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Les voix des Amazones d'Avignon

Les voix des Amazones d'Avignon

Author: Les Amazones d'Avignon

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Description

Justice pour Gisèle, justice pour toutes !
Nous sommes les Amazones d’Avignon.
Des femmes en lutte, debout, organisées
Face au silence, à l’impunité, à la violence patriarcale…
Nous avons choisi la sororité l’action, la parole.
Pendant tout le procès Pelicot, nous étions là.
Présentes, solidaires, offensives
Ce combat nous a renforcées.
Les résistances auxquelles nous nous sommes heurtées nous ont prouvé que nous allions dans la bonne direction.
Ce podcast est notre récit.
Celui d’une mobilisation féministe, collective, acharnée...
23 Episodes
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Épisode 22 - Valérie

Épisode 22 - Valérie

2026-02-0647:08

« Ce que j’ai vu là-bas, c’était ma propre histoire : des hommes entre eux, complices, jouissant du corps d’une femme détruite. »Valérie, connue sous le nom de Valérie Tender, vit au Québec. Militante et artiste abolitionniste, elle s’engage depuis 2017 contre la prostitution et la pornographie. Survivante de la prostitution, elle relie son combat à sa propre histoire de violences sexuelles et d’exploitation. Son parcours l’a conduite à tisser des liens forts avec des militantes européennes, notamment les Amazones d’Avignon, qu’elle considère comme des sœurs de lutte.En 2024, elle entreprend une tournée de conférences en Europe, organisée avec des collectifs féministes. Hébergée par des femmes pour éviter les hôtels qui lui rappellent ses traumatismes, elle découvre l’existence du procès Pélicot et s’y rend à Avignon. Ce procès la bouleverse profondément : elle y voit le reflet exact de son vécu, notamment à travers Dominique Pélicot, qu’elle compare à son propre père, voyeur et abuseur. Elle dénonce la « culture pornoprostitutionnelle » dans laquelle ces crimes s’enracinent — un système où les hommes trouvent leur plaisir dans la destruction des femmes.Valérie parle d’une « homophilie masculine » qui unit les hommes dans la violence et la complicité. Selon elle, la pornographie fabrique des hommes déviants, nourrit la misogynie et sert de fondement à la prostitution.Elle raconte ensuite son histoire personnelle : son père, voyeur obsessionnel, l’a exposée à la pornographie dès l’enfance et est devenu plus tard son chauffeur lorsqu’elle était prostituée. Sa demande d’indemnisation a été rejetée par la justice québécoise, les faits étant antérieurs à la loi de 2021 qui reconnaît la prostitution comme une violence. Elle continue de se battre pour faire reconnaître ces crimes.Valérie évoque également sa rupture avec sa famille, notamment avec sa mère qui n’a jamais voulu reconnaître les violences subies. Bisexuelle, elle choisit aujourd’hui de ne plus fréquenter d’hommes, par fidélité à ses convictions et par instinct de survie.Pour elle, la sororité est une évidence : comprendre les femmes malgré leurs différences, se soutenir dans la douleur, éviter les divisions. Elle cite son amie Betty, emprisonnée au Maroc, comme modèle de courage et de solidarité féministe.Enfin, Valérie conclut sur une note d’espérance : elle croit en la force de chaque femme pour transformer le monde, en commençant par se reconnecter à son corps et à son esprit. Pour elle, la lutte féministe passe par la guérison, la lucidité et la solidarité entre femmes.
Épisode 21 - Émilie

Épisode 21 - Émilie

2026-01-3022:59

« C’était un geste de sororité, simple, silencieux, mais important. »Émilie, 44 ans, vit à Sète. Mère de deux enfants, elle travaille dans le domaine de la pédagogie. Avant le procès Pélicot, elle ne se considérait pas comme militante : son féminisme était individuel, centré sur sa propre expérience d’injustice. Son engagement collectif naît peu à peu, notamment grâce à sa rencontre avec les Amazones d’Avignon, avec lesquelles elle participe ponctuellement à des actions comme les collages ou les manifestations contre les violences faites aux femmes.Sa première expérience féministe forte remonte à un autre procès, celui d’un homme ayant violenté son ex-compagne, amie d’Émilie. Ce jour-là, elle découvre la violence symbolique et institutionnelle du système judiciaire, et comprend l’importance d’une présence féministe dans les tribunaux. C’est dans cette continuité qu’elle s’engage pour le procès Pélicot, qu’elle perçoit immédiatement comme un moment historique.Habitant loin d’Avignon, elle pense d’abord ne pas pouvoir s’y rendre. Mais un imprévu professionnel lui laisse quelques jours libres : elle prend alors un billet de train et se rend spontanément aux audiences, animée par une impulsion viscérale. Elle raconte l’émotion d’assister à l’audition de Gisèle Pélicot et la frustration d’avoir été expulsée du tribunal pour avoir simplement tenté de montrer un panneau de soutien. Pour elle, ce geste, même invisible, relevait d’un acte de sororité, d’un lien silencieux entre femmes.De retour à Sète, elle poursuit son engagement à distance : elle rejoint le groupe WhatsApp des Amazones pour suivre le procès au jour le jour et réalise seule un collage féministe sur une place de marché, resté plusieurs mois visible.Le procès la bouleverse profondément. Elle dit avoir ressenti du dégoût, de la honte, et surtout une perte de confiance durable envers les hommes. Mais elle en retire aussi une conscience aiguë des rapports de domination et de la nécessité de croire la parole des femmes. Pour elle, la sororité est le versant féminin de la solidarité : accueillir chaque femme telle qu’elle est, au-delà des différences, pour s’épauler et se croire mutuellement.Aujourd’hui, Émilie reste marquée par le procès, qu’elle décrit comme une épreuve mais aussi un tournant : une fin de naïveté et un début de lucidité. Elle dit avoir désormais « les bonnes lunettes » pour voir le patriarcat partout où il s’exerce, et elle espère que la honte a enfin commencé à changer de camp.
Épisode 20 - Vorst

