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À deux jours des élections municipales qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains, éclairage sur une problématique qui touche de nombreuses communes : comment éviter d'être transformée en ville-dortoir ? Une question qui se pose à Juaye-Mondaye, dans le Calvados, en Normandie, une commune qui regroupe trois bourgs et compte 700 habitants et où le maire sortant, Jérôme Berger, se présente pour un second mandat. De notre envoyée spéciale à Juaye-Mondaye, La carte postale de Juaye-Mondaye, c'est sa magnifique abbaye du 18ᵉ siècle, où vivent encore des chanoines. Jérôme Berger, qui se présente à sa réélection, explique que toutes les attentions sont tournées vers elle : « C'est à la fois un élément positif pour la commune et à la fois un élément négatif pour la commune. Positif parce que, finalement, ça amène du tourisme. Mais négatif parce que c'est très clivant, nuance-t-il. Et c'est aussi un aimant. C'est-à-dire que quand on parle de Juaye-Mondaye, on parle de l'abbaye et on ne parle pas du reste. » Mais quand il s'y passe quelque chose, ce maire à la force tranquille saisit l'occasion pour stimuler sa commune. L'abbatiale a été entièrement restaurée. « Sur quatre ans, nous avons reçu 200 enfants. Nous les avons fait monter dans les échafaudages, toucher la coupole et les peintures. Comment dynamiser une commune ?, interroge le maire. Eh bien, c'est aussi apporter à nos enfants, qui aujourd'hui sont plutôt cloisonnés dans des écoles, une nouvelle vision de leur commune, de la culture, qu'elle soit religieuse ou non. » Jérôme Berger, 53 ans, en est convaincu : pour dynamiser la commune, il faut rassembler les gens. Ce qui n'est pas facile quand il n'y a pas de centre-ville et que Juaye-Mondaye regroupe trois villages. « Le centre-ville de Juaye-Mondaye, c'est un centre-ville administratif. Vous allez trouver quatre maisons à peu près, peut-être cinq, une école, une salle des fêtes, la mairie et l'abbaye, décrit-il. Où sont les habitants ? Ils ne sont pas là. » À lire aussiMunicipales en France: à Beaucourt-en-Santerre dans la Somme, le maire face au changement climatique Développer les commerces Ce sentiment d'appartenance si difficile à obtenir passe par le développement des commerces. Le long de la route, le bar-tabac-épicerie est en survie. Derrière le comptoir, Daniel Marie, grand gaillard aux yeux bleus, confie ses difficultés : « C'est très difficile. J'ai tout refait pour relancer un petit peu de la vie dans la commune. Mais moi, je ne me sors pas de salaire. » Daniel a mis son commerce en vente malgré l'aide de certains habitants. « Je mets un point d'honneur à venir dans les commerces du coin. Sinon, on n'en aura plus », regrette Laurent, cet habitant de la commune. En six ans, Jérôme Berger n'a cessé de multiplier les initiatives. Il y a eu de francs succès, comme l'aide aux devoirs, le Citykomi, un outil d'information sur smartphone, les boîtes à livres. Il y a aussi eu des échecs, comme la mise en place d'une mutuelle communale ou les cours de musique. Mais pas de quoi décourager le maire : « Dans ma vie, j'ai beaucoup navigué sur des petits dériveurs. Pour moi, quand le vent n'est pas bon, c'est qu'on n'est pas dans la bonne direction. Mais il faut tourner autour. Il faut rechercher à nouveau », affirme-t-il, philosophe. Embarquer les habitants pour éviter la ville-dortoir, c'est comme ça qu'il tient son cap. Jérôme Berger est un maire respecté pour sa loyauté par tous les habitants rencontrés. Deux listes sans étiquette s'affrontent à Juaye-Mondaye : Ensemble pour Juaye-Mondaye et Ensemble, un nouveau souffle pour Juaye-Mondaye. À lire aussiMunicipales en France: à Aubusson, en Nouvelle-Aquitaine, la culture en danger
À trois jours des élections municipales en France (premier tour le 15 mars), un thème s'impose en sourdine dans la campagne : le changement climatique, absent dans les discours nationaux, mais omniprésent sur le terrain. Dans les communes, ce sont les maires qui se retrouvent en première ligne face aux sécheresses, aux inondations, à la hausse des coûts de l'énergie. Une responsabilité particulièrement lourde dans les petites communes rurales. C'est là que se joue concrètement la transition écologique, alors que les moyens manquent. Depuis 1989, Hubert Capelle est maire de Beaucourt-en-Santerre, un petit village de 170 habitants, situé dans la Somme, dans le nord de la France. À 70 ans, il se représente pour un dernier mandat, sans étiquette et sans concurrence. Hubert Capelle l'avoue sans hésiter : sa prise de conscience écologique, « c'est pas si vieux : une dizaine d'années ». Mais aujourd'hui, cet ancien cultivateur d'endives a une boussole pour toute prise de décision : « Notre rôle, en tant qu'élus de communes rurales comme la mienne, c'est de faire en sorte que cette transition écologique puisse se faire du mieux possible. Il faut consommer le moins d'énergie possible. Il faut s'adapter aux conditions climatiques. Et chacun doit prendre conscience que, de toute façon, il n'y a pas d'alternative. » Maximilien Péchon en sait quelque chose : il y a sept ans, il a repris la ferme familiale à Beaucourt. « Tous les ans, on a une bricole qui arrive ! En ce moment, avec la pluie, on ne peut pas du tout accéder aux parcelles. L'année dernière, on avait le même problème. Puis, arrivé au mois de mars, il n'y avait plus d'eau jusqu'au mois de juillet. Nous, le changement climatique, on le sent complètement », déplore-t-il. En 1995 encore, le maire croyait bien faire quand il avait donné son accord pour enlever deux talus des champs vallonnés, afin de faciliter le travail des agriculteurs et d'agrandir leurs parcelles. « Aujourd'hui, il est bien évident qu'on éviterait de les supprimer. Parce qu'avec le problème de pluie battante, ça entraîne du ruissellement. Mais Maximilien Péchon a planté des haies qui vont justement retenir les sédiments », explique l'élu. Corriger les erreurs du passé, c'est devenu l'un des crédos d'Hubert Capelle. Pour soutenir la biodiversité, la mairie prévoit la construction d'une mare, alors que le village en comptait trois autrefois. Il nous raconte les efforts entrepris : « Ici, nous sommes dans le cimetière du village. Nous avions chaque année l'habitude d'effectuer des traitements herbicides pour détruire des mauvaises herbes. J'ai proposé au conseil municipal d'enlever les cailloux autour des tombes, de remettre de la terre à la place et de semer du gazon. Et, depuis ce temps-là, eh bien, au lieu d'utiliser des produits de traitement, on utilise une tondeuse à gazon. Donc, c'est un bien positif pour notre planète. C'est ce qu'il fallait faire, tout simplement. » Pour économiser du carburant et réduire leur bilan en CO2, les habitants de Beaucourt peuvent aussi garer leurs véhicules sur le nouvel air de co-voiturage et se déplacer à plusieurs vers la ville la plus proche. L'engagement écologique du maire est salué, surtout par les jeunes, constate Audrey Jourdain, qui habite le village depuis 20 ans : « Les personnes plus âgées, elles ont leur vécu. Elles n'avaient pas besoin de se poser ces questions-là. C'est vrai, je pense que c'était moins présent que pour nous, la jeune génération. On a des enfants en bas âge et on pense à leur avenir. On n'est pas sur des idéologies. Au sein de nos petits villages, on est plutôt pragmatique et on regarde concrètement des choses qui vont être faites. » C'est le cas d'un lotissement en matériaux biosourcés qui doit attirer, dans les prochaines années, 14 nouvelles familles. Objectif : protéger contre les températures caniculaires en été et contre le froid en hiver. Ce futur écoquartier a séduit Rémi Rolkowski, jeune papa de deux enfants, qui nous explique pourquoi : « Passer par du biosourcé permet de réaliser des économies au niveau électrique et au niveau du chauffage. C'est aussi important de pouvoir faire un geste pour la planète et de faire encore vivre le village comme il vit actuellement. » S'il est réélu à l'occasion de ces élections municipales 2026, Hubert Capelle veut garder le cap pour un dernier mandat avec un objectif précis : le bien-être des habitants de Beaucourt. « On peut vivre mieux. L'objectif est de se dire qu'on va préserver à la fois son intérêt personnel, mais aussi penser à l'avenir, penser à nos enfants et penser à la planète », insiste-t-il.
