Discover
Le choix musical de RFI
Le choix musical de RFI
Author: RFI
Subscribed: 24Played: 728Subscribe
Share
© France Médias Monde
Description
Du lundi au vendredi, chaque matin, un journaliste vous parle des artistes qui font l’actualité des musiques de l’espace francophone, de l’Afrique et de ses diasporas. Vous pourrez y entendre plus largement des musiques du monde et du Sud, des musiques actuelles et urbaines qui sont au cœur de l’identité de RFI.
Diffusion 8h50, heure de Paris, 7h50 TU.
543 Episodes
Reverse
Electric Mamba, c'est la réunion entre l'orchestre lyonnais Electric Safari et la chanteuse centrafricaine Idylle Mamba. Ils ont en commun leur amour pour les productions africaines des années 70. Le groupe vient de sortir son album Bande de Bangui. La rencontre a lieu en 2018, non pas par hasard, mais presque. Le groupe Electric Safari et la chanteuse Idylle Mamba ont des amis communs et ils décident de répéter un morceau ensemble, disons « pour voir ». Sauf que l'essai fonctionne tellement bien, que les musiciens sont d'abord eux-mêmes surpris, et surtout, ils s'empressent d'écrire de nouveaux morceaux et de les jouer sur scène. Les répertoires de l'orchestre et de la chanteuse se complètent parfaitement, l'énergie qu'ils développent sur scène est contagieuse et le public est au rendez-vous. Un album enregistré « à l’ancienne » Ils produisent alors un album en prenant soin de travailler de façon « artisanale » en accord avec ce goût qu'ils ont pour les productions « à l'ancienne ». Pour cela, ils enregistrent tous les instruments en une seule prise, pour garder l'énergie d'un concert, sur un vieux magnétophone à bande magnétique qui va leur donner un son gentillement désuet, fait de souffle et de saturation, un son typique des années 1970. De son côté, la chanteuse Idylle Mamba écrit et chante ses textes en sango. Des textes qui évoque la vie quotidienne des Centrafricains et plus particulièrement celle des habitants de Bangui. La pandémie, une parenthèse forcée Comme pour beaucoup d'autres projets, le temps se fige en mars 2020, mais pour le groupe, s'ajoute à la crise du covid des difficultés d'ordre logistique qui assombrissent l'avenir radieux qui leur était pourtant promis. La plupart des musiciens sont lyonnais, mais la chanteuse Idylle Mamba vit à Barcelone, ce qui, même après la fin du confinement complique les rencontres. Bien sûr, ils peuvent continuer à travailler en s'envoyant des fichiers par internet, mais ça ne remplace pas une bonne répétition, à plus forte raison pour un groupe dont le point fort est l'énergie qu'ils développent en live. Résultat : le projet s'enlise... Bande de Bangui arrive enfin À force de persévérence et malgré les contraintes budgétaires, ils finissent par boucler le projet. L'album vient donc de sortir, il s'appelle Bande de Bangui. Un album réussi qui mélange soul, afrobeat et quelques accents d'ethio-hazz ou de funk somalien. Le disque est parfaitement cohérent et l'alchimie entre le groupe et la chanteuse fonctionne à merveille.
L’artiste franco-grecque Dafné Kritharas revient sur le devant de la scène avec la sortie de son troisième album, Prayer and Sin. Un titre évocateur pour un projet qui invite à la fois à la réflexion et à l’émotion, oscillant entre la lumière et l’ombre, la prière et le péché. Fille d’un père grec qui lui a transmis le goût de la tragédie et d’une mère bretonne qui a peut-être réveillé en elle le sens de la fête, Dafné Kritharas propose un album riche des influences de la Méditerranée, de ses mythes, ses légendes et ses désespoirs. L’album est chanté en grec, en français, et comporte un titre en anglais. Un choix assumé, comme l’explique la chanteuse : « Je voulais que les gens s’attardent un petit peu plus sur le sujet des chansons, et ne me voient pas forcément comme une chanteuse qui reproduit un patrimoine traditionnel. Là, ce sont mes propres compositions pour la plupart. Et oui, c’est vrai que la langue anglaise, c’est la langue du colonialisme et de l’impérialisme. Donc j’ai longuement hésité et je me suis dit à la fin : non, j’ai envie que les gens aient la curiosité d’aller chercher dans cet album des choses qu’il n’y a pas dans les premiers, à savoir des choses au plus profond de mon âme. » Parmi ces thèmes intimes, la prière et le péché traversent tout l’album. La chanson « Prayer in Saint », en grec, occupe une place centrale : « C’est une chanson sur le pardon. Elle est en grec effectivement, mais comme c’est une de mes chansons, une chanson qui me tient beaucoup à cœur, j’avais envie aussi que les gens aient la curiosité de l’écouter. » Une voix puissante et expressive Dafné Kritharas s’impose comme une véritable chanteuse à voix, dans la lignée de grandes interprètes telles que Mercedes Sosa en Argentine ou Haris Alexiou, trésor national grec. Son timbre puissant et expressif apporte une dimension revigorante à ses chansons, capable de transmettre avec intensité la joie comme la douleur. L’un des morceaux phares de l’album célèbre la « joie » : « Eh bien, c’est la joie en grec. Une joie sauvage et folle qui nous transperce après un grand moment passé au fond du gouffre. On est tombé dans l’abîme et tout à coup, il y a une lumière qui nous transperce et qui nous monte plus haut que les nuages et nous donne la force de déplacer des montagnes. Et cette chanson, elle parle de ça. Effectivement, il y a ma folie qui parle dans cette chanson. Quand on était dans le studio d’enregistrement, j’ai voulu faire une improvisation. Ce n’était pas forcément prévu sur ce final. Et il y a ces notes très aiguës qui me sont sorties. On les a gardées et maintenant j’essaie de les reproduire à chaque fois en concert, mais c’est un défi. » Des thèmes engagés et universels Prayer and Sin propose trois titres en français, dont un morceau inspiré par la poétesse argentine Alfonsina Storni. L’album se distingue également par son engagement, notamment avec « Là-bas », qui évoque l’impuissance ressentie face au désespoir des enfants de Gaza. Autre titre marquant : « Deux anges, deux amis », une adaptation de la mélodie « Tango for Evora » de Loreena McKennitt. Ce morceau, déjà adapté en grec dans les années 90 par Haris Alexiou, bénéficie ici d’une version bilingue. Dafné explique : « Ce même ami Paul Barrère m’a proposé une version en français dont je suis tombée amoureuse et j’ai dit : je la veux dans cet album. Ce qui fait qu’elle est à la fois en français et en grec. » Un voyage musical à découvrir À travers Prayer and Sin, Dafné Kritharas propose un album à la fois intime, lumineux et engagé, qui puise dans les racines méditerranéennes et transcende les frontières par la force de la voix et de l’émotion. Un voyage musical à ne pas manquer, sur disque comme sur scène, pour tous les amoureux de la chanson habitée et des mélanges culturels.
