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Ici l'Europe

Author: FRANCE 24

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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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Cette semaine, nous vous proposons une émission spéciale sur les quatre ans de guerre en Ukraine avec un reportage long format dans le pays et un entretien avec Charles Michel, ancien président du Conseil européen. Il revient sur ce conflit qui s'est déclenché alors qu'il était en poste au Conseil. Alors qu'il était président du Conseil européen quand la guerre a éclaté le 24 février 2022, Charles Michel en garde un souvenir fort. "La nuit de l'invasion russe, Volodymyr Zelensky m'a téléphoné pour me dire que la guerre avait démarré sur l'ensemble du territoire. Un homme qui était traqué : on avait peur qu’il soit capturé ou éliminé par les Russes. C’était un des objectifs de Poutine !"  Il salue la fermeté et la rapidité des Européens. Selon lui, Vladimir Poutine a été pris par surprise, car il pensait que l'Ukraine allait "s'effondrer en quelques jours et que l'Europe allait se diviser". Or il y a eu unité chez les Européens pour livrer des armes. Des regrets ? Charles Michel estime que l'Otan "n'a pas eu assez de courage, au début peut-être intimidée par la rhétorique du Kremlin, en refusant un parapluie aérien pour protéger les Ukrainiens des missiles." Mais le 24 février 2022, les leaders européens ont compris que s'ouvrait une nouvelle ère. Pourtant, quatre ans après et avec le 20ᵉ paquet de sanctions européennes, quel est leur impact sur le pouvoir russe ? Selon Charles Michel, "ces sanctions font du mal économiquement à Poutine" et "la levée des sanctions de l'UE peut être un levier de pression lors des négociations". Après la guerre en Ukraine et l'arrivée de Trump au pouvoir, "on a changé de monde", constate l'ancien président du Conseil. Si Donald Trump a baissé sa contribution envers l'Ukraine, l'UE prend le relais avec une aide financière de 90 milliards. "Il faut faire plus encore, c'est un investissement pour nous, pour notre paix, soutenir les Ukrainiens, c'est soutenir notre propre avenir." Il faut néanmoins que les Européens s'affranchissent des Américains en développant des projets de défense industriels et les programmes de surveillance satellitaire comme Starlink, mais cela prendra du temps. Concernant les négociations de paix ou de cessez-le-feu, Charles Michel estime que "c’est une honte que les Européens soient mis à l'écart". Selon lui, Emmanuel Macron a raison de vouloir reprendre le dialogue avec Poutine sans naïveté. "Comme Giorgia Meloni, d’ailleurs sur les mêmes positions. C’est un conflit qui va impacter le sort de nos enfants et petits-enfants. On ne peut pas accepter les bras ballants que les Américains et les Russes jouent à la roulette russe avec notre avenir."    Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz.
Deuxième partie de l'édition spéciale qui marque le 4ᵉ anniversaire de la guerre en Ukraine. Un conflit dont le lourd bilan humain pourrait atteindre deux millions de morts et blessés, selon le Centre d'études diplomatiques et stratégiques. Des négociations ont actuellement lieu entre Russes, Ukrainiens et Américains, mais vont-elles aboutir à un cessez-le-feu ? Quelles seront les garanties de sécurité proposées à l’Ukraine à l’avenir pour éviter une nouvelle attaque russe ? Quel rôle peut jouer l’UE dans le règlement de ce conflit alors que les États-Unis mettent la pression sur Kiev pour céder une partie de son territoire à la Russie ?  Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz.
Cette semaine, nous recevons Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui publie son dernier ouvrage "Après l'Occident ?" (Éditions Perrin et Robert Laffont). Soutien à l'Ukraine, autonomie militaire de l'Union européenne et relation avec les États-Unis, il commente les dossiers brûlants auxquels sont confrontés les Européens. Les eurodéputés ont approuvé le prêt européen de 90 milliards d'euros pour aider l'Ukraine face à la Russie, notamment pour acheter des armes. Selon Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), "il faut aider l'Ukraine à tenir bon et à préparer la suite car à un moment donné, il y aura un compromis douloureux". Hubert Védrine explique partager l'avis "de vieux réalistes américains, bien avant Trump : les États-Unis ont très mal géré la Russie d'après l'URSS [...] Il fallait agir autrement que de traiter la Russie en quantité négligeable. Et de toute façon, la Russie doit redevenir un interlocuteur. [...] L'opinion française et l'opinion européenne sont complètement binaires : tout est la faute de Poutine qui est un monstre." Selon lui, Donald Trump "n'a pas complètement abandonné" l'Ukraine : "Depuis un an, il prétendait qu'il allait abandonner l'aide militaire et financière, les données satellites, il ne l'a pas fait. En fait, nous sommes entre les deux et nous ne savons pas ce que ça va donner." "Orban avait dit qu'un jour ou l'autre nous devrions reparler à Poutine" Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, farouche opposant à l'aide à l'Ukraine, s'oppose à ce prêt de l'UE destiné aux Ukrainiens. Son pays ne participera d'ailleurs pas à ce prêt commun, tout comme la Slovaquie et la République tchèque. Selon Hubert Védrine, Viktor Orban est pourtant moins isolé qu'avant sur certains sujets : "Il avait dit qu'un jour ou l'autre nous devrions reparler à Poutine. Cela scandalisait la plupart des commentateurs en Europe de l'Ouest. Même si nous sommes horrifiés par ce qu'il a fait, cette position commence à être adoptée par d'autres pays, y compris par Macron ou Merz. Les Européens se rendent compte que nous ne pouvons pas laisser Trump gérer tout seul les relations avec la Russie." Pour la suite, les élections d'avril décideront du sort d'Orban : "Et peut-être les perdra-t-il, ce qui changerait la donne dans un sens plus positif !" L'autonomie militaire européenne "a toujours été irréaliste" En ce qui concerne les menaces de l'administration américaine de se désengager de l'Otan, Hubert Védrine estime "que Trump ne va pas au bout de sa démarche". "Le système militaro-industriel technologique américain veut garder ce lien car 70 % des dépenses de défense des Européens ne vont pas à l'Europe mais aux États-Unis. Ils veulent garder cela. Normalement ils n'ont pas intérêt à couper le lien." L'autonomie militaire européenne et le fait que l’Europe devienne un pilier de l'Otan "a toujours été irréaliste" estime l’ancien ministre français. Selon lui, l'autonomie est un "objectif" encore difficilement atteignable : "Quand Macron et Starmer réunissent la coalition des volontaires éventuels pour donner des garanties à l'Ukraine dans l'hypothèse du cessez-le-feu, tous les participants disent qu’il faut une garantie américaine." Il évoque une difficulté organisationnelle : "Pour avancer, il faudrait savoir quelles forces nous pouvons mettre à disposition. Quel état-major voulons-nous créer ? Qui donne les ordres ? Cela doit venir d'un élu démocratiquement, donc ce n’est pas l'Union européenne. Elle n'est pas compétente là-dessus." "Il faut investir dans des technologies d'avenir [...] technologiques et écologiques" Les Vingt-Sept se sont réunis en sommet informel cette semaine afin de discuter de la relance de la compétitivité européenne, en berne depuis de nombreuses années. "Les Européens ont voulu travailler moins, investir moins dans l'avenir, désindustrialiser. Ils ont fait l'inverse d'un programme de compétitivité depuis 20 ou 30 ans", constate Hubert Védrine. [...] "Il faut réinvestir, pas forcément en empruntant de l’argent puisque certains États membres ne veulent pas. Il faut investir dans des technologies d'avenir qui sont à la fois très technologiques et écologiques. [...] C'est un chemin de plusieurs années." "Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification" Le couple franco-allemand est scruté car les deux pays sont considérés comme moteurs de l’Union européenne (UE). Entre le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, les divergences sont multiples avec une Allemagne plus libérale, contre l’idée d’un grand emprunt européen. Les Allemands ont également soutenu la signature du traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur contrairement à la France : "Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification", estime Hubert Védrine. "Nous sommes des pays fondamentalement différents. Si nous ne sommes pas d'accord, rien ne marche. Nous avons des désaccords sur plein de sujets, à commencer par l'énergie, notamment la question nucléaire, mais pas que. Il n'empêche que si nous voulons que la machinerie européenne fonctionne mieux, il faut que la France et l'Allemagne soient d'accord. Nous sommes différents, nous avons des désaccords mais qu'est-ce que nous pouvons faire quand même ? Il faut abandonner l'approche un peu sentimentale de la question. Il faut être beaucoup plus concret." La Première ministre italienne Giorgia Meloni et Friedrich Merz sont en pleine "bromance" ? Bien que la dirigeante italienne appartienne à la droite radicale, elle est alignée sur les positions du chancelier allemand sur certains dossiers. "Il ne faut pas négliger cette relation, c'est très important. Il ne faut pas le traiter de façon polémique. Il y a énormément de sujets où il y a convergence, comme l’immigration. Est-ce que cela veut dire qu’il y a des divergences sur tous les autres ? Non." Selon lui, la France doit se questionner sur les divergences entre sa politique et celle de l’Allemagne : "Qu’est-ce qu’on devrait faire ? C'est un sujet peu populaire parce qu'il faudrait que les Français travaillent plus finalement, investissent plus." Émission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Beaucoup de spécialistes alertent sur les risques des réseaux sociaux pour la santé mentale des jeunes : troubles de l'attention, stress et anxiété, exposition au harcèlement et à des images pédopornographiques. Face à ce fléau, plusieurs pays membres de l'Union européenne (UE) réfléchissent à leur interdiction pure et simple pour les mineurs. En France, les députés ont voté cette mesure radicale pour les moins de 15 ans. Mais pour réguler ces plateformes, souvent américaines, la responsabilité revient à la Commission européenne qui dispose d'outils puissants. Deux directives européennes, sur les services et les marchés numériques, intitulées DSA et DMA, sont censées lutter contre les contenus violents, la désinformation et protéger les plus jeunes. D'ailleurs, le réseau social X d’Elon Musk s’est vu infliger une amende de 120 millions d’euros par Bruxelles pour non respect de ces règles européennes. La justice française enquête de son côté sur l’intelligence artificielle de ce réseau social, Grok, qui détourne des photos d'enfants pour les dénuder. L'Union européenne pourra-t-elle vraiment encadrer ces big techs américaines au risque de représailles de Donald Trump qui protège ses amis ? Émission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Isabelle Romero  