Épisode 20 - Vorst

2026-01-2314:46

« Ma grand-mère m’a expliqué que ne rien faire, c’était choisir le camp des hommes. »Vorst est une jeune femme à peine majeure, étudiante et autrice, qui milite avec les Amazones d’Avignon depuis ses 16 ans. Elle raconte comment c’est sa grand-mère, elle-même militante féministe (sous le pseudonyme Alice), qui l’a initiée à ce combat. Au départ, Vorst ne s’intéressait pas au féminisme : elle pensait que « manifester dans la rue ne changeait rien ». Mais sa grand-mère l’a encouragée à s’engager, en lui expliquant que rester passive, c’était soutenir le camp adverse — celui des hommes. Peu à peu, Vorst comprend l’importance de s’impliquer et la force du collectif féminin.Trois générations de femmes militent ainsi ensemble : la grand-mère, la mère (plus discrète mais présente), et Vorst, qui représente la relève. Elle souligne combien cette transmission intergénérationnelle donne du sens à son engagement et relie les femmes entre elles.C’est sa grand-mère qui lui parle de l’affaire Pélicot : au début, Vorst ne comprend pas pourquoi elle devrait s’y intéresser, puis elle réalise que le combat dépasse les personnes ; il s’agit d’un symbole. À 17 ans, elle participe à sa première action devant le tribunal : une banderole sur les remparts et le haka féministe du premier jour du procès. Elle avoue avoir eu peur d’être arrêtée, mais l’énergie du groupe transforme sa crainte en adrénaline et en fierté : « Une fois que tu passes le point, c’est bon », dit-elle en comparant cette expérience à l’escalade qu’elle pratique à haut niveau.Vorst n’a pas pu suivre toutes les audiences, car elle passait le bac, mais elle a continué à se tenir informée. Elle pense aujourd’hui que leur mobilisation « n’a pas servi à rien », que la pression médiatique a eu un effet, même si tout n’a pas changé. Elle en garde de la satisfaction et une conscience nouvelle de la force collective des femmes.Elle réfléchit aussi à la notion de sororité, qu’elle définit encore avec hésitation : un groupe de femmes différentes mais solidaires, partageant des valeurs communes et se soutenant face à la domination masculine. Elle regrette que ses amies de son âge n’aient pas cette conscience féministe : « Elles s’en foutent, elles rentrent dans le jeu des mecs pour leur faire plaisir. »En conclusion, elle lance un appel à l’action aux jeunes femmes : « Faut se bouger le cul, les meufs ! » dit-elle avec humour et conviction, en exhortant à sortir du confort, à coller, à militer, à s’engager vraiment. Et elle reconnaît avec un sourire que, finalement, sa grand-mère « avait raison ».
Épisode 19 - Malou

Épisode 19 - Malou

2026-01-1639:08

« C’est entre femmes, dans la reconnaissance de nos réalités communes, qu’on pourra changer le monde. »Malou est une Franco-Suisse d’une quarantaine d’années. Formée au travail social, elle a longtemps milité avant de s’éloigner des mouvements collectifs, déçue par les rivalités et les enjeux d’ego. En Suisse, où le féminisme radical reste marginal, elle se sent isolée. C’est en découvrant Rebelles du genre, puis en entrant en contact avec les Amazones d’Avignon, qu’elle retrouve une communauté de lutte qui lui correspond. Le procès Pélicot devient alors pour elle l’occasion de renouer avec un militantisme collectif, concret et incarné.Malou retrace son parcours de prise de conscience : jeune, elle se disait féministe tout en intégrant des biais misogynes. Avec le temps, elle comprend l’ampleur de la colonisation masculine des esprits, notamment par le monothéisme, la pornographie et la prostitution. Elle dénonce le transactivisme qu’elle perçoit comme une attaque directe contre la réalité des femmes et la matérialité du corps féminin, et revendique un féminisme radical centré sur la lutte contre l’effacement des femmes.Lors du procès Pélicot, Malou se rend à Avignon à plusieurs reprises pour soutenir Gisèle. Elle raconte avec colère le choc d’avoir vu les violeurs en liberté, riant et fumant devant le tribunal, et dénonce une justice indifférente voire complice. Son indignation s’accroît face à la brutalité des avocats, aux propos misogynes tenus à l’audience et à l’absence de protection pour la victime. Elle exprime son dégoût devant la fresque du tribunal, peinte par des agresseurs, qu’elle considère comme une insulte aux femmes.Mais au cœur de cette épreuve, Malou découvre une sororité puissante : un collectif de femmes solidaires, courageuses, capables d’agir sans peur. Elle dit avoir retrouvé grâce aux Amazones une légitimité, une énergie et un sentiment d’appartenance qu’elle croyait perdus. Cette expérience lui redonne confiance dans le militantisme de groupe et dans la force créatrice des femmes.Elle conclut en appelant les femmes à se libérer de la validation masculine, à se soutenir entre elles malgré leurs différences, et à reconnaître leur puissance collective. Pour elle, la sororité est la voie d’un monde plus juste : « c’est entre femmes, dans la reconnaissance de nos réalités communes, qu’on pourra changer le monde. »
Épisode 18 - Rim

Épisode 18 - Rim

2026-01-0925:23

« La sororité, c’est tendre la main plutôt que fermer les yeux sur la douleur d’une femme. »Rim a 50 ans, née à Avignon, et c’est grâce à Maëva qu’elle a découvert le féminisme. Avant cette rencontre, elle croyait avoir compris l’essentiel : l’égalité était pour elle une question d’éducation, de permis de conduire, de travail, comme si le combat avait déjà été gagné par les générations précédentes et qu’il suffisait d’attendre patiemment que les choses s’améliorent. Mais au contact de Maëva, elle réalise qu’elle n’avait en réalité qu’effleuré la surface.Sa première action militante se déroule presque par hasard : Maëva lui propose de venir tenir une échelle lors d’une pose de banderole devant le palais de justice. Ce geste modeste se révèle pour elle une révélation. Elle découvre l’énergie tranquille, la cohésion et la détermination des Amazones, et comprend que même un petit acte contribue à quelque chose de grand. Quand elle voit le sourire de Gisèle Pélicot à la vue d’une banderole, elle mesure le sens profond de son engagement : « on a fait quelque chose d’utile ».Rim participe ensuite à des collages, à une matinée d’audience et à diverses actions collectives. Elle raconte l’ambiance joyeuse des collages en hommage à une Iranienne disparue, le sentiment d’appartenir à une ruche d’abeilles construisant ensemble, et la force des rencontres avec des féministes venues de toute l’Europe, notamment d’Espagne.Le procès bouleverse son regard sur le monde. Elle se rend compte qu’elle avait longtemps banalisé les faits divers, pensant ne rien pouvoir y faire. Avec les Amazones, elle apprend que chaque voix compte, que les femmes peuvent occuper l’espace public et agir. Elle décrit un mélange d’amertume et de fierté après le verdict : colère face aux plaidoiries sexistes et aux verdicts insuffisants, mais joie d’avoir porté une voix collective et d’avoir dit « écoutez-nous ».Cette expérience transforme sa vie quotidienne : elle regarde désormais différemment les pièces de théâtre, les affiches, les discours médiatiques, et repère les injustices sexistes qu’elle ne voyait pas avant. Elle transmet ce qu’elle a appris à ses enfants, à ses amies, et même à sa mère de 80 ans, qu’elle a finalement réussi à intéresser et à entraîner avec elle.Pour Rim, la sororité signifie tendre la main, refuser la compétition entre femmes et déconstruire la haine qu’on leur a inculquée dès l’enfance. Elle parle d’un basculement intérieur : au lieu de rivaliser ou de s’ignorer, apprendre à s’aimer et à se soutenir. Ce procès lui a donné la conviction que rien n’est perdu, qu’il n’est jamais trop tard, et que chaque femme, à tout âge, peut contribuer à changer la donne.
Épisode 17 - Nadia

