DiscoverHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron
Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron
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Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

Author: Collège de France

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Patrick Boucheron est né en 1965, à Paris. Après des études secondaires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés) puis au lycée Henri IV (Paris), il entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud en 1985 et obtient l'agrégation d'histoire en 1988. C'est sous la direction de Pierre Toubert qu'il soutient en 1994 à l'université de Paris 1 sa thèse de doctorat d'histoire médiévale, publiée quatre ans plus tard sous le titre Le pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, École française de Rome, 1998 (Collection de l'EFR, 239).

Maître de conférences en histoire médiévale à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud de 1994 à 1999, puis à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne à partir de 1999, il fut membre junior de l'Institut universitaire de France de 2004 à 2009. En 2009, il soutient à l'université de Paris 1 une habilitation à diriger des recherches intitulée La trace et l'aura et est élu professeur d'histoire du Moyen Âge dans cette même université en 2012. Il est, depuis 2015, président du conseil scientifique de l'École française de Rome. Il a été élu la même année professeur au Collège de France sur la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle ».

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12 - Lieux de pouvoir

12 - Lieux de pouvoir

2026-03-3101:05:21

Patrick BoucheronChaire Chaire Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202612 - Lieux de pouvoir
11 - Lieux de pouvoir

11 - Lieux de pouvoir

2026-03-2401:06:16

Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202611 - Lieux de pouvoir
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202610 - Lieux de pouvoir : Histoires politiques de l'arbreRésuméLe 15 janvier 1975, la statue d'Eugène Guillaume « Saint Louis rendant la justice sous son chêne », installée en 1877 dans la galerie Saint-Louis de la Cour de cassation au palais de justice de Paris, est visée par un attentat à la bombe. Pourquoi les militants du GARI la considéraient-ils alors comme « image historique de la "justice" d'État » ? L'enquête prend d'abord la forme classique d'une archéologie textuelle, depuis L'Histoire de Saint Louis de Joinville jusqu'à l'exaltation, sous le règne de Louis XIV, du motif de l'arbre de justice, susceptible de naturaliser et d'enraciner dans la nation la notion même de justice souveraine. Mais elle suit ensuite la piste végétale. D'abord, pour inscrire ce chêne dans la forêt de Vincennes et dans l'histoire naturelle des lieux de pouvoirs. Ensuite, pour la saisir dans la pensée symbolique Moyen Âge, dont l'arbre des connaissances classe les essences forestières en fonction de leurs rôles politiques. Davantage que le motif biblique de l'arbre de Jessé, c'est cette arborescence logique qui permet de penser l'engendrement et la transmission à partir de l'imaginaire de l'arbre généalogique. Mais s'il y a des arbres souverains, il n'y a pas de roi des arbres, et certains, comme l'orme, peuvent aussi abriter une conception communale non seulement de l'exercice de la justice, mais d'une communauté politique réglée par le contrôle de la parole.Sommaire« En détruisant l'effigie de Saint Louis, image historique de la "justice" d'État… » (15 janvier 1975) : enquête sur une déflagrationLe ciel de traîne de 1968 et la violence politique (Fanny Bugnon, « De l'"agitation" au "terrorisme" : enjeux de la médiatisation de la violence révolutionnaire en France (1973-1986) », Lien social et Politiques, 2012)Franquisme et médiévalisme : le « Dieu des batailles » dans Le Dimanche de Bouvines de Georges Duby (Felipe Brandi, « Connaissance historique et usages politiques du passé. Considérations autour de l'épilogue du Dimanche de Bouvines de Georges Duby », Cahiers du CRH, 44, 2009)Théologie politique et architecture palatiale : du Palais de la Cité au Palais de justiceCuria regis, Parlement, justices souverainesPolitiques monumentales à la Cour de cassation (Philippe Galanopoulos, « La Cour de Cassation. De l'exigence de préservation patrimoniale à l'expression d'une politique culturelle », In Situ, 48, 2022)Eugène Guillaume et la statuaire d'État : « Saint Louis sous son chêne » (1877)Détour sur un rond-point de Bagnères-de-Luchon : Eugène Guillaume et le Collège de FranceLa matrice narrative d'un imaginaire : Joinville et l'épisode du chêne de Vincennes (Marie Dejoux, « Le chêne de Vincennes. Retour sur une image emblématique de la justice française », Revue historique de droit français et étranger, 98, 2020)« Nous qui étions près de lui » : un roi « touché de près » (Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996)« Expédiez-moi cette partie » : l'exercice de la justice entre humilité chrétienne et technicité judiciaire (Marie Dejoux, Pierre-Anne Forcadet, Vincent Martin, Liêm Tuttle, La justice de Saint Louis. Dans l'ombre du chêne, Paris, PUF, 2024)Sources narratives et actes de la pratique (Marie Dejoux, Saint Louis après Jacques Le Goff. Nouveaux regards sur le roi et son gouvernement, Rennes, PUR, 2025)La transformation du motif de l'arbre de justice au temps de Louis XIV : naturalisation et enracinement de la justice souveraineL'arbre de Saint Louis dans son environnement naturel : la forêt de Vincennes (Jean Chapelot et Elisabeth Lalou dir., Vincennes aux origines de l'État moderne, Paris, ENS éditions, 1996)Un roi qui ne chasse pas, mais qui parlePeut-on faire l'histoire naturelle d'un lieu de pouvoir ? (Grégory Quenet, Versailles, une histoire naturelle, Paris, La Découverte, 2016)Quercus robur : histoire naturelle et imaginaire du chêneDe quel bois sommes-nous fait ? Lignum et materia prima (Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Paris, Le Seuil, 2004)Il n'y a pas de roi des arbres, mais il y a des arbres souverainsDes essences forestières : arbres funestes et arbres bénéfiques (Alice Laforet, Connaissance des arbres au Moyen Âge. Savoirs et discours botaniques dans les encyclopédies, les herbiers et les textes agronomiques (XIIe-XVe siècle), thèse de l'université Grenoble Alpes, 2023)Ambivalences symboliques : noix et noyers (Pauline Leplongon, Histoire culturelle de la noix et du noyer en Occident de l'Antiquité romaine au XVIIIe siècle, thèse de l'université PSL, 2017)Des arbres remarquables : l'orme de Saint Gervais à Paris« Attendez-moi sous l'orme » : les juges de la porte et les juges de l'orme (Robert Jacob, Images de la Justice. Essai sur l'iconographie judiciaire du Moyen Âge à l'âge classique, Paris, Le Léopard d'Or, 1994)Quand les arbres racontent l'histoire du Moyen Âge : l'orme communal et l'assemblée des citoyens (Paolo Grillo, I giganti silenziosi. Il Medioevo in dieci alberi, Milan, Mondadori, 2025)Le songe de Nabuchodonosor, ou l'ivresse des cimes du pouvoirDe Jacques Callot à Billie Holiday : l'arbre des pendusLe pilori comme arbre symbolique (Isabelle d'Artagnan, Le Pilori au Moyen Âge dans l'espace français, XIIe-XVe siècle, Rennes, PUR, 2024)Le bois de la croix du Christ et l'arbre de la connaissance« Au Moyen Âge, on conçoit l'émergence d'une chose à partir d'une autre comme une reproduction, une propagation au sens premier » (Christiane Klapisch-Zuber, L'Ombre des ancêtres. Essai sur l'imaginaire de la parenté, Paris, Fayard, 2000)De la ramure à la racine, la déchéance des originesLe point de vue végétal sur l'ouverture et le recommencement (Emanuele Coccia, La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Paris, Rivages, 2016)« Et il faisait étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui » (Joinville) : retour de l'hétérotopie dans la cité.
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202609 - Lieux de pouvoir : Mon corps, topie impitoyableRésuméAfin de relancer la présente enquête sur les lieux de pouvoir par une prise en compte de la manière dont les hétérotopies espacent le temps, la séance propose un excursus dans l'histoire de la pensée contemporaine : comment, en 1966, Michel Foucault a-t-il pu intégrer ses propositions sur les « espaces autres » dans une réflexion plus générale sur le corps et l'utopie ? Et pourquoi cette réflexion est-elle indissociable d'une inquiétude plus profonde quant aux puissances de percussion de la voix ? Sans doute, doit-on saisir cette double interrogation dans le contexte collectif des grands débats sur la phénoménologie et l'historicité au temps de l'effervescence structuraliste. Et sans doute peut-on également remarquer que la parution de plusieurs inédits de Foucault datant de cette même année 1966 (et notamment Le Discours philosophique) permet de compliquer l'idée que l'on se fait de la chronologie interne de son œuvre. Mais l'hypothèse que l'on défend ici est qu'il convient surtout de prendre en considération la forme radiophonique des propositions foucaldiennes sur le corps utopique et les hétérotopies, afin d'en mieux comprendre la teneur intime et la portée collective. Car ce qui est ultimement en jeu ici est de suggérer comment, sans chercher à la ventriloquer, la voix de Michel Foucault peut ici être entendue, et comment le travail de l'histoire permet d'y reconnaître le rendement conceptuel d'une notion comme celle d'hétérotopie. Sommaire« Ce lieu que Proust, doucement, anxieusement, vient occuper de nouveau à chacun de ses réveils… » : écouter la voix de Michel FoucaultUne expérience radiophonique (Michel Foucault, Entretiens radiophoniques, 1961-1983, éd. Henri-Paul Fruchaud, Paris, Flammarion-Vrin-Ina, 2024)Du magnétophone à l'ordinateur : techniques et gestuelles du travail intellectuel (Caroline Muller et Frédéric Clavert, Écrire l'histoire. Gestes et expériences à l'ère numérique, Paris, Armand Colin, 2025)Le texte, cendre refroidie du feu de la parole (Patrick Boucheron, « La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France à travers le témoignage des manuscrits conservés à l'IMEC », Le Moyen Âge, CXV-3/4, 2009)« J'écris pour ne plus avoir de visage » (Michel Foucault, L'Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969) : faut-il ne plus écrire pour parler vrai ?Ne pas céder à la violence du dire (Guillaume Bellon, Une parole inquiète. Barthes et Foucault au Collège de France, Grenoble, UGA éditions, 2012)Corps écrit, corpus élargi : les vies posthumes de Michel Foucault« Suis-je le seul à mieux retrouver la parole de Foucault dans ces transcriptions qu'en écoutant un enregistrement du même cours ? » (Philippe Roger, « La voix de Michel Foucault », Critique, 2005)L'élan élocutoire d'une voix qui raisonne par percussions (David Christoffel, « La pensée de la voix de Foucault », Filigrane, 29, 2024)« Cette peau où je suis fourré comme dans un sac » : 21 décembre 1966, Foucault et « le corps utopique »Retrouver cette « architecture fantastique et ruinée » et aller voir ailleurs si j'y suisDe la position phénoménologique à la critique de Naissance de la clinique (Judith Revel, Foucault avec Merleau-Ponty. Ontologie politique, présentisme et histoire, Paris, Vrin, 2015)Effervescence structuraliste et réception de Les Mots et les choses (Antoine Compagnon, 1966. Année mirifique, Paris, Gallimard, 2026)Penser, c'est poser un diagnostic : « Mettre en lumière soudain, cette heure grise où nous sommes. Prophétiser l'instant » (Michel Foucault, Le Discours philosophique, Paris, Gallimard-Seuil-EHESS, 2023)« Nous sommes à l'époque du simultané, nous sommes à l'époque de la juxtaposition, à l'époque du proche et du lointain, du côte à côte, du dispersé » : 7 décembre 1966, Foucault et les espaces autresLieux, emplacements, déplacements : repenser, en historien, la question de l'espaceDe la liste de Borgès dans Les mots et les choses à « ce désordre qui fait scintiller les fragments d'un grand nombre d'ordres possibles » : qu'est-ce que les hétérotopies ?Fait de langue, ordre du discours et désordre de l'espace (Daniel Defert, « "Hétérotopie" : tribulations d'un concept », dans Michel Foucault, Le Corps utopique. Les hétérotopies, Paris, Lignes, 2009)Un concept qui vient de la clinique : « mettre à jour la vérité de ce qui est mort » (Michel Foucault, Le Beau danger. Un entretien avec Michel Bonnefoy, Paris, l'EHESS, 2011)« Cette science qui s'appellerait, qui s'appellera, qui s'appelle déjà hétérotoplogie »De la conférence du 17 mars 1967 aux Machines à guérir : quand les architectes anti-fonctionnalistes s'emparent des hétérotopies« Les suivantes » : dernier coup d'œil dans le miroir peint par Velázquez« À bien des égards, l'art de servir est la basse continue du tableau » (Jérémie Koering, Enquête sur "Les Ménines". Velázquez et le regard du roi, Arles, Actes Sud, 2025)Au miroir de cet espace autre, revoir les lieux de pouvoir.
