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A Parte

Author: Ginkio

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Description

Le monde des médias est en mutation. Que fait-on de ces changements sans fin quand on est journaliste ? Comment informe-t-on aujourd’hui ? Et demain ?
Avec ce podcast, nous voulons essayer de répondre à ces questions en prenant le temps, en “a parte”, de rentrer dans la fabrication de l’info avec ses artisans. 
Empruntant le format de l’époque, notre podcast conviera dans chaque épisode un.e artisan.e de l’information à parler d’une de ses réalisations, celle qui a retenu notre attention. 
Notre but, c’est de donner de l’inspiration et des idées à toutes celles et tous ceux qui veulent lancer de nouveaux projets dans le monde de l’information.
A Parte est coproduit par Ginkio (www.ginkio.com), la communauté des talents de l'information, et Samsa.fr (https://slack-redir.net/link?url=http%3A%2F%2FSamsa.fr), la solution formation des journalistes engagés dans le numérique.
A Parte est un podcast créé par Jean-Baptiste Diebold et Elise Colette.
48 Episodes
Reverse
Le dernier invité de la deuxième saison d’A Parte est Ludovic Blecher, le responsable de Google News Initiative Innovation (GNI), la structure mondiale créée il y a 3 ans au sein du géant du numérique pour favoriser la “collaboration et le soutien aux initiatives dans les médias”. Un poste d’observation particulièrement intéressant sur le monde de l’information. Ludovic Blecher raconte comment, en pleine crise du covid 19, Google a lancé en quelques jours un fonds d’urgence d’aide aux médias qui a permis à plus de 5000 d’entre eux à travers le monde, surtout de petites structures locales, de recevoir quelques milliers d’euros pour faire face aux besoins matériels liés au confinement. Cette opération s’inscrit dans une stratégie globale de Google depuis 2013 d’accompagnement de la transformation numérique des médias. La plateforme, décriée comme fossoyeuse des revenus des éditeurs mais devenue indispensable pour leur trafic, lance des appels à projets innovants, finance des études du Reuters Institute ou encore crée des produits utiles à la presse, comme Subscribe with Google, récemment adopté par Le Monde. Dans son parcours l’amenant du site internet de Libération jusqu’à Google, en passant par une bourse d’étude à Harvard, Ludovic Blecher raconte sa passion pour le journalisme de qualité et son constat qu’à l’ère numérique il n’existe plus de recette magique. A chaque média d’inventer son modèle. Pour aller plus loin  Le site de Google News Initiative  Subscribe with Google ----- L’essentiel de l’épisode  L’urgence face à la crise du Covid [00:07:45] C'est une lame de fond qui vient toucher, impacter absolument tout le monde. Et moi, ça fait des années, quasiment dix ans, que le cœur de mon métier, c'est de stimuler l'innovation, de pousser les médias à réfléchir, mettre en place des habitudes nouvelles, à tester des choses, à travailler aussi sur leur culture, sur des logiques d'accompagnement du changement, sur les nouveaux modes de production, des nouveaux modes de distribution. Et finalement, là, il n’était plus tellement question d'innovation dans les discussions que j'avais, ou en tout cas plus question de pousser à innover puisque l'innovation et l'adaptation étaient forcées du jour au lendemain. Il fallait réinventer des méthodes de travail. Il fallait inventer immédiatement, mettre en place du jour au lendemain d'autres méthodes de distribution, etc. [00:08:49] En revanche, là où s'est vraiment focalisée la conversation, ça a été de dire : le choc est tel que l'on n'est pas sûr d'avoir le minimum pour pouvoir continuer à faire le boulot minimum. Comment on paie nos journalistes? Comment on fait pour s'équiper, pour travailler à la maison? Comment on fait pour s'adapter et assurer le besoin d'information dans cette période si particulière, alors même que les gens ont plus que jamais besoin d'être informés?  [00:17:18] On a reçu tout de suite, dès le premier jour, un nombre extrêmement conséquent de projets. Alors, je vous donne le chiffre, évidemment. On a reçu au final plus de 12 000 projets de 140 pays éligibles. Donc, c'est absolument énorme, gigantesque. Et 90% de ces projets venaient de salles de rédaction, d'entités, d'organisation médias, de moins de 26 journalistes. Il y en avait des beaucoup plus grosses, évidemment, mais ça dit à quel point il y avait cet impact, à quel point la crise touchait tout le monde et était dure, brutale, violente. [00:19:54] Le nombre de médias aidés, c'est plus de 5300 médias et qui ont reçu ou sont en train de recevoir un soutien entre 5 000 dollars et 30.000 US dollars. [00:24:59] Cet d'amortisseur a permis de mieux mettre en place toute cette mécanique indispensable pour se mettre en ordre de bataille et essayer de s'adapter à cette nouvelle réalité. Créer une “collaboration” entre Google et les médias [00:29:42] Moi je crois à la collaboration entre différents acteurs qui font partie d'un écosystème. Il est évident qu'on fait partie d'un écosystème. Aujourd'hui, nous Google - j'ai plus de difficulté à mettre dans un même sac toutes les plateformes parce que je crois que chacun a des différences - Google est évidemment a un modèle d’apport d'audience, de trafic, de partage de revenus. [00:30:15] Il faut quand même avoir, là aussi, quelques chiffres intéressants en tête. En Europe, plus de 8 milliards de fois, des gens cliquent sur des contenus news depuis Google. Il y a plus de 3000 de clics par seconde et de visiteurs qui sont apportés à des sites médias. En 2018, plus de 14 milliards ont été partagés à travers le monde à travers du partage de revenus publicitaires à des éditeurs. [00:32:39] La façon dont ont été pensées ces appels à projets, ont permis, ont vu passer là, certainement parmi, si ce n'est les principales, innovations de ces dernières années dans les médias français.  Tous les grands modèles, les changement de modèle, modèle d'abonnement, mise en place de zones premium, travail sur la relation avec les lecteurs, des nouveaux produits éditoriaux, je pense à la Matinale du Monde mais on pourrait vraiment en mentionner beaucoup, certains extrêmement réussis, d'autres qui ont permis d'apprendre des choses même si ça n'a pas été une innovation qui a permis nécessairement de générer des revenus. D'autres qui se sont vraiment installés dans le paysage. Tous ces projets sont passés par par ce fonds français, ont été financés par le fonds français, ensuite par le fonds européen. [00:33:40] Ce qu'on voit très bien, c'est que cette collaboration, qui a ouvert un espace de discussion permanent entre les médias et Google, a permis d'avancer sur tout un tas de thématiques. Et donc de ce fonds français, de ces discussions, de cette émulation, est née une initiative, cette fois au niveau européen, qui est venue deux ans et demi ou trois ans après est venue prendre le relais, c’est qu'on a appelé le DNI, le Digital News Initiative. [00:34:14] Cette fois, on a été plus loin. On s'est pas contenté de faire un fonds qui stimule l'innovation dans les médias dont j'ai pris la charge. Mais on a aussi ajouté deux autres piliers, autour de la formation et de la recherche, avec des rapports sur le numérique, des études super approfondies, vraiment passionnantes, qui sont faits chaque année en partenariat avec le Reuters Institute. J’incite tout le monde à aller voir, c'est certainement l'une des sources les plus les plus profondes, les plus travaillées sur l'état de la mutation, de la transformation des médias à l'heure du numérique, partout dans le monde. [00:35:18] Et puis, une dimension plus “produit” avec des produits comme AMP, qui a permis un nouveau standard open source pour multiplier et accélérer énormément l'affichage de l’information des articles sur les mobiles, intégrant là aussi des logiques d'abonnement, des nouveaux produits qui sont venus un peu plus tard, comme Subscribe with Google, qui est maintenant mis en place par différents acteurs. Le Monde l'a récemment mis en place, ainsi que beaucoup d'autres acteurs partout ailleurs en Europe et dans le monde. Une carrière dans la transformation digitale de l’info [00:42:58] J'étais rédacteur en chef et directeur numérique à Libération. Et finalement, j'étais un journaliste qui était devenu un amoureux de la fabrication de nos produits. J'ai toujours estimé que le digital, c'était finalement une chance, une opportunité. Et en tant que journaliste, c'était tellement rare de voir des nouveaux médium se créer, qu’il fallait le prendre tel quel en inventant des nouvelles écritures, en inventant une nouvelle relation avec le lecteur, et que tout ça, c'était génial. Et donc, j'ai été d'abord journaliste, reporter. C'était ma passion. Et puis, très vite, je me suis dit : moi, j'aime aussi créer des médias, ou à l'intérieur des médias, créer ce qu'on appelle, ce qui était à l'époque un gros mot à Libération, des produits, avec un marketing pour installer ce produit et attirer de nouveaux lecteurs. J'ai été confronté un peu à cette logique où on vit un peu en silos, où j'avais le sentiment que les journalistes me regardaient parfois avec des gros yeux en disant : mais pourquoi tu t'intéresses aux abonnés, au montant de l'abonnement, au prix à payer, voire à la publicité ou bien à la communication et au marketing. Cela ne doit pas être dans ton champ. [00:49:00] Je crois qu’un des éléments du numérique, c'est qu'il n’y a plus de “silver bullet”, comme disent les Américains, c’est-à-dire de recette miracle, de recette magique. Chacun doit construire sa petite recette. Il faut s'inspirer des autres. On peut emprunter les ingrédients de ce qui se fait partout ailleurs, mais à un moment, il faut construire avec son identité, son journalisme, sa réalité et surtout ses audiences.  [00:52:15] Si on fait du journalisme, il est évident que le point de départ est l'éditorial. Mais le rapport aux outils et à la techno va être différent si on est dans un modèle 100% abonnement, si on a un modèle d'un taux de conversion avec un modèle très mixte, où avoir besoin de beaucoup d'audience et beaucoup de reach est aussi important que de monter son taux d'abonnement, ou bien si l'on est sur un modèle purement gratuit ou là, ce qui est important, c'est de générer un maximum d'audience. [00:52:58] Je crois que réellement, la reconstitution des liens avec les lecteurs, part de là, c'est le plus fondamental. Quelle est sa promesse éditoriale? Comme on est capable de la tenir, comme on est capable de faire des choix, comment on est capable de produire un journalisme d'extrême qualité aujourd'hui. Et ça, les gens sont prêts à le payer. Ensuite, la techno va être utilisée, cette fois dans un second temps, pour des logiques de réduction par exemple du churn, de réduction de l'attrition, comment on maintient ses abonnés. Comment on se rappelle à ses abonnés? Comment on fait en sorte que quelqu'un qui s'est abonné avant tout pour soutenir la qualité soit aussi au courant de ce qui est produit à travers des newsletters, des rappels, des alertes, des choses qui sont poussées pour s'assurer qu'il consomme et qui profite de la qualité et que cela lui donne envie de se réabonner ou d’être un ambassadeur de la marque média. ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Ce nouvel épisode d’A parte nous emmène en Côte d’Ivoire, où les jeunes journalistes se tournent de plus en plus vers la communication digitale. Formé à l’ESJ Lille, puis revenu à Abidjan, Israël Guebo innove depuis 10 ans dans les médias en Afrique de l’Ouest. Son dernier projet en date est une radio militante et bénévole qui lutte contre les fake news en diffusant des informations vérifiées sur WhatsApp, Twitter et Facebook. Depuis le début de la crise du coronavirus, WAmédias joue ainsi un rôle fondamental pour sensibiliser et éduquer la population. Son JT touche de nombreux Ivoiriens, au pays et à l’étranger, notamment grâce à la reprise des contenus par des radios communautaires, qui assurent une traduction en langues locales. Dans les prochains mois, WAmédias pourrait continuer son travail de fact-checking à l’occasion de la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Avant Wamédias, Israël Guebo a mené de nombreux autres projets journalistiques, souvent participatif, toujours militant, pour que les médias gardent toute leur place dans le pays. Il a notamment créé une école de journalisme afin d'insuffler aux jeunes le même enthousiasme qui l’anime depuis 10 ans. ----- L'essentiel de l'épisode  [00:04:05.460] La Côte d'Ivoire a eu son premier cas d'infection au coronavirus le 11 mars. Et dans la foulée, il y a eu beaucoup d'informations qui circulaient, disant par exemple que le soleil tue le coronavirus. Que les Noirs ne meurent pas du coronavirus. Qu’il faut boire de l'eau chaude pour lutter contre le coronavirus. Et à côté de ça, on s'est rendu compte que l'information institutionnelle donnée par le gouvernement restait au niveau au sommet, ne descendait pas auprès des populations. On s'est dit : il faut qu'on arrive à récupérer ces informations, à vérifier et à les diffuser auprès des populations, qu'elles soient en ville ou village. Parce que finalement, ces informations trouvent le bouche à oreille et deuxièmement, faire un écho, faire un relais aux informations officielles qui permettent également de contrer les fake news. [00:05:27.970] Au tout début, on a lancé un appel à contribution. On a dit : que vous soyez en Chine, au Japon, au Congo-Kinshasa, à Brazzaville, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, si vous avez envie de témoigner sur la situation du coronavirus chez vous, rejoignez ce qu'on appelle la salle de rédaction, qui est en fait un groupe Facebook. Aujourd'hui, près de 600 personnes ont adhéré. Et c'est ainsi que on reçoit des éléments un peu partout dans le monde. Ensuite, nous, on a trois, quatre journalistes qui sont ici à Abidjan et qui vérifient l'information et ensuite diffusent via WhatsApp. [00:07:47.070] WA médias est inspiré de situations qui existent ici en Côte d'Ivoire. Je me suis rendu compte que dans un village, une femme qui ne savait ni lire ni écrire utilisait WhatsApp pour vendre de l'huile de palme. Elle faisait des notes vocales dans la langue locale, les personnes passaient commande également via une note vocale. J’ai trouvé que c'était une façon assez innovante de communiquer et qu’on pouvait l'adapter à la diffusion de l'information. D'autant plus qu'aujourd'hui aujourd'hui, WhatsApp devient un grand diffuseur de la désinformation. Si on veut contrer les fakes news, c’est sur ce terrain là que nous devons jouer et c’est pourquoi on est arrivé sur WhatsApp. [00:09:05.070] C’est entièrement bénévole. Et pour être très honnête, je l’ai fait sur un coup de tête. Moi, j'adore la radio, et je me suis dit : qu'est ce qu'on peut faire avec des amis ? [00:09:40.970] On a eu des radios rurales, des radios communautaires qui nous ont approché. Il y en a aujourd'hui qui récupèrent le son brut du journal et le diffusent sur leurs antennes ensuite, notamment deux radios dans le centre du pays. Elles vont prendre cet élément des reportages et les traduire en langue locale. Donc, indirectement, on arrive à toucher les populations rurales via les radios communautaires.  [00:11:27.550] Qui sont les auditeurs qui vous contactent pour poser des questions aux auditeurs? Il y en a qui qui posent des questions sur des informations et qu’ils veulent qu'on vérifie. Et pour “auditeurs à l'antenne”, ils répondent plutôt à une question. Le vendredi, nous mettons la question de la semaine dans le groupe WhatsApp et sur Facebook. Ils ont toute la journée du vendredi et du samedi pour nous envoyer leurs réponses en 60 secondes par notes vocales. Et après, on met tout cela bout en bout. [00:12:39.660] Comment vous gérez ça sur WhatsApp? On sait que les groupes ont une limite à 256 personnes. Alors on crée des listes de diffusion. Donc aujourd'hui, nous sommes à sept liste de diffusion et chaque liste de diffusion peut prendre jusqu'à 256 personnes. Donc on imagine que 7 fois 256 personnes vont écouter les émissions. Mais parallèlement, vous diffusez aussi sur Facebook et sur Twitter? [00:13:33.150] Oui, parce que tout le monde n'est pas sur WhatsApp. On a aussi près de 5000 personnes qui sont abonnées à notre page Facebook et à notre compte Twitter. Le fait déjà qu'on ait près de 2000 personnes qui entendent la bonne information, c'est déjà un pas. Petite anecdote : chaque soir avant le journal, nous envoyons les chiffres officiels du coronavirus en Côte d'Ivoire. Et quand, à 20 heures, on n'a pas envoyé les chiffres du jour, même si le ministère de la Santé a publié officiellement les informations, les auditeurs attendent WAmédias avant de se dire : OK, c'est vrai. Donc, cette crédibilité là, elle est assise. Et puis derrière, on se dit que c'est un projet qui est duplicable partout, par exemple sur les élections. [00:14:52.490] On l'a entendu dans l'extrait il y a quelques minutes, la Côte d'Ivoire va avoir des élections à l'automne. Quel rôle pourrait jouer WAmédias à ce moment là et dans quel avenir? Au regard de ce petit succès, je me dis qu’on peut être utile dans cette période pré électorale parce qu'on sait très bien qu'à l'approche des élections en Côte d'Ivoire ou ailleurs d'ailleurs, il y a beaucoup de fausses informations qui circulent. Et aujourd'hui, cette radio peut servir à donner de la bonne information. Donner la bonne information, c'est aussi garantir un climat de stabilité et de paix. On a aussi un rôle d'éducation. D'ailleurs, notre slogan, c'est informer, éduquer, sensibiliser. [00:19:38.830] Tu es passé par l’ESJ Lille avant de revenir en Côte d'Ivoire pour lancer de nouveaux médias comme Avenue 225, qui était un site participatif à l'époque, dans la veine de ce que proposait Rue89. Tu as aussi donné beaucoup de formations en Afrique de l'Ouest. Quel est le regard que tu portes, toi, sur l'innovation média en Afrique de l'Ouest? [00:20:00.220] Je pense que on a eu un gros retard au niveau justement des médias et du développement des médias en Afrique de l'Ouest, notamment francophones. Et puis, sur les 4, 5 dernières années, on a vraiment une sorte de révolution qui se met en place en utilisant les réseaux sociaux. De plus en plus de journalistes sont sur les réseaux sociaux, de plus en plus de journalistes créent leurs blogs, des médias intègrent l'interaction. Dans le site internet, on amène du multimédia, donc on a vraiment cette ébullition. Ça, c'est le côté technique, mais après, on a toujours de gros défis au niveau éditorial et au niveau de l'éthique, parce que les habitudes journalistiques qu'on avait dans la presse papier se retrouvent aussi sur Internet. Ca veut dire qu’on va privilégier une conférence de presse plutôt qu'un reportage dans lequel on prend le temps de vérifier une information avant de la diffuser. [00:23:51.970] Est ce que, selon toi, le métier de journaliste attire encore en Côte d'Ivoire? Je peux répondre directement : le journalisme n’attire plus en Côte d'Ivoire. La plupart des jeunes formés notamment dans les écoles de journalisme ici, notamment à l'Institut supérieur des sciences de la communication STC, virent tous vers la communication, pour finir, comme attaché de presse, parce que c'est là où il y a beaucoup plus d'argent que le journalisme. Mais je pense que c'est une mauvaise approche de l'environnement. C'est vrai qu'aujourd'hui, il y a un gros désamour entre les lecteurs et les journalistes parce qu'ils ont longtemps été habitués à ce qu'on appelle la titrologie. La titrologie, pour ceux qui ne savent pas, c'est le fait de s'informer en regardant uniquement les titres des journaux sans acheter. Pendant vingt ans on a été habitués à ça. Les populations ne savent pas pourquoi acheter un journal. Il y a quelques années, les coûts des journaux ont augmenté autour de 300 francs CFA. Environ 50 centimes. 50 centimes, c'est le prix d'un plat pour manger à midi, donc pour le lecteur le choix est tout de suite fait. Et puis, Internet est arrivé, qui est beaucoup plus dans l'instantané. Un événement qui a lieu le samedi, on va voir le même samedi. Alors que la presse écrite, on va attendre jusqu'au lundi pour avoir tout ça.  [00:26:24.560] Donc, non, le métier du journalisme lui même n'est plus sexy aujourd'hui. Celui de la com attire, celui de la com digitale encore plus. Mais justement, notre travail avec l'Institut africain des médias, c'est de redonner le goût, de redonner une certaine beauté aux journalistes en disant aux gens : si vous vous êtes un bon journaliste, vous avez des chances de réussir parce que moi, je suis un exemple palpable.  [00:26:49.950] Et toi, qu'est ce qui fait que tu tiens? Je pense que ce sont mes collaborations avec des médias étrangers, notamment. J'ai été correspondant pour la rédaction web de TV5 pendant 8 ans. Pendant cinq ans, de 2008 jusqu'à 2013, j'ai collaboré avec des magazines en Europe, en France, notamment avec le magazine Altermondes. Toutes ces collaborations là m'ont amené aussi à me dire que finalement, quand tu fais ton travail de journaliste, tu peux avoir des opportunités à l'international. Et puis, finalement, je me sens investi d'une mission de transmettre tout ça à une génération qui est un peu déphasée, un peu perdue, un peu découragée, un peu déçue de masquer la médiocrité présentée les 20 dernières années. ----- Crédits  Interviews : Philippe Couve, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Chez les Journalistes Solidaires, on fait les conférences de rédaction sur Discord et les enquêtes en mode collaboratif sur AirTable. Ce collectif de pigistes bénévoles répartis dans plusieurs pays a vu le jour au début du confinement. Ensemble, ils traquent les fake news  qui se multiplient depuis le début de la crise sanitaire. Leur rédactrice en cheffe, Lina Fourneau, dévoile dans cet épisode le fonctionnement du collectif.  Journalistes Solidaires rassemble une soixantaine de journalistes, dont certains sont des experts du fact-checking et endossent la position de mentors pour encadrer les enquêtes. Enquêtes qui sont relayées par des médias  partenaires. Le collectif travaille en open newsroom : toutes les enquêtes sont accessibles à tous en ligne dans des fiches collaboratives. Un fonctionnement qui demande beaucoup de rigueur mais qui crée une grande confiance chez les internautes.  Ceux-ci ont la possibilité d’adresser des “signalements” aux Journalistes solidaires, c’est à dire des informations à vérifier ou démonter. Peu de moyens, mais beaucoup de motivation : tel est le credo des JS, qui ne comptent pas arrêter leur travail de fact-checking avec le déconfinement.  Leur dernière trouvaille ? Un outil d’intelligence artificielle pour anticiper la viralité potentielle d’une fake news. Une innovation applicable bien au delà du seul coronavirus. ----- Pour aller plus loin  https://journalistessolidaires.com/ ----- L’essentiel de l’épisode  [00:01:08.360] Bonjour tout le monde. Malgré le confinement, on continue d'enregistrer à distance et on parle aujourd'hui de Journalistes Solidaires ou JS pour les intimes. Il s'agit d'un collectif de pigistes né pendant la crise du coronavirus et qui traque les fake news. Nous sommes donc en ligne avec Lina Fourneau. Bonjour Lina, tu es journaliste pigiste et rédactrice en cheffe de Journalistes solidaires. Ou es tu actuellement? Et où sont les autres membres de JS ? [00:01:39.420] Je suis dans un appartement à Paris et les autres sont un peu partout. Comme le virus, on s'est propagé. On est entre la Belgique et la France principalement. On a quelqu'un en Alaska, au Mexique. On a créé une espèce de d'internationale. Ce sont des journalistes qui se sont regroupés à partir du 16 mars, au moment du discours d’Emmanuel Macron, qui annonçait le confinement. On a eu un message de Julien Cazenave, qui est un journaliste monteur vidéo qui nous proposait de faire quelque chose. Il y avait déjà plein de fake news différentes, tout le monde était un peu perdu sur le flux d'information qu'il y avait face à nous. Sur les réseaux sociaux, on voyait n'importe quoi, donc on se dit qu'il y avait quelque chose à faire. [00:05:23.080] On est principalement des pigistes. Les pigistes se sont fait couper les commandes au début du confinement. Donc on avait du temps devant nous. On s’est dit :  est ce que je décide de commencer une nouvelle série sur Netflix ou je participe à l'utilité publique? On a tous pris la deuxième option. Moi je suis un bébé de la PQR, j'ai commencé ma carrière il y a un an et demi. Je fais des piges principalement pour la presse économique. On a voulu prendre tout le monde, ouvrir la porte à des étudiants, à des jeunes journalistes comme je l'étais, mais aussi se faire aider par ce qu'on a appelé après des mentors qui étaient des experts du fact checking, qui avaient déjà leur expérience et qui pouvaient nous offrir aussi leurs ressources. Ca a hyper bien marché comme ça, parce qu'il y avait de l'entraide. Parce que, justement, ces journalistes spécialisés dans le fact checking avaient peut être moins de temps, mais beaucoup de choses à nous apprendre. [00:08:40.180] On a fait comme dans toutes les rédactions. On a créé un salon sur Discord : il y a vraiment le côté un peu machine à café où on discute de tout et de rien. Mais il y a aussi deux conférences de rédaction par semaine. Et c'est là on discute des sujets. On utilise  aussi Telegram, qui est en fait l'outil qu'on utilise pour avancer notre sujet. Chaque groupe se retrouve sur une discussion Telegram et on a Airtable qui en fait notre base de données éditable, une sorte d’Excel collaboratif en ligne. On s'est établi en open newsroom, c’est à dire une rédaction ouverte où, justement, tout le monde peut voir l'avancée de nos enquêtes et c'est vraiment notre idée de la transparence et notre idée des médias. Au début, on a tous été réticents parce que ça veut dire qu'il faut avoir de la rigueur tout le temps. Tout est visible sur le site.  [00:12:30.390] On fonctionne avec des signalements. Un signalement, c'est un internaute qui va dire OK, j'ai vu ce texte, j'ai vu ce tweet, j'ai vu ce post Facebook. Est ce que vous pouvez le vérifier s'il vous plait?  Chaque enquête mobilise  un coordinateur, deux vérificateurs et un mentor. Le coordinateur, c'est celui qui gère l'équipe et l’angle. Le mentor, c’est un expert du fact checking, des gens qui connaissent le métier, qui veulent nous aider. [00:15:01.260] Je pense que principalement, les gens sont quand même contents de ce qu'on fait parce qu’ils voient qu'on se décarcasse pour produire de l'information sans vraiment demander en retour des investissements. Après, bien sûr, on s'attaque à des idées conspirationnistes, donc forcément des gens peu convaincus. Donc, il y a des sujets où on a eu des réactions vraiment mauvaises. [00:16:16.010] On publie également des ce qu'on appelle les ripostes qui sont les articles externes, c'est à dire des articles du Monde ou de Libération faits par les cellules de fact checking. En fait, c'est comme ça qu'on a commencé à marcher. C'est en se servant de nos réseaux sociaux pour centraliser toutes les informations parce que les gens ne sont pas conscients qu'il existe autant d'outils pour faire du fact checking en France. [00:20:17.380] On a été assez bien reçus et ça a été assez bienveillant de la part des médias traditionnels. On a eu beaucoup de discussions avec France Info, notamment sur le mentorat. On a un partenariat avec les Observateurs et France24, avec qui on a publié notamment une enquête sur le test de la flamme sur les masques. C'est assez intéressant de travailler ensemble. Il y a d'autres discussions qui sont mises en place et on essaye d’être assez large. Ils ne peuvent pas traiter tous les sujets, donc je pense que l'entraide est dans les deux sens. [00:21:47.680] Pour le moment, il n'y a aucune rémunération, malheureusement. Mais on essaye de préparer l'après et ça a été l'objectif depuis la fin du confinement le 11 mai. C'est bien dans le bénévolat, mais ça va pas pouvoir durer. Et donc, oui, on essaye de trouver des solutions. On sait pas si ça va venir des médias ou si c'est à nous aussi d'aller d'aller chercher des fonds ailleurs. On a ouvert un open collective dès le mois d'avril, c’est à dire une plateforme de financement public. On a eu, je vous avoue, surtout eu de l'argent de nos proches, mais parce qu'ils avaient envie de nous soutenir, ils nous voyaient travailler 60 heures par semaine. On va voir si on continue à pérenniser le projet parce que ça serait dommage de baisser les bras à la fin du confinement. On a pris l'habitude de réfléchir à 20.000 mille choses à la fois, de faire tout de la veille pour le lendemain. Le confinement a été levé il y a deux semaines, donc c'est vrai qu'à l'échelle de JS, c'est beaucoup deux semaines, mais ça va être mis en place. [00:27:24.040] Comment est ce que vous imaginez changer l'équation chez Journalistes solidaires? [00:27:31.300] J'aimerais bien changer cette équation, mais malheureusement, c'est très compliqué. C'est beaucoup d'éducation médias. On a fait un espèce de bingo des news où, justement, on relevait toutes ces petites incohérences qui pouvaient faire une fausse information. [00:28:29.610] Il y a des équipes de fact checking dans beaucoup de médias en France et à travers le monde. Pourtant, on n'a pas l'impression que ça fasse réellement reculer les fake news, ni la crédulité face à un certain nombre de fake news. Qu'est ce que vous apportez de plus dans ce domaine? [00:28:56.970] Je pense que les gens nous font confiance, parce qu'ils ont vu qu’on était de bonne volonté et c'était peut être ça la différence. Je ne veux pas me comparer avec un média parce que c'est impossible, mais je pense qu'il y a eu une part de confiance qui venait du fait qu’on n'était pas un média et que dans cette crise de confiance envers les médias, on pouvait peut être changer les choses. On essaye vraiment vraiment de jouer sur cette éducation aux médias et sur cette proximité avec l'internaute surtout. On essaye de rester aussi très accessible. Sur notre  page Facebook, les internautes peuvent poser des questions et parfois, on pouvait avoir de grandes conversations en inbox avec des internautes qui, vraiment, avaient l'air un peu perdus. [00:30:33.510] Après, il y aura toujours des gens suspicieux, parce qu'il y a toujours des gens qui, sur des propos pas du tout fondés, vont remettre en question notre travail, comme dans tous les médias. Mais il faut passer à côté et justement, écouter ceux qui ont besoin de nous. On savait qu'on avait un énorme champ libre et on en a profité. Et la preuve, c'est qu'il y a des trucs qui ont marché. [00:32:24.890] Tu nous reparle de l'intelligence artificielle que vous avez mise à votre profit. De quelle manière? [00:32:30.870] Oui, on a décidé de développer ça au moment où on a participé au hackathon de la Commission européenne. Ça aussi, c'est un peu une