Voix ensorcelantes, rythmes saisissants, chants millénaires revisités - avec Voices & Strings, Le Mystère des Voix Bulgares nous embarque dans un voyage sonore entre racines et modernité. Révélé par un Grammy Award du meilleur enregistrement de musique folklorique en 1990, ce chœur féminin mythique signe son grand retour en France fin janvier 2026 à la Folle Journée de Nantes, accompagné d'un quatuor à cordes bulgare et des arrangements du compositeur et chef d'orchestre Georgi Andreev.
Sur les réseaux sociaux, les courtes vidéos où il partage sa musique font fureur : 900 000 abonnés sur Instagram et sur TikTok. Fort de cette popularité, et avec déjà quatre EP derrière lui, Mon Rovîa vient de publier son tout premier album, Bloodline. Sur fond d'une folk naïve, il y raconte son passé difficile, sa quête d'identité, mais parle surtout d'espoir. « À la personne à Londres qui a écouté cette chanson 98 fois en un jour... est-ce que tu vas bien ? Tu veux un calin ? » C'est avec ce genre de messages, accompagnant de courts extraits de ses chansons, que Mon Rovîa a trouvé son public sur Instagram. Ces petites vidéos résument bien l'esprit du chanteur, dont l'un des traits caractéristiques est la douceur qu'il affiche dans ses mélodies et ses textes. À la recherche de ses racines La vie de Janjay Lowe (son nom à l'état civil) n'a pourtant pas démarré dans la sérénité. Né à Monrovia, la capitale du Liberia – dont il a depuis adopté le nom comme pseudonyme –, l'artiste aujourd'hui établi dans le Tennessee a grandi en pleine guerre civile. Il n'a jamais connu ses parents biologiques, tous deux morts pendant le conflit. Et s'il a échappé à une vie d'enfant soldat, c'est qu'il a finalement été adopté par des missionnaires évangélistes américains qui l'ont emmené aux États-Unis. Une histoire difficile, faite de déchirements, et qui ont laissé Mon Rovîa en quête de sa propre identité pendant de longues années. D'où le titre de son album : Bloodline (traduit par « lignée » ou « origines » en français). Une recherche impossible dont témoignent, sur la pochette du disque, la présence de plusieurs silhouettes en négatif, impossibles à identifier. Par-dessus, une petite vignette montre le chanteur tout sourire, lorsqu'il était enfant. Comme s'il voulait faire écho à cette chanson où il raconte un questionnement lancinant : « whose face am I ? » (traduit par « de qui suis-je le visage ? »). Les mots avant la musique Les histoires parfois dramatiques racontées par le jeune homme contrastent radicalement avec ses mélodies douces, parfois même légères, à peine mélancoliques. L'instrumentation gentiment folk de Day At The Soccer Fields par exemple, avec ses lignes du ukulele que Mon Rovîa transporte partout, tranche avec le récit d'un massacre perpétré sur un terrain de foot de Monrovia par des enfants-soldats. D'une chanson à l'autre, les mélodies s'entremêlent parfaitement et, il faut le dire, ne diffèrent pas énormément. Car les chansons sont finalement surtout un vaisseau pour transporter les mots du jeune homme. Mais cette folk naïve – et que certains outre-Atlantique qualifient de « folk afro-appalachienne » – sert aussi à porter le message d'espoir de Mon Rovîa. Car ce qu'il raconte au fil des 16 chansons de Bloodline, c'est qu'il n'y a pas de nuit assez noire pour empêcher le jour de se lever, ni de passé assez lourd pour écraser tout à fait celui qui le porte. Certaines chansons sont ainsi de véritables hymnes à l'espoir et surtout à l'action – comme dans Heavy Foot, où le chanteur clame, comme un défi, « ils ne réussiront jamais à tous nous opprimer ».
Melody Prochet poursuit un voyage initiatique entamé il y a quatorze ans. Unclouded est le quatrième album de la Française qui signe sous l'appellation Melody's Echo Chamber. Une chambre d'écho où résonne une pop psychédélique et inventive en renouvellement constant. Melody Prochet l'avoue sans ambages : « Unclouded est un état d'esprit, une quête, une sorte de philosophie ». Ne cherchez pas le bruit du monde, l'écho des bouleversement de la planète ou la chanson militante, il n'y en pas dans le parcours intime entamé il a quatorze ans par l'artiste française. Melody's Echo Chamber propose une pop psychédélique, une dream pop, en phase avec les états émotionnels de son autrice adepte de l'art thérapie, des haïkus méditatifs et d'une introspection solitaire. Son quatrième opus est une tentative « d'être dégagée de tout jugement, de résister aux nuages de distractions, de désinformation, d'intensité superficielle de notre société. J'ai toujours aimé la musique qui distord la réalité, qui ouvre une porte vers un monde alternatif. » Il n'y a pourtant nul repli sur soi dans les douze titres flamboyant proposés par celle qui a débuté son travail sous la houlette de l'Australien Kevin Parker qui n'était pas encore Tame Impala. L'énergie vibrante des débuts voit s'additionner sur Unclouded une recherche stylistique en direction de la soul music, voire du hip hop comme en témoigne la présence de l'Américain Leon Michels (El Michels Affair) parmi les deux coproducteurs de l'album. La primauté de la production revient au Suédois Sven Wunder dont le travail a tant impressionné Melody Prochet qu'elle a fait appel à ses talents et à une partie de ses musiciens pour cet album. Si le guitariste Daniel Ögen, la violoncelliste Josefin Runsteen ou encore l'immense batteur Malcom Catto apportent des savoir-faire indéniables, on retrouve néanmoins la « patte » Prochet tout au long des douze pistes de l'album. Un univers que Meldoy's Echo Chamber parvient à renouveler subtilement et par petites touches sans déboussoler ses fans, ceux-ci se comptant davantage de l'autre côté de l'Atlantique qu'en France. États-Unis, Brésil et Mexique, des pays où la Française est considérée comme une star. La French touch, en quelque sorte, celle qui séduit le monde avec des propositions musicales originales et inventives.
