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Contact - avec Stéphan Bureau

Author: Les Productions de la Tête Chercheuse Inc.

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Stéphan Bureau mène de longs entretiens avec des invités qui pensent, créent ou façonnent notre monde. Dans l’air du temps sans être dans l’actualité brûlante, Contact se veut une tribune plurielle pour sortir des sentiers battus du prêt-à-penser.

137 Episodes
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Jacques Baud, ancien officier du renseignement suisse, raconte comment sa vie a basculé après avoir été placé sur une liste de sanctions de l’Union européenne, sans procès ni avertissement préalable. Installé à Bruxelles, il découvre soudainement qu’il est accusé d’être « un propagandiste à la solde du Kremlin ». Une décision aux conséquences immédiates et brutales : comptes gelés, déplacements restreints, isolement financier. « Du jour au lendemain, je n’avais plus accès à de quoi me nourrir », résume-t-il, décrivant une situation qu’il qualifie lui-même de « kafkaïenne ». Aux côtés de son avocat William Julié, l’entretien plonge au cœur d’un mécanisme opaque, où la sanction précède toute forme de défense. Aucun jugement, aucune audience, mais une décision politique aux effets très concrets : « Lorsque vous êtes sanctionné, plus personne ne peut vous donner de l’argent », explique Me Julié, évoquant même une forme d’« intouchabilité » au sein de l’Union européenne. Ensemble, ils dénoncent une inversion du fardeau de la preuve et une atteinte potentielle aux principes fondamentaux de l’État de droit, notamment en matière de liberté d’expression. Au-delà du cas personnel, l’épisode soulève une question plus large : celle des limites du débat public en temps de guerre. Jacques Baud insiste sur son rôle d’analyste, affirmant n’avoir « jamais pris parti », mais simplement cherché à exposer les perceptions des deux camps dans le conflit ukrainien. « Dans mon cas, on sanctionne d’abord, et ensuite vient le procès », déplore-t-il. Pour ses défenseurs, cette affaire pourrait devenir un précédent majeur, révélateur des tensions croissantes entre sécurité, information et liberté dans l’espace démocratique européen.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Philippe Chalmin est économiste et un des plus grands spécialistes mondiaux des commodités. Il estime que la guerre contre l’Iran vient acter une brutale réalité, celle d’un monde entré dans « le marché de l’incertain ». Alors que le détroit d’Ormuz est désormais perturbé,  les repères vacillent. « Aujourd’hui, ma seule certitude est que demain sera différent d’aujourd’hui », résume-t-il, illustrant une volatilité extrême qui touche autant le pétrole que l’ensemble des grandes commodités. Gaz, pétrole, engrais, métaux, transport maritime : tout est affecté, jusque dans les chaînes d’approvisionnement les plus invisibles. Cette guerre agit comme un révélateur brutal : malgré les ambitions de transition, « les énergies fossiles font encore beaucoup fonctionner l’économie mondiale ». Résultat : un retour forcé aux réalités énergétiques, où le gaz, le charbon, et même le nucléaire, redeviennent des pivots stratégiques. Mais au-delà du choc immédiat, c’est la durée de la crise qui inquiète. Même dans le scénario le plus optimiste, prévient-il, « il faudrait six mois pour revenir à la normale ». Et encore, à condition d’un improbable apaisement géopolitique. Car cette guerre ne ressemble pas aux précédentes : imprévisible, fragmentée, elle redéfinit les rapports de force et rebat les cartes économiques mondiales au profit, notamment, de puissances comme la Russie. « Nous ne savons pas où nous allons », confie l’économiste, comparant notre époque à une ascension à l’aveugle. Entre instabilité chronique, dépendances énergétiques persistantes et recomposition géopolitique, cet épisode de Contact éclaire une certitude : la guerre en Iran n’est pas un événement parmi d’autres, mais un tournant.