idée folle, mais c'était c'était super parce qu'on a pu gagner en visibilité aussi. A ce moment là, on a créé cet outil d'intelligence artificielle. L'idée, c'est de calculer la viralité de la news avant même qu'elle ne devienne virale, c'est à dire que 'intelligence artificielle va calculer selon les critères qu'on lui a inculqué un indicateur pointant les fake news qui peuvent cartonner. [00:35:27.800] Qu'est ce que tu retiens, toi, de de cette expérience? Qu'est ce qui t’a marqué? Qu'est ce qui t'a surpris? Qu'est ce qui t'a déçu? Je pense que ce qui m'a réellement marqué, c'était que mon équipe était capable de faire quelque chose à petite échelle. On n'a peut être pas les moyens, mais on va essayer de le faire. Ce qui m'a aussi marquée, c'est le fait que l'on arrive à produire énormément alors qu'on se connait pas. C'est peut être le confinement qui a fait ça, mais il s'est passé quelque chose d'extraordinaire, de production, de la même, dans une ambiance assez conviviale. Enfin, il y a eu un effort collectif, et je pense qu'il y a aussi cette partie de bénévolat qui a été assez importante parce que forcément, quand on décide d'être bénévole pour un collectif, c'est qu'on est ultra motivé. Donc, on a eu une espèce d'hyperactivité collective de 60 personnes en même temps. Je vous avoue que à gérer, ce n'était pas toujours facile. J'ai été diplômée il y a un an et je me retrouvais à la tête d'un collectif de 60 personnes à gérer. ----- Crédits  Interview : Philippe Couve et Marianne Rigaux Design graphique : Benjamin Laible  Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Production : Ginkio et Samsa.fr
Au moment où les kiosques physiques souffrent et alors que le distributeur de la presse Presstalis s'enfonce dans la crise, les kiosques numériques trouvent leur place, après une lente émergence. Ari Assuied, le PDG et fondateur de Cafeyn (ex-LeKiosk), raconte la percée de ce qu’il préfère appeler un service de “streaming de l’information”. Avec le confinement, le nombre de fans de Cafeyn a explosé, atteignant 1,5 million d’utilisateurs actifs. Essentiellement grâce aux partenariats avec les groupes de télécoms mais aussi avec une offre illimitée en direct. Ce sont encore beaucoup de CSP+ urbains, même si l’usage commence à se populariser au-delà. Ces lecteurs sont des “papillonneurs” utilisant la lecture à l’article, avec en moyenne une dizaine de titres consultés par mois. Aux éditeurs inquiets de perdre le contrôle sur leurs abonnés, singulièrement Le Monde grand absent de Cafeyn, Ari Assuied désigne le monde de la vidéo et de la musique, où les abonnements sans engagement avec larges catalogues se sont imposés. Autant de revenus supplémentaires pour les médias, à côté des abonnements en direct à leurs fidèles. Un peu comme dans le luxe, avec d’un côté la vitrine du sur mesure et de l’autre la rentabilité avec le prêt-à-porter et les accessoires. Cafeyn entame maintenant la conquête du grand public, son internationalisation et veut s’imposer comme un “havre d’accès à de l’information de qualité”. ----- Pour aller plus loin  https://www.cafeyn.co/fr/newsstand/ ----- L’essentiel de l’épisode Un usage qui a explosé durant le confinement [00:02:22]  On n’aime plus trop la notion de kiosque numérique, qui nous semble être une notion peu comprise finalement par les utilisateurs, et on se positionne plutôt sur le streaming de l'information. C'est vraiment la troisième verticale des contenus, après celle de la musique ou de la SVOD. Et ce type de plateforme et ce type de services ont connu pendant la période de confinement une véritable explosion des usages et on a évidemment pleinement bénéficié. [00:03:30]  Cafeyn, qui existe depuis 14 ans, s'est extrêmement bien développé au cours de ces cinq dernières années, notamment grâce à un certain nombre de partenariats qu'on a mis en œuvre. On a un business modèle un peu particulier, fondé sur pas mal de partenariats, notamment avec des opérateurs télécoms comme Bouygues Telecom, comme Free. Nous sommes également intégrés dans les offres de Canal+, dans Mycanal. Nous sommes également avec CDiscount intégrés dans les programmes de programmes de fidélité, c’est un peu l'équivalent de ce que fait Amazon avec Amazon Prime. [00:04:34]  Beaucoup de gens qui étaient chez ces différents opérateurs ne savaient pas forcément qu’ils avaient accès à Cafeyn et, dans la période de confinement, ils ont eu plus de visibilité. Ensuite, ça s'est fait aussi de façon organique puisque ce n'est pas notre seul canal de distribution. Les gens peuvent aussi s'abonner directement à Cafeyn via notre offre en illimité en direct. [00:05:13]  On a multiplié chaque mois pendant les deux mois de confinement par 5 nos inscriptions et une augmentation très significative du nombre de nouveaux souscripteurs à notre service. On a eu une véritable explosion de l'usage sur tous les canaux de distribution du Cafeyn. Le profil des utilisateurs [00:07:54]  Ce qu’on constate, c'est l'abonné type est plutôt un papillonneur plutôt qu’un habitué d'une marque. C'est aussi ça la force de notre modèle. On ne va pas cibler des grands consommateurs d'une marque unique qui vont plutôt s'abonner directement auprès de cette marque. [00:08:34]  Il y a des magazines ou certains quotidiens qui sont consommés très rapidement et d'autres qui sont consommés de façon beaucoup plus importante, avec même des épisodes, les gens à plusieurs reprises pour pouvoir consommer.  [00:08:55]  Aujourd'hui, le profil type, c'est plutôt des CSP+ urbains, donc avec des revenus assez élevés. On constate qu'il y a un élargissement de cette cible, notamment à d'autres catégories sur lesquelles on est en train de travailler. Un nouveau modèle pour la presse [00:10:09.690]  (Pour les lecteurs) Il y a aussi des avantages économiques et des avantages d'expérience. On ne se contente pas de répliquer des magazines ou des quotidiens qui sont disponibles sur notre offre, c'est également un moteur de recherche, la lecture Smart, qui permet d'avoir une lecture délinéarisée des contenus. Donc, en fait, on essaye de mettre le meilleur du digital dans ce qui est l’exemplaire papier et le meilleur du papier dans le digital. Donc c'est là tous les bénéfices de notre service. Effectivement, il y a la dimension distribution et prix qui est un atout essentiel. [00:10:47]  L’industrie de la presse est énorme en terme de volume, c'est la plus grosse industrie de contenus en France. Elle représente toujours 7 milliards et demi. Effectivement, de la décroissance mais pas aussi significative finalement.  Elle reste énormément plus importante que l'industrie de la musique. En France si je me trompe pas, les derniers chiffres de la musique c’est 600 millions d'euros. Donc 7 milliards versus 600 millions...  [00:14:22]  Nous, on est plutôt dans une logique de dire que l'exemplaire papier ou tout cas l'unité de mesure doit être revue. Cette unité sert notamment à la rémunération publicitaire des éditeurs, qui est un élément essentiel et peut aller de 30 à 70 pour cent de leurs revenus, voire plus. Il faut favoriser une meilleure monétisation de leur audience sur le digital qui est fondamentalement la problématique majeure des éditeurs. [00:16:31]  Moi, je suis convaincu que les éditeurs, que ce soit Cafeyn ou d'autres acteurs, vont devoir de plus en plus se passer par les agrégateurs. Non pas parce qu'ils n’ont pas des marques puissantes, c'est pas du tout le cas, ils ont des marques puissantes, solides, qui ont un lien fort avec les consommateurs. Mais la majorité des consommateurs ne vont pas pouvoir s'abonner à plusieurs titres parce que ça coûte extrêmement cher et qu'ils vont devoir faire des arbitrages. [00:18:26]  Ce qui est paradoxal, c'est que le papier représente toujours une part très importante des revenus des éditeurs. Si on regarde les indicateurs économiques, la distribution papier aujourd'hui perd de l'argent. Finalement, le papier, c'est un peu l'équivalent quand vous êtes dans l'univers du luxe, du sur mesure. Globalement, ces marques gagnent de l'argent sur prêt à porter et sur les accessoires. Et je pense que c'est un peu l'équivalent. Les lignes de revenus, qui sont en volume moins importantes sur le digital, rapportent plus et sont beaucoup plus rentables.  [00:23:41]  Aujourd'hui, on est encore aux prémices du développement de la distribution digitale, des contenus de la presse. Quand on va commencer à arriver à un phénomène de plateau, on va s'adresser à une base de lecteurs qui sont des lecteurs avec des moyens économiques qui seront moins importants, la notion de plateforme est beaucoup plus au centre des enjeux. L’un ne sera pas antinomique de l’autre.  On a multiplié nos partenariats distribution. Et aujourd'hui, on voit que les usages se multiplient. Il n'y a pas de cannibalisation. On n'a pas de clients en direct parce qu’on s’est ouvert auprès des clients Canal+ ou auprès des clients Cdiscount, ou des clients Télécom Free. L’info de qualité [00:25:15]  (Dans un contexte de fake news) L'objectif de notre plateforme, c'est de construire un havre d’accès à des contenus de qualité. On ne veut pas ou on ne veut pas être une plateforme à clics. [00:26:05]  On est convaincu que la qualité d'un contenu venant d'une marque reconnue avec des journalistes, avec une rédaction, est beaucoup plus importante que celle venant de n'importe quel contenu, de n'importe quelle marque sur le net.  C'est pour ça qu’on pense qu'il y a une valeur à ces contenus, qu'il faut la monétiser et qu'il y a une justification à cette motivation et que les consommateurs, notamment par rapport à tout ce qui s'est passé dans le monde sur ces cinq ou dix dernières années, vont de plus en plus enclins à retrouver du contenu de qualité.  On est dans une dans une période intermédiaire, d'abord à refaire découvrir la valeur de ces contenus. Pour nous, pour nous, c'est notamment grâce à la distribution qu'on met en œuvre. Puis, derrière toutes les façons, c'est une manière, de façon directe ou indirecte, de payer pour accéder à ces contenus qui ont de la valeur. Et maintenant l’audio et la vidéo [00:33:38]  Aujourd'hui, on a plusieurs types d'usages. On a toujours l'usage de la consommation du contenu tel qu'il existe sur le papier, mais on peut aussi lire à l’article, utiliser le moteur de recherche. Là, on est en train d'intégrer de plus en plus d'autres types de contenus autour de l'audio et de la vidéo, qui permet de renforcer la proposition de valeur. Ce sont des types formats sur lesquels tout le monde est en train de travailler, tout le monde est en train de réfléchir. Et d'ailleurs, quand vous parlez d'une marque de presse, c'est un média.  ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Dans cet épisode (enregistré avant le confinement), la journaliste de France Inter Sara Ghibaudo raconte les coulisses de la création de “13 Novembre, l’enquête”. Ce podcast natif publié en novembre dernier est un des tout premiers de la grande chaîne publique. Il connaît un succès phénoménal avec plus de deux millions d’écoutes. En 9 épisodes d’une vingtaine de minutes, Sara Ghibaudo remonte le parcours des terroristes du 13 Novembre, avec notamment leur passage et leur “formation” en Syrie. C’est la journaliste qui a eu l’idée de proposer à sa direction cette reconstitution, rendue possible par ses quatre années passées à couvrir au jour le jour cette actualité tentaculaire. Elle a pu réaliser quelques interviews majeures - un repenti ou le procureur fédéral de Belgique - et travaillé avec deux productrices de Radio France pour retracer le récit de ce petit groupe d’individus qui ont plongé la France dans l’effroi. Une saison 2 ? Rendez-vous peut-être en 2021, l’année du procès de Salah Abdeslam. Une chose est sûre, pour France Inter c’est le premier grand succès de la catégorie des podcasts originaux. ----- Pour aller plus loin  https://www.franceinter.fr/emissions/13-novembre-l-enquete https://www.franceinter.fr/personnes/sara-ghibaudo ----- L’essentiel de l’épisode  Un podcast à France Inter [00:03:54]  Il fallait restituer la vision d'ensemble (sur les attentats) et recoller un peu tous ces morceaux. Et c'est le moment où, effectivement, France Inter a lancé sa politique de podcasts natifs, et je me suis dit : c'est un format qui permet d'être à la fois dans la narration, dans le documentaire, et je vais pouvoir utiliser largement la matière accumulée. On ne va  pas du tout réinventer la radio, le feuilleton, la série, tous ces choses qui existent depuis très longtemps, mais là je me suis dit que c'était vraiment un format à exploiter pour ce projet.  [00:07:27]  Je pense que c'est vraiment quelque chose qu'il faudrait refaire honnêtement, d'exploiter les enquêtes ou des sujets qui se prêtent comme ça à une narration longue sous ce format-là. Dire “je” [00:08:05]  C'est sûr que quand on est habituée comme moi à des formats très courts, c'est une autre écriture. Moi, j'avais eu l'occasion déjà d'écrire un livre d'enquête. Quand on est journaliste, on sait jongler un peu avec les formats. Moi, j’ai trouvé ça vraiment enthousiasmant. Après, ce qui était plus déroutant pour moi, c'est quand on a commencé à m'expliquer : tu sais Sara, le podcast il faut parler à la première personne, c'est très loin de ma culture. C'était notamment lors des conversations avec mes réalisatrices puisque j'ai travaillé avec des réalisatrices qui étaient chargées de la mise en ondes, qui ont trouvé le générique, la musique. Et même la directrice de France-Inter, Laurence Bloch, me l'avait dit. Il faut non seulement raconter cette histoire, mais aussi expliquer comment tu travailles. Et c'est très intéressant d'ailleurs, je trouve que ça fait partie d'une d'une charte de transparence et d'une nouvelle relation à l'auditeur. Si on peut lui expliquer pourquoi je vous raconte ça, comment je le sais, d'où ça vient, ce que je ne sais pas aussi, pourquoi je fais plusieurs hypothèses et finalement, on ne peut pas trancher... Ça, c'était la démarche pour moi qui tranchait le plus avec mon travail habituel. [00:09:49]  Dire “je”, je trouve que c'est pertinent quand il s'agit d'expliquer mon travail, comment je procède et sans doute que j'aurais pu aller un peu plus loin et prendre encore plus le temps de le faire. Pourquoi je vous dis ça? Comment je le sais? Les questions que je me pose, les questions que d'autres se posent, les doutes que je peux avoir. Ça, c'est une démarche journalistique intéressante.  Réalisation [00:16:33]  Donc, si j'ai pu le faire, c'est parce que j'avais suivi ça pour France Inter et donc je connaissais déjà bien le dossier quand je me suis lancée dedans. Après, j'ai travaillé sur mon temps libre, c'était le deal, pour ce qui est de la conception et de l'écriture. Et à la rentrée de septembre, j'ai eu un mois et demi dégagé puisque là, il fallait vraiment travailler avec les réalisatrices notamment, pour finir le montage des interviews, l'écriture, et puis enregistrer, mixer. Et ça, c'est vraiment très précieux. Je trouve qu'il y'a vraiment un très beau travail de réalisation sonore aussi avec les réalisatrices de France Inter qui sont dédiées à ces podcasts d'ailleurs, comme Fanny Bohuon et Anne-Sophie Ladonne, qui ont trouvé par exemple la musique du générique, qui m'ont suggéré plein de choses. C'est un beau produit sonore.  Bilan [00:26:12]  Pour la radio, on est vraiment dans notre fonction de service public. C'est quand même un évènement majeur de notre histoire contemporaine, même une page importante qui a eu des répercussions géopolitiques, sociales, politiques. Et donc essayer d'expliquer un peu en détail les faits, le déroulement, moi, je suis très contente de l'avoir fait et je pense que ça fait vraiment partie du cahier des charges et de la mission de France Inter. Qu'est ce que ça m'a apporté, d’un point de vue personnel ? Moi, j'étais à la fin d'un cycle. Je savais que j'allais quitter le service police-justice pour me tourner vers d'autres fonctions. Moi aussi ça m'a évidemment beaucoup marqué ces dernières années. J'avais envie, encore une fois, de recoller les morceaux et de laisser de laisser un produit qui me permette, pas de mettre un point final, mais en tout cas de faire, j'espère, un bon résumé de ce que je savais à ce moment-là. Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Certains groupes de presse régionale surveillent de près leurs lecteurs et le bassin de population sur lesquels ils interviennent. C’est le cas du groupe Rossel-La Voix du Nord, qui a créé il y a plus de vingt ans une direction des études. Guillaume Lecointre, le directeur, est venu nous expliquer son fonctionnement, son lien avec la rédaction en chef et l’évolution de l’attitude des journalistes vis-à-vis des études marketing. Nous avons aussi parlé de ces fameux lecteurs-clients, de la manière dont ils avaient évolué et de ce qu’ils attendaient aujourd’hui de la presse. Entre l’enregistrement de cet épisode, dans les studios de Créatis à Paris, et sa diffusion, nous avons tous été confinés. Mais tout était prêt de notre côté et nous sommes en mesure de vous proposer cet épisode, qui ne parle ni de Covid-19, ni de toux, ni de couvre-feu et encore moins de malades. ----- Pour aller plus loin http://www.rossel-lavoix.fr/ ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Comment répondre aux innombrables questions du public face à la crise sanitaire inédite liée au coronavirus ? Le groupe TF1 a fait le choix, non pas de la libre antenne, mais d’un robot conversationnel. Julien Laurent, le pilote de ce projet mis en place en quelques jours, raconte cette expérience. La période du confinement a aussi permis au directeur marketing pour l’info de TF1 et LCI d’avancer sur le sujet de l’audio, avec un nouveau podcast natif, “On déconfine l’info”. En un mois et demi d’utilisation, près de 400 000 personnes ont utilisé le chatbot coronavirus de LCI, qui a eu les honneurs du 20 heures de TF1 sept fois. Pour un total de près de 800 000 questions, dont 25 000 dès la première demi-journée. Surprise, elles ne portaient pas tant sur des points médicaux ou l’actualité, mais surtout sur des interrogations pratiques, avec des cas très concrets comme la gestion de la garde alternée entre parents séparés. Cet outil conversationnel créé avec la startup Clustaar a permis une autre expérimentation : créer un pont pour la première fois entre l’info de TF1 et LCI, d’une part, et le site Doctissimo, racheté en 2018.  Au final, pour TF1 l’enjeu de cette opération chatbot, sans enjeu financier et a priori à usage exceptionnel, tient à l’ancrage d’une image de “média d’écoute du public” avec un fort engagement digital. Le nouveau dispositif d’intelligence collective “Ma nouvelle vie” va dans le même sens. Il s’agit d’inventer avec le public le média d’après. ----- Pour aller plus loin https://www.lci.fr/questions-coronavirus/ https://www.lci.fr/podcast/ ----- L’essentiel de l’épisode  Chatbot, conception et résultats [02:45] On a été confrontés à un vrai questionnement en tant que média : dès l’émergence de la crise, on s’est mis à produire énormément de contenus sur le sujet du coronavirus et du covid, et on voyait les questions affluer. Cela tombe bien, le métier d’une rédaction c’est de répondre aux questions. Mais il y a tant de questions et on produit tellement de contenus. Comment faire pour centraliser toutes les réponses qu’on produit et que ce soit facile pour un utilisateur de pouvoir trouver les réponses à ses questions ? [05:10] Il a fallu rouvrir tous nos contenus, identifier à l’intérieur de nos contenus quels éléments de réponses on pourrait y trouver pour quelles questions et ensuite synthétiser ces éléments de réponses pour les associer aux articles qui permettent aux utilisateurs de creuser la réponse.  [09:03] C’est un exemple d’une technique qui se met au service d’un contenu. Très vite on atteint le premier seuil critique de 25 000 questions pour que les moteurs d’intelligence de la solution de Clustaar se mettent à fonctionner. Il nous aura fallu seulement une demi-journée pour l’atteindre. Très vite, on voit des intentions, des besoins de réponses émerger, sous forme d’ensembles. [09:37] Le premier constat qu’on fait très vite, c’est qu’on s’est trompés sur le postulat de départ. Au début on se dit qu’on va faire un chatbot très santé : “je tousse, qu’est-ce que je fais?” Ou alors très actu : “où en est la propagation, la diffusion?” Très vite, on voit que la grande question des gens, c’est : “est-ce que je peux faire ceci ou cela?” [10:23] C'est génial, parce que d'abord, on a un baromètre des questions de la société, c’est extraordinaire. On voit toutes les questions que se posent les gens et on se rend compte que c'est des questions pratiques beaucoup plus que des questions de santé. Ça veut dire que très vite maintenant, il faut qu'on aille chercher des réponses à ces questions.  