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Chronique des matières premières
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Chronique des matières premières

Author: RFI

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Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.

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L'hélium est peut-être la ressource naturelle la plus touchée par la guerre en Iran. Le Qatar fournit un tiers de la production mondiale de ce gaz indispensable à la fabrication des semi-conducteurs, mais qui sert aussi à l'imagerie médicale ou encore à gonfler les ballons d'anniversaire. Or, depuis les premiers jours de la guerre, le Qatar ne produit et n'exporte plus du tout d'hélium. La production du Qatar a cessé depuis que la plus grande usine de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, située dans le pays, celle de Ras Laffan, s'est arrêtée, suite à une attaque iranienne de drone. L'hélium étant un sous-produit du GNL, il n'est plus fabriqué non plus. Il faudra compter « entre 6 et 8 semaines supplémentaires après la reprise de la production pour retrouver le niveau des exportations d'avant-guerre », explique Nicolas Pelissier, président de la start-up 45-8 Energy. Un délai confirmé au Financial Times par le ministre qatarien de l'Énergie. Ce délai prend en compte la relance de la production de GNL, le redémarrage des opérations de séparation chimique et de liquéfaction de l'hélium, ainsi que la remise en service des conteneurs très spécifiques à ce gaz qui sont restés coincés dans le détroit d'Ormuz – purge et remplissage. L'hélium est en effet acheminé dans ce qu'on appelle des ISO conteneurs qui permettent de maintenir le gaz à -269°C, la température à laquelle il reste liquide et peut être transporté. La production qui était déjà chargée, et qui n'a pas pu quitter la région, est considérée comme perdue, car – c'est encore une spécificité de l'hélium – après une quarantaine de jours, le gaz commence à s'éventer. À lire aussiLe dumping russe joue les trouble-fêtes sur le marché de l'hélium Dépendance européenne Parmi ceux qui ont des raisons de s'inquiéter, il y a les acheteurs européens, car l'Europe est dépendante à hauteur de 40% du Qatar. C'est plus que la moyenne mondiale. À très court terme, les principaux utilisateurs sont cependant à l'abri : il y a des stocks souterrains en Allemagne qui pourront répondre à la demande européenne, ou en tout cas à une partie puisqu'ils appartiennent à Air Liquide qui servira, en priorité, ses clients, mais potentiellement d'autres acheteurs aussi. Plusieurs fabricants de puces en Corée du Sud et à Taïwan ont fait savoir qu'ils n'étaient pas en rupture de stocks dans l'immédiat. Si le blocage ne dure que deux à trois mois, l'impact pourrait donc être « relativement contenu », estime Nicolas Pelissier. Si le conflit s'éternise, l'effet sera plus douloureux car aucun industriel ne peut stocker d'importantes quantités d'hélium, en raison des déperditions constatées après 40 jours. Les mieux lotis seront ceux qui ont diversifié leurs fournisseurs ou ceux qui ont accès à une des rares infrastructures souterraines de stockage qui existent dans le monde, telles que celles présentes en Allemagne ou aux États-Unis. À plus long terme, un certain nombre d'investissements pourraient être remis en cause, craint Nicolas Pelissier : les capacités supplémentaires de production qui devaient être mises en service en 2027 et 2028 au Qatar pourraient être retardées, l'hélium n'étant pas la priorité de Qatar Energy. « La guerre pourrait rebattre les termes de la géopolitique de l'hélium dans les prochains mois », résume le président de 45-8 Energy. Le Qatar incontournable Les industriels peuvent difficilement faire sans les exportations du Qatar. Il n'y a pas de substitut à l'hélium. Ce gaz reste incontournable dans les technologies de pointe. Il n'y a pas non plus de sources alternatives suffisantes : 97 % de la production est concentrée entre quatre fournisseurs que sont le Qatar, les États-Unis, l'Algérie et la Russie. Pour les pays qui n'achètent pas d'hélium russe – c'est le cas des membres de l'Union européenne –, il ne reste que deux fournisseurs, et cela ne suffit pas à compenser les volumes qui ne sortent plus du détroit d'Ormuz.  La guerre en Iran confirme l'urgence de diversifier les sources d'approvisionnement. En Europe, le constat a déjà été fait. Les États membres se sont fixé l'objectif de produire 10% des besoins en hélium de l'UE d'ici la fin de la décennie. Un premier projet en Allemagne doit voir le jour fin 2027-début 2028.  L'impact du conflit en cours sur les prix est difficile à évaluer puisque la majeure partie de l'offre est négociée de gré à gré et vendue via des contrats à long terme. L'hélium qui reste disponible sur le marché, pour un achat immédiat, a cependant augmenté d'environ 25%. Cette hausse devrait se poursuivre tant que l'approvisionnement ne sera pas rétabli. À lire aussiHélium: un marché de plus en plus stratégique
La viande de chameau est de plus en plus plébiscitée, dans les pays arides et semi-arides, où elle est historiquement consommée. Sa consommation se développe aussi dans d’autres régions, notamment en Afrique de l'Ouest.  Actuellement, on ne compte que 42 millions de têtes de chameaux, soit moins de 1% du cheptel de viande rouge mondial. Le marché reste bien plus petit que celui du bœuf ou du poulet, mais il se développe vite. Selon Bernard Faye, chercheur au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), la production de viande de chameau a augmenté de 6 à 7% par an depuis les années 2000, pour atteindre, selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), en 2024, quelques 661 000 tonnes. Ces données sont peu précises, car les chameaux sont surtout vendus vivants, transportés par voie terrestre depuis la corne de l'Afrique ou le Sahel. Une partie n'est donc pas déclarée. Nouveaux débouchés Cette marchandise, transportée par voie terrestre, passe par des zones risquées. Une première route historique part des pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger…) vers l'Algérie et la Libye, tandis qu'une seconde part de la corne de l'Afrique. Les pays qui exportent le plus sont le Soudan, l'Éthiopie et la Somalie, principalement vers l'Égypte et la péninsule arabique.  Du fait des risques sécuritaires au Sahel, ces dernières années, les commerçants sahéliens « se tournent vers de nouveaux pays », explique Bernard Faye, comme la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Nigeria, ou encore le Sénégal, qui ne consommaient pas de viande de chameau il y a encore 10 ou 15 ans. Ces pays côtiers font augmenter la demande, attirés par une viande rouge moins chère que le bœuf, et jouissant d'une bonne réputation nutritive, et même selon certains de vertus aphrodisiaques. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient trouble les importations de viande et de bétail des pays du Golfe Un marché d'avenir  Le chameau est un animal qui supporte des températures très élevées et qui est facile à nourrir. Il s'agit donc d'une viande intéressante dans un contexte de changement climatique, rappelle Marc Debets, président d'Apexagri. De plus, la filière a une vraie marge de progression pour les prochaines années. Actuellement, les pays où sont élevées les bêtes manquent cruellement d'infrastructures, notamment pour l'abattage. Or, si ces pays parviennent à transformer le bétail en carcasses, ils seront en capacité de dégager plus de valeur. À condition d'investir, la viande de chameau est donc considérée comme un marché d'avenir, en Afrique comme dans le Golfe. À lire aussiMaroc: la filière dromadaire en crise face au changement climatique