En France, les élections municipales auront lieu les 15 et 22 mars prochains. Les habitants sont appelés à élire les maires des quelque 35 000 communes du pays. L'occasion pour RFI de prendre le pouls de la société française, à un an de l'élection présidentielle. Parmi les principales préoccupations : la sécurité, les services publics, la santé... mais également la culture. Illustration avec la ville d'Aubusson, 3 000 habitants, située dans la Creuse, au centre du pays, qui héberge la plus petite scène nationale de France. Un lieu de culture menacé par les infiltrations d'eau. Christine Malard est la directrice du théâtre, installé en plein cœur de la ville, dans un bâtiment mal conçu et mal construit il y a 45 ans. Elle nous accueille sous les gouttes qui tombent du plafond remplissant d'eau des seaux. Elle déplore les dégradations : « Le résultat, c'est que l'eau s'infiltre depuis 1981. Et le risque, c'est que le plafond qui est en plâtre tombe sur la tête des personnes qui seraient en dessous. C'est pour cela que les salles sont fermées. » Des salles qui servent normalement à l'enseignement artistique à destination des lycéens et des collégiens de la région, mais aussi aux comédiens en résidence venus à Aubusson pour créer et répéter de nouveaux spectacles. C'est le cas de la pièce, Thelma, Louise et nous, co-produite par la scène nationale d'Aubusson et qui se joue ce soir-là devant un public d'adolescents venus de tout le territoire. Problème : la rénovation du bâtiment se chiffre à plusieurs millions d'euros, et malgré l'engagement de l'État et de la région à prendre en charge 80% du coût des travaux, le département, propriétaire des lieux, ne veut plus assumer seul la gouvernance. Pour Philippe Esterellas, vice-président, chargé de la culture de la communauté de communes qui englobe Aubusson, c'est la conséquence de la baisse des dotations accordées par l'État aux collectivités locales. « Il y a un effet domino, bien évidemment. Ce sont des structures essentielles sur notre territoire, en particulier en zone rurale. Mais ce ne sont pas les seules. Il y a un choix à faire, pas uniquement budgétaire. Il doit être aussi politique », affirme-t-il. En attendant, le département n'a accordé à la scène nationale qu'une autorisation temporaire d'occupation des lieux, jusqu'au 5 juillet. Pour Christine Malard impossible dans ces conditions d'envisager l'avenir : « Ça signifie que la saison devrait être finie. L'année 2026-2027, je devrais avoir imaginé la programmation. Or, là, c'est très compliqué de dire aux compagnies : "Je mets des options, peut-être que vous allez venir, peut-être que vous n'allez pas venir, si on n'a plus le droit d'être dans le théâtre". » Face au risque de voir la scène nationale disparaître, une association d'usagers s'est montée en soutien. Stéphane et Bruno en font partie, ils défendent le service public de la culture. L'un d'eux nous explique la nécessité de pérenniser le théâtre dans la ville : « Ce lieu a largement contribué au fait qu'on s'installe. On habitait Bordeaux préalablement avec ma femme et nos deux filles. Quand on habite dans un territoire rural de 3 000 habitants, c'est important, pour ma fille, qu'elle puisse voir des artistes qui viennent de la France entière, et même du monde entier. Tous les gens qui viennent ici ressortent avec la banane. Ça s'adresse à tout le monde, la culture ! Ce n'est pas quelque chose qui est élitiste, comme on voudrait nous le faire croire. » Une réunion entre les représentants des communes, de la région et du département est prévue autour du préfet de la Creuse le 13 mars. Personne ne veut croire à la disparition de la plus petite scène nationale de France.
Le premier tour des élections municipales en France aura lieu le dimanche 15 mars 2026. Cette année, un thème s'est imposé, qui dépasse pourtant les prérogatives des maires : celui de la sécurité. Avec 45% des personnes interrogées préoccupées, c'est la principale attente des Français à l'égard de leur maire, selon une enquête de l'institut IPSOS-BVA, publiée le 20 février. Un autre sondage montrait en début d'année que l'inquiétude concernant la sécurité était partagée par les électeurs de droite comme de gauche, et pas seulement ceux des grandes villes. La question est posée dans tous les types de communes. Exemple avec ce reportage à Portes-lès-Valence, commune d'un peu plus de 10 000 habitants en proche banlieue de Valence dans la Drôme, dans le sud-est du pays. Les agents Repellin et Bruyère de la police municipale de Portes-lès-Valence entament leur patrouille quotidienne. La sortie du collège, certains pieds d'immeubles... En voiture, ils font le tour des points sensibles de la ville. « C'est vrai qu'on a eu une petite augmentation des points de deal, des rassemblements de jeunes, qui n'ont pas forcément usage des stupéfiants, mais qui peuvent créer un sentiment d'insécurité », nous explique l'un des agents. « On a une montée en puissance du rodéo urbain, notamment maintenant avec des motocross électriques. Ça ne s'entend pas, mais ça crée les mêmes troubles », poursuit son collègue. La commune a beau être la plus sûre de la zone police du département, à droite comme à gauche, les trois candidats aux municipales ont fait de la sécurité un thème central de leur campagne. « Ce n'est pas juste parce qu'on est en campagne. On entend dire par les Portois, depuis six mois qu'on fait du porte-à-porte, tous les soirs, "la sécurité, la sécurité, la sécurité", parce qu'ils en ont marre », nous raconte Claude Illy, élu municipal d'opposition, qui soutient la liste de gauche. Lui et son candidat, Jean-Michel Bochaton, nous ont donné rendez-vous devant le poste de la police nationale. Un sujet qui cristallise les débats. En quelques années, les effectifs ont fondu comme neige au soleil. Le poste n'est plus ouvert que deux jours par semaine. « Une municipalité, une équipe, un maire doivent pouvoir aussi interpeller, taper aux portes pour défendre le territoire et faire en sorte que la sécurité soit appliquée », réplique Jean-Michel Bochaton. Et sur ce sujet, Manuel Herrero se présente comme l'homme de la situation. Le candidat sans étiquette a dirigé pendant plus de vingt ans la police municipale de la ville. S'il n'obtient pas la réouverture du poste, il ira plus loin. Il nous confie avoir une solution : « On va construire une caserne de gendarmerie. On veut proposer à la gendarmerie de revenir. On a eu 50 ans de tranquillité quand ils étaient là. J'ai déjà des contacts sérieux. On sait que ça va coûter entre deux millions et demi et trois millions d'euros. Mais je pense que ça vaut le coup de le faire. » « On peut se battre, on peut crier, on peut faire tout ce qu'on veut. On peut gesticuler dans tous les sens. La sécurité est une compétence régalienne de l'État », rappelle Geneviève Girard, la maire sortante de Portes-lès-Valence. La candidate divers droite accuse ses adversaires d'instrumentaliser le sentiment d'insécurité des Portois : « Il peut être fort, parce que des personnes qui restent rivées sur leur téléviseur toute la journée entendent des choses anxiogènes. Les gens ne se parlent plus, ils ne savent plus vivre ensemble, ils ne se supportent pas. Il y a une intolérance, aujourd'hui, qui est forte. Et nous, nous devons essayer de lutter contre ça. » La maire sortante entend malgré tout répondre à l'inquiétude sécuritaire en promettant plus de caméras de surveillance et des horaires élargis pour la police municipale.