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202608 - Lieux de pouvoir : Lieux de pouvoir : Occuper les lieux, prendre le pouvoirRésuméQuels lieux faut-il occuper pour prendre le pouvoir ? La question semble concerner les techniques du coup d'État susceptibles, de Gabriel Naudé au XVIIe siècle à Curzio Malaparte au XXe siècle, de révéler efficacement le caché de l'État, pour mieux le renverser. Si la réflexion débouche inévitablement sur cette interrogation inquiète sur la violence politique aujourd'hui, elle trouve ici son origine dans une analyse pragmatique et territoriale de situations urbaines de la fin du Moyen Âge : de Payerne à Florence en passant par les campagnes françaises soulevées par la Jacquerie, en suivant les gestes des révoltés, et en les écoutant requalifier en actes et en paroles les lieux du pouvoir, on cherche à saisir en situation la logique des espacements du politique. De la révolte des Ciompi en 1378 à la conjuration des Pazzi en 1478, il ne s'agit pas seulement de se rassembler pour exposer sa propre vulnérabilité et faire ainsi pression sur les pouvoirs en place, mais bien, comme le suggère la philosophie contemporaine de la dislocation architecturale, annuler en un endroit la puissance de leurs récits identificatoires.SommaireAu départ, ce n'était qu'un jeu : l'événement comme raté du rituelSortir dans la rue, occuper les lieux et prendre goût au tumulte : à Payerne en 1420, un carnaval politique qui conquiert la durée (Matthias Wirz, « Muerent les moignes ! ». La révolte de Payerne (1420), Lausanne, 1997)Quand le verger du prieur devient une platea communisQualifier, déqualifier, requalifier politiquement les lieux : scènes de paroleSe rassembler tient lieu d'assemblée : l'espace de la délibération spontanée (Patrick Boucheron, "Dis-assembling the Civic Square", dans Ann Davidian et Laurent Jeanpierre dir., What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022)Savoir distinguer lieux publics et espaces publics (Patrick Boucheron, « Espace public et lieux publics : approches en histoire urbaine », dans Patrick Boucheron et Nicolas Offenstadt dir. L'Espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, PUF, 2011)Emplacements et espacements du politique« Donner place à l'espace c'est annuler en un endroit la puissance de ces récits identificatoires » (Benoît Goetz, La Dislocation. Architecture et philosophie, Lagrasse, 2018)Au verger, un rêve politique : non pas une échappée belle, mais une hétérotopieEn suivant les gestes des révoltés : cartographie des lieux de pouvoirPendant la Jacquerie, l'attaque contre les châteaux et la « commotion des non-nobles contre les nobles » (Gaëtan Bonnot, La Jacquerie (XIVe-XXIe siècles), devenirs des effrois de 1358, Paris, PUF, 2026)Tout ne feust réadmené à aire : la destruction du château de Vez en 1358 (Bernard Ancien, « Le château de Vez pendant la guerre de Cent Ans », Mémoires de la Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne, 1982)Città turrita et damnatio memoriae dans l'Italie communale : l'exemple de la contrada Uberti à FlorenceLa logique urbanocentrique de la peinture infâmante (Giuliano Milani, « Avidité et trahison du bien commun. Une peinture infamante du XIIIe siècle », Annales. Histoire, sciences sociales, 66-2011)Le renversement de l'ordre symbolique : du déshonneur des bannis à celui de la cité« Le 15 juin 1378, on cria plusieurs fois Viva il Popolo au Palais des Prieurs » (Pagolo di ser Guido cimatore)Instituer le politique en exposant sa propre vulnérabilitéLa resémantisation visuelle de l'espace civique florentin par le tumulte des Ciompi (Richard Trexler, "Folow the Flag : the Ciompi Revolt seen from the streets", Bibliothèque d'humanisme et de Renaissance, 1984)Une inversion de l'ordre campanaire : la périphérie donne le la (Alessandro Stella, La Révolte des Ciompi, Paris, MSH, 1993)Machiavel et le discours du leader des Ciompi : porter la parole d'un lieu ou trouver un lieu pour chaque parole ? (Jean-Claude Zancarini, « La révolte des Ciompi : Machiavel, ses sources et ses lecteurs », Cahiers philosophiques, 2004)Sexualisation de la tyrannie : quand le corps souverain est à prendre (Jocelyne Dakhlia, Harems et Sultans. Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIVe-XXe siècle, Toulouse, Anacharsis, 2024)Molitia et apoderamiento en Castille au XVe siècle : la ritualisation de l'atteinte au roi (François Foronda, El espanto y el miedo. Golpismo, emociones políticas y constitucionalismo en la Edad Media, Madrid, Dykinson, 2013)Parce que l'État n'est pas « un homme mortel », les deux temps de la conjuration des Pazzi en 1478 (Lauro Martines, Le Sang d'Avril : Florence et le complot contre les Médicis, Paris, Albin Michel, 2011)Éclat et éblouissement du coup d'État : « on voit plus tôt tomber le tonnerre qu'on ne l'a entendu gronder dans les nuées » (Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d'État, rééd. Paris, Éditions de Paris, 1988)« L'infiltration d'un rouage, petit mais essentiel, de la machine administrative de l'État » (Edward Luttwark, Coup d'État, mode d'emploi [1969], Paris, rééd., Odile Jacob, 1996)Aujourd'hui, nommer les choses les choses de l'État (Patrick Boucheron, « Théories et pratiques du coup d'État dans l'Italie princière du Quattrocento », dans François Foronda, Jean-Philippe Genet, José Maria Nieto Soria dir., Coups d'État à la fin du Moyen Âge ? Aux fondements du pouvoir politique en Europe occidentale, Madrid, Collection de la Casa de Velàzquez, 2005).
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202607 - Lieux de pouvoir : Gouverner d'ailleursRésuméDepuis Plutarque, la littérature politique enseigne aux princes l'attitude à adopter entre l'offrande et le retrait, l'exposition publique et l'ombre du secret. Les lieux de pouvoir, dans leur architecture même, mettent à l'épreuve ces dilemmes. C'est le cas du palais d'Urbino, dont on analyse la distribution des espaces, depuis l'atrium jusqu'au studiolo. Mais tout cela suppose que les dirigeants acceptent de jouer le jeu. Que se passe-t-il lorsque ce n'est pas le cas, et qu'ils préfèrent se dérober au métier de régner ? Le cas de Louis XI permet de saisir cette tentation de l'échappée belle : elle ne consiste pas seulement à se ménager des retraits ou des résidences écartées, mais à envisager la possibilité de gouverner d'ailleurs, depuis un lieu imaginaire. Ce refuge peut être de beauté ou de folie, comme on le suggère en analysant le passage, dans le Trattato di architettura d'Antonio Averlino dit le Filarete, de la volonté d'édifier une ville idéale à la tentation de l'hétérotopie, qui inquiète davantage qu'elle ne console.SommaireEntre l'ombre des arcana imperii et la lumière trop crue de la surexposition : la visibilité en clair-obscur de Périclès (Vincent Azoulay, Périclès. La démocratie athénienne à l'épreuve du grand homme, Paris, Armand Colin, 2010)Les Vies parallèles de Plutarque, ou la dialectique de l'offrande et du retraitTrajan, Plutarque et la veuve éplorée : portrait de l'empereur en miséricordieux (Priscille Aladjidi, « L'empereur Trajan : un modèle imaginaire de la charité royale dans les miroirs des princes de la fin du Moyen Âge » dans Anne-Hélène Allirot, Gilles Lecuppre et Lydwine Scordia dir., Royautés imaginaires (XIIe-XVIe siècles), Turnhout, Brepols, 2005)Les traductions latines de Plutarque à la Renaissance (Olivier Guerrier, Visages singuliers du Plutarque humaniste. Autour d'Amyot et de la réception des Moralia et des Vies à la Renaissance, Paris, Les Belles Lettres, 2023)Le panthéon héroïque de Vespasiano da BisticciFederico da Montefeltro inognito à UrbinoL'architecture palatiale, ou l'impossible solitude du princeLa falaise et l'atrium : Les deux faces du Palazzo ducale d'Urbino (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecture. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), B2, 2014)Les gradients de l'espace public : quand l'architecture des lieux de pouvoir freine, feinte et filtre« Ce que le studiolo princier a pour fonction de faire affleurer, c'est le mystère même de son intériorité, son aura d'inconnaissable » (Daniel Arasse, « Frédéric dans son cabinet : le studiolo d'Urbino », dans Le sujet dans le tableau. Essais d'iconographie analytique, Paris, Flammarion, 1997)Quand le roi Louis XI ne joue pas le jeu : chef et couvre-chefLes entrées royales négociées, ou évitées (Joël Blanchard, « Le spectacle du rite : les entrées royales », Revue historique, 305, 2003)L'effet-Lanterne, ou les échappées architecturales des princes qui faussent compagnie à la visibilité publiqueÀ Pienza, la ville idéale de Pie II PiccolominiPlus loin dans l'échappée belle : l'horizon utopique du désir princierPortrait d'Antonio Averlino, dit le Filaerete, en architecte contrariéLe Trattato di architecttura, ou l'érotisation de l'art de bâtir (Patrick Boucheron, « Fragments d'un dépit amoureux : Filarete, de la ville idéale à l'utopie », D'ailleurs. Revue de l'école régionale des beaux-arts de Besançon, 2010)De la Sforzinda à Gallisforma : la revanche d'un imaginaire débridéeL'utopie console, l'hétérotopie inquiète : l'horizon foucaldien des lieux de pouvoirDe Charles VI à Louis XI, la folie du roi, dernier refuge (Bernard Guenée, La Folie de Charles VI, roi Bien-Aimé, Paris, Perrin, 2004)La prison comme lieu de pouvoir ? Quand l'absence du roi renforce la présence de l'État.