On a un comité tous les jours de l'équipe projet qui analyse les cinq grandes nouvelles intentions qui apparaissent, qui regarde un peu les tendances et qui réajuste le dispositif éditorial à l'intérieur du chatbot pour qu’il soit de plus en plus performant. “Un média d’écoute” [14:16]  Nous, on a misé sur une interactivité très directe, de réponse directe à la question. Ce n’est pas de la libre antenne, c'est encore plus que ça. C'est encore plus précis. On ne filtre pas. On a vraiment ouvert grand les bras aux questions des gens en assumant qu'on n'aurait pas 100% de réponses parce que c'était une machine. Mais voilà, c'est une autre modalité.  En faisant ça, on a essayé de démontrer que notre vision est de ne pas être un média sachant et descendant. En quoi a renforcé le lien à travers cette forme d'interactivité entre nous et les gens ? Hé bien ça renforce ce lien parce que on n'est pas un média top-down de sachants qui va leur expliquer ce qu'ils doivent savoir. Mais on va plutôt essayer de comprendre ce qu'ils veulent qu'on fasse pour ensuite construire notre information. [16:46] On n’attend aucun revenu en particulier en termes d'espèces sonnantes et trébuchantes. On n'est pas dans cette séquence-là. En revanche, encore une fois, on veut petit à petit démontrer que notre ambition est d'être un média d'écoute, un média digital à l'écoute du pouls, de la société et des gens.  [19:45]  Sur cette histoire de chatbot, je pense qu’on sera pragmatique. L'expérience est passionnante mais elle ne peut pas être pérenne. Pourquoi pas le maintenir typiquement sur des sujets comme la médiation de l’information? Essayer de voir si ce n’est pas mieux qu'une boîte mail d'avoir déjà une première réponse tout de suite. Mais je ne crois pas que ce soit une façon de faire de l'information. Après, ce qui me semble être une façon de faire de l'information et qui est encore un enseignement du chatbot, c'est d'écouter les gens. C’est une très bonne façon de trouver des sujets et des angles. [21:13] Quand on est un média d'information, on a forcément une dimension citoyenne et elle est passionnante à creuser à l’ère de l'accélération digitale des médias. Là, ce qu'on met en place c’est une plateforme qui va permettre aux gens de se projeter et donc de nous projeter dans la vision qu'ils ont du monde d'après.  Bien malin, ou sans doute très doué, le patron de rédaction qui aura la vista suffisante pour fabriquer le média qu'attendent les gens dans six mois. Et bien en fait nous, on préfère donner la parole aux gens, les laisser s'exprimer. C'est une approche très civictech, appliquée aux médias d'information.  On va questionner les gens, puis ensuite on va les faire écrire. On va les engager véritablement dans la production de contenus, ce contenu étant de la donnée qui sera retravaillée, recompartimentée, quelque part digérée, pour nous donner une trajectoire éditoriale. C’est une plateforme d'échanges citoyens qui doit nous guider dans la production du contenu que trouveront les gens dans six mois. Podcasts [24:45] On ne fait que des podcasts natifs. Et quand on a lancé cette initiative podcast il y a un an et demi avec le premier podcast qui s'appelle “Impact Positif”, on l'a fait vraiment dans l'esprit du podcast natif. Et pour tout dire, on a complètement bootstrappé le projet. On a été chercher une heure dans le studio de mixage du JT avec une journaliste pour monter petit à petit ce programme. Enregistrement avec un zoom H5 comme tout bon podcasteur natif. On a vraiment fabriqué ça quand on aurait pu faire à la maison. Après, on s'est doté d'une vocation éditoriale, on s'est donné une ligne de conduite, on a multiplié les programmes, on a relativement professionnalisé la production. On fait ça maintenant de façon organisée avec des plannings etc mais on ne fait que du natif. Pour autant, on ne s'interdit pas, à terme, de faire le chemin inverse des radios.  Les radios ont d'abord fait du replay audio et elles se sont mises à faire du natif. Nous, on aura appris cette semaine du podcast 100% en natif et on ne s’interdit pas à un moment de mettre des bouts d'antenne en audio parce qu'après tout ça fait sens. [28:40] Sur les podcasts, je crois assez au modèle éditeurs-producteurs. J'aime beaucoup les modèles que peuvent déployer des Great Big Story, par exemple, aux Etats-Unis et finalement on n’est pas très loin de cette approche-là. Ils produisent un contenu singulier, ils développent une pâte, ensuite ils vendent la possibilité à des marques de s'associer à ces contenus-là pour les co-produire, à partir du moment où ça ne galvaude pas le contenu. Et puis surtout ils produisent du contenu “à la manière de” et je trouve ça très sain. ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Christophe Coquis a eu des sueurs froides en lançant le financement participatif de la version papier de Geek Junior pile au moment où la France se confinait pour lutter contre le coronavirus. A quelques jours de la fin, tout va mieux : la collecte est un succès. Le site d’info geek pour les ados, créé en 2015, va se décliner en magazine dès le mois de mai. Geek Junior vise à permettre aux ados de mieux maîtriser leur environnement numérique et aussi à aider les adultes autour d’eux à les accompagner dans cette exploration. Le magazine a été pensé sous forme de tutos, avec des fiches à découper. Pour assurer la pérennité du média, Christophe Coquis peut donc maintenant compter sur ses premiers abonnés issus de la campagne participative ainsi qu’un partenariat avec Okapi. Il va aussi développer les abonnements dans les CDI des collèges à travers la France. Basé dans le Tarn, le serial entrepreneur des médias est un habitué de la frugalité. Il développe ce projet comme il avait déjà lancé il y a quelques années Gaillac info, un site d’info hyperlocale accompagné d’un mensuel gratuit. Ses règles d’or : la passion et la patience. ----- Pour aller plus loin La campagne de financement participatif sur Ulule  ----- L’essentiel de l’épisode L’origine de Geek Junior [00:03:14]  C'est vrai qu'on a une vision de l'adolescent toujours collé à son écran, qui serait un geek en puissance, capable de tout faire avec son appareil mobile ou avec un ordinateur. En fait, on en est assez loin. C’est à ça que j'ai pensé en créant le média en ligne Geek Junior. L'objectif était de pouvoir aider les adolescents à mieux mieux maîtriser leur environnement numérique. [00:04:42]  On peut aussi parler de sujets beaucoup plus larges de l'univers geek, les séries télé, les mangas, tout ce qui tourne autour de l'univers geek au sens large.  [00:05:18]  L'article qui fonctionne le mieux depuis depuis longtemps, c'est un récapitulatif de toutes les ressources pour apprendre à coder.  Une version papier pour les parents ? [00:13:47]  On a pensé aux parents, mais aussi aux professeurs, notamment aux professeurs documentalistes. A tous ceux qui transmettent l'information et qui peuvent aussi se nourrir de cette information pour améliorer leurs pratiques et aussi mieux transmettre ces pratiques auprès des adolescents. C'est un peu l'idée du magazine. On sait que ces magazines papier, les adolescents ne vont pas naturellement aller sur ce type de supports. [00:15:31]  Le magazine, je l'ai conçu sous la forme de tutos. Il y a un tiers sur l'actu et deux tiers sous la forme de tutos, avec des fiches qu'on va pouvoir découper facilement. [00:16:17]  On veut faire découvrir Geek Junior d'une manière différente auprès des ados par des tiers. A l'intérieur du magazine, il y aura quatre pages détachables pour les parents. Et là, c'est vraiment sur. Pour accompagner les parents par rapport à la pratique du numérique vis à vis de leurs enfants, notamment la gestion des écrans. Objectif 1000 abonnés  [00:17:33]  On a besoin d’un minimum d’argent quand on passe au papier. C'est pour ça qu'on est déjà là, à la campagne Ulule. C'est pour ça aussi que je me suis entouré de personnes qui ont commencé à investir dans le magazine, dans tout ça pour commencer à construire quelque chose de plus solide. [00:18:18]  Au début, on pensait on espérait entre 15 et 20.000 euros. Après, il y a eu le confinement qui est arrivé et là, on a beaucoup moins fait les malins parce que notre campagne Ulule a commencé juste avant de confinement. On a vraiment flippé et malgré tout, on a réussi à dépasser l’objectif initial. On est presque à 12.000 euros. Il nous reste encore une vingtaine de jours. Je pense qu'on va arriver pas loin des 15 000. Donc, on n'est pas si loin de l'objectif initial. Avec ça, qu'est ce qu'on peut faire? On peut imprimer les premiers numéros, payer la graphiste, payer le routage pour envoyer les magazines.Et puis c'est à peu près tout. Moi, je n'arrive pas à me payer avec trois cents abonnés, c'est évident. L'objectif derrière, c'est de proposer le magazine auprès notamment des bibliothécaires, des professeurs documentalistes pour qu'ils puissent s'abonner à leur collège. [00:19:24]  Il y a 5.000 collèges en France. Si on arrive déjà à attirer 10% de ces collèges, ça fait 500. Et là, ça commence à être intéressant. L'objectif, c'est d'arriver très rapidement à 1.000 abonnés pour trouver un modèle économique et payer les charges du magazine.  Convaincre les ados… et leurs parents [00:21:01]  C'est bien l'idée avec ce magazine d'éducation numérique, c'est que les parents puissent se dire : tiens, mon enfant va pouvoir découvrir peut-être autre chose que ce qu'il fait habituellement sur son téléphone portable, où il a tout le temps le nez sur les deux mêmes applications, Instagram et Tik Tok, par exemple. En tout cas, c'est l'objectif du magazine de proposer autre chose, de montrer ou de développer la culture, les compétences numériques des adolescents. Et c'est là dessus qu'on joue auprès des parents pour les motiver à abonner leurs enfants.  Serial entrepreneur frugal [00:21:51.610]  Avec Gaillac info, j’ai été un des pionniers des médias locaux en ligne. C'était à la fois un média en ligne et un magazine papier gratuit qu'on livrait tous les mois chez les commerçants. C'était de l'hyper local, un micro média.  