Le conflit qui oppose l’armée régulière aux forces paramilitaires soudanaises s'est intensifié ces derniers mois et continue d'avoir un impact sur l'économie du pays, en particulier sur le commerce de la gomme arabique, un ingrédient clé dans les boissons gazeuses et les chewing-gums dont le Soudan est le premier exportateur mondial.   Près de trois ans après le début de la guerre, la filière est toujours en pleine recomposition. Tous les acteurs ont dû s'adapter, que ce soit les collecteurs de gomme, les négociants et les importateurs. Trois ans après, il est difficile de savoir comment la filière locale s'est vraiment réorganisée et quel est l'état des stocks dans le pays. Les importateurs et notamment les deux premiers acheteurs mondiaux, les Français Nexira et Alland & Robert, reconnaissent avoir dû faire face à des moments difficiles, mais continuent à travailler avec leurs fournisseurs historiques et à faire sortir l'essentiel de leurs achats de gomme via Port-Soudan. L'éclatement du conflit a fait grimper les prix durablement : en trois ans ils ont augmenté de plus de 50 %, voire 100 % pour certaines qualités, confie un de nos interlocuteurs. Les données douanières rapportées par le service de diffusion d'informations agricoles N'Kalo montrent, pour 2025, une baisse de plus de 20 % des exportations soudanaises – soit 56 000 tonnes. Le chiffre est indicatif, car des quantités de gomme soudanaise transitent de manière informelle via d'autres pays, et changent d'origine. À lire aussiGomme arabique, la résilience soudanaise après un plus d'un an de guerre Consolidation de la filière au Tchad Face aux difficultés du secteur soudanais, une partie de la demande des industriels s'est reportée sur le Tchad. Les exportations ont augmenté de plus de 40 % l'année dernière, soit environ 30 000 tonnes, selon N'Kalo. Elles sont en forte progression aussi bien vers l'Europe que vers l'Inde et les États-Unis, les trois bassins d'importation.  Même s'il n'est pas exclu que de la gomme soudanaise traverse la frontière, les chiffres reflètent avant tout une hausse de la production tchadienne selon la direction de Nexira. Le pays a toujours eu un bon potentiel de production, mais la collecte a longtemps souffert du manque d'infrastructures, à commencer par des routes. La guerre au Soudan et la hausse des prix qu'elle a engendrée ont donné un coup d'accélérateur à la structuration de la filière tchadienne. Les prix ont été incitatifs pour ceux qui ramassent la gomme et les acheteurs intermédiaires qui ont investi dans des entrepôts de stockage, mais aussi dans des programmes d'appui aux producteurs. « La hausse des infrastructures est impressionnante », témoigne Charles Alland, PDG d'Alland & Robert, de retour du Tchad et persuadé que le pays peut encore faire plus en termes de production. La direction de Nexira confirme le potentiel important du Tchad, où la société s'est investie depuis plusieurs années dans un projet de plantation d'acacias en partenariat avec l'ONG Sos Sahel. Producteurs de plus en plus nombreux Les acacias poussent dans toute la bande sahélienne. Sans surprise, on assiste donc à une remontée de la production dans les pays qui ont déjà une histoire avec la gomme, c'est le cas de la Mauritanie, du Sénégal et du Mali. Les acheteurs ont un œil aussi sur le Soudan du Sud, le Niger, et sur le Kenya, un nouveau venu dans le secteur.  Alland & Robert se fournit désormais au nord du Kenya, où l'industriel explique avoir soutenu l'émergence d'une filière de A à Z. Un investissement qui a permis à la société d'acheter plusieurs centaines de tonnes de gomme en 2025. Depuis le début de la crise au Soudan, les importateurs français ne cachent pas leur volonté d'identifier et d'établir de nouveaux partenariats avec des fournisseurs alternatifs, même si leur politique numéro 1, disent-ils, reste de maintenir la filière soudanaise, qui fait vivre des millions de personnes. À lire aussiAu Kenya, la collecte de la gomme arabique s’organise
Alors que les matières premières énergétiques ont flambé, les cours des céréales ont beaucoup moins réagi au blocage du détroit d'Ormuz. C'est notamment le cas de ceux du blé. Les cours de la céréale du pain s'étaient envolés au début de la guerre en Ukraine. En 2022, la guerre en Iran n'a pas du tout eu le même impact. La perturbation des flux maritimes en mer Noire dans les premiers mois de la guerre en 2022 avait touché un hub céréalier, l'Ukraine et la Russie étant des exportateurs majeurs. La guerre en Iran touche, elle, un hub énergétique et les pays du Golfe sont des importateurs de céréales. Le conflit ne prive pas le marché mondial de matières premières agricoles. L'effet sur les prix ne peut donc pas être le même. C'est d'autant plus vrai que les fondamentaux, c'est-à-dire l'offre et la demande en céréales, ne sont pas tendus en ce moment. Sur un an, les prix du blé ont même baissé dans les principaux pays, sauf aux États-Unis où la demande est assez forte et en Australie, note FranceAgriMer, la cellule de veille du ministère français de l’Agriculture. Un autre facteur contient les prix du blé : les stocks mondiaux sont à leur plus haut niveau en cinq ans. L'influence des prix du pétrole Les prix restent tout de même influencés par la hausse du pétrole, « la corrélation est assez bonne », relève Arthur Portier, consultant chez Argus Media France. Moins fort et moins vite, les prix suivent donc et ont augmenté de 5 à 8 % environ depuis le début de la guerre en Iran. Ils devraient continuer à monter, si le pétrole poursuit sur sa lancée.  Pour l'instant, la hausse est en tout cas trop faible pour les agriculteurs qui doivent composer avec une augmentation soudaine très forte du prix du carburant et des engrais. En quelques jours, l'écart s'est creusé entre le prix de vente des céréales et les coûts de production et fragilise la santé financière des exploitations. À lire aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde Des importateurs pour l'instant approvisionnés À ce stade, l'arrêt des importations de céréales par le détroit d'Ormuz n'est pas problématique pour les pays du Golfe. Pour l'instant, le gros des achats saisonniers a déjà été réalisé, explique Arthur Portier : sur cette campagne 2025/2026, l'Arabie saoudite, qui est le principal importateur, a acheté un peu plus de quatre millions de tonnes de blé et autant de maïs.  « La possibilité de réorienter les flux d’importation vers des ports situés hors du Golfe, en particulier sur la mer Rouge, comme Jeddah ou King Abdullah pour l’Arabie saoudite » pourrait contribuer à éviter une pénurie à court terme, relève FranceAgriMer. Les autres pays sont aussi couverts, d'autant que cette période de l'année ne correspond pas à un pic de la demande : Koweït, Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis, Irak et Iran ont acheté au total environ 20 millions de tonnes de grains – blé, maïs et orge confondus – pour 2025/2026. À court terme, leur approvisionnement est assuré. Tout dépendra ensuite de la durée du conflit. Le Brésil, un des fournisseurs de maïs de ces pays, devrait trouver sans problème d'autres acheteurs, grâce à une demande particulièrement forte au Mexique et au Japon, relève l'expert d'Argus Media. L'Australie, la Russie, ou encore la Turquie, qui exportent dans la zone, devront réorienter certains de leurs volumes, mais cela n'annonce pas pour autant un déséquilibre du marché.  À lire aussiDIRECT - Guerre au Moyen-Orient: Israël dit avoir encore «des milliers de cibles» à frapper en Iran
