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Religion, histoire et société dans le monde grec antique - Vinciane Pirenne-Delforge
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Religion, histoire et société dans le monde grec antique - Vinciane Pirenne-Delforge

Author: Collège de France

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Depuis 2017, Vinciane Pirenne-Delforge est titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique. Les différents termes de cet intitulé désignent les éléments constitutifs de l'enseignement de la chaire et des recherches qui le fondent. Ainsi, le recours aux méthodes éprouvées de la démarche historico-philologique et la mise à profit des apports de l'anthropologie historique permettent d'appréhender l'étroite imbrication de ce que nous appelons « religion » dans les différents aspects de la vie sociale, politique, culturelle, voire économique, du monde grec. Ce dernier est envisagé au sens large de tous les lieux où les Grecs se sont établis, par la fondation de cités.

La religion grecque est un polythéisme, ce qui évoque d'emblée une multiplicité de figures divines. Mais la pluralité qu'exprime le terme ne concerne pas seulement les entités suprahumaines auxquelles les Grecs ont rendu hommage pendant presque un millénaire. Toutes les composantes de leur religion, des représentations aux pratiques, relèvent d'un large éventail de possibles, non pas fondés sur des dogmes ou sur une révélation, mais sur des normes culturellement déterminées et des traditions narratives. Afin de comprendre un tel foisonnement de dieux et de rituels, il convient d'en restituer soigneusement les contextes et de faire droit à la complexité d'une culture dont l'apparente familiarité est un héritage trompeur. L'objectif des recherches menées au sein de la présente chaire est précisément de rendre compte des lignes de force qui structurent l'imaginaire des Grecs, ainsi que des pratiques qu'il induit et qui le constituent.

104 Episodes
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Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202610 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante (10)
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Vincent GoossaertEPHESylvie PeperstraeteULB / EPHESéminaire - Vincent Goossaert & Sylvie Peperstraete : Sacrifices d'animaux, entre Mésoamérique et ChineVincent Goossaert (EPHE) : Les animaux sacrificiels en Chine, XVIe-XXe siècles : lesquels, et pour qui ?Sylvie Peperstraete (ULB / EPHE) : « Celui qui allait baigner deux esclaves tuait deux cailles » : pratiques et acteurs du sacrifice animal en Mésoamérique
Vinciane Pirenne-DelforgeChaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202609 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : de l'Iliade à l'Athènes classiqueRésuméTous les serments ne requièrent pas la mise en scène d'une immolation animale, ainsi que l'atteste déjà le chant I de l'Iliade : Achille y brandit le sceptre qu'il tient à la main pour prendre la parole à l'assemblée des guerriers et fait de l'objet « le grand serment » de son retrait du champ de bataille. Ce type d'équivalence conduit à rappeler les interprétations du nom même d'horkos, entendu soit comme l'objet que l'on saisit quand on jure (Benveniste), soit comme une variation morphologique du terme herkos, la « barrière », l'« enclos » (Bollack), formant dès lors le cadre que le jureur ne pourra transgresser. Sans trancher entre ces perspectives que les linguistes laissent ouvertes, on souligne leur intérêt respectif pour la compréhension des représentations véhiculées par le terme pour les anciens.Revenant ensuite dans l'Athènes classique, il s'agit de préciser la relation entre le sacrifice animal attesté lors de la présentation des enfants au sein des phratries et les serments qui sont prononcés à cette occasion. Rien ne permet d'affirmer que les jureurs s'engageaient sur les parts d'un animal distinct de celui que fournissait l'introducteur de l'enfant : un serment de ce type peut dès lors être associé à la combustion de la part divine lors d'un rituel de type thusia.
