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Questions d'environnement
Questions d'environnement
Author: RFI
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© France Médias Monde
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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.
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Y a-t-il une vie après la catastrophe ? À Tchernobyl ou Fukushima, partout où la présence humaine disparait, les plantes et les animaux prospèrent, même dans les pires conditions. C’est l'un des endroits les plus sinistrés de la planète : la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine. L'explosion d'un des réacteurs en 1986 a provoqué la pire catastrophe nucléaire de l'humanité. Une zone d'exclusion de plusieurs milliers de kilomètres carrés a dû être créée à cheval entre l'Ukraine et la Biélorussie. Une zone sans humains, mais avec beaucoup d'autres animaux : petit à petit, la vie a repris à Tchernobyl. C'était pourtant mal parti, après la mort de tous les arbres, devenus rouges. On a cru que Tchernobyl resterait un désert. Mais la végétation est repartie. Les animaux sont revenus, et notamment des mammifères : des lynx, des loups, des bisons. On a aussi introduit à Tchernobyl le cheval de Przwevalski, utilisé un peu comme cobaye ; il a pu se reproduire et sa population a augmenté. À lire aussiTchernobyl, 30 ans après : quelles sont les conséquences écologiques ? Radioactivité et activités humaines Le même phénomène a été observé à Fukushima, après l'accident de la centrale nucléaire en 2011. Le départ des humains a laissé les autres animaux prospérer. On a même observé un ours noir d'Asie, une espèce menacée dont on croyait qu'il avait disparu de la région. On a aussi découvert une nouvelle espèce de sanglier, issue de l'accouplement entre un sanglier sauvage et un cochon d'élevage échappé au moment de la catastrophe. Comme si les animaux préféraient la radioactivité aux activités humaines. Mais tout n'est pas complètement rose. À Tchernobyl, il y a un contre-exemple parfait : un champignon qui se porte bien, très bien, qui pousse sur le site même de la centrale. Mais voilà, c'est un champignon radiotrophe, c'est-à-dire qu'il se nourrit de la radioactivité. S'il prospère, en fait, ce n'est pas très bon signe. On a aussi noté une espérance de vie plus courte chez des animaux ou des malformations chez des oiseaux. Une grenouille est aussi particulièrement étudiée, en tant qu’animal sentinelle : à Tchernobyl comme à Fukushima, les catastrophes nucléaires ont entrainé une modification de son ADN. Zones fantômes bien vivantes Mais la radioactivité semble finalement moins néfaste que la présence humaine, comme si rien n'était pire pour la vie que la vie humaine. C'est le cas aussi de la zone d'exclusion militaire entre les deux Corées, un no man’s land en vigueur depuis 1953, une bande de 4 kilomètres de large et longue de 250 kilomètres, truffée de mines... La DMZ est un véritable sanctuaire, un corridor écologique, avec plus de 6 000 espèces végétales et animales recensées. Et parmi elles, le tiers des espèces menacées de Corée du Sud. L'atoll de Bikini, dans le Pacifique, utilisé par les États-Unis pour leurs premiers essais nucléaires, et inhabité aujourd'hui, abrite d'incroyables récifs coraliens. Cap Canaveral, aux Etats-Unis, d'où décollent les fusées de la Nasa, se trouve au milieu d'un parc naturel, avec des restrictions d'accès qui font le bonheur des lamentins, des tortues et des alligators. Il y ainsi de très nombreux exemples où la nature reprend ses droits, sur d'anciens sites industriels, même sur des sols contaminés et pollués. Des plantes qui colonisent le béton abandonné. Une renaturation involontaire. Des zones fantômes peuplées d'être bien vivants pourvu qu'ils ne soient pas humains. Comme si la défaite de l'humanité était une victoire pour le reste du vivant.
L'empreinte carbone des animaux de compagnie n'est pas négligeable en raison de la viande contenue dans leur alimentation. Mais le passage à un régime végan est compliqué pour les canidés, et totalement exclu pour les félins. Ils n’ont pas l’air, comme ça, avec leur regard innocent, mais les animaux de compagnie ont bien leur part de responsabilité dans la crise climatique. Selon une étude britannique réalisée par l’université d’Edimbourg, et relayée par The Guardian, les aliments pour chiens représentent 1% des émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni, ce qui n’est pas négligeable. En cause, principalement, la viande présente dans ces aliments. Il y a quelques années, une autre étude avait montré que les chats et les chiens des États-Unis formaient les cinquièmes plus gros consommateurs de viande au monde. Certains fabricants de nourriture pour chien n’hésitent d'ailleurs pas à utiliser des parties nobles habituellement réservées à la consommation humaine, et pas seulement des déchets de carcasse – rien n’est jamais trop bon pour les toutous. Peut-on alors avoir un chien végan ? Les chiens sont ce qu’on appelle des carnivores flexibles. Une alimentation carnée est indispensable à certains moments de leur de vie. « Quand un chien est adulte et qu’il ne se reproduit pas, il est assez flexible. Il peut donc être nourri de différentes manières. En l’absence d’éléments d’origine animale dans son alimentation, il aura un poil plus ou moins beau, etc. mais il pourra survivre. En revanche, il n’est pas capable de se reproduire, de grandir correctement s’il n’y a pas dans son alimentation des éléments d’origine animale, obligatoirement », précise Géraldine Blanchard, vétérinaire, spécialiste en nutrition clinique. Chat chasseur de viande Quant aux chats, c’est pire encore. Une alimentation végan est totalement exclue pour le chat, un carnivore strict, qui ne peut vivre sans protéines animales. D’ailleurs, même s’il est nourri tout à fait comme il faut, il a la viande dans le sang, son instinct de chasseur est intact : chasseur d’oiseaux, et c’est une vraie menace pour la biodiversité ; chasseurs de rongeurs aussi, c’est pour cette qualité-là qu’il avait été recruté, domestiqué par les humains. « La chasse, c’était ce qu’on voulait qu’il fasse, jusqu’à récemment, rappelle Eva-Maria Geigl, chercheuse au CNRS. Parce qu’on ne voulait pas d’un chat sur un canapé, ce n’était pas le but ! Donc, forcément, on n’a pas agi sur ce trait. Le problème n’est pas le chat, le problème est l’être humain qui a laissé les populations de chats prendre une telle ampleur. Un carnivore ne doit pas être présent dans une telle quantité ». Il est bien mignon, Minou, mais rien qu’en France, les chats tueraient 75 millions d’oiseaux chaque année. Au Japon, en éradiquant les chats d’une île, on a pu sauver une espèce de pigeon au bord de l’extinction. Un lapin c'est bien aussi Pour réduire l’impact climatique des animaux de compagnie, les croquettes peuvent être une solution. Leur empreinte carbone est bien plus faible que ce qu’on appelle la nourriture humide, type pâtée pour chien. Des croquettes pour tous ? Non, parce que les croquettes contiennent de l’amidon, présent dans les féculents, et certains chiens ne le digèrent pas. Oubliez aussi les croquettes végan qu’on peut trouver sur internet, la plupart provoqueront des carences chez votre animal. On peut être végan mais on ne peut pas l’imposer à son chat ou à son chien. « La biologie n’est pas une philosophie, estime la vétérinaire Géraldine Blanchard. Respecter un animal, c’est d’abord couvrir ses besoins nutritionnels à lui. Et ne pas se dire : "Puisque je ne veux pas ça pour moi, je ne veux pas ça pour lui". Dans ce cas-là, il faut réfléchir à avoir un animal qui soit végétarien. Il y en a plein. Un lapin est un animal très sympa, et c’est végétarien ». Un lapin, ou même l’animal de compagnie le plus vendu dans le monde : un poisson rouge, omnivore, dont la seule alimentation carnée vient d’insectes. Et tant-pis pour les caresses.
En raison d'un déplacement géographique de leur proies (sardines et anchois, plus petits), les cétacés s'approchent trop près des côtes atlantiques françaises où ils se retrouvent pris au piège dans les filets des pêcheurs. C'est une réaction en chaîne, et c'est un mystère enfin levé. On sait désormais pourquoi trop de dauphins meurent dans le Golfe de Gascogne, sur la façade atlantique française, échoués sur les plages et surtout dans les filets des pêcheurs du Golfe de Gascogne. 9000 dauphins morts chaque année, sur une population d'environ 200 000 individus. Certes, ce n’est « que » 5%, mais au-delà de 5000 morts par an, la survie de l'espèce est menacée. Face à cette hécatombe, une mesure a d'ailleurs été prise, aux effets incontestables : l’interdiction de la pêche pendant un mois l’hiver. Le nombre de dauphins tués a ainsi été divisé par quatre. Mais cela a évidemment un coût économique et social pour tous les pêcheurs empêchés de travailler, et pour toute la filière. Mais le premier responsable de cette hécatombe, ce ne sont pas les pêcheurs. L’accusé numéro un, à l'origine de tout, c'est le réchauffement climatique. Il a d'abord un effet sur le débit des fleuves, en l'occurrence ici la Loire, qui se jette dans l'Atlantique. Moins d'eau douce, à cause du réchauffement, c'est moins de nutriments dans l'océan, « essentiellement du phosphore, d’origine terrestre, qui permet aux microalgues de se développer. En raison des politiques de réduction du phosphore dans les lessives, moins de phosphore est apporté, détaille Mathieu Doray, chercheur à l'Ifremer, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, et co-responsable du projet Delmoges qui vient de publier une étude sur les dauphins à l’issue de trois ans de recherches et d’observations. Il y a aussi moins de débit dans la Loire et toutes ces microalgues ont donc moins de nutriments pour se développer. De plus, elles vivent dans des conditions plus chaudes et donc moins favorables pour elles ». L’océan, dans cette zone, s'est réchauffé de presque 0,8 degré en 20 ans. À lire aussiDauphins: la justice française confirme une interdiction de pêche d'un mois dans le golfe de Gascogne Petits poissons de plus en plus petits Ces microalgues se trouvent à la base de la chaine alimentaire. Et s’il y en a moins, il y a aussi moins de zooplancton, ces petits organismes qui mesurent 1 millimètre, qui se nourrissent de microalgues, et qui sont à la base de l'alimentation des sardines et des anchois. Moins de zooplancton, c'est ainsi des poissons plus petits. Depuis le début du siècle, les sardines et les anchois ont perdu 2 centimètres. Les sardines et les anchois, à la base du repas des dauphins. Il y a beaucoup moins de sardines et d'anchois au large : parce qu'ils sont plus petits, ils restent près des côtes. Les dauphins suivent donc leurs proies, là où se trouvent aussi beaucoup de bateaux de pêche. « L’essentiel de la pêche qui peut nuire aux dauphins est déployé dans la bande côtière, entre 0 et 100 mètres de profondeur, pour capturer des espèces comme la sole, le bar ou le merlu. Plus les dauphins se rapprochent des côtes, plus ils se retrouvent en interaction avec des engins de pêche qui ne sont pas déployés plus au large. Ils sont donc soumis à un risque de capture accidentelle beaucoup plus important », explique Mathieu Doray. Outre la suspension de la pêche, il existe d’autre solutions pour protéger les dauphins : établir des cartes très précises des concentrations de sardines et d'anchois pour éviter la pêche au filet dans ces zones-là, comme le préconise l’Ifremer. On étudie aussi la possibilité d'équiper les filets de caméras et d'effaroucheurs sonores pour éloigner les dauphins, en reproduisant le son émis par un dauphin face à un danger. On est là au cœur d'une problématique posée par le réchauffement climatique : préserver l'activité humaine tout en protégeant la biodiversité. Une problématique et bien souvent une contradiction.