Au Sénégal, le coton a le vent en poupe depuis deux ans avec une production qui a presque doublé et des niveaux de rendements parmi les meilleurs en Afrique de l’Ouest. De notre correspondante à Dakar,  Le Sénégal revient de loin. Après des années de baisse de production depuis le record de 52 000 tonnes de coton produit en 2007, le pays remonte enfin la pente, avec des chiffres encourageants depuis deux ans : de 15 000 tonnes pour la saison dernière, la production va passer à 25 000 tonnes cette année, avec des taux de rendement qui s’améliorent eux aussi puisqu'ils devraient passer de 800 kg par hectare pour la saison 2024-2025 à un peu plus de 1,2 tonne cette année. Un rendement équivalent, voire supérieur, à celui des gros producteurs africains de coton que sont le Bénin et la Côte d’Ivoire. La recette de ce succès ? Une bonne pluviométrie ces deux dernières années, mais aussi une plus grande rigueur dans le choix des producteurs et dans l’encadrement de leur travail par la Sodefitex, l’entreprise historique, véritable pilier de la filière cotonnière au Sénégal, qui s’était rendue au Cameroun en 2023 pour s’inspirer de leur méthode de travail avec les cotonculteurs. À lire aussiLes cotonculteurs africains réclament des subventions pour les pesticides Soutien de l’État à la filière cotonnière À ces facteurs, il faut ajouter une politique de soutien à la filière. Une enveloppe de 3 milliards de FCFA a été accordée par l’État à la Sodefitex pour la saison 2025-2026, ce qui a permis de participer à l’achat des intrants, cruciaux mais particulièrement chers, et de subventionner le prix d’achat aux cotonculteurs à hauteur de 80 FCFA par kilo. Au lieu des 270 FCFA payés par la Sodefitex, les producteurs touchent 350 FCFA par kilo vendu. Ces bons résultats devraient se poursuivre l’année prochaine avec l’objectif d’atteindre 35 000 tonnes de production et 70 000 tonnes en 2035. Mais si la filière cotonnière renaît de ses cendres, le problème de sa transformation et de sa vente à l’étranger reste entier. Avec un cours mondial de l’or blanc historiquement bas, l’ensemble de la production sénégalaise est pour l’heure toujours stockée dans des hangars dans l’attente douloureuse que le prix d’achat à l’export remonte. À lire aussiFace à un contexte mondial défavorable, le coton africain en lutte pour sa survie
Parmi les flux commerciaux qui sont affectés par la guerre en Iran, il y a les exportations de bétail vivant et de viande en carcasse. L'Australie, qui exporte aussi bien des ovins que des morceaux de bœuf haut de gamme, fait partie des pays les plus touchés.  Même si le marché du bétail vivant est secondaire dans le monde, par rapport à celui de la viande en carcasse, c'est un marché qui compte pour le Moyen-Orient, souligne Jean-Paul Simier, expert de la filière viande. Surtout en cette période de ramadan, où les pays musulmans préparent la fête de l'Aïd. Ce commerce-là concerne essentiellement des moutons d'Australie, avec un acheteur principal : l'Arabie saoudite. Difficile, à ce stade, de savoir si un ou plusieurs navires bétaillers sont en attente dans la région.  L'association environnementale Robin des Bois assure qu'il y aurait plus de 70 000 vaches, moutons et chèvres bloqués, à la fois dans le Golfe persique et en mer Rouge. Un chiffre global, que nous n'avons pas réussi à recouper. Exportateurs de carcasses préoccupés Les exportateurs australiens de carcasses sont aussi directement touchés. Plusieurs entreprises du secteur s'inquiètent. C'est le cas de WA Meat Marketing Co-operative (WAMMCO), qui gère des abattoirs en Australie-Occidentale et en Nouvelle-Galles du Sud et qui exporte, quand tout va bien, environ 20% de sa production vers le Moyen-Orient. Cette structure a suspendu ses livraisons face à un risque à l'entrée du détroit d'Ormuz jugé trop important. Les exportateurs de Tasmanie, au sud-est de l'Australie, témoignent de situations similaires. Selon le media ABC, Tasmanian Quality Meats (TQM), qui envoie chaque semaine 4 000 agneaux vers le Moyen-Orient, se voit contraint de rapatrier ses cargaisons envoyées au port de Melbourne pour être exportées. Sa seule issue : transformer les produits frais en produits congelés. Sachant qu'ils seront vendus à un prix bien inférieur. Inquiétude au sein de la filière bœuf Le commerce australien de bœuf certifié halal pour le Moyen-Orient est aussi perturbé. Le principal acheteur est là encore l'Arabie saoudite, avec 13 300 tonnes de bœuf congelé achetées en 2025 selon Argus Media. Dubaï est aussi devenu la principale plateforme régionale pour le bœuf australien haut de gamme, en vertu d'un accord de partenariat économique signé avec les Émirats arabes unis, fin 2024, qui a permis la suppression des droits de douane sur la viande rouge australienne. Les contraintes sur le bœuf sont les mêmes que pour les ovins : le bœuf réfrigéré transporté par avion peut difficilement être conservé plus d'une semaine dans les frigos des centres régionaux de distribution, souligne Argus Media. Le bœuf congelé acheminé en conteneur peut être stocké plus longtemps, mais certains exportateurs préfèrent ne pas prendre le risque en raison du manque total de visibilité sur ce qui se passera dans les prochains jours. Quitte à perdre des parts de marché à moyen terme, au profit d'autres fournisseurs sud-américains, qui sont de plus en plus présents sur les marchés du Golfe, comme le souligne le cabinet de conseil et d'analyse de prix.
Comme le pétrole, le gaz ou les céréales, l'aluminium subit les conséquences de la guerre en Iran. Le prix de ce métal a bondi à son plus haut niveau depuis quatre ans en début de semaine. Le Moyen-Orient représente 9% des échanges mondiaux d'aluminium. Or, le blocage de facto du détroit d'Ormuz perturbe à la fois les importations de bauxite et d'alumine nécessaires aux fonderies, et les exportations d'aluminium. Il resterait environ 30 jours de stocks d'alumine dans les fonderies de la région, et six millions de tonnes d'aluminium seraient actuellement bloquées dans la zone, selon le président de l'Association d'aluminium du Canada. En début de semaine dernière, 474 000 tonnes d'alumine étaient en route vers le Golfe Persique ou devaient être chargées à destination de cette région, selon Ben Ayre, analyste principal du secteur des métaux chez Kpler cabinet de suivi des flux maritimes. « À ce jour, 353 000 tonnes sont soit en attente en mer d'Arabie, soit au mouillage au large des côtes indonésiennes ou sri-lankaises », précise l'expert. Quelque 121 000 tonnes restent en revanche toujours sur leur route. Des chargements de bauxite sont aussi signalés au mouillage au large d'Oman, probablement en attente de la réouverture du détroit. Ces problèmes logistiques ont des conséquences directes : la plus grande fonderie en dehors de Chine, à Bahreïn, a interrompu ses livraisons, en attendant de trouver des solutions alternatives de transport, rapporte l'agence Reuters. Une autre au Qatar a annoncé un arrêt progressif de sa production en raison d'une pénurie de gaz naturel. Crainte d'approvisionnement aux États-Unis La peur de manquer inquiète les industriels, et en particulier ceux qui sont aux États-Unis. Le Moyen-Orient a représenté l'année dernière 1/5ème environ de l'approvisionnement du pays. Sans attendre, donc, les industriels se sont mis en quête de fournisseurs alternatifs. Certains acheteurs prospectent en Inde et en Australie. D'autres regardent du côté de la Corée du Sud ou de l'Europe du Nord. La préoccupation des industriels outre-Atlantique est double car ils ont besoin de métal, et si possible à bon prix, car ils sont déjà pénalisés par des droits de douane de 50% qui ont fait grimper les prix localement.  Un marché plus déficitaire que prévu en 2026 ? Dans le contexte actuel, les analystes ne sont pas optimistes. Plusieurs observateurs craignent que le conflit régional aggrave le manque d'aluminium sur le marché. Bank of America, qui estimait que le déficit serait d'un million de tonnes cette année, avance maintenant un chiffre d'1,5 million de tonnes.  Même si les flux devaient être rapidement rétablis, une fonderie qui s'est arrêtée a besoin de plusieurs mois pour tourner à nouveau à plein régime. Ce qui pourrait plaider pour un maintien des prix à un niveau élevé. Signe d'un approvisionnement devenu tendu, les primes qui sont payées par les acheteurs en Europe et aux États-Unis, en plus du cours du métal, ont bondi ces derniers jours, à des niveaux qui n'avaient pas été atteints depuis plusieurs années. La prime européenne a dépassé 430 dollars, et la prime américaine dite Midwest a dépassé les 1 000 dollars la livre.