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Dans cet épisode de Contact, nous recevons le journaliste et grand reporter Emmanuel Razavi, spécialiste du Moyen-Orient et fin connaisseur de l’Iran. Né d’un père iranien et d’une mère française, il raconte un parcours façonné par deux cultures et une curiosité précoce pour les bouleversements politiques qui ont marqué son pays d’origine. De la révolution de 1979 à ses reportages sur le Hezbollah ou les réseaux d’influence iraniens, il propose une lecture engagée et incarnée d’un régime qu’il n’a cessé d’enquêter. « J’ai toujours eu la parole très libre », souligne-t-il, revendiquant un regard construit autant par son histoire personnelle que par son expérience de terrain. Mais cet entretien prend une dimension particulière : en raison de ses enquêtes, Emmanuel Razavi vit aujourd’hui sous protection policière. « Ma vie est menacée en raison des enquêtes que j’ai publiées », explique-t-il, évoquant notamment ses travaux sur les réseaux iraniens et les activités clandestines du régime.  Au fil de la discussion, il développe une réflexion plus large sur le rôle du journaliste et la difficulté d’atteindre une véritable objectivité. « Je ne cherche pas l’objectivité pour l’objectivité », affirme-t-il, préférant revendiquer une démarche ancrée dans le réel et assumant un engagement en faveur de la démocratie. De la révolution iranienne à l’influence contemporaine du régime, il décrit un système qu’il juge profondément idéologique et expansionniste. Un échange dense, où se mêlent analyse géopolitique et témoignage personnel, et qui pose une question essentielle : peut-on encore dire librement ce que l’on voit lorsque cela met sa propre sécurité en jeu ?Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Dans son essai, Le fascisme tranquille, Jonathan Durand Folco propose une réflexion ambitieuse et dérangeante sur l’état de nos démocraties. Il explique pourquoi le mot « fascisme » doit être manié avec prudence, mais ne doit pas non plus être évacué du débat public. « Le mot en F est utilisé à toutes les sauces », reconnaît-il, mais certaines dynamiques contemporaines - peur, insécurité, défiance envers les institutions - créent, selon lui, un terrain propice à un glissement plus insidieux vers l’autoritarisme. Loin d’annoncer un basculement brutal, Durand-Folco parle plutôt d’un phénomène diffus, presque imperceptible. « Le fascisme n’est pas seulement un régime politique : c’est aussi une attitude, une manière de voir l’autre et la société », explique-t-il. Ce qu’il appelle le « fascisme tranquille », c’est précisément ce processus graduel par lequel certaines idées, certains réflexes autoritaires ou identitaires s’installent peu à peu dans l’espace public. « C’est quelque chose qui s’installe progressivement, parfois à notre insu, dans nos têtes, dans nos interactions sociales. » Mais l’essai est aussi un appel à repenser la démocratie elle-même. Pour l’auteur, les démocraties libérales actuelles restent fragiles parce qu’elles reposent largement sur la délégation du pouvoir. « La démocratie, ce n’est pas seulement voter tous les quatre ans », rappelle-t-il. « Une démocratie forte serait une société où les citoyens participent réellement aux décisions qui les concernent. » Entre montée de l’autoritarisme, crises économiques et défiance politique, la question demeure : nos démocraties sont-elles encore capables de se réinventer avant qu’il ne soit trop tard ?Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Entretien enregistré le 12 janvier 2026.  Professeur agrégé de science politique, installé depuis plus d’une décennie au Kazakhstan et actuellement en poste à l’Université américaine d’Arménie, Jean-François Caron revient au micro de Contact pour interroger l’un des grands angles morts de notre époque : la fragilisation de l’esprit démocratique face à la montée des régimes autoritaires. Dans son prochain ouvrage, The Authoritarian Social Contract and the erosion of democratic legitimacy, Caron développe une thèse dérangeante : la démocratie n’est plus jugée à l’aune de ses idéaux, mais de sa capacité à satisfaire des besoins fondamentaux. « La liberté politique n’est pas un besoin essentiel, dit-il, si la sécurité, le bien-être matériel et la liberté personnelle sont garantis. »  En s’appuyant sur des exemples allant de l’Union soviétique post-stalinienne au Salvador de Nayib Bukele, il explique pourquoi certains citoyens sont prêts à renoncer à une part de leurs libertés politiques en échange d’un État perçu comme efficace, protecteur et prospère.  « Le problème de la démocratie, ce n’est pas le vote, c’est ce qui se passe entre les élections », affirme Caron, inquiet d’un climat où la contradiction devient suspecte.  Face à des modèles de « capitalisme autoritaire » qui semblent parfois plus performants, il pose une question vertigineuse : la démocratie est-elle encore compétitive — ou devra-t-elle, pour survivre, se réinventer au risque de se renier ?Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Entre accélération technologique et nécessité de ralentir, l’entrepreneur et essayiste Rafik Smati pose un diagnostic sans détour sur le monde qui vient. Né en Algérie, entrepreneur français engagé dans le numérique et fondateur du mouvement Objectif France, il réfléchit depuis plusieurs années aux bouleversements politiques, économiques et anthropologiques provoqués par l’intelligence artificielle.  Rafik Smati lance un cri d’alarme. L’IA accélère un enjeu de souveraineté technologique qui révèle la très grande dépendance de l’Europe et du Canada.  « Nous sommes devenus des colonies numériques des États-Unis », avance-t-il, inquiet du retard face aux investissements colossaux des géants technologiques. Comparant la révolution de l’IA à la découverte du feu, il évoque une mutation « vertigineuse » capable de transformer le travail, la santé et jusqu’à la nature humaine elle-même - une transition historique dont, selon lui, nous ne mesurons pas encore pleinement les conséquences. Père de deux adolescents sans smartphone ni réseaux sociaux, Smati assume un choix à contre-courant qu’il présente non comme une interdiction, mais comme une responsabilité parentale. « Le courage, ce n’est pas l’interdiction. Le courage, c’est l’éducation. », affirme-t-il, plaidant pour préserver chez les enfants un luxe appelé à disparaître : le droit à l’ennui. Pour lui, la révolution numérique impose surtout de repenser notre rapport au temps, en apprenant à accélérer lorsque nécessaire tout en conservant des espaces de recul et de réflexion.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Ancien ambassadeur de la France à Washington, à Berlin et auprès de l’Union européenne, ex-conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Philippe Étienne publie Sherpa, ses mémoires, et cosigne un article dans Le Grand Continent intitulé Guérir les démocraties. « Nos démocraties souffrent incontestablement de l’intérieur et de l’extérieur », affirme-t-il d’emblée. Mais loin du fatalisme, il insiste : « Je pense qu’on se trompe si on croit qu’elles sont condamnées. » À l’heure d’un monde qui se brutalise, Étienne défend la diplomatie comme un outil plus nécessaire que jamais. Face aux empires décomplexés - États-Unis, Chine, Russie - il plaide pour une Europe - et un Canada - lucides, capables de conjuguer coopération et rapport de force. « Plus un monde est conflictuel, plus on a besoin de diplomatie », soutient-il, rappelant que la puissance européenne existe, mais qu’elle doit se structurer. Sur la guerre en Ukraine et la menace russe, son propos est sans détour : « Si nous voulons ne pas avoir la guerre, il faut se faire respecter. » L’esprit de défense, dit-il, est devenu une condition de la paix. L’ancien ambassadeur décrypte de l’intérieur l’ère Donald Trump, qu’il a côtoyé dès le premier mandat. Trump 2.0 ? « Un développement exponentiel », observe-t-il, reconnaissant avoir été surpris par « la rapidité et parfois la brutalité » des décisions. Mais il met en garde contre la caricature : derrière l’outrance, une stratégie, une lecture assumée des intérêts américains. À travers crises diplomatiques, affrontements commerciaux et rivalités technologiques, Philippe Étienne propose un diagnostic sans complaisance : la démocratie n’est pas morte, mais elle exige un sursaut de volonté.