L'Union européenne a finalement donné son feu vert à la signature de l'accord de libre-échange avec le Mercosur. La France, qui a voté contre, s'est focalisée sur le sort des agriculteurs en occultant les menaces que fait peser le commerce international sur la planète. C'est un aboutissement, mais à quel prix ? Un quart de siècle plus tard, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Bolivie, Uruguay, Paraguay) sera officiellement signé samedi 17 janvier, après le feu vert des vingt-sept pays de l'UE vendredi dernier. La France, elle, en pleine crise agricole, a voté contre, pour la défense des agriculteurs, mais pas pour les menaces que fait peser le traité sur l'environnement. La défense du climat est passée complètement en-dessous des radars, et pas qu'en France. Le président du Brésil, qui accueillait pourtant il y a quelques mois le dernier sommet mondial pour le climat (la COP30), s'est contenté de saluer un « accord en faveur du commerce international comme moteur de la croissance économique ». Mais certainement pas en faveur de la planète. Que le meilleur gagne En réalité, ni la planète ni le sort de l'agriculture européenne ne sortiront gagnants si, à l'issue de l'étape ultime, le traité UE-Mercosur venait à être ratifié pour entrer en vigueur. « La logique en œuvre est de mettre sur un même ring des acteurs économiques qui ont des compétitivités différentes et de leur dire : "Que le meilleur gagne". On construit ainsi du moins-disant sur les prix, et donc sur la rémunération des producteurs. On créé également du moins-disant environnemental, des pressions à la baisse sur les normes environnementales », analyse l'économiste Maxime Combes, animateur en France du collectif de la société civile Stop Mercosur Cette dimension environnementale a d'ailleurs totalement disparu ces derniers jours dans le débat français. Il y a quelques temps pourtant, le gouvernement avait mis en place une commission sur les impacts de ce traité de libre-échange. Avec au final un chiffre implacable : plus 34% de CO2 dans les échanges commerciaux entre l'Union européenne et le Mercosur. Mais depuis, les tracteurs sont entrés dans Paris, la fronde agricole ne faiblit pas. C'est visible, spectaculaire, alors que la déforestation de l'Amazonie nous semble bien lointaine. Le court terme, le court-termisme, l'ont emporté. Et dans ce dossier-là, le backlash écologique a encore fait son œuvre. « Aujourd'hui, avec le retour en arrière sur cette problématique dans les priorités politiques et du débat médiatique, c'est beaucoup moins audible et beaucoup moins entendu que les mobilisations du monde agricole », regrette Maxime Combe. Pesticides interdits et exportés Ce traité est pourtant en contradiction avec les engagements climatiques de l'Union européenne, et tout simplement avec l'Accord de Paris pour le climat. Mais on ne le dit pas ou peu. On se soucie des éleveurs français, à juste titre, mais jamais on ne s'interroge sur l'impact de la consommation de viande sur la crise climatique. Vu d'Europe, on parle d'un traité favorable aux constructeurs de voitures, alors même qu'on va peu à peu interdire en Europe les moteurs thermiques. On va aussi exporter davantage de pesticides en Amérique du Sud, ces mêmes pesticides qui sont interdit en Europe... En fait ce traité, qu'on a commencé à négocier il y a 25 ans, est un traité d'un autre siècle. « Il est certain que l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur n'a pas été pensé, réfléchi et négocié dans une perspective de lutte contre le réchauffement climatique et de protection de la biodiversité, constate Maxime Combes. Tous les enjeux environnementaux ont donc été laissés de côté, et en ce sens c'est un accord très largement dépassé, obsolète, dont les principes datent réellement du XXe siècle ». En occultant les questions climatiques et environnementales, on évite de poser les questions qui fâchent, on évite un débat explosif : la remise en cause du dogme libéral en vigueur depuis 40 ans. Le commerce international et la compétitivité ne sont pas compatibles avec les intérêts de la planète. « Vous ne pouvez pas mener des politiques environnementales ambitieuses et dire en même temps que vous voulez que les acteurs économiques soient les plus compétitifs sur les marchés mondiaux », affirme ainsi l'économiste Maxime Combes. Parce que la défense de l'environnement remet en cause le modèle économique dominant, elle passe au second plan. Elle est pourtant loin d'être secondaire. À lire aussiLe débat sur l'accord UE-Mercosur illustre les complexités de la politique européenne
Avec le réchauffement climatique, les températures négatives sont désormais exceptionnelles. Il n'y a plus de saison et de moins en moins de « vrai hiver », alors que le gel a des avantages. Il a neigé sur la France, le froid s’est abattu sur le pays. Des températures négatives, du verglas, de quoi faire les gros titres des journaux et des chaînes télé d’information s’alarmant d’une « vague de froid » frappant la France – et visiblement cela fait mal à la France. L’hiver n’aurait ainsi pas commencé le 21 décembre, mais le 5 janvier, à en croire une journaliste de la télévision : « Il n’aura fallu cet après-midi que quelques heures pour faire basculer l’Île-de-France dans l’hiver et la galère. » Dans un reportage, de jeunes filles s’exclament : « C’est vrai qu’il fait super froid ! ». Tandis qu’un éditorialiste économique nous dit le prix du froid : « Rassurez-vous, une vague de froid, ça coûte moins cher qu’une canicule. » Pas de quoi nous rassurer en fait, puisqu'il y a désormais en France, et plus généralement sous climat tempéré, plus de canicules que de vagues de froid de plus en plus rares. L'expression « vague de froid », un raccourci de langage sensationnaliste, est d’ailleurs inappropriée. On ne décrète pas une vague de froid, car il y a des critères à remplir, et par exemple une moyenne nationale de –2°C. « Mais nous n’avons pas atteint une moyenne nationale de –2°C, ce qui fait qu’en fait ce que nous avons n‘est pas une vague de froid et ne peut pas être comptabilisé comme un épisode exceptionnel », souligne l'agroclimatologue Serge Zaka. Premier froid, première fois Aurait-on ainsi perdu l'habitude du froid ? Certains sont trop jeunes pour avoir connu l'hiver 1985, où il faisait –25°C au petit matin. La probabilité qu'un tel événement se reproduise aujourd'hui est d’ailleurs de 1 %. La dernière vague de froid en France remonte à 2018 et il y en a de moins en moins. Si on regarde l'année 2025, on a battu dans tout le pays 724 records de chaleur et seulement 60 de froid : c'est cela le changement climatique. On ne sait plus ce qu’est le froid. « Toutes les personnes qui ont en dessous de 25 ans, donc qui sont nées après 2000, ont l’habitude d’avoir des hivers doux et peu de vagues de froid, estime Serge Zaka. Pour certains, avoir autant de neige et voir qu’il fasse aussi froid, c’est la première fois de leur vie. Et on oublie au fil des générations ce qu’on appelle un vrai hiver en France. » Moins de froid l’hiver ne serait a priori pas un problème pour les humains, dont le corps préfère les températures modérées. Mais le gel est parfois bien utile pour éviter les maladies. « Le manque de froid de plus en plus prégnant en hiver implique une faible mortalité des pucerons, des mouches et des moustiques, des vecteurs de maladies, rappelle Serge Zaka. Donc s’il y a peu de gel et pas assez de froid, on a une reproduction latente de maladies, voire une surpopulation au printemps parce que le gel n’a pas, comme on disait dans les années 1970, nettoyé la vermine. » Adieu pommes, pêches et abricots Certains végétaux ont même besoin de froid, qui permet aux plantes et aux arbres de se reposer. Un repos de moins en moins fréquent avec le réchauffement climatique. Et pour avoir des fruits l'été, il faut du froid l'hiver. « L’hiver n’est pas là par hasard. Pour fleurir, nos arbres ont besoin de froid. C’est ce qu’on appelle la vernalisation, les besoins en froid pour fleurir. Lorsqu’il ne fait pas suffisamment froid, on peut avoir des problèmes de floraison au printemps, voire pas du tout de floraison, et c’est problématique si cela concerne des pommiers, des pêchers ou des abricotiers puisque dans ce cas-là il n’y a pas de fruit », explique Serge Zaka. L’épisode de froid que vient de subir la France est donc une bonne nouvelle : sauf gel tardif au printemps, il y aura plein de pêches et d’abricots cet été.
