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Reportage Afrique
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Author: RFI
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© France Médias Monde
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Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.
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Des millions de fidèles vivent les dernières heures du ramadan à travers le monde. Au Sénégal, en cette année 2026, il coïncide avec le carême. L'occasion pour musulmans et chrétiens de partager l'expérience du jeûne et de se retrouver. L'occasion aussi de célébrer le modèle de tolérance religieuse souvent présenté comme une exception sénégalaise. De notre correspondante à Dakar, Le soleil se couche sur la capitale sénégalaise. Musulmans et catholiques se retrouvent dans un centre culturel. Ce soir, tous tiennent à rompre le jeûne ensemble. Des dattes, du café, de la viande sont prévus pour ce moment, même si ce rituel n'est pas programmé exactement à la même heure pour les deux confessions. « Les catholiques ont accepté de nous attendre pour qu'on fasse la rupture ensemble. Ici, c'est comme ça que ça se fait, c'est respectueux. En tant que musulman, bien sûr que ça me fait plaisir », confie un participant. « La Tabaski, la korité, Pâques, on les fait ensemble » Pour Ngakane Gning Diouf, cette scène n'a rien d'exceptionnel. Musulmane, elle vit avec un mari et des enfants catholiques. Chez elle, la coïncidence du ramadan et du carême cette année a permis de renforcer les liens familiaux. « J'ai des enfants très ancrés dans la religion catholique. Quand on prend la Bible et le Coran, il y a tellement de points de convergence. Et c'est sur ces points de convergence que j'ai l'habitude de discuter avec mes enfants, qui me poussent à croire plus au Tout-Puissant, mais aussi à raffermir les relations avec ma famille. Amen, lâche-t-elle en riant, en tant que musulmane ! » Une entente qui se vit au quotidien sur l'île de Gorée. Cheikh Ahmed Tidiane Dia est imam de la commune. « Nous, on le vit à Gorée. Nos fêtes – la Tabaski, la korité, Pâques –, on les fait ensemble. Dans une même maison, tu peux trouver des musulmans et des catholiques. C'est la réalité. » Le « radicalisme et le fondamentalisme » sont des « menaces rampantes » Des chants catholiques résonnent. S'il est important de faire vivre ce dialogue confessionnel, c'est aussi parce que les tensions sur fond religieux dans le monde et dans la région inquiètent. Préserver la cohésion entre les croyants au Sénégal, c'est la raison d'être de l'Académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques à l'origine de ce rendez-vous. Pierre Sarr est un de ses membres fondateurs : « À nos frontières, il y a de plus en plus un radicalisme, un fondamentalisme : que ce soit Boko Haram au Nigeria, le Mali et un peu au Soudan... Cet environnement-là est une menace rampante, dont on ne parle pas si souvent, alors qu'elle prend de l'ampleur. C'est un danger qu'il ne faut pas ignorer. » Les Sénégalais se préparent désormais à vivre la korité. La fête marque la fin du ramadan pour les 95% de musulmans du pays et sera ouverte, comme chaque année, aux voisins et amis issus de la minorité chrétienne. À lire aussiTabaski en Afrique de l'Ouest: entre traditions, préparatifs et partage familial
Caftan, jellaba, babouche, les habits traditionnels marocains ont la côte en Afrique de l’Ouest pour la Korité, la fête qui marque la fin du ramadan, où il est de coutume de porter des habits neufs. Au Maroc, la diaspora, mais aussi les commerçants viennent s’approvisionner dans l’un des plus grands marchés d’artisanat du pays, à Casablanca. De notre correspondant à Casablanca, Empilés, à même le trottoir, des dizaines de modèles différents sous blister. Les boutiques entreposent leurs collections jusque sous les arches en pierre centenaires du marché des Habous. Hassan a des sacs plein les bras. « C'est une belle jellaba bleue. Il y a aussi d'autres couleurs comme le marron. » Ce Sénégalais travaille dans un centre d’appel, mais il fait aussi un peu de commerce. « Je suis venu au marché aujourd'hui pour acheter des jellabas de femme et d'homme aussi pour les envoyer au Sénégal. En général, toutes les personnes aiment ce genre d'habillement parce que c'est beaucoup plus chic. Par exemple, une jellaba qu'on me vend à 12 000, je peux la vendre à 14 000 pour prendre une commission de 2 000 », détaille Hassan. Soit environ 3 euros. « Je le fais juste pour satisfaire les gens qui me sont proches. » Au marché des Habous, l'Afrique de l'Ouest est représentée pour la korité Ici, on parle le dialecte marocain, mais aussi wolof, pulaar… Toute l’Afrique de l’Ouest est représentée pratiquement parmi les clients. La finale de la CAN n’a pas fait baisser l’engouement pour la culture marocaine. Un acheteur sénégalais le confirme. « Il y a eu quelques soucis lors de la CAN, mais maintenant c'est réglé. C'est déjà oublié parce qu'entre le Maroc et le Sénégal, il y a une relation forte. On est de la même famille, on a les mêmes cultures parce qu'on est des musulmans. Tous les musulmans portent ça. » Aïcha, 39 ans, vient de passer deux heures dans le marché. « C'est la journée shopping. On en profite pour acheter des cadeaux pour les enfants au Sénégal, les mamans et les papas. Chaque année, nous sommes là durant la fête de l'Aïd. » « On s'habille de manière traditionnelle avec les tenues marocaines » Elle connaît les vêtements marocains depuis qu’elle est toute petite. C’est l’un des meilleurs rapports qualité-prix. « On a l'habitude à chaque fois, c'est comme ça. On s'habille de manière traditionnelle avec les tenues marocaines ou bien on coud les tissus, soit du bazin riche ou bien brodé, ça dépend de la qualité ou bien des moyens aussi. Si tu as les moyens, tu peux coudre, si tu n'as pas les moyens, tu peux acheter les jellabas déjà faites », précise Aïcha. Les commerçants marocains se sont adaptés à cette clientèle. En vitrine ce jour-là, des tarbouches, des couvre-chefs traditionnels frappés de l’écusson des Fédérations de football du Mali et du Burkina Faso.