C'est l'un des pouvoirs les plus concrets du maire : décider de l'urbanisme. Et dans ces élections municipales, un sujet très national s'est invité dans la campagne : l'implantation des data centers (centres de données) indispensables pour stocker nos informations et faire tourner les modèles d'intelligence artificielle. Le gouvernement en a fait une priorité stratégique et les promesses de milliards d'investissements pleuvent. Mais sur le terrain, certains projets interrogent : bruit, consommation d'énergie, impact sur le voisinage… Illustration à Nozay, dans l'Essonne, au sud de Paris. Cette commune de près de 5 000 habitants pourrait accueillir, d'ici 2028, le plus grand data center de France dédié à l'intelligence artificielle. L'ancien site de Nokia Alcatel n'est encore qu'un vaste chantier, gardé par des agents de sécurité et leurs chiens. « Nous sommes sur le site qui va être celui de l'entreprise Data 4 dans les années à venir », déclare Raphaël Bernard, conseiller municipal et tête de liste de l'opposition à Nozay. Début 2028, ce terrain de 22 hectares doit accueillir le plus grand data center français dédié à l'intelligence artificielle. « On l'appréhende comme une chance. Et aussi avec la vigilance que ce type d'installations industrielles doit susciter chez les décideurs locaux, et plus généralement chez les citoyens », complète Raphaël Bernard. Car ce qui inquiète, ce sont les nuisances. Un projet qui va impacter la vie des Nozéens À quelques centaines de mètres de là, un quartier d'habitation pourrait aussi sortir de terre. De quoi susciter des questions chez certains Nozéens, à commencer par Raphaël Bernard. Le candidat à la mairie explique : « C'est un enjeu à plusieurs titres de la campagne électorale. Nos interrogations portent sur la question des nuisances en termes de bruit. Quel va être le niveau de décibels des data centers ? Et aussi des nuisances en termes de technologie, vu qu'il va y avoir des générateurs et des cuves qui vont être installées. Évidemment, notre maître mot, c'est la vigilance et l'accompagnement du projet, à partir du moment où les Nozéens sont associés. » À lire aussiEn quoi les data centers sont-ils des gouffres écologiques? Le maire sortant mise sur l'attractivité du projet Et sur ce point, justement, l'opposition regrette le manque de concertation. Le maire sortant, Didier Perrier, leur répond qu'une réunion avec l'entreprise Data4 et une enquête publique ont pourtant bien eu lieu. Et l'élu l'assure : il est en lien permanent avec l'État et les porteurs du projet. « On se parle. Dès qu'il y a quoi que ce soit, j'exprime mon mécontentement ou l'inverse », appuie le maire sortant. Un dialogue nécessaire car l'élu s'est prononcé en faveur du projet synonyme d'attractivité pour sa commune. « Les retombées positives, il y en a plusieurs. C'est le côté dynamique de l'entreprise : ça va générer entre 1 000 emplois directs et indirects. Pour la commune, le côté très positif, c'est la taxe foncière bâtie, non bâtie, qui pourrait nous être répercutée et pourrait être un équilibre financier par rapport aux impôts des Nozéens », développe-t-il. Verdict avant mi-avril pour le permis de construire Au final, si l'État doit encore délivrer les autorisations pour ce futur data center, le maire aura aussi son mot à dire. « Mon pouvoir est de délivrer le permis de construire ou pas. Il n'est pas encore délivré. On a encore des sujets par rapport à ces phénomènes de pollution. Tant que ce n'est pas réglé, il n'y aura pas de permis de construire », rappelle Didier Perrier. Le prochain maire a jusqu'à la mi-avril pour délivrer, ou non, le permis de construire. À lire aussiL'impact des data centers à Marseille, hub internet mondial qui se transforme
Le 15 mars au soir, le résultat du premier tour des élections municipales au Havre sera parmi les plus attendus. Édouard Philippe aura-t-il engagé une dynamique pour espérer l’emporter une nouvelle fois et rester maire ? La question est d’autant plus déterminante que l’ancien Premier ministre a lié l’avenir de sa candidature à la présidentielle 2027 à sa capacité à se faire réélire. Mais face à lui, deux candidats, le communiste Jean-Paul Lecoq et l’UDR-RN Franck Keller, espèrent bien bousculer le maire sortant. Ce soir-là, Édouard Philippe est face à quelques dizaines de Havrais à son QG pour parler sécurité. Le Havre, Édouard Philippe ne veut pas le quitter sans avoir été réélu. Pour être concentré sur sa campagne électorale, il fait de la boxe deux fois par semaine dans une salle de la ville, il explique que c'est pour « rester calme ». Son calme, il l’affiche dans l’ambiance feutrée de son bureau, malgré ce sondage qui le donne perdant au second tour, battu de justesse par le député communiste Jean-Paul Lecoq, son adversaire déjà en 2020. « J'ai une règle, affirme le maire actuel, c'est que je ne commente pas les sondages. Mais je n'ai jamais considéré qu'une élection au Havre était une élection facile. » Et cette année, elle l’est peut-être encore moins, car un nouvel adversaire pourrait se qualifier pour le second tour et provoquer une triangulaire : Franck Keller, le candidat de l’UDR, le parti d’Éric Ciotti, soutenu par le RN, actuellement conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine, arpente les rues du centre-ville à la rencontre des habitants. Édouard Philippe a lié sa candidature à la présidentielle à sa victoire au Havre, alors Franck Keller se dit qu’il peut faire d’une pierre deux coups : « On le sait bien, on va faire un strike. Moi, je suis certain qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle. » De l’autre côté de l’échiquier politique, Jean-Paul Lecoq fait le même constat : « Les gens se servent du Havre comme marchepied pour une ambition personnelle. » À lire aussiÉdouard Philippe: la rupture à tout prix Un bilan national qui rattrape le maire sortant Sur le marché de la Mare Rouge, Jean-Paul Lecoq appuie là où ça fait mal pour Édouard Philippe : « Il a réussi à montrer une image détestable du président de la République en demandant qu'il démissionne avant l'heure. Pour quelqu'un qui a été nommé Premier ministre par ce président, c'est étonnant. Les gens nous le disent », confie-t-il. Face à ces attaques, Édouard Philippe garde son calme… encore. « Moi, je ne suis pas là pour combattre un candidat. Eux, ils sont manifestement là pour me combattre moi, affirme le maire sortant. Ils ont le droit. Moi, je suis là pour expliquer aux Havrais ce que je pense utile pour Le Havre dans les six ans qui viennent. Et je ne parle que de ça. » Mais quand ses équipes vont sur le terrain en porte-à-porte, le maire est rattrapé par son bilan national. « Édouard Philippe, par exemple, je viens de me prendre une prune parce que je roule à 87 km/h, s'agace un habitant. Eh bien merci Monsieur Édouard Philippe, parce que 80 km/h, c'est grâce à lui ! » Du ressentiment chez certains et de la satisfaction chez d’autres. Alors pour convaincre, Édouard Philippe ravive sa fibre havraise : « Moi, mes tripes, elles ont un goût d'eau salée. Je n'envisage pas de faire de la politique locale ailleurs qu'au Havre. » Édouard Philippe met ses tripes sur la table pour ne pas perdre, et le Havre, et son avenir national. À lire aussiNotre dossier sur les élections municipales 2026
Mercredi 4 mars est sorti en France le film La Maison des femmes, inspiré de la première maison de soin et d’accompagnement des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, ouverte à Saint-Denis en 2016. Un hommage aux soignants autant qu’un rappel de la fragilité de ces structures uniques en France. C’est une habitude bien connue des cinéphiles. Quelques jours avant la sortie d’un film, des avant-premières sont organisées dans une poignée de cinémas. Mais celle organisée, mardi 3 mars, à Saint-Denis, a une saveur particulière. Dans la salle, des soignantes et soignants de la Maison des femmes de Saint-Denis ont pris place. Pour la première fois, ils découvrent leur histoire portée à l’écran par la réalisatrice Mélisa Godet, qui signe avec La Maison des femmes son premier long-métrage. Le résultat est une double immersion. Pendant 1h50, la réalisation ballotte le spectateur entre, d’un côté, la solidarité et les atermoiements de l’équipe médicale qui tente de sauver la structure menacée de fermeture, et de l’autre, les récits parfois difficiles de certaines patientes. Le film s’inspire d’un projet bien réel et unique en France : la Maison des femmes de Saint-Denis, au nord de Paris, créée en 2016. Isabelle y a travaillé durant sept ans comme agente d’accueil. « J’étais en première ligne, je recevais les appels des femmes victimes de violences et je les accueillais physiquement », explique-t-elle. Présente à l’avant-première, elle l’assure : elle a trouvé le film « magnifique ». « Ça reflète bien notre travail. On a la chance d’avoir une super équipe, c’est ce qui nous permet de tenir, car ce n’est pas tous les jours facile », poursuit Isabelle, en écho à l’histoire racontée dans le film. À l'origine de la maison des femmes de Saint-Denis, la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, interprétée par l’actrice française Karine Viard dans le film. Pour cette ambassadrice de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le film est un hommage rendu aux équipes de soins. « Je trouve que le quotidien des soignants est raconté avec beaucoup de justesse et de tendresse, confie l'actrice. C'est un métier qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas, et ça, c’est très bien raconté ». À lire aussi« La Maison des femmes » portée sur grand écran par Mélisa Godet Un modèle économique toujours fragile Le film rappelle aussi à quel point les équipes ont bataillé pour imposer cette structure dans le paysage médical français. Le modèle est désormais reconnu par les autorités avec une trentaine de structures en France, rattachées à des hôpitaux publics. Mais le modèle économique demeure fragile. Ces maisons dépendent très majoritairement de fonds privés, via des mécènes. « Ce pour quoi on plaide, c’est pour un financement public conséquent afin de prendre en charge un socle pluridisciplinaire, donc des médecins, des psychologues, des assistantes sociales, explique Violette Perrotte, qui a succédé à Ghada Hatem à la tête de la maison des femmes de Saint-Denis. Ensuite le privé peut nous permettre de compléter certaines missions comme les groupes de parole, ateliers en tout genre, qui sont aussi essentiels à la reconstruction de ces femmes. » Un rééquilibrage nécessaire, car les dons privés ne perdureront peut-être pas, estime Violette Perrotte. D'autant plus nécessaire que des soignants la sollicitent régulièrement pour ouvrir de nouvelles maisons. « On a une nouvelle demande par mois, donc on espère que le film montrera à quel point on est dépendant des dons privés et la nécessité de ces fonds », ajoute-t-elle. Des fonds qui ont prouvé leur efficacité : depuis la création de la maison des femmes de Saint-Denis, 40 000 patientes y ont été accompagnées et soignées. À lire aussiLes femmes intéressent-elles la recherche médicale ?