Le chanteur et producteur français La Mverte dévoile son deuxième album Media Nocte. Derrière ce pseudonyme se cache le musicien Alexandre Berly qui nous embarque au cœur de ses nombreuses nuits sans sommeil, là où les frontières de la conscience deviennent floues. L'album Media Nocte, « au milieu de la nuit » en latin, est largement inspiré de ces insomnies, de ces moments suspendus entre éveil et sommeil dont on ne sait jamais s'ils ont vraiment existé. De l'oubli de ses propres rêves aux illusions liées à la privation de sommeil, naissent ces atmosphères musicales un peu étranges tout droit sorties des ténèbres. Ancien bassiste dans des groupes de punk, La Mverte a ensuite sorti des EPs assez « club ». Ici, sur Media Nocte, il entremêle une dizaine de genres musicaux, parmi lesquels le dub, avec ses basses puissantes et l'utilisation d'effets comme l'écho ou la réverbération, l'ambient, atmosphérique et centré sur les textures électroniques, la coldwave, genre minimaliste avec des synthétiseurs assez froids, ou encore la synthwave, musique rétrofuturiste inspirée des années 1980. Mais pour lui, tous ces genres sont liés. Il explique : « Il y a beaucoup de dénominateurs communs entre tous ces genres, que ce soit l'utilisation de synthétiseurs, certains aspects du mixage qui favorisent la place de la basse par exemple, ou des traitements avec des échos à bande magnétique. Il y a aussi le côté très home studio : la cold wave à la française par exemple, c'était de la musique très peu réalisée dans des studios professionnels. Il y avait ce côté "fait à la maison", aussi valable pour le dub. Ce sont vraiment des genres qui sont très "amateurs", mais dans le sens artisans et passionnés du terme. » La chaleur du son préservée Malgré toutes ces sonorités électroniques, le côté « organique » de la musique est préservé, notamment grâce à l'utilisation d'un matériel de son assez ancien. « J'utilise notamment un vieux mixeur des années 1970 et forcément, le fait de passer le son à travers cette machine avant de rentrer dans ma carte son, ça ajoute une certaine chaleur et un certain grain qui permettent de préserver ce caractère humain. L'utilisation de bandes magnétiques permet aussi de retrouver un peu cette chaleur d'antan, caractéristique des disques des années 1960 à 1980, parce qu'à l'époque, c'était la norme d'enregistrer sur bande. Mais aujourd’hui il y a aussi des outils qui permettent de simuler ces effets de manière digitale et à moindre coût », explique-t-il. Nourri par les influences de The Cure, The Cramps,Tones On Tail et Two Lone Swordsmen, La Mverte puise également dans le cinéma, notamment celui de David Lynch. Avec le morceau « Another Vampire Story », il signe une œuvre en trois mouvements, pensée comme une bande-originale expérimentale. Entre crépuscule et aube, La Mverte apparaît comme un poète moderne, maudit et tourmenté, sur un dancefloor festif et tellement obscur à la fois. La Mverte Media Nocte (Canto V) 2025 Facebook / Instagram
Figure montante de la scène française électro-pop, Ashel, 31 ans, cumule aujourd'hui plus d'un million de streams. Après son deuxième EP Equinox, sorti fin novembre 2025, le chanteur, producteur et multi-instrumentiste normand en dévoile, ce début d’année, une nouvelle relecture intitulée Alternative Equinox. Cinq titres entraînants, portés par une vision à la fois lucide et lumineuse de notre quotidien.
JusteNiels est un jeune artiste de 24 ans qui s'est fait connaître via les réseaux sociaux, en partageant des textes pleins de poésie, lus avec une voix à fleur de peau, posés sur des musiques de piano. JusteNiels qualifie son style de chanson parlée sur des mélodies de pop douce qu'il compose avec deux de ses frères et deux amis... JusteNiels, c'est la musique d'un hypersensible qui se bat contre la sensation d'être « trop » : trop sensible, trop triste, trop perméable à l'état du monde, de ceux qui l'entourent. C'est l’objet de cet EP intitulé L'enfant indigo, comme il l’explique : « L’enfant indigo, c’est une génération d’enfants, maintenant adultes, qui ressentent tout trop fort et vivent dans un monde où on nous dit qu’on est trop sensible. Alors qu’avec le recul, je me demande si ce n’est pas plutôt le monde qui est devenu trop insensible ». Briser l’omerta sur la santé mentale par la musique Tout en poésie, et sans les dramatiser pour autant, JusteNiels chante l'anxiété, la fatigue du quotidien, la perte de sens et même les pensées suicidaires. Dans son titre « Les chemins rouges », écrit suite à la tentative de suicide d'un proche, il s'adresse à ceux qui ne trouvent plus de sens. En creux, on y entend les pensées suicidaires et la souffrance psychologique, mais aussi un appel à la vie, à continuer d'y croire même quand tout semble perdu. Derrière cette revendication d'émotions fortes et pleinement vécus, le chanteur émet aussi une critique, vis-à-vis d'une société qui lui paraît de plus en plus insensible. Face à l'avalanche d'informations négatives qui défilent quotidiennement sur nos écrans, JusteNiels se fait la voix des anxieux de l'avenir et de l'état du monde. « On a la crise climatique, une crise politique en France, l’état de la géopolitique mondiale… On a tellement d’insécurité, on est tellement perdu, on ne sait pas où on va, que j’ai ressenti ce besoin de mettre des mots dessus et de dire si toi aussi tu ressens tout ce trop, tu n’es pas tout seul, on est pleins à ressentir ça », précise l'artiste. Cette hypersensibilité assumée par un jeune homme de 24 ans est aussi une façon pour l'artiste de proposer un autre modèle de masculinité, loin de l'idée qu'un homme ne pleure pas. JusteNiels appelle à une forme de résistance à la dureté du monde par la douceur et à construire un monde où l'émotivité ne serait plus perçue comme une faiblesse.