En Centrafrique, l’accès aux soins de santé demeure un défi majeur, en particulier dans les zones rurales et enclavées. C’est dans ce contexte que l’ONG Action contre la Faim, avec le soutien de la fondation CMA-CGM et en partenariat avec le ministère de la Santé, a lancé la première Pharma Box dans le pays. De notre correspondant à Bangui, L’introduction de la Pharma Box apparaît comme une innovation importante pour renforcer le système de santé, notamment pour ce qui est du stockage et de la distribution des médicaments essentiels au profit des plus vulnérables. La toute première Pharma Box a été officiellement inaugurée à Bangui le 10 avril 2025. Elle peut stocker plusieurs tonnes de médicaments et contribuer à la prise en charge médicale de dizaines de milliers de personnes, notamment des enfants et des femmes enceintes souffrant de malnutrition. Installée sur la dalle en béton de la concession de l'ONG Action contre la faim, solidement fixée par des barres de fer qui assurent sa stabilité, la Pharma Box attire le regard avec sa couleur blanche. Ce conteneur de douze mètres de long, transformé en pharmacie mobile et autonome, fonctionne uniquement grâce à l'énergie solaire. À l'intérieur, plusieurs compartiments permettent de stocker jusqu'à 18 mètres cubes de médicaments. « Dans la Pharma Box, aujourd'hui, nous stockons du lait thérapeutique, mais aussi des antibiotiques, des analgésiques et des anti-inflammatoires, décrit Marie Lamotte, coordonnatrice de l'ONG Action contre la faim. Nous stockons les suppléments en vitamines et minéraux qui font partie du traitement systématique de la malnutrition, et enfin, des tests de diagnostic pour identifier le VIH, l'hépatite, le paludisme ou encore des tests de glycémie. » À lire aussi«On opère avec des lampes de téléphones»: un hôpital de la capitale de Centrafrique face aux délestages La Pharma Box, une solution aux défis logistiques En Centrafrique, les défis logistiques et sécuritaires compliquent considérablement l'accès aux soins de santé dans plusieurs régions. C'est dans ce contexte qu'est née l'idée de la Pharma Box. « Avec l'état des routes qui est un défi, les enjeux en approvisionnement de carburant, mais aussi l'électricité et du coup une difficile climatisation des pharmacies – un élément indispensable pour maintenir les médicaments à une bonne température –, liste Marie Lamotte, au vu de toutes ces contraintes, notre partenaire, la fondation CMA-CGM, a proposé cette solution innovante qu'est la Pharma Box. » Plus d'un an après le lancement du projet pilote de la Pharma Box, l'équipe dresse un bilan très positif. Une couverture importante a notamment été enregistrée au complexe hospitalier universitaire pédiatrique de Bangui, le plus grand centre pédiatrique du pays. « Cette dernière phase, entre juillet 2024 et juin 2025, c'est plus de 21 000 enfants qui ont pu être dépistés par les agents de santé au niveau de l'accueil du CHU, met en avant la coordonnatrice de l'ONG Action contre la faim. Et enfin, c'est 1 700 enfants de moins de cinq ans, atteints de malnutrition aiguë sévère, qui ont pu être pris en charge. Cela peut permettre le traitement de plus de 50 000 enfants et femmes enceintes par an. » Après ce projet pilote, l'équipe d'Action contre la faim envisage de déployer dans les prochains mois cette Pharma Box dans plusieurs districts sanitaires du pays, notamment dans les régions reculées et difficiles d'accès, afin de rapprocher les soins de santé des populations les plus vulnérables. À écouter dans Priorité santéSanté en République Centrafricaine
À Madagascar, l’obscurité n’est pas qu’une question de cycle naturel, c’est une barrière sociale. Avec 70 % des foyers privés d’électricité, la nuit est un luxe coûteux. Dans les zones enclavées ou les quartiers trop pauvres pour se raccorder au réseau officiel, une micro-économie de la lumière s’est installée. Ici, on ne paie pas de facture à la Jirama, la compagnie nationale d'eau et d'électricité, on loue l’électricité à la journée. De notre correspondante à Antananarivo, Dans ce quartier à la périphérie d'Antananarivo, les poteaux électriques sont parfois tout proches, mais le courant reste inaccessible. Pour Miary, enceinte et mère de deux enfants, la lumière provient de deux petites lampes solaires louées chaque jour. « Ça fait dix ans que j’habite ici. Avant, j’utilisais des bougies, mais ça ne durait pas longtemps, témoigne-t-elle. J'habite avec trois personnes : mon conjoint et mes deux enfants. Aujourd'hui, j’utilise deux lampes. Mais c'est par nécessité... Je préférerais avoir de l’électricité chez moi. » Pour 300 ariarys par jour, soit à peine six centimes d'euro, elle accède à ce que l'on appelle ici un bazar, un hub énergétique où la lumière se loue sans engagement. « J'ai remarqué que quand je vais au village et dans les provinces, beaucoup de gens utilisent encore les lampes à pétrole, les bougies et je trouve ça quand même assez désolant, déplore Ronak, co-fondateur de ce système de location. On parle vraiment de la couche sociale qui est oubliée, des personnes qui travaillent tous les jours, qui s'efforcent d'avoir une vie décente et qui n'ont pas les moyens d'avoir une lumière chez elles, d'acheter un petit kit solaire ou même de se raccorder. » À lire aussiMadagascar: objectif «électrifier» 80% de la population à l'horizon 2030 « J'allège en partie les difficultés des ménages » Ce réseau repose sur des intermédiaires comme Jean-Claude Dina. Chaque matin, il récupère les lampes pour les recharger, avant de faire sa tournée de distribution l'après-midi. « Je ramasse les lampes le matin vers 8 heures, et je les ramène dans chaque foyer à partir de 15h30, explique-t-il. 115 foyers bénéficient de ce service. Je suis heureux de le faire, car j’apporte de la lumière et j'allège en partie les difficultés des ménages. » Cette solution alternative, soutenue en partie par des fonds de la Banque mondiale, s'inscrit dans un paysage énergétique en pleine mutation. Si le gouvernement de Refondation affiche sa volonté d'accélérer l'accès à l'énergie, la Jirama, la compagnie nationale d'eau et d'électricité, reconnaît que ses infrastructures ne peuvent plus suivre la démographie. Pour les oubliés de la capitale, la lumière reste un produit de location : une autonomie précaire, payée au jour le jour. Retrouvez les autres épisodes de notre série sur les métiers de l'économie informelle à Madagascar : Les taxis-charretiers [1/3] Les porteurs d'eau [2/3]
À Antananarivo, ouvrir le robinet est devenu un calvaire. Dans une capitale qui a largement dépassé ses capacités d'accueil, le réseau d'eau est à bout de souffle. Pour des millions de Malgaches, l'eau a désormais un prix : celui de l'effort physique et d'une économie de l'ombre qui pèse sur les plus modestes. De notre correspondante à Antananarivo, Dans le quartier d’Anjanahary, l'eau est une marchandise que l'on traque une partie de la nuit. Pour Hoby, mère de famille, le coût de ce marché informel est devenu insupportable. « Depuis trois ans, il n'y a plus d'eau courante. On peine à s'en procurer, on dort près des bornes-fontaines ! Si on ne peut pas le faire, on doit payer des porteurs 1 000 ariary par bidon, environ 20 centimes d'euros. J'ai dû cesser de travailler : mes dépenses pour l'eau équivalaient à mon salaire, dénonce Hoby. C'était plus rentable de quitter mon emploi pour chercher l'eau moi-même. » Ce marché est alimenté par des hommes comme Mayer. Porteur d'eau, il est l'un des rouages de cette économie grise qui pallie les insuffisances de la Jirama, la compagnie nationale d'eau et d'électricité. « Le débit est trop faible, c'est coupé, il faut attendre des heures, témoigne Mayer. Je cherche l’eau même pour des foyers raccordés à la compagnie d’eau et d’électricité, la Jirama, mais où il n'y a pas de pression. Ils doivent recourir à mes services pour avoir de l’eau. » À lire aussiMadagascar: la compagnie nationale d’eau et d’électricité anticipe des «mois difficiles» dans la capitale La soif, une taxe invisible pour les plus précaires Payer dix fois le prix officiel pour un bidon d'eau : une réalité que l'État ne peut occulter. On admet, à demi-mot, que ce système D est devenu la béquille indispensable d'une population assoiffée. « La problématique majeure, c'est que les infrastructures en eau à Madagascar sont toutes vieilles. Les ménages ne peuvent pas se passer de cette économie informelle afin de s'assurer de leur approvisionnement en eau, confirme Romuald Mara, directeur général au ministère de l’Eau. C'est à partir du moment où les gens puisent l'eau sur ces points d'eau et qu'ils la revendent après que ça crée des prix très variés selon les conditions de distance, de transport, etc. » Une impuissance qui fait les affaires de l'informel. Contactée, la Jirama, compagnie nationale d’eau et d’électricité, indique miser sur une modernisation des infrastructures à l'horizon 2028. En attendant, dans les quartiers de la capitale, la soif reste une taxe invisible de plus en plus difficile pour les plus précaires. À lire aussiÀ Madagascar, les métiers de l'économie informelle: les taxis-charretiers [1/3]
