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Afrique, mémoires d'un continent
Afrique, mémoires d'un continent
Author: RFI
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© France Médias Monde
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Afrique, mémoires d'un continent explore l’histoire à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui. Historiens, universitaires et spécialistes expliquent et racontent, sans tabous et à rebours des clichés, comment le passé éclaire le présent. Une émission présentée par Elgas, en collaboration avec Delphine Michaud. Réalisation : Taguy M’Fah Traoré. *** Diffusions vers toutes cibles les dimanches à 08h10 TU et 22h10 TU (Heure de Paris = TU + 2 en été).
119 Episodes
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Afrique, mémoires d’un continent suit l’évolution de la vie religieuse et de la cohabitation entre la Chrétienté et l’Islam en Ethiopie, du 4ème au 16ème siècle. Comment se passe cette cohabitation ? Pacifique ? Paix armée ? Djihad ? Quelle place pour les païens et le judaïsme ? Avec la participation de l’historienne et archéologue Marie-Laure Derat, auteure de L'Ethiopie chrétienne et islamique (VIIe-XVIe siècle). L'Afrique ancienne. De l'Accus au Zimbabwe. 20 000 avant notre ère - XVIIe siècle (éd. Belin) Pour aller plus loin L’émission retrace l’histoire religieuse de l’Éthiopie entre le IVe et le XVIe siècle, en prenant pour point de départ le royaume d’Aksum. Ce royaume antique, situé au nord de l’Éthiopie et relié au port d’Adoulis sur la mer Rouge, est un carrefour commercial majeur en lien avec de grands empires comme Rome. Sa prospérité repose sur le commerce (or, ivoire, esclaves) et sur une élite puissante qui développe une culture monumentale. Le royaume d’Aksum et la christianisation de l’Éthiopie Au IVe siècle, le roi Ezana se convertit au christianisme, marquant un tournant décisif. Cette conversion s’explique en partie par les échanges commerciaux qui favorisent la diffusion des idées religieuses, mais aussi par l’action de missionnaires comme Frumentius. Le christianisme s’implante progressivement grâce aux routes commerciales et à l’existence d’une langue écrite, le guèze, utilisée pour traduire les textes sacrés.Cette nouvelle religion s’inscrit dans un contexte déjà marqué par des croyances polythéistes évoluant vers le monothéisme. Elle donne naissance à de nombreux lieux de culte et à une riche tradition religieuse qui structure durablement la société éthiopienne. L’arrivée de l’islam et une mosaïque religieuse complexe À partir du VIIe siècle, l’islam fait son apparition en Éthiopie, notamment avec l’accueil de compagnons du prophète en fuite. Bien accueillis par le pouvoir aksoumite, ils laissent des traces durables, notamment dans la région de Nagash. L’islam se diffuse ensuite lentement, surtout par les réseaux commerciaux, comme le christianisme auparavant.Cependant, les sources restent limitées, et les traces archéologiques, comme les épitaphes musulmanes, apparaissent surtout entre le Xe et le XIIe siècle. La cohabitation entre christianisme et islam varie selon les périodes : elle peut être pacifique, mais aussi marquée par des tensions ou des destructions, notamment de sites religieux.Parallèlement, d’autres croyances persistent, comme des pratiques dites « païennes » ou encore des formes de judaïsme, souvent liées à des dynamiques de résistance. L’Éthiopie apparaît ainsi comme une véritable mosaïque religieuse où plusieurs traditions coexistent, interagissent et évoluent. Conflits, dynasties et héritages durables Après le déclin d’Aksum au VIIe siècle, de nouvelles dynasties prennent le relais, comme les Zagwé avec le roi Lalibela, célèbre pour ses églises taillées dans la roche, ou les Salomoniens, qui revendiquent une origine biblique. Ces périodes marquent un renouveau du christianisme et un renforcement des liens avec l’Église d’Alexandrie.Toutefois, à partir du XIVe siècle, les tensions s’accentuent. Le roi Amda Seyon mène des campagnes militaires contre musulmans et populations non chrétiennes, inaugurant une phase de conflits plus ouverts. Au XVIe siècle, le djihad mené par l’imam Ahmad bouleverse l’équilibre régional, avant l’intervention des Portugais en faveur du royaume chrétien.Malgré ces affrontements, les sociétés restent interdépendantes, notamment sur le plan économique. Aujourd’hui encore, l’Éthiopie conserve les traces de cette histoire longue, avec une coexistence de plusieurs religions héritée de siècles d’échanges, de rivalités et d’influences croisées.
Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Chacune de ces grandes voix du continent reviendra sur quatre séquences de son choix, quatre moments cruciaux qui les ont marquées, travaillées, inspirées. Souleymane Bachir Diagne, penseur et philosophe sénégalais, auteur de Comment philosopher en Islam (éd. Philippe Rey) et Universaliser (éd. Albin Michel). Pour aller plus loin L’émission propose une plongée originale dans l’histoire de l’Afrique à travers la parole de grandes figures intellectuelles. L’idée est de donner la voix à des penseurs du continent afin qu’ils racontent leur rapport à l’histoire, en sélectionnant des dates marquantes. Ces moments clés permettent de mieux comprendre non seulement le passé africain, mais aussi les trajectoires personnelles de ceux qui le racontent. Cette démarche met en lumière une histoire dynamique, inscrite dans les circulations du monde. Elle montre que la mémoire africaine ne se limite pas à des événements figés, mais qu’elle est portée par des expériences, des réflexions et des engagements intellectuels. Quatre dates pour comprendre l’Afrique Le philosophe Souleymane Bachir Diagne choisit quatre moments emblématiques. Le premier est le pèlerinage de Mansa Moussa au XIVᵉ siècle. Cet événement révèle une Afrique ouverte, connectée, engagée dans des échanges intellectuels, commerciaux et diplomatiques. Il rappelle que le Sahara était un espace de circulation et non une frontière. La deuxième date, 1830, marque la conquête de l’Algérie par la France. Elle symbolise le début de la colonisation moderne du continent, caractérisée par la violence, la domination et les résistances locales. La troisième date, 1956, correspond au premier congrès des écrivains et artistes noirs à Paris. Ce moment incarne une prise de parole collective des peuples colonisés, affirmant leur place dans l’histoire et revendiquant un universel partagé. Enfin, 1990, avec la libération de Nelson Mandela, représente un tournant majeur. Cet événement incarne l’espoir, la réconciliation et une nouvelle vision politique fondée sur l’humanisme et le concept d’Ubuntu. Entre histoire, identité et universel À travers ces dates, se dessine une réflexion profonde sur l’histoire africaine et son rôle dans le monde. L’Afrique apparaît comme un espace de savoirs, de résistances et de renouveau. Chaque moment choisi éclaire une dimension essentielle : l’ouverture, la domination, l’émancipation et la réconciliation. L’ensemble invite à repenser l’universel comme une construction collective. Cette mémoire plurielle montre que l’histoire du continent africain est indissociable de celle du monde et qu’elle continue d’inspirer les générations présentes et futures. En partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
Dans le souffle et l’élan des indépendances africaines dans les années 1960, un rêve prend forme, donner au panafricanisme quelque chose de concret. Et c’est dans le ciel que ce rêve est ratifié en 1961 avec la naissance de la compagnie Air Afrique. Une fierté, un miroir des ambitions d’un continent qui, après 20 années de trajectoire ascendante, entre dans un tunnel de difficultés internes et doit faire face à des conjonctures internationales délicates. Pour aller plus loin La naissance d’un rêve panafricain En 1961, à Yaoundé, onze États africains fondent Air Afrique, une compagnie aérienne multinationale destinée à relier le continent et à affirmer son autonomie. Ce projet symbolise une volonté politique forte : permettre à l’Afrique de « voler de ses propres ailes ». Soutenue notamment par Air France et d’autres partenaires, la compagnie démarre avec des moyens limités mais une grande ambition. Elle met en place des formations pour africaniser ses cadres et développe progressivement un réseau reliant les capitales africaines et l’Europe. Rapidement, Air Afrique devient un symbole de fierté continentale et d’unité. L’âge d’or et les premières fragilités Entre les années 1960 et 1980, Air Afrique connaît une croissance importante. Elle élargit son réseau, transporte des dirigeants, développe son image de marque et incarne une modernité africaine. Cependant, des fragilités apparaissent : dépendance technique vis-à-vis de la France, centralité de Paris dans son réseau, difficultés à développer les liaisons intra-africaines. Par ailleurs, des tensions émergent entre États membres, certains quittant la compagnie. La gestion devient progressivement plus complexe, marquée par des rivalités politiques, des déséquilibres de pouvoir et des problèmes de gouvernance. Malgré ses succès, la compagnie doit faire face à des défis structurels liés à son modèle multinational. Déclin et disparition d’un symbole À partir des années 1980, les difficultés s’accentuent : dettes importantes, mauvaise gestion, sureffectifs et abus internes fragilisent l’entreprise. Les crises économiques, comme la dévaluation du franc CFA et les chocs pétroliers, aggravent la situation. Les tentatives de redressement se multiplient, avec des réformes et même la nomination de dirigeants étrangers, mais sans succès durable. La concurrence internationale, les tensions politiques entre États et une gouvernance instable accélèrent le déclin. Finalement, au début des années 2000, Air Afrique est liquidée. Son histoire reste toutefois emblématique : celle d’un grand rêve panafricain confronté aux réalités économiques, politiques et structurelles du continent.