Le territoire convoité par le président des États-Unis renferme un riche sous-sol. Si la fonte de ses glaciers pourrait rendre exploitables ses sols et ses minérais, elle pourrait également rayer de la carte des centaines de milliers de villes du monde entier. C’est un territoire convoité et immense. Le Groenland s’étend sur 2 millions de kilomètres carrés, soit un territoire presque quatre fois plus grand que la France. C’est aussi, et surtout, la deuxième plus grande masse de glace sur terre après l'Antarctique, au pôle opposé. Cette masse commence à fondre et pourrait provoquer, à terme, une hausse considérable du niveau des océans. Contrairement à la banquise, qui flotte comme un glaçon, la calotte glaciaire du Groenland se trouve, par définition, au-dessus de la terre, et c'est ce qui fait toute la différence. « Au Groenland, on a des masses tellement importantes, des volumes considérables, qui recouvrent la totalité de cette île. On parle donc dans ce cas-là de calotte glaciaire qui peut avoir plusieurs centaines de mètres d’épaisseur. On estime donc que la masse complète du Groenland pourrait faire lever le niveau des océans de plusieurs mètres, de l’ordre de 5, 6 ou 7 mètres », explique Glenn Yannic, enseignant-chercheur à l'université Savoie-Mont-Blanc. La fonte de la calotte glaciaire provoque la hausse du niveau des océans, et non pas la banquise qui fond chaque été en Arctique. « La banquise, lorsqu’elle fond, c’est comme lorsque vous mettez un glaçon dans un verre et que vous remplissez l’eau à ras bord, le glaçon va fondre et ne fera pas augmenter le niveau de l’eau », poursuit Glenn Yannic, qui travaille sur le Groenland. À lire aussiConvoitise américaine sur le Groenland: tour d'horizon des enjeux Réchauffement accéléré Une hausse des océans de 5 à 7 mètres à la fin du siècle serait énorme, et cela signifie la disparition de centaines de milliers de villes des littoraux du monde entier : des millions et des millions de personnes en seraient concernées. L'hypothèse est de plus en plus crédible, parce que le Groenland est l'une des régions du monde qui se réchauffe le plus vite. Au printemps dernier, les glaciers ont fondu 17 fois plus vite que la moyenne, avec des records de chaleur. Une étude publiée par des scientifiques américains lundi 5 janvier dans la revue Nature Geoscience vient de refroidir tout le monde, sans jeu de mot. Grâce à des prélèvements de calottes glaciaires, les chercheurs « ont pu déterminer qu’il y a 7 000 ans la température était supérieure de 3°C à 5°C à la température actuelle qui sévit au Groenland. Ils ont pu montrer que c’était une partie du nord du Groenland qui était dépourvue de glace. C’est tout l’intérêt de cette étude, et c’est pour cela qu’elle a un tel retentissement : 3°C à 5°C, on y est presque, on est à bout touchant. À la fin du siècle, on peut prédire que la totalité de la glace qui recouvre actuellement le Groenland aura fondu », détaille Glenn Yannic. Dans le viseur de Trump Sous la glace actuelle du Groenland, dans le sous-sol, se trouvent des richesses naturelles qui intéressent vivement Donald Trump. Ivre de sa puissance et de son appétit de prédateur, le président des États-Unis n'arrête pas de le répéter depuis l'enlèvement du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro : après le pétrole vénézuélien, il vise le Groenland, pour des questions de « sécurité nationale ». Il y a aussi dans son viseur les richesses naturelles du territoire : les hydrocarbures, les minerais, et même l'eau, si pure qu’elle vaut de l'or. Terrible paradoxe si Donald Trump arrivait à ses fins : le plus puissant négationniste de la crise climatique pourrait profiter du réchauffement climatique. « Cette accélération de la fonte de la calotte glaciaire va libérer des espaces et va faciliter l’accès à certains gisements miniers, estime Glenn Yannic. Il faut savoir que cette recherche de minerais et d’hydrocarbures, et leur exploitation, sont des dossiers qui ont déjà été soumis au gouvernement du Groenland qui a décidé, il y a quelques années, de mettre un moratoire sur cette exploitation. » Un arrêt de la prospection pour préserver l’environnement. Le Groenland résiste, mais jusqu'à quand ? À lire aussiGroenland: après les propos de Trump, les députés français demandent plus de fermeté de la France et de l'UE
Alors que s'ouvre à Las Vegas le CES, le plus grand salon au monde consacré à l'électronique grand public, quels sont les risques que font peser les nouvelles technologies sur le climat et l'environnement ? C’est le grand rendez-vous mondial de tous les geeks et autres passionnés d’innovations technologiques : le CES, organisé chaque année à Las Vegas aux États-Unis. Les nouvelles technologies, plus si nouvelles d'ailleurs pour certaines, sont un moteur indéniable de croissance économique. Elles ont aussi leur utilité pour l'environnement, mais à quel prix ? La course à la nouveauté, célébrée à Las Vegas, entraine une surconsommation souvent délétère. À lire aussiLes start-ups marocaines, véritables pépites du CES de Las Vegas Les déchets, d’abord, sont un problème planétaire. Quand ils ne finissent pas dans la nature, nos vieux téléphones dorment dans un tiroir. Rien qu'en France, il y en aurait 50 millions, alors que 80 % des composants pourraient être récupérés. Dans le monde, les déchets électroniques augmentent ainsi cinq fois plus vite que leur recyclage, alors que les smartphones contiennent quantité de métaux plus ou moins précieux, comme l’or, l’argent et ce qu’on appelle les métaux rares. Terres rares, pollution fréquente On parle de terres rares parce qu’il faut forer en quantité pour isoler quelques grammes de ces métaux indispensables à la tech. Pour un ordinateur qui pèse 2 kilos, il faut extraire 800 kilos de matières premières, dont ces fameuses terres rares. Leur exploitation n’est pas anodine pour l’environnement. « C’est d’abord un trou dans le sol, ça s’appelle une mine. Le raffinage des terres rares et leur purification sont des processus extrêmement polluants, énergivores, consommateurs d’eau, rejetant toutes sortes de produits chimiques dans l’environnement », explique Guillaume Pitron, journaliste et chercheur associé à l'IRIS, l'Institut des relations internationales et stratégiques. Cette course aux terres rares, au profit notamment de l’industrie numérique, a aussi des conséquences géopolitiques. On parle ici de « colonialisme vert ». « Les États occidentaux ne veulent pas assumer la pollution associée au raffinage et à l’extraction des terres rares et autres métaux critiques et ils sous-traitent à des pays qui acceptent de se polluer. Ce sont en gros les pauvres qui creusent et ce sont les riches qui voudraient tirer le meilleur parti de la ressource mais en ne mettant pas les mains dans le cambouis », constate Guillaume Pitron, qui a écrit un livre intitulé La guerre des terres rares. Crise énergétique La tech présente aussi une lourde facture énergétique. Pour ne parler que des datacenters, les centres de données qui font marcher l'intelligence artificielle, ils représentent aujourd'hui 3 % de la consommation d'électricité mondiale et la hausse est exponentielle. Y a-t-il risque de panne générale d'électricité ? « Les besoins des datacenters sont organisés de sorte que le risque de pénurie d’électricité soit évité, répond Guillaume Pitron. Ces industries ont les moyens de se fournir en électricité mais également de la produire eux-mêmes, avec des fermes solaires ou des miniréacteurs nucléaires. » Pour autant, il peut exister des conflits d'usage et des conflits locaux entre les industriels et les consommateurs comme vous et moi. En Irlande par exemple, plus de 20 % de l'électricité est consommée par les datacenters. Aux États-Unis, le prix de l'électricité augmente à cause des datacenters. On relance les vieilles centrales à charbon, très polluantes. En Inde aussi, on a dû annuler la fermeture de centrales à charbon. Sans parler de la consommation d'eau pour refroidir les serveurs. À lire aussiAu CES de Las Vegas, la tech se révèle enjeu économique et géopolitique mondial Face à ce bilan accablant, que font les entreprises de la tech, alors que leur réputation est en jeu et leur modèle économique aussi ? Elles n’en font pas assez. « Ça ne peut pas être pire qu’aujourd’hui, estime Guillaume Pitron. Les entreprises regardent progressivement ces sujets. Les regardent-elles suffisamment ? Je dirais non. Commencent-elles à s’y mettre ? Oui. Est-ce assez rapide ? Non. Est-ce que leur capacité à répondre à ces enjeux environnementaux va aller suffisamment vite et va aller plus vite que l’accroissement de nos usages ? » À la pointe de l'innovation, la tech aurait ainsi toujours un train de retard.