Vinciane Pirenne-DelforgeChaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202608 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : la matrice épiqueRésuméL'introduction du cours fait un bref retour sur la question des prétendues 'abstractions divinisées' qui peuplent les listes généalogiques de la Théogonie pour souligner l'anachronisme d'une telle étiquette. On ne peut réduire des puissances divines conçues comme agissant dans le monde au statut d'allégories sans se priver d'une juste compréhension de la poésie archaïque. Cette mise au point entend rendre à la descendance de Nuit – dont horkos, le serment, fait partie – toute sa puissance d'évocation dans la perspective d'un poème entendu comme lecture du monde et de la société. La leçon s'attache ensuite à l'analyse des scènes juratoires des chants III et XIX de l'Iliade. La première met en scène les armées grecque et troyenne posant les armes au profit d'un combat singulier entre Pâris et Ménélas, et s'engageant à respecter le résultat de l'affrontement. La seconde voit Agamemnon accepter de rendre sa captive à Achille, avec maints cadeaux de compensation, mais aussi de jurer qu'il ne l'a pas touchée. Le lexique et le dispositif rituel de chacune des scènes sont comparés aux éléments constitutifs des scènes sacrificielles étudiées l'an dernier.
Vinciane Pirenne-DelforgeChaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202607 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (2)RésuméLa Théogonie hésiodique fait d'Horkos, 'Serment', le fils d'Éris, 'Lutte', et le qualifie de 'fléau pour les humains de la terre'. Mais le serment n'est pas qu'une puissance à l'œuvre dans la société des hommes : il apparaît également dans celle des dieux. Il prend cette fois les traits de la déesse de Styx, dont est analysée la place dans le vaste ensemble des Océanines, à savoir les milliers de filles d'Okéanos et de Téthys, le couple qui a également engendré les Fleuves. D'ascendance aquatique, Styx est une eau glacée, souterraine, qui forme un dixième des eaux de son père, ce qui en fait la plus importante des Océanines. Elle les surpasse aussi en raison des honneurs que Zeus lui confère quand elle se place à ses côtés en vue de la Titanomachie. Le ralliement de Styx et de ses quatre enfants – Zèlos, 'Zèle/Empressement', Nikè, 'Victoire', Kratos, 'Pouvoir', Biè, 'Force' – est indispensable à la victoire du dieu et en crée les conditions : les compétences de Kratos et Biè sont essentielles, mais le fait que Zèlos et Nikè soient étroitement appariées signifie que la seule force ne peut prévaloir : le zēlos, l''empressement' de tous les dieux à répondre à l'appel de Zeus est fondé sur sa promesse de donner à chacun les honneurs qui lui revient, et la négociation qui la sous-tend. Quant à Styx, elle est placée en clé de voûte du pouvoir de Zeus puisqu'elle sera désormais 'le grand serment des dieux', déracinant les conflits, les dissensions et les mensonges dès qu'ils surgissent parmi les dieux. Deux serments par Styx aux chants XIV et XV de l'Iliade referment cette leçon.
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202606 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (1)Résumé« Le serment est ce qui maintient la démocratie », déclare l'orateur et homme politique athénien Lycurgue au IVe siècle avant notre ère. Une fois remise en contexte, cette affirmation fait émerger les dieux auxquels le parjure ne peut se dérober, fût-ce par le biais de sa descendance. L'enjeu des leçons sur ce thème est de comprendre à quelle position se trouvaient les divinités dans le processus et comment le sacrifice participait de sa construction. Un premier pas dans cette direction consiste à relire les vers des anciens poètes qui parlent de serment. Cette ouverture poétique s'attache tout d'abord à analyser un fragment de la Titanomachie mettant en scène le Centaure Chiron qui met les humains sur la voie de la justice en leur révélant « les serments, les sacrifices, les signes de l'Olympe ». L'articulation de ces trois éléments fait ressortir le caractère relationnel de ces dons aux hommes. Une comparaison est effectuée avec les traditions qui érigent le Titan Prométhée en bienfaiteur de l'humanité et qui associent la justice aux dons de Zeus lui-même. C'est ensuite l'œuvre d'Hésiode qui alimente la réflexion de cette ouverture, en associant le serment, Horkos en tant que puissance divine, à une généalogie de la Théogonie qui le fait naître d'Éris, la Lutte, elle-même fille de Nyx, la Nuit. Les implications de cette généalogie sur la représentation qu'Hésiode donne du serment sont analysées, en évoquant également les différents passages qui en parlent dans Les Travaux et les Jours.