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202606 - Lieux de pouvoir : Comment prendre les bastilles ?RésuméSi l'on veut redonner chair à l'histoire des lieux de pouvoirs, et ne pas se contenter d'en cartographier de manière abstraite les relations symboliques, on doit s'attacher à décrire, en situation, les comportements qu'ils architecturent. Ceux des princes d'abord : Cola di Rienzo, à Rome, comme Filippo Maria Visconti, à Milan, adoptent des attitudes, des gestes et des manières d'habiter les lieux qui rendent crédible l'imputation de tyrannie. Ainsi peut-on envisager la façade d'un palais comme le visage autoritaire, ou menaçant, d'un ennemi politique. Cela engage une dynamique de qualification, de déqualification et de requalification des espaces – et c'est en suivant le devenir incertain du terme forum de l'Italie de la Renaissance à la régénération napoléonienne de ses structures de prestige que l'on saisit mieux la manière dont se construit, par la nomination des lieux, la construction sociale de leur efficace architecturale. C'est ainsi que certaines forteresses peuvent être, dès le XVe siècle, prises comme des bastilles. Dans ce cas, comme dans celui de la Bastille à Paris le 14 juillet 1789, c'est leur démantèlement qui les édifie comme lieu de mémoire.SommairePour donner chair à l'histoireContre la nécrose monumentale, « des espèces de niche » (Francis Ponge, « Notes pour un coquillage », dans Le Parti-pris des choses, 1942)Le secretum, ou l'art de secréter son lieu de pouvoirL'arco della pace et l'ordre napoléonien d'une Milan décongestionnée par la destruction des « bastions de l'ancienne tyrannie »Le foro Bonaparte de Giovanni Antonio Antolini, espace cérémoniel et utopie jacobine (Romain Buclon, « Du Foro Bonaparte de Milan au Quartier du roi de Rome de Paris. Continuités et divergences d'une utopie républicaine à une vision impériale », Mélanges de l'École française de Rome – Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 125-2, 2013)« Un corps entier et parfait, que l'on ne pouvait pas laisser sans vie » (Giovanni Antonio Antolini, Descrizione del Foro Bonaparte, Milan, 1806)En 1493, du forum impossible de Milan à celui de Vigevano (Patrick Boucheron, « Hof, Stadt und öffentlicher Raum. Krieg der Zeichen und Streit um die Orte im Mailand des 15. Jahrhunderts », dans Werner Paravicini et Jörg Wettlaufer dir., Der Hof und die Stadt. Konfrontation, Koexistenz und Integration im Verhältnis von Hof und Stadt in Spätmittelalter und Früher Neuzeit, Halle an der Saale, 2004)Castello, Corte, platea : la ténacité topographique des noms de lieux de pouvoirReconstituer l'emprise du quartiero visconteo : le paradoxe archéologique (Edoardo Rossetti, « In "contrata de Vicecomitibus". Il problema dei palazzi viscontei nel Trecento tra esercizio del potere e occupazione dello spazio urbano », dans Pier Nicola Pagliaea et Serena Romano, Modernamente antichi. Modelli, identità, tradizione nella Lombardia del Tre et Quattrocento, Rome, Viella, 2014)Les complexes palatiaux des hôtels princiers à Paris (Hélène Noizet, Boris Bove, Laurent Costa (dir.), Paris de parcelles en pixels, Presses universitaires de Vincennes – comité d'histoire de la Ville de Paris, Saint-Denis, Paris, 2013)La décennie 1420 à Milan, ou l'équilibre briséFilippo Maria Visconti, prince redoutéPier Candido Decembrio et l'écriture de la tyrannie (Gary Ianziti, « The Life of the Last Visconti: A Study in Tyranny? », Renaissance Quaterly, 75-3, 2022)À Ségovie aussi, un roi architecturé par la peur (François Foronda, « Le prince, le palais et la ville : Ségovie ou le visage du tyran dans la Castille du XVe siècle », Revue historique, 627-3, 2003)Cola di Rienzo et les pathologies du pouvoir dans la chronique de l'Anonyme romainLa chair est triste : envisager le tyran en regardant la façade de son palaisEn 1447 à Milan : le démantèlement ritualisé du Castello di Porta Giovia comme destruction d'utilité publique (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023)D'autres bastilles, à Ancône notamment (Philippe Jansen, « Bastilles médiévales : les communes à l'assaut des forteresses princières », dans Patrick Boucheron et Jacques Chiffoleau (dir.), Religion et société urbaine au Moyen Âge. Études offertes à Jean-Louis Biget par ses anciens élèves, Paris, Publications de la Sorbonne, 2000)Inventer un lieu de mémoire en le détruisant : le citoyen Pierre-François Palloy et la destruction de la Bastille (Héloïse Bocher, Démolir la Bastille. L'édification d'un lieu de mémoire, Paris, Vendémiaire, 2012)Hubert Robert, 15 juillet 1789 : le jour d'aprèsLa destruction de la Bastille dans Un peuple et son roi (Pierre Schoeller, 2018) : quand s'ouvrent les perspectives« Tout était creux, puissance et statue » (Louis-Sébastien Mercier, Tableaux de Paris, cité par Bertrand Tillier, « La mort des statues. Imaginaires archaïques et usages politiques de l'iconoclasme », dans Emmanuel Fureix (dir.), Iconoclasme et révolutions, XVIIIe-XXIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2014).
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202605 - Lieux de pouvoir : De l'art d'investir les lieux du passéRésuméSoient deux représentations graphiques de la ville de Milan et de ses lieux de pouvoir. La première, que l'on connaît sous la désignation fautive de « carte de Galvano Fiamma », a probablement été dessinée par Pietro Ghioldi dans la dernière décennie du XIVe siècle ; la seconde, due à Pietro del Massajo, donne à voir la place de la capitale lombarde dans La Géographie de Ptolémée dans les années 1470. Elle lisse les temporalités de la ville lorsque le schéma qui accompagne le récit de Fiamma en donne au contraire à voir les rémanences, les re-sémantisations et les réaffectations. C'est dans l'écart entre l'une et l'autre de ses représentations des passés de la ville que l'analyse prend place, afin de définir les règles formelles d'une configuration monumentale des lieux de pouvoir, jouant de trois variables : le temps, l'espace et l'usage social. Comment relancer un avenir politique en investissant les lieux de pouvoir des régimes anciens ? Dans le cas de l'Italie de la fin du Moyen Âge qui concentre ici l'attention, la question recoupe celle de l'insignorimento des lieux du pouvoir communal et de la mémoire civique, qui peuvent se dépolitisent à mesure qu'ils s'architecturent en s'embellissant.SommaireUn dessin d'architecture sous l'œil d'un jeune homme : retour sur une feuille détachée de Léonard de VinciEntre norma et speculum, la maquette d'architecture et la scène de dédicaceL'affaire du Tiburio du Dôme de Milan en 1490 : la politisation des concours d'architectureGiorgio Vasari et le double événement architectural de la décision et de la mise en œuvreÀ quoi pense le jeune homme dessiné par Léonard dans (Windsor 12552) ? La pensosità d'Italo Calvino et la névrose monumentale d'Henry JamesLa « phrase urbaine » (Jean-Christophe Bailly, 2013), ou l'art de réaffecter les traces de ce passé urbain au présent d'une nouvelle sémantique politiqueEn ville, par l'urbanisme mais aussi par l'usage social, la mise en contemporanéité des temporalités disjointes (Bernard Lepetit et Denise Pumain dir., Temporalités urbaines, Paris, Anthropos, 1993)Lorsque le temps fait subir aux œuvres architecturales « des pertes, des récupérations, des substitutions de divers genres » (Umberto Eco, L'Œuvre ouverte, Paris, Seuil, 1962)Et pourtant, l'insistance topographique des lieuxÀ Milan, l'insignorimento des lieux de pouvoir au temps d'Azzone Visconti (Louis Green, « Galvano Fiamma, Azzone Visconti and the revival of the classical theory of magnificence », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 53, 1990)Galvano Fiamma, chroniqueur et théoricien du pouvoir (Paolo Tomea, « Per Galvano Fiamma », Italia medioevale e umanistica, 39, 1996)Au détour d'une chronique universelle, Marckalada, l'autre nom de l'Amérique (Paolo Chiesa, Marckalada: Quando l'America aveva un altro nome, Rome-Bari, Laterza, 2023)Ceci n'est pas un plan de Milan (Patrick Boucheron, « La carta di Milano di Galvano Fiamma/Pietro Ghioldi (fine XIV secolo) », dans Marco Folin dir., Rappresentare la città. Topografie urbane nell'Italia di antico regime, Reggio Emilia, Diabasis, 2010)De Bonvesin della Riva à Galvano Fiamma, un éloge civique par la mesureTraces, ruines, mémoire : les deux enceintes milanaisesInventer un avenir politique dans les ruines de Rome (Patrick Boucheron, « Dis-assembling the Civic Square », dans Ann Davidian et Laurent Jeanpierre dir., What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022)Le theatrum civitatis, lieu d'instauration du pouvoir consulaire au XIIe siècle d'après Landulf le Jeune (Chris Wickham, Somnambules d'un nouveau monde. L'émergence des communes italiennes au XIIe siècle, Bruxelles, Zones sensibles, 2021)Broletto et Palatium : qualifications, requalificationsDans la cité pré-communale, l'évêque en son palais (Maureen Miller, The Bishop's Palace. Architecture & Authority in Medieval Italy, New York, Cornell UP, 2000)Quand l'espace civique se dépolitise en s'embellissant (Patrick Boucheron, « Politisation et dépolitisation d'un lieu commun. Remarques sur la notion de "bien commun" dans les villes d'Italie centro-septentrionale entre commune et seigneurie », dans Élodie Lecuppre-Desjardin et Anne-Laure Van Bruane dir., "De Bono Communi". Discours et pratique du Bien Commun dans les villes d'Europe occidentale (XIIIe-XVIe s.), Turnhout, Brepols, 2010)De la cité au territoire, un changement d'échelle dans l'ambition édilitaireMilan, 1470 : avec le plan de Pietro del Massaio, une nouvelle partie se joue (Patrick Boucheron, « Le passé, mais pas exactement. Mémoire urbaine et miroir princier à Milan au XVe siècle », dans Philippe Morel dir., Le Miroir et l'espace du prince dans l'art italien de la Renaissance, Rennes-Tours, PUR/PUFR, 2012).
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202604 - Lieux de pouvoir : La distance : quand le pouvoir creuse l'écartRésuméSi l'architecture humaniste se définit moins, comme on a tenté de le montrer, par son rapport à l'antique que par son rapport à la rhétorique, alors on doit tâcher de définir l'éloquence architecturale des lieux de pouvoir. Celle-ci engage une anthropologie de l'habiter dans laquelle des dispositions et des incorporations répondent, ou non, à un geste architectural. On s'intéresse ici à un geste fondamental, sans doute le plus commun dans tout rapport de pouvoir : celui de prendre ses distances et de trouver la juste mesure de la séparation des corps. Creuser l'écart, c'est faire jouer une grammaire de la distance et de la défiance, mais qui a peur de qui ? À la table du pouvoir, lors des banquets comme des rituels d'intimidation diplomatique, tout est décidément affaire d'espacement et d'intervalle. De Milan à Moscou, en suivant notamment les pas de l'architecte Aristotele Fioravanti da Bologna qui, parmi d'autres architectes italiens, part dans le dernier tiers du Quattrocento bâtir le Kremlin, on cherche à définir la manière dont la distance protège, l'intervalle expose et le vide centralise.SommairePremier abri, premier monumentLe tumulus « existe en s'entassant » (Tim Ingold, Faire. Anthropologie, archéologie, art et architecture, Paris, Dehors, 2017)Qu'est-ce qu'un événement architectural ?« Habiter, c'est enchaîner positions et gestes, et cela littéralement sans fin » (Benoît Goetz, Théorie des maisons. L'habitation, la surprise, Lagrasse, Verdier, 2011)Le geste architectural : lui répondre, ou pasCeux « qui ont le don de transformer toute pièce où ils pénètrent » (Walter Benjamin) : défaire l'architecture en l'habitantL'admiration albertienne et la « pratique des attachements » (Pierre Caye, « Ce que peut l'architecture », dans Stéphane Bonzani dir., De l'invention en architecture, Paris, Classiques Garnier, 2024)« Déposer au centre » : Jean-Pierre Vernant et l'isonomie démocratiqueLa « politesse grecque » : « n'être ni trop près ni trop loin, pour éviter de donner ou de recevoir des coups » (Gilles Deleuze, Périclès et Verdi. La philosophie de François Châtelet, Paris, Minuit, 1988)De l'art d'instaurer les justes distances : la proxémie d'Edward HallMoscou, 7 février 2022 : une table blanche un peu trop longueIntimidation et distanciation socialeDistanciel/Présentiel : note sur une fausse symétrieLéonard de Vinci, la Cène et l'espacement du geste juste« Ne n'y aveit nul de forain » : la table ronde dans le Roman de Brut« Siège périlleux » et point de bascule dans la royauté arthurienneLisibilité et hiérarchie : la solennité des écarts dans l'entrecolonnement des traités d'architectureEspacements et intervalles musicaux chez Palladio : une esthétique de l'expérienceLa distance protège, l'intervalle expose et le vide centraliseTroisième Rome : un rituel d'approche des dignitaires de type byzantin à MoscouDeuxième Rome : Liutprand à Byzance en 949, ou l'effroi de la « très grande distance » (Marie-Emmanuelle Torres, « Silences et silenciations dans le rituel impérial byzantin (IXe-XIIe siècle) », Silence(s), 2024)Du kremnevka au Kremlin : distance, hauteur, clôtureEn 1917 : tabula rasa ou soviétisation de la citadelle ? (Fabien Bellat, « La soviétisation des Kremlins russes », Transversale. Histoire : architecture, paysage, urbain, 2019)Ivan III et les architectes italiens : Moscou capitale du XVe siècleItinéraires d'Aristotele Fioravanti da BolognaGualtiero Servullo à Ludovic le More le 19 novembre 1496 : Li faza uno castello e la similitudine di questo Milano (Anne-Laure Imbert, « Autour d'Aristotele Fioravanti : quelques ambassades de la Renaissance italienne à Moscou », Slavica occitania, 2002)Grammaire formelle de cette similitude : des « effets massifs de sens » (Gérard Labrot)Rocca contre inurbamento du palais princier : les précautions albertiennes (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecturale. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), Paris, B2, 2014)Généralités humanistes et précisions machiavéliennes : attention aux particolariAzzone Visconti, Galvano Fiamma et la formule de la magnificenceDistance et défiance : drame en cinq actes (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023)Visiter les jardins de Versailles en suivant la voix souveraine ? Une sémantique de la persuasion architecturale contemporaine des lieux de pouvoir.