En Chine, l'intelligence artificielle (IA) s'invite désormais dans les plantations de thé. Une entreprise du Sichuan vient d'inaugurer une usine entièrement automatisée, capable de trier et conditionner les feuilles grâce à l'IA. Une évolution qui illustre la volonté des autorités de moderniser un secteur agricole traditionnel et d'en améliorer la productivité. Dans sa nouvelle usine intelligente, la marque Zhuyeqing utilise plusieurs technologies automatisées pour transformer la production de thé. L'un des équipements phares est une machine de tri basée sur l'intelligence artificielle, capable de sélectionner plus de 300 bourgeons de thé par seconde pour sa gamme haut de gamme. Grâce à des algorithmes capables d'analyser la forme et la qualité des feuilles, la machine identifie les bourgeons répondant aux critères les plus stricts. Le processus est également automatisé jusqu'à l'emballage : les portions sont pesées avec précision, les sachets remplis d'azote pour préserver la fraîcheur, puis étiquetés afin d'assurer la traçabilité des produits. L'IA, nouvelle priorité pour la filière du thé Cette transformation s'inscrit dans une stratégie plus large. Dans un document publié en février, les autorités chinoises ont, pour la première fois, mentionné le développement de « l'IA + industrie du thé ». L'objectif est d'introduire davantage de technologies numériques tout au long de la chaîne de production. Dans certaines régions, ces innovations sont déjà utilisées. Dans le comté d'Anxi, dans la province du Fujian, des producteurs ont recours à des satellites, au cloud computing et à des capteurs connectés pour surveiller les plantations et optimiser les récoltes. Moderniser l'agriculture et soutenir les revenus ruraux Pour Pékin, l'enjeu est aussi économique. L'intégration de ces technologies pourrait aider les régions rurales à augmenter leurs revenus tout en répondant à une demande croissante pour des produits standardisés et traçables. Selon certaines estimations, l'utilisation d'outils numériques dans les plantations a déjà permis d'augmenter les revenus des producteurs d'environ 15% dans certaines zones. L'intelligence artificielle pourrait ainsi contribuer à transformer progressivement un secteur agricole emblématique de la Chine.
L'Afrique du Sud passe à la vitesse supérieure sur l'exportation de son manganèse. C'est le premier fournisseur mondial de ce minerai, essentiel pour la sidérurgie, notamment pour traiter et renforcer l'acier. Et il y a quelques jours, le consortium des producteurs de manganèse sud-africains a annoncé son intention de s'associer à la construction d'un nouveau gigantesque terminal d'exportation. Le terminal portuaire aura une capacité d'exportation de 16 millions de tonnes de manganèse par an et devrait améliorer la logistique, aujourd'hui talon d'Achille du réseau portuaire sud-africain. Transnet, l'opérateur public des ports et chemins de fer, noue d'ailleurs des partenariats stratégiques pour régler ces problèmes d'efficacité logistique. Le dernier en date remonte à février avec Anvers-Bruges, le deuxième port européen. Actuellement, le plus important terminal de manganèse en vrac du pays est à Gqeberha, anciennement Port Elizabeth, sur la côte sud-est. Il traite environ 5,5 millions de tonnes par an, mais il doit être démantelé. La raison : trop de nuisances environnementales et sanitaires liées aux poussières de minerai dispersées par le vent depuis les stocks à ciel ouvert. Un projet mené par Transnet avec l'appui de groupes privés C'est donc à une vingtaine de kilomètres du port de Ngqura que devrait se construire ce nouveau terminal trois fois plus grand. L'opérateur public de fret ferroviaire et portuaire lancera un appel d'offres en avril pour ce terminal d'exportation. Longtemps confronté à des problèmes de gouvernance et de corruption, Transnet ouvre certaines parties de son réseau aux entreprises privées. Avec toujours cet objectif de restaurer ses capacités qui ont fortement diminué ces dernières années et qui ont freiné les exportations de minerais. C'est particulièrement le cas du fer. L'Afrique du Sud a d'ailleurs perdu sa place de troisième exportateur mondial au profit du Canada, il y a deux ans.  Le manganèse est un minerai stratégique pour l'Afrique du Sud Ce minerai est un pilier important du commerce extérieur sud-africain. Le pays représente à lui seul environ 40% des exportations mondiales. L'année dernière, l'Afrique du Sud a même atteint un niveau record d'exportations, avec près de 26 millions de tonnes de minerai de manganèse expédiées à l'étranger, selon les estimations de la principale organisation professionnelle du secteur minier du pays. Les exportations sud-africains vont principalement vers la Chine, très gourmande en manganèse, lequel est indispensable à la fabrication de l'acier. À lire aussiSulfate de manganèse: le monopole chinois en question
La guerre au Moyen-Orient ne secoue pas que les marchés des hydrocarbures. Elle provoque aussi une onde de choc sur un secteur moins visible mais tout aussi essentiel : celui des engrais agricoles. En particulier l'urée, l'un des engrais les plus utilisés au monde, fabriqué à partir de gaz naturel. Or une grande partie de la production de cet engrais vient du Moyen-Orient.  Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le prix de l'urée s'est envolé sur les marchés internationaux. En Égypte, par exemple, indique Michaël Sebag, négociant en engrais pour Orcom à Genève, la tonne est passée de 490 à 660 dollars en dix jours, soit une hausse de plus de 30 %.  Le Moyen-Orient est un acteur clé sur le marché de cet engrais, indispensable à l'agriculture. La région concentre à elle seule près de 30 % des exportations mondiales, avec en tête des fournisseurs l'Iran, le Qatar et l'Arabie saoudite. Perturbations sur le transport et la production Avec la fermeture du détroit d'Ormuz et les menaces iraniennes contre les navires marchands, le trafic maritime est quasiment à l'arrêt dans le golfe Persique. Conséquence : presque plus aucun cargo transportant des engrais n'entre ni ne sort de la région. Ce qui fait bondir les prix.  Mais les perturbations ne concernent pas seulement le transport, elles touchent aussi la production. Les frappes contre les infrastructures énergétiques désorganisent l'approvisionnement en gaz naturel, une matière première indispensable pour fabriquer l'urée. Au Qatar, la plus grande usine d'urée au monde – exploité par Qatar Energy – a suspendu lundi 2 mars sa production après des attaques de drones. À lire aussiAvec le blocage du détroit d'Ormuz, les marchés redoutent une flambée des prix du pétrole Inquiétudes des importateurs Moins d'urée produite et moins d'urée en circulation a de quoi inquiéter les importateurs. En Asie notamment, où les agriculteurs se préparent pour les semis de céréales. L'Inde est aujourd'hui le premier client du Moyen-Orient pour les engrais. Environ 40 % de ses importations d'urée et d'engrais phosphatés viennent de cette région.  En février, New Delhi a d'ailleurs conclu un accord pour la livraison de 1,3 million de tonnes d'urée, dont près de la moitié provenant du Moyen-Orient. Mais avec la guerre, les autorités redoutent déjà des retards de livraison. Elles cherchent donc d'autres fournisseurs, en Égypte ou au Nigeria, eux aussi producteurs d'urée.  Effet domino redouté sur les prix alimentaires La tension sur l'offre fait monter les prix partout dans le monde. Moins d'urée disponible, c'est plus de concurrence entre acheteurs et donc des prix qui grimpent. Le prix de l'urée au Nigeria a bondi de 30 % depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. D'après Mounir Halim, président d'Afriqom, une société d'études de marché spécialisée dans les engrais basée à Dubaï, les cours sont passés de 465 à environ 655 dollars la tonne. Les analystes redoutent désormais un effet domino : si les engrais deviennent plus chers, les coûts de production agricoles vont aussi augmenter avec à terme un risque de hausse des prix alimentaires un peu partout dans le monde. À lire aussiFrappes sur l'Iran: le blocage du détroit d'Ormuz met l'économie mondiale sous pression