Je me suis beaucoup amusé avec ça. L'idée quand je crée un média, c'est de m'amuser avec une thématique qui m'intéresse. Et puis, c'est une première expérience pour moi en termes de création de média. J'en avais créé d'autres au sein d'entreprises avant, mais là, c'était moi tout seul et j'ai fait ça pendant quatre ans. [00:22:55]  Et après, j'ai revendu Gaillac Info à une agence de communication locale et je suis parti à Barcelone pendant quatre années où j'étais le rédacteur en chef de la version française d'un site d'informations technologiques qui s'appelait SofTonic.  [00:25:58]  J'interviens de temps en temps dans les collèges, dans les lycées, notamment pour tout ce qui concerne l'éducation aux médias. J'interviens aussi auprès des bibliothécaires, médiathécaires pour essayer d'attirer de nouveau les adolescents dans leurs structures. Et c'est effectivement grâce notamment à l'activité de Geek junior que j'arrive à faire ça et c'est une partie de ma rémunération. [00:27:33]  Geek Junior est partenaire de Okapi, du groupe Bayard Presse. On fait la page geek de Okapi. C'est geek junior qu'il a produit, enfin c'est surtout moit.  [00:29:08]  C'est facile de lancer un média en ligne ou créer un site web. Ce n'est pas très compliqué mais ce qu'il faut, c'est de la constance. Et puis, ne pas oublier quelles sont ses priorités personnelles.  C'est super important, et notamment les priorités financières, surtout quand on arrive à un certain âge, avec une maison à payer, des enfants, etc. [00:32:06]  Quand on a créé un média, c'est généralement pas par hasard. C'est parce qu'on a vraiment déjà beaucoup travaillé sur le sujet. On connaît bien le sujet et on sent qu'il y a un vrai besoin. Donc il faut suivre son intuition, bien définir ce qu'on veut faire au niveau, au niveau professionnel et quel équilibre on veut avoir. Moi, je vis dans le Tarn, ça a plein d'avantages: il n'y a pas beaucoup de cas de coronavirus... Mais en même temps, pour créer un média national, c'est compliqué. Pour tous les réseaux à créer, c'est plus long. Justement, ça permet aussi de faire des choix et ne pas perdre son temps.  Et ensuite, comme je l'ai déjà dit, il faut vraiment faire attention à s'assurer une indépendance financière, quelle qu'elle soit. [00:33:49]  Moi, je savais ce que cela pouvait donner. Et puis, tout de suite, j'ai eu beaucoup de retours et je me suis dit: tiens, a priori, il y a un vrai besoin et en tout cas, ça intéresse du monde. Mais il faut tester, savoir aussi arrêter un média si ça ne marche pas ou si vous avez plus l'envie. Si ça devient une punition pour vous, il faut arrêter. ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
L'Équipe sans sport, c’est un cas d’école assez fascinant. Cette semaine dans A Parte, Jérome Cazadieu, son directeur de la rédaction, raconte ces quelques semaines absolument sans équivalent dans l’histoire plus que centenaire du quotidien sportif.  L'Équipe a passé le cap et a même recruté environ 10 000 abonnés numériques depuis le début du confinement !  Comme tous les autres médias, il a fallu basculer intégralement en télétravail. Premières mesures lorsque les compétitions se sont arrêtées : passer en pagination estivale réduite, suspendre le magazine et réduire fortement le prix de ventes au numéros.  Ensuite il a fallu innover. Chaque jour, le quotidien publie deux séries permettant de se replonger dans les archives sportives. Le journal a également créé le programme “Bob L'Équipe Challenge” dans sa rubrique “coaching”, avec des vidéos quotidiennes de Bob Tahri, ancien athlète de haut niveau, préparateur physique, coach mental et nutritionniste. Cette nouvelle tendance éditoriale centrée sur la pratique amateure des Français va certainement perdurer, de même qu’une dimension plus participative des lecteurs. Maintenant il faut tenir car les événements majeurs ont été reportés de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Le sport ne va pas repartir normalement de sitôt. Et bien entendu penser à l’avenir. Jérôme Cazadieu veut faire de L'Équipe un journal “plus engagé sur le sport santé,  le sport société, plus écologique et raisonnable économiquement”. En attendant, L'Équipe Explore offre une bouffée d’oxygène à ses lecteurs avec la sortie vendredi 24 avril, de la série de vidéos interactives “Un Printemps suspendu”, tournées sur les plus hauts sommets des Alpes. ----- Pour aller plus loin Lien de l’Equipe Explore qui sort le 24 avril ----- L’essentiel de l’épisode [04:20] A chaque fois qu’on arrivait en fin de semaine, on se posait la question : est-ce qu’on va être capable de faire la même chose la semaine suivante, avec suffisamment de sujets forts pour aller à la Une ? Cette interrogation on ne l’a plus. On sait qu’on est capables d’avoir des idées, de mobiliser des énergies, d’aller chercher des sujets nouveaux… Sur notre capacité éditoriale à tenir la ligne, on sait qu’on est capables de le faire. Ce qui est plus difficile c’est qu’on reste beaucoup dans l’incertitude et qu’on ne connaît pas les conditions de reprise des événements sportifs. [06: 27] On essaie d’être les plus attentionnés possibles pour lisser la charge de travail dans la journée et éviter d’avoir des coups de chaud parce que les coups de chaud en télétravail c’est compliqué. Sur une semaine ça va mais avec la répétition sur 5 semaines, on sent que ça fatigue les équipes. [08:27] Nous ne pouvons être 100% coronavirus, même si on doit s’intéresser aux initiatives, aux belles histoires, et par exemple on fait un portrait tous les mercredis baptisé “Nos héros”. On a essayé d’aller aussi sur l’information sportive parce qu’il se passe encore des choses : les sportifs ne restent pas chez eux à rien faire, les institutions sportives ont une continuité d’organisation, elles préparent la saison prochaine… [09:43] On a essayé aussi de toucher une des seuls effets positifs de cette période, à savoir l’activité physique des Français. Les gens font du sport, du yoga, vont courir... On a essayé tout de suite de s’accaparer cette thématique avec le “Bob L'Équipe challenge”. [11:08] Les “Bob challenge” c’est intéressant parce que globalement L'Équipe couvre surtout le sport professionnel, le sport de haut niveau, et là ça nous permet de toucher un autre segment qu’on ne touchait pas aujourd’hui. [13:30] On ne va pas ressortir de cette crise comme on en est entrés. Cette crise peut durer jusqu’à la fin de l’année, voire au début de l’année prochaine, pour le sport et aussi pour nous, sur la manière dont nous traitons le sport. [14:25] La question de la pratique, du sport santé, du sport société, de l’impact du sport sur un certain nombre de sujets, c’est quelque chose que nous pouvons pousser au fil de l’eau. Pareil sur des formats numériques interactifs. [15:30] On a intérêt à apporter notre vision, d’un sport plus équitable, plus raisonnable économiquement, un sport plus écologique. On va être beaucoup plus engagés. [18:48] Pour la sa série Equipe explore  “Un Printemps suspendu”, publiée le 24 avril, on a bossé avec la société de production Upian pour en faire un objet un peu unique avec beaucoup de motion design, d’animation 3D pour montrer la montagne sous un angle interactif. [20:38] Nous avons la chance d’avoir 7 et 8 millions de personnes qui ont téléchargé l’appli cation de L'Équipe et ces gens viennent une dizaine de fois par jour. Ils sont très connectés à notre univers. Il y a moins de fidélité qui viennent par le web et les réseaux sociaux. [21:26] Le trafic, en règle générale avec des compétitions, oscille entre 1,4 et 1,6 milliard de pages vues par mois. Evidemment il a baissé mais il reste suffisant pour conserver de la publicité. [22:18] On a recruté beaucoup d’abonnés depuis le début du confinement, entre 3 et 4 fois plus de nouveaux abonnés que d’habitude. Nous sommes à 276 000 abonnés, soit à peu près 10 000 nouveaux abonnés. [24:53] Moi je ne crois pas à la disparition du papier. Peut-être que je suis un dinosaure de ce point de vue-là. Je pense qu’il y a un usage qui va être un peu renforcé par la crise. Pas en terme de volumes : ils vont continuer à baisser compte tenu de la crise de la distribution. En revanche, est-ce que les gens ne vont pas avoir besoin d’avoir des temps plus longs ? [25:45] La nature du support compte : par exemple quand on prend un journal papier le matin, on se pose avec un café pour le lire. Je crois que nos lecteurs vont un peu changer de mode de vie. Si la publicité continue de décrocher, cela rendra l’équation économique plus incertaine. [27:20] Pour les médias, cette crise va nécessairement accélérer la transition numérique. En particulier pour notre rédaction dans sa manière de fonctionner. Tout le monde travaille directement dans les back-offices numériques alors qu’il y avait encore un peu de réticences. On a aussi vu l’agilité de nos journalistes pour faire des visioconférences.  [28:36] Cela fait trois ou quatre ans qu’on parlait à l’équipe du télétravail. On l’a mis en place en 15 jours.  [29:30] Il ne faudrait pas que tous ces changements provoquent du tout-numérique. Il ne faudrait pas que les médias traditionnels, historiques, que ce soit en presse écrite, radio ou en télé, aient juste une jambe numérique. J’ai peur que cela crée un déséquilibre.  [31:00 ]Les lecteurs papiers n’attendent pas la toujours même chose que les internautes. Ce sera à nous d’imaginer comment on est capables de concilier une transformation numérique qui va s’intensifier avec une industrie traditionnelle qu’on doit être capable de maintenir, d'enrichir, de transformer, de telle sorte à ce qu’elle reste viable à la fois pour l’entreprise qui la porte et pour les lecteurs qui vont la consommer. ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