Afrique, mémoires d’un continent propose ce dimanche un état des lieux de la restitution des biens culturels spoliés, particulièrement ceux du Bénin. Tandis que le processus de retour est enclenché, quels sont les enjeux ? Quelles réticences ? Et que représentent ces objets ? Quel est leur sens et leur genèse ? Avec la participation de : Pr Saskia Cousin-Kouton, professeur de Sociologie et Anthropologie à l'Université de Nanterre, auteure de « Ògún et les matrimoines. Histoires de Porto-Novo, Xọ̀gbónù, Àjàṣẹ » (Presses universitaires de Paris Nanterre) Pr Didier Houénoudé, professeur d’Histoire de l’art à l’Université d’Abomey Calavi et membre du Comité de préfiguration du projet de musée d’art contemporain, auteur de « Quelle mémoire valoriser ? Patrimoine afro-brésilien et tourisme mémoriel au Bénin » (éd. La Sorbonne). Pour aller plus loin L’émission s’ouvre sur une réflexion autour des biens culturels béninois, souvent qualifiés à tort d’« objets d’art ». Les intervenants expliquent que ces éléments relevaient avant tout de fonctions sociales, politiques et spirituelles. Produits dans le royaume du Danhomé depuis le XVIè siècle, ils servaient à incarner le pouvoir, protéger les communautés ou communiquer avec les ancêtres. Ces « choses » étaient intégrées à des systèmes religieux comme le vodou et possédaient une véritable « vie » : elles naissaient, remplissaient une fonction, puis disparaissaient. Leur transformation en œuvres d’art dans les musées occidentaux, notamment au début du XXè siècle, a donc profondément dénaturé leur sens originel en les figeant et en les décontextualisant. Spoliations coloniales et dispersion des biens La rupture intervient avec la colonisation à la fin du XIXè siècle. Les biens culturels sont alors saisis lors de campagnes militaires, notamment dès 1892, dans un contexte de violence extrême. Considérés comme butins de guerre, ils sont ensuite envoyés en Europe pour enrichir les musées, souvent sous couvert de « dons » qui occultent leur origine violente. Aujourd’hui, ces objets sont dispersés dans de nombreux pays : France, Allemagne, États-Unis, entre autres. Leur inventaire reste incomplet, malgré des accords récents. Dès leur spoliation, des demandes de restitution ont émergé, portées par les familles, les diasporas et les intellectuels africains. Cependant, des obstacles juridiques et politiques ont longtemps freiné ces démarches. Restitutions, enjeux actuels et perspectives Depuis les années 2010, la dynamique de restitution s’est accélérée, notamment après le rapport Sarr-Savoy et le discours d’Emmanuel Macron en 2017. Le retour de 26 œuvres au Bénin a constitué un moment symbolique fort, suscitant une grande émotion populaire et une réappropriation culturelle, notamment par les communautés traditionnelles. Ces restitutions participent à une reconstruction identitaire et historique, essentielle pour les jeunes générations. Elles s’inscrivent aussi dans des enjeux diplomatiques et juridiques, comme la récente loi française encadrant ces retours. Enfin, le Bénin développe aujourd’hui une ambitieuse politique muséale (Abomey, Ouidah, Cotonou) pour accueillir ces biens. Au-delà de leur conservation, l’enjeu est de redonner vie à ces « choses », en permettant aux populations de renouer avec leur sens spirituel et culturel.
Au nord de l’Éthiopie, se trouve un joyau archéologique et architectural, façonné dans la roche, le site rupestre sacré de Lalibela. Des églises monolithiques, dans un réseau de galeries souterraines, toutes singulières et héritage d’un roi du même nom, Lalibela, souverain au croisement des 12ème et 13ème siècles. L’ensemble abrite aujourd’hui encore une vitalité religieuse faite d’offices et d’un culte persistant. Avec la participation de : Marie-Laure Derat, historienne et archéologue spécialiste du Moyen-âge éthiopien, directrice de recherche au CNRS Marie Bridonneau, maître de conférences en Géographie à l’Université Paris Nanterre Yvette Jallade-Maestroni, productrice déléguée, documentaire sonore « Préserver Lalibela en temps de crise ». Pour aller plus loin Un site historique et religieux unique Lalibela est un site religieux et architectural exceptionnel datant principalement des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles. Le roi Lalibela aurait fait creuser onze églises directement dans la roche volcanique afin de créer une « Nouvelle Jérusalem », à une époque où les pèlerinages vers Jérusalem étaient devenus difficiles. Ces églises monolithiques, reliées par des galeries et des passages souterrains, constituent une prouesse technique remarquable : elles ont été entièrement sculptées dans la pierre et non construites. Chaque édifice possède un style architectural particulier, inspiré notamment des traditions du royaume antique d’Aksoum. Aujourd’hui encore, le site reste un centre religieux vivant, fréquenté quotidiennement par les fidèles et lors de grands pèlerinages, notamment à Noël, lorsque des milliers de croyants s’y rassemblent. Lalibela incarne ainsi un patrimoine à la fois spirituel, historique et culturel majeur pour l’Éthiopie et pour le monde. Une ville en transformation et confrontée aux crises Autour de ces églises, s’est développée une petite ville d’environ 50 000 habitants. Autrefois simple village, Lalibela s’est progressivement urbanisée grâce à l’activité touristique et à son importance religieuse. Des hôtels, des infrastructures et des services publics ont été créés pour accueillir les visiteurs venus du monde entier. Cependant, la ville traverse aujourd’hui une période difficile. La pandémie de Covid-19 a brutalement interrompu le tourisme, principale source de revenus locaux. À cela, s’ajoutent les conséquences de la guerre dans le nord de l’Éthiopie, notamment le conflit du Tigré et les tensions dans la région Amhara. Ces crises ont fragilisé l’économie locale et provoqué des mouvements de population : certaines élites quittent la ville tandis que des habitants des campagnes s’y réfugient pour plus de sécurité. Malgré ces difficultés, la vie religieuse et communautaire continue d’animer le site. Le projet « Lalibela durable » pour préserver le patrimoine Face aux menaces qui pèsent sur ce patrimoine exceptionnel, un projet international appelé « Lalibela durable » a été lancé afin de protéger et restaurer le site. Ce programme réunit chercheurs, archéologues, géographes, architectes, artisans et acteurs locaux. L’objectif est de mieux comprendre l’histoire et la structure des églises afin de garantir leur conservation, notamment contre l’érosion causée par l’eau et la fragilité de la roche volcanique. Le projet inclut également la formation d’artisans locaux, la restauration des accès aux églises et la création d’équipements culturels comme un musée ethnographique. L’approche privilégie la collaboration avec la population locale et les institutions éthiopiennes afin d’assurer une gestion durable du site. Malgré les crises actuelles, ce projet témoigne de la volonté de préserver l’héritage de Lalibela et de soutenir les communautés qui y vivent.