À Antananarivo, chaque saison des pluies transforme certaines rues en véritables pièges : routes défoncées, cavités profondes, zones impraticables. Des hommes proposent alors leurs services, à taxis-charrettes, pour aider les passants à traverser ces zones inondées, pour l'équivalent de quelques centimes d’euros. De notre correspondante à Antananarivo, De l’eau à perte de vue, la tête baissée vers le sol, les genoux trempés, Faby pousse à la force de ses deux bras une charrette transportant deux personnes sur la route inondée du quartier d’Andavamamba. À chaque saison des pluies, la même situation se produit. « C'est un travail fatigant, car il y a des trous partout et certains pavés se détachent, explique Faby. Si on ne fait pas attention, la charrette risque de se retourner et nous avec. On s'efforce d'amener les gens sains et secs. » Dès quatre heures du matin, Faby effectue des allers-retours sur près de 200 mètres – à raison de 300 ariarys le trajet, l’équivalent de 6 centimes d’euro – pour permettre aux riverains de traverser la zone submergée. L’eau stagne depuis maintenant neuf ans. Le système d’évacuation de ce quartier est ancien et n’a jamais été réhabilité. La commune tente de drainer la rue avec des pompes mais rien n’y fait. Faute de solution rapide, c’est la débrouille qui prend le relais. Un soulagement pour les riverains. « J'accompagne mon fils pour qu'il traverse en charrette, témoigne Flisia, une cliente de Faby. Je dois l'emmener ici tous les matins, car les bus sont aléatoires. J'ai peur pour lui, à cause de cette eau stagnante. Des fois, je lui donne de l'argent pour traverser, mais il s'entête à marcher dans l’eau sale. C'est pour cela que je préfère l'accompagner jusqu'ici. » À lire aussiÀ Madagascar, des jeunes sans diplôme formés aux métiers d’avenir « L'inondation devient une opportunité pour survivre » Une situation qui pousse les autorités locales à se mobiliser. « À cause des constructions illicites, des gens construisent sur les canaux et l'eau ne s'évacue plus. En ce moment, tous les responsables jusqu'au chef de district cherchent des solutions durables, confie Claude Alphonse, responsable local du quartier. Mais à cause de l'urgence de la situation, des solutions à très court terme sont prises. » Ce système de débrouille révèle une toute autre réalité, selon l’urbaniste Tahiana Andriamanantena. « Quand un service public est défaillant, l'économie informelle prend le relais. L'eau n'est plus vue comme un service à maîtriser, mais plutôt comme une ressource économique, analyse-t-elle. On peut dire que certains gagnent leur vie grâce au chaos hydrique. L'inondation devient une opportunité pour survivre. C'est un marqueur fort de vulnérabilité urbaine. La ville ne protège plus, elle est exploitée pour survivre. » À Madagascar, près de 80 % de la population active vit de l’informel, selon la Banque mondiale. À lire aussiMadagascar: face à la crise de l'emploi, le secteur informel s'étend à de nouveaux métiers
Deuxième et dernier épisode de notre série de reportages consacrés aux réfugiés burkinabè dans le nord du Ghana. Ils étaient plus de 13 000 enregistrés au Ghana en décembre 2025 selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, la plupart ayant fui les violences jihadistes pour se réfugier dans un pays jusque-là épargné par les attaques terroristes. Le principal camp de réfugiés burkinabè, ouvert à la fin de l'année 2022, se trouve dans le village de Tarikom, à une dizaine de kilomètres seulement de la frontière avec le Burkina Faso. Un espace où vivaient encore en octobre plus de 5 500 réfugiés. Si, sur place, la cohabitation avec les communautés locales semble bien se passer, les pénuries de nourriture et de produits essentiels se ressentent dans une des régions les plus pauvres du Ghana. De notre envoyé spécial à Tarikom, Aux côtés de quelques bâtisses en briques, se dressent des rangées de plusieurs centaines de tentes blanches floquées du logo du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. C'est dans ce camp, administré par le Bureau ghanéen des réfugiés, que vit depuis maintenant plus d'un an Eloro Madi. Âgé de 70 ans, il a dû fuir le Burkina Faso après que des assaillants ont attaqué son village en 2024 : « Je ne souhaite pas retourner au Burkina Faso tant qu'il y a des combats. Ici, ma vie est paisible. Je me sens bien accueilli, certains membres des communautés locales nous donnent de la nourriture, à nous et à nos enfants. C'est vraiment une bonne chose d'être ici. » Assise à ses côtés à l'ombre d'un arbre, Fatima Seone acquiesce. Arrivée au camp de Tarikom il y a deux ans avec ses six enfants, elle se dit reconnaissante d'être ici aujourd'hui : « Les gens ici nous ont très bien accueillis. J'ai même pu apprendre à fabriquer du savon, et à m'occuper du bétail. » Depuis l'ouverture du camp à la fin de l'année 2022, où vivent une majorité de familles, des efforts ont notamment été mis en place pour scolariser les enfants. À la demande du gouvernement ghanéen, les communautés voisines ont également cédé certaines de leurs terres, pour que les réfugiés puissent y développer des cultures. Aucun incident majeur entre habitants et résidents du camp n'a depuis été enregistré, selon les autorités locales. Mais, depuis ces trois derniers mois, Fatima Seone déplore des conditions de vie de plus en plus précaires : « Nous recevons les allocations du gouvernement ghanéen avec de plus en plus de retard, ce qui rend notre vie de plus en plus difficile, surtout pour se nourrir. Cela nous oblige à sortir chaque jour pour trouver des petits boulots. Certains jeunes ont même décidé de quitter le camp. » Contacté par RFI, le Bureau ghanéen des réfugiés admet des « défis » pour l'approvisionnement en nourriture des camps, mais assure que le gouvernement ainsi que ses partenaires internationaux « font tout pour satisfaire au maximum les besoins des réfugiés ». À voir comment la situation évoluera dans l'avenir : en plus de trois ans, la population de réfugiés à Tarikom a presque triplé. Le camp continue d'enregistrer de nouvelles arrivées toutes les semaines. À lire aussiGhana: dans le camp de Tarikom, des réfugiés burkinabè témoignent [1/2]
RFI vous propose une série de deux reportages consacrés aux réfugiés burkinabè dans le nord du Ghana. Ils étaient plus de 13 000 enregistrés au Ghana en décembre 2025, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, la plupart ayant fui les violences jihadistes pour se réfugier dans un pays jusque-là épargné par les attaques terroristes. Notre correspondant, Victor Cariou, s'est rendu dans le principal camp de réfugiés burkinabè, ouvert à la fin de l'année 2022 dans le village de Tarikom, à une dizaine de kilomètres seulement de la frontière avec le Burkina Faso. Il y a rencontré plusieurs survivants d'attaques terroristes qui lui ont raconté leurs histoires. De notre envoyé spécial à Tarikom, Assise à l'ombre d'un arbre, Yola Lagbonmasa affiche un visage fermé. Depuis près de trois ans, elle réside dans le camp de Tarikom au Ghana, qui, en octobre 2025, abritait plus de 5 500 réfugiés burkinabè. « J'ai fui ici avec mes quatre enfants, mais pas mon mari. Lorsque nous avons fui, nous avons pris des chemins différents, et jusqu'à aujourd'hui, j'ignore où il est », déplore la mère de famille. Le souvenir de l'attaque de son village, dans le centre du Burkina Faso, est encore vif. « C'était un vendredi matin. Les assaillants ont débarqué et ont commencé à tuer les habitants. Ce jour-là, au moins 28 personnes sont mortes. C'est pour ça que j'ai décidé de fuir », se remémore-t-elle. Qui étaient les attaquants ? Et pourquoi ont-ils pris d'assaut son village ? Aujourd'hui encore, Yola Lagbonsmasa dit ne pas savoir. Une incompréhension que ressent également Daouda Seone. Cet ancien fermier de 72 ans a dû fuir son village en pleine nuit, après une attaque de groupes armés, en 2023. Il se rappelle : « Nous avons commencé à entendre des coups de feu partout dans notre village aux alentours de minuit, 1h du matin. Les assaillants ont commencé à nous tirer dessus, nous forçant à fuir. Nous sommes retournés au village le lendemain matin, et nous avons découvert que cinq personnes avaient été tuées. Nous avons donc décidé de nous diriger vers la frontière avec le Ghana. » La seule chose dont Daouda Seone est sûr aujourd'hui, c'est qu'il n'est pas près de retourner au Burkina Faso. « Je ne veux pas retourner dans mon village car là-bas, les combats font toujours rage. Quelques jours seulement après que les assaillants ont attaqué mon village, ils s'en sont pris aux communautés environnantes, où les survivants ont dû procéder à des enterrements collectifs », déplore-t-il. Selon le dernier rapport de l'Institute for Economics and Peace, le Burkina Faso restait, en 2024, le pays le plus touché au monde par les attaques terroristes, déplorant alors 1 532 morts. Un nombre imputable en majorité aux attaques menées par le Groupe de soutien à l'islam affilié à al-Qaïda. Les réfugiés du camp de Tarikom, eux, n'espèrent qu'une chose : que ces attaques ne les suivent pas par-delà la frontière burkinabè.