Le Muséum célèbre cette année son 400e anniversaire. Un lieu dédié à la science et à la connaissance, qui a popularisé au fil des siècles les plantes et les animaux. Sa longévité dit tout de son succès, et de l'importance de son rôle pour la science et la connaissance. Le Muséum national d'Histoire naturelle à Paris fête demain ses 400 ans, 400 ans d'histoires, même si en réalité ce 400e anniversaire correspond à la création du jardin royal le 6 janvier 1626 par le roi Louis XIII. Le Muséum prendra sa suite à la Révolution française, en 1793. À l'origine, il s'agit d'un jardin des plantes médicinales, avant l'apparition de la première serre chauffée, sous Louis XIV, pour abriter un plant de caféier reçu en cadeau, et à l'époque c'est un beau cadeau. Les expéditions se multiplient dans les pays tropicaux, on en ramène des plantes, exposées pour affirmer sa puissance. « C'est une vitrine de la grandeur de l'État, des moyens de l'État : nous on peut aller au loin, ramener des plantes et les cultiver, raconte Noëlle Parisi, qui dirigea les Grandes serres du Jardin des plantes. C'est une vitrine de ce qu'on est capable de faire. Il faut aussi se mettre à la place des gens de l'époque : voir des végétaux qui poussaient en Amérique ou en Afrique, alors qu'il n'y avait pas d'avion à l'époque, c'était fabuleux ! » Diplomatie des plantes et des animaux Le Muséum permet de voyager sans bouger mais il a aussi un rôle économique à l'époque. La mondialisation économique a commencé avec les plantes qu'on récupère dans les pays tropicaux et qu'on réintroduit ensuite dans les colonies, comme l'hévéa ou la vanille. Ces plantes tropicales ont besoin de chaleur pour vivre sous le climat parisien, dans des serres chauffées, mais en 1945, juste après la guerre, il y a pénurie de charbon et on doit couper la chaudière. Une seule plante survivra, un palmier des Bermudes, toujours visible aujourd'hui dans l'une des serres du Jardin des Plantes. Après les plantes, le Muséum va aussi accueillir des animaux. Après la diplomatie des plantes, il y a la diplomatie des animaux, avec une célèbre girafe, appelée Zarafa, offerte par l'Égypte au roi Charles X. On est en 1826 et elle est la première girafe à mettre une patte en France, arrivée en bateau au port de Marseille. Commence une véritable épopée pour l'animal qui va traverser la France jusqu'à Paris, 880 kilomètres en 41 jours. Zarafa est escortée par des gendarmes à cheval et acclamée par les curieux le long de la route. Et lors de son premier été parisien, 600 000 personnes viennent l'admirer. Siam, Kiki et Nénette Le Muséum a en effet créé un zoo après la Révolution française, lorsqu'on a récupéré les animaux de la ménagerie du château de Versailles où vivait le roi. Quelques spécimens avaient survécu aux temps troublés, dont un lion et un rhinocéros. Le Muséum créera ensuite au XXe siècle un autre zoo, le zoo de Vincennes, qui a accueilli un célèbre éléphant baptisé Siam (un éléphant d'Asie). Il est toujours visible aujourd'hui dans la Grande galerie de l'évolution du Muséum, naturalisé (empaillé comme on dit couramment) à sa mort à l'âge de 53 ans. Une célèbre tortue est également exposée dans la Grande galerie de l'évolution du Muséum : la tortue Kiki, un mâle qui pèsera à la fin de sa vie 250 kilos. On le transportait d'abord dans une brouette avant de devoir utiliser un chariot élévateur. Kiki était une tortue géante des Seychelles, célèbre pour ses grognements impressionnants pendant l'accouplement. Mais beaucoup de bruit pour rien : Kiki n'aura jamais eu de descendance, jusqu'à sa mort à 146 ans. Bêtes curieuses Et puis il y a Nénette, toujours vivante. Nénette est la star de la Ménagerie du Jardin des plantes. Une femelle orang-outan âgée aujourd'hui de 57 ans. Elle a passé plus de 30 ans en captivité, et elle captive les visiteurs. « Ce qui différencie les animaux des parcs zoologiques des animaux dans le milieu naturel, c'est qu'ils sont tous nés en captivité et donc l'Homme fait partie de leur environnement, expliquait en 2021 Michel Saint-Jalme, directeur à l'époque du zoo du Jardin des plantes. Vous pouvez voir qu'il y a un petit peu de public, et les orangs-outans sont face au public, donc en recherche de contact ». Les bêtes curieuses ne sont peut-être pas celles que l'on croit. À lire aussiAu Jardin des Plantes, l'orang-outan «Nénette» fête ses 50 ans!
À quoi faut-il s'attendre pour cette nouvelle année ? Les émissions de gaz à effet de serre vont-elles diminuer ? Les énergies renouvelables vont-elles poursuivre leur essor ? Autant le dire tout de suite, en matière climatique, l'espoir n'est pas le sentiment le mieux partagé sur Terre. L'année 2025 n'a pas été très brillante et l’année qui commence ne devrait pas être meilleure, en tout cas aux yeux des habitants de la planète, selon une enquête réalisée par l’institut de sondage Ipsos dans une trentaine de pays (dont les États-Unis, le Brésil, l’Inde et le Japon). Ainsi, 78% des personnes interrogées anticipent une hausse des températures mondiales et 69% s'attendent à une multiplication des événements météorologiques extrêmes. Difficile de leur donner tort, au regard des 12 derniers mois… Mais l'AIE, l'Agence internationale de l'énergie, prévoit une légère baisse des émissions de CO₂ liées à la production d'électricité cette année (moins 1,1%), alors même que la consommation électrique devrait atteindre un nouveau record en 2026, parce que la population mondiale augmente, et parce que les data centers, les centres de données informatiques, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus gourmands – l'intelligence artificielle devient un outil du quotidien. Électricité propre Cette électricité devrait être plus propre, alors que 2025 a peut-être été une année charnière en matière d’énergies renouvelables. Le solaire et l’éolien devraient continuer sur leur lancée, devenir numéro un et ringardiser définitivement le charbon, l'énergie la plus sale. Même dans les États-Unis de Donald Trump, le charbon devrait régresser, parce qu'il est moins compétitif, sa production est plus chère que le solaire. Mais l'enjeu premier reste la Chine, responsable pour un tiers des émissions mondiales de CO₂. Les émissions de gaz à effet de serre chinoises ont stagné en 2025 et certains experts prédisent même le pic tant attendu des émissions chinoises pourquoi pas dès cette année. Mais les énergies fossiles ont encore le vent en poupe, même si 90% des nouveaux besoins en électricité seront pourvus cette année par les énergies renouvelables. Les pays producteurs de pétrole et de gaz défendent bec et ongle leur gagne-pain. Feront-ils encore échouer le prochain sommet mondial sur le climat, la COP31, qui aura lieu à la fin de l'année en Turquie sous la présidence australienne ? À la COP30 de Belém au Brésil, ils avaient réussi à écarter tout engagement précis de sortie des énergies fossiles, comme ils ont aussi fait échouer à Genève en 2025 les négociations sur une diminution de la production de plastique. Un mouton dans un pré À part la COP31, parmi les autres grands rendez-vous de cette année qui vient, figure un sommet mondial sur l'eau, organisé en décembre par le Sénégal et les Émirats arabes unis à Abu Dhabi, en faveur d'un accès universel à l'eau, l'un des objectifs de développement durable des Nations-Unies. Il y aura aussi un nouveau sommet mondial sur la biodiversité, à Erevan en Arménie au mois d'octobre. Puisqu'il faut garder espoir, signalons l'entrée en vigueur le 17 janvier du traité sur la haute mer, obtenu de haute lutte. Il prévoit la création d'aires marines protégées, ainsi qu'une réglementation des ressources génétiques. C'est aussi cette année que sera choisi le siège permanent du traité : deux villes sont candidates, Valparaiso au Chili et Bruxelles pour l'Union européenne. Enfin 2026 a été décrétée par la FAO, l'agence des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture, année internationale du pastoralisme. Parce que l'élevage extensif, c'est bon pour la planète, le climat, la sécurité alimentaire et la biodiversité. Et un mouton dans un pré, on trouve ça plus mignon qu'un baril de pétrole.
En matière d'environnement et de climat, le bilan est globalement négatif pour l'année qui s'achève, malgré quelques bonnes nouvelles. N’entretenons pas un suspens inutile : la crise climatique s'est aggravée cette année. Certes, 2025 ne devrait pas être l'année la plus chaude de tous les temps, mais « seulement » la deuxième ou troisième année la plus chaude. Les canicules ont été phénoménales — 20°C au Groenland –, puis en Arctique il n'a jamais fait aussi chaud et la banquise n'a jamais autant reculé. L'Australie a frôlé les 50°C, et à Dubaï, les habitants ont mis de la glace dans des piscines pour refroidir l'eau. Les catastrophes climatiques se sont multipliées, avec dès le mois de janvier un gigantesque incendie à Los Angeles (plus de 400 morts). La France, elle, a enregistré son plus grand feu de forêt de l'été depuis 50 ans. Il y a eu aussi des inondations meurtrières, aggravées par le changement climatique, comme au Pakistan avec 800 morts. À lire aussiEn 2025, les catastrophes climatiques dans le monde ont causé plus de 120 milliards de dollars de dommages Record de CO₂ Un chiffre résume cette année 2025, celui des émissions de CO₂, le principal gaz responsable du réchauffement climatique : plus de 42 milliards de tonnes de CO₂, un chiffre jamais atteint qui sonne comme un triste anniversaire pour l'Accord de Paris sur le climat, signé il y a 10 ans à la COP21. L'un de ses objectifs, limiter le réchauffement de 1,5°C à la fin du siècle, est bien mal en point. Parce qu'on y est presque : plus 