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Survivre et prospérer dans un monde incertain
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Survivre et prospérer dans un monde incertain

Author: Philippe Silberzahn

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Podcasts de Philippe Silberzahn sur l‘entrepreneuriat, l‘innovation et la transformation des entreprises dans un monde incertain. Décryptage de l‘actualité, et analyse de cas réels. 1 nouvel épisode chaque lundi matin tiré de sa newsletter. Retrouvez également sa chronique quotidienne sur LinkedIn.
248 Episodes
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Malgré des résultats spectaculaires, en particulier depuis le choc de ChatGPT en 2022, l’IA se heurte aujourd’hui à une limite structurelle majeure : elle repose sur la corrélation statistique de surface plutôt que sur une compréhension profonde des lois de la réalité. Elle est incapable de véritable raisonnement causal, ce qui provoque des hallucinations logiques et une incapacité à planifier des tâches complexes sur le long terme. Cette absence de structure interne rend l’apprentissage extrêmement inefficace, exigeant des volumes de données colossaux là où un humain n’aurait besoin que de quelques exemples pour comprendre et anticiper une situation nouvelle. Et c’est justement cette idée de ‘structure interne’ qui pourrait permettre la prochaine grande étape de l’IA: l’utilisation de modèles mentaux.
Rester prisonnier de ses propres façons de voir le monde, même quand elles ne fonctionnent plus : c’est un risque universel, et l’un des plus dangereux en période de changement rapide. La guerre en Ukraine en offre une illustration saisissante. En quelques années, le champ de bataille a été entièrement réinventé : drones omniprésents, information en temps réel, réactions en quelques minutes. Des certitudes militaires solides depuis des décennies se sont révélées obsolètes du jour au lendemain. Dans un monde qui change vite et de façon imprévisible, la capacité à remettre en question ses modèles n’est plus un avantage compétitif : c’est une condition de survie. Cela impose de nouvelles exigences à la réflexion stratégique — pour les états-majors comme pour les organisations.
Nous vivons dans une époque d’incertitude. Climat, géopolitique, mutations technologiques : l’avenir semble opaque. Face à ce brouillard, beaucoup renoncent à se projeter. Toute ambition semble impossible. Pourquoi viser haut quand tout peut basculer demain ? Cette résignation repose sur un double malentendu : sur ce qu’est l’incertitude et sur ce qu’est l’ambition.
Il y a, dans l’époque parfois triste que nous vivons, des lueurs d’espoir. L’une d’entre elles est l’enquête menée par la revue Le Grand Continent. Elle s’intitule « La fierté française », et son titre la résume bien: les français, à une très large majorité, quels que soient les âges et les affiliations politiques, sont fiers de leur nationalité et de leur pays. Cette fierté n’est pas seulement une bonne nouvelle. C’est aussi une formidable source d’énergie qui ne demande qu’à être mobilisée.
L’incapacité de la France à se réformer malgré de multiples crises (éducation, retraites, finances, justice, etc.) exaspère. Elle fait douter de la capacité de notre régime parlementaire à remplir son rôle. Face aux périls internes (cessation de paiement, tensions entre intérêts divergents) et externes (contexte international), certains concluent que seul un régime autoritaire pourrait sortir le pays de l’ornière. Un tel raisonnement n’est pas nouveau. Il a été tenu il y a presque 100 ans de façon convaincante par le juriste allemand Carl Schmitt, mais il a été tragiquement démenti par l’histoire. Compte tenu des enjeux actuels, il n’est pas inutile de le revisiter.
Le monde a changé, mais l’Europe continue de jouer selon les anciens modèles. À Davos, le Premier ministre canadien Mark Carney a rappelé une vérité brutale : sans économie forte, pas de souveraineté possible. Pendant que l’Europe s’affaiblissait volontairement au nom de l’exemplarité, ses concurrents renforçaient leur puissance. Le réveil est douloureux, et le temps presse.
« Avec l’IA, il est désormais plus facile de résoudre l’incertitude » me déclarait récemment avec assurance un dirigeant d’entreprise, arguant qu’avec la masse de données désormais disponible et la capacité presque infinie de l’analyser, le sujet était plus ou moins clos. C’est une croyance très répandue, très ancienne… et très fausse, une illusion scientiste du management qui refuse de mourir. Le lien entre les données et l’incertitude est beaucoup plus complexe. Sans une fine compréhension de ce lien, la prise de décision en incertitude repose sur des modèles erronés, avec des conséquences catastrophiques.
La stratégie est le domaine des paradoxes, où ce qui fait votre force peut être aussi une source de faiblesse. C’est notamment le cas de l’intégration: couvrir un large spectre de la chaîne de valeur apporte de nombreux avantages concurrentiels mais génère aussi des conflits aussi bien internes qu’externes. L’entreprise est alors confrontée à des dilemmes où la réussite de certaines activités compromet celle des autres. Un exemple typique de ce dilemme est celui de Google dans l’IA.
Le stoïcisme est la philosophie des temps difficiles. Il offre des repères clairs : faire la part de ce qui dépend de nous, accepter le reste, garder la tête froide. Cette discipline aide à tenir face à l’incertitude et à l’anxiété. Mais elle montre aussi ses limites. En invitant à l’acceptation et au détachement, ne risque-t-on pas de renoncer trop vite à agir, à transformer, à créer ? Que deviennent alors nos émotions, nos élans, notre capacité à ouvrir de nouvelles voies ? Face à l’incertitude, il est peut-être possible d’adopter une posture différente : ni résignation, ni agitation, mais une manière active et créative de vivre le réel, en partant de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons devenir. Une invitation à l’action créative pour tracer sa propre voie plutôt que simplement accepter son destin.