Solange et Géraldine Faladé, deux soeurs issues de l'élite dahoméenne, ont chacune à leur manière participé aux grands combats intellectuels et politiques des années 50 et 60. Entre psychanalyse, militantisme et écriture, elles ont contribué à mettre en lumière les luttes et les figures pionnières des femmes africaines. Pour aller plus loin L’engagement de Solange Faladé L’émission Afrique, mémoires d’un continent retrace le parcours des sœurs Faladé, originaires du Dahomey (actuel Bénin). L’aînée, Solange Faladé, joue un rôle important dans les milieux intellectuels africains des années 1950. Étudiante en médecine à Paris, elle devient la première femme présidente de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France, un mouvement central dans la lutte anticoloniale et le panafricanisme. Malgré un contexte marqué par le sexisme et les tensions politiques, elle dirige l’association avec l’objectif de rassembler les étudiants africains et de préparer l’émancipation du continent. Une pionnière de la psychanalyse africaine Après son engagement politique étudiant, Solange Faladé se consacre à la psychanalyse. Formée auprès de Jacques Lacan et inspirée par les travaux de Sigmund Freud, elle devient l’une des premières psychanalystes africaines. Ses recherches portent notamment sur les troubles mentaux en Afrique et sur le rapport entre racisme, identité et altérité. Elle développe une réflexion originale sur la différence culturelle et cite l’exemple de la réconciliation sud-africaine autour de Nelson Mandela pour illustrer l’importance du dialogue entre les peuples. Géraldine Faladé et la mémoire des femmes africaines La cadette, Géraldine Faladé, choisit le journalisme et l’écriture. Elle travaille notamment dans les médias liés à la radiodiffusion française et couvre les grands bouleversements politiques de l’Afrique des années 1960. Dans son livre Turbulentes, publié chez Présence Africaine, elle rend hommage aux femmes africaines pionnières souvent oubliées de l’histoire. À travers des portraits de militantes, intellectuelles et professionnelles, elle montre que les femmes ont joué un rôle majeur dans les luttes pour l’indépendance et pour les droits des femmes.
La mémoire du continent explore l’histoire du soufisme et ses résonances africaines. Des deux côtés du Sahara, itinérance historique de Fès à Tombouctou, sans oublier la corne de l’Afrique, lieu où s’est écrit une belle page des interconnexions religieuses continentales. Branche, incarnation, les mots peuvent varier pour définir cet élan de l’islam, fait de quête mystique, intérieure, de vitalité confrérique, de lieux mémoriels, et de fidèles transnationaux. Le soufisme, à l’heure des périls sécuritaires au Sahel, de la gangrène jihadiste, et des idées reçues sur l’islam politique. Une émission enregistrée à Casablanca dans le cadre de la 2ème édition du festival Amwaj dédié aux podcasts et à la création sonore, et organisé par l'association Longueur d'Ondes (Brest, France), le studio indépendant Les Bonnes Ondes et l’Institut français. Avec la participation du Pr Ali Benmakhlouf, philosophe et professeur émérite à l’Université Paris-Est Créteil et à l’Université Mohammed VI Polytechnique du Maroc. Et une chronique de Sami Lakmahri, journaliste pour le site d’information marocain Le Desk. ******************************** Ali Benmakhlouf, philosophe marocain, présente le soufisme, tradition islamique fondée sur la quête intérieure, la mémoire spirituelle et les réseaux confrériques transnationaux. Né à Fès, il raconte son héritage familial religieux, et la ville de Fès marquée par de nombreuses Zaouïas, lieux d’éloge du Prophète et de pratiques mystiques. Ces espaces montrent l'ancrage populaire du soufisme, tout en révélant parfois des tensions internes avec des visions plus rigoureuses de l’islam. Figures fondatrices et expansion sahélienne Le récit revient sur Sidi Ahmed Tijani, né en Algérie au XVIIIè siècle et mort à Fès, fondateur de la Tijaniyya, très influente en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal. Le lien est établi avec Moulay Idriss, figure historique du Maroc et symbole d’une sainteté originelle. Ces deux héritages illustrent l’imbrication entre politique, spiritualité et territoire. La Qadiriyya, plus ancienne et née à Bagdad au XIè siècle, s’ancre davantage dans la loi, tandis que la Tijaniyya valorise davantage la voie. Les deux approches sont complémentaires, et leur diffusion au Sahara témoigne d’une grande plasticité des formes soufies. Le soufisme s’est diffusé par les routes commerciales et diplomatiques, jusqu’aux empires du Mali et du Niger. En Afrique de l’Ouest, les confréries deviennent de puissantes structures sociales et spirituelles : Tijaniyya, Qadiriyya, mais aussi la Mouridiyya, fondée par Cheikh Ahmadou Bamba, résistante à la colonisation et fondée sur le travail et l’éducation. Le soufisme, une réforme de vie Ali Benmakhlouf définit le soufisme comme la réforme de soi, fondée sur l’humilité, le don, l’éveil intérieur, l’écoute et la méditation. Il rejette l’opposition simpliste entre «islam noir soufi» et «islam arabe rigoriste», qu’il qualifie de stéréotype colonial. Le jihadisme n’est pas de l’islam : il découle de misère sociale, de manipulations idéologiques et surtout de l’effondrement des États. Le soufisme est aussi un projet intellectuel, nourri par l’étude du droit, de la logique et de la grammaire. Les penseurs comme Averroès ou Avicenne illustrent un islam rationnel, nuancé, capable d’accompagner la modernité. Leur héritage, remis en valeur par des chercheurs contemporains, constitue un antidote philosophique au dogmatisme.