1,48°C en moyenne sur ces trois dernières années, de quoi rendre pessimiste pour la suite. « La vérité, c’est que nous avons échoué à éviter un dépassement de 1,5°C au cours des prochaines années », déclarait en septembre le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Il y a quand même eu quelques bonnes nouvelles en 2025, comme la ratification du traité sur la haute mer, qui va entrer en vigueur dans quelques jours pour protéger les océans. Le trou dans la couche d'ozone, lui, devrait bientôt se refermer. Et puis les énergies renouvelables ont le vent en poupe, plus 15% cette année. Le solaire et l'éolien ont produit plus d'électricité que le charbon, en particulier grâce à la Chine, qui reste cependant le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. À lire aussiCatastrophes climatiques: «Les solutions existent, ce qu'il faut, c'est des décisions politiques» Backlash écologique Un homme a marqué l’année, Donald Trump et son slogan « Drill, baby, drill » (« Fore, bébé, fore »). Donald Trump, l’obsédé du pétrole, du gaz et du charbon, le négationniste de la crise climatique et de la science. Dès son retour à la Maison-Blanche, le 20 janvier, les Etats-Unis ont quitté l'Accord de Paris. Ils ont aussi boycotté le dernier sommet mondial sur le climat, la COP30 de Belém au Brésil en novembre. Même sans les Etats-Unis, la lutte mondiale contre la crise climatique a pu se poursuivre, cahin-caha. Mais le backlash écologique, le retour de bâton, a atteint la vieille Europe. On termine avec la femme de l'année, en tout cas de cette fin d'année, Brigitte Bardot, morte le 28 décembre. Elle avait arrêté le cinéma pour une chèvre, et pour sauver les bébés phoques. Elle avait consacré le reste de sa vie à la protection animale, au prix de quelques saillies racistes. Selon l'avocat Jean-Pierre Mignard, « Brigitte Bardot était animaliste mais pas humaniste ». Pour sauver la planète, en 2026 et après, il faudra les deux. À lire aussiLutte contre le réchauffement climatique: Donald Trump en arrière toute
La chaîne française de supermarchés essuie des critiques après le succès planétaire de son film publicitaire vu plus d’un milliard de fois. La publicité est devenue culte en quelques semaines, dépassant toutes les espérances de ses concepteurs. Déjà vue plus d’un milliard de fois dans le monde entier, « la pub du loup », comme on l’appelle, met en scène un loup, bien seul parmi tous les animaux de la forêt, parce qu’il est carnivore. Difficile de se faire des amis qu’on pourrait dévorer. « Si tu mangeais pas tout le monde ! », explique un hérisson au loup dépité. « Je suis un loup, lui répond-il. Qu’est-ce que tu veux que je mange ? » « Déjà pas les gens ! Des carottes, des champignons, des fruits, des légumes… » « Ça se chasse comment, les légumes ? », demande le loup, « le mal-aimé » de la forêt, pour reprendre le titre de la chanson de Claude François qui illustre la publicité. Le loup va donc se mettre à cuisiner des légumes et à préparer un repas de fête pour tous les animaux de la forêt, qui finissent par accepter le loup. La publicité a été ainsi saluée comme un conte de Noël sur l’inclusivité, le vivre-ensemble et pourquoi pas le véganisme. À lire aussiLa publicité de Noël d’Intermarché, création française, réjouit les internautes « Bouffer Bambi » Mais des critiques ont fusé, alors que la crise climatique exige de manger moins de viande, puisque l’élevage est une importante source de gaz à effet de serre. Dans le camp des « viandards », on a dénoncé une publicité « woke » et « gauchiste » pour promouvoir le végétarisme. Sur les réseaux sociaux, certains ont détourné la pub, avec l’intelligence artificielle, pour montrer par exemple le loup qui tranche non plus une carotte mais la tête d’un écureuil. « Tu vas voir si je suis un p** de bouffeur de légumes », fait-on dire au loup. Tu vas voir, je vais aller bouffer Bambi, ça va pas trainer ! » « Bouffer Bambi », manger des cervidés, c’est dans l’ordre naturel pour les loups. C’est d’ailleurs parce qu’ils n’ont plus de prédateurs que les ongulés, les cerfs ou les sangliers, prolifèrent. Eux sont bien végétariens et peuvent menacer des forêts en s'attaquant aux nouvelles pousses, aux jeunes arbres. C’est aussi pour cela que le retour du loup en France, éradiqué au début du XXe siècle, est une bonne nouvelle pour la biodiversité, pour l’équilibre de la nature. À lire aussiAlimentation: «La surconsommation a un coût» sur la santé et l'environnement, constate une étude Pêche destructrice La pub d’Intermarché a aussi été critiquée par des associations environnementalistes, en particulier par l’ONG française Bloom, qui se bat pour la sauvegarde des océans. Dans le film, on voit le loup, censé devenir végétarien, pêcher et cuisiner du poisson. « Le message subliminal, c’est qu’être végétarien est compatible avec le fait de manger du poisson, dénonce Claire Nouvian, la fondatrice de Bloom. Mais ce n’est pas possible : les végétariens ne consomment aucune chair animale. Le loup est accepté sur la base de son végétarisme ; c’est une quiche végétarienne qu’il propose à la fin du clip, ce n’est pas son plat de poisson. Il y a une hypocrisie. Cela se présente comme un petit film alors que c’est une publicité. Et à quoi sert une publicité, sinon à nous faire acheter des choses ? » Intermarché veut nous faire acheter du poisson mais pas du poisson bio, selon Bloom qui accuse l'enseigne de grande distribution de pratiques délétères. « Il se trouve qu’Intermarché possède la plus grande flotte de pêche de France impliquée dans des méthodes de pêche extrêmement destructrices : le chalutage de fond, avec des filets qui raclent les fonds et détruisent l’environnement. Dans le clip, évidemment, le loup ne fait pas du chalutage de fond, il pêche à la ligne. Donc je trouve cela délétère par rapport à la représentation faussée selon laquelle les poissons se porteraient bien. On a déjà fait disparaitre plus de 90 % de grands poissons des océans », souligne Claire Nouvian. Bloom a ainsi porté plainte pour publicité mensongère. L'ONG avait déjà fait condamner Intermarché en 2012, qui prétendait, déjà, faire de la pêche durable. À lire aussiFace à l'urgence climatique, quelles alternatives à la viande d'élevage?
Cette année, l'actualité environnementale a été souvent marquée par des reculs politiques. Et ce alors que partout dans le monde, de plus en plus de citoyens et de citoyennes se mobilisent pour protéger le climat et ainsi le vivant sur notre planète. Pour celles et ceux qui ont douté en 2025 de l'impact que peuvent avoir leurs mobilisations, il existe un exemple à suivre : celui du Ghana. Au Ghana, le gouvernement a abrogé en début de ce mois de décembre une loi minière controversée. Cette loi permettait au président d'approuver l'exploitation aurifère dans les 288 réserves forestières du pays au titre de « l’intérêt national ». De cette manière, dans plus d'une douzaine de ces zones écologiquement très sensibles, des licences pour des mines d'or avaient été délivrées. Quand l'information est rendue publique début 2023 par des organisations environnementales « la société civile, presque tout le pays, s'est soulevée à l'unisson pour dire : vous ne pouvez pas toucher à la forêt comme ça ! », raconte Daryl Bosu, vice-président de l'ONG A Rocha Ghana. Accra a écouté après une menace de grève « C'était le début d'un mouvement sans précédent au Ghana : des ONG, des réseaux de scientifiques, des alliances de citoyens, les médias, le Conseil des évêques catholiques menaient des actions, organisaient des manifestations, menaient des dialogues avec les agences gouvernementales et le parlement, se souvient Daryl Bosu. Mais le point de bascule, c'était le moment où les syndicats ont menacé de lancer une grève générale dans tout le pays et où les professeurs d'université du Ghana ont menacé de manifester. C'est là que le gouvernement a commencé à écouter. Je pense que nous avons montré que lorsque la société civile travaille ensemble, nous pouvons réellement déplacer des montagnes. » La ruée vers l'or dont regorge le sous-sol ghanéen cause depuis des années la destruction des écosystèmes forestiers. Cette destruction est devenue inacceptable pour la population. « L'exploitation minière n'a pas sa place dans nos réserves forestières. Parce que nos forêts livrent des services indispensables à tous les citoyens ghanéens qui l’ont bien compris. Elles améliorent le climat, garantissent notre approvisionnement en eau et jouent un rôle essentiel en tant qu'habitat pour la biodiversité. Nous avons besoin de ces services fondamentaux pour garantir notre bien-être et notre sécurité », explique le défenseur de l’environnement. Des défis demeurent Des défis demeurent toutefois : comment imposer l'interdiction de l'exploitation minière dans les forêts ghanéennes ? Comment venir notamment à bout de l'orpaillage illégal ? Comment permettre aux mineurs artisanaux de trouver des moyens de subsistance alternatifs ? Mais après la victoire de l'abrogation de la loi minière, Daryl Bosu est optimiste pour la suite : « Pour en arriver là, il faut également un gouvernement à l'écoute. Je ne cherche pas à défendre le gouvernement. Je tiens juste à l'encourager à continuer d'écouter la société civile. Car ensemble, nous pouvons bâtir un pays meilleur et durable pour nous tous. » ONG, scientifiques, syndicats et simples citoyens pensent déjà à l'après : forts du succès de cette première mobilisation environnementale populaire, ils veulent maintenant mettre le cap sur des mesures d'adaptation au changement climatique. À lire aussiAu Ghana, comment rendre le secteur minier plus respectueux de l’environnement ?