Épisode 17 - Nadia

2026-01-0224:20

« Dans le tribunal, personne ne rappelait la loi abolitionniste : c’était comme si elle n’existait pas. »Nadia, originaire de Marseille, est une militante féministe engagée depuis plusieurs années. Elle a créé et animé pendant longtemps une émission de radio intitulée « La Révolution sera féministe », diffusée sur Radio Galère, où elle abordait l’actualité, les luttes et les analyses féministes. Son engagement est né d’une profonde déception vis-à-vis d’Amnesty International, dont elle a quitté le mouvement après avoir découvert sa position pro-prostitution. Nadia s’y est opposée fermement, estimant que cette position trahissait les droits des femmes et légitimait la domination masculine.Son féminisme est universaliste et abolitionniste, fondé sur l’idée que la prostitution, le voile ou la pornographie sont des piliers du patriarcat. Elle se revendique du féminisme historique radical, opposé au féminisme libéral qui réduit la liberté des femmes à des choix individuels. Elle explique que sa prise de conscience s’est aussi nourrie de son expérience personnelle de violences masculines, dont elle parle pour la première fois dans ce témoignage.C’est par les Amazones d’Avignon qu’elle entend parler du procès Pélicot. Elle rejoint le collectif malgré un profond burn-out, convaincue qu’elle ne pouvait pas rester à l’écart d’un moment historique. Elle participe à plusieurs actions militantes : veilles au tribunal, collages, haka féministe, manifestations du 25 novembre et même actions spectaculaires comme la banderole « 20 ans pour chacun » sur les remparts d’Avignon.Lorsqu’elle assiste aux audiences, Nadia est frappée par la culture du viol omniprésente dans la salle d’audience. Elle s’indigne d’entendre les violeurs se présenter comme des « clients » de la prostitution et de voir juges et experts psychiatres banaliser l’achat du corps des femmes, sans jamais rappeler la loi abolitionniste. Pour elle, cette absence de parole féministe dans la justice est une complicité active avec le patriarcat.Elle prend la parole dans les médias, malgré la peur, pour dénoncer le lien entre pornographie, prostitution et viols, mais constate que la presse filtre ou ignore ce discours. Nadia considère pourtant que ce procès a marqué un tournant : il a rendu visible la violence masculine et a soudé les militantes autour d’une sororité réelle, joyeuse et puissante.Enfin, elle évoque l’importance de reconnaître la contrainte économique dans la définition du viol, afin que la prostitution soit légalement reconnue comme un « viol tarifé ». Nadia conclut sur une note d’espoir : malgré la fatigue et le silence imposé aux féministes radicales, elle croit au pouvoir transformateur de la sororité et à la nécessité de continuer à nommer les choses pour changer le monde.
Épisode 16 - Pascale

Épisode 16 - Pascale

2025-12-2643:47

« On a vu la culture du viol dans toute sa splendeur, jusque dans la salle d’audience. »Pascale, féministe depuis la fin des années 1970, a d’abord milité dans les « groupes femmes » issus de Mai 68, où se mêlaient politique et intime. Elle se souvient d’une époque où le féminisme était marginal et souvent perçu comme une insulte. Après plusieurs années de retrait, elle découvre les collages féministes à Avignon et décide de rejoindre les Amazones, séduite par leur énergie militante. Sa première action est celle du Ventoux, où les militantes inscrivent les noms des femmes tuées par féminicide.Lors du procès Pélicot, Pascale s’investit pleinement : elle participe à la création du haka féministe, une action à la fois physique et symbolique pour soutenir Gisèle et dénoncer la violence masculine. Elle prend part aussi aux collages thématiques autour du tribunal, notamment celui portant la phrase de Gisèle : « Depuis que je suis arrivée dans cette salle d’audience, je me sens humiliée », qui deviendra emblématique. Pascale s’implique également dans les banderoles contre le huis clos, dénonçant la censure imposée par le tribunal et revendiquant la transparence.Présente presque chaque jour au tribunal, elle observe la culture du viol à l’œuvre : mépris du public féminin, infantilisation, discriminations jusque dans la salle de retransmission où les « féministes » étaient limitées en nombre. Pascale s’indigne du traitement des femmes au procès, y compris des compagnes et mères des accusés, souvent sommées de détailler leur vie sexuelle devant des centaines de journalistes.Marquée par la répétition glaçante des témoignages masculins niant les viols, elle dénonce une justice patriarcale où la honte n’a pas encore complètement changé de camp. Pourtant, elle retient de cette épreuve une immense sororité : une force collective, des liens indestructibles entre militantes, et la conviction que leur présence a fait bouger les lignes.Aujourd’hui, Pascale garde le souvenir d’un moment éprouvant mais fondateur, une expérience qui a ravivé sa colère, confirmé sa détermination féministe, et renforcé sa foi dans la puissance des femmes unies.
Épisode 15 - Ketty