Certains peuvent être fiers d'avoir inventé des produits révolutionnaires, mais combien peuvent se vanter d'avoir inventé une profession et changé la société? C'est le cas de Florence Nightingale. Elle a inventé la profession d'infirmière. Avant elle, il y avait bien sûr un accompagnement des malades, mais, selon le mot charitable d'un commentateur, il était plus question d'œuvrer pour le salut de l'âme du patient que de mobiliser les connaissances de la médecine pour le sauver. Nightingale va tout revoir de fond en comble et changer l'hôpital pour toujours. Elle offre en cela une véritable leçon de management.
La France vit depuis quelques mois un psychodrame politique dont plus personne ne voit vraiment comment sortir. Celui-ci résulte en grande partie d’une volonté de maintenir la stabilité à tout prix. De condition pour appliquer une politique, celle-ci devient étrangement un objectif en soi. Comme souvent dans les systèmes complexes, toute action produit des effets pervers qui peuvent être plus importants que l’action elle-même. Si en effet les avantages de la stabilité sont évidents – le pays a besoin d’un gouvernement qui fonctionne -, le prix à payer est moins visible. Il est pourtant très important et devient rapidement insupportable.
Les multiples ruptures que connaît le monde remettent en cause les grands modèles sur lesquels nous nous sommes appuyés parfois depuis des décennies. Cette remise en cause nous fragilise et crée une incertitude profonde qui nous incite, pour nous réinventer, à nous tourner vers des réponses présentées comme des évidences. C’est un danger car il n’est plus guère d’évidences aujourd’hui et la plupart sont fausses. Ce danger n’existe pas seulement pour les entreprises; il existe aujourd’hui aussi pour nombre de professions particulièrement exposées, comme par exemple les experts comptables.
La littérature nous en apprend parfois beaucoup plus sur l’âme humaine et sur la gestion des situations difficiles que les meilleurs livres de management. C’est notamment le cas du célèbre monologue « être ou ne pas être » de Hamlet, qui explore le défi de l’incertitude qui peut conduire à la paralysie.
Apparu récemment dans le débat public, le terme “techno-solutionnisme” désigne la tendance à vouloir résoudre les grands problèmes contemporains, notamment environnementaux, par la technologie. L’expression se veut descriptive, mais elle porte en elle une critique implicite : celle d’une confiance jugée excessive dans le progrès technique. En réalité, ce mot soulève lui-même question. En assimilant toute approche technologique à une forme d’illusion ou de fuite en avant, ses utilisateurs dénaturent la technologie et instrumentalisent la crise écologique pour promouvoir une transformation sociale, plutôt que de s’ouvrir à toutes les solutions disponibles.
Dans un monde où les repères habituels vacillent, le leadership traverse une crise profonde. Nous ne sommes plus face à des risques calculables, mais face à une véritable incertitude : une situation où nos modèles mentaux individuels, collectifs et sociétaux sont remis en question. Cette rupture impose de repenser notre conception du leadership. Mais sur quelles bases?
Je suis heureux de vous présenter aujourd’hui mon nouveau livre, Tracer sa voie dans l’incertitude. Après plusieurs mois de travail, c’est avec une certaine émotion que je le partage avec vous. Ce livre est né d’une question qui me poursuit depuis longtemps : comment agir dans un monde où les certitudes s’effondrent ? Un tel monde est anxiogène. La perte de repères nous fragilise, et nous nous tournons vers l’extérieur pour en trouver de nouveaux. Et si la solution était ailleurs ? Et si, face à l’incertitude, la seule voie solide était celle que nous traçons nous-mêmes, à partir de qui nous sommes vraiment ? C’est l’idée que je défends dans le livre, et que j’essaie de traduire en règles d’action concrètes.
La facilité avec laquelle des cambrioleurs ont pu, en plein jour et en plein centre de Paris, voler pour plus de 80 millions de bijoux au musée du Louvre, a choqué le monde entier. Mais le plus choquant est le refus généralisé des autorités d’assumer la responsabilité de ce cambriolage. Ce refus offre une vraie leçon, en creux, de leadership.
Dans un monde de plus en plus complexe, la collaboration est devenue un objectif incontournable. Dirigeants et consultants vantent ses bénéfices : innovation accrue, partage des connaissances, agilité organisationnelle et performance collective optimisée. Pourtant, les efforts parfois très importants pour la développer donnent des résultats décevants. L’impératif de collaborer reste souvent lettre morte : chacun retourne dans son silo. Pourquoi la collaboration, dont l’intérêt est a priori si évident, est-elle si difficile ? Parce qu’elle a un coût important.
L’existence de biais cognitifs, définis comme une déviation involontaire dans la pensée logique, est un des résultats les plus ancrés de la psychologie moderne. Elle en a recensé des dizaines. Ces résultats ont contribué à instiller l’idée, désormais communément acceptée, que notre cerveau ne peut pas penser correctement sans être dévié, et que nous ne sommes donc pas des acteurs rationnels. Mais est-ce si sûr? Et si ces « déviations » n’en étaient pas vraiment? Si elles servaient un objectif important pour nous, celui d’agir en incertitude?
Dans une vidéo récente, l’économiste LFI Thomas Porcher déclarait que les entrepreneurs n’inventent rien, prétendant qu’Internet et la téléphonie mobile avaient été inventés par l’État. C’est une affirmation fréquente qui traduit une profonde méconnaissance de l’innovation et de son histoire.
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