Cette semaine, nous recevons Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC et actuel vice-président du Forum de Paris sur la paix. Il revient sur les rapports de l'UE avec les États-Unis de Donald Trump, la place de l’Europe dans le monde, notamment dans le secteur économique où les industries manquent de compétitivité, et la défiance croissante des Européens vis-à-vis de leurs institutions. Nous vous proposons aussi un reportage inédit sur "l’Arctique, terre de toutes les convoitises", signé Isabelle Romero et Luke Brown, présents à la conférence Arctic Frontiers à Tromsø. L’Europe et les États-Unis font face à une crise de confiance majeure. Même si la tension est retombée, la volonté de Donald Trump d’annexer le Groenland a ébranlé la relation transatlantique. Pour Pascal Lamy, ancien commissaire européen et ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, les Européens ont une leçon importante à en tirer de cette crise : "Il y a une grande différence entre la rhétorique, cette espèce d’hyperactivité, et la réalité. Le Groenland, c’était important pour nous, et il a été forcé de reculer." L’UE peut rivaliser dans un rapport de force avec les Américains, estime-t-il. "Il faut que l’Europe soit plus forte à l’avenir" Mais les Vingt-Sept doivent s’interroger sur la fiabilité de leur partenaire américain. Notamment en ce qui concerne le dossier ukrainien, le "vrai sujet" pour l’Europe selon Pascal Lamy. Le vice-président du Forum de Paris sur la paix déplore la position changeante de Donald Trump, mettant davantage la pression aux Européens qu’à Vladimir Poutine. Ils ne sont pour le moment pas invités à la table des négociations de paix, mais leur présence est "inévitable" à l’avenir selon lui "parce qu’il faudra des troupes pour garantir les accords". De plus, l’Europe fournit aujourd’hui les deux tiers de l’aide à l’Ukraine, notamment avec une nouvelle aide de 90 milliards d’euros approuvée par l’UE pour la période 2026-2027. Il reconnaît cependant notre dépendance : "Pour obtenir des renseignements sur le positionnement des troupes russes en Ukraine, on aimerait bien se passer des Américains. Il y a des moments où les rapports de force sont les rapports de force, même si cela nous fait mal à l’estomac. Il faut être lucide : il faut que l’Europe soit plus forte à l’avenir." Pascal Lamy évoque un autre dossier brûlant : l’Iran. Quelle position tenir face au régime des mollahs, dont la répression brutale des manifestations a fait le tour du monde ? Le vice-président du Forum de Paris sur la paix est mesuré. "La question est de savoir si on envoie, comme le fait Trump, des bateaux dans la zone pour faire changer le régime. Mais qui pour le remplacer ? Et une solution militaire pour déposer un régime, sans une certaine idée de ce qui va suivre, à mon avis, c'est quand même risqué." Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, 72 % des citoyens de l’UE se disent "très préoccupés", selon une récente enquête Eurobaromètre du Parlement européen, et appellent à une Europe plus unie. C’est aussi ce que note Pascal Lamy. "Les Européens sont très en soutien de l'intégration européenne et les menaces extérieures ont accentué ce soutien dans l'ensemble de l'Europe." Mais le continent doit aussi faire face à la défiance d’une partie de la population face aux institutions européennes. Selon la même enquête, 49 % des sondés ont une image positive de l’UE, le chiffre descend même à 38 % pour les Français. "Il n’est pas étonnant que la France se distingue par un pessimisme considérable par rapport aux autres, car elle se perçoit comme allant plus mal que les autres", reconnaît Pascal Lamy. Un scepticisme de plus en plus marqué, surtout alors que la Commission voudrait mettre en œuvre par anticipation l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Or les eurodéputés ont saisi la justice européenne : "Comme le Parlement européen a voté pour un délai, à une courte majorité, mais c’est la démocratie, je pense qu’il faudrait respecter ce délai." "Il faut renforcer le marché intérieur" À l’approche d’un Conseil sur la compétitivité, le commissaire français à l’Industrie, Stéphane Séjourné, a signé une tribune avec plus de 1 000 patrons pour instaurer une préférence européenne dans les aides et marchés publics, particulièrement dans des secteurs stratégiques, pour sécuriser la production et l’emploi en Europe. "C’est une idée qui fait sens, abonde Pascal Lamy. Nos concurrents à l’international le font." L’ancien directeur général de l’OMC appelle à plus d’investissements dans les années à venir pour augmenter la croissance et être ainsi plus compétitif. "Notre potentiel de croissance aujourd’hui, c’est la moitié de celui des Américains, le tiers de celui des Chinois et le quart de celui des Indiens. Pour nous développer, il faut renforcer le marché intérieur. Nous avons un gisement sous nos pieds, le marché intérieur, mais on ne l’exploite pas." Si nous n'avons pas de terres rares, d'autres solutions existent : "La Chine investit depuis 20 ans dans les terres rares dans les pays en développement, et effectue le raffinage sur place." Émission préparée par Paul Guianvarc’h, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
Un traité de libre-échange qui fait moins de vagues que celui avec le Mercosur : l’accord commercial entre l’Inde et l’Union européenne. Signé fin janvier à New Delhi par la présidente de la Commission européenne et le Premier ministre indien, cet accord prévoit la suppression des droits de douane sur 90 % des marchandises échangées entre l’Inde et l’Europe, à l'exception de produits agricoles sensibles comme le bœuf, la volaille et le riz, ce dont se félicite Ursula von der Leyen. Ce nouvel accord de libre-échange pose des questions : va-t-il freiner la réindustrialisation européenne, alors que l’Inde exporte de nombreuses marchandises produites par une main d’œuvre bon marché ? Sur le plan environnemental, l’Inde va-t-elle respecter la taxe carbone aux frontières mise en place par l’UE ? Par ailleurs, n’oublions pas que l’Inde de Narendra Modi est très proche de la Russie de Vladimir Poutine, dont il achète le pétrole, même si Donald Trump a affirmé avoir signé un accord commercial avec l’Inde et que New Delhi privilégiera désormais privilégier le pétrole américain. Émission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Paul Guianvarc’h et Isabelle Romero
Cette semaine, nous vous proposons une émission spéciale sur l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro avec un reportage long format et un entretien de Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l'Économie. Il fait état de la situation économique de l’Union dans un climat instable dû à l’imprévisibilité de l’administration américaine. À la suite des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland, le commissaire se félicite de l’apaisement des relations : "Il est positif que nous ayons réussi à replacer le dossier Groenland sur une base plus constructive. Le président Trump a donc supprimé en quelque sorte ses revendications à l'égard du Groenland. (...) L'accent est désormais mis sur le renforcement de la sécurité dans la région arctique. Et les autorités danoises et groenlandaises, soutenues par l'Union européenne (UE), ont indiqué qu'elles étaient disposées à en discuter." D’un point de vue économique, Donald Trump avait également menacé d’instaurer de nouveaux droits de douane sur les produits européens. Le Parlement européen a alors suspendu le processus de ratification de l’accord commercial encadrant ces droits de douane entre l’UE et les États-Unis, jugé désavantageux pour l’Union. Le président américain a finalement retiré ces menaces de surtaxes douanières. Selon Valdis Dombrovskis, également ancien Premier ministre de Lettonie, du parti de droite Unité affilié au groupe Parti populaire européen, "le choix aujourd'hui est d'accepter cet accord ou de poursuivre l'escalade commerciale. (...) Nous avons évalué ces deux possibilités. Nous avons également observé l'expérience de la Chine, qui a opté pour cette escalade dans la guerre commerciale. Très vite, les droits de douane ont dépassé les 200 % côté américain et côté chinois, ce qui était prohibitif. La Chine a fini par renoncer à l'escalade et a conclu un accord qui était comme le nôtre, asymétrique."  