Épisode 15 - Ketty

2025-12-1933:12

« Je suis féministe radicale, misandre et abolitionniste des hommes. »Ketty a 30 ans et revendique avec fierté son âge et son identité. Elle se décrit comme une femme créative et sensible, passionnée par les mots, les langues, les arts et les couleurs. Elle refuse la modestie qu’elle considère comme une injonction bourgeoise, et affirme au contraire l’importance de prendre sa place, de se dire immense, comme toutes les femmes devraient le faire.Avant même le procès Pélicot, Ketty se définissait déjà comme féministe radicale, misandre et abolitionniste des hommes. Elle raconte avoir appris l’affaire par son amie et thérapeute, Stéphanie. À l’annonce des faits, son premier réflexe a été physique : le dégoût, l’envie de vomir. Trop violent pour elle, au point de provoquer une dissociation, une « disjonction », comme elle dit, un mécanisme de protection pour tenir face à l’horreur.Pourtant, elle choisit de participer. Elle fabrique de grandes pancartes, colle des affiches malgré son malaise face aux journalistes, et surtout, lit publiquement un texte très personnel sur une agression qu’elle a subie. Elle dit vouloir « cracher » son dégoût sans fard, sans enrober de poésie la douleur, mais au contraire nommer les choses comme elles sont, crues, brutales, indigestes. Pour elle, c’est une manière de reprendre le pouvoir.Ketty garde un souvenir marquant de l’action du 25 novembre, quand les femmes se sont réunies en cercle devant le tribunal. Ce moment de sororité, où chacune pouvait parler ou lire un texte, a été pour elle une expérience puissante : se tourner vers les femmes plutôt que vers les journalistes, parler entre elles, se savoir reliées comme une « armée de femmes » soudées.Sa vision de la sororité est singulière et poétique. Pour elle, c’est à la fois l’amour inné, la reconnaissance mutuelle, la capacité à se voir enfin telles que nous sommes, derrière les traumatismes et les masques imposés par le patriarcat. C’est aussi un mouvement physique : grandir, s’élargir, prendre de la place, jusque dans son corps. Elle raconte ainsi comment, depuis qu’elle s’est éloignée des hommes, son corps lui-même s’est transformé : plus grand, plus fort, plus libre.Ketty reconnaît avoir ressenti la peur lors de ces actions, mais elle y a trouvé aussi du courage. Elle insiste sur l’importance de transformer la peur en mouvement, de la dépasser pour agir, même par de petits gestes quotidiens : dire « ta gueule » à un homme, faire un bruit incongru, rire fort. Autant de façons de réapprendre la liberté et de reconquérir l’espace.Aujourd’hui, elle rêve de créer des camps entre femmes, des espaces à elles seules, loin des hommes, où la peur serait remplacée par le plaisir, la joie et la solidarité. Et son message final résonne comme une provocation assumée : « Écoutez les femmes, fermez vos gueules, dites pardon, rendez l’argent et allez crever loin de nous. »
Épisode 14 - Rebecca

Épisode 14 - Rebecca

2025-12-1232:06

« En groupe, on est fortes, en groupe, on a des idées, en groupe, on se sent protégées. »Rebecca, 55 ans, travaille comme accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH), un métier mal payé et très féminisé. Mère célibataire d’une fille de 17 ans, elle raconte un parcours marqué par la précarité et les violences sexistes. Son engagement féministe remonte à la naissance de sa fille, mais trouve un véritable ancrage lorsqu’elle rejoint les Amazones d’Avignon. Elle y découvre enfin un collectif qui partage ses valeurs et agit concrètement contre le patriarcat.Ses prises de conscience remontent plus loin : à 24 ans, lors de sa première expérience professionnelle, elle a subi un harcèlement sexuel intense de la part d’un supérieur. À l’époque, ce délit n’existait pas encore dans la loi, et elle n’a reçu aucun soutien, ni de sa responsable ni de sa mère. Cette expérience, qu’elle qualifie d’« enfer », a durablement marqué son rapport au travail et à la confiance envers les hommes.Quand elle entend parler de l’affaire Pélicot par les Amazones, elle décide de s’engager activement : prises de notes à l’audience, comptes rendus, collages, actions symboliques comme la pose de banderoles sur les remparts. Le procès la bouleverse profondément : elle y découvre une violence masculine systémique, une haine partagée, une misogynie si ordinaire qu’elle en devient terrifiante. En visionnant une des vidéos des viols, elle dit avoir ressenti « une infinie tristesse », la vision d’une femme « réduite à un corps ».Rebecca analyse cette violence comme un rite viril collectif, une homophilie d’hommes cherchant à s’affirmer entre eux en détruisant une femme. Elle dénonce aussi l’inaction et l’hypocrisie du système judiciaire français, qui maltraite les victimes et banalise les violences sexuelles.Dans le collectif, Rebecca découvre la sororité — une solidarité bienveillante entre femmes qui lui redonne confiance et lui permet de se projeter autrement. Ce soutien l’a aidée à envisager une reconversion comme monitrice-éducatrice, avec un véritable statut. Elle dit que cette expérience lui a redonné « la conscience de sa valeur » et la force de se relever.Son féminisme s’enracine aussi dans la transmission : elle veut que sa fille puisse vivre dans un monde plus juste, même si elle reste pessimiste. Elle constate la violence croissante que subissent les jeunes filles, notamment sur les réseaux sociaux, et redoute que la génération suivante ne soit pas plus libre que la sienne. Mais malgré tout, elle garde l’espoir que la prise de conscience soit une arme — la première étape vers la liberté.
Épisode 13 - Maëva

Épisode 13 - Maëva

2025-12-0538:26

« J’espère que chaque femme puisse avoir une sœur pour la soutenir dans n’importe quelle situation. »Maëva, 26 ans, travaille dans le tourisme après des études de travail social. Elle dit avoir été d’abord une féministe “libérale”, marquée par une colère accumulée envers les injustices et les violences vécues. Cette colère la conduit à rejoindre les Amazones d’Avignon, où elle découvre la force de la sororité et une forme d’engagement collectif qui transforme sa colère en énergie d’action.Son évolution politique s’affirme : elle comprend que la neutralité face à la prostitution ou à la violence masculine revient à maintenir l’ordre patriarcal. Le féminisme devient pour elle une manière de dire « je ne suis pas d’accord, et je veux que ça change ».Maëva se souvient avoir entendu parler de l’affaire Pélicot dès le lycée, à Carpentras, tout près de Mazan. Cette proximité géographique rend le scandale encore plus choquant : elle et ses amies se sentent directement concernées. Lors du procès, elle s’engage activement avec les Amazones : préparation de banderoles, collages, présence devant le tribunal, participation à des interviews et soutien entre femmes. Elle insiste sur la solidarité concrète du groupe, où chacune agit selon ses forces, sans hiérarchie ni jugement.Le procès la marque profondément. La confrontation avec des violeurs dans l’espace du tribunal crée un sentiment d’insécurité et de traumatisme durable. Depuis, elle se méfie des hommes, préfère rester seule et évite les médias pour se préserver. Mais elle garde la conviction que le positif l’emporte : les liens créés entre femmes, en France et à l’étranger, constituent pour elle un socle de résistance et d’espoir.Maëva parle d’un chemin féministe et sororal qui libère : « la sororité, c’est l’avenir et la révolution des femmes ». Elle rêve d’un monde où chaque femme aurait une sœur de cœur pour la soutenir, et où les expériences douloureuses se transforment en force collective.
Épisode 12 - Aurore