En France, depuis le 1er mars, les grandes entreprises, c'est-à-dire celles de plus de 1 000 salariés, doivent compter au moins 30 % de femmes dans leurs comités exécutifs et autres instances dirigeantes, un quota qui sera rehaussé à 40 % en 2029. Les amendes prévues en cas de non-respect de la loi Rixain, du nom de la députée à l'origine du texte, sont conséquentes : jusqu'à 1 % de la masse salariale, avec un délai de deux ans pour se mettre en conformité. Alors les quelque 1 500 entreprises concernées s'empressent de recruter. Chez AFA - A Female Agency, un cabinet spécialisé dans le recrutement de femmes à des postes stratégiques, les chasseuses de tête font le point ce matin, par visio, avec de potentielles futures candidates. Alexia Boeckx, co-fondatrice du cabinet, aime se comparer à une détective à la recherche de perles rares qui pourront endosser des postes à très haute responsabilité, par exemple dans la défense. « Moi, je suis en train de finaliser le recrutement pour Thales d'une nouvelle directrice de la stratégie, explique-t-elle. Et c'est un parmi des dizaines de recrutements qu'on a en cours. » Sur un grand tableau sont réunies toutes les « chasses » en cours à des postes de direction commerciale, direction stratégie, direction patrimoine. « Donc, nous, les candidates qu'on recrute, poursuit Alexia Boeckx, elles visent des salaires annuels qui vont de 100-150 000 euros jusqu'à 350-400 000 euros par an. C'est uniquement des postes avec un niveau de complexité assez élevé, sur des industries assez complexes. C'est toujours des fonctions sur lesquelles les employeurs se disent qu'ils vont avoir du mal à recruter une femme. » À écouter dans 8 milliards de voisinsComment intéresser les hommes à l’égalité des genres ? « Les équipes RH en interne ne savent pas trouver de profil féminin » Et pourtant, depuis le 1ᵉʳ mars, les entreprises de plus de 1 000 salariés doivent avoir au moins 30 % de femmes dans leurs instances dirigeantes. « Les équipes RH en interne ne savent pas trouver de profil féminin, estime la consultante. La statistique est assez parlante : aujourd'hui, si on veut recruter féminin, il faut avoir un vivier de talents 100 % féminin. Si vous n'avez pas un vivier de talents 100 % féminin, vous avez 10 à 30 % de chances de recruter une femme sur un poste à responsabilités. Si vous êtes L'Oréal, une industrie très féminine, c'est plutôt 30 % de chances, mais si vous êtes Thales, JC Decaux, Bouygues, vous avez plutôt 10 % de chances de recruter une femme. » Augmenter les chances de recruter une femme, cela passe en partie par la sensibilisation des plus jeunes aux filières scientifiques, où elles sont sous-représentées. Des femmes surdiplômées qui n'osent pas candidater Mais pour Sarah Huet, l'autre co-fondatrice du cabinet, il ne faut pas sous-estimer que certaines femmes qualifiées n'osent pas candidater, il faut donc aller les chercher. « On a quand même des profils féminins, c'est un petit peu du conditionnement social, qui sont très loyales, qui ont un sentiment de trahison à aller chercher un emploi ailleurs, défend-elle. Donc, on est là aussi pour les rassurer. » « Les femmes aujourd'hui sont surdiplômées, la coupe Alexia Boeckx. Et donc il n'y a pas d'autre choix que d'avoir une mesure forte et de corriger artificiellement cette inégalité pour qu'elle devienne naturelle à un moment donné. » Dans leur portefeuille de clients, au 1ᵉʳ mars, aucun ne sera conforme à la loi. Selon une récente étude de Skema Business School, si les entreprises du CAC 40 ne sont plus très loin des 30 % de femmes dirigeantes en moyenne, seuls 7 % des 80 postes de président ou de directeur général sont occupés par des femmes. À écouter dans Le Grand invité internationalQuotas de femmes dans les comités d’entreprise: «Les lois aident lorsque vous avez des siècles d'inégalité»
En France, c'est un bilan morose pour la 62ᵉ édition du salon international de l'agriculture, qui a connu une baisse de 28 % de fréquentation par rapport à l'année dernière. Un métier en crise, où seulement 13 000 agriculteurs s'installent chaque année. Un chiffre en chute libre et qui n'a pas évolué depuis 2020. Malgré tout, ce métier passionne encore. Alors, qui sont les nouveaux agriculteurs qui embrassent cette profession ? Elles sont debout sur le ring et tentent de ceinturer des moutons. Emi et Léana ont 19 ans. Elles participent avec fierté au Concours Général Agricole organisé par le Salon de l'agriculture, une institution qui accompagne les agriculteurs tout au long de leur parcours. « Le concours est vraiment axé sur le mouton vendéen. On a préparé trois agnelles. On les a choisies avec l'aide du berger de l'exploitation qu'on a au lycée », nous raconte l'une d'elles. Murielle, 20 ans, frimousse de fonceuse, poursuit ses études au lycée agricole. Elle a déjà en tête l'exploitation de ses rêves. Elle nous raconte ce qu'elle envisage : « Je veux travailler avec des brebis laitières, plutôt dans les montagnes, et avant cela, être bergère. Je ne veux pas m'installer tout de suite. Je veux des expériences dans l'élevage et pourquoi pas m'installer en collectif plus tard ». Un parcours assez classique, car s'installer prend quelques années. Simon Martin est secrétaire général adjoint du syndicat des Jeunes agriculteurs. « Aujourd'hui, on est rendu à 33 ans pour l'âge de l'installation. On voit que c'est l'engagement d'une vie de s'installer. On voit très bien qu'il faut un peu plus de temps pour le maturer et pouvoir se lancer dans un gros projet. », explique le jeune homme. Marie Le Potier est conseillère en élevage laitier. Son mari, Fabien le Brun, est salarié dans la ferme de ses parents. Ensemble, ils vont franchir le pas et s'installer. « Nos parents, d'un côté comme de l'autre, sont installés sur une exploitation en production laitière et c'est notre objectif de poursuivre avec les élevages de la famille », raconte-t-elle. Malgré les crises sanitaires à répétition et les manifestations d'agriculteurs pour améliorer la profession, le couple se lance. « C'est sûr qu'il y a des situations qui posent question pour la suite. Mais, aujourd'hui, on croit en ce métier. On voit qu'il y a des filières de qualité qui se développent de plus en plus. Sur les exploitations familiales, nous sommes engagés dans des filières de qualité qui permettent de se diversifier et de mieux valoriser les produits. C'est ça, qu'on souhaite poursuivre. Et oui, il y a de l'avenir là-dedans », confie Marie, confiante. « C'est maintenant ou jamais » Florent Pajor, 34 ans, dirige sa ferme depuis un an. Ce fils de fermier ne voulait pas reprendre l'exploitation de son père. Trop compliqué et source de conflit selon lui. Il nous explique pourquoi il a choisi l'autonomie : « Je n'ai pas souhaité m'installer avec lui. Il est en âge d'être à la retraite. Je ne me voyais pas reprendre une quantité d'hectares. Moi je voulais vraiment ma structure individuelle. Il faut être fou, mais passionné avant tout. » « Ça fait peur, mais j'ai eu le cran et l'opportunité de me dire : c'est maintenant ou jamais. Quand on a des terrains qui se présentent à nous, qui sont à vendre, on se dit : "c'est soit je saisis l'opportunité, soit je reste salarié". Ça prendra du temps pour pouvoir en vivre et être épanoui totalement. Je ne regrette pas. C'est un chemin qui va être long et passionnant », poursuit-il. Actuellement, un fermier sur trois qui part à la retraite n'est pas remplacé, un problème pour l'avenir du secteur agricole.