En Côte d’Ivoire, la campagne de commercialisation de l’anacarde a été lancée le 7 février 2026 à Yamoussoukro. Le prix bord champ a été fixé à 400 FCFA/kg. C’est un prix en baisse, mais les acteurs du secteur restent optimistes et continuent de miser sur la transformation locale. De notre correspondante à Abidjan, Le prix de cette campagne tient compte de la baisse du dollar. Pour autant, à peine 15 % des noix brutes d’anacardes produites en Côte d'Ivoire sont destinées aux États-Unis. Concernant l’exportation, Abidjan mise plutôt sur les pays asiatiques, notamment le Vietnam qui absorbe 80 % de ses noix brutes. Là-bas, les noix ivoiriennes s’échangent à 1470 $/tonne. D’où cette relative sérénité affichée par le Conseil Coton Anacarde. Le Conseil table cette année sur une production toujours aussi élevée : elle est estimée à 1 500 000 tonnes, dont près de 700 000 qui devraient être transformées par les usines locales. Certains producteurs estiment que les rendements devraient baisser par rapport à l’année dernière. Ce phénomène serait lié au climat et à l’impact de la présence de ravageurs. À lire aussiCôte d'Ivoire: la filière de la noix de cajou, exemple de coopération entre Européens et Africains Favoriser les transformateurs locaux Cette campagne devrait permettre de constater les efforts fournis pour développer une industrie locale. Ces dernières années, le gouvernement a mis en place une série de mesures pour favoriser les transformateurs locaux. Ainsi, pendant cinq semaines, seules les usiniers ivoiriens peuvent acheter les noix brutes. Mais en pratique, on constate un décalage, lié notamment à des lenteurs dans la délivrance des contrats d’achat. Résultat : les premiers achats ont dû attendre la semaine du 16 février 2025 pour être effectifs. « De plus, on constate un retard de production, précise un transformateur. La fenêtre actuelle d’achat [qui s’achève le 15 mars] nous semble donc insuffisante. » Lutte contre la fuite des produits agricoles Autre défi pour la filière : la fuite des produits agricoles vers les pays voisins. Sur ce point, le Conseil Coton Anacarde relativise et estime que la situation est mieux maîtrisée, grâce notamment à un renforcement des contrôles et à la judiciarisation des cas de contrebande. « Il y a trois ans, on perdait près de 200 000 tonnes de production, affirme Mamadou Berthé, le président du CCA. Aujourd’hui, on arrive à les avoir en Côte d'Ivoire ». À lire aussiCôte d'Ivoire: le prix du kilo de noix de cajou en légère baisse pour la campagne de commercialisation 2026
Bientôt du thé et du café kényans distribués en Asie centrale depuis le Kazakhstan ? C’est en tout cas la proposition que font les autorités d’Astana aux producteurs kényans. L’idée : créer un hub au Kazakhstan pour ces matières premières à destination de l’immense marché voisin. De notre correspondante à Nairobi, Le Kazakhstan se dit prêt à soutenir les producteurs de thé et de café kényans dans leur conquête de nouveaux marchés. C’est en substance le message qu’a fait passer l’ambassadeur kazakh à Nairobi, Barlybay Sadykov, lors d’une rencontre avec la chambre de commerce kényane, fin janvier. Le projet est assez simple : Astana se dit disposée à exempter de taxes les cargaisons de café et de thé kényans à destination de son marché. Une fois sur place, elles seront transformées pour être ensuite exportées de nouveau vers ses voisins d’Asie centrale. « L’exemption de droits d’importation sur les grains de café vert, par exemple, permettra aux exportateurs kényans d’envoyer leur production pour être torréfiée, conditionnée au Kazakhstan puis redistribuée », a expliqué l’ambassadeur kazakh. À lire aussiLe thé kényan doit faire mieux pour se vendre plus cher Café : le marché kazakh en expansion Le marché kazakh du café est aussi en pleine expansion. Selon l’Institut kazakh des statistiques, sa consommation augmente de 5 à 7 % chaque année. Un début prometteur, selon l’ambassadeur à Nairobi, qui assure qu’une tasse de café peut se vendre jusqu’à 5 dollars. « Ce qui offre des marges intéressantes aux producteurs désireux d’explorer ce marché », a-t-il ajouté. En 2024, le Kazakhstan a importé pour près de 27 millions de dollars de café, venu notamment du Brésil, de l’Italie ou encore de la Russie. Le thé kényan en quête de nouveaux marchés Le thé reste la boisson préférée de la population kazakhe, bien que sa consommation baisse depuis plusieurs années au profit du café. En 2024, chaque Kazakhstanais en consommait environ 1,5 kilo en moyenne. Un débouché non négligeable alors que le Kenya a perdu deux marchés d’exportation importants : le Soudan, pour des raisons politiques, et l’Iran, à cause d’un scandale de fraude, ont suspendu leurs importations. Une délégation de la Chambre de commerce kényane participera à une mission commerciale « de haut niveau » au Kazakhstan, en mai. À écouter dans C'est pas du ventBientôt la fin du café ?
C’est un pic inédit depuis plusieurs décennies : l’excédent commercial de la RDC avec les États-Unis atteint plus d’un milliard de dollars pour l’année 2025. Une dynamique portée surtout par les matières premières. La RDC a exporté près de 2 milliards de dollars de marchandises vers les États-Unis contre 200 millions de dollars d’importations. Résultat : la balance commerciale avec les États-Unis atteint un niveau record pour le pays, quasiment 20 fois plus qu’en 2024. Et selon un analyste, le principal produit d’exportation est le cuivre avec près d’1,8 milliard de dollars, selon les chiffres qu’il a pu recueillir. Viennent ensuite les hydrocarbures : un peu plus de 100 millions de dollars. La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), qui a également constaté cette hausse, y voit le résultat d’une demande américaine soutenue pour les matières premières, mais aussi les « effets de détournement du commerce ». En effet, la RDC bénéficie de droits de douanes avantageux vers les États-Unis, notamment via l’Agoa, l'African growth and opportunity act. Cette loi commerciale permet depuis les années 2000 à plusieurs pays d’Afrique d’accéder au marché américain sans droit de douane. La RDC avait été réintroduite dans le programme en 2020. Depuis, la balance commerciale est chaque année excédentaire pour le Congo, sans pour autant atteindre ce niveau de 2025. Les analystes prévoient une nouvelle augmentation de ces chiffres pour 2026, « au moins de 10 à 15 % » d’exportation. L’Agoa a en effet été reconduit pour une année et la RDC continue donc de pouvoir bénéficier de ces avantages. Il y a aussi l’accord économique signé entre Washington et Kinshasa en décembre 2025. Désormais, prévient un expert, une partie des minerais qui allait en Chine va prendre la direction des États-Unis, notamment en empruntant le corridor de Lobito. Une évolution majeure, car actuellement le marché chinois absorbe plus de 90 % du cuivre congolais. Une première cargaison de cuivre et de cobalt est d’ailleurs en route vers le marché américain, a annoncé début février l’entreprise Trafigura, géant du négoce de matières premières. Le tout porté par le prix du cuivre, en hausse, avec un niveau historique atteint fin janvier. Une augmentation de 40 % l’année dernière : la tonne est même passée en janvier 2026 au-dessus des 15 500 dollars.