Le groupe Sapocaya dévoile son tout premier album, Elementos. Sapocaya, ce sont neuf musiciens venus de France hexagonale, de Guadeloupe, du Brésil et d'Haïti, tous passionnés de musique et de voyages. Le groupe présentera son disque sur scène les 21 janvier et 21 février 2026 au Baiser Salé, à Paris. L'histoire commence en 2023, au retour d'un voyage au Brésil qui va marquer la vie et la musique de Jamayê Viveiros et Tristan Boulanger. Le premier joue de la trompette et du pifano, une flûte traditionnelle du Nordeste, et le second, percussionniste, compose les morceaux. Ensemble, ils s'entourent de sept artistes venus d’horizons variés, fondent Sapocaya et l'aventure commence. Leur premier disque entremêle musiques brésiliennes, jazz, rythmes afrocaribéens et funk. Une véritable exploration sonore autour de la nature et des quatre éléments. Au-delà des textes et des mélodies, Sapocaya puise aussi son inspiration dans une grande diversité de rythmes brésiliens. Rythmes de samba, symbole universel de la culture brésilienne, forro, musique populaire du Nordeste, mais aussi rythmes afoxés, issus des percussions traditionnelles, ou encore rythmes sacrés de la religion du Candomblé. « C'est la religion principale au Brésil, afro-descendante, qui vient des régions comme le Bénin, l'Angola » explique Tristan Boulanger. « Elle est fondée sur le culte des divinités de la nature. Chaque rythme a la vocation d'invoquer un Orisha, c'est-à-dire une divinité qui représente la plupart du temps un élément de la nature, que ce soit le feu, l'eau, le vent. C'est très codifié, très précis. C’est en utilisant ces rythmes-là qu'on peut invoquer ces éléments de la nature, finalement. Les rythmes afoxés viennent plutôt de la région de Bahia, tandis que le Candomblé est présent dans tout le Brésil, avec des variations selon les régions. C'est très large, mais on utilise plusieurs de ces rythmes dans notre musique pour faire des clins d'œil à toute cette culture. » Les racines rythmiques du Brésil L’album Elementos explore également les rythmes du Nordeste comme le baião et le maracatu, issu de traditions africaines. Le maracatu est un rythme de procession hérité de l'histoire des esclaves et des cérémonies de couronnement des rois et reines du Congo, bien loin du carnaval de Rio et de ses sambas. Ces sonorités festives s’incarnent notamment dans le morceau « Ribeirao ». « Ce titre s’inscrit plutôt dans la tradition du samba carioca, donc de Rio » poursuit Tristan Boulanger. « On a vraiment essayé de s’inscrire dans la lignée de tous les albums de MPB [musique populaire brésilienne, NDLR], de samba traditionnel, avec notamment l’ajout de quatuors à cordes. Ce sont des éléments présents dans les anciens enregistrements de samba, je pense à Jobim, à João Gilberto, à tous ces grands noms du samba brésilien. » Elementos est un voyage musical au cœur de l'Amazonie, influencé de toutes parts par les batucadas, l'afrobeat, les rythmes antillais et le kompa haïtien. C'est un hommage vibrant à la diversité des cultures afro-brésiliennes, mais aussi un disque dédié à la mémoire du musicien Hermeto Pascoal. Ce grand maître de la musique brésilienne avait offert au monde une partie de ses compositions libres de droits, pour que tous les musiciens puissent les jouer et les réinventer. Le groupe Sapocaya présentera Elementos sur scène les 21 janvier et 21 février au Baiser Salé, à Paris.
C'est l'une des voix émergentes de la pop francophone : la chanteuse Orlane a été sacrée, en 2025, révélation belge de l'année aux NRJ Music Awards, grâce à son album Aller Retour paru au printemps. Déjà couronnée de succès en Belgique, elle défend désormais son travail sur les scènes françaises, avec un concert à la Maroquinerie, à Paris, ce mercredi 7 janvier 2026. L'univers d'Orlane fait déjà carton plein en Belgique, et il commence à séduire en France. En quelques mots : beaucoup d'électropop, quelques piano-voix, et des textes très sensibles qu'elle écrit elle-même. Ses relations toxiques, ses joies, ses ruptures ou son rapport à la solitude... Avec Aller Retour, en 14 titres, la jeune femme se raconte avec une simplicité désarmante. « En trois ans, toute ma vie a été bouleversée, se souvient-elle. J'ai déménagé plusieurs fois, j'ai vécu plusieurs ruptures avec la même personne, il y a eu beaucoup de mouvement aussi dans mon féminisme et dans ma quête identitaire... c'était logique, que l'album s'appelle Aller Retour. » Cette simplicité a su séduire un public qui, sans doute, se reconnaît aussi dans Orlane. Sous couvert de joyeuse électropop aux accents parfois techno, la jeune femme tend à sa génération un miroir dans lequel regarder ses angoisses. Une génération qui se questionne sur l'enjeu de la solitude ; qui est politique et politisée (« je considère que la musique est politique à partir du moment où on la crée dans un contexte politique, fait d'inégalités et de combats ») ; qui met la santé mentale et la diversité au premier plan, sans pour autant se revendiquer porte-étendard de quoi que ce soit. C'est comme ça par exemple qu'Orlane chante sa bisexualité, sans revendications, simplement comme elle est : « ça nourrit mes textes, mais il n'y a pas forcément de volonté militante. Je peux vivre des histoires d'amour avec des garçons, des histoires avec des filles, et je les chante de la même manière parce que c'est comme ça que je le vis. C'est bien aussi d'avoir des textes qui disent les choses simplement, comme elles existent. » Pas de slogan donc chez la jeune femme, juste une évidence à qui tend l'oreille d'assez près. Une artiste aux multiples talents Orlane écrit donc, mais elle ne s'en contente pas. « Je suis fille unique et mes parents se sont séparés quand j'avais deux ans. J'ai donc passé beaucoup de temps seule, analyse-t-elle, et je pense que c'est pour ça que je suis créative aujourd'hui : il fallait bien m'occuper ! » La chanteuse compose aussi ses chansons, elle joue du piano, et s'est même mise récemment au saxophone – c'est bien elle que l'on entend sur les solos de l'album, sur « Mal d'Amour » par exemple. « J'ai eu envie de m'y mettre car on voit peu de femmes jouer du saxophone sur scène, cela reste très masculin. Ca me plaît, de bousculer ces codes-là. » Des préjugés que la jeune femme devrait envoyer valser encore plus loin avec son prochain single, attendu pour le mois de février et qu'elle présente comme « un hymne queer », « dans la continuité de mon album mais en exacerbé. » Nous voilà prévenus. Orlane, en concert à la Maroquinerie (Paris) le 7 janvier. Orlane Aller-Retour (Source) 2025 Facebook / Instagram / Youtube
La compositrice, interprète et rappeuse martiniquaise Meryl sort son deuxième album, intitulé La dame. Elle y raconte son combat pour se faire une place dans la musique et son amour pour son île, la Martinique. « La Dame » est une référence au film La dame de Katwe réalisé par Mira Nair et inspiré de l'histoire de Phiona Mutessi, une jeune joueuse d'échecs ougandaise qui quitte son bidonville pour devenir championne nationale de l'Ouganda. Ce récit d’une jeune femme qui n’était pas prédestiné à la gloire et qui a dû se battre pour se hisser au sommet, fait écho au parcours de Meryl. En effet : femme, noire, queer et martiniquaise, le succès n'était pas gagné d'avance pour la rappeuse. Avant de se lancer dans la musique, Meryl a fait ses gammes en composant pour d’autres artistes. Elle a ainsi travaillé avec des artistes tels que SCH, Soprano, Timal et Niska. La chanteuse fait aujourd’hui partie des rares artistes de rap martiniquais reconnue dans l’Hexagone et à l’international. Elle est bien déterminée à inscrire les Antilles dans le paysage musical mondial. Une volonté qu'elle ne se contente pas d'exprimer mais met aussi en action. Meryl a ainsi créé un label, doublé d'une maison d'éditions, en Martinique pour héberger ses albums et promouvoir à terme d'autres artistes martiniquais, afin que les talents de l’île n’aient plus à aller chercher ailleurs de quoi produire leurs albums. La chanteuse vit aujourd'hui entre la métropole et la Martinique, mais cherche à passer un maximum de temps sur son île, sa source d'inspiration première. De celle qui écrit pour les autres à celle qui les invite sur son album Dans cet album, Meryl mélange shatta, dancehall, bouyon, pop et trap martiniquaise, pour raconter son histoire et cette rage de construire qui ne l’a jamais quittée, tout cela en français, parfois en anglais et en créole martiniquais. Autre particularité de ce deuxième album, il est essaimé de collaborations : sur les dix-sept titres de La dame, douze sont des collaborations, et pas des moindres. En effet, on y entend R2, Eva et Theodora... qui participe non pas à un mais à deux titres : « Instructions » et « Paparazzi ». Moins de deux mois après sa sortie, La dame est déjà un succès. La preuve en est que le concert de Meryl prévu à l’Accor Arena en octobre 2026, est déjà plein. Meryl est une artiste complète, une citoyenne engagée qui met en musique le multiculturalisme si caractéristique de son île.