Au lendemain de la mort d'Ali Khamenei, tué par des frappes israélo-américaines, plusieurs rassemblements étaient organisés à Paris, dimanche 1ᵉʳ mars 2026. Tous célèbrent la fin du Guide suprême, mais ne partagent pas forcément la même vision de l'avenir. Le premier rassemblement se tenait à République, où quelques dizaines de personnes ont répondu à l'appel du collectif « Femme, Vie, Liberté ». À moins de deux kilomètres de là, l'ambiance est aux antipodes. Place de la Bastille, des milliers de manifestants, royalistes, favorables au retour au pouvoir de la dynastie du Chah et opposés au Guide suprême, ne cessent d'applaudir et de chanter dans la joie. À lire aussiAprès la mort d'Ali Khamenei, l'Iran face à l'inconnu
Toulon, localité de 180 000 habitants située dans le sud-est de la France, est à scruter de près, puisqu'elle est en haut de la liste des villes de conquête du Rassemblement national (RN) pour les prochaines élections municipales. Le RN y a effectivement le vent en poupe, bénéficie de la division de ses rivaux, mais la bataille s'annonce serrée. Quiconque veut conquérir Toulon doit aimer le rugby et se rendre au stade Mayol. Ça, la candidate RN, Laure Lavalette, l'a bien compris. Elle ne rate aucun match du RC Toulon, une institution : « C'est bien d'aller à Mayol, je suis vraiment au contact des Toulonnais. » Bien sûr, il faut aller au stade, avoir son rugbyman sur sa liste pour les élections municipales... Mais à Toulon, il est aussi très utile d'être à droite. Voire très à droite. « La sécurité est la première des préoccupations du Toulonnais. Il est temps de réembaucher au moins une cinquantaine de policiers municipaux », affirme-t-elle. De quoi donner espoir à Sophie au volant de son taxi : « Ces mecs qui ont des gueules de brigands, de mafieux, j'en ai ras le bol. » Mais aussi aux habitués des cafés. Roland, d'origine albano-américaine, se considère comme un immigré. Et il vote RN sans complexe : « Je vote pour le Front national (ancien nom du Rassemblement national, NDLR). Le Toulon qu'on a connu n'a rien à voir avec le Toulon de maintenant. Il y a beaucoup moins de sécurité. Il faut que ça change. » La poussée du RN dans le port militaire du Var semble évidente. Le parti de Marine Le Pen est en tête des enquêtes d'opinion, mais son retour à la mairie n'est pas pour autant garanti. Sur les marchés, les plus anciens Toulonnais n'ont pas oublié l'année 1995, quand le FN d'alors s'est emparé de la ville avec Jean-Marie Le Chevalier. Michel ne veut pas revivre ça : « Calamiteux... Ça a été une erreur totale, ils ont fait que des conneries. Ils ont viré les associations. Et puis, le clientélisme... J'avais un père d'un ami pieds-noirs. C'était un inculte total, il s'est retrouvé élu au sport. » « Mais c'était y a 30 ans, je ne suis héritière de rien » Et si Laure Lavalette balaie l'argument, ses concurrents insistent évidemment sur ce passé. La principale adversaire du RN, c'est Josée Massi, maire intérimaire, après la condamnation d'Hubert Falco (Horizons), édile de Toulon pendant plus de 20 ans. « On a mis 20 ans à s'en remettre, mais aujourd'hui, Toulon est la deuxième ville la moins endettée », argumente-t-elle. La candidate mise sur son sérieux : « Je crois à mon projet. Le projet est cohérent, il est financé… Je suis plutôt quelqu'un de dossiers. Laure Lavalette, c'est ''vue à la télé'' ! » Josée Massi n'a toutefois pas le soutien toujours important d'Hubert Falco, qui lui a préféré le LR Michel Bonnus, ancien entraîneur du club de rugby local. Il parle ouvertement aux électeurs tentés par l'extrême droite : « Notre priorité, ce sont les quartiers périphériques, parce qu'il y a un sentiment d'abandon. » Les deux héritiers d'Hubert Falco seront rivaux, mais seulement pour un tour. Ils se sont déjà engagés à se désister l'un pour l'autre pour le second tour, sans garantie toutefois que cela suffise à empêcher le RN de s'emparer d'un bastion de la droite le 22 mars prochain.
Pendant dix jours, le Salon de l'agriculture met les produits du terroir et le travail des agriculteurs à l’honneur. Les agriculteurs soulignent régulièrement comment ils façonnent le paysage français, un paysage qui comporte de moins en moins de haies puisqu'il a diminué de 70 % entre les années 1950 et 2023. Si les politiques pour favoriser le retour des haies font débat dans le monde agricole, certains exploitants y trouvent un intérêt, comme la ferme Aux Champs Soisy, dans l’Essonne. La semaine du 18 février, une opération de plantation de haies y a été menée. Le coup de bêche assuré, Isis Gonzalez n’est pas agricultrice, mais en tant que cheffe de projet de la Fondation Yves Rocher, les plantations de haies, ça la connaît. La Fondation est mécène du Fonds pour l’arbre. « On sait qu'on perd beaucoup plus de haies que ce qu'on replante. Du coup, c'est vraiment un besoin essentiel de restaurer le patrimoine bocager de la France », défend Isis Gonzalez. À la manœuvre, ce sont essentiellement des salariées de la marque de cosmétique, parfois accompagnées, malgré le temps pluvieux, de leurs enfants. Varier les espèces pour une multitude de bienfaits Une dizaine d'essences sont plantées. « Ce sont des essences champêtres qu'on retrouve en bord de champs et locales, explique Antonin Mercier de l’association Agrof’ile. Il accompagne les agriculteurs sur des projets agroécologiques et organise le chantier. On a de l'érable champêtre, du fusain d'Europe. L'idée, c'est de favoriser les insectes qui vont manger les ravageurs de cultures. » Ces insectes sont donc des auxiliaires de cultures. Et les essences végétales n’ont pas été choisies au hasard par Agrof’île et les producteurs de fruits biologiques. « On a cherché des essences qui pouvaient être intéressantes pour les réserves d'auxiliaires ou pour démarrer les cycles de ravageurs un peu plus tôt, pour que les auxiliaires soient déjà arrivés quand ces ravageurs arrivent dans les vergers », explique Pauline Fouquet de la ferme aux Champs de Soisy. Nourrir le sol et protéger du vent Ces haies permettent aussi de nourrir le sol. « Les ligneux, donc les arbres-arbustes, ont un système racinaire qui va beaucoup plus profond que les plantes herbacées, détaille Antonin Mercier. Et donc ils vont pouvoir aller puiser dans les couches plus profondes du sol les nutriments dont ils ont besoin et ils les remontent via la chute des feuilles. » De plus, quand les petits plants auront atteint une bonne taille, arbres et arbustes filtreront le vent et en réduiront la violence. « Ces arbres fruitiers, on ne veut pas qu'ils montent très haut pour récolter les fruits. Ils ont un système racinaire moins développé que les arbres. On va les protéger du vent. Du fait qu'ils ont moins de racines, ils résistent moins aux vents violents et surtout, il y a du palissage. C'est quelque chose qui est très coûteux à mettre en place et donc on le protège au maximum », poursuit le membre de l’association Agrof’ile. Ce n’est pas l’effet recherché sur cette parcelle, mais un bon maillage du territoire permet aussi une bonne régulation de l’eau et évite l’érosion des terrains. À plus long terme, les agriculteurs espèrent valoriser les branches coupées lors de l’entretien des haies. À lire aussiL'agriculture est-elle l'ennemie des oiseaux?