Le 26 décembre 1985, la primatologue américaine était sauvagement tuée dans le Virunga. Elle avait bouleversé les connaissances et l’image de ces grands singes et luttait pour leur protection. Depuis 40 ans, la question reste sans réponse : qui a assassiné Dian Fossey, la primatologue américaine qui étudiait les gorilles au Rwanda, dans les montagnes du Virunga, et pourquoi ? Quarante ans après sa mort, le nom de Dian Fossey reste associé à ces grands singes fascinants, et son héritage est extrêmement important, au même titre que celui de la Britannique Jane Goodall, qui étudiait les chimpanzés en Tanzanie, et qui est morte cette année. Dian Fossey est devenue célèbre dans le monde entier lorsqu'elle a fait la couverture du magazine National Geographic, en 1970. On la voit porter un jeune gorille dans ses bras – c'est la première photo à montrer un tel contact entre un humain et un gorille. Au prix de milliers d’heures d’approche et d’observation, Dian Fossey avait patiemment établi une relation de confiance avec « ses » gorilles. Grimaces de singe « La semaine dernière, de jeunes gorilles ont joué autour de moi pendant une heure. Je ne puis vous dire mon émotion. Je les crois fort perturbés par mon espèce. Je les ai amadoués en les imitant. Ils sont fascinés par mes grimaces. Du fait de ce rapprochement, je glane une masse d’observations, du jamais-vu », raconte-t-elle dans le film Gorilles dans la brume, sorti en 1988, où Dian Fossey est incarnée par Sigourney Weaver. Un film inspiré de son autobiographie, qui a contribué à entretenir sa légende. Dian Fossey a d'abord révolutionné la connaissance de ces grands singes, alors même qu’elle n’a pas de formation scientifique. L'Afrique et les animaux l'attirent et elle finit par s'installer au Rwanda dans les années 60 pour fonder un centre de recherche et consacrer le reste de sa vie aux gorilles des montagnes. La « femme gorille » Elle a ainsi changé le regard des humains sur leurs cousins lointains, perçus à l’époque comme de grands singes féroces et agressifs. « Dian Fossey a été la première à s'apercevoir qu’il s’agit d’animaux gentils, capables de sensibilité, d’être doux. Elle a découvert que chaque individu avait sa personnalité, ce qui n’était pas du tout accepté à l’époque. Elle a aussi mis en lumière différents comportements, comme l’infanticide, ainsi que des relations sociales beaucoup plus intenses que ce qu’on pensait jusqu’alors », souligne la primatologue italienne Shelly Masi, qui étudie les gorilles de l'Ouest en Centrafrique. L'autre héritage de Dian Fossey, c'est la sauvegarde des gorilles, dont on fait des trophées de chasse. Des animaux tués par les braconniers ou capturés pour rejoindre des zoos. La « femme-gorille », comme on l’appelait, se battait contre les chasseurs pour sauver ses protégés. « Elle a lutté pour leur préservation, à tel point que les gorilles de montagne sont la seule sous-espèce de grands singes qui n’est pas en train de disparaitre. C’est même la seule espèce dont la population augmente », précise Shelly Masi. Controversée Mais sa vision de la conservation et de la sauvegarde des animaux, n'était pas consensuelle. Elle s’était fait beaucoup d’ennemis, et c’est la face sombre de Dian Fossey. À la différence de Jane Goodall, qui avait compris qu'on ne peut protéger les animaux sans aider les humains, comme fonctionnent aujourd’hui les politiques de conservation partout dans le monde, Dian Fossey entra très vite en conflit avec les villageois. Elle fut aussi accusée de racisme et d'avoir torturé des braconniers. « C’était une femme un peu bizarre, dans la façon dont elle se comportait, dans la façon dont elle défendait ces animaux, à juste titre peut-être, mais avec une telle agressivité, témoigne Robert Arnaud, le journaliste de Radio France qui l'avait rencontrée au Rwanda, interviewé par Kamel Djaider dans Afrique matin sur RFI en 1988. Ces gorilles, c’était ses gorilles. Ce n’était pas des gorilles, c’était les siens. Si on y touchait d’une manière quelconque, on touchait à ses enfants, on touchait à son bien. Elle devenait furieuse. À la fin, elle devenait furieuse. » Dian Fossey était un personnage controversé, mais elle a sorti les gorilles de la brume. À lire aussiAu Rwanda, la population grandissante de gorilles en danger à cause du manque d'espace
Le même terme, « écologie », désigne un courant de pensée politique et une science. Cette possible confusion est exploitée par les climatosceptiques pour dénigrer à la fois la science et les écologistes. Quand on dit « écologie », on pense sûrement d’abord à un parti politique, comme Europe-Écologie-Les Verts en France. On peut aussi penser à des femmes et des hommes politiques, comme René Dumont, premier candidat de l’écologie à une présidentielle, en 1974. « La voiture, ça pue, ça pollue, ça rend con », lâchait-il pendant sa campagne. Mais, l’écologie, avant d’être un courant de pensée, ou un courant politique, c’est d’abord de la science. L’écologie se définit comme l’étude des interactions entre les êtres vivants et leurs milieux, et entre les êtres vivants eux-mêmes. Une science qui s’appuie d’ailleurs sur d’autres sciences : la biologie, la climatologie, la physique ou la chimie. Il y a des biologistes, et il y a des écologues, à ne pas confondre donc avec des écologistes. À lire aussiPhilippe Grandcolas (écologue): «Il faut absolument stopper l'effondrement de la biodiversité» Écologues et écologistes sont complémentaires L’écologie politique et les écologistes défendent des politiques environnementalistes. Mais, dans les faits, les écologistes dépendent du travail des écologues. « Les partis politiques qui ont une vision environnementale s’appuient sur les connaissances développées en écologie pour avancer leurs idées et l’idée d’une transformation écologique de la société. Ils ne s’opposent donc pas », défend l’écologue Sébastien Barot, chercheur à l’IRD (l’Institut de recherche pour le développement), et auteur d’un livre intitulé L'Écologie est une science aux éditions Belin. Écologues et écologistes sont complémentaires. Mais un même mot, écologie, pour désigner une science et un courant de pensée politique, cela peut prêter à confusion. Une confusion volontairement entretenue d’ailleurs par les climatosceptiques. « On oublie trop souvent que derrière les idées environnementalistes il y a une science, qui produit des données, qui fait des statistiques, qui fonctionne comme les autres sciences, rappelle Sébastien Barot. Ce qui rend la critique des courants environnementalistes plus facile en disant : "C’est juste de l’idéologie, il n’y a pas de crise de la biodiversité, donc il n’y a rien à faire". » Trump contre l'écologie À ce petit jeu, il y a un champion du monde, Donald Trump, président des États-Unis, président de l’internationale climato-négationniste. « Ça finira par se refroidir, vous verrez. Je ne pense pas que la science le sache vraiment », a-t-il un jour lâché devant des scientifiques médusés. Nier la crise climatique, c’est nier la science, et il y a d’ailleurs une certaine cohérence chez Donald Trump, lui qui a multiplié les attaques et le démantèlement des agences scientifiques aux États-Unis. « Le propos de mon livre est de rappeler que l’écologie est une science à un moment où les sciences sont remises en cause, souligne Sébastien Barot. Quand on met en doute le changement climatique et le fait que les humains sont à l’origine du changement climatique, on va à l’encontre de ce que dit la science climatique et le consensus scientifique. » Sébastien Barot, écologue, travaille sur les savanes africaines. Mais un écologue est-il aussi un écologiste ? « Vu que les données de l’écologie scientifique sont finalement assez peu prises en compte dans la décision politique, cela pousse beaucoup de mes collègues et moi-même à nous engager dans la société, ce qui veut dire diffuser nos connaissances et essayer d’aider les pouvoirs publics à prendre de bonnes décisions. Ce n’est pas forcément du militantisme », répond l’intéressé. Parce qu’il n'y a pas d'écologie sans écologie. À lire aussiGreenbacklash, qui veut la peau de l'écologie ?
C'est pendant les fêtes de fin d'année que l'on consomme le plus de chocolat, issu du cacaoyer, un petit arbre dont la culture est confrontée, en particulier en Afrique de l'Ouest, aux ravageurs et au changement climatique. Mais des solutions existent. Gare à la crise de foie. Noël est la période où l'on mange le plus de chocolat, surtout en Europe et en Amérique du Nord. Le cacaoyer fait en effet partie de ces plantes cultivées au sud et surtout consommées au nord. C'est en Suisse où l'on mange le plus de chocolat. La France n'est pas loin derrière, avec plus de 30 000 tonnes achetées au moment de Noël – et c'est peut-être pour ça qu'on grossit pendant les fêtes ! La consommation de chocolat a pourtant diminué ces derniers temps, avec l’explosion des prix, en raison de la loi de l'offre et de la demande. Il y a deux ans, la production de cacao a chuté en particulier en Afrique de l’Ouest, alors que la Côte d’Ivoire, le premier producteur mondial, et le Ghana représentent 70 % de la production mondiale de cacao. C'est une conséquence du changement climatique, mais pas dans le sens où on le redoutait. À lire aussiPâques: à cause du changement climatique, les prix des chocolats s'envolent Trop de pluie « On a craint pendant longtemps des sécheresses dans certaines zones de Côte d’Ivoire et du Ghana, explique Christian Cilas, chercheur et correspondant cacao au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Mais, en fait, la plus grosse crise est venue en 2023 par des excès de pluie qui ont entrainé des problèmes de floraison, de chute de fleurs, de manque de pollinisation et surtout la pourriture brune des cabosses, une maladie causée par un champignon qui s’est propagée de façon très importante avec les pluies. » Ça devient chaud pour le cacao qui doit aussi affronter outre le changement climatique d’autres menaces : des maladies, des ravageurs et en premier lieu le swollen shoot, un virus transmis par un insecte, la cochenille. « Ce virus existe dans la flore africaine sur d’autres espèces végétales et il y a eu ce qu’on appelle en épidémiologie un saut d’hôte : le virus est passé sur le cacao par l’intermédiaire d’un vecteur que sont les cochenilles. La maladie est en progression et provoque la mort de parcelles d’arbres », précise Christian Cilas. Solutions hybrides Mais face à ces menaces, la recherche agronomique n'est pas inerte et il existe des solutions. D'abord l'agroforesterie, qui a fait ses preuves : des cultures vivrières au milieu d'arbres, ce qui procure de nombreux avantages pour les cultures et pour le climat. Les scientifiques mettent aussi au point des cacaoyers hybrides. « Par le biais de croisements, il est possible d’avoir du matériel végétal qui soit plus résistant à certaines maladies notamment. C’est une solution, mais une solution à long terme parce que lorsqu’il y a des problèmes climatiques ou des maladies qui émergent, mettre au point des variétés plus résilientes prend un certain temps », souligne Christian Cilas. Mais pourrait-on imaginer à terme un Noël sans chocolat ? « A priori non, répond Christian Cilas, du Cirad. Ce qui se passe souvent, c’est que les zones de production bougent. Il y a des pays qui se mettent à faire plus de cacao maintenant, au Libéria, ou en Afrique centrale. Le Pérou a aussi augmenté sa production. Et des pays asiatiques sont également intéressés à produire du cacao. » Nous voilà rassurés : ce n’est pas encore cette année qu’on mangera moins de chocolat. À lire aussiPremière cotation d'une plantation de cacao