Il réitère son soutien à cet accord : "Les relations d'échange et d'investissement entre l'UE et les États-Unis sont les plus importantes au monde. Nous avons accepté un accord, même asymétrique, qui permet d'assurer plus de clarté et de prévisibilité." Contre la "prolifération des barrières douanières" La croissance des États-Unis devrait atteindre 3 % en 2026, contre 1,2 % pour les Vingt-Sept. "C'est vrai, l'UE est dépassée par plusieurs autres grandes économies. Certains chocs économiques expliquent cette situation à court terme, comme les conséquences de l'agression de la Russie contre l'Ukraine, ou la nécessité de réduire notre dépendance à l'égard des combustibles fossiles russes", reconnaît le commissaire européen. "C'est pourquoi l'une des premières initiatives de la Commission européenne a été la Boussole pour la compétitivité, qui présente tous les principaux facteurs affectant la compétitivité de l'UE afin de relancer la croissance économique dans l'Union." Il se réjouit de la signature de nouveaux traités de libre-échange, tel que l’accord signé cette semaine entre l’UE et l’Inde. Il prévoit la réduction des droits de douane à l’exportation pour les deux partenaires. "Nous constatons la prolifération des barrières douanières. Donc, il est important pour l'UE de diversifier ses relations commerciales avec des partenaires fiables à travers le monde entier. Nous constatons que nous avons moins de prévisibilité de la part de l'administration Trump sur la politique commerciale et ses droits de douane. La Chine a toujours été un partenaire difficile. Le marché chinois est bien plus fermé pour les biens et les entreprises venus d'Europe que notre marché l'est vis-à-vis de la Chine", explique Valdis Dombrovskis pour justifier cet accord.  Dans son portefeuille, le commissaire est également en charge de la simplification des démarches administratives pour les entreprises, nécessaire selon lui : "La majorité des entreprises indiquent que le fardeau administratif excessif est l'un des obstacles à leurs activités commerciales et à l'investissement en Europe. (...) Il est donc important que nous nous attaquions à cette charge administrative excessive." Pour les protecteurs de l'environnement, cette démarche rime avec recul des normes environnementales et sociales imposées aux entreprises, ce que réfute le commissaire : "Nous avons été très clairs sur le fait que la simplification n'est pas synonyme de déréglementation. Nous n'abolissons pas nos normes sociales ou environnementales élevées. Nous ne supprimons pas nos objectifs européens en matière de pacte vert. Nous maintenons tout cela, mais nous nous concentrons sur la manière d'atteindre nos objectifs d'une manière plus simple et plus efficace." Entrée de la Bulgarie dans la zone euro Le 1ᵉʳ janvier, la Bulgarie est devenue le 21ᵉ membre de la zone euro après avoir rempli les critères de Maastricht. Dans cet État balkanique au bord de la mer Noire, entre la Roumanie, la Grèce et la Turquie, les 6,4 millions d'habitants ont abandonné le lev, la monnaie bulgare.  Si cette intégration est bien perçue par les milieux économiques, elle divise une population dont 22 % vit sous le seuil de pauvreté, entre espoirs et craintes d’inflation.  Nos reporters retrouvent sur le terrain divers acteurs du changement : rencontre avec Mariya Gabriel, ancienne vice-Première ministre et ex-Commissaire européenne bulgare, un chef d’entreprise, le vice-ministre de l’Économie, la cheffe de la représentation de la Commission en Bulgarie, un député souverainiste, une avocate anticorruption et surtout, les habitants de Sofia et du reste du pays. Selon Valdis Dombrovskis, cela va permettre “de renforcer l'eurozone et le rôle international de l'euro, car cela projette également la confiance. (...) Cela positionne l'euro comme monnaie ouverte avec un pouvoir d'attraction sur de nouveaux membres”, conclut-il.  Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
L'attitude de Donald Trump vis-à-vis de l'Union européenne est toujours aussi imprévisible. Si la tension est redescendue au sujet du Groenland, les Européens s'interrogent plus que jamais sur la nécessité de renforcer la défense européenne.  Emmanuel Macron a lancé "un appel au réveil stratégique" du continent et la Première ministre danoise estime qu'il faut une Europe capable de se défendre.  Cependant, lors du sommet européen du 22 janvier, les Vingt-Sept ont montré des positions variées quant à l'idée d'une défense européenne. Jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ?  Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Cette semaine, nous interrogeons Andrej Plenkovic, Premier ministre de la Croatie, au lendemain d’un sommet européen extraordinaire. Il explique combien les Vingt-Sept sont sceptiques sur l’avenir de la relation transatlantique, malgré le renoncement de Donald Trump concernant le Groenland et la hausse des droits de douane. Le jeudi 22 janvier, les Vingt-Sept se sont réunis pour un sommet extraordinaire convoqué par Antonio Costa à la suite des menaces répétées de Donald Trump d’annexer le Groenland et d’augmenter les droits de douane des pays qui ont engagé des soldats sur place. Andrej Plenkovic, Premier ministre croate depuis dix ans, qualifie cette réunion de "constructive" : "Il y a eu des débats francs en ce qui concerne les relations entre l’Union européenne et les États-Unis. Nous avons discuté de trois points importants : tout d’abord, le fait d’assurer une solidarité complète des Vingt-Sept vis-à-vis de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Danemark et du Groenland. Puis, de revenir à une normalité dans les relations transatlantiques, fondement de l’ordre international. Enfin, nous avons discuté de la nécessité de mettre en place des instruments anti-coercition dans le domaine des droits de douane et de comment les appliquer si besoin." Ce sommet a eu lieu après un adoucissement des positions de l'administration américaine. Un revirement intervenu après une discussion entre le président américain et le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte. "Donald Trump a fait deux pas en arrière", estime le Premier ministre croate. "J'étais au courant que Mark Rutte était en train de chercher une solution plutôt généralisée des pays de l'Arctique, de l'Union européenne et de l'Otan", explique Andrej Plenkovic qui avait rencontré le secrétaire général de l’Otan la semaine passée.  Selon le Premier ministre, la réaction négative des marchés financiers face à ces tensions a poussé Donald Trump à reculer. "Puis, nous voyons que l'opinion publique américaine ne soutient pas vraiment la position de leur gouvernement vis-à-vis du Groenland. Finalement, cette méthode a déjà été utilisée par le président Trump : essayer de faire monter les enchères et ensuite revenir en arrière et calmer le jeu afin de chercher une solution qui pourrait être satisfaisante pour les intérêts de sécurité des États-Unis." "Les Européens, coordonnés, doivent calmer le jeu" Andrej Plenkovic se veut rassurant : "Il y a eu un peu de tension, mais demain ou après-demain, nous aurons d'autres sujets à gérer. L'UE adopte une position assez coordonnée. Nous tenons une ligne selon laquelle la question de l'intégrité territoriale des États membres ne peut pas être remise en question." Il appelle à "calmer le jeu" : "La ligne de la Croatie est d’essayer de rétablir le dialogue, de nourrir nos rapports car nous devons rester partenaires dans un monde sans cesse en changement. Il faut plutôt cultiver les relations transatlantiques que de mener des actions qui peuvent détériorer la situation." Il regrette cependant ces désaccords et l’inconsistance de la relation transatlantique : "La montée des tensions politiques entre alliés n'a pas beaucoup de sens. Nous avons énormément d'autres sujets à traiter qui sont des vrais problèmes globaux. Des amis et partenaires comme les États-Unis et les pays de l'UE ne devraient pas avoir ce genre de débat, qui est un peu hallucinant. Au mois de décembre, nous parlions de sanctions contre la Russie et quelques semaines après, nous évoquons l’usage d’instruments anti-coercition contre les Américains. C’est un instrument qui n'a pas été conçu contre les États-Unis, mais contre la Chine." "Nous étudions les implications de Conseil de la paix" Donald Trump a inauguré à Davos son nouveau "Conseil de paix", en présence d'une vingtaine de dirigeants de pays ayant rallié cette instance placée sous sa coupe. La Croatie a reçu une invitation à y participer : "Je suis très reconnaissant pour cette invitation, mais comme elle est arrivée environ un jour et demi avant la date de la signature, il était impossible pour nous de signer ce type de document si rapidement en raison de contraintes constitutionnelles juridiques." Si certains pays, comme la France ou l'Espagne, ont d’ores et déjà décliné l’invitation, Andrej Plenkovic annonce "étudier ce texte". Le président du Conseil européen Antonio Costa a évoqué de "sérieux doutes" concernant ce "Conseil de paix", en particulier sur sa compatibilité avec les Nations unies. Le Premier ministre croate le rejoint sur ce point : "Quelle est la position de ce Conseil vis-à-vis des structures existantes des Nations Unies ? Sommes-nous toujours dans le cadre de ce qui était prévu en accord avec les Nations unies, c’est-à-dire un suivi du plan de paix du président Trump pour Gaza ? Pour le moment, nous voyons une organisation internationale complètement nouvelle qui a pour objectif de promouvoir la paix. Nous continuons d'étudier ce document et ferons le nécessaire." La Bulgarie et la Hongrie, quant à eux, ont rejoint ce "Conseil de paix", à contre-pied de la position des autres membres de l’UE. Andrej Plenkovic tempère ces deux exceptions : "Ça n'empêche pas les autres pays européens de former une position coordonnée, qui pourrait avoir comme objectif de faire un geste pour faciliter les relations transatlantiques. Cette nouvelle organisation va de toute façon commencer son travail, avec ou sans les Européens. Il faut essayer de préserver le plus possible l’unité européenne et en même temps participer à ce Conseil d’une manière acceptable en termes juridique et politique." "L’application du Mercosur ne changerait pas grand-chose pour nous" Le Parlement a saisi cette semaine la Cour de justice de l'UE pour vérifier la légalité du traité de libre-échange du Mercosur, ce qui suspend le processus de ratification pendant un an et demi. La Commission a tout de même le droit, dans l'intervalle, d’appliquer l’accord provisoirement. Si certains pays, comme la France, se réjouissent de la remise en question de l’accord, la Croatie soutient ce traité. Selon Andrej Plenkovic, "il y a beaucoup de mécanismes de protection des différents quotas", qui protègent les agriculteurs européens qui craignent que cela bouscule leur travail avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE : "Cette situation ne représente pas une difficulté pour la Croatie. S'il y a une application provisoire, ça ne changerait pas grand-chose pour nous." "Les garanties pour l’Ukraine de Trump sont une participation constructive" Volodymyr Zelensky, qui a rencontré Donald Trump à Davos, a assuré être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité qui doivent être offertes par les États-Unis à l'Ukraine pour dissuader la Russie d'attaquer à nouveau après une éventuelle fin du conflit. Le Premier ministre croate salue cette avancée : "L'Ukraine est prête pour la négociation d'un accord de paix. [...] L’initiative politique du président Trump est une participation constructive aux côtés des alliés européens afin d’offrir des garanties de sécurité, mais aussi pour la reconstruction de l'Ukraine." Il appelle cependant à la prudence : "Je dis au président Zelensky d'essayer de trouver un accord sans faire de concession de territoire ukrainien à la Russie. Le contraire serait un précédent qui posera des difficultés dans l'avenir pour beaucoup d'autres situations qui peuvent se passer. [...] Il ne faut jamais accepter le fait qu’une agression soit récompensée par l’acquisition du territoire de quelqu'un d'autre", conclut-il. Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Les Vingt-Sept se sont accordés sur un durcissement de la politique migratoire en validant la possibilité de renvoyer des migrants irréguliers vers des centres de retour situés hors des frontières de l'Union européenne. Cette politique de renvoi est critiquée par des ONG, qui dénoncent une atteinte aux droits de l'homme, notamment en Italie, où Giorgia Meloni a déjà testé des centres implantés en Albanie. Alors que la Commission européenne doit publier en février sa stratégie de gestion de l’asile et de la migration pour les cinq prochaines années, la question de l’immigration reste au centre des débats au sein de l'Union européenne. Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
Cette semaine, nous recevons Hadja Lahbib, commissaire européenne à la gestion des crises et à l’égalité. Guerres en Ukraine et à Gaza, manifestations en Iran ou tensions entre les Vingt-Sept et les États-Unis, elle commente les multiples conflits et crises face auxquels l’UE doit réagir. L’Europe se trouve chamboulée par les manœuvres géopolitiques de Donald Trump qui remettent en cause l’ordre mondial d'après-guerre. Hadja Lahbib, commissaire européenne à la gestion des crises et à l’égalité, définit son rôle comme le fait "d'anticiper les crises, qu'elles soient provoquées par des catastrophes naturelles, par des guerres ou par des attaques cyber".  En guise d’exemple, elle pointe l’aide apportée par l’Union européenne (UE) après l’incendie meurtrier survenu la nuit du Nouvel an à Crans-Montana, en Suisse : "Nous avons immédiatement répondu présent." Bien que la Suisse ne fasse pas partie de l’UE ou du mécanisme de protection civile, les États membres ont décidé d'activer un "mécanisme de solidarité" en envoyant des experts sur place et en accueillant certains des blessés dans des pays de l’UE. "Tout cela, c'est la solidarité européenne en action, en situation de crise." "Plus nous sommes préparés et plus nous dormirons tranquilles" Le commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius, a évoqué l’idée de mettre en place une "force militaire européenne permanente de 100 000 hommes" afin de sécuriser le continent face à la menace russe et à la dégradation des relations avec les États-Unis, allié historique de l’Europe. Hadja Lahbib reste, quant à elle, prudente : "Il est bien que nous constituions cette force militaire, mais rappelez-vous de la pandémie de Covid-19. Si nous ne sommes pas capables d'arrêter un virus, que peuvent faire 100 000 militaires ou le meilleur armement ? [...] Il convient d'avoir une approche globale. Aujourd'hui, les crises sont multiples, elles ont des effets en cascade," explique Hadja Lahbib, également ancienne ministre des Affaires étrangères belge et membre du Mouvement Réformateur. La Commission européenne souhaite que chaque État membre mette au point un kit de survie accessible aux citoyens, contenant de la nourriture, de l'eau et des copies de documents d'identité importants en cas de crise. "Ces kits de survie sont déjà répandus et acceptés dans des pays comme la Suède, la Finlande ou le Danemark. Dans d'autres pays, comme la France, la Belgique ou l’Espagne, c'est plus difficile. Cela a provoqué certaines questions. On m'a demandé si nous n’avions pas peur de semer la panique. Je dirais plutôt le contraire. Plus nous sommes préparés et plus nous dormirons tranquilles, car nous pourrons faire face, par exemple, à une fermeture pendant quelques heures de toute alimentation énergétique", détaille la commissaire européenne. "L'objectif est de mettre à genoux la population" L’Ukraine est victime de coupures d'électricité quotidiennes à cause des frappes russes sur ses infrastructures énergétiques. "C'est une stratégie très claire poursuivie par les Russes. Cela enfreint les règles du droit de la guerre. Il y a des règles à respecter. On ne vise pas les infrastructures vitales même en temps de guerre. L'objectif est de mettre à genoux la population." De nombreux habitants de Kiev se réfugient dans des trains afin d’avoir accès à des générateurs, notamment fournis par l’UE : "Depuis le début de la guerre, nous avons fourni à peu près 9 500 générateurs à l'Ukraine pour lui permettre de survivre. Depuis 2022, nous avons aidé l’Ukraine à hauteur d’environ 1,25 milliard d'euros. Et nous allons continuer", explique la commissaire, également en charge de l’aide humanitaire.  "C'est une crise qui nous concerne tous" Au début du mois, les États-Unis ont attaqué le Venezuela et capturé son président, Nicolas Maduro, l’accusant notamment de narcoterrorisme. Depuis, l’administration américaine travaille avec la présidente par intérim et entend prendre le contrôle des ressources pétrolières du pays. L’UE, qui prône l’intégrité territoriale et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, semble peu audible sur ce dossier. Hadja Lahbib regrette l’attitude des États-Unis : "Pendant des décennies, ils ont incarné cette force pour la liberté, pour la défense de la démocratie. Évidemment, il y a beaucoup d'amertume aujourd'hui. [...] Ce n'est pas que Maduro avait une légitimité démocratique, certainement pas, mais ici, c’est le droit international et la Charte des Nations Unies qui sont remis en question." Elle en appelle à l’autodétermination des Vénézuéliens : "Ce qui est important aujourd'hui, c'est que les Vénézuéliens aient le dernier mot. [...] Ce sont eux qui m'intéressent. [...] Ce qui m'inquiète, c'est le régime qui sera mis en place et comment finalement le droit à l'autodétermination des peuples sera garanti."  Les Vénézuéliens représentent la deuxième nationalité à déposer le plus grand nombre de demandes d’asile dans l’UE. "Il faut réduire la crise. Nous contribuons à l'aide humanitaire aux Vénézuéliens, aux pays limitrophes qui accueillent beaucoup de réfugiés, mais aussi en Europe. [...] C'est une crise qui nous concerne tous." "Nous serons auprès des Iraniens dans l'aide humanitaire" En Iran, la répression des manifestations par le régime au pouvoir a déjà causé des milliers de morts et plus de 10 000 arrestations. Si certains États membres ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour demander le respect de la liberté d’expression, l’UE est jugée trop timide par certains dans la condamnation de cette répression. "Nous envisageons des sanctions. Nous en avons déjà pris beaucoup, entre autres contre les Corps des Gardiens de la Révolution islamique", se défend la commissaire européenne. Elle appelle à écouter les Iraniens : "Ce qui nous importe, c'est que le premier et le dernier mot reviennent au peuple iranien. [...] Il y a une fatigue du régime qui étouffe les libertés fondamentales. [...] Il y a un ras-le-bol général même si toutes les régions ne sont pas concernées donc il faut être extrêmement prudent. [...] Nous demandons le droit à l'autodétermination des peuples [...] Nous serons auprès des Iraniens dans l'aide humanitaire." "L'UE soutient le Danemark" Une autre crise frappe les Vingt-Sept de plein fouet : la volonté de Donald Trump de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, pour des raisons de sécurité nationale. Alors que le Premier ministre groenlandais a affirmé que son peuple ne souhaite pas faire partie des États-Unis, le Danemark, membre de l’UE et de l’Otan renforce sa présence militaire sur l’île. "L'UE soutient le Danemark. Elle est en empathie et en solidarité avec le peuple groenlandais", réitère la commissaire européenne Hadja Lahbib. Elle appelle à la désescalade : "C'est une situation sans précédent. Il faut être à l'écoute du Groenland et éviter la surenchère." "Pour l'accès à l'aide humanitaire, les Vingt-Sept sont alignés" L’Europe a apporté une aide financière humanitaire de 1,6 milliards d’euros à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Au point de passage de Rafah en Égypte, aux portes de Gaza, l’acheminement de l’aide humanitaire est cependant fortement restreint par Israël : "Elle doit y parvenir sans entrave. C'est une obligation qui incombe à l'État israélien, la puissance occupante. C'est une obligation inscrite dans les conventions de Genève, dont Israël est partie prenante. C'est aussi le message qui a été adressé à plusieurs reprises par l'ensemble des 27 États membres. Si nous ne sommes parfois pas sur la même ligne quand il s'agit de ce conflit au Moyen-Orient, en ce qui concerne l'accès à l'aide humanitaire, nous sommes tous alignés." Elle appelle Israël à laisser entrer cette aide humanitaire dans l’enclave palestinienne : "Le cessez-le-feu prévoyait le passage d’environ 600 camions par jour, nous en sommes très très loin. Il y a à peu près 250 camions qui entrent par jour à Gaza. C'est largement insuffisant. La crise humanitaire continue à s'aggraver. [...] Israël doit respecter ses obligations", affirme-t-elle.  "Une stratégie qui s'attaque au racisme structurel" Également en charge de l’égalité et de la lutte contre les discriminations, la commissaire présentera prochainement un grand plan contre le racisme au niveau européen. "Nous avons interrogé les citoyens européens. Deux tiers d'entre eux nous disent que, dans leur pays, le racisme est présent de façon très large, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la vie. 47 % des citoyens européens d'origine africaine occupent des emplois qui ne correspondent pas à leurs qualifications. Ils sont sous-employés", précise-t-elle.  Selon elle, cette "régression des droits que l’on pensait acquis" pour certaines communautés vient notamment "d’outre-Atlantique". "Nous travaillons à mettre en place une stratégie qui s'attaque au racisme structurel." Émission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Perrine Desplats