Boy & Bear, groupe phare de la scène néo-folk australienne, revient avec son sixième album Tripping Over Time. Onze titres aux accents pop rétro, new wave et rock psychédélique qui explorent le chaos et la beauté du présent.
Le dernier Choix Musical de cette année 2025 met à l'honneur Bopol Mansiamina, légendaire artiste congolais disparu en 2021. Le label colombien Palenque Records dévoile deux nouveaux morceaux posthumes, enregistrés par l’auteur-compositeur et guitariste lors d’une session à Bogota en 2017. Aux côtés de Bopol Mansiamina, on trouve le producteur colombien Lucas Silva, fondateur du label indépendant Palanque Records. Créé en 1996, ce label construit des ponts musicaux entre l'Afrique et la Colombie, en collaborant notamment avec des artistes du Nigeria, du Congo, du Ghana et du Sénégal pour fusionner sonorités africaines et rythmes traditionnels colombiens. L’objectif : amener ensuite cette musique afro-colombienne vers quelque chose de nouveau. « On voulait faire un hommage à ce grand artiste qu'est Bopol Mansiamina. Il a commencé dans les années 1960 à Kinshasa avec Dr Nico, puis il a eu plusieurs orchestres. Il a fondé le groupe Quatre étoiles du Zaïre, et il a joué avec de grands musiciens du Congo comme Pepe Kallé ou le groupe Empire Bakuba. Ce musicien avait un style unique. Il faisait partie des Congolais qui se sont rassemblés à Paris dans les années 1980, et popularisé le soukouss, le ndombolo, tous les rythmes à la mode au Congo. Ces musiques congolaises nous ont beaucoup influencés en Colombie. Pour nous c'est une très belle histoire, c'est renouer les liens avec la Mère Afrique », explique Lucas Silva. Métissage culturel entre deux continents Considéré comme l'un des pères fondateurs de la champeta, Bopol Mansiamina a joué un rôle clé dans la naissance de ce genre musical né dans les années 1970. Fruit d’un dialogue entre rumba congolaise, soukouss et highlife, c'est la bande-son urbaine des communautés afro-colombiennes de la côté caribéenne, véritable symbole de métissage culturel. L’un des nouveaux morceaux, « Esta Tierra No Es Mia », est aussi un hommage à la côte caraïbe de la Colombie. Il s’agit d’une reprise d’un morceau du groupe afro-colombien Sexteto Tabala, originaire de San Basilia de Palenque, premier village libre en Amérique latine, fondé pendant la colonisation par des esclaves africains marrons. La chanson célèbre cette communauté rebelle, installée dans la jungle des Caraïbes colombiennes, où l'on parle encore la lengua palenquera, un créole mêlant des langues bantoues du Congo et de l'Angola, preuve de l'héritage africain de la Colombie. Un évènement en Colombie Sur cet EP, Bopol Mansiamana est entouré de stars congolaises comme le guitariste Caien Madoka et le grand chanteur de rumba Nyboma, ancien membre de Kamalé Dynamiques et de Kékélé, véritable légende vivante comparable à Papa Wemba. Côté « Afrocolombie », selon l’expression de Lucas Silva, on trouve les chanteurs Nicoyembe et Victor Hugo Rodriguez. Le meilleur du Congo et de la Colombie réunis pour célébrer la vie musicale de Bopol Mansiamina. « Les fans me demandaient de sortir ces morceaux depuis deux ans. Chez nous, c'est un vrai évènement. Pour tous les amateurs de musiques africaines ici, c'est quelque chose de super important et dans ses morceaux, Bopol Mansiamina rend hommage justement à tous ses fans en Colombie. Les gens adorent vraiment beaucoup la musique africaine, on est tout le temps au courant de ce qui sort en Afrique noire. C'est une sortie très importante, un pont musical qui existe depuis les années 1970 jusqu'à aujourd'hui » se réjouit Lucas Silva. Les Colombiens ont toujours apprécié Bopol Mansiamina, et il leur rendait bien. Amoureux du pays, il a d'ailleurs composé le morceau « La Cintura », également présent sur l’EP, spécialement en l'honneur de la ville de Barranquilla connue pour son immense fête de carnaval. Et en plus des deux morceaux déjà sortis, trois autres sont prévus pour le mois d’avril prochain.