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Dans cet épisode de Contact, nous recevons l’écrivain et essayiste Didier Van Cauwelaert, lauréat du prix Goncourt, qui poursuit depuis plusieurs années une exploration singulière des frontières entre science, conscience et mystère du vivant. À l’occasion de la parution de son nouvel ouvrage L’Intelligence naturelle - Quand le génie du vivant surpasse l’IA, il propose un regard décalé sur notre fascination contemporaine pour l’intelligence artificielle, en la confrontant à quatre milliards d’années d’évolution biologique. « Je m’attache aux faits et aux liens », explique-t-il, revendiquant une démarche nourrie autant par la curiosité du romancier que par un travail minutieux de vérification. Loin d’opposer science et intuition, Didier Van Cauwelaert invite à reconsidérer ce que nous appelons « intelligence ». Selon lui, le terme est souvent mal compris : « L’intelligence, c’est mettre en évidence les liens entre les choses et en créer de nouveaux. » Des bactéries aux végétaux, il décrit un monde vivant capable d’adaptation, de communication et de stratégies complexes bien avant l’apparition des technologies humaines. « Nous sommes composés à 90 % de bactéries. Tout le monde l’oublie, mais c’est la réalité », rappelle-t-il, plaidant pour une humilité renouvelée face aux mécanismes du vivant. L’auteur explore les limites de l’IA, les découvertes troublantes de la recherche sur le comportement des plantes et des animaux, mais aussi les implications philosophiques de ces phénomènes. Entre vulgarisation scientifique, réflexion existentielle et récits étonnants, il appelle à conjuguer esprit critique et confiance : « Il faut être lucide… mais si vous n’êtes que lucide, vous êtes condamné à un pessimisme stérile. » Un échange qui questionne notre rapport au progrès, à la connaissance - et à ce que signifie réellement comprendre le monde.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Congédié quelques jours avant Noël après de longues années comme correspondant et chroniqueur du Devoir à Paris, Christian Rioux revient au micro de Contact pour raconter les coulisses d’une rupture qui dépasse son cas personnel. Plus qu’un différend professionnel, il y voit le symptôme d’un climat médiatique devenu plus polarisé, où certains points de vue deviennent difficiles à exprimer. « On m’a vraiment montré la porte », affirme-t-il sans détour, tout en rappelant que, selon lui, la question centrale reste celle de la pluralité des opinions dans l’espace public. « J’ai dit que Le Devoir s’intéressait plus à la théorie du genre qu’à l’avenir du Québec, et je maintiens cette affirmation. » Rioux évoque une société qui évite la confrontation d’idées et où le consensus prend souvent le pas sur la controverse. « À force de ne pas dire les choses, on finit par s’engueuler », observe-t-il, estimant qu’un débat ouvert permet au contraire d’apaiser les tensions. Pour lui, les médias ont choisi de se radicaliser plutôt que de chercher à refléter toute la diversité des sensibilités présentes dans la société. La montée en force de Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016 serait un des points de bascule où les journalistes des médias traditionnels auraient choisi d’abandonner toute prétention à la neutralité pour faire une information engagée. La crise du Covid n’aurait qu’accéléré ce pari éditorial. Résultat des courses, une défiance grandissante pour une partie de la population à l’endroit de ces médias qui se disent « de référence ».Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es !  La consommation de viande animale trahit-elle autre chose que notre goût pour les protéines ? Suzanne Zaccour en est convaincue.  Docteure en droit de l’Université d’Oxford, avocate et essayiste, elle s’intéresse aux liens entre féminisme, antispécisme et alimentation. Autrice de La Fabrique du viol et du récent Pourquoi Trump ne mange pas de tofu ?, elle déconstruit les normes sociales qui façonnent notre rapport à la violence et au pouvoir que nous exerçons sur les animaux. Chaque année, 100 milliards de bêtes sont tuées pour satisfaire nos appétits. Une hécatombe qui viendrait aussi combler d’autres besoins. « La viande a un effet remasculinisant qui apaise l’ego des hommes fragilisés », avance-t-elle, s’appuyant sur des études sociologiques qui montrent une corrélation entre adhésion aux stéréotypes de genre et rejet du végétarisme.  