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Hocine BenkheiraEPHESéminaire - Hocine Benkheira : Étapes de la vie et pratiques sacrificielles : approche comparée entre Islam et sources cunéiformes
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Anne-Caroline Rendu-LoiselUniversité de StrasbourgSéminaire - Anne-Caroline Rendu-Loisel : Étapes de la vie et pratiques sacrificielles : approche comparée entre Islam et sources cunéiformes
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202605 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifices au fémininRésuméLa position des femmes dans le processus sacrificiel grec s'inscrit sur l'arrière-plan des mesures d'inclusion et d'exclusion de telle ou telle catégorie de participant en contexte rituel. L'exclusion absolue des sanctuaires pour quiconque est une mesure exceptionnelle. Toutefois, si l'accessibilité est le constat par défaut, l'accès peut être conditionné par les caractéristiques propres à certaines célébrations. Quand exclusion il y a, elle est surtout fondée sur l'origine des participants (le cas des étrangers) ou leur genre. L'exclusion des femmes a alimenté le questionnement sur leur rapport au sacrifice dont on a évoqué précédemment quelques moments historiographiques importants. Or, la mise à l'écart supposée des femmes par rapport à l'autel contredit le fait que le prêtre est habilité à déposer la part de la divinité sur l'autel enflammé puisque rien dans notre documentation ne permet de prétendre que les desservantes n'accomplissaient pas la même tâche que leurs homologues masculins. En revanche, l'égorgement de l'animal n'était sans doute pas de leur fait, mais il s'agit moins d'un interdit absolu de faire couler le sang que du résultat d'une répartition genrée des tâches. En outre, les prêtres eux-mêmes ne procédaient pas nécessairement à la mise à mort des animaux sacrificiels. Quant à la consommation de viande liée à la participation aux sacrifices, on reprend le dossier des inscriptions qui sont systématiquement appelées à la barre pour la contester ou la confirmer. Le constat que les mêmes pièces à conviction épigraphiques peuvent être sollicitées dans un sens ou dans l'autre invite à reconsidérer minutieusement le contexte de leur production. C'est notamment le cas d'une norme rituelle thasienne mise au jour dans le Thesmophorion de la cité et qui autorise l'accès des femmes au partage sacrificiel lors d'une fête de l'Athéna ancestrale. Une telle norme ne se comprend qu'en regard des cultes familiaux attestés au même endroit et qui concernaient les divisions civiques du même type que les phratries athéniennes.
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202604 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et citoyenneté des AthéniennesRésuméDeux raisons justifient de mettre en regard sacrifice et citoyenneté à l'épreuve des femmes (surtout athéniennes). La première tient à la discussion toujours en cours, parmi les historiens de la Grèce, sur la citoyenneté féminine. Pour le dire brièvement et sous une forme interrogative : peut-on parler de « citoyennes », en Grèce ancienne, ou bien faut-il se limiter à dire qu'elles sont « femmes ou filles ou mères de citoyens » ? Dans ce débat, les questions religieuses et sacrificielles sont un enjeu important. Les définitions en clé institutionnelle proposées par Aristote satisfont aux approches par la politique, qui excluent les femmes de la citoyenneté. Les approches qui privilégient le politique en tant que mode de vie civique trouvent chez les orateurs des raisons d'élargir la focale en faisant entrer les femmes dans la citoyenneté : les termes politis, astē, voire l'adjectif toponymique Athēnaia, l'attestent déjà à eux seul, mais l'importance des « affaires sacrées » (hiera) dans les implications de la citoyenneté viennent étayer ce constat. La seconde raison relève de l'implication des femmes à chaque étape du processus sacrificiel, qui ne posait pas vraiment problème aux chercheurs modernes avant que Marcel Detienne, dans La Cuisine du sacrifice en pays grec (1979), ne conclue à leur mise à l'écart « des autels, de la viande et du sang ». On présente brièvement l'historiographie du thème depuis ce tournant de la fin des années soixante-dix.