Surnommé le « Golden boy », Kiko est l’enfant chéri du Togo. À 27 ans il est considéré comme l’un des artistes les plus prometteurs de la scène togolaise. Après trois EPs, il sort un premier album intitulé Bleus. C'est le premier projet d'ampleur de Kiko, mais l'artiste a déjà trois EPs à son actif. Komivi King Fiagno, de son vrai nom, est né en 1998 à Lomé et son nom de scène est l'assemblage de ses deux prénoms King et Komivi. Son album de quatorze titres, enregistré entre Paris, Lagos et Lomé, s'intitule Bleus, jeu de mots entre les bleus au sens des blessures et le style musical du blues. Une combinaison qui reflète bien le voyage introspectif de l'artiste de 27 ans. L’artiste multilingue porte fièrement son identité togolaise Kiko est considéré comme l’un des jeunes artistes émergents les plus prometteurs de la scène togolaise. Son style éclectique mélange pop, r'n'b, rap et afropop séduit de même que sa voix et sa capacité à chanter en plusieurs langues. En effet, en plus du français et de l'anglais, Kiko porte fièrement son héritage togolais et chante en éwé, langue nigéro-congolaise, parlée au Ghana et Togo et au Bénin. En outre, il s’affiche régulièrement en habits traditionnels dans ses clips. Influencé par les géants de la pop américaine tels que Chris Brown, Usher, Justin Bieber et Michael Jackson. Kiko revendique une musique qui veut rassembler et dans laquelle chacun peut se reconnaître. Et à la différence de projets précédents, dans cet album, l'artiste dévoile ses émotions, ses doutes, une certaine désillusion de la célébrité. Mais on entend aussi la quête d'une forme de paix intérieure. Le golden boy togolais prône aussi l'innovation et l'expérimentation. Il va d'ailleurs jusqu'à sampler une célèbre comptine du XVIIIe siècle. Dans son morceau « Ding Deng Dong », Kiko ose la composition d'une chanson sensuelle, qui parle d'amour, sur la mélodie de « Frère Jacques ». L’artiste n’a pas fini de nous surprendre. Kiko Bleus (Wèrè Wèrè Music/Def Jam Africa) 2025 Facebook / Instagram / YouTube
Formé en 2020, le quatuor belge a sorti, ce 21 novembre 2025, son second album : Vague Scélérate. Comme ce phénomène marin aussi redouté que mythique, le nouveau disque des quatre musiciens fait l'effet d'un tsunami sonore, aux influences multiples et à l'énergie contagieuse. Les vagues scélérates sont longtemps restées un mystère de la vie aquatique, et même une légende de marins. Désormais, ce phénomène est bien documenté : il s'agit de vagues qui apparaissent brutalement en pleine mer, et qui font plusieurs fois la taille des vagues environnantes. Avec son bien nommé deuxième album, Gros Coeur reproduit la même chose : « on aimait bien l'idée de ce tsunami sonore qui s'abat sur les oreilles de nos pauvres auditeurs », lâche, dans un trait d'ironie, le bassiste et claviériste du groupe, Julien Trousson. L'humour comme fil rouge « Faire les choses avec légèreté mais sérieusement » : voilà pour la ligne de conduite du groupe, que l'on retrouve dans le nom des projets (Gros Disque en 2023, Vague Scélérate aujourd'hui), dans les textes, et dans les visuels – mention spéciale pour le clip de « La Vague », tourné sur un radeau de la Méduse improvisé et contre un fond vert qui ne cherche pas à cacher ce qu'il est. Cette légèreté n'empêche pas pour autant de faire de la musique très travaillée. Pas la peine de chercher chez Gros Coeur des morceaux faciles ou des séquences que l'on peut découper en pastilles : sur Vague Scélérate, aucun morceau ne fait moins de 5 minutes, le plus long en fait même 12. Cela tient beaucoup au processus créatif du groupe, essentiellement fait de jams en studio. « On jette très peu de choses, raconte Julien Trousson. Généralement on part d'une idée à quatre, et on développe autour. Et on ne se bride absolument pas, ni sur la direction qu'on emprunte, ni sur la longueur. » Résultat : des durées gargantuesques au regard des standards actuels, mais qui permettent au groupe de développer de longues plages musicales, et à l'auditeur de se plonger complètement dans l'univers des quatre musiciens. « A cette ère algorithmique, c'est important d'avoir des morceaux qui nécessitent une certaine attention. On aime bien l'idée que se lancer dans ce disque demande une certaine attention, un peu comme se lancer dans un film : c'est assez immersif », insiste encore le bassiste et claviériste. Un tour du monde musical Si le projet Gros Coeur a pris vie dans la région de Liège, il n'y a certainement pas pris racine. Les quatre rockeurs chantent en français, s'inspirent de la scène québécoise, font résonner des congas d'Amérique latine et empruntent des sonorités au Moyen-Orient, comme dans « Montréal » : bref, en 45 minutes d'album, on parcourt vingt mille lieues sur les mers. Les congas, tout particulièrement, donnent leur son spécifique au groupe, d'autant plus qu'elles sont apparues un peu par hasard. « C'était en 2020, pendant le confinement, se souvient Julien Trousson. On était cloîtré dans notre studio baigné de soleil, et on se demandait à l'époque quel était l'avenir de la culture, si on aurait même l'occasion de rejouer sur scène. On s'est dit que si c'était le cas, on aurait envie d'un son festif, qui donne envie aux gens de revenir, de danser, de suer. C'est à peu près à ce moment-là que notre batteur a apporté ces deux congas qui trainaient chez lui. » Ni une, ni deux, les toms de la batterie [les tambours qui produisent le son le plus grave, NDLR] sont remplacés par les congas... un nouvel instrument est né. Quant à la voix, là aussi, Gros Coeur en fait une utilisation toute personnelle. On a plutôt l'habitude de distinguer la voix du reste de la musique : ici, c'est tout l'inverse. Plutôt que d'être mis en avant, le chant est intégré à l'instrumentation, comme noyé sous les autres nappes de son. « On n'est pas des chanteurs à texte, pointe Julien Trousson. La voix nous sert d'instrument, de ligne mélodique. Souvent, les mélodies sont trouvées sur la base d'un riff de guitare, ou de bass, peu importe. Et on retranscrit ce qu'on a fait en jam à la voix, qui nous sert de conducteur mélodique dans la chanson plus que de vecteur de sens. » Le résultat est assurément surprenant, mais complètement entraînant si l'on accepte de se laisser emporter par le courant. Et cela semble marcher : Gros Coeur a le vent en poupe dans le milieu musical. Le groupe participera d'ailleurs, mi-janvier, à l'Eurosonic, le festival de tous les professionnels de la musique.
Compositeur, arrangeur et producteur, Quincy Jones a influencé des générations d'artistes américains au cours de ses 60 ans de carrière. Décédé il y a un an, à l'âge de 91 ans, la maison de production Universal Music lui consacre une anthologie baptisé The legacy of Quincy Jones (« L'héritage de Quincy Jones » en français). Cet héritage, Universal Music le décline en 20 CD et 406 morceaux, ce qui permet de retracer l'œuvre et l'évolution artistique de cet homme qui résume à lui seul la musique américaine du XXe siècle, du be-bop au hip hop. Et c'est Stéphane Lerouge, grand spécialiste de la musique de film chez Universal Music France qui a conçu cet objet d'un exhaustivité incroyable. On découvre ainsi des prises alternatives, des inédits, des titres tombés dans l'oubli. « J'aurais tellement aimé lui faire découvrir, et pouvoir partager avec lui ces découvertes et avoir son regard d'aujourd'hui sur ces jalons de son passé, commente Stéphane Lerouge. Cela n'aura pas eu lieu, mais au moins, aujourd'hui, les auditeurs peuvent s'immerger dans, à la fois les visages connus et les évidences du parcours de Quincy Jones, et aussi dans des choses plus méconnues voire obscures. » Producteur de tubes Parmi ces visage connu, il y a celui de producteur. Quincy Jones a façonné la trilogie conquérante de Michael Jackson dans les années 1980, à savoir les albums Off The Wall, Thriller et Bad. Et l'on peut affirmer sans risque d'être démenti que c'est lui qui a fait du dernier des Jackson Five le premier des princes de la musique. Mais Quincy ne se résume pas à cette collaboration. Comme disait le musicien Benny Carter : « son succès a éclipsé son talent ». Et ce talent qui émerge dans les années 1950 va s'exprimer notamment à Hollywood. Quincy Jones réalise un rêve d'enfance en devenant le premier afro-américain à travailler pour Hollywood. Il va composer huit bandes originales, dont cinq pour Sidney Lumet, et surtout celle du film culte de Norman Jewison Dans la chaleur de la nuit, avec Sidney Poitier. Un film jalon dans l'histoire américaine, puisque c'est, par excellence, le film d'émancipation des afro-américains. Le sujet tenait particulièrement à coeur à Quincy Jones qui a débuté sa carrière dans une Amérique ségrégationniste. Ainsi, il n'avait pas le droit de composer pour la section cordes d'un orchestre : c'était interdit aux noirs. Séjour en France Lorsqu'il arrive en France en 1957, embauché par le producteur Eddie Barclay, il découvre la liberté. Il disait qu'à Paris, il était enfin considéré comme un artiste et non jugé a priori pour sa couleur de peau. Et c'est aussi en France qu'il fait une rencontre décisive, celle de Nadia Boulanger. La célébrissime professeure de piano du conservatoire américain l'initie au contrepoint et à la musique savante, celle de Stravinski notamment, ce qui aura une influence décisive sur son art. Le coffret publié par Universal Music France se referme sur le dernier passage en studio de Quincy Jones : c'était en 2023, à l'occasion d'un hommage au compositeur de musique de film Henry Mancini. Quincy Jones a réenregistré le thème musical de Peter Gunn, composé par Mancini pour le film de Black Edwards sorti en 1967. Pour l'occasion il avait réuni John Williams au piano, Herbie Hancock aux claviers et Arturo Sandoval à la trompette.