Les eurodéputés sont aux premières loges des manifestations d’agriculteurs, organisées depuis des semaines devant le Parlement, place du Luxembourg. Les éleveurs de toute l’Europe protestent contre l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et les pays du Mercosur en Amérique du Sud. Un accord en discussion depuis 25 ans, qui prévoit la suppression de 90 % des droits de douane entre les deux continents, créant un immense marché de 700 millions de consommateurs. Si cette zone de libre-échange va profiter à l’industrie européenne, et notamment les secteurs automobile, pharmaceutique et chimique, les agriculteurs de l’Union s’inquiètent des importations de bœuf, de volaille mais aussi de sucre en provenance des pays du Mercosur. Des denrées sud-américaines qui ne sont pas produites selon les mêmes normes sanitaires et environnementales que celles en vigueur dans l’Union européenne. Parmi les 27, la France, l’Irlande, la Hongrie, la Pologne et l’Autriche ont voté contre ce traité, mais ont échoué à former une minorité de blocage. Un traité qui s’appliquera d’ailleurs provisoirement, avant le vote du Parlement européen au printemps. Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
Cette semaine, nous recevons Gaël Veyssière, ambassadeur de France en Ukraine. Il décrit les dures conditions de vie des Ukrainiens et appelle à l’union des États membres pour soutenir le pays financièrement et militairement. L’Ukraine vient de vivre son quatrième Noël sous la menace russe. Pour Gaël Veyssière, ambassadeur de France en Ukraine depuis 2023, ce début d’année est "difficile" pour les Ukrainiens : "Il y a des coupures d'électricité pendant les deux tiers de la journée. Il y a de plus en plus de frappes russes avec un nombre important de vecteurs, c'est-à-dire des drones et des missiles." Pourtant, selon lui, les Ukrainiens sont "extraordinairement résilients". "Ils tiennent le coup. Ils savent pourquoi ils se battent et continuent", explique l’ambassadeur. "Les Ukrainiens sont déterminés à ne pas se laisser faire et à ne pas se laisser imposer un ordre russe ou des concessions territoriales." "La Russie progresse, mais très lentement" À ce jour, la Russie occupe 20 % de la superficie totale de l’Ukraine. Selon les chiffres de la carte interactive en ligne DeepState, la Russie a conquis moins de 1 % du territoire en 2025, alors que Vladimir Poutine affirme être en train de gagner la guerre. "C'est faux", rétorque Gaël Veyssière. "Ces chiffres le montrent très clairement. La Russie progresse militairement, c'est vrai, mais très lentement. [...] L'Ukraine n'est pas en train de s'effondrer. Le narratif russe n'est pas fondé. Vraisemblablement, dans six mois, la situation ne sera pas tellement pire sur le plan militaire en Ukraine qu’elle ne l’est maintenant. Ce que cherchent les autorités russes, c'est à créer une situation dans laquelle on dirait que ce n'est plus la peine de soutenir l'Ukraine, puisqu'elle est en train de perdre." En 2025, l’avancée russe a été particulièrement notable dans l'oblast de Donetsk, avec 78 % de cette région occupée. L'oblast de Louhansk, quant à lui, est presque entièrement occupé. "L’avenir de l’Ukraine est en jeu", explique Gaël Veyssière. "La viabilité de l'Ukraine est en jeu ainsi que le fait qu’elle puisse être une puissance souveraine et que nous respections ses frontières." Il ajoute qu’il est aujourd’hui "militairement impossible" pour l’Ukraine de reprendre les territoires du Donbass ou bien de la Crimée. "Le président Zelensky le reconnaît. Il est prêt à signer un accord dans lequel nous arrêterions les combats et où l'Ukraine ne chercherait pas à reprendre militairement ces territoires par la force. Les Ukrainiens considéreraient que ces territoires sont ukrainiens, ce qu'ils sont juridiquement et ce que nous, Européens, reconnaissons comme tels. Les Russes considéreraient évidemment que, pour partie, ils sont russes." FocusEn Ukraine, le quotidien des habitants de Kiev hanté par les attaques russes "Il y a une intense activité diplomatique pour trouver un accord" Alors que les pourparlers continuent entre l’Ukraine, les États-Unis et les membres de la "Coalition des volontaires", Volodymyr Zelensky estime que l’accord de paix pour mettre fin au conflit est "prêt à 90 %", ajoutant que les 10 % restants "contiennent tout, en fait". "Il y a une intense activité diplomatique en ce moment pour essayer de trouver un accord. Pas forcément avec les Russes pour l'instant, mais au moins entre les Ukrainiens, les Américains et les Européens, pour ensuite aller voir les Russes", poursuit l’ambassadeur de France en Ukraine. "Les choses ont beaucoup progressé. Il y a des textes, c'est discuté avec les Américains et les Européens de façon très approfondie. [...] Il y a des discussions intenses pour arriver à un point d'équilibre qui engagerait les Ukrainiens, les Américains, les Européens et qu'il faut ensuite que les Russes acceptent." "Il faut former l'armée ukrainienne" Les 35 pays membres de la "Coalition des Volontaires" – essentiellement européens – se sont accordés à Paris pour déployer une force multinationale en Ukraine et participer à une surveillance d'un potentiel cessez-le-feu sous "leadership" américain, une fois un accord de paix trouvé avec la Russie. Cette garantie est indispensable, selon Gaël Veyssière : "Des garanties de sécurité doivent permettre aux Ukrainiens de se projeter dans le futur, en se disant que les Russes les ont attaqués en 2014 et en 2022, mais qu’ils ne les rattraperont pas demain parce qu'il y aura suffisamment de garanties pour que cela ait lieu." Outre une force multinationale de la "Coalition des volontaires" soutenue par les Américains, il appelle à "former l'armée ukrainienne" afin qu’elle soit "robuste et équipée" et puisse "jouer un rôle de dissuasion". Emmanuel Macron a récemment exprimé la possibilité d’une reprise du dialogue avec le président russe, une position que partage l’ambassadeur de France à Kiev : "Aujourd'hui, ce sont les Américains qui négocient de fait avec les Russes. Il faudra, à un moment, que les Ukrainiens négocient avec les Russes. Les Européens auront sans doute vocation à négocier avec les Russes. La question c'est quand, comment et dans quelles conditions." "Il y a eu division mais on a réussi à trouver une solution" Au sommet européen du 18 décembre dernier, les États membres ont peiné à trouver une solution afin d’accorder une aide financière à l’Ukraine. La Commission européenne et certains pays plaident pour avoir recours aux avoirs russes gelés en Europe, majoritairement immobilisés en Belgique. Cependant, les Belges s’y opposent, notamment par peur de représailles russes. Pour financer l’effort de guerre ukrainien, les Européens ont finalement décidé de réaliser un emprunt en commun de 90 milliards d'euros. "Cela aurait été mieux si nous avions pu nous mettre d'accord sur les avoirs gelés, mais en réalité, il y avait un besoin à très court terme et il fallait trouver des financements pour l'Ukraine. Cette solution financière a été trouvée", tempère Gaël Veyssière. Selon lui, la question des avoirs russes "n’est cependant pas oubliée" : "Au contraire, selon les conclusions du Conseil européen, nous allons continuer à essayer de mettre sur pied une formule pour pouvoir utiliser plus directement ces avoirs gelés." À voir aussiL'Europe se résigne à financer l'Ukraine sans recourir aux avoirs russes La Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque, toutes trois réticentes à soutenir financièrement l'Ukraine, ont accepté de ne pas opposer leur veto à ce prêt en échange d'une exemption d’y participer. "C'est évidemment inquiétant", commente Gaël Veyssière, également ancien membre de la Représentation permanente de la France auprès de l’UE. "Plus l'Union européenne est unie et plus elle est à même de peser et de devenir cette puissance géopolitique et géostratégique qu'elle aspire à être. Cela aurait été encore plus inquiétant si la division avait mené à la paralysie. Là, il y a eu division mais on a réussi à trouver une solution. [...] Ce n’est pas la meilleure solution possible mais il n'empêche qu’il faut être pragmatique, il faut que les choses avancent. Et là, les choses ont avancé." "Il y a de la désinformation dans nos propres démocraties" La Bulgarie a adopté la monnaie unique le 1er janvier dernier, ancrant ainsi davantage le pays dans le club européen. Pour Gaël Veyssière, le passage à l’euro est "plus facile pour le fonctionnement du marché unique européen et cela renforce l'UE". "L’UE garde cette capacité à progresser et à avancer dans la voie de l'intégration européenne telle qu'elle est prévue par les textes et les traités." S’il est optimiste au sujet de cette intégration européenne, il reconnaît cependant la montée du populisme et l’influence de forces pro-russes dans certains pays européens : "Nous sentons cette désinformation dans nos propres démocraties avec la reprise d’un discours russe." "L'Ukraine est déterminée à rejoindre l'UE" Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a