Épisode 12 - Aurore

2025-11-2801:28:28

« La violence masculine n’est jamais un dérapage, c’est un choix conscient. »Aurore, enseignante, militante féministe et étudiante en master sur les violences sexuelles, est cofondatrice d’une maison d’édition féministe. Issue d’une double culture provençale et espagnole, elle décrit son engagement féministe, notamment avec les Amazones d’Avignon.À l’annonce de l’affaire Pélicot, elle ressent dégoût et sidération face à l’ampleur de la violence. Ce qui est le plus significatif, selon elle, c’est que ces agresseurs sont des hommes ordinaires — des voisins, des collègues, des pères de famille — et que leur proximité transforme toutes les femmes en cibles potentielles.Aurore affirme que Dominique Pélicot a prostitué son épouse, même sans échange d’argent, en tirant un bénéfice de pouvoir et de domination. Pour elle, la pornographie et la prostitution institutionnalisent la violence masculine, et la jouissance des violeurs n’est pas sexuelle, mais fondée sur la soumission et la destruction des femmes.Elle décrit le “pacte fraternel” entre hommes, visible pendant le procès, où agresseurs et complices se soutiennent et où la justice les protège encore. Voir ces hommes fiers et non repentis, masqués face aux militantes féministes, fut une expérience bouleversante.Aurore s’est investie dans toutes les actions du collectif : présence au Tribunal, veille, collages, manifestations, coordination avec les militantes espagnoles. Elle dénonce les verdicts beaucoup trop faibles et une justice incapable de reconnaître la gravité des crimes.Le procès l’a renforcée politiquement : elle y a vu la preuve que la violence masculine est systémique et que seule une analyse féministe permet de la comprendre. Elle regrette un traitement médiatique souvent biaisé, coupant ou détournant les propos féministes, et rappelle que “ce qui est extrême, ce n’est pas le féminisme, c’est la violence masculine”.Aurore revient enfin sur son parcours : héritière d’une culture anarchiste et humaniste, elle est devenue féministe radicale et abolitionniste. Elle rejette le “féminisme libéral”, qui nie les rapports de domination, et rappelle qu’aucune femme ne “choisit” librement la prostitution ou la GPA.Pour elle, la sororité est un lien profond et politique entre femmes, forgé dans la conscience partagée de la violence patriarcale. Le procès a consolidé ce lien et confirmé une conviction essentielle : les hommes savent très bien ce qu’ils font, et la lutte féministe ne doit jamais s’arrêter.
Épisode 11 - Isabelle

Épisode 11 - Isabelle

2025-11-2149:51

« La sororité, ce n’est pas un label, ce sont des actes. »Isabelle a 64 ans, retraitée de l’Éducation nationale et mère de deux filles. Elle fait partie des Amazones d’Avignon depuis leur création et revendique avec fierté ce rôle de fondatrice. Longtemps, elle a cru que les combats menés par les générations de femmes avant elle avaient permis des acquis solides. Mais des événements concrets, comme l’agression de ses filles adolescentes dans la rue par un groupe d’hommes, lui ont rappelé à quel point rien n’était gagné et qu’il fallait continuer à se battre. C’est cette prise de conscience qui l’a poussée à s’engager davantage.Lorsqu’elle découvre l’affaire Pélicot par la presse locale, elle est saisie de stupeur : l’ampleur des violences lui paraît d’abord inimaginable. Au fil des semaines, à mesure que le nombre d’accusés augmente, son sentiment de dégoût et de colère ne fait que croître. Quand le procès s’ouvre, elle participe dès la première manifestation organisée par les Amazones. Elle se souvient alors s’être dit qu’elle était à sa place, au bon endroit, même si le groupe s’est retrouvé bien seul sur la place publique.Isabelle raconte aussi les tensions avec certaines associations féministes locales qui ont tenté d’invisibiliser les Amazones, leur refusant la parole lors de rassemblements ou s’appropriant leurs collages et banderoles sans les nommer. Elle juge cette attitude d’autant plus blessante qu’elles ont été présentes sans relâche, jour après jour.Tout au long du procès, Isabelle participe aux actions : collages face au tribunal, banderoles sur les remparts, interviews avec la presse. Elle insiste sur l’importance de rendre visible leur présence, à la fois pour soutenir Gisèle Pélicot et pour interpeller avocats et journalistes. Elle garde aussi en mémoire les humiliations subies : devoir partager les couloirs, les escaliers, voire les toilettes avec les violeurs en liberté, sans aucune séparation prévue par l’organisation judiciaire. Une situation qu’elle juge irrespectueuse et insupportable pour les femmes venues soutenir la victime.La sororité, pour Isabelle, a pris un sens nouveau au cours de cette épreuve. Au départ, ce mot restait pour elle une abstraction, proche de « fraternité ». Mais au fil des mois, elle a ressenti dans son corps ce qu’il signifiait : la solidarité indéfectible entre les Amazones, mais aussi avec les féministes espagnoles venues en nombre à Avignon. Elle a découvert une sororité qui dépasse les frontières et qui rend les femmes capables de « grandes et belles choses » quand elles s’unissent.Avec le recul, Isabelle dit que la question de « tenir » ne se posait pas. Pour elle, il était évident de rester jusqu’au bout, de ne pas lâcher Gisèle Pélicot et de montrer que jamais une femme victime d’une telle horreur ne serait laissée seule. Elle garde de ce procès une colère intacte contre l’injustice, mais aussi une détermination renforcée à poursuivre la lutte, à soutenir et accompagner toutes les femmes qui en ont besoin.
Épisode 10 - Sarah

Épisode 10 - Sarah

2025-11-1427:29

« Le féminisme est devenu pour moi une force d’émancipation dans tous les aspects de ma vie. »Sarah a 49 ans et vit à Toulouse. Militante féministe depuis deux ans seulement, elle raconte que son engagement a pris racine à Avignon, grâce aux Amazones. C’est en assistant à une intervention animée par Blandine et Valentine qu’elle a découvert les mots du féminisme radical. Elle a immédiatement reconnu dans ce discours ce qu’elle vivait intimement sans parvenir à le formuler. Rejoindre les Amazones a été pour elle une révélation : elle y a trouvé un espace de sororité sécurisant, un lieu où mettre des mots sur son vécu, qui lui a donné confiance et l’a aidée à s’épanouir dans de nombreux domaines de sa vie.Maman solo, ayant élevé son fils seule depuis ses six ans, Sarah confie que le féminisme l’a aidée à valoriser cette expérience et à se sentir légitime. Longtemps, la société lui a renvoyé l’image qu’une femme seule avec son enfant était « incomplète » sans homme, ou que son fils avait forcément besoin d’un père. Le féminisme lui a permis de déconstruire ces injonctions et de revendiquer fièrement son parcours.Elle découvre l’affaire Pélicot en écoutant par hasard un podcast où Caroline Darian raconte son histoire. Elle se souvient avoir été sidérée en réalisant qu’il s’agissait de ce procès. Pour elle, il n’était pas possible de rester à distance. Malgré son déménagement à Toulouse, elle a tenu à venir à Avignon au début du procès, vivant une journée d’audience marquée par la sidération : voir les violeurs libres, sûrs de leur impunité, déambuler dans les cafés voisins du tribunal. Elle se souvient aussi de la dureté des témoignages entendus à l’audience, éprouvants mais nécessaires à partager.Même à distance, Sarah a continué de suivre le procès grâce aux Amazones et au groupe WhatsApp, organisant aussi à Toulouse des soirées de collage pour relayer la lutte. Elle regrette d’ailleurs qu’il n’y ait pas eu plus de mobilisations féministes ailleurs en France, estimant que ce procès aurait dû faire descendre les femmes dans les rues bien au-delà d’Avignon.Elle insiste beaucoup sur la sororité, qu’elle définit comme un respect mutuel entre femmes, fait de non-jugement et de reconnaissance des différences de chacune. Pour elle, la sororité, ce n’est pas « tout accepter », mais trouver un équilibre collectif où chacune peut agir à partir de ses propres limites, dans la solidarité.Sarah garde une grande fierté d’avoir appartenu à ce mouvement collectif. Pour elle, le procès Pélicot a démontré la nécessité absolue de l’action collective des femmes. C’est en formant un bloc uni que les Amazones ont réussi à se rendre visibles, à faire pression et à donner de la force à Gisèle.Enfin, ce procès a été une étape décisive dans son cheminement personnel. Le féminisme lui a permis d’assumer sa monoparentalité, mais aussi de se projeter professionnellement. Elle a pris confiance en elle au point de se lancer dans un projet de thèse sur le sport féminin et les stratégies marketing, convaincue que le sport est un terrain essentiel d’égalité entre femmes et hommes. Pour elle, le féminisme agit comme un révélateur de talents et une force d’émancipation dans tous les aspects de la vie.
Épisode 9 - Fanny