Briollay, un petit village de l’ouest de la France, à une quinzaine de kilomètres d’Angers. Situé entre deux rivières, la Sarthe et le Loir, dans la basse vallée angevine, ce village est régulièrement en proie aux inondations, 60 % de son territoire se trouve en zone inondable. Mais les inondations de ces derniers jours, particulièrement fortes, ont mis ce village à l’épreuve. Des maisons envahies par les eaux, le réseau de gaz coupé par mesure de sécurité et des habitants qui doivent donc vivre une situation déjà compliquée, sans chauffage ni eau chaude. Pourtant, malgré ce terrible constat, les riverains font face, déterminés et solidaires. ► France : à Briollay, la crise se prolonge après les inondations
Le 24 février marque les quatre ans de la guerre en Ukraine. Depuis le début de l'invasion russe en 2022, des millions d'Ukrainiens ont fui leur pays, trouvant refuge notamment en France. Le pays a accueilli 120 000 personnes en quatre ans. C'est le cas de Yuliya, Tatyana et Karina. Elles ont entre 36 et 48 ans. Toutes ont un diplôme d'études supérieures. Elles viennent de Kiev et du nord de l'Ukraine. Laurence Théault les a rencontrées à Saint-Cloud en banlieue parisienne et a recueilli leurs impressions de réfugiées sur cette guerre qui n'en finit pas. À lire aussiRéfugiés ukrainiens en France: quatre ans après, la fin progressive du statut d’exception
Durant les 25 prochaines années, le vieillissement de la population française posera des problèmes logistiques. C'est la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques qui alerte : d'ici 2050, il faudrait créer 365 000 places en Ehpad et les milliers d'emplois qui vont avec. Une solution alternative réside dans les habitats intermédiaires, comme les résidences autonomes et les colocations intergénérationnelles. Reportage de notre journaliste Alix Villeroy dans l'une de ces colocations atypiques, Mettre en lien des seniors et des jeunes, c'est l'objectif de l'association Ensemble2générations. Près de Paris, dans les étages d'un immeuble cossu, Sarah, 19 ans, et Françoise, 94 ans, partagent leur quotidien malgré les quelques décennies qui les séparent. « Sarah, qui fait des grandes études, vit avec moi dans ma maison. Ça m'apporte beaucoup et je me suis prise d'affection pour elle », témoigne la nonagénaire. Pour ses études, Sarah a dû déménager à Paris, mais en tant qu'étudiante précaire, il lui était difficile de trouver un logement. C'est ainsi qu'elle a rencontré Françoise, et pour se loger, Sarah ne doit dépenser que 10 euros par mois. La relation qui se noue entre les deux femmes va au-delà du simple logement et les deux colocataires discutent comme de vraies amies. « Je me suis mise à parler du passé et apparemment, ça intéresse Sarah », se réjouit Françoise. « Elle me parle de la vie de l'ancien temps, ça me fascine !, s'enthousiasme l'étudiante. Tout ce qu'on apprend à l'école, la Seconde Guerre mondiale, eh bien elle, elle l'a vécue ! » Françoise montre ses photos, raconte son mariage le 25 octobre 1954 et la perte de son mari, qu'elle adorait, lorsqu'il avait 73 ans. « Quand j'entends les clés dans la porte, c'est le bonheur qui arrive » Cette solution de cohabitation intergénérationnelle est un rempart contre la précarité des étudiants mais aussi contre la solitude des seniors. « C'est ma fille aînée qui a eu cette idée pour que je ne sois pas seule le soir et la nuit. Ma routine, elle est triste quand Sarah n'est pas là, témoigne Françoise. Mais enfin, quand j'entends les clés dans la porte, c'est le bonheur qui arrive. » Et Sarah renchérit : « Quand je rentre, elle est toute seule devant la télé, donc, je m'assois en face d'elle et puis on discute ensemble. On est censés manger ensemble, que je fasse la vaisselle et ça devrait s'arrêter là. Mais je viens toujours la voir. Les médicaments, je fais en sorte qu'elle les prenne tous les soirs et ce n'est qu'après que je vais me coucher. » Un contrat qui devrait durer un an mais que la jeune fille espère bien renouveler, tant le lien d'attachement est devenu fort au fil des semaines. Une opinion partagée par la nonagénaire pour qui Sarah est devenue un membre de sa famille : « J'ai trouvé une cinquième petite fille. » L'association Ensemble2générations met en relation entre 100 et 150 binômes de personnes âgées et jeunes par an. À lire aussiIsolement des seniors en France: l'alerte des Petits Frères des pauvres face à la «mort sociale»
À quelques semaines des élections municipales, les journalistes de RFI se rendent sur le terrain pour faire le point sur la campagne dans les différentes villes. À Nice, capitale des Alpes-Maritimes, le scrutin prend des allures de règlement de comptes. Christian Estrosi, maire sortant, et Éric Ciotti, longtemps alliés et désormais rivaux, s'affrontent dans une bataille acharnée pour cette mairie de la Côte d'Azur. Un duel qui anime les conversations des Niçois, même s'il suscite aussi, parfois, une certaine lassitude. De notre envoyée spéciale à Nice, Ciel bleu, 20°C, un soleil éclatant. En cette journée ensoleillée du 11 février, le maire sortant de Nice, Christian Estrosi, inaugure la statue du grand écrivain Albert Camus sur la promenade du Paillon. Le lauréat du prix Nobel de littérature était très lié à la ville. Le maire lui rend hommage : « Il y a chez Camus une actualité qui étonne, qui donne même le vertige ». Aux côtés de Christian Estrosi, la petite-fille d’Albert Camus, Élisabeth Maisondieu-Camus nous partage volontiers ses inquiétudes : « Je n’ai pas envie d’extrême nulle part. Je suis mesurée. » Un message à peine voilé faisant référence à l’alliance d’Eric Ciotti avec le RN. Un soutien bienvenu pour le maire de la ville car la tension est forte alors qu’un sondage Politico sorti cette semaine donne Eric Ciotti en tête des intentions de vote avec dix points de plus que le maire sortant. Christian Estrosi est ici chez lui sur la coulée verte qu’il a faite construire. Il s’apprête à lancer des travaux pour une seconde phase. Ces dernières semaines, le maire consacre beaucoup de temps à livrer les dernières réalisations de son mandat et nous explique les transformations. « Vous aviez une gare routière qui dépassait les toitures de chaque rive. » L’élu est ravi de nous montrer les sculptures contemporaines de l’école de Nice et la perspective ouverte sur l’Observatoire qui justifie d’avoir rasé le théâtre et le palais des congrès Acropolis. Cette nouvelle phase de construction divise les Niçois, le maire le sait et son rival Éric Ciotti en a fait l’un des principaux angles d’attaque de sa campagne. Christian Estrosi relativise. « Cela ne l’a pas empêché en 2020 de me soutenir, y compris dans ce projet. Je voudrais que ce prochain mandat soit quelque part le point d’orgue de l’écrin que nous avons fait ces dernières années. » Dans le camp d’en face, le président du parti UDR Éric Ciotti dénonce l’ego démesuré du maire sortant. Et l’attaque sur ses errances politiques : « Il est désormais chez Monsieur (Édouard) Philippe après avoir été le plus proche soutien de Monsieur (Emmanuel) Macron, donc peut-être que demain, il sera au Rassemblement national. » Coups bas entre les deux candidats Un parricide entre deux anciens alliés qui prennent soin de ne pas se croiser dans la petite rue Richelmi qui voit passer le roi et la reine du carnaval de Nice. Le député croit en la volonté des habitants de tourner la page de l’époque Estrosi « La campagne est très dynamique, une envie extrêmement puissante de changement pour écrire une nouvelle page de Nice ». En marge du carnaval, Éric, un Niçois, est lassé par la politique menée par le maire sortant. Il ne revotera pas pour lui. « Il y a les impôts locaux, la transformation de la ville, démolir, reconstruire ailleurs, donc je ne vois pas l’intérêt. » Karine est commerçante à Nice. Elle est consciente que la victoire du maire sortant n’est pas acquise. « J’entends beaucoup de personnes qui voteraient Ciotti ». Depuis quelques semaines la campagne s’accélère, les débauchages se multiplient, les coups bas pleuvent. Le maire a d’ailleurs tenu une conférence de presse pour dénoncer les attaques auxquelles certains se prêtent. À Nice, les attaques foisonnent et ce n’est pas près de s’arrêter. À lire aussiFrance: les enjeux et points chauds des élections municipales 2026