Voix de la soul française, Ben l’Oncle Soul se fait connaître à la fin des années 2000 en proposant des versions soul de tubes de l’époque. Il sort ensuite plusieurs albums reprenant les codes et l’esthétique de l’âge d’or de la soul américaine. Il était sur la scène de l'Élysée Montmartre pour clôturer la tournée de son dernier album le 19 novembre 2025. Une prestation à retrouver en podcast sur le site de RFI. Benjamin Duterde, de son vrai nom, nait en 1984 et grandit entre les murs d'un lycée international où sa mère est intendante et ses grands-parents, chefs cuisiniers. Sa mère possède une belle collection de disques venue des Etats-Unis (avec entre autre Ray Charles, James Brown, Otis Redding…), rapportée par un élève américain. Ces influences vont jouer un rôle déterminant dans la construction du jeune soulman. Lorsque Benjamin Duterde se lance dans la musique à la fin des années 2000, il multiplie les références à ces mêmes grandes noms de la soul qui ont nourri ses rêves d'enfant. Celui qui prend alors le nom de Ben l'Oncle Soul propose une esthétique et un univers, venus tout droit de la soul américaine des années 1960 et 1970, qui tranche avec la mode de l'époque plutôt tourné vers le r'n'b et la pop. RFI ConcertsBen L’Oncle Soul à l’Élysée Montmartre: la «Sad Generation» en live à Paris Ben l’Oncle Soul se fait connaître en revisitant des tubes version soul Le jeune chanteur revisite des tubes, comme « Say you'll be there » des Spice girls, ou « I kissed a girl » de Katy Perry et en fait des versions soul, attirant ainsi un public plus large que celui des passionnés du genre. En 2009, c'est sa reprise de « Seven nations army » des White Stripes, qui le révèle véritablement au grand public. Un an après, il sort son titre phare « Soulman » : un morceau plein de sincérité et de chaleur qui présente le chanteur et son univers. Dans son dernier album initulé « Sad Generation », Ben l'Oncle Soul explore une ambiance plus jazzy, plus crooner que dans ces albums précédents, avec une voix bien ancrée, posée sur un son patiné parfois saturé. Le résultat est un album entre les âges, qui mélange hier et aujourd'hui. Finalement, Ben l'Oncle Soul, est devenu l'un des parrains de soul française qui la remet au gout du jour et en porte l'héritage. Ben l’Oncle Soul Sad Generation 2025 Site officiel / Facebook / Instagram / YouTube
Internet Girl, M.anifest, Greentea Peng, Lola Young, Smerz, voici cinq pépites musicales qui ont jalonné l'année 2025 dans le domaine pop-rock. Un segment où l'Afrique n'est pas absente. « Pardon My Enemies » par Internet Girl Internet Girl est la sensation des réseaux sociaux. Précisions qu'il n'y a pas plus de « girl » dans ce trio masculin que d'amapiano, de kwaito ou de gkom... Internet Girl nage à contre-courant des standars musicaux sud-africain avec son post-punk mâtiné d'électro. « Pardon My Ennemies », titre sorti fin octobre sur le dernier moyen format de ce boys band du Cap emmené par Ntsika Bungane. Internet Girl n'explore pas seulement les musiques d'Europe, il scrute les marges de la société avec des textes volontiers provocateurs, la dérision étant souvent la meilleure arme pour dénoncer la masculité toxique ou l'argent roi. « Ease My Mind » de M.anifest M.anifeste livrait en mars dernier son album le plus attendrissant, le sixième déjà, New Road And Guava Trees, (« Une nouvelle route et des goyaviers » en français) d'où est tirée cette chanson d'amour « Ease My Mind ». Réputé pour sa plume, M.anifest évoque la nostalgie de son enfance dans son quartier d'Accra parsemé de ces arbres aux fruits délicieux. Entre highlife, hiplife et afropop. Douceur, bienveillance et nostalgie sucrée. Un fruit suave idéal pour terminer l'année. « Nowhere Man » par Greentea Peng Greentea Peng aime le voyage, la littérature, la musique, mais par dessus-tout, elle voue un culte au dub, variante du reggae. Son deuxième album Tell Dem Its Sunny (« Dites leurs qu'il fait soleil » en français) explore le trip hop patrimonial, la soul fondamentale et le rap dominant qui forme l'ADN musical de la Londonienne. Son ADN humain, lui, croise l'Europe, l'Afrique et le Proche Orient. À 31 ans, Aria Wells, de son vrai nom, impose sa voix trainante et son style séduisant. Oui, il fait soleil quand on écoute ce titre « Nowhere Man ». « Dealer » de Lola Young Sur ce titre intitulé « Dealer », Lola Young explique qu'elle a essayé toute la journée de rester sobre avant de proclamer que son dealer va lui manquer... Mais attention, elle ne fait pas la promotion des substances illicites, du moins nous voulons le croire, l'addiction en question est une métaphore de l'amour. Lola Young n'a pas son pareil pour parler ouvertement de ses amours toxiques, de ses failles, de ses troubles mentaux, de ses désirs, parvenant à hisser le tout au rang d'hymnes générationnels. Young ou le miroir d'une jeunesse sans tabous. « Roll The Dice » de Smerz Catharina Stoltenberg et Henriette Motzfeldt sont originaires d'Oslo, elle forment le duo Smerz, et leur album Big City Life sorti fin mai a été encensé par les critiques européennes. Big City Life (« La vie dans les grandes villes » en français) est une déambulation ironique et mordante dans l'enfer de la modernité urbaine. L'architecture sonore varie entre dream pop, électro, trip hop. Un soupçon d'élégance nordique parfait pour l'ambiance fraiche mais relax des fêtes de fin d'année...