C’est une belle histoire, et elle a lieu en Afrique du Sud. En un peu plus de dix ans, l'artiste James Delaney a transformé un parc abandonné et dangereux en un petit coin de paradis. Des premiers végétaux qu'il a plantés aux gigantesques structures d'animaux en métal qu'il a installées pour attirer les visiteurs, l'artiste a fait preuve de beaucoup de patience. De notre correspondant à Johannesburg, Le parc est situé en ville, au bord d'une route très fréquentée. Mais, une fois passé le portail, le bruit du ruissellement de l'eau couvre un peu le son des klaxons. « On entend bien le bruit de l'eau, ça fonctionne vraiment bien. Avant, l'eau passait sous terre, mais les canalisations étaient dans un état lamentable, pleines de vieux tuyaux rouillés. Du coup, on vient de tout changer pour que l'eau passe en surface », explique James Delanay Ce petit havre de paix, on le doit à cet homme : James Delaney, artiste, passionné de plantes, mais surtout voisin du parc. Il nous raconte le début de cette folle aventure : « Tout a commencé il y a environ douze ans, quand j'ai adopté mon chien Pablo. J'ai commencé à me promener ici et le parc était alors dans un état déplorable : des arbres cassés et effondrés partout, et il était considéré comme un endroit dangereux. Alors, j'ai commencé petit à petit à l'aménager, à planter, à tailler et à le remettre en état. Seul au départ, j'ai ensuite mobilisé des gens et organisé des journées de bénévolat. Au bout de quelques années, l'endroit a commencé à prendre forme. Mais les gens avaient encore peur, je n'arrivais pas vraiment à les faire revenir. J'ai donc mis en place la sculpture quelques années plus tard. La grande girafe jaune et rose est devenue un point de repère dans la nature. Je l'ai créée en me disant : "Des milliers de personnes passent devant chaque jour, comment attirer leur attention ?". » Sous cette immense structure en métal, nous rencontrons Ana, une admiratrice du travail de James, ravie de pouvoir remercier l'artiste : « Bonjour, je suis Ana, c'est un plaisir de vous rencontrer ! Merci pour tout ce que vous avez fait ! » Pour être encore plus au calme, il faut se rendre dans les hauteurs du parc. On peut y observer des hiboux, des chouettes, un peu partout dans les arbres. Il faut bien regarder partout autour pour les repérer. « Il est difficile de tout voir en même temps car cela dépend de la lumière. Vous pourriez donc voir des chouettes différentes le matin et l'après-midi. Il y en a 67 au total, représentant le nombre d'années consacrées par Nelson Mandela au service public de l'Afrique du Sud », nous explique James. Et le travail de James inspire. De nombreux habitants lui demandent régulièrement des conseils pour réhabiliter à leur tour le parc de leur quartier. Parce que Johannesburg regorge d'espaces verts publics, mais beaucoup sont abandonnés, et peu sécurisés.
Le 18 février 2026, le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) a célébré son 51e anniversaire dans un contexte très tendu au Tigré. Le parti tigréen, architecte de la modernisation du pays, a dirigé le pays au sein d'une coalition durant près de 30 ans. Mais l'organisation historique peine aujourd'hui à passer outre les multiples crises qui la traversent. De notre correspondante de retour de Mekele Shire, Biruk arrange quelques bouteilles sur le comptoir de son échoppe située à deux pas de la gare routière de Shire. Le jeune commerçant est anxieux : « En ce moment, la situation au Tigré est très tendue. On entend beaucoup de choses. Alors que nous, tout ce que nous voulons, c'est la paix. » Depuis un mois, cette région d'Éthiopie connaît un regain de tensions, après des affrontements entre l'armée fédérale et les Forces de défense du Tigré, bras armé du TPLF. Ces combats font craindre une nouvelle guerre, alors même que le parti régional peine déjà à se remettre des multiples crises qui le traversent depuis une dizaine d'années. À lire aussiÉthiopie: au Tigré, le ton monte entre Addis Abeba et le TPLF, l'ONU appelle à la «désescalade» Le camp de Getachaw Reda s'oppose à celui de Debretsion Gebremichael La scission du TPLF en deux camps, en mars 2023, est l'une des crise les plus importantes, explique Yohannes Woldemariam, professeur de relations internationales à l'université du Colorado : « D'un côté, il y a Getachaw Reda et quelques généraux, qui sont maintenant du côté du Parti de la prospérité du Premier ministre. Et de l'autre côté, il y a Debretsion. » Debretsion Gebremichael est le leader du TPLF qui, officiellement, ne fait plus partie du paysage électoral. En mai 2025, il a été radié par la Commission électorale, pour avoir manqué aux obligations prévues par l'instance. Un coup de massue pour ce parti emblématique, sur lequel s'appuie désormais la concurrence pour se faire une place. Kinfe Hadush, président du parti d'opposition Sawet, décrypte : « Depuis qu'Abiy est arrivé au pouvoir, les Tigréens se sentent plus vulnérables. Aujourd'hui, non seulement, le TPLF ne représente plus les intérêts du Tigré, mais il n'a en plus aucun agenda spécifique. Le TPLF veut juste mobiliser la population pour la guerre. Mais le peuple résiste, il ne veut pas participer à cette guerre. » Le TPLF rencontre des problèmes internes et sa popularité est en berne De son côté, le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa l'assure : le TPLF a encore un avenir. « Je reconnais que le TPLF doit résoudre de nombreux problèmes. Je ne peux pas dire que le parti bénéficie du même soutien qu'auparavant. Et d'ailleurs, si le TPLF n'est pas accepté par le peuple, il sera destitué, et un autre parti prendra le pouvoir. Mais ce n'est pas le cas. Le gouvernement fédéral conspire pour démanteler le parti par tous les moyens », martèle-t-il. En octobre 2025, le gouvernement éthiopien a dénoncé « une collusion évidente entre le gouvernement érythréen et le TPLF », dans l'optique d'une nouvelle guerre à venir. À lire aussiÉthiopie: un haut-responsable du Tigré accuse le gouvernement de se préparer à «lancer une guerre»
En Côte d'Ivoire, les cliniques juridiques effectuent un travail de fourmi pour aiguiller et aider les femmes victimes de violences basées sur le genre. Dans le Tchologo, au nord du pays, trois cliniques juridiques ont été installées dans des centres sociaux. Dans ces établissements animés par des juristes, les cas les plus fréquents sont les violences conjugales et les mariages forcés. De notre envoyée spéciale à Ferkessédougou, Mariama [NDLR: le prénom a été modifié] a été scolarisée dans un établissement islamique. Depuis toute petite, son père et son grand-père évoquent un projet : son mariage avec un cousin. Après avoir célébré ses 15 ans, sa famille organise un mariage traditionnel, à son insu. « Ma grand-mère m'a toujours dit qu'un jour, on me donnerait en mariage à un cousin, témoigne-t-elle. J'ai protesté plusieurs fois. Mais un jour, les adultes ont célébré mon mariage avec un imam, en mon absence ». Du jour au lendemain, Mariama doit rejoindre le domicile d'un jeune homme de 20 ans, qu'elle connaît à peine. Elle sombre dans une déprime profonde. « Quand je suis arrivée dans sa maison, il voulait avoir des rapports sexuels avec moi, retrace Mariama. J'ai refusé. J'étais stressée, car je ne voulais pas me marier. Je ne mangeais plus et j'ai fini par tomber malade. On m'a emmenée à l'hôpital ». Pour sa grand-mère, ce mariage était une évidence. Une tradition perpétuée depuis des années. « C'est une tradition : j'ai moi-même été mariée de cette manière, argue-t-elle. Et les femmes de ma génération, aussi. C'est un mariage en famille. Pour nous, à 15 ans, on a atteint l'âge de se marier, donc, on l'a donnée en mariage. On a toutes été mariées comme ça à l'âge