Longtemps moqué pour son odeur, le durian est devenu en Chine un fruit star, au point de transformer des économies en Asie du Sud-Est. Premier importateur mondial, Pékin absorbe l'immense majorité de la production exportée et pèse sur les prix, les standards sanitaires et les choix agricoles de ses voisins. Derrière, les premières secousses apparaissent : surproduction en Malaisie, flambée des prix au Vietnam, concurrence régionale accrue. Le durian n'est plus seulement un fruit tropical : c'est un baromètre de la puissance économique chinoise. En une décennie, la Chine est devenue le cœur du marché mondial du durian. Elle représente désormais l'écrasante majorité des importations globales, faisant bondir les exportations de pays comme la Malaisie, la Thaïlande ou le Vietnam. Le fruit est même devenu un outil diplomatique : lors de visites officielles, des variétés premium comme le Musang King sont offertes aux dirigeants chinois. On parle désormais de « durian diplomacy ». Pour les producteurs, les effets ont été spectaculaires : hausse des revenus, expansion des plantations, modernisation des infrastructures rurales... Dans certaines régions malaisiennes, des exploitations familiales ont doublé de taille en quelques années. Le durian s'est ainsi transformé en produit stratégique, à la croisée du commerce, de la diplomatie et de la sécurité alimentaire chinoise. Boom… puis déséquilibres : les limites d'une dépendance Mais ce succès repose sur une dépendance extrême à un seul marché. En Malaisie, l'expansion massive des plantations – encouragée par la demande chinoise – a conduit à une surproduction. Or, le durian est une culture lente : un arbre met cinq à dix ans avant de produire. Impossible donc d'ajuster rapidement l'offre. Résultat : lorsque Pékin a commencé à privilégier les durians frais plutôt que surgelés, une partie de la filière malaisienne s'est retrouvée en difficulté logistique. Les prix se sont effondrés, certains parlant même de « tsunami du durian ». À l'inverse, au Vietnam, la pénurie saisonnière, combinée à une forte demande chinoise, a récemment fait flamber les prix. Ce contraste illustre un marché devenu hypercyclique, sensible aux saisons, aux normes sanitaires et aux capacités de transport. Un fruit au cœur de la géoéconomie asiatique Au-delà des fluctuations de prix, le durian révèle une dynamique plus large : la stratégie chinoise de diversification alimentaire. Depuis plus d'une décennie, Pékin cherche à sécuriser ses approvisionnements agricoles via des partenariats régionaux, ce que certains chercheurs appellent une « route alimentaire de la soie ». Le commerce du durian s'inscrit dans cette logique. Mais cette expansion soulève aussi des questions : déforestation liée aux nouvelles plantations, concurrence accrue entre producteurs et même ambitions chinoises de cultiver du durian sur son propre territoire. Si la demande chinoise a enrichi de nombreux agriculteurs d'Asie du Sud-Est, elle les expose aussi à une volatilité croissante. Le durian est ainsi devenu un révélateur des rapports de force économiques en Asie : un fruit tropical au parfum puissant… et aux implications géopolitiques bien réelles. À lire aussiChine: les huiles usagées valent désormais plus cher que le kérosène
Avec 10% de part de marché, le Zimbabwe vient de montrer cette semaine qu'il peut peser sur les cours du lithium : les prix ont en effet fortement réagi à la décision du pays d'interdire les exportations de concentré de lithium, un élément essentiel aux batteries électriques. Cette interdiction d'exporter aurait dû s'appliquer seulement l'année prochaine. Le pays avait en effet annoncé il y a huit mois une interdiction à partir de 2027, ce qui laissait du temps aux sociétés minières de mettre en place des unités de raffinage. Les autorités ont décidé visiblement de ne pas attendre aussi longtemps, ce qui va obliger les opérateurs à accélérer leurs investissements. Deux entreprises chinoises – Sinomine Resource et Zhejiang Huayou Cobalt – ont déjà commencé à développer des usines de sulfate de lithium, mais d'autres n'en sont pas encore là. La réglementation sur les exportations de lithium a commencé à se durcir en 2022, selon l'Institut Mysteel, avec, au fil des ans, l'instauration de taxes à l'exportation et l'interdiction progressive d'exporter du lithium brut. L'objectif du pays est maintenant de transformer localement le concentré en sulfate de lithium, un produit qui se vend environ trois fois plus cher. À lire aussiLe Zimbabwe interdit l'exportation de tous ses minerais bruts, notamment le lithium Hausse des prix durable ? Cette hausse rapide des prix du lithium cette semaine pourrait ne pas être qu'éphémère : le ministre zimbabwéen des Mines l'a précisé, les restrictions s'appliqueront jusqu'à nouvel ordre et ne seront levées que lorsque les miniers se conformeront aux exigences du gouvernement. Or, le Zimbabwe est dans le top 5 des producteurs mondiaux. Le pays est aussi devenu un fournisseur majeur de concentré de lithium à la Chine, qui transforme le produit en matériau de qualité batterie, comme l'hydroxyde de lithium ou le carbonate. Selon une enquête de Mysteel, les raffineries chinoises disposeraient de stocks jusqu'au mois d'avril. Ces stocks pourraient donc baisser par la suite, si l'interdiction d'exporter du concentré du Zimbabwe reste en vigueur. Une situation qui pourrait entraîner « une hausse rapide des prix du lithium », selon l'Institut. À lire aussiLe Zimbabwe, nouvel acteur central de la ruée mondiale vers le lithium scruté de près par Pékin Marché en tension depuis novembre L'annonce du Zimbabwe intervient dans un contexte déjà tendu. Les prix ont commencé à repartir à la hausse depuis novembre 2025, sous l'impulsion d'une forte augmentation de la demande pour la construction d'infrastructures de stockage d'énergie : dans le segment des batteries de puissance, la technologie lithium-fer-phosphate (LFP) a continué de gagner des parts de marché, explique Mysteel. Les incertitudes d'approvisionnement, liées notamment à l'arrêt de la production dans des mines chinoises du Jiangxi, ont aussi été un facteur de tension. Selon les données de Mysteel, l'équilibre entre l'offre et la demande pourrait rester serré au moins jusqu'en 2028.