Pour Suzanne Zaccour, le véganisme n’est ni une posture morale supérieure ni un dogme, mais un refus de participer à une violence qu’elle juge évitable. Question: faut-il alors interdire la consommation de protéines animales ?Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Gestionnaire de portefeuille et ingénieur de formation, Sylvain Goulet observe depuis des années la trajectoire singulière de l’or et de l’argent.  « Quand le casse-tête économique, financier et géopolitique devient d’une complexité inouïe, l’or redevient central », explique-t-il d’emblée, rappelant que ce métal demeure « la seule devise qui ne s’imprime pas ». L’entretien retrace l’histoire longue de l’or, depuis son rôle fondateur dans les systèmes monétaires jusqu’à la rupture de 1971, lorsque les États-Unis mettent fin à l’étalon-or. Goulet souligne à quel point cette décision a transformé notre rapport à la monnaie : « Le papier-monnaie tend toujours vers sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro », rappelle-t-il en citant Voltaire. Dans un monde dominé par l’endettement souverain et les monnaies dites fiat, l’or conserve selon lui une singularité : « Tout l’or produit depuis des milliers d’années existe encore quelque part ». La volatilité des marchés, la défiance envers les obligations, l’achat massif d’or par les banques centrales et l’envolée spectaculaire de l’argent sont aussi au menu de cette conversation qui intéressera tous les investisseurs. « Depuis quelques années, l’or a plus que doublé, et le silver a littéralement quadruplé », observe Sylvain Goulet, qui y voit moins une spéculation qu’un symptôme. « Ce n’est pas seulement de la peur, c’est l’opacité du monde qui se reflète dans le prix de l’or ».Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Spécialiste reconnue du Proche et du Moyen-Orient, chroniqueuse régulière sur les plateaux d’information et professeure en communication à Paris, Maya Khadra répond à mes questions pour éclairer l’un des foyers géopolitiques les plus instables du moment : l’Iran. Alors que l’actualité régionale connaît de profonds bouleversements depuis le 7 octobre 2023, elle propose une lecture rigoureuse de la République islamique, de ses réseaux d’influence et des fragilités internes du régime. « Ce que nous vivons depuis le 7 octobre, c’est un véritable séisme régional, bien au-delà d’Israël et de Gaza », résume-t-elle d’entrée de jeu. Maya Khadra revient sur les fondements idéologiques du régime iranien, nés de la révolution de 1979, et sur la mécanique d’exportation de la révolution islamique, de Beyrouth à Sanaa, de Damas à Bagdad. Elle explique comment l’Iran a bâti un empire d’influence politique, militaire et financier, souvent sous-estimé en Occident, mais aujourd’hui fragilisé. « L’Iran a péché par orgueil. Il s’est cru intouchable », affirme-t-elle, évoquant l’affaiblissement des proxies iraniens, la chute de Bachar al-Assad et les effets cumulés des sanctions internationales.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Philosophe et essayiste prolifique, Michel Onfray ouvre l’année au micro de Contact pour une conversation où il reconnaît qu’après toutes ces années à débattre dans l’espace public, l’envie de faire silence l’habite parfois. Nous débutons l’entretien avec un clin d'œil à son travail de longue haleine consacré à Pierre-Joseph Proudhon, figure fondatrice et pourtant méconnue de l’anarchisme.  La discussion porte ensuite sur une réflexion plus large sur la politique contemporaine, la démocratie représentative et les impasses idéologiques actuelles. Onfray y questionne frontalement les notions de gauche et de droite, qu’il juge largement dévoyées, et assume ses ruptures : « Si être de gauche aujourd’hui, c’est être raciste, antisémite ou faire commerce du corps des femmes, alors ce n’est pas ma gauche ».  L’entretien prend une ampleur davantage anthropologique lorsque Michel Onfray aborde l’intelligence artificielle, l’école, la transmission et l’avenir même de l’humanité. Inquiet d’une délégation croissante de notre capacité de jugement aux machines, il met en garde contre une « atrophie de l’intelligence » et une perte du sens critique :  « L’école ne permet pas l’émergence de l’intelligence, l’école est un instrument d’idéologie. »Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