de 15 ans. C'est une pratique dans notre famille. Je ne pouvais pas faire autrement pour elle. » Tenter de maintenir les liens familiaux Il a fallu près de deux semaines de médiation pour convaincre les adultes que cette pratique est obsolète. Le mariage a pu être annulé. Bien que ce phénomène soit puni par la loi, dans ce type de dossier, les médiateurs sociaux optent souvent pour une résolution à l'amiable afin de maintenir des liens sociaux. « Lorsque l'affaire du mariage forcé arrive en justice, c'est que, par derrière, la petite fille qui a été récupérée, il faut l'insérer, explique Karelle Kouadio, la coordinatrice de l'Association des Femmes juristes, à Ferkéssedougou. Est-ce que les parents seront contents de la recevoir alors que des personnes risquent de se retourver derrière les barreaux ? Cela crée encore des histoires. Donc on préfère procéder étape par étape : de la récupération de la survivante, jusqu'à la réunification de la famille ». De son côté, Mariama s'épanouit à nouveau : intégrée dans sa famille, elle vend des bananes et de l'eau près du marché de Ferkessédougou. À lire aussiViolences faites aux femmes: la Côte d'Ivoire renforce sa lutte à Abidjan, mais pas seulement
En Côte d’Ivoire, l’autonomie des femmes en milieu rural est toujours un sujet dans certaines zones reculées. Mais la situation s’améliore, grâce notamment à des organisations villageoises dans lesquelles les femmes s’investissent autour d’activités maraîchères, qui leur permettent de contribuer au développement de leur localité. Reportage dans le village de Tchinlovogo, dans la région du Tchologo. De notre envoyée spéciale de retour de Tchinlovogo Une quinzaine de femmes, accroupies, désherbent un champ d’oignons. « On vient le matin très tôt, à cause du soleil, explique l'une d'entre elles. On travaille jusqu’à midi. On travaille en groupe, ça galvanise ! J’aime les travaux champêtres, ils me permettent de subvenir aux besoins de mon ménage ». Ces femmes font partie d’une association, Tossiré, « le vivre ensemble », en sénoufo. Cette association regroupe 86 femmes : elles cultivent ensemble l’oignon, le gombo, le maïs, le piment et l’aubergine, puis partagent les bénéfices de leurs ventes. Cela leur permet, à chacune, d’investir dans d’autres activités. « Beaucoup de choses se sont améliorées, témoigne Yéli. Grâce à ces revenus, j’ai investi dans un commerce de mèches, que je vends aux femmes du village ». À lire aussiFemmes agricultrices : comment améliorer leur statut ? « Aujourd'hui, on arrive à contribuer au développement de notre village » Grâce à ces activités maraîchères, ces femmes ont construit une école primaire. « Grâce à la vente de nos produits, on a acheté du ciment, du sable, expose Mariam Soro, la présidente de cette association féminine. On a bâti l’école primaire et les logements pour les instituteurs. Je suis heureuse de voir les enfants aller à l’école à proximité. Parce qu’avant, c’était difficile : il fallait trouver des tuteurs pour leur confier la garde de nos enfants. Souvent, ils dormaient affamés, le tuteur n’avait pas de moyens. Mais aujourd’hui, on arrive à contribuer au développement de notre village. Nous fournissons 50 000 francs CFA pour approvisionner la cantine de l’école ». Dans ce village reculé, coupé des réseaux téléphoniques et dépourvu d’électricité, il a fallu d’abord convaincre les hommes de l’intérêt de mettre les femmes à contribution. « Avant on privilégiait seulement les hommes, se souvient Drissa Coulibaly, le chef du village, qui reconnaît les efforts consentis. On ne savait pas que la femme pouvait faire quelque chose dans la famille. Aujourd’hui, les comportements ont changé. Les femmes se sont organisées. Cela m’a beaucoup soutenu dans mon village. Quand il y a un cas [un problème, ndlr] qui arrive, les femmes sont prêtes à m’aider ». Ces femmes ont un projet en tête : épargner pour construire une pompe à eau, afin d’approvisionner les ménages du village en eau potable. À lire aussiEn Côte d'Ivoire, des réfugiés burkinabè bénéficient d'une formation agricole à Brondougou
La Côte d’Ivoire accueille depuis près de cinq ans de nombreux réfugiés fuyant la crise sécuritaire au Burkina voisin. Selon le HCR, il y aurait près de 80 000 réfugiés dans le nord du pays, en majorité des Burkinabè. Bien souvent hébergés et aidés par les populations des villages proches de la frontière, à Brondougou, une ferme mise en place par l’ONG Living Soils et financée par le Programme alimentaire mondial et l’Union européenne les forme depuis quelques mois à l’agroécologie. De notre envoyée spéciale de retour de Brondougou, Diénaba Tall a fui le Burkina il y a quatre ans. Cette jeune de 19 ans est hébergée par une famille ivoirienne. Jusque-là, Diénaba enchaînait les petits boulots dans des restaurants en ville. Maintenant, dans cette ferme, cette jeune découvre l’aviculture et explique comment ils apprennent à nourrir les poulets avec des larves. Diénaba est épaulée par Nana Ouattara, une femme d’âge mûr. Cette veuve et mère de quatre enfants a accueilli plusieurs réfugiés pendant plus d’un an, sans aucune contrepartie : « On a beaucoup appris ici, on sait comment il faut faire, comment il faut élever des mouches soldats, comment il faut élever des poulets. Après ce projet, on peut le faire pour nous-mêmes », s'enorgueillit-elle. Dans cette ferme, les stagiaires apprennent aussi des techniques du maraîchage avec des engrais naturels. Cet enseignement pratique vise à lutter contre l’insécurité alimentaire des réfugiés et des familles hôtes. Et donc in fine, à les rendre moins dépendants des aides humanitaires. « Comme vous le voyez, nous avons utilisé des moyens simulant des bidons coupés. On en a à la maison, on les utilisera pour faire les larves, les faire grossir…, explique Amina Coulibaly, technicienne au sein de l’ONG Living Soils. Ce qu'ils vont obtenir à partir des déchets qu'ils vont donner aux larves va leur permettre d'enrichir le sol et en même temps, de pouvoir nourrir aussi une petite quantité de poulets, qui peut servir peut-être à la consommation familiale aussi. » Elle conclut que ces pratiques sont adaptées à cette zone-là. Une entente approfondie Cette formation a surtout permis aux populations hôtes et aux réfugiés de se rapprocher davantage, à travers le travail, comme l’explique Ibrahim Sidibé, arrivé en Côte d’Ivoire il y a trois ans. Cet ancien éleveur a depuis construit sa maison à côté de plantations d’anacarde, avec l’accord des riverains. « C'est l'entente entre nous et les villageois. Parce que bon, maintenant, on se connaît très bien. Je connais ceux du village, beaucoup me connaissent. Entre nous, il y a de l'entente », se réjouit-il. Pour l’instant, une centaine de personnes ont bénéficié de cette formation. À écouter dans Un jour au villageL’aviculture ivoirienne, levier de développement du système de production animale