Les prix du tungstène continuent leur ascension. Ils reflètent un décalage entre l’offre et la demande pour ce métal réputé pour sa dureté qui sert à fabriquer aussi bien des munitions que des aciers, des pointes de forage, ou des pièces d’usure des machines industrielles. Les restrictions décrétées par la Chine il y a un an continuent de peser sur les prix. Il y a un an, Pékin officialisait la mise en place d'un système de permis d'exportation qui tient compte des usages que les importateurs veulent faire du tungstène, sous-entendu usage civil ou militaire. Fin décembre, les autorités chinoises ont resserré la vis : elles ont limité à 15 le nombre d'entreprises autorisées à exporter du tungstène, comme elles ont aussi réduit le nombre d'entreprises autorisées à exporter de l'argent et de l'antimoine. Une manière de centraliser le contrôle des activités export et peut-être au final de limiter les volumes expédiés à l'étranger.  À lire aussiLes 12 matières premières essentielles au secteur de la défense selon l'Otan Offre minière chinoise en baisse Ce qui n'arrange rien à la situation, c'est que l'offre minière en Chine a aussi diminué. Elle aurait baissé de 10 % en 2025, selon les estimations du cabinet d'étude Project Blue. Plusieurs raisons sont avancées : le vieillissement des mines, la baisse des teneurs des minerais et l'augmentation des coûts de production. Fin 2025, plusieurs mines de petite taille et de taille moyenne ont aussi été suspendues pour ne pas avoir respecté les normes qui leur étaient imposées : sécuritaires et environnementales. Cette tendance à la baisse de l'offre pourrait se poursuivre encore cette année, selon Project Blue, en raison du manque d'investissements dédiés à l'exploration.  Prix multipliés par deux Malgré la baisse de sa production minière, la Chine contrôle toujours l'essentiel de l'approvisionnement mondial en tungstène – entre 75 et 80 % selon les sources. Les prix se sont donc logiquement envolés ces derniers mois suite à la mise en place des restrictions à l'exportation. Selon Project Blue, les prix annuels moyens du tungstène ont plus que doublé depuis 2020 et pourraient encore rester à des niveaux élevés cette année. La demande mondiale ne fait que croître. C'est même le cas en Chine où les importations ont augmenté significativement en 2025, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS). Le tungstène possède le point de fusion le plus élevé de tous les métaux – 3 422°C –, il est donc difficilement remplaçable. Selon certaines estimations, la demande pourrait être exponentielle dans les années à venir dans plusieurs secteurs industriels, dont celui de la défense. Une production limitée, hors de Chine Hors de Chine, les sources alternatives de tungstène sont limitées. Selon les données de l'USGS, la production hors de Chine est concentrée au Vietnam et en Russie. On peut ajouter d'autres producteurs plus petits tels que le Rwanda, qui a commencé à exporter aux États-Unis, la Bolivie, l'Australie, et depuis 2025, le Kazakhstan – dont la production dans la mine de Boguty a débuté. La production européenne est mineure et se concentre en Espagne et au Portugal. Ensemble, ces pays produisent moins de 20 000 tonnes, contre 67 000 tonnes pour la Chine. Ces producteurs ne pourront donc pas combler l'écart entre l'offre et la demande en 2026, résume Project Blue.  À lire aussiLa flambée des cours du tungstène pèse sur l'industrie du forage
Parmi les nombreuses filières agricoles mises en valeur, au Salon de l'agriculture qui se déroule cette semaine à Paris, il y a celle de la banane française, cultivée en Guadeloupe et en Martinique, essentiellement consommée dans l'Hexagone et qui lutte depuis plusieurs années pour sa survie. La filière française n'a plus l'espoir de revenir à ses niveaux historiques de production des années 2000, une époque où le secteur pesait 300 000 tonnes pour une part de marché de 40 % en France. La libéralisation du marché depuis 15 ans, qui a facilité l'arrivée massive des fruits jaunes d'Amérique latine en Europe, a porté un coup à la profession.  Le constat en 2026 est celui d'un secteur qui a perdu des producteurs, et des surfaces, et n'a plus accès aux moyens de traitements aériens utilisés par les autres pays pour lutter contre les maladies, depuis l'interdiction, en 2014, de l'épandage de pesticides par hélicoptères en application d'une directive européenne. Nicolas Marraud des Grottes, président de l'UGPBAN – l'Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique – résume la situation : « La production est à la peine, mais on espère être là le plus longtemps possible. » Dans les faits, la filière résiste. La production a augmenté l'année dernière de plus de 3 % grâce à de meilleurs rendements – soit 200 000 tonnes – et des conditions climatiques plutôt favorables, sans importante catastrophe météorologique. Les défis des prochaines années Pour les cinq années à venir, la banane française s'est fixée deux défis principaux : augmenter la production et mieux résister face au changement climatique. Des objectifs qui passent par une limitation des pertes liées à la cercosporiose, ce champignon qui attaque les feuilles du bananier. La possibilité d'utiliser des drones est à l'étude depuis quatre ans, mais est toujours suspendue à la publication des textes d'application de la loi votée en France fin avril 2025, autorisant l'usage des drones en agriculture. Aux Antilles, l'investissement a été évalué par la filière à 10 millions d'euros pour déployer les drones nécessaires au traitement des bananeraies et pour payer les 220 personnes nécessaires à leur fonctionnement. L'autre axe de progrès se résume en trois lettres : NGT pour nouvelles techniques génomiques. Il s'agit, pour simplifier, d'une nouvelle génération d'OGM qui permettrait d'augmenter la tolérance à la cercosporiose. Avec le texte signé le 3 décembre 2025, l'Europe a trouvé un accord politique provisoire pour créer une nouvelle règlementation spécifique aux plantes issues des NGT qui étaient jusque-là soumises à la règlementation sur les OGM. Cet accord devrait être adopté d'ici la fin du premier semestre et permettra alors de lancer des essais « sans attendre la retranscription du texte par les États membres », précise l'UGPBAN. L'objectif est de replanter 6 000 ha en Guadeloupe et Martinique, soit 12 millions de plants, au fur et à mesure du renouvellement des bananeraies. Cette banane NGT pourrait permettre d'augmenter la production de 10 à 15 % en volume. Produit de niche Les coûts et le mode de production de la banane française ne lui permettent pas de rivaliser avec les prix bas de la banane d'Amérique latine. « Le mal est fait, la banane dollar prend de plus en plus de place, d'où l'intérêt de proposer un produit rare, un produit de niche », explique Pierre Monteux, directeur de l'UGPBAN. 44 000 tonnes sont aujourd'hui commercialisées enrubannées sous le label « La banane française » et vendues à un prix fixe, qui ne peut pas faire l'objet de promotion. C'est la garantie d'un revenu plus élevé pour les producteurs de Guadeloupe et de Martinique, dont le nombre ne cesse de diminuer. À l'horizon 2027, l'ambition est d'arriver à 50 000 tonnes de fruits jaunes vendus sous cette étiquette.
Une sixième année de déficit se profile sur le marché du caoutchouc naturel : l'offre mondiale peine à suivre le rythme imposé par la demande. Elle devrait cependant augmenter de 2 % cette année, pour atteindre 15,2 millions de tonnes contre 1,4 % de hausse en 2025. Parmi les freins à la production, il y a des prix trop bas pendant des années, qui n'ont pas été incitatifs, des conditions météo défavorables, et des plantations qui peinent à se renouveler, selon l'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (l'ANRPC). Dans plusieurs pays, les rendements ont également baissé de 30 à 35 % en raison d'une épidémie qui touche les feuilles des arbres. Le premier producteur mondial, la Thaïlande, devrait voir son niveau de production se maintenir cette année, mais ça ne sera pas le cas de l'Indonésie, numéro 2 mondial, qui devrait poursuivre son déclin, pour des raisons là aussi de maladies, mais aussi de concurrence très forte du palmier à huile. L'ambition ivoirienne Dans ce contexte d'approvisionnement tendu, un pays africain pèse de plus en plus sur le marché, la Côte d'Ivoire. Au fur et à mesure que les plantations d'Asie du Sud-Est (64 % de la production en 2024) montrent des signes d'essoufflement, confirme le rapport Cyclope 2025 sur les matières premières, l'Afrique de l'Ouest monte en puissance. La Côte d'Ivoire est en passe de devenir le troisième producteur mondial à la place du Vietnam. Le secteur est porté par une politique nationale pro-hévéa qui prévoit l'augmentation des surfaces de 500 000 ha dans les dix années à venir. « Si l’État lance un tel projet, c’est parce que la demande mondiale existe. Il faut comprendre que l’hévéa demeure une filière qui nourrit son homme », expliquait fin décembre le président du conseil d'administration de l’Association des producteurs pour la redynamisation de l’hévéaculture en Côte d’Ivoire (APRHE-CI). Les exportations ivoiriennes ont aussi fait un bond considérable ces dernières années, mais elles ne suffisent pas à combler le déficit asiatique. Demande mondiale en hausse en 2026 La production africaine ne suffira pas à répondre à la demande qui s'annonce bonne en 2026. Elle est attendue en hausse de 1,7 %, soit 15,6 millions de tonnes selon l'ANRPC. Le secteur compte sur une augmentation des livraisons de pneumatiques aux États-Unis, sur une hausse des immatriculations de véhicules neufs en Europe, mais aussi en Chine en raison du maintien des incitations gouvernementales à l'achat de voitures électriques.  Avec l'Empire du Milieu, l'Inde s'annonce comme un relais de croissance important dans les mois qui viennent, la production locale n'étant pas suffisante pour répondre à la demande. L'accord signé fin janvier entre l'UE et l'Inde pour l'élimination totale des taxes européennes sur les importations de produits en caoutchouc dans les années à venir est un facteur de hausse supplémentaire, à moyen terme. La demande pour le caoutchouc naturel pourrait augmenter de plus de 4 % par an jusqu'en 2030, selon Mordor Intelligence. Depuis janvier, les prix reflètent cette pression sur le marché, ils sont en hausse de près de 5 %.