À la tête de GardaWorld, géant mondial de la sécurité comptant plus de 130 000 employés et générant plus de 8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, Stéphan Crétier évolue au carrefour du renseignement, de la protection et du pouvoir. Parti de presque rien, devenu milliardaire sans jamais, dit-il, avoir « pensé le succès en termes de dollars », l’entrepreneur québécois décrit un monde où la sécurité est désormais globale, intégrée, et profondément marquée par l’intelligence artificielle. « La sécurité, aujourd’hui, est holistique », affirme-t-il, évoquant aussi bien la protection des infrastructures que celle des grandes fortunes, des chaînes d’approvisionnement ou des zones de crise. Au cœur de l’entretien, Crétier dévoile les coulisses d’une industrie où l’anticipation est devenue la clé. Grâce à des outils d’IA développés notamment en partenariat avec Palantir, son groupe mise sur une « intelligence anticipative » capable de cartographier les vulnérabilités et de prévoir les risques avant qu’ils ne surviennent. « La réponse est probablement oui », concède-t-il lorsque Stéphan Bureau évoque Minority Report et la possibilité de prévenir certains crimes avant leur commission. Mais cette puissance prédictive pose aussi un vertigineux dilemme démocratique. Plus personnel, l’échange se conclut sur le parcours intime de Crétier : fils d’immigrants européens, marqué par la précarité, la mort précoce de son père et la fragilité des services publics. Sa réussite s’est construite dans une logique de survie autant que d’ambition. « On a le choix de lire le menu ou d’être au menu », résume-t-il, décrivant un monde qu’il juge « prédatorial », où l’Occident vit désormais retranché, assiégé, tandis que les inégalités de protection et d’accès aux soins explosent. Un constat lucide, parfois brutal, sur la sécurité comme nouveau révélateur des fractures contemporaines.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Commissaire général de police, ancien membre de la cellule de coordination du renseignement à l’Élysée, aujourd’hui directeur de l’Académie du renseignement, Jean-François Gayraud revient au micro de Contact pour explorer la face cachée du crime organisé. Auteur du récent Les sociétés du silence, il propose une lecture dérangeante mais lucide d’un monde criminel qui prospère d’abord sur l’invisible. Pour lui, l’angle mort majeur de notre compréhension n’est ni la violence, ni l’argent, mais le mutisme : « Ce qui est silencieux, ce qui est invisible… on ne le combat pas, tout simplement. » Au fil de l’échange, Gayraud déconstruit les illusions médiatiques et politiques entourant mafias, cartels et crimes en col blanc. Il rappelle que l'hyper-visibilité — comme celle de la « DZ mafia » marseillaise — ne représente souvent qu’une distraction. L’essentiel, dit-il, se joue ailleurs : dans des organisations matures qui préfèrent l’influence à la brutalité, la compromission à la terreur, la discrétion à la gloire. « Les territoires où le crime organisé devient hégémonique transforment les citoyens en sourds et en muets », explique-t-il, évoquant ces zones grises où souveraineté politique et pouvoir criminel s’enchevêtrent. L’entretien se fait plus large, plus sombre aussi, lorsqu’il aborde les dérives systémiques : la puissance réelle des cartels, les liens anciens entre États et mondes interlopes, l’usage stratégique du silence dans la finance comme dans la géopolitique. Sans paranoïa, mais sans naïveté, Gayraud rappelle que ces forces savent infiltrer, corrompre, se déguiser. Pourtant, il conserve une foi intacte dans l’État de droit : « J’ai toujours foi en mon église », dit-il, convaincu que la connaissance doit précéder l’action et que la lucidité demeure la seule voie pour « regarder derrière les apparences ».  