nommé un nouveau chef de cabinet, Kyrylo Boudanov, en remplacement d’Andriy Yermak qui avait démissionné à la suite d’un scandale de corruption. Selon Gaël Veyssière, ce nouveau chef de cabinet est "une légende en Ukraine pour ses hauts faits militaires". "C'est un homme avec lequel les services compétents, en France et dans tous les autres pays, collaborent étroitement. [...] La fonction de directeur de cabinet du président était jusque-là extraordinairement politique. Désormais, elle sera beaucoup plus concentrée sur la gestion de la guerre, des questions de renseignement et des questions de sécurité." À savoir si le président Volodymyr Zelensky ressort durablement affaibli des différentes affaires de corruption impliquant plusieurs de ses ministres ou proches, Gaël Veyssière préfère noter les progrès réalisés par l’Ukraine en la matière : "Sous l’autorité de Zelensky, il y a eu beaucoup de progrès qui ont été faits dans la lutte contre la corruption. [...] Cela reste un problème évident dans ce pays mais il y a beaucoup d'efforts qui sont faits. [...] L'Ukraine est sincèrement déterminée à rejoindre l'UE avec tout ce que cela veut dire comme reprise des normes et continuation du combat contre la corruption. [...] C’est quand même assez extraordinaire d’avoir un pays qui parvient à faire des réformes en temps de guerre." "La Russie en porte-à-faux" La semaine passée, les États-Unis ont attaqué le Venezuela et capturé son président, Nicolas Maduro, l’accusant notamment de narcoterrorisme. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, cette intervention en rupture avec le droit international "met en porte-à-faux la Russie", selon Gaël Veyssière. "Elle est le grand allié de Nicolas Maduro et de son régime corrompu. La Russie est assez embêtée parce qu'il faut à la fois qu'elle défende son allié et en même temps qu’elle essaie de ne pas trop braquer le président Trump. Toute action qui est faite en dehors des règles du droit international n'est pas bonne pour ceux qui sont attachés à son respect. De ce point de vue, cette intervention n'est pas forcément une bonne nouvelle, ni pour nous, ni pour l'Ukraine." Émission pr
L’Europe doit-elle craindre les États-Unis ? D’allié et protecteur, l’Amérique de Donald Trump s'est muée en rival agressif. De guerre commerciale, on en vient aujourd’hui à évoquer la guerre tout court. Les menaces américaines sur le Groënland font entrer les relations diplomatiques dans une nouvelle phase, avec le scénario d’une annexion militaire d’un territoire contrôlé par un pays de l’Union, le Danemark. Nouvel épisode d’une confrontation, voire d’une escalade, aux multiples volets. Au mois de décembre, l’administration Trump a ciblé une liste de personnalités européennes, dont l’ancien commissaire Thierry Breton, déclaré persona non grata aux États-Unis en rétorsion à la régulation européenne sur le numérique. L’Europe est aussi accusée d’avoir renoncé à sa politique migratoire et d’avancer vers un "effacement civilisationnel", selon les termes très rudes employés par le gouvernement Trump dans un document stratégique. Une doctrine américaine de sécurité nationale qui appelle même à une forme d’ingérence dans les élections européennes. Alors les États-Unis veulent-ils la peau de l’Europe ? Et face à ces menaces multiformes, la réponse des pays membres est-elle appropriée ? Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Cette semaine, nous recevons Elli Tsiforou, secrétaire générale du Copa-Cogeca, organisation syndicale et professionnelle agricole au niveau de l'Union européenne. Elle réitère son opposition au traité du Mercosur et demande une simplification des normes imposées aux agriculteurs européens. En marge du sommet européen, des milliers d’agriculteurs ont manifesté ce jeudi à Bruxelles pour protester, entre autres, contre la réforme des subventions de la Politique agricole commune (PAC) dans le budget 2028-2034 de l’UE. Ils accusent la Commission européenne de vouloir réduire le budget qui lui est accordé. "Il y a un danger pour la communalité de la PAC" Pour le Copa-Cogeca, organisation syndicale et professionnelle agricole ayant participé à ces manifestations, cela constitue l’une des principales causes de mécontentement : "L'enveloppe de la PAC dans cette nouvelle proposition va être réduite de moitié en comparaison du budget actuel. L'agriculture va représenter un peu moins de 15 % de l'enveloppe totale du budget européen", explique Elli Tsiforou, sa secrétaire générale, également ancienne conseillère politique dans les domaines de l’agriculture au Parlement européen et hellénique. La Commission européenne prévoit par ailleurs de fusionner les budgets dédiés aux fonds de cohésion et aux subventions agricoles sous un seul canal, ce à quoi s’oppose le Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen : "Nous n’avons pas seulement des coupes budgétaires importantes, [...] mais aussi un changement radical de la structure qui porte vers une renationalisation de la politique. Nous considérons cela comme un danger pour la communalité de la PAC. Cela va mener à 27 politiques agricoles au sein de l'Union européenne et va briser le marché unique et le fonctionnement de la chaîne alimentaire. [...] La PAC est un pilier de la construction européenne et du marché unique." "Cet accord est injuste pour les agriculteurs européens" Les agriculteurs manifestaient également contre l’accord avec le Mercosur, un traité de libre-échange entre l'UE et plusieurs pays d’Amérique latine, éliminant la quasi-totalité des droits de douane industriels entre les deux blocs. Cet accord prévoit de faciliter l'entrée en Europe de produits agricoles sud-américains non contraints aux normes environnementales et sociales imposées aux agriculteurs européens. Les filières concernées sont inquiètes et le Copa-Cogeca considère cet accord comme injuste : "Le Copa-Cogeca a une position très claire là-dessus, soutenue à l'unanimité par tous ses membres. [...] La question de la réciprocité des standards est en jeu, car avec les pays du Mercosur, l'écart est énorme. C'est quelque chose qui ne peut pas être accepté par notre communauté", précise Elli Tsiforou. En réponse au mécontentement de certains pays européens au sujet de cet accord, le Parlement européen a voté pour l’ajout de mesures de sauvegarde qui prévoient un suivi des produits sensibles comme le bœuf, la volaille ou le sucre et une possible réintroduction de droits de douane en cas de déstabilisation du marché. Si elle reconnaît "les efforts" des députés européens pour offrir des garanties aux agriculteurs européens, Elli Tsiforou affirme que cela "n'apaise pas leur inquiétude" : "Cela ne change pas notre position concernant cet accord commercial. La question de la réciprocité reste toujours ouverte. Nous ne sommes pas protégés sur cet aspect-là. Cet accord est injuste pour les agriculteurs européens." "Nous demandons aux législateurs de bloquer cet accord" Elli Tsiforou dénonce également le fait que les agriculteurs subissent déjà la pression d’autres accords commerciaux : "Il faut aussi tenir compte de l'aspect cumulatif du commerce international. Certains secteurs sont déjà sous la pression d'autres accords, comme celui avec l'Ukraine ou de futurs accords. Les secteurs visés doivent être protégés." Sous la pression de la France et de l'Italie qui sont contre cet accord, la Commission européenne n’a pas eu d'autre choix que de reporter la signature de ce traité. En effet, l’adoption de l’accord nécessite une majorité qualifiée, soit le ralliement d’au moins 15 États sur 27. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, espère à présent pouvoir conclure l’accord en janvier. "Nous avons vu des manœuvres de la part de la Commission et aussi du Parlement afin de tout faire pour que l'accord passe. C’est un manque de transparence dans le fonctionnement démocratique des institutions. [...] Pour nous, rien ne change. Notre position est très claire : nous demandons aux législateurs de bloquer cet accord et de résister aux manœuvres de la Commission", réitère la secrétaire générale du Copa-Cogeca. "Nous ne devons pas mettre à risque la productivité" Le Conseil européen a approuvé la simplification de la bureaucratie et des normes réglementaires s’appliquant aux agriculteurs. L'objectif, selon les Vingt-Sept, est d'accroître la compétitivité en réduisant les formalités administratives. Pour les défenseurs de l’environnement, la flexibilité offerte aux agriculteurs concernant l’application des normes environnementales va à l’encontre du Pacte vert, dont le but est de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une simplification saluée par le Copa-Cogeca : "La simplification est un exercice très important pour les agriculteurs. Il faut se rendre compte que nous sommes face à une surrégulation qui vient de l'UE qui empêche les agriculteurs de produire. [...] Nous ne devons pas mettre à risque la productivité. [...] Ces règlements qui ne font pas sens dans plusieurs cas et ne sont pas pratiques doivent être allégés." Elle affirme que les agriculteurs "ne se sont jamais opposés" aux objectifs du Pacte vert. "Nous nous sommes opposés aux moyens et à la manière dont ce pacte a été implémenté", explique Elli Tsiforou. "Il faut un peu de sens commun et il faut que le cadre réglementaire européen soit allégé. Nous avons besoin de stabilité, pas d'un cadre réglementaire qui change tous les ans. Les agriculteurs doivent investir dans la transition écologique et cela demande de la profitabilité et de la clarté politique et réglementaire de la part de l'UE." "Il faut avoir confiance en la science" Les députés européens et les États membres de l'UE se sont mis d’accord pour autoriser des plantes issues de nouvelles techniques génomiques dans l'agriculture au sein de l'Union. Cette technique permet notamment de créer des variétés résistantes à la sécheresse ou aux maladies, ou moins gourmandes en pesticides. Une innovation soutenue par le Copa-Cogeca : "Si nous voulons avancer en Europe, il faut avoir confiance en la science. [...] C'est un des outils nécessaires aux agriculteurs pour faire face aux changements climatiques qui ont un impact très sévère et qui risquent de vraiment entraver la productivité et de mettre à risque la sécurité alimentaire en Europe. [...] Le Copa-Cogeca a soutenu ce type d'innovation dès le début." Les organisations environnementales qualifient ces produits de "nouveaux OGM", les jugeant risqués pour les écosystèmes et la santé. Des critiques que réfute Elli Tsiforou : "Il ne faut pas tromper les consommateurs. Il ne faut pas leur faire peur. Ce ne sont pas des OGM. C'est une technique qui est très claire, qui renforce la résistance des plantes. C'est un outil qui est nécessaire pour les agriculteurs." En France, des éleveurs bovins sont touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie qui entraîne l'abattage du troupeau dans lequel évolue l'animal infecté. La façon dont le gouvernement gère la crise est critiquée et entraîne la colère des agriculteurs. La secrétaire générale du Copa-Cogeca ne se prononce pas sur ce sujet qu’elle considère comme "une problématique française". Elle fait cependant part de son "empathie" et son "soutien" aux agriculteurs français.  Émission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Perrine Desplats