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202603 - Lieux de pouvoir : « La beauté sauvera-t-elle le monde ? »RésuméPartant en quête d'une archéologie de la croyance dostoïevskienne en la puissance salvatrice de l'émotion esthétique, on se propose de s'arrêter sur un « texte instaurateur » de la mystique politique de l'embellissement des lieux de pouvoirs au XVe siècle : le De re aedificatoria de Leon Battista Alberti (1452), qui affirme en son livre VI : « La beauté obtiendra, même de la part d'ennemis acharnés, qu'ils modèrent leurs courroux et consentent à la laisser inviolée ». L'architecture aurait donc le pouvoir de rendre les choses inviolables. Pour saisir la portée de cette espérance, il convient de rappeler les pouvoirs de l'ornamentum au Moyen Âge, mais aussi sa redéfinition au Quattrocento, dès lors que les arts visuels se réorientent en visant désormais la rhétorique de la persuasion. C'est dans cette perspective qu'on propose un portrait intellectuel de l'ambition humaniste d'Alberti, lisant en même temps l'autoportrait de l'artiste en acrobate dans la Vita Leonis Baptistae Albertis et ses « Entretiens sur la tranquillité de l'âme », le De aedificatoria et les tribulations de la laideur que met en scène la fable politique du Momus. Il en ressort une conception plus inquiète de la visée politique de l'art d'édifier des humanistes, qui n'a pas attendu Machiavel pour travailler à son propre déniaisement.Sommaire« Est-il vrai, prince, que vous avez dit un jour que la "beauté" sauverait le monde ? » : le prince Mychkine, Dostoïevski et la puissance salvatrice de l'émotion esthétique (Tzvetan Todorov, « "La beauté sauvera le monde" », Études théologiques et religieuses, 2007)Histoire d'un désenchantement : « Ennobli, exalté, oui. Mais qui a été sauvé ? » (Alexandre Soljenitsyne, Le Cri, 1972)Trop laid pour durer ? Retour sur le piège de la dorureLa vitesse, l'architecture l'accident trumpiste (Paul Virilio, La fin du monde est un concept sans avenir, œuvres (1957-2010), Paris, Seuil, 2023)L'éloge de la force et la fin de la rhétorique (Louis Marin, Le récit est un piège, Paris, Minuit, 1975)La beauté enveloppante des « atmosphères de survie » (Peter Sloterdijk)« La beauté obtiendra, même de la part d'ennemis acharnés, qu'ils modèrent leurs courroux et consentent à la laisser inviolée » (Leon Battista Alberti, De re aedificatoria, VI, 2)Naissance d'une croyance politique (Patrick Boucheron, « Quelle beauté sauvera le monde ? Sur une fausse naïveté de Leon Battista Alberti », dans Sean L. Field, Marco Guida, Dominique Poirel dir., L'Épaisseur du temps. Mélanges offerts à Jacques Dalarun, Turnhout, Brepols, 2023)Le traité d'Alberti comme texte instaurateur de la pratique architecturale (Françoise Choay, La Règle et le Modèle. Sur la théorie de l'architecture et de l'urbanisme, Paris, Seuil, 1980)Le moment 1440-1520 fragilités politiques et ambitions culturelles (Richard Goldthwaite, Wealth and the Demand fort Art in Italy, 1300-1600, Baltimore, 1995)Alberti, exilé dans une famille d'exilés, et les IntercenalesDe l'art du placement : « Il prend toujours la couleur se trouvant dans la chose à propos de laquelle il écrit» (Cristoforo Landino)Vita Leonis Baptistae Albertis: (auto)portrait de l'artiste en acrobate« Oser l'ornement » (Jean Nouvel, Mes convictions, Paris, Flammarion, 2025) : l'ornemental et l'ornamentum« Quand me tourmentent et me tiennent éveillé les troubles de mon esprit » : les Profugiorum ab ærumna et la mélancolie d'AlbertiL'architecture cosa mentale : les palais de la mémoire (Mary Carruthers, Machina memorialis. Méditation, rhétorique et fabrication des images au Moyen Âge, Paris, Gallimard, 2002)La finestra d'Alberti et les miracles de la peintureCe que bâtir veut dire : lexique architectural et régimes politiques dans le De re aedifactoria (Patrick Boucheron, « Von Alberti zu Macchiavelli : die architektonischen Formen politischer Persuasion im Italien des Quattrocento »,Trivium, 2, 2008)Contre le « désir déréglé d'édifier » : les maisons qui débordent dans la Vita d'AlbertiLa grammaire des connotations architecturales et la déontologie de l'architecteQuesti Signori di Romagna sono como signori dipinti (Marco Folin, « Sigismondo Pandolfo Malatesta, Pio II e il Tempio Malatestiano : la chiesa di San Francesco come manifesto politico », dans Antonio Paolucci et Salvatore Settis dir., Il Tempio Malatestiano a Rimini, Modène, 2011)« Les pauvres, ils ne se rendaient pas compte qu'ils se préparaient à être la proie de quiconque les attaquerait » : le déniaisement machiavélienAlberti critique d'Alberti : le Momus comme « défondation » du De re aedificatoria (Pierre Caye, « Sub tecta ingressi… Du pouvoir et de la dignité de l'homme chez Léon-Baptiste Alberti : du Momus au De re aedificatoria », dans La Dignité de l'homme, Paris, Classiques Garnier, 1995)« Mais maintenant que faire ? » : après les tribulations de la laideur, retour au décor.
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202602 - Lieux de pouvoir : Des appropriations monarchitecturalesRésuméLever les yeux vers ce qui nous regarde : tel est le pouvoir des lieux de pouvoir. La réflexion théorique sur le locus médiéval permet d'enrichir cette anthropologie de l'autorité, qui incite ceux qui vivent à l'ombre de ce regard souverain à prétendre s'approcher de l'inaccessible. Mais c'est inévitablement le paradigme versaillais de la représentation louis-quatorzienne qui s'impose, aujourd'hui encore, à notre contemporain, puisque le pouvoir s'exerce ordinairement dans les anciens palais de la monarchie. Suivant les analyses de Louis Marin, on rappelle que dans la rhétorique classique, ces palais doivent édifier moralement ceux qui les ont bâtis : ils architecturent le monarque qui les a désirés, qui les habitent, les parcourent et les parlent. Or, nous vivons un point de bascule où le discours de la force ne s'embarrasse plus ni de rhétorique ni de cérémonial : en prenant des exemples récents d'appropriations monarchitecturales de l'espace, qui passent par la profanation symbolique des lieux de pouvoir ou la prédation de l'espace de la domination, on cherche à définir la manière dont le pouvoir tyrannique cherche à échapper à l'emprise des lieux.SommaireIn loco qui dicitur : espace, corps, langage, événementRetour sur les attendus d'une topologie du pouvoir et sur les caractéristiques de la spatialité médiévalePeut-on habiter les lieux sans se laisser habiter par eux ? (Étienne Helmer, Ici et là. Une philosophie des lieux, Verdier, 2019)S'approcher de l'inaccessible : proximité du divin et classement des personnes (Didier Méhu, « L'église comme "lieu", l'église comme "espace". Réflexions à partir de travaux récents en langue française », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 49, 2025)À Urbino, façade d'autorité et yeux du prince (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecture. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), B2, 2014)Un lieu de pouvoir est cela qui vous fait lever les yeux vers ce qui vous regarde« C'est la vie telle qu'on la mène au village au pied du château » (Walter Benjamin)Tenir à l'œil : l'empire des détails (Le Regard souverain : Les plans-reliefs dans les collections du palais des Beaux-Arts de Lille, 2019)Qu'est-ce qu'un point de bascule ?Trouver la bonne distance : retour sur les intentions et les précédents de ce coursDe la peste à l'amour et de l'amour aux lieux : L'exercice de l'État, ou comment ne pas se laisser dévorer par un lieu de pouvoir ?À Washington, le 6 janvier 2021 et le 28 février 2025, deux profanations symboliquesLa Maison-Blanche et le Bureau ovale : lieu de mémoire et dispositif visuelL'appropriation « monarchitecturale » de l'espace (Louis Marin, « L'architecture du prince. Le lieu du pouvoir : Versailles », JTLA, University of Tokyo, 1989)Lieu de pouvoir et corps politique à « l'arrière-fond sombre du pouvoir » (Gilles Deleuze)« Il faut s'arrêter sur le haut des degrés pour considérer la situation des parterres » : quand le roi Louis XIV fait visiter ses jardinsLes maître du récit et l'« assujettissement du visiteur spectateur dans une sorte d'obligation d'imitation de l'œil du Maître et de son regard » (Louis Marin)L'art de prendre le pouvoir sur le temps des autres (Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, 1997)Détruire la Maison-Blanche : prédation architecturale et consommation de l'espaceDu Walk of fame des présidents américains aux portraits des doges à Venise : continuité de l'État et éclipse de la puissanceHic est locus Ser Marini Falieri decapitati pro criminibus : un effet de représentationÉchapper au pouvoir des lieux : Mar-al-Lago, un horizon onirique de l'absolu du pouvoir« Poche de pouvoir » et exploitation de l'économie symbolique de la renomméeItinérance du pouvoir et diplomatie du golf dans un monde trumpiséÀ Turnberry, le 27 juillet 2025 : spectacle de la soumission et « vassalisation heureuse »« Nous n'irons pas à Canossa » : au XIe siècle, humiliation, pénitence, royauté davidiqueQuand les lieux de pouvoir portent la mémoire d'une histoire de la royauté pénitentielle (Gilbert Dagron, Empereur et prêtre. Essai sur le "césaropapisme" byzantin, Gallimard, 1996)« Le cérémonial donne le canevas, mais l'histoire brode dessus. Elle fait jurisprudence, elle a toujours le dernier mot ». Quel sera le dernier mot ?Dernière consolation : l'enlaidissement du pouvoir.
Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202601 - Lieux de pouvoir : Ce que peuvent les lieuxRésuméCette séance d'introduction générale à la sémantique politique des lieux de pouvoir au Moyen Âge prend la forme d'une interrogation sur la « mise en beauté » du pouvoir de Jean de Berry dans la première décennie du XVe siècle à travers la représentation de ses châteaux dans les Très Riches Heures du duc de Berry, et en particulier de celui de Mehun-sur-Yèvre, qui figure dans la représentation de la « Tentation du Christ ». Attentive à la fois à la nature dévotionnelle de la contemplation des Heures (puisqu'ici, le principal lieu de pouvoir est le livre lui-même), mais aussi aux détails de l'œuvre peinte qui, donnant à voir la possibilité d'un point de bascule dans l'excès de richesse et la démesure d'une aspiration à la beauté, on soutient une interprétation plus dramatique de l'œuvre, liée à la mélancolie du pouvoir et à l'expérience du vieillissement. Entre locus et iter, enracinement de la domination seigneuriale et hétérotopie des puissances imaginantes, c'est aussi l'occasion de définir les différents concepts de spatialité que l'on fera jouer durant l'ensemble du cours, le spatial turn propre à l'histoire médiévale étant ici mis à l'épreuve par une réflexion plus générale sur le rapport entre lieu et événement.SommaireUn souvenir de conte de fées ? Ce qui nous attire làJean de Berry et la « mise en beauté du pouvoir » (Françoise Autrand, Jean de Berry, Paris, 2000)Les assises du pouvoir : une politique de construction, « avec tant de soin et de dépense » (Chronique du religieux de Saint-Denis)Les Très Riches Heures, lieux de pouvoir (Mathieu Deldicque dir., Les Très Riches Heures du duc de Berry, catalogue de l'exposition organisée par le château de Chantilly du 7 juin au 5 octobre 2025, Château de Chantilly, 2025)Le château de Mehun-sur-Yèvre, « l'une des plus belles maisons du monde » (Froissart)Magnificence, fantaisie et inventaire du mondeChercher le point de bascule : le lion attend la chute de l'oursLa nature ursine d'un pouvoir instable (Michel Pastoureau, L'Ours. Histoire d'un roi déchu, Paris, 2007)Devise, gisant, totem : Jean de Berry, prince des oursUne lecture mélancolique et inquiète du calendrier des Très Riches Heures (Inès Villela-Petit, « The Works and Days of John, Duke of Berry in his "Très Riches Heures" », Maelwael Van Lymborch Studies, 2025)En janvier, une fête princière menacée par la guerre qui rôdeEn décembre, l'hallali du vieux sanglier et la mort qui vientEn mars, ce « brouillard de mer » qui plane au-dessus des tours du châteauFaire lieu et répondre à l'appel de l'ailleurs (Emmanuel Le Roy Ladurie et Jacques Le Goff, « Mélusine maternelle et défricheuse », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1971)La topolignée, ou comment nouer un nom, un lieu et une durée (Anita Guerreau-Jalabert, « La parenté dans l'Europe médiévale et moderne : à propos d'une synthèse récente », L'Homme, 1989)Lorsque nous n'y serons plus : feuilleter le calendrier des Très Riches Heures comme l'on parcourt une cérémonie des adieux« Toute architecture dérobe radicalement, en s'élevant, un lieu perdu » (Pascal Quignard, Les Heures heureuses, 2023)Retour à l'usage dévotionnel du manuscrit : Invocabit me et ego exaudiam eumLa tentation du Christ (Luc, 4, 1-13)Le temps venra : lieu dit et moment donnéPaysages de l'abondance : le lieu haut, le haut lieu et l'embarras de richesseLa magnificence et l'inquiétude de la pure dépense (Paul Veyne, Le Pain et le Cirque. Sociologie historique d'un pluralisme politique, 1976)Enracinement, dislocation, duplication : la « mnémotopie » de Maurice Halbwachs dans La Topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte (Dominique Iogna-Prat, « Maurice Halbwachs ou la mnémotopie. "Textes topographiques" et inscription spatiale de la mémoire », Annales. Histoire, sciences sociales, 2011)Trois tentations en une, et un montage entre portraits ressemblants de portions d'espaces et « concepts de lieux » (Philippe Descola, Les Formes du visible, 2021)Nouvelle pensée de la spatialité et ancienne géographie vidalienne (Christian Jacob, « Spatial turn », dans Qu'est-ce qu'un lieu de savoir ?, OpenEdition Press, 2014)En histoire médiévale : l'espace avant le territoire (Florian Mazel et Magalie Watteaux, « Espace », dans Nouvelle Histoire du Moyen Âge, nouvelle édition, 2025)La réduction ad unicum de l'espace et l'unité de la storia albertienne (Hubert Damisch, L'Origine de la perspective, Paris, 1987, nouvelle édition, 2012)Le lieu, le corps et la « boîte locale » chez Giotto (Jean-Philippe Antoine, « Mémoire, lieux et invention spatiale dans la peinture italienne des XIIIe et XIVe siècles », Annales ESC, 48-6, 1993)Le lieu par excellence, le corps par excellence, l'événement par excellence : autour d'une nativité de Lorenzo Monaco (Giulia Puma, Les Nativités italiennes (1250-1450). Une histoire d'adoration, Rome, 2019)Locus et iter : le pouvoir de transformation des lieux (Didier Méhu, « Locus, transitus, peregrinatio. Remarques sur la spatialité des rapports sociaux dans l'Occident médiéval (XIe-XIIIe siècle) », dans Construction de l'espace au Moyen Âge : pratiques et représentations. Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public (Mulhouse, 2006), Paris, 2007)Le lieu comme surface d'événements (Georges Perec, Lieux, Paris, 2022)Saint-Matthieu et l'Ange (Caravage, 1602), toujours au bord de basculer.
Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202510 - Le sexe du pouvoir : Refaire l'amourIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de France
Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202509 - Le sexe du pouvoir : Le politique dans le boudoirIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméComment, en 1314, le scandale des brus du roi devient-il l'affaire de la Tour de Nesle ? En s'intéressant aux réécritures légendaires d'un épisode qu'on pourrait juger mineur, on cherche à interroger les rapports entre ce genre décrié qu'est la « petite histoire » et la narration historique de plus grande ampleur. Car ce qui est en jeu dans la dernière année du règne de Philippe le Bel est bien la question, éminemment politique, de la violence et du consentement : accuser l'infidélité des reines, c'est questionner la fidélité de l'aristocratie. Mais il n'est pas dit que le sexe soit toujours le secret du pouvoir : de l'anecdote de Procope de Césarée à la « bagatelle » du cardinal de Retz, la leçon des fables – et notamment celle de Boccace, sur laquelle on s'arrête à nouveau – permet de mettre à l'épreuve la question de la jouissance et de la sublimation.SommaireUn mot pour un autre : retour sur le sexe des institutions« Nation France » et « mère patrie » : sur une certaine indistinction de genre de la grammaire politiqueTrois fils vont régner, mais pas la fille : les enfants de Philippe le Bel1314, le scandale des brus du roi : « Trois princesses s'ennuyaient, que deux chevaliers "jolis et gais" vinrent distraire » (Jean Favier, Philippe le Bel, Paris, 1978)Le châtiment des chevaliers normands, les frères Gauthier et Philippe d'Aunay, « escorchiez et les viz coupez »La révélation de l'adultère : questions de chronologie, problèmes d'anthropologie historique (Elizabeth A. R. Brown, « Philip the Fair of France and His Family's Disgrace: The Adultery Scandal of 1314 Revealed, Recounted, Reimagined, and Redated », Mediaevistik, 2019)Dans les Grandes Chroniques de France, le soulèvement des ligues nobiliaires passé sous silence et le souvenir écran du scandale des brus du roi (Tracy Adams, « Between History and Fiction: Revisiting the Affaire de la Tour de Nesle », Viator, 2012)30 mai 1315, mort de Marguerite de Bourgogne et exécution d'Enguerran de Marigny : « ici finit l'histoire du roi Philippe le Bel »« Certaine science, et autorité, et pleine puissance » : tautologie de la majesté et monopole de la violence légitime (Jacques Krynen, Philippe le Bel. La puissance et la grandeur, Paris, 2022)L'infidélité des reines et la confusio regni (Geneviève Bührer-Thierry, « La reine adultère », Cahiers de civilisation médiévale, 1992)« Ce choc, ce heurt de la conscience et du corps » : scandalum et sphère publique (Arnaud Fossier, « "Propter vitandum scandalum" : histoire d'une catégorie juridique (XIIe-XVe siècle) », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, 2009)Accuser l'accusation : du scandale des brus du roi à l'affaire de la Tour de Nesle (Luc Boltanski, Élisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt et Stéphane Van Damme dir., Affaires, Scandales et Grandes Causes, Paris, 2007)« Semblablement, où est la royne/Qui commanda que Buridan/Fust gecté en ung sac en Saine ? » : François Villon, Hans Jencz et le Judicum BurridanoLes cent amants de Jeanne de Navarre (Franck Collard et Isabelle Heullant-Donat, « Deux autres Jeanne : figures de reines défigurées aux XIVe et XVe siècles », dans Anne-Hélène Allirot, Murielle Gaude-Ferragu, Gilles Lecuppre et al. dir., Une histoire pour un royaume, XIIe-XVe siècle, Paris, 2010)Jean Buridan, ou le sexe du savoir-pouvoirLa Tour de Nesle comme harem inversé : imaginaires politiques et géographie universitaire (La Tour de Nesle : de pierre, d'encre et de fiction, catalogue de l'exposition de la bibliothèque Mazarine, Paris, 2014)Amplifications et relais fictionnels, d'Alexandre Dumas à Maurice Druon (Stéphane Le Couëdic, « Mais où sont les drames d'antan ? La Tour de Nesle dans le roman et le drame populaire », dans Florent Montaclair, dir., Roman-feuilleton et théâtre : L'adaptation du roman-feuilleton au théâtre, Besançon, 1998)Au paroxysme de la violence gothique : les « châteaux de la subversion » (Annie Le Brun, Les Châteaux de la subversion, Paris, 1982)Sade, le donjon de Vincennes et La philosophie dans le boudoir : une « autocritique des Lumières » (Antoine Lilti, L'Héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, Paris, 2019)La petite et la grande histoire (Écrire l'histoire, 2017 : « La petite histoire »)« Les faits n'ont pas de taille absolue » (Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire, Paris, 1975)De Procope au cardinal de Retz : anecdotes, dévoilement, secretsL'infidélité du roi, une « transgression raisonnée » (Flavie Leroux, Les Maîtresses du roi, de Henri IV à Louis XIV, Ceyzérieu, 2020)La sexualité du couple princier, une affaire publique ? (Pascale Mormiche, Donner vie au royaume. Grossesses et maternités à la cour de France (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, 2022)Idéal galant et conversation entre les sexes (Alain Viala, La Galanterie. Une mythologie française, Paris, 2019)La sexualisation de l'échange galant (Jennifer Tamas, Peut-on encore être galant ?, Paris, 2024)« Au faible, il ne sert à rien d'accuser la force : le pouvoir des faibles et le pouvoir des fables (Louis Marin, Le Récit est un piège, Paris, 1978)Pesci su per la mensa guizzavano : Charles d'Anjou au jardin du désir frémissant (Boccace, Decameron, X, 6)« Le roi se laissa prendre dans les rets de l'amour » (Jean-Claude Mühlethaler, « La nouvelle et la "petite histoire" : de Boccace à Marguerite de Navarre », Écrire l'histoire, 2017)La sublimation, comme travail de civilisation et de subjectivation : « Là où était du ça, doit advenir du moi » (Sigmund Freud, Nouvelles Conférences d'introduction à la psychanalyse, Paris, 1933)Le pouvoir comme zone érogène et le gouvernement priapiqueJouir, verbe intransitifCe qu'a vu Tirésias.
Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202508 - Le sexe du pouvoir : Mâle royaumeIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméDepuis Régine Pernoud et Georges Duby, une tradition, dont l'influence dépasse le cadre historiographique, situe dans la seconde moitié du XIIe siècle, au temps d'Hildegarde de Bingen et d'Aliénor d'Aquitaine, un paradis perdu de la condition féminine. On s'interroge sur le regain actuel d'une veine de recherche désireuse d'aller chercher, dans le passé médiéval, les destins exemplaires de femmes d'exception. Au-delà de la question de la domination symbolique du rang et de l'honneur du queenship, comment évaluer l'effectivité de l'exercice du pouvoir, et passer ainsi de l'archéologie du charisme à la généalogie de la gouvernementalité ? La question débouche sur l'analyse de traditions politiques qui, en France surtout, assigne un sexe aux systèmes de pouvoir : contrairement peut-être à l'empire, le cadre monarchique, et les contraintes qu'il fait peser sur le sang, l'alliance, mais aussi les définitions de genre, impose l'idée d'un mâle royaume. SommaireL'histoire des sociétés anciennes est-elle aujourd'hui encore un « passé utilisable » ? (Hayden White, Le Passé s'écrit [2014], Paris, 2017)Sexe roi, argent roi : et si c'était plus simple ?« C'était cela qu'il fallait penser : désir, valeur et simulacre » (lettre de Michel Foucault à Pierre Klossowski, hiver 1970)« Les Filles au Moyen Âge » (film de Hubert Viel, 2015) : un revival rohmérienLe Moyen Âge rêvé, paradis perdu de la condition féminineFemmes d'exception, femmes exemplaires, femmes puissantes (Régine Pernoud, La Femme au Moyen Âge, Paris, 1980)La Femme, « une femme », des femmes : le pouvoir du nom« Je crois aussi pouvoir situer vers 1180 le moment où leur condition fut quelque peu rehaussée, où les chevaliers et les prêtres s'accoutumèrent à débattre avec elles » (Georges Duby, Dames du XIIe siècle, Paris, 1995)« Ton esprit est comme un mur battu par l'orage. Où que tu regardes, tu ne trouves nul repos » (lettre de Hildegarde à Bingen à Aliénor d'Aquitaine, 1174 ?)Pour saluer Martin Aurell (Aliénor d'Aquitaine. Souveraine femme, Paris, 2024)La « mauvaise réputation » d'Aliénor d'Aquitaine (Martin Aurell) : sexualité et orientalisation de la débauche, autour de l'affaire d'Antioche (mars-avril 1148)La Marie-Antoinette du XIIe siècle : « Vive et légère, fière et ambitieuse, elle crut ne s'être mariée que pour gouverner et jouir de tous les plaisirs » (Louis-Charles de Lavicomterie, Les Crimes des reines de France depuis le commencement de la monarchie jusqu'à Marie-Antoinette, Paris, 1793)Domina, « souveraine femme » et exercice du pouvoir : archéologie du charisme ou généalogie de la gouvernementalité ?Le précédent ottonien : les dominae imperiales de la fin du Xe siècle (Justine Audebrand, « Impératrices et abbesses : les dominae imperiales ottoniennes (Xe-XIe siècle) », Clio, 53, 2021)Emma et Aliénor : deux princesses étrangères entre deux royaumesEncomium Emmae Reginae : quand l'idée d'empire vient par les femmes (Fanny Madeline)Comme dans l'Énéide de Virgile, une fondation politique impériale qui ne repose pas sur l'identité mais sur l'altérité (Florence Dupont, Rome, la ville sans origine, Paris, 2011)Rang, honneur, statut : le queenship dans le cadre monarchique (Pauline Stafford, Queens, Concubines and Dowagers: The King's Wife in the Early Middle Ages, Leicester, 1998)La reine Adélaïde, « codétentrice d'une royauté à laquelle nous l'avons associée » (lettre de Hugues Capet à l'impératrice Théophano, 988)Princesse, épouse, mère, pacificatrice : les rôles féminins traditionnels de consors regni« Souveraine, elle fait figure d'épouse ; épouse, elle paraît sujette » (Fanny Cosandey, La Reine de France, symbole et pouvoir. XVe-XVIIIe siècle, Paris, 2000)Du queenship à l'empowerment : mesurer l'autorité diplomatique des reines par le nombre de souscriptions d'actes (« Actes écrits des femmes de pouvoir, XIIe-XVe siècle »)Discours sigillaire et dispositions diplomatiques (Lucie Jardot, Sceller et gouverner. Pratiques et représentations du pouvoir des comtesses de Flandre et de Hainaut (XIIIe-XVe siècles), Rennes, 2020)L'agency politique des « femmes au cœur d'hommes » (Marion Chaigne-Legouy)Réseaux, ressources, symboles et tyrannie magicienne (Garance Recoing, Les Reines de Norvège, Rennes, 2025)Réseaux : les équipes de pouvoir de Yolande de Flandre (Michelle Bubenicek, Quand les femmes gouvernent : Yolande de Flandre, droit et politique au XIVe siècle, Paris, 2002)Ressources : la table carnassière de Marguerite de France (Jean-Baptiste Santamaria, Marguerite de France, comtesse de Flandre, d'Artois et de Bourgogne (1312-1382). Une vie de princesse capétienne au temps des Valois, Turnhout, 2022)Symboles : la théâtralité des déplacements de Mahaut d'Artois (Christelle Balouzat-Loubet, Mahaut d'Artois. Une femme de pouvoir, Paris, 2015)Vierges terrestres et Vierge céleste : couples royaux et sursacralisation de l'office royal (Murielle Gaude-Ferragu, La Reine au Moyen Âge. Le pouvoir au féminin, XIVe-XVe siècle, Paris, 2014)L'assimilation théâtrale de la reine vierge au roi déchu « Je suis Richard, ne le savez-vous pas ? » (la reine Elisabeth 1re en 1601)Destitution, délégitimisation et démasculinisation de Richard II en 1399 (Chris Fletcher, Richard II: Manhood, Youth, and Politics, 1377-99, Oxford, 2008)En Angleterre et en Espagne, resserrement ou élargissement des alliances (Jean-Philippe Genet, « Une arme mortelle ? L'alliance royale dans les monarchies d'Occident au XVe siècle », dans Julie Claustre, Olivier Mattéoni et Nicolas Offenstadt dir., Un Moyen Âge pour aujourd'hui. Mélanges offerts à Claude Gauvard, Paris, PUF, 2010)En France, la mystique du sang capétien (Andrew Lewis, Le Sang royal. La famille capétienne et l'État, France Xe-XIVe siècles [1981], trad. franç. Paris, 1986)La crise dynastique de 1316-1328 et l'invention de la loi salique (Ralph E. Giesey, Le Rôle méconnu de la loi salique. La succession royale (XIVe-XVIe siècles), Paris, 2007)De terra à regnum : les humanistes, le genre du royaume et le « sexe viril » du pouvoirLe mâle royaume, jusqu'en 1791 (Éliane Viennot, La France, les femmes et le pouvoir. L'invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle), Paris, 2006)« On ne peut douter [que le duc de Rohan] n'ait conçu du déplaisir de voir défaillir en sa personne cette généreuse tige, à laquelle tant de force et de gloire promettait l'immortalité » (Sylvie Steinberg, « "Au défaut des mâles". Genre, succession féodale et idéologie nobiliaire (France, XVIe-XVIIe siècles), Annales, HSS, 2012)Une passion politique française : l'exclusion politique des femmes.
Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202507 - Le sexe du pouvoir : L'histoire en puissance : en quête des sorcièresIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméLa sorcière est aujourd'hui un mythe contemporain, bien éloigné de l'expérience historique des hommes et des femmes pourchassés pour sorcellerie démoniaque du XVe au XVIIe siècle. Les historiennes et les historiens doivent-ils se contenter de le récuser, au nom de leur exigence, plus que jamais légitime, de lutte contre l'instrumentalisation du passé ? On suggère ici de prendre au sérieux l'histoire contemporaine de la construction mythologique de la figure militante de la sorcière dans le contexte transnational des luttes féministes du XXe siècle, tout en la mettant en regard avec nos connaissances actuelles sur la démonologie savante et l'institution sociale de la persécution. C'est dans cet écart que l'on discerne non pas des femmes puissantes mais une mise en puissance de l'histoire des femmes et, partant, de l'histoire des pouvoirs. Loin de chercher à concilier le mythe et l'histoire comme dans la « mythistoire » que proposait Michelet dans La Sorcière en 1862, on suit au contraire ce que Paule Petitier a appelé « la malice du devenir ». Elle fait de la quête des sorcières une défense de l'histoire en puissance, sans qu'il soit besoin de mettre la vérité historique entre guillemets.SommaireTremate, tremate le streghe son tornate, Rome, campo de' Fiori, 8 mars 1972Tornare nelle piazze : féminisme, emplacements et puissance d'agirQui sont ces sorcières qui reviennent ? (Michelle Zancarini-Fournel, Sorcières et sorciers. Histoire et mythes. Lettre aux jeunes féministes, Paris, 2024)Histoires exemplaires et approximations tactiques : « une vérité à sa ressemblance et à sa seule convenance » ? (Lucien Febvre, « L'histoire dans le monde en ruines », Revue de synthèse historique, 1919)Du monde magique d'Ernesto de Martino (1948) au WITCH des féministes américaines de 1968 : une histoire transatlantique de la mythologie contemporaine de la chasse aux sorcièresSurvivances de la sorcellerie rurale (Jeanne Favret-Saada, Les Mots, la mort, les sorts, Paris, 1977)Médicalisation et masculinisation des savoirs de l'accouchement ? (Barbara Ehrenreich et Deirde English, Sorcières, Sages-femmes et Infirmières [1973], trad. franç., 2016)Des sorcières de Salem (1692-1693) au maccarthysme : la chasse aux sorcières entre politisation et culture populaireFaut-il toujours ramener un mythe contemporain à ses référents historiques ? (Pascal Ory, « La fabrique moderne des mythes : l'exemple des vampires », dans Dominique Kalifa dir., Les historiens croient-ils aux mythes ?, Paris, 2016)De Vlad III Tepes à Dracula : fictions et frictions d'empire au XVe siècle (Matei Cazacu, L'Histoire du prince Dracula en Europe centrale et orientale (XVe siècle), Genève, 1996)« L'indifférence des historiens à l'égard de ce génocide a frôlé la complicité » : l'histoire savante mise en accusation (Silvia Federici, Caliban et la Sorcière. Femme, corps et accumulation primitive [2004], trad. franç., Paris, 2014)Dans le sillage de #MeToo, entre combat politique et développement personnel : Mona Cholet, Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Paris, 2018En France, une veine plus littéraire et psychanalytique : la revue Sorcières de Xavier Gauthier (1976)Femmes puissantes ou mise en puissance de l'histoire des femmes ?Plus victimes que puissantes : l'exemple de Michée Chauderon, (Michel Porret, L'Ombre du diable : Michée Chauderon, dernière sorcière exécutée à Genève (1652), Genève, 2009)Retour à Marguerite Porète, d'abord vaincue, puis invaincue (Sean L. Field, Robert E. Lerner, Sylvain Piron dir., Marguerite Porete et le « Miroir des simples âmes » : Perspectives historiques, philosophiques et littéraires, Paris, 2013)Quand le pape croit à la sorcellerie démoniaque : Enrico del Carreto et l'expertise de 1320 (Alain Boureau, Le Pape et les sorciers. Une consultation de Jean XXII sur la magie en 1320 (Manuscrit B.A.V. Borghese 348), Rome, 2004)Possession et ravissement : l'anthropologie scolastique au travail du principe fémininDe 1320 à 1420, pourquoi ce « retard à l'allumage » ? (Jean-Patrice Boudet, « La genèse médiévale de la chasse aux sorcières : jalons en vue d'une relecture », dans Le Mal et le diable. Leurs figures à la fin du Moyen Âge, Paris, 1996)En pays de Vaud et en Dauphiné de 1430 à 1530 : sorciers et sorcières (Ludovic Viallet, La Grande Chasse aux sorcières. Histoire d'une répression, XVe-XVIIIe siècles, Paris, 2022)La Vauderie d'Arras, la majesté et l'État princier en puissance (Franck Mercier, La Vauderie d'Arras. Une chasse aux sorcières à l'Automne du Moyen Âge, Rennes, 2006)Le Malleus Maleficarum et le tournant de la démonologie savante (Martine Ostorero, Le Diable au sabbat. Littérature démonologique et sorcellerie (1440-1460), Florence, 2011)Sorcières et sorcellerie, morphologie et histoire (Carlo Ginzburg, Le Sabbat des sorcières [1989], trad. franç. Paris, 1992)« D'où date la Sorcière ? Je dis sans hésiter : "Des temps de désespoir" » (Jules Michelet, La Sorcière, Paris, 1862)Métamorphoses et revenances, « la vie d'une même femme pendant trois cents ans »« Nature qui la fait sorcière » : le principe féminin chez Michelet« Ce qui le retient dans la sorcellerie, c'est une fonction personnalisée » (Roland Barthes, « Préface » à La Sorcière, 1959)De Chateaubriand à Michelet en passant par George Sand : l'écriture hybride « d'un historien mentalement queer » (Paule Petitier, La Pensée sorcière. Michelet, 1862, Paris, 2024)La « malice du devenir » : lire Michelet aujourd'hui, entre renversements internes et inversions symboliquesSorcelleries d'aujourd'hui : une guerre aux femmes ? (Christelle Tarraud dir., Féminicides. Une histoire mondiale, Paris, 2022)Faire l'histoire des expériences passées et des figures imaginaires, sans mettre de guillemets à la vérité (Carlo Ginzburg, Le Fil et les traces. Vrai faux fictif, Lagrasse, 2010).
Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202506 - Le sexe du pouvoir : Corps politiques au travail du fémininIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de France
Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202505 - Le sexe du pouvoir : Tu seras un homme : virilités guerrièresIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméL'analyse du travestissement et de la transidentité dans Le Roman de Silence et dans d'autres textes littéraires des XIIIe et XIVe siècles, mais aussi des quelques témoignages de réassignation de genre présents dans l'hagiographie médiévale, permet d'émettre l'hypothèse que dans l'anthropologie chrétienne, le genre apparaît moins comme un attribut d'identité sexuelle auquel on est assigné à la naissance, que comme une capacité d'action et de relation. C'est dans cette perspective qu'on se propose de réexaminer le cas de Jeanne d'Arc qui n'est, au XV siècle, « ni sainte ni transgenre » (Clovis Maillet), mais incarne, parmi d'autres figures, la possibilité, certes minoritaire, pour les femmes de se conduire virilement sur les champs de bataille. Entre pacificatrice et virago, la féminisation de la fonction guerrière s'accompagne d'une promotion de la notion de guerre juste, de Mathilde de Toscane aux femmes fortes pendant les guerres de Religion. Ainsi peut-on penser, avant l'uniformisation de la masculinité militaire à la fin de l'époque moderne, la diversité des virilités guerrières.Sommaire« Tu seras un homme, ma fille » : Nature et Noretur au chevet du chevalier Silence (Peggy MacCracken, Peggy, « "The boy who was a girl": reading gender in the Roman de Silence », The Romanic Review, 85, 1994)Fendre ses dras, braies calcier : fentes, feintes et fraudes (Florence Bouchet, « L'écriture androgyne : le travestissement dans le Roman de Silence », dans Le Nu et le vêtu au Moyen Âge, XIIe-XIIIe siècles, Aix-en-Provence (Senefiance, 47), 2001)Le père, ou Dieu le Père, gardien du passing médiéval : Yde et Olive et Tristan le Nanteuil (Michèle Perret, « Travesties et transsexuelles : Yde, Silence, Grisandole, Blanchandine », Romance Notes, 1984-1985)Penser la transidentité au Moyen Âge : la fabrique du masculin comme élargissement de la capacité d'action (Clovis Maillet, Les Genres fluides. De Jeanne d'Arc aux saintes trans, Paros, 2021)Genus masculinum in femininum transivit : Hildegonde/JosephLe cas Eugène/Eugénie : « Tu as raison de t'appeler Eugène car tu as agi en homme »Pourquoi Jeanne d'Arc s'habillait-elle en homme ? « Jeanne répondit que ce fut par sa propre volonté, sans aucune contrainte, et que cet habit lui plaisait plus que celui de femme »« Femme, mais vierge » : examen de genre ou examen de virginité ?Davantage putain que sorcière : le dessin du greffier Clément de Fauquemberguer (Claude Gauvard, Jeanne d'Arc. Héroïne diffamée et martyre, Paris, 2025)« Jeanne n'était ni sainte ni transgenre » (Clovis Maillet)Clémence de Rabstens, Marie Robine et les autres : Jeanne n'est pas seule comme femme inspirée (André Vauchez, Les Laïcs au Moyen Âge. Pratiques et expériences religieuses, Paris, 1987)Claude des Armoises, Marie la Ferrone et les autres : Jeanne n'est pas seule non plus comme cheffe de guerre (Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Paris, 2024)Guillaume le Berger, ou ce que l'on pouvait accepter de JeanneLa virtus des hommes et des femmes viriles : mesure et maturité« Retourne toi, si tu es un homme » (Chris Fletcher, Richard II: Manhood, Youth, and Politics, 1377-99, Oxford, 2008)Dans les villes également, « le spectacle public de la virilité » (Jean-Dominique Delle Luche, Des amitiés ciblées. Concours de tir et diplomatie urbaine dans le Saint-Empire, XVe-XVIe siècle, Turnhout, 2021)Faire l'amour, faire la paix, faire la guerre« Salut à toi, la plus virile de toutes les femmes ! » : Lysistrata, de la grève du sexe à la guerre des sexes (Aristophane, 411 av. n.è.)Au XVe siècle, des « traités de paix et abstinence de guerre » (Lucie Jardot dans Sophie Lalanne, Didier Lett et Dominique Picco dir., Une histoire des femmes en Europe : des grottes aux Lumières, Paris, 2024)« Dame paix » : la construction du genre féminin pacificateur (Nicolas Offenstadt, Faire la paix au Moyen Âge. Discours et gestes de paix pendant la Guerre de Cent ans, Paris, 2007)Le partage des rôles dans la politique émotionnelle des couples princiers : colère retenue et effusion de larmesPacificatrices, messagères, espionnes (Jelle Haemers et Lisa Demets, « Espionnes et messagères en guerre au Moyen Âge. Les pratiques du renseignement pendant la Révolte de Flandre (1488-1489) », Clio, 59-1, 2024)A Birka, le guerrier viking était une guerrière (Neil Price, Charlotte Hedenstierna-Jonson et alii, « Viking Warrior Women? Reassessing Birka Chamber grave Bj.581 », Antiquity, 93, 2019)« Au milieu des caresses conjugales » (Orderic Vital) : femmes de croisés et femmes croiséesMathilde de Toscane, virago catholica (Sophie Cassagnes-Brouquet, « Au service de la guerre juste. Mathilde de Toscane (XIe-XIIe siècle) »‪,Clio, 39, 2014)Si les héros revenaient sur terre, ils seraient étonnés : Eustache Deschamps et les nouveaux visages de la guerreBrutalisation des combats et revival chevaleresqueLa plainte politique de l'amante abandonnée (Florence Alazard, Le Lamento dans l'Italie de la Renaissance. "Pleure, belle Italie, jardin du monde", Rennes, 2010)Sur les remparts et aux combats : femmes fortes et femmes viriles au XVIe siècle (Véronique Garrigues, « Les "femmes viriles". Un genre de transgression pendant les guerres de Religion ? » Dans Laurent Douzou, Sylvène Édouard et Stéphane Gal dir., Guerre et transgressions. Expériences transgressives en temps de guerre de l'Antiquité au génocide rwandais, Grenoble, 2018)Des communautés mixtes de campagne à l'encasernement du XVIIe siècle (John A. Lynn, Women, Armies and Warfare in Early Modern Europe, Cambridge, 2008)Au temps de Fanfan la Tulipe (Hervé Drévillon, « Des virilités guerrières à la masculinité militaire (France, XVIIe-XVIIIe siècles) » dans Anne-Marie Sohn dir., Une histoire sans les hommes est-elle possible ?, Lyon, 2014).
Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202504 - Le sexe du pouvoir : La tyrannie masculineIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméLe droit de cuissage a-t-il existé au Moyen Âge ? Certainement pas comme ius primae noctis, et il faut pour cela suivre la démonstration d'Alain Boureau qui montre comment les controverses sur cette redevance seigneuriale imaginaire au XIXe siècle mettent à l'épreuve la notion même d'ordre social, en miroir entre le Moyen Âge et la modernité. Mais il faut également entendre la leçon de Marie-Victoire Louis, démontrant l'ambivalence des rapports entre le fait et le droit en matière de violences faites aux femmes. Proposant de relancer le programme d'une histoire des mœurs attentive à la libido dominandi qui noue le sexe au pouvoir, et suivant la protestation navrée de Christine de Pizan dans La Cité des dames sur la persistance des voix masculines qui prétendent que femmes veullent estre efforciées, on aborde les cultures et les pratiques du viol à la fin du Moyen Âge. La tyrannie masculine se donne en spectacle. Comment résister à sa contemplation ? À partir de l'analyse du thème iconographique du viol de Lucrèce dans la peinture du XVIe siècle, et de la fascination pour le motif du dévoilement, on suggère qu'il y a également là un enjeu éthique pour la responsabilité de l'historien.Sommaire« Voilà les mœurs qui régnaient dans le temps des croisades » (Voltaire, Essai sur les mœurs, 1756) : le ius primae noctis ou les redevances imaginaires du féodalismeCullagium, cullage, couillage : du droit à la communauté à l'abus des seigneursDe la Chanson des vilains de Verson (1247) au jurisconsulte Jean Papon (1556) : la « disponibilité conceptuelle » d'une fable historiographique (Alain Boureau, Le Droit de cuissage. La fabrication d'un mythe, XIIIe-XXe siècle, Paris, 1995)Louis Veuillot et Jules Michelet : une controverse sur l'ordre médiéval, « matriciel du contemporain »La fabrique de la modernité : sciences sociales, médiévisme, médiévalisme (Étienne Anheim et Catherine König-Pralong dir., « Le Moyen Âge des sciences sociales », Revue d'histoire des sciences humaines, 2024)Construction nationaliste et pratiques sexuelles : repenser le droit de cuissage (Zrinka Stahuljak, L'Archéologie pornographique. Médecine, Moyen Âge et histoire de France, Rennes, 2018)De Balzac à Voltaire. Faut-il relancer le programme de l'histoire des mœurs ?Une histoire politique de la libido dominandi (Myrtille Méricam-Bourdet, « L'empire du sexe : sexe et pouvoir dans l'Essai sur les mœurs », Revue Voltaire, 14, 2014)« Tuer le mythe du droit de cuissage ne sert sans doute à rien… » : pourquoi faudrait-il sauver l'honneur du Moyen Âge ? (Claude Gauvard, Passionnément Moyen Âge : Plaidoyer pour le petit peuple, Paris, 2023)Droit de cuissage, « fait de cuissage » et droit du plus fort (Geneviève Fraisse, « Le droit de cuissage et la responsabilité de l'historien », Clio, 1996)Sur le droit supposé des hommes à disposer du corps des femmes (Marie-Victoire Louis, Droit de cuissage, France, 1860-1930, Paris, 1994)La silence n'est pas un consentement (Michelle Perrot, Les Femmes ou les silences de l'histoire, Paris, 1998)Les mots pour le dire au XIXe siècle : assiduité, galanterie, privauté« Entre fiction et trivialité » (Geneviève Fraisse), l'usage contemporain de l'expression « droit de cuissage »Faire de l'histoire avec Alain Boureau et Marie-Victor LouisLe « silence déchiré » (Marie-Victoire Louis) et l'initiation « pour l'essentiel une pratique muette » (Michel Foucault)La nuit de noces, initiation féminine de la domination masculine (Aïcha Limbada, La Nuit de noces. Une histoire de l'intimité conjugale, Paris, 2023)« Je n'ai entrevu que des ombres, flottantes, insaisissables » (Georges Duby, Dames du XIIe siècle, Paris, 1996)Comme le bourdonnement d'un frelon : un cas de harcèlement sexuel à Bologne en 1351 (Chloé Tardivel, « Genre, justice et harcèlement sexuel au Moyen Âge », dans Écrire l'histoire du harcèlement sexuel. Les mots pour le dire, Paris-Saclay, 2023)Christine de Pizan « contre ceulx qui dient que femmes veullent estre efforciées » (Le Livre de la cité des dames, éd. Claire Le Nina et Anne Paupert, Paris, 2023)Viol, cri et consentement (Didier Lett, Crimes, genre et châtiments au Moyen Âge. Hommes et femmes face à la justice au Moyen Âge, Paris, 2024)L'obsession des juges pour les « folles dénonciations » (Nicole Gonthier, « Les victimes de viol devant les tribunaux à la fin du Moyen Âge d'après les sources dijonnaises et lyonnaises », Criminologie, 27/2, 1994)Croire ce que dit Marguerite de Thibouville (Peter Ainsworth, « Au-delà des apparences : Jean Froissart et l'affaire de la dame de Carrouges », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 25, 2013)Rape, rapt, raptus : ravissants ravisseurs (Sylvie Joye, La Femme ravie. Le mariage par rapt dans les sociétés occidentales du haut Moyen Âge, Turnhout, 2012)Un crime contre la propriété ? (Didier Lett, Sylvie Steinberg et Fabrice Virgili éd., « Abuser/Forcer/Violer », Clio, 52, 20)Violer une prostituée, violer une vierge : l'inégalité des vies (Iñaki Bazán, « Quelques remarques sur les victimes du viol au Moyen Âge et au début de l'époque moderne », dans Benoît Garnot dir., Les Victimes, des oubliées de l'histoire ?, Rennes, 2000)Viols incestueux et pédocriminalité : crime énorme destructor humane species (Didier Lett, Viols d'enfants au Moyen Âge : Genre et pédocriminalité à Bologne XIVe-XVe siècle, Paris, 2021)Gilles et Jeanne (Jacques Chiffoleau, « Gilles de Rais, ogre ou serial killer ? », L'Histoire, 335, 2008)Gilles de Rais, bête d'extermination à l'école des « Césars dégénérés »Le sexe et la mort : la tyrannie comme machine à jouir travaillant à sa propre destruction (cours du 21 mars 2017 : « Qu'est-ce que préfigurer ? »)« Le rouage du grotesque dans la mécanique du pouvoir » (Michel Foucault, Les Anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975, Paris, 1999)Le « souverain moderne » et les « corps-sexes » (Achile Mbembe, Brutalisme, Paris, 2020)Botticelli, le viol de Lucrèce et le soulèvement républicainQuand la peinture du XVIe siècle transforme un supplice en objet de contemplation (Henri de Riedmatten, Le Suicide de Lucrèce. Éros et politique à la Renaissance, Paris, 2022)La vérité nue : héroïsme viril du dévoilement et éthique du chercheur (Bruno Latour, Cogitamus. Six lettres sur les humanités scientifiques, Paris, 2010).
Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202503 - Le sexe du pouvoir : Les eunuques, ou comment s'en débarrasserIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméTandis que son assimilation de la répudiation au divorce suscitait le dépit de ses disciples, le Christ usa pour se faire comprendre, ou plutôt pour se faire obéir (« comprenne qui pourra ») une parabole sur les eunuques (Matthieu, 1, 10-12). Ceux qui sont « nés ainsi du sein de leur mère » posent le problème de la compréhension de l'intersexuation dans les sociétés anciennes et ceux « qui ont été rendus tels par les hommes » celui du châtiment de castration. Mais il y a aussi ceux qui, depuis Origène, « se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des Cieux ». Est-ce le cas des clercs ayant renoncé à la chair ? La castration symbolique est un « combat de chasteté » (Michel Foucault) qui met en jeu les catégories de la masculinité et de la virilité. Les eunuques sont donc porteurs d'une énigme théologique et d'un secret politique que les Européens préféreront écarter, au loin, dans la notion de despotisme oriental : c'est ainsi que l'on suivra Orcan, l'eunuque noir, jusqu'à ce lieu tragique par excellence qu'est le sérail de Bajazet. Sommaire« Viens, suis-moi, la sultane en ce lieu se doit rendre » : lever de rideau sur Bajazet (1672)Le sérail, lieu du tragique racinien, à la suite d'Orcan, l'eunuque noirFaux départ et incompréhension des disciples, « Comprenne qui pourra » (Matthieu, 19, 10-12)Peut-on répudier son épouse ? Morale du lignage et morale des prêtres (Georges Duby, Le Chevalier, la Femme et le Prêtre, Paris, 1981)Les eunuques dont parlent Jésus sont-ils vraiment des eunuques ? (Constantin Daniel, « Esséniens et eunuques », Revue de Qumrân, 1968)« Les eunuques, nés ainsi au sein de leur mère » : penser l'intersexuation au Moyen ÂgeL'épreuve par la génétique, ou le chromosome X et la guerre (Ulla Moilanen, Neil-Johanna Kirkinen Saari et al., « A Woman with a Sword? – Weapon Grave at Suontaka Vesitorninmäki, Finland », European Journal of Archaeology, 2022)« Ceux qui sont hommes et femmes » : monstruosité, diversité, inégalité (Les Monstres des hommes. Un inventaire critique de l'humanité au XIIIe siècle, éd. Pierre-Olivier Ditmar et Maud Pérez-Simon, Paris, 2024)« Avons-nous vraiment besoin d'un vrai sexe ? » (Michel Foucault, préface à Herculine Barbin dite Alexina B, Paris, 1978)« Il y a eu des eunuques qui ont été rendus tels par les hommes » : engendrement des dieux, châtiment des hommesCastration et circoncision : nekeva juive et incompréhensions chrétiennesOrchidectomie et émasculation dans la pratique médicale médiévale (Laurence Moulinier, « La castration dans l'Occident médiéval », dans Autour de la castration : de l'adultère à la chirurgie régulatrice, Poitiers, 2009)Castration et vengeance privée : Abélard et les malfrats« Tu dois être appelé, non Pierre, mais Pierre l'incomplet » (Roscelin de Compiègne) : castration et changement de nom chez les animaux humains et non-humains« Et il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des Cieux » : l'erreur de jeunesse d'Origène, Père de l'ÉgliseInfertilité, impuissance et débauche : l'impossible martyr de la libido« Rien n'est meilleur que d'être à soi-même son héritier et son épouse » (« Vie d'Antonin Héliogabale », Histoire auguste)La castration d'Origène comme marque des contradictions de l'économie chrétienne de l'engendrementDu testiculum au testis : la chair s'est fait verbe et la chasteté devient féconde (Odon Valet, Le Honteux et le Sacré. Grammaire de l'érotisme divin, Paris, 1998)Le Christ autobasileia et la théologie du suicide (Pierre-Emmanuel Dauzat, Le Suicide du Christ. Une théologie, Paris, 1998)Le « sexe de vent » du Christ mort (Jérôme Baschet et Jean-Claude Schmitt, « La "sexualité" du Christ », Annales ESC, 1991)L'un et l'autre sexe de Jésus (Carolyn Bynum, Jesus as mother. Studies in the Spirituality of the High Middle Ages, Berkeley, 1984)L'ostentatio genitalis : humanation et tentations du Christ (Léo Steinberg, La Sexualité du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne, Paris, 1987)Que faire de son sexe ? Le « combat de chasteté » des maris et des prêtres« C'est la forme involontaire d'un mouvement qui fait du sexe le sujet d'une insurrection et l'objet du regard » (Michel Foucault, Les Aveux de la chair, Paris, 2018)Histoires de consentement (Manon Garcia, La Conversation des sexes. Philosophie du consentement, Paris, 2021)Usage des corps et coupure grégorienne (Peter Brown, Le Renoncement à la chair. Virginité, célibat et continence dans le christianisme primitif, Paris, 1995)Castration, infirmité et handicap au miroir des suppliques pontificatles (Ninon Dubourg, « Émasculations cléricales. Itinéraires particuliers pour aborder l'identité du clerc émasculé (XIIe-XVe siècle) », Encyclo. Revue de l'école doctorale Sciences des Sociétés ED 624, 2014)Lapsus carnis entre discours politiques et pratique sociale (Julien Théry « L'incontinence de la chair. Révolution pastorale et contrôle pontifical de la hiérarchie cléricale au second Moyen Âge (12e-15e siècles) », Cahiers d'histoire, 2020)Le prêtre peut-il être un bon père de famille ? (Michelle Armstrong-Partida, « Concubinage clérical, familles cléricales et masculinité sacerdotale dans la Catalogne du XIVe siècle », Cahiers de Fanjeaux, 2019)Mâle sacrifié maîtrisant le sexe du pouvoir, le prêtre est le plus viril des hommes (Robert N. Swanson, « Angel incarnate: clergy and masculinity from gregorian reform to reformation », dans Dawn Marie Hadley dir., Masculinity in medieval Europe, Londres, 1999)« À l'insu de l'abbé, il faut le souhaiter » (Roland Barthes, « Iconographie de l'abbé Pierre », dans Mythologies, Paris, 1957)Resacerdotalisation et surcharge viriliste dans l'Église contemporaine (Josselin Tricou, Des soutanes et des hommes : enquête sur la masculinité des prêtres catholiques, Paris, 2021)Au Moyen Âge, la longue robe des clercs et des juges (Robert Jacob, La Grâce des juges. L'institution judiciaire et le sacré en Occident, Paris, 2014)Généalogie du monstre ou monstre généalogique (Vincent Azoulay, « Xénophon, le roi et les eunuques », Revue française d'histoire des idées politiques, 2000)À Byzance, les eunuques au palais, ou le troisième sexe (Georges Sidéris, « Une société de ville capitale : les eunuques dans la Constantinople byzantine (IVe-XIIe siècle) », dans Les villes capitales au Moyen Âge. Actes du 36e Congrès de la SHMESP, Paris, 2005Esclavage, liberté et expertise : le « politique neutralisé » (Paulin Ismard, La Démocratie contre les experts. Les esclaves publics et Grèce ancienne, Paris, 2015)Le harem, « sous le signe d'un absolu monarchique et viril » (Jocelyne Dakhlia, Harems et Sultans. Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIVe-XXe siècle, Toulouse, 2024)« La vérité est qu'il reste hommes » (Al-Mas'udi) : fantasmes, faux mystères et mobilité socialeEunuques noirs et eunuques blancs après 1550Le « savoir jouir » du tyran (Alain Grosrichard, Structure du sérail. La fiction du despotisme asiatique dans l'Occident classique, Paris, 1979)Du despotisme politique au despotisme familial (Nadia Tazi, Le Genre intraitable. Politiques de la virilité dans le monde musulman, 2019)Orcan, l'esclave noir de Bajazet, et la violence faite aux femmes« À mille ans ou à mille lieux de nous, ce qui n'est encore dans aucune histoire imprimée » (Jean Racine, préface à Bajazet).
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