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Danouta Liberski-BagnoudCNRSSéminaire - Danouta Liberski-Bagnoud : Humaniser la Terre, socialiser les lignées : le double motif de la toile sacrificielle tissée dans l'ombre des sanctuaires boisés kasena (Burkina Faso)
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Perig PitrouDirecteur de recherche, CNRS et Collège de FranceSéminaire - Perig Pitrou : Sacrifices et dépôts cérémoniels amérindiens (Andes et Mésoamérique). Comment établir une co-activité avec des métapersonnes disposant du pouvoir de faire vivre ?
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202603 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et citoyenneté des AthéniensRésuméLe cœur du statut de citoyen en Grèce est l'appartenance à une polis, une cité, et le nom du citoyen en dérive : il est un politēs. Être un politēs implique à la fois des conditions qui rendent ce statut possible et les obligations et avantages qu'il implique. La présente leçon s'attache surtout au premier volet, à savoir la question de l'appartenance à la communauté des politai telle qu'on la trouve invoquée dans les cas de contestation d'héritage plaidés en justice. En effet, la fabrication du citoyen est un processus de longue haleine, ponctué de sacrifices accompagnant la reconnaissance de la légitimité d'un fils, que ce soit au sein des phratries, des genē ou des dèmes, et l'inscription sur leurs registres. Dans les phratries, la configuration divine de cette reconnaissance passe par Zeus Phratrios et Athéna Phratria qui patronnent la légitimité et la maturité civique des jeunes gens, tandis que les divinités courotrophes, auxquelles sont destinés leurs cheveux coupés, sanctionnent leur maturité physiologique. Même si l'animal offert aux divinités Phratrioi s'appelle koureion, « l'animal de la tonte », il semble bien que ce n'était pas à elles qu'était offerte la chevelure des futurs phratères, mais bien à des divinités comme Apollon, Artémis, ou le dieu-fleuve attique qu'était le Céphise.
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202602 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Tradition et piété à l'épreuve des événements : Athènes 415 et 403RésuméL'ouverture sur la Rhétorique d'Alexandre a montré l'importance de la référence à la tradition, à la piété et à l'économie dans la gestion des cultes et des sacrifices qui en sont une composante essentielle. Il s'agit cette fois de l'éprouver non plus seulement dans le registre de la rhétorique, mais dans le cadre concret de la vie athénienne. Pour ce faire, la leçon parcourt la période qui va de 415 à 403, à savoir la dernière étape de la guerre du Péloponnèse, avec des crises successives qui aboutissent à la mise en place de régimes oligarchiques en 411 et en 404. Deux dossiers sont choisis comme pierres de touche pour l'analyse : la mutilation de dizaines de piliers hermaïques, une nuit du printemps 415, peu avant le départ de la très controversée expédition de Sicile, et la codification des lois de la cité qui s'étire de 411 à 399. Le premier épisode est relu à l'aune des compétences du dieu Hermès en termes de communication et de passage, notamment dans le cadre du processus sacrificiel. Quant à la codification associée au nom de Nikomachos, l'un des transcripteurs des lois qui fut traîné en justice à l'issue de sa mission, elle concerne notamment le calendrier sacrificiel de la cité et témoigne du fait que le bon ordre sacrificiel faisait partie des objectifs à atteindre pour réparer le tissu déchiré de la cité.