À quelques jours de Noël, combien de petits colis ont été livrés à votre domicile en provenance de Chine ou d’ailleurs ? Trop, répond l’Union européenne. Car ce sont quelque 4,6 milliards de colis qui entrent sur le sol européen chaque année, et jusqu'à présent, ceux d’une valeur de moins de 150 euros étaient totalement exonérés de droits de douane, ouvrant grand notre marché à la déferlante des plateformes chinoises du commerce à bas coût, comme Shein, Temu et autres Alibaba. Plusieurs États membres sont en train d’adopter des mesures de rétorsion contre les plateformes chinoises, notamment la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France, qui va imposer une taxe de quelques euros par paquet. À ces taxes nationales viendra bientôt s'ajouter une taxe européenne de 3 euros, à compter de juillet 2026. Ces pays européens qui favorisent un prélèvement fixe estiment que la Chine triche sur le montant déclaré du contenu. Plus largement, c’est la question des normes européennes et de la sécurité qui est posée. La découverte de la vente de poupées à caractère pédosexuel par Shein et d’armes en France a servi de détonateur. Les géants chinois du e-commerce sont désormais dans le viseur de la Commission. Alors faut-il les suspendre ? Émission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Isabelle Romero
Cette semaine, nous recevons Nicușor Dan, président de la Roumanie. Récemment élu, il commente les défis à mener par son pays en termes de budget et de corruption et réitère son alignement aux valeurs européennes. Nicușor Dan a été élu président en mai dernier avec 53,6 % des suffrages face au candidat d'extrême droite George Simion, pro-Trump, populiste et eurosceptique. Le président, de son côté, l’a emporté avec un programme pro-européen et anticorruption. Ce suffrage a fait suite à l’élection présidentielle de novembre 2024, annulée du fait de l'invalidation des résultats du premier tour. La Cour constitutionnelle du pays avait alors invoqué l'usage irrégulier de TikTok comme outil de campagne permettant au candidat pro-russe Calin Georgescu d’arriver en tête au premier tour du scrutin. Avec plus de recul, Nicușor Dan affirme aujourd’hui que la Cour constitutionnelle a eu raison d’annuler cette élection : "Il y a eu une influence russe et les règles de financement de la campagne électorale n’ont pas été bien respectées. [...] Nous pouvons aujourd’hui dire que la campagne de désinformation russe a commencé il y a dix ans. Les autorités roumaines ont pris cela à la légère. Pourtant, une technologie très sophistiquée a impacté les dernières semaines de la campagne électorale." "L'année prochaine, nous serons entre 6 et 6,5 % de déficit" La Roumanie, pays de 19 millions d’habitants, a connu une progression de 134 % de son pouvoir d'achat moyen en vingt ans, la plus importante d’Europe. Cependant, le déficit du pays atteint 9 %, trois fois la limite autorisée par les règles de l’Union européenne (UE). Pour remédier à cela, le gouvernement a mis en place des mesures d'austérité : "Ces mesures seront reconduites l’année prochaine, il n’y aura pas de mesures supplémentaires dont les gens ne sont pas encore au courant. L’année prochaine, nous serons entre 6 et 6,5 % de déficit. Ces mesures sont difficiles mais nous n’avons pas le choix car nous avons une dette publique. Nous devons montrer aux investisseurs, aux fonds d’investissement et aux banques que la Roumanie va régler son déficit." Une situation budgétaire qui ne permet pas encore à la Roumanie de rejoindre la zone euro, contrairement à la Bulgarie qui adoptera la monnaie unique au 1er janvier 2026. "La Roumanie est en bonne voie pour intégrer l’OCDE l’année prochaine", tempère le président roumain.  "Il y a de la corruption à tous les niveaux" Alors que la Bulgarie voisine a vu son gouvernement chuter après de grandes manifestations anti-corruption, Nicușor Dan a fait de la lutte contre la corruption son fer de lance dans un pays particulièrement touché par celle-ci : "En Roumanie, il y a de la corruption à tous les niveaux. Pour lutter contre, nous avons besoin de prendre des mesures administratives mais aussi agir au sein du système de justice. Il y a une volonté de lutter contre la corruption mais cela va prendre du temps." Le 7 décembre, le libéral Ciprian Ciucu a été élu maire de Bucarest devant la candidate d’extrême droite Anca Alexandrescu. Cette dernière figurait cependant en tête des sondages, alors que Bucarest n'est traditionnellement pas une place forte de l'extrême droite. "Nous avons un parti anti-européen et même pro-russe, qui, en s’alliant à d’autres petits partis, atteint 35 à 40 % des votes", indique Nicusor Dan, ancien maire de Bucarest, en référence au parti Alliance pour l'unité des Roumains (AUR). "Mais les gens qui votent pour ces partis ne sont pas forcément anti-européens ou pro-russes. Il se sentent abandonnés par les autres, par les politiques des partis disons classiques, qui sont pro-européens. Nous devons regagner leur confiance dans les prochaines années." "Stimuler notre économie de défense européenne" Dans un contexte de tension sécuritaire au niveau européen, la Roumanie, qui partage 650 kilomètres de frontière commune avec l'Ukraine, a fortement augmenté ses dépenses militaires ces dernières années. Celles-ci représentaient 2,2 % de son PIB en 2024 et devraient atteindre 2,5 % en 2025. L’Union européenne (UE) a d’ailleurs alloué 16,7 milliards d'euros au pays dans le cadre de son programme SAFE, un instrument de prêt à prix compétitif pour le secteur de la défense. S’il dit ne pas craindre une confrontation directe avec la Russie, il affirme que les positions européennes doivent être claires : "Nous devons faire savoir à la Russie que nous sommes prêts. Bien sûr, nous ne souhaitons pas avoir une guerre sur le territoire européen mais nous devons leur dire : 'Si vous voulez attaquer, nous sommes prêts'." Nicușor Dan explique que, par le passé, la défense n’était pas un secteur parmi d’autres, pas plus important que celui de la santé par exemple. "Avec le contexte géopolitique actuel, l’Europe doit agir pour être capable, dans un laps de temps le plus court possible, de se défendre." En matière d’achat d’armement, le président roumain reconnaît avoir conclu des contrats avec des entreprises américaines valables "jusqu’à 2033". Il incite aujourd’hui à "stimuler notre économie de défense européenne" et rappelle que son pays investit également dans des armes européennes. "En France, nous avons déjà signé le contrat avec Mistral. Pour l’achat d’hélicoptères, Airbus a de bonnes chances. Thales opère déjà en Roumanie et pourrait obtenir d’autres contrats. De toute manière, pour les achats faits avec l’argent reçu par le programme SAFE, nous nous tournerons vers l’Europe." Le président roumain réitère son soutien à l’Ukraine : "Ce qui se passe est terrible pour le peuple ukrainien. [...] Nous devons continuer à aider l'Ukraine. Il faut montrer aux Russes que nous soutiendrons les Ukrainiens sur le long terme, avec notamment un soutien financier inconditionnel." "Avec les États-Unis, nous avons des valeurs très proches" Les États-Unis ont récemment publié un document définissant leur nouvelle "stratégie de sécurité nationale", résolument nationaliste. Elle fustige, au passage, une Europe jugée en déclin et salue la montée en puissance des partis européens patriotiques, situés à l’extrême droite de l’échiquier politique. Une ingérence dans les affaires européennes que Nicușor Dan relativise : "En matière de sécurité, ces annonces ne sont pas une surprise. Depuis son premier mandat, Trump a annoncé qu’il dirigerait sa politique externe vers le Pacifique. En ce qui concerne la question idéologique, ils veulent appliquer à l’Europe ce qu’ils font aux États-Unis. [...] Sur cette question idéologique, nous devons avoir notre propre débat. C'est une des faiblesses de l'UE, le fait que nous avons beaucoup de débats à l'intérieur de notre pays mais qu’ils ne se transposent pas au niveau européen." Il reste "très optimiste" sur le fait que la relation future avec l'administration américaine "va continuer" : "Nous avons des différends sur beaucoup de choses mais les États-Unis ont besoin de l’Europe et l'Europe a besoin des États-Unis. Dans l’ensemble, nous avons en fait des valeurs très proches." Alors que l’UE a infligé une amende de 120 millions d'euros à X, le réseau social d'Elon Musk, pour avoir enfreint le règlement européen sur les services numériques, le président roumain insiste sur la nécessité de "défendre nos démocraties" : "Les démocraties européennes doivent décider. [...] S'il y a des menaces qui viennent des réseaux sociaux, nous devons prendre des mesures." "Nous devons renforcer l'UE" Les Vingt-Sept ont entériné cette semaine un net durcissement de leur politique migratoire, ouvrant notamment la voie à l'envoi de migrants dans des centres situés hors des frontières de l'Union européenne. Selon le président roumain, "l’UE doit trouver un bon équilibre entre le respect des droits de ceux qui ont des problèmes dans leurs pays d’origine et la capacité d’accueil de ces personnes dans nos pays". "La Roumanie est prête à avoir ce débat au sein de l’Union", indique-t-il. Il appelle à cesser le discours de défiance envers l’UE véhiculé par la classe politique des Vingt-Sept : "Quand un dirigeant roumain présentait une mesure impopulaire, il disait : 'Je ne suis pas d’accord mais ça vient de l’Europe.' Nous avons inculqué à nos citoyens que l’Europe, ce n’est pas vraiment eux. Cela doit cesser. Dans un contexte géopolitique extrêmement compliqué, nous devons renforcer l'UE", conclut-il.  Emission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Isabelle Romero, Agnès Le Cossec, Charlotte Prudhomme et Luke Brown