Fin novembre, deux tempêtes tropicales ont frappé l'Asie du Sud-Est. En quelques jours, des torrents de pluie ont dévasté le Sri Lanka, une partie de la Malaisie, de la Thaïlande et de l'Indonésie, faisant plus de 1 800 morts. C'est la catastrophe naturelle la plus meurtrière depuis le tsunami de 2004. L'île indonésienne de Sumatra a été particulièrement touchée, avec plus de 1 000 morts et des centaines de personnes toujours disparues. L'Homme est en partie responsable de ces évènements. Ditwah au Sri Lanka, Senyar en Indonésie. Deux tempêtes tropicales exceptionnelles qui ont déversé fin novembre de fortes pluies. Inondations, coulées de boue et glissements de terrain ont fait au moins 1 800 morts et des milliards de dollars de dégâts. Un groupe international de scientifiques vient de réaliser une analyse de tous les facteurs qui ont mené à la catastrophe. Si les pluies de mousson sont naturelles dans cette partie du globe, les chercheurs sont formels : leur intensité, elle, a été anormale. Ils assurent que les inondations meurtrières ont bien été favorisées par le dérèglement climatique. Or l'Homme est le responsable de la crise climatique. Mais notre responsabilité ne s’arrête pas là. En Indonésie notamment, de plus en plus de voix s'élèvent pour accuser la déforestation comme l'indique Mongabay. Mauvaise gestion de crise Salsabila est membre de l’association de femmes Solidaritas Perempuan à Sumatra. Elle revient tout juste de la région d'Aceh, l'une des plus touchées. Elle décrit une situation critique : l'accès à l'eau et à la nourriture est difficile, des maladies émergent et les rescapés manquent de médicaments. Selon elle, le gouvernement ne fait pas assez pour secourir les sinistrés : le président refuse de déclarer l’état de catastrophe naturelle, ce qui empêche le décaissement de fonds. « En tant que citoyenne indonésienne, je suis profondément déçue et honteuse de leur réaction, raconte Salsabila. Un village du district de Sekarat a même été déclaré complètement perdu. Toutes les maisons et les environs ont été emportés par les inondations. Je n'imagine même pas la peur que les habitants ont dû ressentir lorsque l'eau a atteint la hauteur des cocotiers, soit environ 6 mètres, et a dévasté tout leur village. » « Aceh Tamiang est l'un des endroits qui compte le plus grand nombre de plantations de palmiers à huile de la région, c'est l'une des principales raisons qui expliquent que les inondations ne se soient pas résorbées. » Les forêts sont des éponges Dans le pays, la déforestation est massive. L'île de Sumatra a perdu presque 4,5 hectares de forêt en 25 ans, une surface plus grande que la Suisse, pour l'exploitation minière et surtout pour l'agriculture industrielle de palmiers à huile et faire place à des villes qui s'étendent de manière anarchique. Pour Salsabila, « il ne s'agit pas seulement d'une catastrophe climatique, mais aussi d'une catastrophe environnementale et si cela continue, les conséquences dans le futur seront sans aucun doute bien pires. » Les forêts intactes agissent en effet comme des boucliers face aux inondations Les feuilles et les branches ralentissent la chute de la pluie, la couche de feuilles au sol protège la surface et les racines, avec tous les tunnels créés par les petits animaux comme les vers de terre, font de minuscules chemins qui permettent à l'eau de s'infiltrer. Les plantes absorbent aussi une partie de l'eau. Puissants lobbys industriels « Une forêt est une éponge naturelle », expliquent des chercheurs dans The Conversation. Si on la coupe, si on tue la vie du sol avec toute sorte de pesticides pour l'agriculture, alors le paysage perd sa capacité à absorber l'eau. La pluie s’accumule et fait déborder les rivières, l'eau qui ruisselle emporte le sol, ce qui engendre des inondations et des glissements de terrain. Au Parlement, le ministre indonésien des Forêts a bien mis en cause « une mauvaise gestion forestière ». Le ministre de l’Environnement a, lui, suspendu quelques permis d'exploitation à Sumatra. Ils promettent de mieux contrôler et de punir les entreprises qui ne respectent pas les permis. Mais il va falloir bien plus « face aux intérêts puissants » et à l'impunité des exploitants d'huiles de palme, de bois et de minerais, souligne l'Institut Lowy, un think tank australien, très critique lui aussi de la politique indonésienne. Changement climatique, destruction de la nature et destruction des sols : l'Homme est responsable de cette triple crise. Il faut donc agir sur ces trois facteurs pour éviter ces terribles catastrophes et ces milliers de morts.
Aux États-Unis, un phénomène fait couler beaucoup d'encre et mobilise de nombreuses équipes de télévision : dans la baie du Cap Cod, sur la côte Est, des centaines de jeunes tortues marines s'échouent sur les plages. La baie du Cap Cod se situe au sud-est de la ville de Boston. Elle constitue l’extrémité sud du golfe du Maine dont les eaux chaudes attirent durant l'été des jeunes tortues marines qui y trouvent de la nourriture en abondance. Mais quand l'hiver arrive, la température chute. Les tortues se dirigent alors instinctivement vers le sud pour rejoindre les eaux plus chaudes. Seulement voilà : la baie du Cap Cod est délimitée au sud et à l'est par une presqu'île. La baie a de facto la forme d'un immense bassin dont la seule issue se situe au nord. Pour les jeunes tortues qui tentent de nager vers le sud, c'est un piège fatal. À lire aussiAllo docteur, c'est pour une tortue marine Quand la température chute en hiver, les tortues sont en hypothermie Quand la température chute avec l’arrivée de l’hiver, les tortues se retrouvent en hypothermie. En tant que reptiles, ces animaux ne peuvent pas auto-réguler leur température corporelle mais dépendent entièrement des sources externes de chaleur. Quand l'eau de mer passe en dessous de 10 degrés, la situation devient critique : les tortues sont alors comme paralysées. Elles n'arrivent plus à nager, sont désorientées et dérivent jusqu'à ce que les vagues rejettent certaines d'entre elles sur les plages. Un phénomène habituel aggravé par le changement climatique En hiver, les riverains ont l’habitude de sauver les tortues paralysées des plages glaciales autour de la baie du Cap Cod. Il y a trente ans, randonneurs et défenseurs de l'environnement retrouvaient en moyenne une centaine de tortues par saison, entre novembre et janvier. Mais cette année, les autorités comptabilisent jusqu’à cent tortues par jour ! Le changement climatique est en grande partie responsable de cette augmentation impressionnante. Durant les mois d'été, le Gulf Stream emporte les jeunes tortues des côtes du Texas et de la Floride vers le nord le long de la côte est américaine. Ces animaux marins se dirigent instinctivement vers les eaux les plus chaudes en quête de nourriture. Et la baie du Cap Cod se réchauffe plus rapidement que 99% des masses d'eau dans le monde, selon les données de la NOAA, l’agence américaine chargée de l’étude des océans et de l’atmosphère. La faute au changement climatique qui affaiblit le courant du Labrador, qui - normalement - devrait transporter les eaux froides de l'Arctique vers le sud et ainsi maintenir une certaine fraîcheur dans le Golfe du Maine. Donc plus la température de l'eau est au-dessus des normales en été et en automne, et plus de jeunes tortues débarquent dans la baie du Cap Cod. Opération de sauvetage de grande envergure Sur les plages du Massachusetts, une incroyable opération de sauvetage est en cours depuis plusieurs semaines déjà. Des centaines de bénévoles ratissent des plages jour et nuit pour retrouver ces animaux inertes. Les télévisions diffusent même des numéros d'urgence, joignables 24h sur 24, pour signaler des tortues en détresse. Elles sont ensuite prises en charge par des vétérinaires. Les soins sont longs. Les tortues doivent être réchauffées très lentement. Et il faut compter entre 6 et 8 mois avant qu'elles puissent regagner la mer. Or, les vétérinaires sont débordés par l'affluence autour du Cap Cod où l'on commence à manquer de place. Des chauffeurs et même des pilotes d'avion bénévoles ont donc commencé à transférer des tortues vers d'autres États américains. Parmi les espèces qui s'échouent sur les plages, on retrouve des tortues vertes et des tortues caouannes, mais dans la majeure partie des cas il s'agit de tortues de Kemp, classées « en danger critique d’extinction ». Dans ce contexte, chaque tortue sauvée est un espoir de reconstituer sa population et donc d'assurer la survie de l'espèce. À lire aussiQue nous enseignent les tortues marines ?
Dans la transition écologique, les universités se doivent d'être exemplaires. C'est en tout cas l'avis de nombreux étudiants à travers le monde qui mettent la pression sur leurs établissements de l'enseignement supérieur. Sous le slogan « Université sans fossiles », ils réclament que leurs facultés coupent les liens avec les grandes entreprises pétro-gazières, principales responsables du changement climatique. Et au Royaume-Uni de plus en plus d'universités y répondent favorablement. Après plus d'une décennie de mobilisation des étudiants, les résultats sont là : le plus important, c'est qu'une large majorité des 147 universités britanniques ont fini par retirer leur argent de l'industrie fossile. « Au Royaume-Uni, les études universitaires coûtent très cher aux étudiants. Cet argent est ensuite investi par l'université dans le but de générer davantage de profits. Et historiquement, beaucoup d'universités ont investi dans des entreprises du secteur des énergies fossiles », explique Josie Mizen, co-directrice de People & Planet, le plus grand réseau étudiant au Royaume-Uni dédié aux campagnes pour la justice sociale et environnementale. « Au cours des dix dernières années, les étudiants ont mené une campagne majeure pour que leurs universités retirent ces investissements des énergies fossiles. Aujourd'hui environ 80% des universités britanniques l'ont fait ou se sont engagées à le faire. Cela représente environ 23 milliards de livres britanniques (soit plus de 26 milliards d'euros, ndlr) qui sont désormais hors de portée de l'industrie des combustibles fossiles ». Des liens profonds C'est un pas important. Mais les imbrications entre industrie fossile et les universités ne s’arrêtent pas là. Le secteur des énergies fossiles a par exemple influencé pendant des décennies le contenu même de ce qui est enseigné aux étudiants. « Des universités comme celles d’Oxford, d’Edimbourg et d’autres ont toutes invité des entreprises du secteur des énergies fossiles à les conseiller dans la construction de leurs cursus universitaires. Ou elles ont invité des cadres supérieurs d'entreprises pétro-gazières à occuper carrément des postes d'enseignants dans leurs facultés », détaille Josie Mizen. L'industrie fossile a aussi pour habitude de profiter des salons de recrutement organisés par les universités pour attirer les jeunes diplômés. Un piège, estiment les étudiants britanniques mobilisés, car il s'agit là, selon eux, d'un secteur sans avenir. Les entreprises pétro-gazières exclues des salons de recrutement « Dix-huit universités britanniques ont donc décidé de ne plus publier d'offres d'emploi de l'industrie des combustibles fossiles. Huit de ces engagements ont été pris rien qu’au cours de l’année dernière. C'est un mouvement qui prend vraiment de l'ampleur ». Pourtant les universités britanniques ont encore du chemin à faire, estime Josie Mizen. Notamment en ce qui concerne les projets de recherches universitaires, dont bon nombre sont financés par l'industrie fossile. « Il est évident que de nombreuses universités britanniques connaissent des difficultés financières », fait remarquer la co-directrice du réseau étudiant People and Planet. « Par conséquent, il peut être difficile de leur demander de refuser ces financements pour la recherche. Mais nous savons que l'industrie des combustibles fossiles au Royaume-Uni investit des millions dans la recherche universitaire qui sert ses propres intérêts et objectifs. Ces financements ne sont pas neutres. L'industrie fossile s'achète ainsi une légitimité ! Les universités n'accepteraient jamais qu'une entreprise de tabac influence leurs recherches sur la santé publique. Il est donc assez suspect qu'une entreprise de combustibles fossiles finance par exemple les recherches sur le changement climatique ». Les étudiants : l’avant-garde dans la lutte pour la justice environnementale Les mesures déjà prises par les universités britanniques révèlent en tous les cas le rôle moteur des étudiants dans la transition écologique. « Historiquement, les étudiants ont souvent été à l'avant-garde des mouvements pour la justice, comme la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud », souligne encore Josie Mizen. Aujourd'hui leur mobilisation pour plus de justice sociale et environnementale s'inscrit dans cette tradition, et ceci dans de nombreux pays à travers le monde, pas qu’au Royaume-Uni.