Elgas et ses invités abordent ce dimanche un sujet ô combien sensible, celui des esclavages. Longue séquence de l’histoire, tout particulièrement des peuples noirs mais pas seulement. Un héritage lourd, fait de blessures indélébiles, de mémoires traumatiques et de volontés de réparations. Peut-on, sur une matière qui colore les affects, faire une synthèse apaisée ? C’est le pari du livre « Les fers et le fouet, une histoire raisonnée de l’esclavage » du journaliste Vincent Hugeux, disséqué par deux historiens spécialistes de la question. Avec la participation de : Vincent Hugeux, journaliste et auteur de « Les fers et le fouet – Une histoire raisonnée de l’esclavage » (éd. Perrin) Dominique Rogers, historienne, maîtresse de conférence en Histoire moderne à l'Université des Antilles et chercheuse au CNRS M’hamed Oualdi, historien, auteur de « L’esclavage dans les mondes musulmans » (éd. Amsterdam). Pour aller plus loin L’émission ouvre un débat sur l’esclavage, présenté comme un phénomène ancien, mondial et toujours brûlant d’actualité. Son héritage est décrit comme lourd : mémoires traumatiques, conflits politiques ravivés, racisme et séquelles coloniales. À partir du livre Les Fers et le Fouet, de Vincent Hugeux, publié chez Éditions Perrin, la discussion cherche à produire une synthèse apaisée sur un sujet hautement sensible. L’auteur revendique une « histoire raisonnée » : éviter à la fois l’érudition inaccessible et les pamphlets militants. Son ambition est de restituer la complexité des faits, sans essentialisme ni anachronisme, en s’appuyant sur les travaux d’historiens. Face à lui, les historiens Dominique Rogers et M'hamed Oualdi s’accordent sur la nécessité de défendre une approche rigoureuse dans un contexte où les débats publics sont souvent polarisés. Diversité des traites et responsabilités partagées Le livre embrasse un large spectre : traite transatlantique, traite transaharienne, esclavage interne à l’Afrique et aux mondes musulmans. Concernant la traite atlantique, environ 12 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques sur quatre siècles, dans un système à forte intensité économique. Les traites transahariennes et orientales, étalées sur plus d’un millénaire, concernèrent également plusieurs millions de personnes. Les intervenants insistent sur la nécessité de comparer ce qui est comparable : temporalités, volumes, logiques économiques. La traite transatlantique se distingue par son ampleur, sa dimension industrielle et son rôle dans l’essor du capitalisme moderne. Mais la traite intra-africaine, antérieure et postérieure à l’arrivée des Européens, est également abordée sans tabou : des royaumes africains ont participé à la capture et à la vente de captifs, souvent dans des logiques de guerre ou de rivalités politiques. Les religions monothéistes ne sont pas exemptes d’ambiguïtés. Des justifications théologiques ont circulé dans les traditions chrétienne et musulmane. Toutefois, les pratiques et interprétations ont évolué selon les contextes, et des courants abolitionnistes ont aussi émergé au sein de ces sociétés. Résistances, mémoires et réparations L’émission insiste sur l’« agentivité » des esclaves : loin d’être passifs, ils se sont révoltés, ont fui, écrit, négocié, reconstruit des familles et des cultures. Les révoltes, les marronnages et les luttes abolitionnistes rappellent que les esclaves furent des acteurs de leur propre histoire. Le rôle des Lumières est nuancé : si elles ont porté une critique de la traite, nombre de penseurs restèrent ambigus sur l’institution esclavagiste elle-même. L’abolition ne fut ni immédiate ni linéaire, et résulta de compromis politiques autant que de mobilisations. Enfin, la question des réparations demeure ouverte. Reconnaissance symbolique, compensations financières, transmission mémorielle : les pistes sont multiples et controversées. Les intervenants soulignent l’importance d’inscrire cette histoire dans l’espace public, les musées et l’enseignement, afin d’en faire une histoire commune. L’enjeu est de conjuguer vérité historique, justice et apaisement, sans réduire les sociétés contemporaines à leur passé, mais sans l’éluder non plus.
Á quoi ressemblait l’Afrique militaire avant la colonisation ? Quels sont les liens entre le continent africain et Haïti ? A-t-on toujours besoin d’appui extérieur pour raconter l’histoire africaine ? À l’occasion de la Black History Week 2026, Elgas a réuni sur son plateau des acteurs de la société béninoise et des historiens pour un échange direct. Avec la participation de l’historien béninois Dieudonné Gnammankou et de Sylvestre Edjekpoto, historien et directeur de l'institut Afrique décide. Pour aller plus loin Un dialogue franc autour de la mémoire à Ouidah À l’occasion de la Black History Week, inspirée de la Black History Month, l’émission Afrique, mémoires d’un continent s’est installée à Ouidah, à l’Institut Afrique Décide. L’objectif : ouvrir un dialogue direct entre historiens et citoyens sur la mémoire de l’esclavage et l’histoire africaine. Dans un contexte marqué par la défiance, les récits falsifiés et le sentiment d’une histoire confisquée, deux historiens béninois, Dieudonné Gnammancou et Sylvestre Edjekpoto ont répondu sans tabou aux questions du public. Les interventions révèlent un malaise partagé : beaucoup estiment que l’histoire africaine est insuffisamment enseignée, mal diffusée ou peu accessible. Pourtant, des travaux majeurs existent, notamment l’Histoire générale de l’Afrique publiée par l’UNESCO depuis les années 1970. Le problème réside moins dans l’absence de recherche que dans sa vulgarisation, son financement et son intégration dans les programmes scolaires. Les historiens plaident pour une meilleure accessibilité : traductions en langues nationales, documentaires, albums pour enfants, émissions radios et valorisation des noms de rue comme supports de transmission. La discussion aborde aussi l’origine du royaume du Dahomey, la réhabilitation des figures oubliées et des résistances africaines, ainsi que la nécessité d’écrire une histoire générale du Bénin par les historiens béninois eux-mêmes. Mémoire, réparation et enjeux contemporains Le débat s’élargit aux polémiques persistantes sur l’esclavage et la colonisation. Face aux discours révisionnistes ou aux tentatives de minimisation des crimes, les historiens évoquent la question centrale de l’impunité. L’esclavage et la colonisation, qualifiés de crimes contre l’humanité, n’ont pas fait l’objet de véritables sanctions ni de réparations. Tant que ces questions ne seront pas pleinement reconnues et traitées, elles continueront de susciter tensions et controverses. Enfin, la question du tourisme mémoriel à Ouidah est abordée. Peut-on transformer des lieux de souffrance en espaces touristiques ? Les intervenants défendent l’idée d’un tourisme de reconnexion et de vérité, visant à réunir des peuples séparés par l’histoire. Le futur Musée international de la mémoire et de l’esclavage entend d’ailleurs mettre en avant non seulement la traite négrière, mais aussi l’Afrique d’avant l’esclavage, afin de restaurer la dignité historique des sociétés africaines.
Près de deux millions de morts, par les balles, les armes blanches et la famine. Des enfants au corps rachitique, captés par les photographes du monde entier, clichés qui deviendront les mascottes d'une Afrique peinte sous le jour du malheur. Si la guerre du Biafra n'opère plus vraiment, glissant doucement au fil des décennies vers l'oubli, sa charge, elle, reste douloureuse. Pour aller plus loin La guerre du Biafra : une mémoire douloureuse À la fin des années 1960, le Nigeria est plongé dans l’une des guerres civiles les plus meurtrières du continent africain : la guerre du Biafra. Ce conflit, marqué par des violences extrêmes, la famine et la mort de près de deux millions de personnes, a profondément fracturé le pays et laissé une trace durable dans la mémoire collective. Les images d’enfants affamés, diffusées dans le monde entier, ont façonné une représentation tragique de l’Afrique et révélé l’ampleur du drame humain. Les racines d’un conflit complexe Pour comprendre le Biafra, il faut revenir à l’histoire du Nigeria, un État issu de la colonisation britannique, construit sur des divisions ethniques, religieuses et géographiques. Entre un Nord majoritairement musulman et un Sud plus chrétien et animiste, les tensions se sont accentuées après l’indépendance de 1960. Les rivalités politiques, les inégalités économiques et la convoitise des ressources pétrolières ont nourri un climat d’instabilité, menant aux coups d’État militaires et à la sécession de la région orientale en 1967. Une tragédie aux dimensions internationales La guerre du Biafra dépasse rapidement le cadre nigérian : elle devient un enjeu international, impliquant des puissances étrangères et suscitant une mobilisation humanitaire mondiale. Entre interventions militaires, rivalités coloniales et médiatisation massive, le conflit révèle les contradictions de l’ordre postcolonial. Si le Nigeria est finalement réunifié en 1970, le traumatisme du Biafra demeure, rappelant les dangers des divisions et l’importance de la mémoire pour prévenir de nouvelles tragédies. Choix musical : « Uso Ndu », de Celestine Ukwu À lire également : « L'autre moitié du soleil », de Chimamanda Ngozi Adichie.