Les Vingt-Sept s’apprêtent à donner leur feu vert à l’accord commercial avec les pays du Mercosur : le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et l’Argentine. Cela représente un marché de 270 millions d’habitants qui s’ouvrirait à l’Union européenne (UE) avec des droits de douane réduits. L'accord pourrait accroître les exportations annuelles de l'UE vers ces pays de près de 40 % pour atteindre 49 milliards d'euros par an. Cependant, l'opposition se fait entendre à travers les États membres. Certains pays comme la France craignent un dumping environnemental et l’importation de produits traités aux pesticides interdits dans l’Union européenne. De leur côté, les agriculteurs craignent une concurrence déloyale sur les prix et promettent de grandes manifestations lors du Conseil européen du 18 décembre à Bruxelles. La Commission européenne assure qu’elle multipliera les contrôles et les clauses de sauvegarde. L’accord avec le Mercosur est-il un bon deal pour l’Europe ?    Emission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Agnès le Cossec
Cette semaine, nous accueillons Pierre Moscovici, qui quitte la présidence de la Cour des comptes française pour rejoindre la Cour des comptes européenne. Cet ancien député et commissaire européen tire la sonnette d’alarme sur l’état des finances de la France et appelle l’Union européenne (UE) à être unie face au plan de paix des États-Unis pour l’Ukraine. La dette française s’élève à un niveau record de 115,6 %, la troisième la plus haute des Vingt-Sept, derrière la Grèce et l'Italie. Son déficit représente 5,4 % de son PIB, faisant de la France l’un des plus mauvais élèves de l’Union européenne. Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes en France et ancien ministre, rappelle que la France "n'est pas n'importe quel pays, ni dans le monde, ni dans l'UE. Elle a un rôle moteur dans la construction européenne". Bien que le pays soit la deuxième plus importante économie de l’Union, il reconnaît ses difficultés budgétaires : "Si la France n'est pas capable de balayer devant sa porte, sa crédibilité est atteinte. [...] La dynamique de notre dette est mauvaise. Nous sommes les seuls dont la dette croît autant. Notre déficit est le plus élevé de la zone euro". Pierre Moscovici, également ancien député et commissaire européen, évoque les difficultés budgétaires passées de la Belgique, l'Espagne, le Portugal ou la Grèce : "À l’époque où j’étais commissaire, penser que nous aurions des taux d'intérêt plus élevés que ces pays était inimaginable. [...] En se retrouvant dans cette situation, nous ne pouvons pas faire face aux défis du futur que sont le financement de la transition écologique, de la transition numérique, que sont l'effort de défense ou le renforcement de notre capacité d'innovation et de recherche. [...] La France s'affaiblit et a un nœud coulant autour du cou, qui, petit à petit, la rend impuissante et l'empêche d'agir pour le bien de ses citoyens". "C'est aux États de réduire leur dette" Alors que la France est en plein vote de son budget pour l’année 2026, Pierre Moscovici met en garde : "Si nous voulons rester sur une trajectoire qui nous amène à moins de 3 % de déficit en 2029, et c'est fondamental pour inverser le cours de la dette, il faut que le budget voté nous emmène sous les 5 % de déficit". Au niveau européen, la moyenne de la dette s’élève à 81,9 %. Les dettes sont à des niveaux très disparates entre les États membres. "La plupart des pays de la zone euro ont quand même fait un effort pour réduire leur dette après la crise du Covid", sauf la France repartie à la hausse, souligne-t-il. "Entre le Danemark et le Luxembourg qui sont autour de 25 % de dette, la Grèce à 150 %, et nous à 115 %, l'Union est toujours faite d’États et ce sont les États qui, à des degrés divers, doivent réduire leurs dettes", poursuit-il pour expliquer ces disparités. "Ne la condamnons pas avant de savoir" Federica Mogherini, ancienne cheffe de la diplomatie européenne, a été inculpée dans une enquête concernant l'attribution par l'Union européenne d'un contrat de formation de fonctionnaires européens, au Collège d'Europe, en 2022. Elle est soupçonnée d’avoir été avertie, à l'avance, des critères de sélection à remplir pour décrocher un futur appel d’offre. Alors que l’enquête est toujours en cours, l'ancien commissaire réagit à l’affaire : "J'aime beaucoup Federica Mogherini. C'est une amie. [...] Nous verrons ce que révèle l'affaire. Son comportement, à savoir démissionner dès lors qu’il y a suspicion, va dans la sens de l’exemplarité. Ne la condamnons pas avant de savoir". "La paix ne peut pas se faire aux conditions de Vladimir Poutine" Les États-Unis tentent de négocier un plan de paix entre l’Ukraine et la Russie et semblent peu se préoccuper de l’avis des Européens. "Nous ne pouvons pas avoir des négociations purement russo-américaines et traiter du sort des Ukrainiens sans eux et sans leur président légitime, monsieur Zelensky. [...] Nous ne pouvons pas non plus discuter de l'avenir de l'Ukraine sans les Européens, parce qu'elle est sur notre continent et que les garanties de sécurité, le moment venu, doivent être européennes. La paix doit préserver les intérêts des Ukrainiens et ne peut pas être une paix aux conditions de Vladimir Poutine". La Commission européenne a présenté cette semaine un plan pour financer l’Ukraine sur deux ans. Pour ce faire, l’une des options retenues est d’avoir recours aux avoirs russes gelés en Europe, dont l’immense majorité est immobilisée en Belgique. Par peur de représailles russes, les Belges s’opposent pour le moment à cette option. S’il explique ne pas avoir un éclairage complet sur la légalité de la réquisition de ces avoirs, il n’est pas contre l’idée proposée par la Commission : "Il me paraîtrait bon que la volonté exprimée d'utiliser ses avoirs russes gelés aille jusqu'au bout pour financer ce que nous devons à l'Ukraine. Il faut naturellement limiter les risques. Il faut offrir des garanties aux États membres". "Pour être entendu, il faut être soi-même volontaire" Il appelle les Vingt-Sept à "aller de l’avant" au sujet de ces avoirs russes : "Si nous sommes trop timides, trop repliés sur nos intérêts nationaux et pas suffisamment actifs, alors il ne faut pas s'étonner d'être une étape qu'on rate. Pour être entendu, il faut être soi-même volontaire". L'autre option envisagée par la Commission pour financer ce prêt est le recours à un emprunt européen, mais cela nécessite l’accord à l'unanimité des États membres. Certains d’entre eux, comme la Hongrie, s’opposent à cette proposition. Un système de vote à l’unanimité remis en question par l’ancien ministre français des Affaires européennes : "Il faut avancer. Le problème de l'Europe, c'est ce consensus que nous devons chercher. J'ai toujours respecté tous les États membres. Il faut les traiter comme tous égaux mais il ne faut pas non plus accepter cette logique du véto. Il faut aller vers davantage et même la totalité des décisions qui soient prises au vote à la majorité qualifiée". Il dénonce le fait que certains dirigeants comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban ou le Slovaque Robert Fico "ont parfois de la sympathie pour Vladimir Poutine". Selon lui, l’Europe doit pouvoir "avancer" sans eux. "Si le spectacle que nous offrons au monde, alors que nous sommes sur notre territoire et que cette guerre est européenne, est celui de l'impuissance, de la division et de la paralysie, alors ne nous étonnons pas que les décisions soient prises sans nous", conclut-il.    Emission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
La guerre en Ukraine représente le sujet le plus brûlant pour les Européens, alors que le président américain Donald Trump a remis un coup d’accélérateur ces dernières semaines en proposant un plan de paix, prévoyant l’abandon de certains territoires ukrainiens à la Russie. Même remanié par les Européens, ce plan ne convient finalement à personne et les négociations avec Moscou patinent. Dans ce contexte, les Vingt-Sept s’interrogent sur la meilleure manière de refinancer une Ukraine au bord de la banqueroute. La présidente de la Commission européenne propose de garantir un "prêt" de 165 milliards d'euros à l’Ukraine en utilisant les avoirs russes, présents surtout en Belgique mais aussi un peu en France. Pas satisfaisant pour les Belges qui craignent de payer la facture tous seuls. L’autre solution consiste à un grand emprunt en commun sur les marchés pour aider Kiev, mais là, c’est la Hongrie de Viktor Orban qui met son véto. Réputé proche du Kremlin, le Premier ministre hongrois s’est d’ailleurs rendu à Moscou fin novembre pour négocier, avec le président russe Vladimir Poutine, la prolongation de son contrat pétrolier et gazier, se félicitant des prix très bas obtenus. Viktor Orban, qui va à l’encontre de la stratégie de l’Union européenne qui a trouvé un accord pour devenir indépendante de l’énergie en russe en 2027. Emission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
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