La journée mondiale de la langue maternelle a lieu samedi 21 février. En France, souvent par peur des discriminations, un Français issu de l'immigration sur quatre n’a pas appris la langue maternelle de ses parents ou grands-parents, selon une étude de l'institut One Poll. Pourquoi l'héritage linguistique est-il si difficile à transmettre au sein des familles ? Louise, du haut de ses cinq ans, pétille d'énergie. D'une voix douce, Nasséra, sa grand-mère, parle de son enfance en Kabylie, dans le nord de l'Algérie. C'est dans les bras de sa mère qu'elle rejoint son père ouvrier dans les usines automobiles Renault en France, à l'âge de neuf mois. « Mes deux parents sont Algériens. Mon père est arrivé en 1953 à Paris. C'est la première génération qui a immigré. Il est arrivé bien avant l'indépendance de l'Algérie. Il a commencé donc à apprendre le français par son travail dans les usines automobiles Renault. Après l'indépendance en 1964, il a amené sa femme en France et leur premier enfant qui était moi », se remémore-t-elle. Assises autour de la table de la salle à manger, Sarah, 37 ans, et sa cadette Amina, 31 ans, interrogent leur mère. Pourquoi ne parlent-elles pas la langue de leurs grands-parents, le kabyle ? « J'étais à l'école en France depuis la maternelle. Je me sens plus proche de la langue française que je maîtrise beaucoup mieux. Même si mes parents, eux, me parlaient kabyle, mais moi, je répondais en français. Des fois, on s'interroge avec mon mari : "Mais comment cela se fait qu'on n'a pas transmis ?" Nos enfants ne parlent pas la langue de leurs grands-parents, de leurs origines. Je pense que c'est volontaire de notre part parce qu'on n'a jamais fait l'effort, nous, de parler kabyle à la maison. C'était plus facile pour moi de vous parler français que kabyle », leur raconte Nasséra. « La priorité, c'était l'intégration par l'école. Papa, lui, devait apprendre à parler français grâce à toi. Toi, tu devais gérer une famille de quatre enfants en travaillant aussi. Vous n'avez cessé de nous dire, depuis toutes petites "L'école d'abord, c'est la priorité". Dans une volonté d'avoir une sorte de catalyseur d'intégration par l'école, vous en avez peut-être ''oublié votre kabyle'' », lui répond sa fille. Transmettre une langue, ce n'est pas si simple. La linguiste Christine Deprez s'appuie sur l'exemple des couples mixtes et constate que certaines langues sont plus valorisées que d'autres : « On peut facilement imaginer qu'un couple franco-américain a plus de chances de transmettre sa langue qu'un couple franco-bambara, par exemple. Pourquoi ? Parce qu'il y a une valorisation de la langue anglaise dans tous les pays, y compris en France. C'est assez évident que c'est une langue d'avenir, une langue porteuse. Le bambara ne l'est pas, sauf dans une petite communauté un peu élitiste et qui revendique sa culture. La langue bambara n'est pas une langue qui est particulièrement valorisée en France. Si vous demandez aux gens ce que c'est, ils répondent ''C'est un dialecte africain''. Il n'y a pas du tout une perception culturelle positive. Elle peut même être entachée d'une forme de racisme. À la fois un racisme colonial, un racisme ethnique, un racisme religieux, etc. Il y a des gens qui cachent leur langue, mais en général, ce sont les enfants. Ils ne mentionnent pas la langue d'origine. Il ne faut pas se culpabiliser, c'est normal. Peut-être qu'après, dans 20 ans, ils vont avoir envie de l'apprendre. » C'est le cas d'Amina, 31 ans, qui prend des cours de kabyle. Mais sa mère ne l'aide pas dans cet apprentissage. « Je ne l'ai pas sollicitée. Je fais cela dans mon coin avec mes amis sur internet », explique-t-elle. À cinq ans et demi, Louise est contente de dire ses premiers mots dans la langue de ses grands-parents. Entre le kabyle et le français, sa famille l'écoute émerveillée. À lire aussiMigrants africains: «Ces personnes rencontrent une violence institutionnelle et psychique»
En 2026, le carême et le ramadan tombent au même moment : le mois de jeûne du ramadan et les 40 jours du carême commencent ce mercredi 18 février. Les deux rites n'ont pas tout à fait le même sens, ni les mêmes traditions. Le ramadan est marqué par un jeûne total du lever du soleil au coucher, et des temps de prière, alors que le carême entraîne seulement des restrictions alimentaires, un renoncement au superflu pour mieux se consacrer à Dieu. En France, peu de catholiques pratiquent le carême. Mais cette tradition trouve depuis quelques années un écho chez les plus jeunes, et jusque sur les réseaux sociaux où ils échangent leur vécu et s'encouragent. Juste derrière l'église Saint-Louis, la maison paroissiale est en ébullition. Dans quelques jours, pour les vacances d'hiver, salariés et bénévoles accueilleront des enfants pour des activités périscolaires. C'est là que nous rencontrons Baptiste, 18 ans et Alexandra, 24 ans. Ils s'apprêtent tous les deux à respecter le carême. « C'est la première année où je me lance vraiment à fond. On va dire que j'ai eu un petit accident l'année dernière, donc j'ai envie de remercier le Seigneur en lui montrant que je fais énormément d'efforts pour lui, comme il en a fait pour nous », raconte-t-elle. Pour l'un comme l'autre, le carême n'est pas un héritage familial, mais une démarche personnelle. « J'ai commencé à m'y intéresser depuis pas longtemps. J'ai une famille de traditions catholique, mais qui ne pratique pas. J'ai beaucoup été inspiré par ma sœur. Dans le lieu de vie où l'on travaille, cela nous aide », estime Baptiste. « Ma famille respecte ce choix mais ne m'encourage pas forcément. Du côté de mes amis, c'est un peu compliqué d'assumer devant tous mes copains qui ne sont pas forcément croyants. Je le fais de manière assez discrète. Je ne dis pas à tout le monde que je suis catho », affirme Alexandra. En France, seuls 15% des 18-29 ans se disent catholiques croyants. Mais paradoxalement, ceux-ci sont très attachés à la pratique religieuse, comme le carême. Edwige Decker, qui dirige le centre de loisirs de la paroisse, l'a constaté : « Je pense que c'est un retour aux sources. Moi, j'ai 50 ans, je viens d'une école catholique où on faisait carême. Ce que je vois, c'est qu'on ne force plus les jeunes à faire quoi que ce soit, à recevoir le baptême, à participer à une retraite. Donc les jeunes que nous avons sont volontaires, sont heureux de le faire, pour retrouver les copains notamment, car la foi passe par la communauté. » Anne-Gaëlle, la responsable d'aumônerie, ne peut s'empêcher de faire le lien avec un engouement récent pour le baptême. Les nouveaux baptisés sont passés d'environ 4 000 en 2023 à 18 000 en 2025. La moitié d'entre eux ont moins de 25 ans. « Un environnement pas du tout catholique, rappelle-t-elle. Ils n'ont pas du tout de connaissances religieuses. Dans un monde dur aujourd'hui, des jeunes recherchent un sens à leur vie et qui ont envie de découvrir Jésus. » Pour ce qui est du carême, il faut peut-être y voir l'influence des copains musulmans, suggère l'une d'elle. Ces copains qui pratiquent plus couramment le ramadan. « C'est vrai qu'au lycée, c'est un grand sujet de discussion, le ramadan, le carême. J'ai des amis musulmans qui le font en famille. Alors que le carême, si on n'a pas une famille très pratiquante, cela se perd un peu », constate Alexandra. C'est donc avec des copains de la paroisse que Baptiste et Alexandra partageront le carême. Alexandra s'engage à consommer moins de sucre et à prier davantage. Pour Baptiste, ce sera moins de sport pour plus de messe. À lire aussiCarême: quand les réseaux sociaux réveillent la foi de la jeunesse