Direction le nord de l’Afrique pour raconter la Tunisie, de Carthage à 1830. Une histoire fascinante pour avoir abrité dominations romaine, arabe, ottomane ou encore française, faite de bouleversements, de rebondissements, de guerres, de traités de paix. Comment ce petit pays, à la géographie singulière, a-t-il façonné ses identités ? De quelles façons sa morphologie, sa position et ses caractéristiques expliquent-elles son histoire ? Avec la participation de l’historienne Sophie Bessis, autrice de « Histoire de la Tunisie : de Carthage à nos jours » (éd. Tallandier). Pour en savoir plus : Une histoire façonnée par la géographie et les conquêtes La Tunisie possède une histoire d’une grande richesse, marquée par des conquêtes, des résistances et des influences multiples. Sa position géographique, à la pointe nord-est de l’Afrique et au cœur de la Méditerranée, en fait un espace ouvert sur l’extérieur. Cette situation explique la succession de dominations – phénicienne, romaine, arabe, ottomane et française – qui ont profondément façonné ses identités. Plus qu’une « exception », Sophie Bessis préfère parler de singularité tunisienne, construite dans le temps long, sans référence à une norme universelle. Carthage et l’Antiquité : un héritage fondateur Carthage, fondée dans le cadre de l’expansion phénicienne, devient une grande puissance maritime et commerciale. Sa civilisation punique résulte d’un mélange entre apports phéniciens et populations berbères locales. Malgré sa puissance, Carthage entre en conflit avec Rome lors des guerres puniques, dont la figure emblématique est Hannibal. Battue définitivement en 146 av. J.-C., Carthage est détruite, mais son héritage perdure dans l’Afrique romaine, fortement urbanisée, prospère et christianisée, donnant naissance à de grandes figures comme Saint Augustin. De l’islamisation à la Tunisie contemporaine La conquête arabe, plus lente qu’en Orient, s’explique par la fragmentation politique du Maghreb et les résistances berbères. L’islamisation ne s’accompagne pas immédiatement de l’arabisation, qui s’intensifie surtout à partir du XIè siècle. Des villes comme Kairouan et Tunis deviennent des centres majeurs. La Tunisie connaît ensuite des dynasties musulmanes, puis l’intégration à l’Empire ottoman sous la régence de Tunis. L’histoire tunisienne apparaît ainsi comme un « millefeuille » de strates culturelles, dont les héritages multiples continuent de façonner la Tunisie d’aujourd’hui.
La mémoire du continent met en miroir deux histoires, deux trajectoires, pour tenter de comprendre les liens entre Haïti et l’Afrique. L’île des Caraïbes entretient avec le continent une relation fondée sur l’héritage historique et identitaire. La société haïtienne est issue en grande partie de populations africaines déportées pendant l’esclavage, et cette origine se reflète dans les valeurs, les croyances et les pratiques culturelles du pays. L’indépendance d’Haïti en 1804 a aussi eu une portée symbolique pour l’Afrique, en ouvrant la voie à l’émancipation, en inspirant les luttes contre la colonisation et l’esclavage. Aujourd’hui, ces liens se manifestent par des échanges culturels, académiques, politiques et diplomatiques, mais également par un sentiment de parenté historique. Avec la participation de : - Philomé Robert, journaliste et écrivain, auteur de « Port-au-Prince Cotonou, un écho sans retour » (Caraïbéditions) - Céline Labrune-Badiane, historienne et co-autrice de « Les hussards noirs de la colonie » (éd. Karthala). Pour en savoir plus : Cette émission met en parallèle deux trajectoires historiques et culturelles pour éclairer la profondeur des relations entre Haïti et l’Afrique. Née de l’esclavage et de la déportation, cette relation est à la fois charnelle, spirituelle et historique. Haïti, première République noire indépendante en 1804, s’est imposée comme un symbole universel de lutte et d’émancipation, tout en conservant en son sein de puissants héritages africains transmis par les captifs : croyances, valeurs, cultures et résistances. Circulations intellectuelles et diasporas haïtiennes en Afrique À partir de la fin du XIXᵉ siècle, et surtout après la Seconde Guerre mondiale, des intellectuels, artistes et professionnels haïtiens migrent vers l’Afrique, notamment lors des indépendances. Cette dynamique s’intensifie sous la dictature de Duvalier, qui pousse de nombreuses élites à l’exil. Des figures majeures comme Jean Price-Mars jouent un rôle central dans l’émergence de la négritude, que Senghor reconnaît comme ayant pris racine à Haïti. Les Haïtiens contribuent alors activement à la construction des nouveaux États africains, en particulier au Sénégal, au Bénin et au Congo, dans les domaines de l’éducation, de la culture, de la médecine et des arts. Spiritualité, mémoire et avenir du lien afro-haïtien Le vaudou incarne l’un des liens les plus profonds entre Haïti et l’Afrique, survivance spirituelle et matrice de la révolution haïtienne. Cette continuité nourrit un sentiment de retour symbolique ou réel vers la terre des ancêtres, comme en témoigne le roman de Philomé Robert. Malgré des tentatives diplomatiques inabouties, notamment avec l’Union africaine, le lien reste vivant. Pour les intervenants, l’histoire entre Haïti et l’Afrique n’est pas achevée : elle demeure ouverte, à réinventer à travers la culture, la mémoire et de nouvelles formes de coopération.
Avec son invité, l’historien Dieudonné Gnammancou, Elgas retrace les courants qui ont dispersé les Africains dans le monde, et plus particulièrement en Europe, pour former cette diaspora noire dont le profil démographique évolue à travers les siècles. Les représentations, œuvres d’art, pièces de monnaie, vases, entres autres, témoignent d’une histoire longue. Les Égyptiens furent ainsi les premiers peuples africains à entretenir des relations avec les Grecs, avec des influences mutuelles. Au fil du temps, cette présence se fera aussi par les soldats, dans l’expansion musulmane en Espagne et sa péninsule ibérique dès le VIIème siècle. Et voici donc ouverts les chemins que les traites et l’esclavage agrandiront. Avec la participation de l’historien Dieudonné Gnammankou, enseignant à l’Université Abomey-Calavi au Bénin et auteur de « Abraham Hanibal: l'aïeul noir de Pouchkine » (éd. Présence africaine). ********************************************* Une présence africaine ancienne et continue en Europe L’émission retrace l’histoire longue et méconnue de la présence africaine et noire en Europe, bien antérieure à l’esclavage moderne. Dès l’Antiquité, des Africains sont attestés en Grèce, notamment à partir du XIIIè siècle avant Jésus-Christ. Des œuvres d’art, des textes littéraires et des vestiges archéologiques témoignent de liens étroits entre l’Égypte antique, l’Éthiopie et le monde grec. Ces relations reposaient sur des échanges intellectuels, religieux, militaires et commerciaux, favorisant des circulations humaines et culturelles durables. Des auteurs comme Homère ou Hérodote évoquent cette présence, reconnue et intégrée dans les sociétés antiques, avec des phénomènes de métissage et des rôles sociaux variés. Des rôles multiples : soldats, savants et figures de pouvoir Au fil des siècles, les Africains en Europe ont occupé des fonctions diverses : soldats lors des guerres antiques et médiévales, intellectuels, artistes, religieux et dirigeants. L’expansion arabo-musulmane à partir du VIIè siècle accélère cette dynamique, notamment en Espagne et en Méditerranée, où des milliers de soldats africains s’installent durablement. Des figures majeures émergent, comme Ziryab à Cordoue ou Juan Latino à Grenade, mais aussi des papes africains, des empereurs romains et des penseurs influents. Cette réalité contredit l’idée réductrice selon laquelle toute présence noire en Europe serait exclusivement liée à l’esclavage. Esclavage, diaspora et mémoire contemporaine À partir du XVè siècle, la traite négrière atlantique marque un tournant majeur et transforme profondément le regard européen sur l’Afrique et les Africains. Si l’esclavage explique une partie des flux, il ne résume pas l’histoire des diasporas africaines en Europe. Des relations diplomatiques, éducatives et politiques persistent, comme l’illustrent les parcours d’élites africaines envoyées dans les cours européennes.