Après Monsieur Saudade, sorti l'année dernière, le rappeur et chanteur franco-sénégalais Abou Tall est de retour avec son nouvel album Monsieur Saudade II. Celui qui s’était d’abord fait connaître dans le rap se tourne désormais de plus en plus vers des sonorités venues du Brésil. Le public l’a découvert au sein du duo The Shin Sekaï, formé avec le rappeur franco-congolais Dadju, actif de 2012 à 2017. Depuis, Abou Tall a navigué entre rap et r'n'b, avant de s'ouvrir progressivement aux musiques brésiliennes et plus précisément à la bossa nova. Il raconte : « C'est une évolution qui n’a pas eu de point de bascule, parce que j'ai toujours écouté beaucoup de musique brésilienne, mais sans savoir comment l'intégrer à ma musique. Donc, au fur et à mesure, déjà, j'ai commencé à chanter. Ça a commencé par ce que je faisais en groupe, un peu plus r'n'b. Puis un jour, j'ai commencé à apprendre la guitare, je l’ai l'incorporée à ma musique. Et vu que ce que j'aime avec la guitare c'est la musique brésilienne, ça s'est infusé directement dans ma musique. » À lire aussi«Monsieur Saudade II» d’Abou Tall: le juste équilibre entre r'n'b et bossa nova Cette ouverture vers les musiques brésiliennes a finalement transformé son approche artistique. Habitué à rapper avec beaucoup d'énergie, Abou Tall a appris à canaliser cette énergie pour mieux correspondre à la douceur de sa guitare. Il s'inspire des plus grands, comme João Gilberto et Antônio Carlos Jobim. Il sample également Jorge Ben Jor et son morceau popularisé par la reprise de Sergio Mendes, Mas que Nada, sur Ronaldinho, en featuring avec le chanteur soul et afrobeats Warren Saada. En équilibre entre deux continents Entre sa vie passée en France et son intérêt pour le Brésil, Abou Tall n'oublie pas ses racines. Le Sénégal influence profondément sa manière d'être, et donc sa musique. « Le garçon que je suis est sénégalais, donc de facto mon parcours, le fait d’avoir vécu là-bas, mes propos et ma mentalité sont influencés par le Sénégal. Dans ce projet je parle beaucoup de famille, et mon sens de la famille vient du Sénégal. Donc dans le propos, ma "sénégalité" est bien présente. Je viens d'une région qui s'appelle la Casamance, et j’ai toujours aimé la musique de là-bas. J'aimerais bien lui rendre hommage à un moment dans ma carrière », espère-t-il. Plus engagé, le titre « Les gens comme moi », est sans doute le morceau le plus politique de l'album. Pour l’écrire, Abou Tall s’est inspiré des nombreux conflits politiques et sociaux actuels, et de ses réflexions sur le racisme et la place du « Sud » dans le monde. Pourtant, il cherche tout de même à y transmettre de l'espoir. Et cet optimiste transparaît sur chacun des morceaux de l’album, comme une douce mélancolie qui parcourt tout Monsieur Saudade II. Abou Tall sera en concert le 16 janvier à Argenteuil, en Île-de-France. Abou Tall Monsieur Saudade II (Colombe Noire / Play Two) 2025Facebook / Instagram / YouTube
Avec son premier EP intitulé Au singulier, Plume s’affirme comme une révélation de la dream pop française. Entre douceur et mélancolie, la jeune artiste explore la complexité du processus créatif, livrant des chansons intimes, inspirées par des influences variées. Plume captive par sa sensibilité, son univers éthéré et son écriture poétique, faisant de chaque morceau une lettre adressée à elle-même ou à ceux qui l’entourent. Le premier morceau de Plume, « En ce temps-là », donne le ton : une ambiance empreinte de nostalgie, qui parcourt l’ensemble de son EP Au singulier. Tout au long des sept titres, la jeune chanteuse installe une atmosphère à la fois douce et amère, fil conducteur de son univers musical. Plume évolue dans la dream pop, un genre éthéré et introspectif puisant ses racines dans le rock alternatif. Sa musique invite à la rêverie et à la poésie, portée par une voix légère et sensible, comme en témoigne le morceau « Plume », un titre présentaiton qui porte son nom. Un héritage musical riche et une écriture singulière Les inspirations de Plume sont multiples : variété française, rock, électro, et même métal. Fille de musiciens, elle grandit au rythme des concerts et répétitions de ses parents, forgeant son identité au gré des rencontres et des scènes. Un événement marquant en 2007, alors qu’elle n’a que 10 ans, fait naître en elle un véritable désir de composer et de chanter : « J'avais accompagné mon père qui était invité en backstages. Je me mets devant la scène, et il y avait un chanteur qui était là, que je ne connaissais même pas, qui s'appelait Danyel Gérard. Il joue sur une petite guitarre bleue. J'étais à fond. Et il lance sa guitarre à quelqu'un du public : c'était moi. Je n'avais pas d'instrument à l'époque, je pianotais mais je ne savais pas très bien faire. Le soir-même, je suis devenue un peu folle. Je me suis enfermée dans ma chambre, j'ai cherché des tutos sur YouTube, et j'ai appris la musique comme ça. » Dans Au singulier, Plume revendique sa solitude et son originalité. Elle dévoile la dualité du processus créatif : des moments de doute et de galère, mais aussi des instants de grâce. Son écriture met en lumière la part d’ombre et la force qui réside dans le sentiment d’être unique.« Finalement, on comprend aussi qu'on a des portes de sortie qui sont là, et aussi de la lumière qui est là. Ces parts d'ombre font partie aussi de ce processus créatif, qui peuvent plus me permettre de sortir après. » Des chansons comme des lettres ouvertes Chaque morceau de l’EP se lit comme une lettre : à un absent, à un être cher, à un amour perdu ou à elle-même. Pour Plume, écrire et mettre en musique ses émotions est un besoin, une manière de ne pas se laisser dévorer par elles. Dans « De la terre à la lune », elle utilise le langage des étoiles pour raconter la fin d’une histoire d’amour, sur une mélodie d’abord brute, puis de plus en plus aérienne à mesure que la chanteuse se laisse emporter. En guise de conclusion, Plume propose « Goodbye », l’unique titre en anglais de l’album, qui clôt en douceur ce premier voyage introspectif. Avec Au singulier, Plume signe un premier EP intime et aérien, et s’impose comme une artiste à suivre de près sur la scène dream pop française.