Depuis un peu plus d'une semaine, d'énigmatiques publicités sont apparues sur les murs du métro parisien… Épurées, on y voit un simple pendentif blanc, avec des slogans comme « Je prendrai toujours le métro avec toi », « Je ne laisserai jamais de vaisselle dans l'évier »… des promesses émises par un collier dopé à l'intelligence artificielle, vendu comme un nouveau meilleur ami. Il s'appelle d'ailleurs Friend, ami en anglais, commercialisé par l'entreprise américaine du même nom. Une campagne publicitaire internationale, qui a provoqué un tollé instantané : la plupart des affiches ont été vandalisées. Et suscite de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Par Alix Villeroy Le collier contient un micro ouvert en permanence, analyse les conversations, envoie ses réactions sur le téléphone de l'utilisateur et fait réagir le public. Comme ici, aux abords du métro parisien. « Honnêtement, c'est un peu flippant parce qu'on a l'impression qu'on passe de l'IA qui est déjà beaucoup dans notre vie à l'IA qui devient notre amie », réagit un usager du métro parisien. « J'ai l'impression qu'on est en train de rentrer dans le monde de George Orwell. Et en vrai, c'est encore un énième truc qui va nous surveiller », compare cet autre usager. « Je trouve ça tout à fait terrible. On paye pour avoir de l'attention, mais si dorénavant nous avons directement notre mouchard autour du cou !... », s'indigne ce voyageur. L'intelligence artificielle « m'a contaminée » L'IA semble omniprésente dans les quotidiens. « C'est horrible, quand j'étais en flirt avec une fille, j'ai envoyé juste un bout de la conversation pour avoir une piste sur la suite. C'est horrible de faire ça », raconte ce jeune homme. Pour cette femme, c'est un allié dans ses relations. « ChatGPT m'aide à gérer certaines situations compliquées, notamment au niveau de mes amitiés. » Pour cette autre femme, l'intelligence artificielle est utilisée « un peu pour tout. Maintenant, c'est vrai que, malheureusement, ça m'a contaminée, mais après, de là à avoir un collier… Moi personnellement, non ! » « Les agents conversationnels sont conçus avec des mécanismes de profilage » Selon une étude Ipsos, 32 % des étudiants utilisent l'intelligence artificielle au moins une fois par jour pour leur vie professionnelle et personnelle. Jean-Gabriel Ganascia est spécialiste des questions d'éthique relatives à l'IA. Il s'inquiète d'un enfermement de la personne. « L'attachement, c'est un concept qui a été introduit pour montrer que ce que l'on recherche, c'est une forme de sécurité, de protection. Et il semblerait qu'on puisse transposer ce concept à la relation avec ces agents conversationnels. C'est bien sûr ce qui se produit avec ce petit pendentif qui se présente comme un ami. Et le risque, c'est qu'il se substitue aux amis. » Une entreprise privée qui aurait donc accès aux données sensibles des utilisateurs en écoutant leurs conversations, mais qui pourrait aussi les influencer. « Les agents conversationnels sont conçus avec des mécanismes de profilage. C'est-à-dire qu'on vous donne l'information qui vous correspond exactement. On parle de bulles de filtres et le risque, bien sûr, c'est que l'espace public risque progressivement de disparaître et on arrive dans des sociétés de plus en plus fragmentées où on ne se comprend plus », complète Jean-Gabriel Ganascia. La Commission nationale de l'informatique et des libertés a déjà été saisie pour vérifier que l'entreprise Friend.com respecte les législations en matière de collecte et de traitement des données. À lire aussiIntelligence artificielle: «Google est aujourd'hui un acteur majeur dans la course à l'IA»
En France, la restauration a du mal à embaucher et, bien souvent, les salariés ne restent que quelques mois. Plus de 120 000 postes sont vacants, sans compter les saisonniers. Depuis la pandémie de Covid, le turnover a dépassé les 50 %. Une perte d'attractivité qui s'explique par des rémunérations modestes, pour des conditions de travail difficiles. Pas d'afflux de touristes ou de rush infernal dans ce restaurant italien du 15ᵉ arrondissement de Paris. L'ambiance y est tranquille. Pourtant, même dans ces conditions favorables, la patronne Valentina Costantino peine à fidéliser ses salariés. « Ils viennent faire un test une journée mais à la fin, ils sont trop fatigués », déplore-t-elle. Alors, l'Italienne de 31 ans multiplie les annonces pour s'en sortir : « Par chance, j'arrive à avoir quelques extras qui font des études et ont donc besoin de travailler. Mais parfois, je suis seule, je suis obligée. » Pour une ancienne serveuse de 23 ans préférant garder l'anonymat, les conditions de travail expliquent le turnover chez les serveurs. Elle a dit stop, après avoir fait le tour des restaurants de sa ville. « J'ai commencé la restauration à 15 ans, de manière totalement illégale, ce qui est très courant, témoigne la jeune femme. J'étais payée au black. » Huit ans après, elle en garde un souvenir amer : « Tu travailles 12h mais tu en es payée 8, tu ne vois pas tes amis ni ta famille, tu te couches à 3h et le lendemain, tu dois te lever à 8h ou 9h pour être au taff à 10h. » Et quand elle voit ses anciens collègues accepter ce rythme et les abus des managers, une colère demeure. « Ça m'énerve, car il suffit de dire non et ils n'ont pas de pouvoir pour faire quoi que ce soit, martèle-t-elle. À part nous faire la vie dure. Mon manager m'a dit : "T'es un poison pour l'entreprise, personne ne veut de toi, on attend qu'une chose, c'est que tu te barres !" » À lire aussiFrance: enfin dévoilée, la liste des métiers en tension révèle certaines failles Des conditions de travail précaires Pour la CFDT hôtellerie tourisme restauration, la pression sur le salarié vient des effectifs de plus en plus restreints depuis la crise sanitaire. Une organisation du travail qui nécessite d'être polyvalent. « Comment est-ce qu'on rémunère de la polyvalence ?, interroge Zineb Belambri, secrétaire générale de la CFDT hôtellerie tourisme restauration. Ça veut dire que derrière, il n'y a pas de compétence qui est déterminée, qui est qualifiée. Tout le monde peut le faire, donc c'est au rabais. Il faut pouvoir former les gens et cette formation justifie une rémunération digne de ce nom. » Si la formation des employés est chère aux yeux de la syndicaliste, elle est difficile à mettre en œuvre, puisque les effectifs sont très fluctuants. La moitié des contrats dans la restauration sont à temps partiel, soit environ 500 000. À écouter dans 8 milliards de voisinsLes métiers de la cuisine : un tremplin pour la jeunesse ?