Si le Sénégal a réussi à se mettre sur orbite démocratiquement, la jeune république a régulièrement marché sur des braises pendant des séquences douloureuses, éprouvantes et répétées. Au cœur de ce cheminement, les rivalités marquées et emblématiques entre ses hommes politiques, et notamment dans ses couples exécutifs. Président et Premier ministre, unis par les passions, vivant l’idylle avant, presque inéluctablement, le divorce. De l’éclatement de la fédération du Mali au duo actuel au pouvoir, sans oublier la fracassante crise entre Mamadou Dia et Léopold Sédar Senghor, celle entre Abdoulaye Wade et ses héritiers malmenés, récit d’une histoire politique sénégalaise. ****************************************** Une démocratie façonnée par les tempêtes Le Sénégal apparaît aujourd’hui comme une vitrine démocratique en Afrique de l’Ouest, mais cette stabilité est le fruit d’une histoire longue, heurtée et souvent conflictuelle. Depuis l’indépendance, le pays a traversé des cycles répétés de crises politiques, marqués par des tensions au sommet de l’État. Ces crises opposent régulièrement des hommes que tout semblait unir au départ : compagnonnage politique, idéaux communs, luttes partagées. La jeune République a ainsi souvent avancé sur des braises, entre accalmies et ruptures brutales. Les divorces fondateurs du pouvoir sénégalais Dès la Fédération du Mali (1959–1960), les rivalités éclatent entre Senghor, Modibo Keïta et Mamadou Dia, aboutissant à l’éclatement du projet fédéral. Au Sénégal indépendant, le tandem Senghor–Dia incarne l’espoir avant de sombrer dans une crise majeure en 1962, conclue par l’emprisonnement de Dia et l’instauration d’un régime présidentiel fort. Ce premier divorce fonde un modèle qui se répétera : primauté du chef, instrumentalisation de la justice, et marginalisation des anciens alliés. Les décennies suivantes, sous Abdou Diouf, connaissent moins de conflits au sommet, mais laissent mûrir un désir de changement. Alternances, répétitions et malédiction du tandem L’alternance de 2000 avec Abdoulaye Wade relance le cycle des passions et des ruptures : limogeages successifs de Premiers ministres, disgrâces politiques, emprisonnements et querelles personnelles. Macky Sall, lui-même ancien allié devenu adversaire, reproduit ce schéma une fois au pouvoir, avec plusieurs divorces exécutifs. En 2024, l’arrivée du tandem Bassirou Diomaye Faye–Ousmane Sonko ouvre une nouvelle page, nourrie par l’espoir populaire.
Afrique mémoires d’un continent explore ce dimanche la société d’initiation Nya, pratiquée chez les Minianka au Mali et destinée à maintenir l’harmonie collective. Bénédictions pour la pluie, la maternité, la protection contre les maladies, fusion avec des esprits… Les cultes sont incontournables dans l’identité d’un peuple. L’arrivée de l’Islam a-t-elle eu un impact sur ces savoirs transmis de génération en génération ? Avec la participation de Jean-Paul Colleyn, anthropologue et cinéaste, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris et professeur à l'université de New York ************************************ Le Nya et la société minyanka : une force spirituelle vivante L'émission nous plonge au Mali, au cœur de la société minyanka, pour explorer le Nya, un culte de possession et une société d’initiation centrale dans l’organisation sociale et spirituelle. Le Nya est une force spirituelle et une pratique coutumière ancestrale, associée à des rituels de possession, de protection, de fertilité et de lutte contre la maladie ou la sorcellerie. Contrairement aux visions coloniales il constitue, loin d’un simple « fétiche », un véritable art de vivre, un lien au monde et à l’ordre social, structuré par la transmission du savoir entre anciens et cadets. Le culte demeure actif dans plusieurs centaines de villages, malgré les transformations contemporaines. Déconstruction de l’ethnologie coloniale et des identités figées Jean-Paul Colleyn critique l’ethnologie coloniale qui a figé les sociétés africaines dans des catégories ethniques artificielles. Il rappelle que les « ethnies » sont souvent des constructions extérieures et que les identités sont en réalité fluides, issues de mélanges, de migrations et d’emprunts culturels. Cette approche remet en cause les visions essentialistes et hiérarchisées héritées de la colonisation. Nya, islam et transformations contemporaines Les cultes de possession comme le Nya n’ont jamais été totalement opposés à l’islam. Celui-ci s’est diffusé au Mali par des voies multiples, parfois pacifiques, parfois violentes, mais a souvent coexisté avec les cultes de possession. Loin d’une opposition frontale, des formes de syncrétisme se sont développées, intégrant des éléments islamiques dans les pratiques traditionnelles. Aujourd’hui, ces cultes sont moins menacés de disparition que de transformation, confrontés aux mutations sociales, à l’urbanisation et au désengagement partiel des jeunes générations, tout en restant des repères symboliques essentiels.