Une conversation dense, grave et éclairante sur ce qui se voit… et surtout ce qui se tait.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Olivier Babeau - essayiste, économiste, président du think tank Sapiens - déploie une réflexion ambitieuse sur le monde qui vient, dans la continuité de ses ouvrages La tyrannie du divertissement et Ne faites plus d’études. D’entrée de jeu, il raconte comment la révolution technologique bouleverse la hiérarchie traditionnelle des valeurs : « L’intelligence, qui était le truc le plus rare, est devenue une commodité », résume-t-il. Cette bascule affecte profondément l’école, le travail, l’accès à la compétence et la structuration des élites. Babeau avance une thèse dérangeante : l’IA ne bouleverse pas seulement l’économie, elle menace de transformer l’humain lui-même. Héritiers d’un « cerveau de chasseur-cueilleur » mal adapté au déluge technologique moderne, nous sommes vulnérables à la sédentarité cognitive et à l’économie de l’attention, qui « fabrique des crétins » en exploitant nos réflexes neurobiologiques les plus archaïques. Entre ceux qui utiliseront les technologies comme levier d’ascension et ceux qui s’y abandonnent comme à une prothèse, il voit se dessiner « deux humanités » : l’une disciplinée, l’autre happée par l’immédiateté. Enfin, l’auteur pointe la fragilisation des sociétés démocratiques, notamment par la surproduction d’élites diplômées mais sans débouchés, source d’amertume et de tensions explosives. L’université, selon lui, traverse une crise existentielle : massifiée, coûteuse, déconnectée. « Il n’y a plus d’excuse au fait de ne pas savoir », dit-il, rappelant que la connaissance est désormais à un clic de distance. Face à ce monde où les machines feront toujours mieux que nous, Babeau plaide pour un retour aux humanités, à l’esprit critique et à la formation d’un individu capable non seulement d’apprendre, mais de juger : car « la vraie valeur ajoutée, demain, ce sera de savoir aller plus loin que la machine ».Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Au cours de l’entretien, Mathieu Bock-Côté revient sur son installation en France et sur la manière dont cela a fait évoluer son rôle intellectuel. Il explique avoir quitté l’enseignement universitaire pour s’engager pleinement dans le débat public, se décrivant désormais comme un « éditorialiste engagé » dans un moment qu’il juge déterminant pour l’histoire politique française. Nous serions en train de vivre aujourd’hui la fin du cycle ouvert en 1989 avec la chute du mur de Berlin et l’entrée dans une nouvelle époque où les questions nationales et identitaires redeviennent centrales. MBC analyse la montée des mouvements qualifiés de « populistes » en Occident, non pas comme une dérive radicale, mais comme une « révolte » populaire contre un ordre politique qui cherche à se maintenir. À ses yeux, les élites institutionnelles perçoivent ces mobilisations comme des menaces à contenir plutôt que comme des expressions légitimes du débat démocratique. Dans certains pays, l’architecture juridique et administrative tendrait même à empêcher l’alternance politique réelle, ce qui alimente encore davantage la défiance citoyenne. Enfin, il aborde la situation québécoise et la possibilité d’un retour de la question de l’indépendance dans un contexte international en mutation. Il estime que la conjoncture pourrait créer une « fenêtre d’opportunité » pour le mouvement souverainiste, notamment parce que certains acteurs politiques américains pourraient y voir un intérêt géopolitique. Pour lui, cette hypothèse s’inscrit dans un mouvement plus global de « réveil des peuples » face à une crise du modèle politique occidental.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