Épisode 9 - Fanny

2025-11-0701:01:01

« On ne peut pas attendre que la société change, il faut la faire bouger ensemble. »Fanny a 49 ans. Voyageuse et formatrice indépendante, elle se définit comme écologiste et féministe, animée par une quête de justice et de sens. Longtemps, elle s’est sentie peu légitime à militer pleinement, pensant qu’il fallait avoir vécu des violences plus graves pour « mériter » sa place dans le féminisme. Pourtant, le mouvement #MeToo et sa rencontre avec des militantes d’Osez le Féminisme l’ont bouleversée et poussée à franchir le pas. Elle rejoint alors les Amazones d’Avignon, deux ans avant le procès Pélicot.C’est en écoutant à la radio ou dans un podcast le récit de Caroline qu’elle entend parler pour la première fois de cette affaire. Le choc est immense : une tristesse profonde, une onde qui remonte jusqu’à ses propres souvenirs de situations dangereuses. À partir de là, elle choisit de s’impliquer sans réserve.Durant le procès, Fanny prend part à de nombreuses actions. Elle prépare et réalise un haka féministe, colle des affiches, installe des banderoles, manifeste régulièrement et accueille les délégations venues d’Espagne, d’abord en petit groupe puis avec près de deux cents femmes. Elle participe à une dizaine de soirées de collage et multiplie les discussions autour d’elle : avec des voisins, des amis, des clients, provoquant parfois de fortes émotions et ouvrant des prises de conscience.Elle raconte cette traversée comme une expérience à la fois éprouvante et exaltante. Dans la salle d’audience, la misogynie crue et le déni de justice la bouleversent. Dehors, les divisions entre associations féministes locales, qui accusent les Amazones d’extrémisme, ajoutent des blessures. Mais au cœur de cette épreuve, elle a découvert la force de la sororité : cette énergie joyeuse et déterminée, capable de soulever des montagnes, même quand la fatigue et la douleur tentaient de l’affaiblir.Fanny garde un souvenir marquant du lien noué avec les féministes espagnoles, mais aussi de cette rage intacte face aux institutions françaises. Pour elle, le procès Pélicot a révélé une évidence : la justice française n’a rien de juste, elle victimise deux fois les femmes, et elle protège encore trop souvent les violeurs.Aujourd’hui, Fanny en sort renforcée, avec la conviction que la lutte doit se poursuivre sans relâche. Elle veut continuer à nommer les violeurs comme tels, à dénoncer la prostitution et la pornographie comme des violences systémiques, et à inventer avec ses sœurs Amazones de nouvelles manières d’agir. Sa conclusion est claire : on ne peut pas attendre que la société change, il faut la faire bouger, ensemble, dans la colère et la sororité.#sororite #féminisme #justice
« Être féministe, c’est transformer l’impuissance et la colère en énergie constructive. »Raphaëlle a 73 ans et vient de Vendée. Féministe de longue date, elle a participé dans les années 1980 à la création d’une association lesbienne féministe à Nanates à l’espace Simone de Beauvoir, qui existe toujours. Elle raconte combien, à l’époque, il fallait déjà affirmer haut et fort son lesbianisme, alors même que ce n’était pas évident. Pour elle, être féministe, c’est transformer l’impuissance et la colère quotidiennes face à la domination patriarcale en une énergie constructive. Elle revendique d’ailleurs sa chance d’être lesbienne, qu’elle considère comme une force et une liberté.Son féminisme est abolitionniste et radical : elle rejette sans compromis la prostitution, la pornographie et la GPA, qu’elle considère comme des violences patriarcales légitimées par un libéralisme destructeur. Elle s’inquiète aussi de ce qu’elle appelle une « perversion du langage » : certains slogans historiques des luttes féministes sont, selon elle, récupérés et déformés par des courants post-féministes ou queer, qui invisibilisent le combat des femmes.Elle découvre l’affaire Pélicot par la presse, au moment du procès. L’horreur des faits l’a bouleversée : honte, pitié, mais aussi admiration devant le courage de Gisèle Pélicot, qui a incarné à ses yeux le renversement de la honte, une véritable restitution de la dignité des femmes.Venue à Avignon pour rendre visite à une amie, elle s’est tout de suite rapprochée des Amazones. Elle se souvient avoir assisté à des interviews où elle a entendu des paroles limpides, justes, qui l’ont soulagée et lui ont donné le sentiment de trouver sa place. Rapidement, elle s’est jointe aux collages et aux actions, restant un mois et demi jusqu’au verdict. Pour elle, ce fut un cadeau : la découverte d’un collectif actif, vivant, auquel elle s’est sentie reliée comme par un « cordon ombilical ».Le procès reste pour elle un moment fort, un moment d’histoire, où elle a ressenti une véritable communion entre toutes les femmes présentes. Elle évoque des gestes simples mais puissants de sororité, comme prendre une inconnue en larmes dans ses bras et sentir, à travers cet échange, une solidarité indestructible.Mais elle garde aussi une immense colère contre la justice patriarcale et ses dérives : avocats sexistes, service d’ordre humiliant les femmes, verdicts au rabais. Elle reste marquée par le contraste entre l’ampleur des crimes et la relative clémence des peines, qui lui laissent un goût amer.Aujourd’hui, elle en tire une certitude : seule la lutte collective sauvera les femmes. Trouver des féministes avec qui l’on partage un combat clair, rester unies face aux vents contraires, voilà ce qui compte. Car pour Raphaëlle, qu’il s’agisse du patriarcat traditionnel ou des nouvelles formes de misogynie masquées sous des habits prétendument progressistes, il faut continuer à se battre, ensemble.
Épisode 7 - Valentine