Ils avaient fui en 2015, au plus fort des violences politiques. Près de dix ans plus tard, des milliers de Burundais rentrent de Tanzanie. Officiellement, ces retours doivent se faire volontairement et « dignement », au rythme convenu entre Gitega et Dar es Salaam : 3 000 personnes par semaine. Le HCR s’inquiète des conditions de ces départs (maisons démolies, pressions, mauvais traitements) et parle désormais de rapatriements forcés. Reportage dans le centre de transit de Nyabitare pour rencontrer ces rapatriés à leur arrivée au Burundi. De notre envoyée spéciale de retour de Nyabitare, Plié en deux sous la chaleur, Victor Nkurikiye, 54 ans, enveloppe dans une bâche de longues tôles rouillées : « Ce sont les tôles que j’ai ramenées d’exil », décrit-il. C’était le toit de son abri construit dans le camp de Nduta, dans lequel il a vécu 10 ans, jusqu’à ce que les autorités tanzaniennes décident de le démanteler. « Ma maison a été démolie sur ordre du chef du camp, témoigne-t-il. Il disait : "Allez démolir les maisons. Il faut que les Burundais rentrent chez eux." Nous sommes partis car ils nous ont traumatisés. Ils ont tout brûlé. » Avec Victor, 800 autres Burundais sont arrivés hier dans le centre de transit géré par le HCR, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Sous un hangar, des matelas, des chaises, des planches de bois ou encore des sacs de vêtements s’empilent à perte de vue. Athanase Nikwibitanga supervise ce site. Pour lui, le message venu de Tanzanie est sans ambiguïté : « Avant, ils rentraient juste avec quelques ustensiles. Cette fois, ils arrivent avec tout. Les maisons sont détruites systématiquement. Ils emportent ces tôles parce qu’il n’y a plus d’abri là-bas. C’est un message : on ne peut plus rester réfugié en Tanzanie ». À lire aussiÀ Busuma, au Burundi, les réfugiés congolais entre enfermement et désir de retour [3/4] « Il faudrait que les moyens suivent pour vraiment les aider » Le dernier accord de rapatriement entre la Tanzanie et le Burundi a été signé en novembre, mais la pression était déjà forte sur les réfugiés depuis des mois. Les écoles étaient fermées, les centres de santé délaissés, et même des cas de maltraitance ont été signalés. Appuyée sur une béquille qui ne la quitte plus, Antoinette Nitwarugina raconte avoir été battue : « Voyez, je suis arrivée en Tanzanie en bonne santé et je rentre handicapée. Les Tanzaniens nous pourchassent et nous brutalisent ». Elle se dit finalement soulagée de retrouver son pays en paix. Elle a reçu du HCR un peu plus de 200 dollars pour se réinstaller, mais l’agence onusienne est elle aussi sous pression. Les retours se font deux à trois fois plus vite qu’annoncé. « Au niveau de Gitara, on attendait 1 500 personnes, mais elles sont autour de 2 800 à 2 900, explique Simplice Nkandji, chef de sous-délégation pour l'organisation. Le rythme s’accélère… Il faudrait que les moyens suivent pour vraiment les aider. » Cette aide se fait pourtant plus que nécessaire, après dix ans d’exil et un retour brutal. Certains, comme Antoinette, ne savent pas encore où ils s’installeront dans les prochains jours. À lire aussiAu Burundi, des réfugiés congolais pris au piège d’une aide qui s’essouffle [2/4]
En RDC, l’offensive de décembre dernier de l’AFC/M23, un groupe politico-militaire soutenu par le Rwanda, a forcé des dizaines de milliers de Congolais à fuir vers le Burundi voisin. La majorité des réfugiés d’Uvira a été regroupée à l’est du pays, sur le site de Busuma, où ils ne sont pas autorisés à sortir, pour des raisons de « sécurité », expliquent les autorités burundaises. Mais face à l’extrême précarité, certains n’hésitent pas à tenter de s’enfuir. Entre restrictions, aide humanitaire insuffisante et tentatives de retour vers leur pays, la vie ici se vit sous tension permanente. De notre envoyée spéciale de retour de Busuma, Alice Zainabou frotte la terre rouge qui colle encore à ses pommes de terre. À 28 ans, réfugiée, elle est devenue vendeuse au marché de Busuma pour survivre. À l’aube, chaque jour, elle part à la lisière du site pour s’approvisionner. « Les cultivateurs burundais viennent là avec leur marchandise et il y a une corde qui nous sépare, qui délimite le site, décrit la jeune femme. Ils viennent jusqu’à la barrière, on prend ce qu’ils nous apportent, mais on ne dépasse pas. » Cette corde est gardée par des policiers, car à Busuma, les réfugiés n’ont pas l’autorisation de sortir. Kititwa Muzingwa, ancien directeur de radio au Congo, vit mal cet enfermement. « On est considérés comme des prisonniers. Vous ne pouvez pas sortir du camp. Beaucoup réclament un peu de va-et-vient, ça pourrait soulager. Nous ne pouvons pas vivre dans de telles conditions », témoigne-t-il en observant ses six enfants jouer devant leur tente de bric et de broc. Aujourd’hui, il est sans revenus et dépendant d’une aide insuffisante. À Ruyigi, l’administratrice Diane Niyibitanga justifie cette décision des autorités burundaises : « Cela ne veut pas dire que les réfugiés sont considérés comme des prisonniers. C’est plutôt pour leur protection, parce qu’on ne peut pas savoir ce qu’ils vont faire ou ce qui peut leur arriver s’ils sortent sans autorisation, argue-t-elle. Dans ce cas, c’est le Burundi qui sera comptable. » À lire aussiAu Burundi, les réfugiés traumatisés par les blessures invisibles de la guerre [1/4] « La vie ici est trop dure » Pour Kititwa, rentrer en RDC est impossible : la guerre fait toujours rage dans les hauts plateaux d’où il vient. Mais dans le camp, beaucoup vivaient à Uvira et, depuis que l’AFC/M23 s’en est retiré, rester à Busuma dans la précarité peut sembler absurde. « La vie ici est trop dure, déplore Linda. Si on ne nous donne pas le minimum pour vivre, je préfère rentrer à Uvira, même si c’est risqué, et mourir là-bas plutôt que mourir de faim et de froid ici, et dormir à même le sol. » Seul un accord entre le Burundi et la RDC pourrait permettre un rapatriement. En attendant, et depuis que la frontière a rouvert entre les deux pays, le HCR plaide pour un assouplissement. « S'il y a des personnes qui veulent partir, c'est leur droit, défend Simplice Kpandji, responsable local de l'UNHCR. C'est pour cela qu'on continue de négocier, pour que les personnes qui se sentent prêtes et qui n'ont pas besoin de notre appui pour partir chez elles, qu'elles puissent le faire. » En attendant, loin des enjeux diplomatiques mais pressés par l’urgence de trouver de quoi vivre, certains, comme Linda, tentent une évasion nocturne : « Oui, j’ai tenté de partir, on a fui tôt, un matin, à pied. Mais on a été rattrapés et ramenés ici ». Sans amélioration de son quotidien sur le site, elle prévient : elle tentera à nouveau de partir. À lire aussiAu Burundi, des réfugiés congolais pris au piège d’une aide qui s’essouffle [2/4]
Depuis décembre, avec l’offensive de l'AFC/M23 dans le Sud-Kivu, plus de 60 000 réfugiés congolais ont été regroupés sur le site de Busuma, au Burundi. Un site prévu à l’origine pour accueillir 20 000 personnes et qui n’était encore à leur arrivée qu’un terrain vierge : pas d’abris, pas d’eau, pas d’infrastructures. Rien. Trois mois plus tard, malgré les efforts des humanitaires, les familles vivent toujours dans une immense précarité : promiscuité, manque d’eau, aide alimentaire tardive... À Busuma, l’urgence se heurte aux coupes budgétaires internationales. De notre envoyée spéciale de retour de Busuma Un camion-citerne entre sur le site. Rapidement, un attroupement se forme. Élizabeth, 25 ans, se faufile à l’arrière. Elle glisse sa bassine jaune en dessous du tuyau. Le camion est venu alimenter le centre de santé. Mais, elle espère grappiller quelques gouttes. « Je suis enceinte. Je ne peux pas marcher des heures pour aller puiser de l’eau à la source. Je prie pour avoir un peu de quoi faire à manger à mes enfants », explique-t-elle. Elle a passé la journée à attendre devant le réservoir installé pour les réfugiés. Cela fait trois jours qu'elle n'a pas d'eau. « À la pompe, il n'y a déjà presque plus d'eau. Je suis encore loin dans la file. Je ne suis pas sûre du tout d'en avoir », poursuit-elle. Les équipes de Médecins sans frontières ont depuis installé une canalisation pour acheminer l’eau sur le site. Mais elle reste rare. Le choléra, qui avait frappé en décembre, est contenu et c’est maintenant la rougeole qui guette. Chaque jour, des agents de santé arpentent les allées poussiéreuses du site pour faire de la prévention. Une femme s’approche, son bébé contre elle. Il tousse, tremblant. « Je pense qu'il est tombé malade à cause du