l’univers de Jacques Prévert dans son bureau, comme un cabinet de curiosités », raconte Eugénie Bachelot-Prévert. Un monde fantasque, aux accents malicieux, et surtout plein d’humour. « Les surréalistes adorent les farces et attrapes, il y en a plein ici », explique encore celle qui est aujourd’hui artiste.   Mais l’appartement et ses 100 m² sont aussi une véritable capsule temporelle. Il y a d’abord les murs eux-mêmes : l’endroit a été aménagé par Jacques Couëlle, architecte-sculpteur emblématique du milieu du siècle dernier. C’est lui qui a pensé ces murs blanchis à la chaux, grêlés de dizaines de petites niches de rangement, dans une ambiance méditerranéenne.  Et puis il y a ces objets, qui témoignent de l’actualité d’une époque : une lampe de mineur, offerte par les grévistes de 1963 – Jacques Prévert avait publiquement soutenu le mouvement – ; des portraits disséminés de Brigitte Bardot, que le poète admirait ; un vieux téléphone à cadran ; et même le lit d'Esmeralda, interprétée par Gina Lollobrigida dans le film Notre-Dame de Paris sorti en 1956. Des souvenirs dans un écrin, un temps menacés  Le matériel, c’est une chose ; le vivant en est une autre. De la vie, cet appartement en a connu : « Jean Gabin est venu ici fumer des cigarettes avec mon grand-père ; Arletty y a lu un texte... Sur cette table [dans la pièce à vivre], Serge Gainsbourg est venu, solennellement et timidement, demander l’autorisation à Jacques Prévert d’utiliser son nom pour sa chanson, la chanson de Prévert. Il l’a chantée à mon grand-père qui a dit : "C'est très bien, mon p’tit gars", puis ils ont ouvert une bouteille de champagne à 10 heures. » Une foule de souvenirs qui ont failli disparaître lorsque le Moulin Rouge, propriétaire des lieux, a refusé de renouveler le bail, sans concertation préalable. Il s’agissait, pour le célèbre cabaret, de mener d’importants travaux afin de réhabiliter la salle historique dans laquelle se produisait la chanteuse Mistinguett. « L’appartement de Jacques Prévert représente 0,67 % de la superficie totale du Moulin Rouge, c’est une goutte d’eau. Il n’y a pas un patrimoine qui doit en écrabouiller un autre », se désolait à l’époque Eugénie Bachelot-Prévert.   Courriers adressés au ministère de la Culture, pétition en ligne, demandes de conciliation. Rien ne semblait y faire, jusqu’à un rendez-vous fin décembre au cours duquel un accord de principe, formulé oralement, a été trouvé. « Cela nous a donné l’occasion de discuter, ce qui aurait dû être fait dès le début, relate l’unique ayant-droit de Jacques Prévert. En fait, on a eu l’impression d’un grand malentendu. » Les termes de l’accord restent encore à définir mais l’appartement de Jacques Prévert et celui de son voisin, Boris Vian, pourraient être transformés en musée. « Tout est à inventer, pointe Eugénie Bachelot-Prévert. Mais j’ai confiance, cela va être fait en bonne intelligence. » En attendant, pour éviter toute frayeur à l’avenir, elle a pris une décision : les démarches pour que l’appartement soit classé aux monuments historiques ont été lancées. À écouter aussiNotre-Dame de Paris, le miracle touristique
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