Épisode 7 - Valentine

2025-10-2435:23

« Aller au tribunal, c’était aller au feu. »Valentine se présente comme une femme libre, féministe et résistante, marquée depuis toujours par le rejet de l’injustice. Son engagement féministe s’est affirmé il y a cinq ans, à la suite du mouvement MeToo. Déçue par le manque de changement, elle a trouvé dans les collages féministes d’Avignon une voie d’action concrète et a rejoint les Amazones.Lorsqu’elle découvre l’affaire Pélicot, elle est d’abord horrifiée, puis profondément en colère. Ce qui la choque le plus, c’est l’ampleur du système : un mari droguant sa femme, des centaines de violeurs autour, et une soumission chimique organisée à domicile. Elle comprend que ces violences ne sont pas des faits isolés mais le produit d’une culture patriarcale enracinée.Pendant le procès, Valentine s’implique sur tous les fronts : collages, banderoles, soutien à Gisèle Pélicot, accueil des femmes venues témoigner et accompagnement de deux ex-compagnes de violeurs. Elle se souvient du climat oppressant du tribunal, où les violeurs circulaient librement, parfois au contact des militantes, et de la bataille menée pour obtenir ne serait-ce que des toilettes non mixtes.Valentine décrit le procès comme une tempête : un mélange de colère, de solidarité et de courage collectif. Elle souligne la force de la sororité née entre les militantes — une énergie vitale, politique et protectrice qui leur a permis de tenir. Pour elle, c’est cette union des femmes qui a donné au procès sa portée médiatique et symbolique. Sans les Amazones, dit-elle, la levée du huis clos et la visibilité du procès n’auraient jamais eu lieu.Elle reste très critique envers la justice patriarcale et le traitement médiatique, jugé sensationnaliste et incapable d’aborder les causes systémiques — pornographie, culture du viol, complicité institutionnelle. Les peines dérisoires prononcées l’ont révoltée.Mais Valentine retient surtout la puissance collective de leur action : “Si nous avons pu faire cela à si peu, imaginez ce que toutes les femmes du monde peuvent faire ensemble.” Pour elle, la sororité est la clé : la seule force capable de renverser le patriarcat. “Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes largement assez nombreuses pour tout faire basculer.”
Épisode 6 - Anissia

Épisode 6 - Anissia

2025-10-1701:17:26

« Être à la hauteur du courage de Gisèle Pélicot, c’était notre devoir. »Anissia a 32 ans. Juriste de formation et de profession, elle est féministe radicale et engagée depuis plusieurs années dans les luttes contre les violences sexistes et sexuelles. Elle a commencé son militantisme par des actions coups de poing dès 2017, notamment contre les féminicides, puis contre la prostitution et la pornographie. Avec les Amazones de Paris, elle a participé à de nombreuses actions de collage et d’interventions publiques. Elle est particulièrement fière d’une action menée contre les pornocrates « Jacquie et Michel », où, avec humour et force visuelle, les militantes ont dénoncé l’impunité de cette industrie criminelle.C’est en 2020 qu’elle entend parler pour la première fois de l’affaire Pélicot. L’horreur de cette histoire, le modus operandi, la soumission chimique, tout cela lui paraît inimaginable. Lorsque le procès s’ouvre en 2024, elle rejoint les Amazones d’Avignon pour y participer activement. Elle arrive la veille de l’ouverture et prend part immédiatement aux actions : collages autour du tribunal, banderoles géantes sur les remparts, haka féministe, manifestations avec pancartes et fumigènes. Elle raconte la puissance de ces moments où les militantes ont occupé l’espace public pour soutenir Gisèle Pélicot et dénoncer l’impunité des violeurs.Très marquée par le courage de Gisèle qui a demandé la levée du huis clos, Anissia insiste sur le devoir d’être à la hauteur de ce geste. Elle explique combien il était insoutenable d’assister aux récits de violences lors des audiences, à tel point qu’elle-même n’a pas pu supporter d’y rester longtemps. Mais elle admire profondément la détermination des Amazones d’Avignon qui ont tenu jour après jour, malgré l’épreuve.Elle garde aussi le souvenir de moments très forts, comme la confrontation avec les accusés libres dans le palais de justice, l’action d’accueil des criminels à leur sortie, ou encore les rencontres avec les familles de certains violeurs, révélant la profondeur des complicités et des silences. Elle dénonce l’impunité institutionnelle qui traverse toutes les étapes : médecins, justice, police, entourage.Pour Anissia, ce procès a montré l’ampleur du phénomène de la soumission chimique et la banalisation des violences sexuelles. Elle rappelle que derrière cette affaire, il y a aussi des sites de prédation comme Coco.fr et même des groupes de dizaines de milliers d’hommes partageant conseils et images de viols.Elle souligne enfin l’importance de la sororité vécue dans cette lutte : l’humour partagé, les slogans créatifs, la force collective qui permet de transformer la colère en énergie militante. Elle considère qu’Avignon est devenue, durant le procès, « la capitale du féminisme », tant la mobilisation a été forte, visible et relayée à l’international.
Épisode 5 - Alektô