froid. Je n’ai reçu ni matelas, ni abri, ni couvertures. Il fait très froid la nuit. Sans aide, nous allons tous finir par tomber malades. », se désole-t-elle. Le vent déferle en rafale pendant qu'elle nous parle. D’une main, elle retient la bâche qui menace de céder. Arrivée avec ses quatre enfants, sans rien, elle partage cette tente avec un inconnu qui l’a accueillie. Elle nous raconte : « La nuit mes enfants ont peur, et cela les empêche de dormir. Quand il pleut beaucoup, l'eau nous envahit et le vent emporte notre bâche en plastique. On passe des heures debout, sans fermer l'œil de la nuit. » Moins de la moitié des réfugiés ont reçu un abri Car à Busuma, trois mois après leur arrivée, moins de la moitié des réfugiés ont reçu un abri. La faute aux coupes drastiques dans l'aide internationale, déplore Simplice Kpandji, responsable local pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés : « Nous pâtissons des coupes budgétaires. Les besoins sont immenses. Certains bailleurs nous soutiennent encore, mais ce n’est pas suffisant. Cela limite notre capacité à offrir un minimum de vie digne à ces réfugiés. C'est un grand problème que nous affrontons. » Depuis décembre, des dizaines de décès ont été recensés, surtout chez les enfants de moins de cinq ans. L’aide alimentaire a aussi tardé à être distribuée et le Programme alimentaire mondial envisage aujourd’hui de réduire de 25 % les rations car ses ressources s’épuisent. Lassés par cette extrême précarité, certains réfugiés le disent : ils veulent rentrer en RDC, malgré la guerre qui continue. À lire aussiAu Burundi, les réfugiés traumatisés par les blessures invisibles de la guerre
L'offensive de l'AFC/M23 sur le territoire d'Uvira, dans le Sud-Kivu en décembre 2025, a provoqué la fuite de dizaines de milliers de Congolais vers le Burundi voisin. La majorité d'entre eux a été regroupée à l'est du pays, sur le site de réfugiés de Busuma. Sous des abris de fortune, ils tentent de se reconstruire. Ils racontent la fuite sous les bombes, les familles séparées et les traumatismes qui ne les quittent pas. De notre envoyée spéciale de retour de Busuma, À l'intérieur d'une tente fouettée par le vent, Sarah, 34 ans, tient sa tête dans ses mains. « J'ai des palpitations, et parfois des vertiges, comme si j'allais tomber par terre, donc je suis venue consulter », explique-t-elle. Sarah a fui la guerre dans l'est de la RDC en décembre dernier avec ses sept enfants. Elle porte le dernier, âgé de trois mois, dans son dos. Ce matin, elle est venue dans cette clinique pour réfugiés confier ses douleurs visibles et invisibles : « Mon mari a été tué par une bombe lancée par un drone. Je me suis retrouvée seule avec nos enfants et j'ai fui. Mais en route, je suis tombée dans une embuscade. Trois hommes en armes m'ont violée devant mes propres enfants. Depuis, ces images tournent en boucle dans ma tête. Et quand j'y repense, j'ai même du mal à respirer. » À lire aussiBurundi: l'ONU lance un appel pour pouvoir venir en aide aux réfugiés fuyant l'est de la RDC « Environ 70% de la population souffre de traumatismes » Le docteur Parfait Baluge, responsable de la clinique, a très vite compris, en arrivant sur le site, l'urgence d'offrir un soutien psychologique aux réfugiés. « Environ 70% de la population souffre de traumatismes. Ils sont très déprimés, beaucoup souffrent d'états de stress, d'anxiété. Femmes, hommes, enfants... Il y a vraiment beaucoup de cas de traumatismes », relate-t-il. Dans la panique de la fuite, de nombreuses familles se sont disloquées. Benoît (le prénom a été modifié), 17 ans, est arrivé ici sans aucun adulte pour l'accompagner. « J'avais déjà perdu mon père et je vivais seulement avec ma mère. Mais pendant les combats, elle a fait une crise cardiaque et elle en est morte. J'ai fui quand les combats sont devenus intenses. Mais la route était vraiment dangereuse, il y avait beaucoup de balles qui sifflaient et des bombardements... Sur la route, on a dû enjamber des cadavres. Il en avait beaucoup », confie-t-il. En partant, Benoît a pris sur ses épaules son petit frère âgé de 9 ans. Il en est responsable aujourd'hui. Encore mineur, il est déjà devenu chef de famille. À Busuma, les réfugiés ont fui la guerre, mais pour beaucoup, elle continue autrement. À lire aussiRDC-Rwanda: plus de 200 réfugiés rwandais ont regagné leur pays
Think Tanger – collectif regroupant des artistes, des architectes, des entrepreneurs ou encore des chercheurs – fête ses dix ans cette année. L'association s'est donnée pour but de penser les importantes mutations à l'œuvre dans la ville de Tanger et d'offrir des espaces et des outils pour que les habitants puissent s'exprimer sur ces transformations. Ateliers culturels, colloques, expositions, publication d’une revue : les initiatives de l’organisation ont été nombreuses. De notre correspondant de retour de Tanger, Une ambiance studieuse, avec quelques bureaux de travail, des ouvrages de sociologie, d'histoire et d'architecture… Au mur, on trouve des œuvres d'artistes marocains, comme celles du cinéaste Ahmed Bouanani. Le Kiosk, situé rue Velasquez, au centre-ville de Tanger, est l'un des espaces de travail de Think Tanger – un lieu de réflexion et de travail pour artistes, chercheurs, urbanistes ou architectes. Amine Houari, 25 ans, est photographe, et également chargé des programmes culturels : « Je trouve que la pluridisciplinarité nous permet en fait une forme de liberté dans le travail. C'est une richesse en plus, ce brassage des différentes pratiques, que ce soit à travers le milieu issu de recherches, mais aussi le milieu artistique, et je trouve que ça permet une certaine lecture de la ville qu'on ne pourrait pas avoir en travaillant qu'avec un seul angle. » Réfléchir la ville autrement Comment réfléchir aux transformations de la ville et favoriser l'expression citoyenne sur ces thématiques ? Pour y parvenir, les projets de l'ONG sont innombrables : une revue, des ateliers de photographie, de cinéma ou encore de radio, comme dans le quartier populaire de Bir Chifa. Amine Houari poursuit : « On a fait un atelier de radio, un podcast : un JT de 2100, ''Comment sera Bir Chifa d'ici 100 ans ?''. Du coup, ça a permis de traiter des sujets hyper importants pour les jeunes, que ce soit à travers la migration, le transport, le réchauffement climatique, mais tout le temps sous le prisme de l'humour, un peu sarcastique, c'est aussi une manière de parler de ce qu'on veut, mais d'une manière plus créative, je dirais. » Donner une voix aux citoyens dans la transformation urbaine Construction du port Tanger Med et de nouveaux quartiers, arrivée du TGV... Le nombre d'habitants a quasiment doublé en 20 ans. Tanger est même devenue la deuxième ville du Maroc. Amina Mourid, cofondatrice de Think Tanger, se souvient des enjeux au moment de la création de l'organisation : « On essayait de comprendre, à cette époque, quel était l'avenir qui était en train de se dessiner pour cette ville. Quelle place aussi surtout pour les citoyens, pour s'impliquer, dans la co-constuction de cette vision territoriale. Et donc, Think Tanger, à l'époque, c'est une plateforme qui essaye d'aller chercher l'information où elle se trouve, en invitant directement ceux qui sont au cœur de la mutation de la ville, les acteurs économiques, politiques, et bien évidemment en redonnant la place aux artistes, pour pouvoir documenter, mettre à distance cette réalité, et créer aussi un discours parallèle alternatif à cette mutation. » Aujourd'hui, Think Tanger est fort de six salariés. En plus des bailleurs de fonds, l'organisation se finance à travers la vente d'œuvres d'art, de livres, des visites de la ville, mais aussi un café et bientôt un restaurant.