La mémoire du continent vous raconte le tragique massacre du 28 septembre 2009 à Conakry, en Guinée. 156 morts, des centaines de femmes violées, un millier de blessés. À la tête de l’État, un jeune capitaine qui s’est invité au pouvoir quelques mois plus tôt, Moussa Dadis Camara. Quinze ans après la tragédie, un procès s’est tenu. Près de deux ans d’audience, temps fort de la mémoire et du devoir de justice. Un verdict historique, avant un goût d’inachevé. Un rassemblement pacifique devenu tragédie Le 28 septembre 2009, date hautement symbolique en Guinée, près de 50 000 opposants se rassemblent pacifiquement au stade du 28 septembre pour réclamer le retour à l’ordre civil et dénoncer la tentation de candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara. Malgré l’interdiction, l’ambiance est d’abord joyeuse et déterminée. En fin de matinée, les forces de la garde présidentielle, des milices et des supplétifs en civil encerclent le stade. Les accès sont bloqués et l’impensable se produit. Les militaires ouvrent le feu à bout portant. Le vaste espace se transforme en scène de guerre : 156 morts, un millier de blessés, des centaines de femmes violées, des leaders frappés ou enlevés. Certaines victimes sont poursuivies et traquées les jours suivants. Témoignages de l’horreur Les survivants évoquent des tirs indiscriminés, des viols d’une brutalité extrême, des enlèvements, des corps entassés près des sorties. Des femmes témoignent de violences sexuelles innommables, parfois suivies de grossesses forcées. La répression fait ressurgir une longue histoire de violences d’État en Guinée. Depuis l’ère Sékou Touré, en passant par le régime de Lansana Conté, la Guinée a connu répressions, internements, tortures et massacres occultés. Le camp Boiro reste le symbole de cette tradition autoritaire. L’arrivée de Dadis Camara en 2008, après un coup d’État, s’inscrit dans cette continuité : promesses non tenues, militarisation du pouvoir, culture de l’impunité. Chute de la junte et procès historique Face à l’indignation internationale, Dadis Camara minimise les faits, évoquant de simples bousculades. Les tensions internes à la junte éclatent lorsqu’en décembre 2009, son aide de camp Toumba Diakité lui tire une balle dans la tête, affirmant vouloir dénoncer sa trahison et son implication dans le massacre. Pendant des années, ONG, victimes et organisations internationales réclament justice. Une longue instruction s’achève en 2017. En 2021, un nouveau coup d’État porte au pouvoir le colonel Mamadi Doumbouya, qui accélère l’organisation du procès pour restaurer l’image du pays. Une salle spéciale est construite, et le procès débute en septembre 2022. Douze accusés comparaissent, dont Moussa Dadis Camara et Toumba Diakité. Les victimes espèrent reconnaissance, vérité et réparation après treize années d’attente. Ce procès, largement médiatisé, marque un tournant majeur : une tentative de mettre fin à la spirale d’impunité qui hante l’histoire guinéenne.
La Françafrique, une entité opaque qui a manœuvré dans les coulisses pendant longtemps pour donner un sursis à la colonisation. Et dans la galaxie de cette nébuleuse, des mercenaires, des affairistes, et des hommes politiques. Parmi ces théoriciens, un homme au rôle central, mêlé pendant près de 50 ans à toutes les pages sombres de cette histoire : il s'appelle François Mitterrand. Avec la participation de Thomas Deltombe, journaliste, éditeur, essayiste, auteur de «L'Afrique d'abord ! Quand François Mitterrand voulait sauver l'Empire français» (éd. La Découverte). ***************************************** Mitterrand, un homme façonné par l’imaginaire colonial Dans cet entretien, Thomas Deltombe revient sur l’origine de son enquête consacrée à François Mitterrand et à son rôle dans la formation de la Françafrique. Jeune journaliste intéressé par le racisme postcolonial, il découvre la guerre du Cameroun et les zones d’ombre de la politique française en Afrique. Ses recherches le mènent à explorer la première carrière de Mitterrand, sous la IVè République, une période largement méconnue et souvent déformée par le futur président lui-même. Né en 1916, issu d’un milieu provincial, catholique et conservateur, Mitterrand grandit dans un imaginaire nationaliste et colonial. Ses lectures — Maurice Barrès et d’autres auteurs nationalistes — nourrissent sa vision d’une France grande par son empire. Son passage à Vichy, couronné par l’obtention de la Francisque en 1943, témoigne de cette sensibilité idéologique, qu’il minimisera par la suite grâce à des récits romancés et parfois mensongers. Mitterrand et l'Afrique À partir de la fin des années 1940, Mitterrand investit le champ africain, d’abord comme ministre des Anciens combattants, puis comme ministre de l’Information et enfin comme ministre de la France d’Outre-mer. Ses voyages en Algérie, en AEF et en AOF révèlent un homme fasciné par l’Afrique autant qu’attaché à l’ordre colonial. En pleine montée des mouvements nationalistes — Madagascar, Côte d’Ivoire — il prône une stratégie de « réformer pour conserver ». Il identifie des interlocuteurs modérés, notamment Félix Houphouët-Boigny, qu’il contribue à détacher du Parti communiste et à intégrer au jeu politique français. Réformer et châtier : telle est sa doctrine. La réforme permet d’anesthésier et diviser les revendications, tandis que la répression s’abat sur ceux qui refusent la main tendue de la France. Inspiré par les décolonisations asiatiques, il élabore une véritable théorie de la mutation contrôlée de l’empire. De la théorie à la violence : l'exemple de l'Algérie Lorsque la guerre d’Algérie éclate le 1er novembre 1954, Mitterrand est ministre de l’Intérieur. Il défend alors sans ambiguïté la souveraineté française et sanctionne sévèrement le Front de libération nationale (FLN), qualifiant les insurgés d’« agitateurs recrutés à l’étranger ». Deltombe rappelle que cette insurrection peut être lue comme une réaction à la politique néocoloniale de Mitterrand et de Mendès France, mêlant concessions calculées et fermeté. Devenu ensuite ministre de la Justice, Mitterrand accompagne la montée en puissance de l’armée en Algérie, validant des exécutions capitales et participant à l’appareil répressif. Cette continuité — théorie réformiste et pratique brutale — illustre selon Deltombe la cohérence d’un homme qui a voulu sauver, coûte que coûte, l’influence française en Afrique. Son héritage, de l’Algérie au Cameroun en passant par le Rwanda, s’inscrit dans l’histoire longue et sombre de la Françafrique.
La mémoire du continent explore l’histoire du soufisme et ses résonances africaines. Des deux côtés du Sahara, itinérance historique de Fès à Tombouctou, sans oublier la corne de l’Afrique, lieux où s’est écrit une belle page des interconnexions religieuses continentales. Branche, incarnation, les mots peuvent varier pour définir cet élan de l’islam, fait de quête mystique, intérieure, de vitalité confrérique, de lieux mémoriels, et de fidèles transnationaux. Le soufisme, à l’heure des périls sécuritaires au Sahel, de la gangrène jihadiste, et des idées reçues sur l’islam politique. Une émission enregistrée à Casablanca dans le cadre de la 2ème édition du festival Amwaj dédié aux podcasts et à la création sonore, et organisé par l'association Longueur d'Ondes (Brest, France), le studio indépendant Les Bonnes Ondes et l’Institut français. Avec la participation du Pr Ali Benmakhlouf, philosophe et professeur émérite à l’Université Paris-Est Créteil et à l’Université Mohammed VI Polytechnique du Maroc. Et une chronique de Sami Lakmahri, journaliste pour le site d’information marocain Le Desk. ******************************** Ali Benmakhlouf, philosophe marocain, présente le soufisme, tradition islamique fondée sur la quête intérieure, la mémoire spirituelle et les réseaux confrériques transnationaux. Né à Fès, il raconte son héritage familial religieux, et la ville de Fès marquée par de nombreuses Zaouïas, lieux d’éloge du Prophète et de pratiques mystiques. Ces espaces montrent l'ancrage populaire du soufisme, tout en révélant parfois des tensions internes avec des visions plus rigoureuses de l’islam. Figures fondatrices et expansion sahélienne Le récit revient sur Sidi Ahmed Tijani, né en Algérie au XVIIIè siècle et mort à Fès, fondateur de la Tijaniyya, très influente en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal. Le lien est établi avec Moulay Idriss, figure historique du Maroc et symbole d’une sainteté originelle. Ces deux héritages illustrent l’imbrication entre politique, spiritualité et territoire. La Qadiriyya, plus ancienne et née à Bagdad au XIè siècle, s’ancre davantage dans la loi, tandis que la Tijaniyya valorise davantage la voie. Les deux approches sont complémentaires, et leur diffusion au Sahara témoigne d’une grande plasticité des formes soufies. Le soufisme s’est diffusé par les routes commerciales et diplomatiques, jusqu’aux empires du Mali et du Niger. En Afrique de l’Ouest, les confréries deviennent de puissantes structures sociales et spirituelles : Tijaniyya, Qadiriyya, mais aussi la Mouridiyya, fondée par Cheikh Ahmadou Bamba, résistante à la colonisation et fondée sur le travail et l’éducation. Le soufisme, une réforme de vie Ali Benmakhlouf définit le soufisme comme la réforme de soi, fondée sur l’humilité, le don, l’éveil intérieur, l’écoute et la méditation. Il rejette l’opposition simpliste entre «islam noir soufi» et «islam arabe rigoriste», qu’il qualifie de stéréotype colonial. Le jihadisme n’est pas de l’islam : il découle de misère sociale, de manipulations idéologiques et surtout de l’effondrement des États. Le soufisme est aussi un projet intellectuel, nourri par l’étude du droit, de la logique et de la grammaire. Les penseurs comme Averroès ou Avicenne illustrent un islam rationnel, nuancé, capable d’accompagner la modernité. Leur héritage, remis en valeur par des chercheurs contemporains, constitue un antidote philosophique au dogmatisme.