Le géant du diamant De Beers vient de confirmer ses pertes financières pour 2025. Anglo American, sa maison mère, annonce sans surprise avoir baissé de moitié la valeur comptable de sa filiale. De Beers ne vaut aujourd'hui plus que 2,3 milliards de dollars. Les pertes de De Beers ont été impressionnantes l'année dernière, elles ont atteint 511 millions de dollars – contre 25 millions de dollars en 2024 –, ce qui fait près de 1,5 million de dollars par jour. Ces pertes expliquent cette troisième dépréciation consécutive, qui intervient dans un contexte très particulier : De Beers est à vendre et sa maison mère, Anglo American, espère trouver un acquéreur d'ici la fin de l'année. Cette baisse de la valeur du géant minier joue en faveur des repreneurs et pourrait les inciter à formuler des offres sous la barre des deux milliards de dollars. À ce stade, plusieurs acteurs jugés « très crédibles » sont entrés en négociations avancées aux côtés du Botswana, de l'Angola et de la Namibie, trois États cités par Duncan Wanblad, le directeur général d'Anglo American. À lire aussiPlusieurs États africains intéressés par la reprise du géant du diamant De Beers Une crise qui dure La chute de De Beers est la conséquence d'une crise qui n'arrive pas à se résorber depuis 2023 et qui se répercute sur les finances des groupes miniers. « Tout le monde saigne », résume un industriel, car aux prix actuels, tous ceux qui doivent investir n'arrivent plus à générer de profit. C'est notamment le cas au Botswana, où la mine principale de diamant – Jwaneng – a besoin d'investissements évalués entre 8 et 10 milliards de dollars pour s'agrandir, sous terre. Les résultats de De Beers sont à mettre en lien avec la baisse de 12 % de l'indice moyen des prix en 2025, selon De Beers, et avec l'excédent de diamants bruts disponibles par rapport à la demande. Si le secteur haut de gamme et le marché américain sont toujours porteurs, le commerce des pierres naturelles est toujours sous pression : les ventes de bagues en diamant synthétique représentent désormais environ 60 % des ventes aux États-Unis. L'introduction en 2025 de droits de douane états-uniens sur les importations indiennes a contribué à la déprime du marché, l'Inde étant le pays où sont taillés 90 % des diamants bruts. L'Angola contribue à faire baisser les prix Un pays n'aide pas à faire remonter les prix du diamant, il s'agit de l'Angola, le troisième producteur. La production angolaise ne cesse d'augmenter. Après une année record l'année dernière – production de 14 millions de carats –, le pays annonce un objectif de plus de 17 millions de carats d'ici l'année prochaine, un niveau qui se rapproche de plus en plus de la production de De Beers – 21 millions de carats en 2025. L'Angola a des mines à ciel ouvert qui demandent moins d'investissements que les mines souterraines, ce qui autorise le pays à produire plus et à vendre à des prix extrêmement bas. Ces prix angolais ont créé un climat baissier et ont indirectement aussi fait chuter la valeur de De Beers. Ce qui pourrait, en retour, profiter à l'Angola, un des candidats déclarés au rachat de De Beers.  À lire aussiLe secteur du diamant s'unit pour redorer l'image des pierres naturelles
Quels sont les pays qui seront déterminants demain pour les équilibres agricoles internationaux ? Le Club Demeter a identifié six États pivots dans son rapport annuel publié cette semaine, intitulé « Appétits stratégiques et pivots agricoles » chez IRIS éditions : l'Ukraine, le Brésil, l'Indonésie, la Turquie, l'Australie et la République démocratique du Congo. Ces six États mis en avant par le rapport Demeter 2026 représentent 10% de la population mondiale, 15% des surfaces terrestres du globe et 30% des exportations agricoles. Ces pays ne sont pas forcément des leaders aujourd'hui, explique Sebastien Abis, directeur du Club Demeter, mais ils sont exposés à des bascules potentielles sur le plan agricole, géopolitique ou climatique. Ces pays pourraient peser demain de manière disproportionnée sur les équilibres alimentaires mondiaux selon le rapport, soit parce qu'ils déraperont et amplifieront alors des crises et des tensions dans leur région, soit parce qu'ils sauront muscler leur production agricole et deviendront des moteurs de la sécurité alimentaire mondiale. Ce qui se passera dans chacun de ces pays pourrait donc influencer les grands équilibres de la planète, alimentaires, agricoles et environnementaux. D'autres États compteront aussi La trajectoire agricole mondiale ne dépendra évidemment pas que de ce qui se passera dans ces six pays que sont l'Ukraine, le Brésil, l'Indonésie, la Turquie, l'Australie et la République démocratique du Congo. Ils sont nombreux à influencer de plus en plus les équilibres mondiaux : dans une prochaine édition de ce rapport qui fait référence, il pourrait être question du Vietnam, du Maroc, du Nigeria, du Kazakhstan, de l'Afrique du Sud, ou peut-être du Mexique, des pays qui méritent eux aussi le titre d'État pivot.  Les six pays regroupés cette année par les experts du Club Demeter sous le nouvel acronyme CUBITA ne jouent eux-mêmes pas tous dans la même cour. Il y a des mastodontes agricoles, comme le Brésil dont la puissance future dépendra de sa capacité à influencer les règles du jeu, et en particulier les normes de traçabilité et de durabilité, comme l'explique Caroline Rayol, analyste au sein du groupe d'intelligence économique ADIT. Il y a aussi l'Ukraine, vue par la Chine comme son futur jardin agricole, mais qui pourrait devenir un atout pour l'Europe, ou encore l'Australie, mais également d'autres pays qui ont une trajectoire plus incertaine mais pas moins importante dans un monde en pleine recomposition. La RDC, géant agricole potentiel Dans cette liste on trouve la République démocratique du Congo, qui offre 80 millions d'hectares de terres arables, soit la plus grande réserve du continent, explique Alain Pholo Bala, auteur d'un chapitre intitulé « RDC, grenier africain à la croisée des chemins ». Aujourd'hui, seulement 10% des terres du pays sont valorisées. La marge de développement et de progrès est donc considérable, pointe l'expert. À côté du cobalt ou du cuivre, l'agriculture est un moteur alternatif de croissance qui conditionnera demain l'équilibre alimentaire de la RDC, pays dont la population devrait doubler d'ici 2050. Le développement de l'agriculture congolaise serait aussi précieux pour d'autres populations : selon l'ONU,  la RDC aurait la capacité de nourrir plus de deux milliards de personnes. Le pays a donc le potentiel d'être un État pivot sur le plan alimentaire, à condition d'arriver à faire face à ses nombreux défis internes. 
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