Épisode 5 - Alektô

2025-10-1027:50

« Féministe j’étais, féministe je suis et féministe je resterai. »Alekto a 70 ans. Elle se définit aujourd’hui comme une femme féministe radicale et membre des Amazones d’Avignon depuis trois ans. Mais avant cela, sa vie a été marquée par des recherches, des tâtonnements et des épreuves. Elle a étudié le droit, travaillé comme secrétaire, puis repris des études de psychologie qu’elle a exercée en libéral, sans jamais trouver de véritable stabilité professionnelle. Elle explique combien son apparence — une ascendance africaine visible dans ses traits et ses cheveux — a influencé son parcours, sans qu’elle en ait conscience au départ.Longtemps, son féminisme est resté intérieur, jamais exprimé publiquement. Mariée à un homme violent, elle savait qu’elle n’avait aucun intérêt à « la ramener ». Après son divorce, elle connaît une période de « demi-sommeil », puis décide, en s’installant à Avignon, de rejoindre un groupe féministe. C’est ainsi qu’elle entre chez Osez le féminisme Vaucluse, puis qu’elle rejoint les Amazones.Lorsqu’elle apprend, par Blandine, l’histoire de Gisèle Pélicot et le procès à venir, c’est pour elle un choc violent, comme une chute d’ascenseur. Elle choisit alors de s’engager pleinement, malgré ses problèmes de santé qui l’empêchent de tenir longtemps debout à l’audience. Si elle ne peut être présente dans le tribunal, elle participe sans relâche aux actions : collages, banderoles sur les remparts, interventions médiatiques. Elle estime n’avoir manqué qu’un seul collage, sur plus d’une trentaine.Parmi ses faits marquants, elle raconte l’action des banderoles, préparées avec soin pour ne pas abîmer les remparts d’Avignon, accrochées à six mètres de haut avec une logistique minutieuse et collective. Elle garde aussi un souvenir intense des chorégraphies féministes, dont elle a animé la mise en scène, apportant son expérience du théâtre et sa voix pour donner rythme et force aux slogans.Elle participe également à l’opération du Mont Ventoux, où les Amazones peignent sur la route les noms de centaines de femmes assassinées, créant un hommage saisissant et durable. Pour Alekto, ces actions sont des moments de créativité collective et d’apprentissage : elles montrent qu’il existe une infinité de moyens d’agir, bien au-delà des discussions privées.Elle souligne que ce procès l’a rendue plus audacieuse : elle a appris à « ouvrir sa gueule », à prendre la parole, à se sentir légitime. Elle en retire de la fierté et la conviction d’avoir acquis une expertise militante. Elle regrette néanmoins que les médias aient refusé de parler de deux sujets centraux : l’inceste et l’influence du porno sur les violeurs, pourtant omniprésents dans les débats.Pour elle, la sororité signifie une alliance entre femmes, explicite ou implicite, qui place toujours les femmes en priorité. Elle affirme que cette sororité était déjà présente avant le procès, et qu’elle s’est renforcée par l’action. Aujourd’hui, elle se dit prête à continuer le combat, tout en exprimant un vœu : qu’un jour ce combat devienne inutile.
« Aucune femme ne doit plus être laissée seule face à la violence masculine. »Stéphanie a grandi dans un environnement où la place des femmes était souvent reléguée au second plan, mais elle a très tôt ressenti une révolte sourde face aux injustices. Son parcours personnel l’a amenée à s’interroger sur les violences sexistes et à chercher des espaces de parole et d’action. C’est dans ce contexte qu’elle rejoint les Amazones d’Avignon, attirée par la force collective et la détermination des militantes. Son engagement se renforce au moment du procès Pélicot. Elle y participe intensément, aux côtés des autres femmes, partageant l’émotion, la colère et la fatigue des longues journées d’audience. Elle raconte combien il était éprouvant d’entendre les récits, de voir la stratégie de la défense, et surtout de constater à quel point la parole des victimes pouvait être mise en doute. Pourtant, malgré cette violence institutionnelle, elle a ressenti une énergie puissante dans le groupe.Ce qui marque Stéphanie, c’est la capacité des Amazones à transformer la colère en action. Les collages, les banderoles, les prises de parole publiques : autant de manières d’occuper l’espace, de refuser le silence, de rendre visibles les violences faites aux femmes. Pour elle, ces gestes, parfois simples, portent un poids immense.Elle insiste aussi sur la sororité vécue au quotidien. Le soutien mutuel, les discussions après les actions, les rires partagés au milieu de la lutte : tout cela lui a permis de tenir et de trouver une forme de force intérieure. Cette expérience lui a montré qu’il est possible de faire face à des institutions hostiles quand on n’est pas seule.Comme pour d’autres militantes, ce procès a laissé en elle une trace ambivalente : à la fois le traumatisme d’avoir entendu tant de misogynie et de violence, mais aussi la fierté d’avoir participé à une mobilisation historique. Elle sait désormais que son engagement féministe ne pourra que s’approfondir, car il est lié à une conviction intime : aucune femme ne doit plus être laissée seule face à la violence masculine.Pour Stéphanie, l’avenir passe par la transmission de cette sororité et par la poursuite d’actions radicales. Elle affirme avec clarté que le féminisme n’est pas seulement une idée, mais une pratique collective, une façon de vivre et de résister.
Épisode 3 - Ghislaine

Épisode 3 - Ghislaine

2025-09-2632:39

“En audience, c’était insupportable d’entendre la misogynie crue et ouverte des accusés.”Ghislaine se décrit comme une femme « ordinaire », mais son parcours est marqué dès l’enfance par le racisme et par une éducation tournée vers l’indépendance. Son père et sa grand-mère lui répétaient qu’elle ne devait jamais dépendre d’un homme. Sa grand-mère paternelle, une « femme potomitan », incarne pour elle cette force centrale qui tient debout toute une famille. Dans sa lignée, elle puise aussi l’héritage d’un grand-père communiste et d’un arrière-grand-père anarchiste : une tradition de résistance et de pensée critique qui nourrit son engagement.C’est ainsi qu’elle entre très tôt dans le militantisme, rejoignant le MLF dès 1968. Elle se souvient de cette époque avec enthousiasme et joie, malgré le scepticisme ou la moquerie de son entourage qui jugeait son engagement « pas sérieux ». Cette difficulté à être prise au sérieux l’a accompagnée longtemps, mais n’a jamais freiné sa détermination.Quand elle découvre l’affaire Pélicot, elle est saisie d’incrédulité. « C’était de l’ordre de l’impensable », dit-elle. Pourtant, au fil du procès, sa colère monte et devient irrépressible. Dans la salle d’audience, elle est bouleversée par la misogynie crue des accusés, et révoltée de voir la victime mise en cause, parfois même par des femmes.Ce procès résonne aussi dans sa vie familiale. Elle raconte avec inquiétude les propos des camarades de sa petite-fille : des garçons qui affirment que s’ils étaient trompés, ils « tueraient » leur compagne. Pour Ghislaine, ces réactions révèlent l’imprégnation massive du porno dans l’imaginaire masculin, qui déforme les relations et banalise la violence.Son engagement se nourrit de cette colère. « Je colle parce que je suis en colère, pas parce que ça me soulage », dit-elle. Pour elle, l’action est ce qui crée la solidarité, ce qui soude et donne sens. Le partage collectif, après les actions, permet de réfléchir ensemble et de transformer la colère en énergie politique.Au procès comme dans les actions, elle a ressenti une grande chaleur humaine, une proximité rare. La diversité des femmes présentes l’a rendue plus tolérante, plus ouverte encore. Elle en garde la conviction que le féminisme est un combat vital qui ne doit jamais s’arrêter.Ghislaine le dit avec simplicité et force : il est temps que les jeunes femmes prennent la suite. Elle sait que la transmission est indispensable pour que la flamme reste vive, et que chaque génération trouve sa manière de prolonger la lutte.
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