Si, en 2025, la génération Z a eu raison du pouvoir, portée par des revendications sociales, elle semble pourtant tenir d’aînés qui ont balisé un chemin. En 1947, Madagascar ouvre la voie vers les indépendances par une révolte portée entre autres par la paysannerie, matée dans le sang par les colons et leurs supplétifs des colonies. Vingt-cinq ans plus tard, en 1972, une vaste mobilisation menée par les étudiants et les travailleurs renverse l’ordre établi et précipite la dynamique de la révolution culturelle avec, à l’horizon, la malgachisation. Enfin, en 2001 et en 2002, une élection présidentielle disputée et une crise post-électorale plongent le pays dans la paralysie, opposant deux camps revendiquant chacun la légitimité du pouvoir. Les manifestations massives à Antananarivo confirment le rôle central de la contestation populaire dans la vie politique malgache. Avec la participation de : Michèle Rakosoton, écrivaine malgache Denis-Alexandre Lahiniriko, historien et maître de conférences au département d'Histoire de l'Université d'Antananarivo et à l'Université catholique de Madagascar. ********************************************* 1947, un mouvement principalement paysan L’émission explore la longue tradition de résistance qui marque Madagascar depuis le XIXᵉ siècle. Située entre influences française et britannique, l’île développe très tôt une culture politique d’insoumission face aux abus et aux logiques coloniales. La révolte éclate dans un contexte de tensions extrêmes : travail forcé, réquisitions, pauvreté, humiliation quotidienne et code de l’indigénat. La société secrète Jina, composée d’anciens soldats et de militants nationalistes, cristallise la colère des populations rurales et prépare la date symbolique du 29 mars 1947. Si Tananarive reste sous contrôle, les régions de Moramanga, Manakara et la côte est s’embrasent. Les insurgés, souvent mal armés, visent les postes administratifs et les symboles de l’autorité coloniale. Le mouvement est rural, populaire, spontané, nourri de solidarités communautaires. L’armée française mène une répression méthodique : villages incendiés, déplacements forcés, exécutions, tortures, procès massifs. Les estimations évoquent entre 30 000 et 40 000 morts, ce qui fait de 1947 l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire coloniale française. Cette tragédie marque durablement les familles et la société malgache. L’écrivaine Michèle Rakotoson insiste sur le silence traumatique qui se transmet entre générations, mais aussi sur la capacité de la littérature à redonner voix aux oubliés et à reconstruire un récit national. 1972 : la jeunesse reprend le flambeau Dans les années 1950, les partis nationalistes se divisent entre négociations modérées et radicalité. Le PADESM (Parti des déshérités de Madagascar), soutenu par l’administration coloniale et représentant surtout les élites côtières, capte le processus d’indépendance, obtenue en 1960 sans véritable rupture. Une nouvelle révolte éclate en 1972, cette fois dans les villes. Étudiants et lycéens dénoncent un système éducatif hérité de la colonisation, inadapté et profondément inégalitaire. Inspirés par les mouvements révolutionnaires internationaux, ils mobilisent ouvriers, fonctionnaires et paysans. Les manifestations se généralisent, paralysent le pays et renversent le président Tsiranana. Beaucoup de Malgaches considèrent dès lors 1972 comme la « véritable » indépendance, celle gagnée par les luttes internes plutôt que par une transition contrôlée par la France.
Direction le Maghreb ce dimanche. À Rabat, dans le royaume chérifien, berceau méconnu des aventures du panafricanisme au nord. À Alger, décrite comme La Mecque des révolutionnaires. Et bien sûr à Tunis, au pays de Carthage, à la pointe des révoltes portées par la culture et l’art. Trois destinations, à l’instar de Accra et Conakry, qui ont vu naître et s’élever les rêves panafricains à une époque où le Sahara n’était pas cette fracture imaginaire entre le nord et le sud du continent. Avec : - Paraska Tolan-Szkilnik, historienne, autrice de «Maghreb noir : Rabat, Alger et Tunis dans les luttes panafricaines» (éd. Ròt-Bò-Krik) - Seloua Luste Boulbina, philosophe, spécialiste des études postcoloniales, autrice de «Les Arabes peuvent-ils parler ?» (éd. Black Jack). ************************************* La mémoire du continent nous conduit au Maghreb, dans ces villes du nord de l’Afrique qui furent, des années 1950 aux années 1980, des foyers essentiels du panafricanisme. Rabat, Alger et Tunis, parfois perçues comme séparées du reste du continent par une frontière imaginaire, ont en réalité été des espaces de circulation intense. Malgré la barrière symbolique et politique que le colonialisme français avait érigée autour du Sahara, les idées, les militants et les artistes africains y ont trouvé des terrains d’échange et de solidarité. Rabat : un foyer intellectuel et révolutionnaire Rabat accueille une génération de militants luso-africains tels que Mario de Andrade, Amílcar Cabral ou Marcelino dos Santos. Sous le règne de Mohammed V, ils développent une conscience politique nourrie par la poésie, les débats marxistes et les formations militaires. La rencontre avec Frantz Fanon joue un rôle déterminant dans leur orientation révolutionnaire. La revue Souffles, créée par Abdellatif Laâbi, prolonge cet élan en devenant une plateforme panafricaine majeure. Elle ouvre ses pages à des voix, de Rabat à La Havane, et cherche à dépasser la négritude pour inventer de nouvelles voies culturelles. Sa disparition, sous la répression de Hassan II, marque un tournant et un affaiblissement de la dynamique révolutionnaire marocaine. À Alger, «la Mecque des révolutionnaires» Après Rabat, Alger devient le centre moteur du panafricanisme. Dans une Algérie fraîchement libérée de la colonisation, les luttes anti-impérialistes et les mouvements de libération trouvent soutien politique et logistique. Le festival panafricain de 1969 constitue un moment emblématique : musiciens, danseurs, cinéastes et penseurs y expriment une Afrique en renaissance, où la culture accompagne le combat politique. L’arrivée au pouvoir de Boumediene, renversant Ben Bella, reconfigure toutefois les équilibres idéologiques tout en maintenant une diplomatie panafricaniste active. Tunis, le cinéma comme langage panafricain Tunis joue également un rôle important grâce aux Journées cinématographiques de Carthage. Ce festival devient un lieu de rencontre privilégié pour les cinéastes africains, où le cinéma sert de vecteur de mémoire, d’engagement et d’imaginaire politique partagé. Rabat, Alger et Tunis démontrent que le nord du Sahara a porté des projets culturels, politiques et artistiques qui ont façonné les luttes africaines pour la liberté.