François Ruffin est à ranger dans la catégorie des politiques atypiques. Homme de gauche, il refuse de se faire épingler une étiquette. Après avoir marché aux côtés de Jean-Luc Mélenchon chez les Insoumis, il a rompu le cordon, incapable peut-être de se soumettre aux diktats d’un chef. Journaliste devenu député de la Somme, fondateur du journal Fakir et réalisateur de Merci Patron, François Ruffin rappelle d’emblée d’où il vient : un territoire meurtri par les délocalisations et longtemps ignoré par les médias. « Il est certain que je suis né par la critique des médias, moi », dit-il, en évoquant ces années où « je voyais partir les usines de chez moi […] et on n’en disait rien ». C’est ce silence qui l’a poussé à créer son propre journal et à adopter un regard frontal sur la réalité sociale : « Je suis rentré dans le journalisme par ce que j’ai considéré comme étant un mensonge par omission, un mensonge géant par omission. » Au fil de l’entretien, Ruffin laisse aussi apparaître un territoire plus intime : celui d’un homme façonné par l’expérience de l’humiliation. « Je ressens vachement fort l’humiliation… j’ai comme des antennes qui vibrent à l’humiliation », confie-t-il. Cette sensibilité devient chez lui un ressort politique majeur, qui donne son sens à son travail de représentation : « Représenter ceux qui ne sont pas représentés. » Une mission qui s’enracine dans sa propre histoire familiale et dans ce qu’il appelle son « cœur à gauche ». Ruffin décrit la mondialisation comme la grande fracture politique du dernier demi-siècle : « La mondialisation trace comme un fil à couper le beurre entre les vainqueurs et les vaincus. » Il reproche à la gauche d’avoir fermé les yeux sur cette réalité et d’avoir manqué de courage : Elle « a nié ces enjeux », laissant aux populismes de droite le soin de capter la colère.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Three strikes and you're out. Trois prises. « J’ai été tassé complètement de mon milieu artistique, de ma vie de travail, je n’ai plus eu accès à absolument rien. » Guillaume Lemay-Thivierge a été retiré au bâton et envoyé directement aux douches, avec l'ordre de ne plus se présenter sur le terrain. C'était en mars 2024. Après avoir refusé de se faire vacciner, l'interruption d'un Gala des Gémeaux et la publication d'un post qui se voulait « drôle » sur ses réseaux où il enlace un bouleau sur lequel est gravé le mot « nègre », le populaire comédien est annulé. Canceled. Ses excuses et son explication ne passent pas la rampe. Dix-neuf mois plus tard, il accepte, pour la première fois, de répondre à toutes les questions, sans faux-fuyants. « Je pense que d’une manière inconsciente, je me suis auto-saboté. » Une rencontre où je lui expose mes doutes — j'en ai —, et qui révèle une histoire, avec ses nombreux rebondissements, beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
Dans cet entretien, Nancy Huston revient sur la réception houleuse de son plus récent essai, Les Indicibles, accusé par certains milieux néo-féministes d’essentialisme. Huston y voit pourtant une tentative de réhabiliter la biologie comme composante fondamentale de la condition humaine et des rapports entre les sexes. Selon elle, la négation des différences biologiques entre hommes et femmes empêche de comprendre la réalité des comportements sexuels et des dynamiques de pouvoir, notamment la persistance des violences et des malentendus amoureux. Elle affirme que le désir, loin d’être purement individuel, reste enraciné dans la reproduction et la continuité du vivant. Cette position, qu’elle qualifie de « contre-intuitive » dans un monde hyper-individualiste, s’oppose aux approches culturelles qui, selon elle, ont fini par devenir quasi religieuses. En rappelant la part animale, instinctive et biologique du rapport entre les sexes, Huston plaide pour une lucidité nécessaire afin d’éviter que l’humanité ne se déconnecte complètement du réel. L’écrivaine déplore le boycott médiatique dont son livre a fait l’objet - signe selon elle d’un climat intellectuel où certaines idées ne peuvent plus être discutées sans être disqualifiées. Refusant de répondre à ses détracteurs, Huston affirme que Les Indicibles constitue en soi sa réponse : une défense du dialogue et de la complexité face à une époque qu’elle juge intolérante à la nuance.Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr
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