Depuis cinq ans et le déclenchement de la guerre au Tigré, des milliers de personnes déplacées se sont installées dans le camp de Hitsats, à l'ouest de la région. Mais les conditions de vie déplorables du site et le manque de perspectives ont provoqué des départs massifs vers la Libye ou le Yémen. Reportage à la rencontre de ces familles décimées. De notre correspondante de retour de Hitsats, Les premiers abris apparaissent au bout d'une route poussiéreuse et cabossée. Dans ces petites maisons de tôles, entourées de montagnes, au camp de Hitstats en Éthiopie, vivent aujourd'hui plus de 15 000 personnes originaires du Tigré occidental, une zone occupée depuis la guerre par les forces de la région Amhara. Depuis quelques mois, de nombreux jeunes déplacés quittent le camp pour s'engager sur les routes migratoires. Le frère d'Amleset, 18 ans, est aujourd'hui en Libye : « Il est parti sans rien nous dire. Ce sont des trafiquants d'êtres humains qui l'ont aidé à traverser la frontière du Soudan vers la Libye. Puis, après une longue période, des personnes de notre entourage nous ont dit qu'il était là-bas, mais qu'il avait été arrêté. » Quelques semaines plus tard, Amselet reçoit un appel de son frère : les trafiquants exigent un million de birrs de rançon (environ 5 400 euros, NDLR). La famille paye alors une partie en vendant son bétail, et les coups cessent. « Mais aujourd'hui, mon frère est toujours en prison, car ils demandent encore de l'argent. Et il est très malade. Je me sens mal parce que je ne peux pas aider mon frère qui est bloqué là-bas, je n'ai pas d'argent à lui envoyer. Je me sens tellement impuissante et démunie », nous confie Amselet. À lire aussiÉthiopie : regain de tension au Tigré, les réfugiés affluent dans les camps de déplacés Un exode massif faute de travail et des conditions de vie déplorables À Hitsats, des milliers de familles partagent la même histoire. Parmi les raisons de cet exode massif : l'impossibilité de trouver un travail aux alentours. La fille de Birzaf est partie pour le Yémen il y a deux mois : « Elle m'a dit qu'elle allait trouver un travail pour subvenir aux besoins de la famille. Moi, je lui ai dit que ce n'était pas la peine, qu'on demanderait aux gens à l'église de nous aider. Mais elle n'a rien voulu savoir, et elle est partie. Aujourd'hui, elle est en prison. Je ne peux la voir que par la petite caméra de surveillance de sa cellule. Ils la forcent à me dire qu'elle souffre, et ils me demandent de l'argent. » Pour Keshi Mebrahtu, coordinateur du camp, les conditions de vie déplorables font aussi partie des causes de départ : « Dans ce camp, on fait face à de nombreux défis. Le plus important, c'est le manque de nourriture. Mais on manque aussi d'eau potable, et l'accès aux soins médicaux est très rare. Ces deux derniers mois, la situation s'est un peu améliorée grâce à des collectes de fonds organisées par des stars de TikTok. Mais j'ai peur que la situation se détériore encore, car c'était une aide ponctuelle. Or, nous avons besoin d'un soutien en continu. » D'après Keshi Mebrahtu, depuis 2020, 335 personnes sont mortes de faim dans le camp. À lire aussiTigré, aux origines d'une guerre fratricide
L'est du Sénégal face au risque de la contagion jihadiste, fin de notre série de reportages. Aux Trois frontières, zone aux confins du Mali et de la Mauritanie, la menace terroriste est toute proche. Si Dakar a renforcé l'approche sécuritaire, sur place, des acteurs alertent sur une région en déficit chronique de tout : infrastructures, routes, électricité… Un terreau potentiellement propice aux mouvements jihadistes. Face à cette menace, le développement est un enjeu crucial de la région. De notre envoyée spéciale de retour de Gangala, Pour rejoindre la région de Ballou, à plus de 700 kilomètres de Dakar, il faut s'armer de courage. Car depuis des décennies, la zone reculée et aride la plupart de l'année rime avec le manque. Venu assister à une réunion sous un soleil de plomb pour identifier des projets de développement, Abdourrahmane Ba, le chef de village de Gangala, à quelques kilomètres du Mali, résume la situation : « Y'a pas d'eau, y'a pas d'électricité, il manque des cases de santé, et il manque des routes. » Un des enjeux majeurs pour déployer la sécurité, rapide et efficace, dans la zone, demeure la route. Le goudron qui doit relier les villes frontalières de Kidira à Bakel, en travaux depuis des années, est en passe d'être terminé, selon les autorités. Pour le maire de Ballou, Cheikhna Camara, dont la commune se trouve sur le trajet, c'est une priorité : « On est enclavés, on n'a rien ! Étant enclavés, les bandits de grands chemins peuvent venir faire ce qu'ils veulent et peuvent partir. Et les autorités, pour les poursuivre, c'est très difficile. On vit cette situation-là depuis des années. » À écouter aussiEst du Sénégal : la vigilance locale pour se prémunir des jihadistes [4/5] Développer pour ne pas devenir un territoire oublié Ce jour-là, une quinzaine d'habitants et de chefs de village de la zone sont venus examiner une mare grande comme trois terrains de foot. Ce point de ravitaillement en eau est crucial pour les bergers transhumants de la zone. L'agence régionale de développement, avec l'appui de bailleurs, veut le consolider. « Nous sommes en train d'évaluer le volume du travail, et comment faire pour sécuriser la digue, tout en conservant la mare, sans que l'eau ne détruise la berge », explique Mamadou Fade, acteur de l'agence étatique de développement (ARD). Il plaide pour que cette région frontalière menacée par l'insécurité voisine ne reste pas un angle mort du développement : « Nous sommes dans une région où, du fait des effets des changements climatiques, les gens sont vulnérables. Donc, la fragilité de l'économie locale fait que tout le monde est dans le besoin. C'est ce qui justifie que les jeunes émigrent. C'est ce qui justifie aussi le risque d'enrôlement des jeunes par rapport aux jihadistes. » Pour l'heure, le Sénégal et les populations locales résistent à une extension du conflit jihadiste. Mais pour combien de temps ? À écouter aussiEst du Sénégal : Kidira, face à la peur d'une menace jihadiste [3/5]