Toute cette semaine, à l'occasion du dixième anniversaire de l'Accord de Paris sur le climat, conclu le 12 décembre 2015, notre Question d’environnement est consacrée aux grandes étapes qui ont conduit à cet accord historique. Hier, nous évoquions les enjeux précédant la signature de l’accord de Paris en 2015. Aujourd’hui, retour sur la période allant de Paris à la COP30 de Bélem. Et cette question : et après? Le 12 décembre 2015, 195 pays signent l’accord de Paris, un traité international qui oblige juridiquement ses signataires à agir contre le changement climatique. Objectifs : ne pas dépasser les 1,5° degré d'ici la fin du siècle. Atteindre le zéro émission nette et aider financièrement les pays vulnérables à s’adapter au nom de la solidarité. Dix ans après, quel est le bilan ? « L'action climatique a été modifiée par l'accord de Paris, nous explique Michel Colombier, directeur scientifique de l'Institut du développement durable et des relations internationales. On a aujourd'hui des institutions, des plans, des mesures dans la plupart des pays qu'on a regardés. Et il y a un changement de trajectoire d'émission. Après, on sait que, pour l'instant, les pays ne sont pas sur la fameuse trajectoire de neutralité carbone à partir de la 2ᵉ moitié du siècle. Nous n'y sommes pas, donc il y a du mieux, mais il y a encore beaucoup d'ambition à gagner. » Financer l’adaptation des pays du Sud au changement climatique. C’est l’article 9 de l’accord de l’Accord de Paris. Plus que de solidarité, il s’agit de morale, car les pays du Sud sont ceux qui subissent le plus durement les conséquences du changement climatique alors qu’ils n’en sont peu ou pas responsables. Une enveloppe de 40 milliards de dollars par an leur est alors octroyée, mais jusqu’à présent ils n’en ont touché que 26 alors que les besoins augmentent. Pour les pays du Sud, la COP30 de Bélem était donc l’occasion de réclamer un triplement du fonds pour l’adaptation. Mais ils n'ont obtenu qu'une vaste promesse de triplement de ce fonds d’ici 2035, au lieu de 2030, et surtout sans aucune obligation pour les pays du Nord car ces États ne veulent pas payer seuls l’addition depuis le retrait des États-Unis de Donald Trump de l’accord de Paris. Pour les observateurs, Bélem marque donc un recul sur la question de l’adaptation. La sortie progressive des énergies fossiles. Elle a été actée lors de la COP de Dubaï en 2023 mais sans aucune feuille de route précise. Cette question a donc fait l’objet d’âpres négociations à Bélem. Pour contrer les États pétro-gaziers et la Russie, qui ne veulent pas entendre parler de sortie des fossiles, 90 pays - dits ambitieux - ont formé une coalition pour obtenir cette fameuse feuille de route sur la sortie du charbon, du pétrole et du gaz. Mais sans succès. Alors peut-on parler d’échec de Bélem à ce niveau ? « Les COPs sont là pour mettre une pression politique sur les pays, reprend Michel Colombier:. Ce qui est intéressant à Bélem, c'est le fait qu'un groupe de pays se soit dit : les énergies fossiles, nous, nous sommes persuadés que la seule solution c'est d'en sortir. Et ce groupe de pays s'est dit : on va se rencontrer au début de l'année prochaine pour une action de coalition. Et c'est dans ce cadre, à l'extérieur des Nations unies, qu'on peut avancer sur les sujets concrets de mise en œuvre réelle des politiques, de transition énergétique, de sortie des fossiles etc. » À lire aussiClimat: «Nous avons besoin d'action politique pour atteindre l'objectif de 1,5°C» Les COPs sont les seules enceintes pour maintenir le climat en haut de l’agenda, un endroit où tous les pays peuvent faire entendre leur voix. Mais le revers de la médaille, c’est que chacun défend ses priorités nationales et son modèle de développement. Bélem en est la parfaite illustration. Mais d’autres modes de négociations voient désormais le jour, pour le climat pour le futur et le bien être de l’humanité.
Toute cette semaine, à l'occasion du dixième anniversaire de l'accord de Paris sur le climat, conclu le 12 décembre 2015, notre Question d’environnement est consacrée aux grandes étapes qui ont conduit à cet accord historique. Aujourd’hui gros plan sur les enjeux pour aboutir à l’accord de Paris en 2015. En décembre 1997, la COP3 adopte le protocole de Kyoto, premier texte qui introduit des engagements contraignants pour les pays développés et les pays de l’ex-bloc soviétique, qui doivent réduire de 5 % leurs émissions de GES d’ici à 2012. Mais, pour entrer en vigueur, le Protocole de Kyoto doit être ratifié par un nombre suffisant de pays représentant un certain volume d’émissions. Or, en mars 2001, Georges W. Bush est élu président des USA, et il annonce que les États-Unis ne ratifieront pas le protocole de Kyoto. Une question se pose alors : que signifie un tel protocole sans les États-Unis, à l'époque premier émetteur de GES ? Cette sortie entraîne une forte décrédibilisation du processus auprès des pays en développement. Finalement, le protocole de Kyoto entre en application début 2005. Il a le mérite de mettre le changement climatique à l'agenda politique, mais de nombreux problèmes restent à régler. Michel Colombier est le directeur scientifique de l'Institut du développement durable et des relations internationales: « Il y avait un problème particulier qui était l'absence dans ce groupe de pays de pays émergents, notamment la Chine, qui était à la fois une condition pour un certain nombre de pays industrialisés de reprendre des engagements et une condition aussi pour faire revenir les USA à la table des négociations, qu'ils avaient quittée précédemment. Donc, il y avait vraiment un double enjeu. Un enjeu de retrouver les négociations avec l'ensemble des participants et un enjeu d'avoir un accord climat après 2012 parce que sinon Kyoto ne fonctionnait pas. » De 2005 à 2009, l’Union européenne préconise d’élargir le protocole de Kyoto aux pays émergents Les États visent la COP de Copenhague, en 2009, pour trouver une suite à Kyoto. Les enjeux sont énormes. Formuler un objectif à long terme. Décider de la forme juridique de l'accord, afin qu’il soit accepté par le Congrès américain. Mais, entre temps, la donne a changé et certains pays que l’on appelait émergents à l’époque se sont développés. La Chine, avec sa croissance à deux chiffres, est devenue le premier émetteur mondial de GES. Les pays du Nord aimeraient donc les mettre à contribution, mais les pays du Sud rappellent leur droit au développement et la responsabilité historique des pays du Nord. Tous ces éléments contraires vont provoquer le naufrage de la COP à venir, celle de Copenhague. « Elle se termine par un échec parce qu'on n'arrive pas à trouver un accord permettant à la fois aux pays émergents de rentrer dans l'action climatique, et en même temps de trouver une méthode pour organiser cette action, explique Michel Colombier, directeur scientifique de l'Institut du développement durable et des relations internationales. À Copenhague, un certain nombre de pays trouvent un accord. Mais ils le trouvent en dehors des Nations unies. Ils le trouvent en petit groupe de pays et l'Europe est rattachée au dernier moment à cet accord. Et quand cet accord est présenté à l'ensemble des pays, ces pays disent : 'Non, nous n'acceptons pas un accord négocié en catimini par quelques-uns'. » L'échec de la COP de Copenhague en 2009 La COP de Copenhague se solde donc par un fiasco. Plusieurs chefs d'État et de gouvernement quittent Copenhague bien avant la fin comme le Russe Medvedev, le Brésilien Lula. De leur côté, les États-Unis et la Chine discutent en aparté pour déceler un accord qui leur permette de préserver leur souveraineté, et qui ne soit pas contraignant. On parlait alors de négociation du G2. Lorsque le président Obama annonce à la télévision qu'il a obtenu un accord, la plupart des autres délégations ne l'avaient même pas lu. C'est un terrible affront pour les délégués, et pour l'Europe, qui était normalement fer de lance des négociations. Fou de rage, le président vénézuélien Hugo Chávez tacle les pays industrialisés : « Si le climat était une banque, dit-il, vous l'auriez déjà sauvé ! » La COP de Copenhague lance les négociations vers l'accord de Paris en 2015 La Cop 21 à Paris est défendue par Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, et Laurence Tubiana, qui coordonne les négociations. Leur tâche est ardue. Il faut redonner confiance aux pays qui se sentent trahis et faire revenir tout le monde à la table des négociations. Une mission difficile. Pourtant juste avant la conférence, l’espoir est bien là. « Quand on arrive à Paris, je dois dire qu'on était plutôt confiant parce que la présidence française avait fait un gros travail diplomatique et surtout, elle avait demandé aux pays de présenter avant même l'accord ce qu'on avait appelé des trajectoires d'action climatique intentionnelle, c'est-à-dire, si un accord est trouvé à Paris, que seriez-vous prêt à faire dans votre propre pays pour lutter contre le changement climatique ? », ajoute Michel Colombier, directeur scientifique de l'Institut du développement durable et des relations internationales. Résultat, la plupart des pays arrivent avec un plan d’action, ce qui va contribuer à faire avancer les négociations, jusqu’au 12 décembre 2015, jour de la signature de l'accord de Paris. 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