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Pierluigi LanfranchiUniversité d'Aix-MarseilleSéminaire - Pierluigi Lanfranchi : Le sacrifice animal chrétien : histoire et anthropologie d'un rituel méconnu
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Marie Lecomte-TiloineCNRSSéminaire - Marie Lecomte-Tiloine : Sacrifices de masse, pouvoir royal et organisation sociale au Népal
Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202601 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifier dans les cités : ouvertureRésuméCette leçon d'ouverture s'appuie sur un traité intitulé la Rhétorique à Alexandre, daté entre 340 et 300. De ce texte peu exploité par les historiens de la Grèce, Pierre Chiron a livré une édition de référence aux Belles Lettres en 2002. Le traité se penche sur les discours délibératifs que l'on produit au conseil ou à l'assemblée, qui sont les organes essentiels de la vie politique d'une cité grecque, dont Athènes où s'ancre le texte. L'ordre du jour de ces instances comporte divers points, dont le premier est celui qui touche aux hiera, aux « affaires sacrées », c'est-à-dire à ce qui concerne les dieux. Il apparaît d'emblée que ces « affaires » tournent essentiellement autour de la célébration des sacrifices et de la manière dont la cité légifère à leur propos, avec toute la rigoureuse souplesse requise par un système traditionnel non dogmatique. L'analyse de cette argumentation offre l'opportunité rare de saisir la pragmatique des sacrifices dans la réflexion officielle des organes politiques. La leçon met également ces arguments en regard de témoignages variés par leur chronologie, leur genre et leurs objectifs. Ce type de croisement documentaire atteste la pertinence de parler de Grèce sacrifiante : il s'agit d'une compétence culturelle qui traverse les siècles.
Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante11 - Sacrifices tragiques (2)RésuméAprès une incursion dans les tragédies qui évoquent des sacrifices humains, ce sont les sacrifices animaux qui sont analysés dans trois tragédies : l'Agamemnon d'Eschyle, l'Électre d'Euripide et l'Antigone de Sophocle. L'Agamemnon, où était décrit le sacrifice humain d'Iphigénie jusqu'au moment de la porter au-dessus de l'autel, évoque également des sacrifices d'animaux qui sont autant de dispositifs sociaux aisément reconnaissables sous la forme d'actions de grâce aux dieux de la cité ou de la maisonnée. Mais là encore, la perversion du processus est la clé de leur place dans l'intrigue et ces opérations sont analysées, que ce soient les offrandes de Clytemnestre à tous les dieux de la cité à l'annonce du retour d'Agamemnon, ou le sacrifice de bienvenue au roi et d'intégration de Cassandre à l'autel de Zeus Ktèsios, qui se transforme en double meurtre. Dans l'Électre d'Euripide, deux sacrifices aboutissent également à des meurtres : celui d'Égisthe aux Nymphes est interrompu quand Oreste le met à mort au-dessus du jeune bovin immolé pour les déesses, et celui de Clytemnestre s'inscrit dans le cadre trompeur d'un sacrifice de bonne naissance qui se solde par la chute du corps de la reine sur le cadavre de son amant. Enfin, dans l'Antigone, le devin Tirésias, très inquiet des mauvais présages qui lui arrivent par le biais des oiseaux, entame un sacrifice divinatoire qui tourne très mal : la part des dieux refuse de brûler et c'est la traduction concrète, effrayante, de la rupture de communication entre la cité et ses divinités.
Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante10 - Sacrifices tragiques (1)RésuméDans le cadre de l'exploration du matériau poétique grec pour étudier la part des dieux en contexte sacrificiel, la tragédie est une pièce de choix. En effet, l'association entre tragédie et sacrifice est l'une des plus historiographiquement chargées qui soient, pour deux raisons au moins. Tout d'abord, la question des origines du sacrifice, qui a hanté la recherche sur le rituel depuis le milieu du XIXe siècle, a puisé à la tragédie grecque une partie de ses arguments. Puisque le mot tragédie signifie en grec « le chant du bouc », le genre tout entier a pu être articulé au cadre rituel de la mise à mort d'un animal. Ensuite, la perversion et le détournement des sacrifices tragiques qui conduit à mettre des humains à mort ont nourri l'intérêt, voire la fascination, des chercheurs modernes pour le sacrifice humain. S'il est bien une perversion de l'offrande sacrificielle, c'est celle-là, dont la présente leçon se saisit. La mise à mort rituelle d'Iphigénie, rappelée par le chœur de l'Agamemnon d'Eschyle, est l'exemple le plus célèbre de ce que nous avons pris l'habitude d'appeler un sacrifice humain. Au supplice d'Iphigénie requis par Artémis vient s'ajouter celui de Polyxène, réclamée par l'ombre d'Achille, dans l'Hécube d'Euripide. Ce ne sont pas les seules figures tragiques à s'inscrire dans un tel cadre, mais il faut reconnaître qu'elles sont paradigmatiques dans toute la tradition grecque elle-même, et dans l'historiographie ensuite. La pertinence de les considérer comme des « sacrifices humains » est analysée. Quant à la jeune fille anonyme mise à mort dans les Héraclides d'Euripide et le fils de Créon, Ménécée, qui se suicide dans les Phéniciennes, leur sort est scellé par d'antiques prophéties qui font respectivement de Perséphone et de la Terre les destinataires de leur sang pour sauver Athènes, dans le premier cas, et Thèbes, dans le second. Le lexique de ces différentes mises à mort, plus ou moins ritualisées selon les contextes, est analysé.
Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante09 - Tuer un bœuf : étiologie des BouphoniesRésuméLe terme de Bouphonia désigne un sacrifice qu'accomplissaient les Athéniens lors des Dipolia ou Dipoleia, à savoir la fête de Zeus Polieus célébrée sur l'Acropole d'Athènes au début du mois de juillet. Sur le plan lexical, le nom du rituel associe un bovin (bous) et une mise à mort progressivement conçue comme un 'meurtre' (phonos). Le verbe bouphonein est attesté une fois dans l'Iliade (VII, 466) sans qu'une telle connotation morale ne soit perceptible, pas plus qu'elle ne l'est dans les quelques emplois de l'adjectif bouphonos dans la poésie archaïque et classique. Un mois Bouphoniōn apparaît dans le calendrier de certaines îles ioniennes, ce qui implique la célébration de Bouphonies en ces lieux à des périodes anciennes, mais indéterminées. Par ailleurs, le mois Boukatios et la fête des Boukatia sont documentés en Grèce centrale et renvoient également au fait de tuer (kainein) un bovin. Il est intéressant de constater que le bovin est le seul animal sacrificiel dont le nom entre en composition avec le lexique de la mise à mort, alors que d'autres espèces sont bien plus souvent impliquées dans ce type d'abattage rituel. Il faut dire que le sacrifice d'un bovin est prestigieux, coûteux, voire spectaculaire. Mais ce n'est pas la seule raison de cette mise en évidence lexicale. Pour approfondir ce point, on se penche sur le sacrifice athénien pour Zeus Polieus. Il présentait en effet des traits remarquables qui en ont fait un objet de curiosité et d'interprétation dès l'Antiquité. Le dossier complexe qui en résulte mêle des évocations du rituel lui-même, avec un procès condamnant l'outil de la mise à mort, et une étiologie qui traduit les liens étroits entre labour et sacrifice. Car le bœuf, au-delà de son coût, n'est pas un animal sacrificiel comme les autres : il est l'auxiliaire potentiel de l'homme dans ses travaux des champs ou de transport de charges. C'est la construction rituelle de cette contradiction dont témoigne l'étiologie des Bouphonies, au sein des Dipolies qui rappellent aussi les principes constitutifs de la vie civilisée : les communautés humaines travaillent la terre pour se nourrir, honorent les dieux, font société au sein de l'entité que les Grecs appellent polis et dont, à Athènes en tout cas, Zeus Polieus assure la souveraineté aux côtés de sa fille divine sur l'Acropole.
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