La crise du coronavirus et son flot de fausses informations ont rendu d’utilité publique les formats de “débunkage” de fake news. Et c’est ainsi que, le 1er avril, France 2 a mis pour la première fois à l’affiche de son 20 heures le module “vrai ou fake” venu de FranceInfoTV et du numérique. Julien Pain, son rédacteur en chef, et toute son équipe ont fait entrer leurs codes visuels inspirés des youtubeurs et leurs méthodes issues du “mojo” (journalisme mobile) dans la grande messe du JT. L’équipe de Julien Pain a en effet l’habitude de partir avec des smartphones pour couvrir les manifestations, de bidouiller quand il le faut pour tester de nouveaux formats et a pu s’adapter en 24 heures aux conditions inédites de télétravail imposées par le confinement. Et quand il s’est agi de contribuer aux besoins de France télévisions pour couvrir cette crise, “Vrai ou fake” s’est imposé tout naturellement. Que restera-t-il de cette expérience après la crise ? Le style de narration et la réalisation très Youtube ne transformeront pas le 20 heures du jour au lendemain. Le télétravail ne deviendra pas non plus la règle pour la machine télévisuel et ses exigences de qualité d’image et de son très élevées. Mais, espère Julien Pain, cette accélération de l’innovation lui permettra de pouvoir mieux diffuser et partager son travail dans le paquebot public et de tester plus régulièrement de nouvelles idées en mode agile. ----- Pour aller plus loin   Le home studio de Julien Pain  La rubrique Vrai ou Fake  Les Observateurs de France 24  ----- L'essentiel de l'épisode Se concentrer sur la lutte contre les intox  [00:05:23] Au moment du confinement, je me suis dit en quoi je peux être utile? Qu'est ce qu'est ce que l'équipe peut faire le mieux et sur laquelle elle peut être efficace le plus rapidement? Il y avait un vrai développement des intox au moment de ce début du confinement, on voyait bien qu'il y avait tout et n'importe quoi qui était raconté sur les réseaux sociaux. En tant que journaliste du service public, j'ai senti qu'on avait un rôle à jouer important parce qu'on s'est aperçu concrètement que les intox tuent au sens propre du terme. Ce n'est plus une allégorie. Concrètement, les fausses informations qu'on reçoit sur les réseaux sociaux en ce moment, peuvent nous mener à l'hôpital. Je me suis dit c'est sûrement là que je pouvais être le plus efficace avec mon équipe en ce moment. Donc, du coup, j'ai réorienté le travail de toute l'équipe sur cette lutte contre les infox.  Du mojo au 20 heures [00:06:30] Un jour, on était au boulot. On n'avait absolument jamais été en télétravail. France Télévisions n'est pas habituée au télétravail. La télé, c'est pas vraiment quelque chose qui se fait en télétravail. Et du jour au lendemain, littéralement, on a monté ce petit projet qui est devenu plus gros de lutte contre les intox en télétravail.  [00:07:30] Au départ, on n'avait même pas d'ordinateur du bureau. C'est notre ordinateur perso, on a installé les logiciels qui nous permettent de faire des interviews, etc. Ensuite on s’est dit, il faut qu'on fabrique des sujets. La meilleure façon de filmer, c'est de le faire avec kits “mojo”. [00:09:14] En gros, c'est l'idée, c'est que le matériel que vous avez tous à la maison c'est le même que j'utilise quasiment moi pour tourner des sujets qui passent en ce moment au 20 heures. [00:09:35] La chance qu'on a à nous, finalement, c'est que ça fait des années qu'on travaille avec ce genre de matériel. Moi, je travaille souvent avec des caméras classiques mais il y a plein de moments où on avait déjà expérimenté de travailler chacun avec des kits mojo, par exemple dans les manifs. Nous, on trouve que c'est plus pratique de filmer avec des iphones parce qu'on est plus discret, parce que on peut se faufiler, parce qu'on peut aller prendre des sonores en se rapprochant plus des gens. Et on intimide moins les gens qu'avec une grosse caméra.  Donc, nous ça fait des années qu'on travaille avec ce type de matériel et finalement, ça a été une chance dans ce moment où il a fallu se redéployer très rapidement parce que non seulement non seulement moi, mais toute l'équipe, était capable d’utiliser ce kit téléphone, etc. Je pense que ça aurait pris beaucoup de temps pour une équipe classique de France Télé. Pour nous, c'était relativement naturel. [00:10:25] On a commencé uniquement avec notre matos à nous, je tournais avec mon téléphone à moi et je montais avec mon ordinateur à moi. Là, on est en train de se professionnaliser un peu, c'est à dire qu'on est en train de récupérer du matos maison pour avoir des outils un peu plus performants pour faire une meilleure image, pour monter de façon un peu plus pointue. [00:11:20] Quand qu'on commence à passer au 20 heures. On attend quand même une qualité technique un peu meilleure. Donc là, on s'est équipé avec un micro qui nous permet même d'être assez loin de la caméra et même en m’éloignant en s'éloignant du smartphone, j'arrive quand même à avoir une qualité correcte.  Et puis après, sur la fabrication, au départ on montait tout seul sur iMovie; maintenant, on fait des bout à bout sur iMovie et ensuite on les envoie au bureau, pour faire rajouter une couche graphique qu’on ne pouvait pas faire. On aime bien, en plus, avoir du texte qui s'affiche, avoir de l'infographie un peu un peu chiadé, qui vient supporter le propos parce que comme on fait du fact checking on a des choses assez précises à expliquer et l'infographie est utile. Et ça, évidemment, on n'est pas infographiste, on ne peut pas faire tous les métiers tout seul. [00:13:15] C'est une période de crise et une période de transformation violente, et moi, personnellement, c'est quelque chose qui m'intéresse. Parce que dans les moments de transformations importantes, il faut imaginer des nouveaux process très rapidement. Il faut changer son logiciel très rapidement. Moi, c'est quelque chose que j'ai toujours aimé.  C'est une période dynamique pour moi d'un point de vue de travail parce que j'ai pu faire évoluer très rapidement des process, sachant que France TV, c'est une grosse maison qui évolue très lentement. Et là, ça m'a donné l'opportunité de faire bouger la maison quelque part beaucoup plus que n'aurais pu le faire.  Ça fait quatre ans que je suis à France TV. J'avais très peu fait évoluer France TV puisque je suis un petit rouage, mais là, en quelques semaines, on a quasiment tous les jours ou tous les deux jours, un sujet entièrement filmé à la maison avec un téléphone qui passe au 20 heures de France 2. Donc, la révolution, elle est énorme.  Alors, je ne suis pas idiot. J'imagine bien qu'à la fin du confinement, le 20 heures, avec sa machine beaucoup plus sophistiquée, va se remettre en place et qu'on aura sûrement moins besoin des kits mojo et heureusement. Mais en même temps, je pense que ça laissera une trace. Je pense qu'on est sur une voie d'innovation qui est intéressante. 15 ans d’agilité [00:16:28] Cela fait 15 ans que je bricole, c'est-à-dire que j'ai toujours été un artisan et un bricoleur dans la télé. Je n'ai jamais fait les choses de façon traditionnelle parce que je n'ai pas de formation télé classique. Quand tout se passe bien, les bricoleurs comme moi, on a peut être moins besoin parce que tout roule, parce qu'il faut savoir gérer des grosses machines. Par contre, dans les moments où il faut aller très vite, on sent qu'il y a un besoin de changement. Et là, le travail que tu as fait depuis 15 ans d'être capable de bricoler et surtout d'avoir formé une équipe, c'est très utile. [00:17:37] Je vois comment les youtubeurs font, je vois comment les mecs font sur Facebook, du coup ça reste dans mon périmètre et le jour où j'ai besoin de dégainer une idée pour la télé, je vais aller la chercher dans d'autres univers. Je crois que la force de l'équipe qu'on a, c'est qu'on est capable d'aller chercher des idées ailleurs, pas seulement dans notre univers. [00:17:59] Nos sujets que tu vois au 20 heures, c'est des “face cam”, donc des gens qui parlent face à la caméra et qui expliquent des choses en alternant très vite avec du in, de la vidéo qui vient rentrer, ensuite des infographies, et c'est monté en ce qu'on appelle le “jump cut”, c'est-à-dire qu'on ne cherche pas à faire de plans d'illustration. L’inspiration c’est Youtube. [00:19:04]  L’équipe, c'est tous des journalistes. Par contre, moi, je ne peux pas avoir quelqu'un dans l'équipe qui a une aversion pour la technique. Si quelqu'un me dit : moi, je suis uniquement rédacteur, donc le techos, c'est le mec à côté qui prend le son ou qui filme, et moi je ne touche qu'à l'éditorial parce que je suis un journaliste, cette personne ne m’intéresse pas. On peut être excellent dans l'éditorial et en même temps toucher un peu à tout; ça ne va pas rendre moins bon éditorialement d’être capable de se servir d'un smartphone. Les Observateurs sur France 24 [00:22:50]  J’ai commencé comme ça le fact checking: j’avais des images, mais je ne pouvais pas les passer à l’antenne tant que je les avais pas vérifiées. Moi, j'ai attaqué le fact checking d'un point de vue très pratique. Il fallait que je vérifie pour pouvoir passer à l'antenne et donc effectivement, en ce moment, où on est en confinement et on voit passer toutes ces images qui circulent sur les réseaux sociaux, moi c'est dans mon ADN de les prendre, de les récupérer et de me dire qu'est ce que je peux en faire, comment je les utilise, etc. Et après ? [00:25:55] Je pense que c'est une graine, elle est plantée. Moi, j'étais une graine qui était hors sol, c'était les tomates hors sol bio de Bretagne. Maintenant, c'est fini. Cette graine est plantée parce que le 20 heures nous a fait rentrer dans le sol. Alors forcément dans un premier temps, on va vivre en recul. On a pris une place pendant le confinement qui était importante parce que quelque part, on n'avait pas le choix. Là, il y aura un recul après la sortie du confinement, c'est sûr. Mais la graine, elle est là et je pense que ça va faire réfléchir des gens.  [00:27:31] Moi, ce que je voudrais, qu'on imagine les formats différemment, c'est-à-dire que pour l'instant, un 20 heures mais aussi une chaîne info, fonctionne avec 3 ou 4 formats. Par exemple, si je prends FranceInfo, on a le sujet télé classique avec un sonore, avec des images d'illustration, avec commentaire sur images et ensuite on a un intervenant en plateau qui fait une chronique, une chronique, c'est toujours la même chose. Et nous, à France Info, on a inventé un nouveau format : un “hub” avec quelqu'un qui se retrouve face à un grand écran et il va pouvoir le toucher parce que c'est un écran tactile.  Là, on est en train de montrer que on peut créer beaucoup plus rapidement des formats qui s'adaptent à ce que les gens voient déjà sur les réseaux auxquels ils sont habitués et qui permettent de se différencier des autres. Et ces formats, il ne faut pas les faire évoluer une fois tous les 5 ans. Il faut toute l'année tester des choses. Moi, je pense qu'il faut expérimenter des choses et ne pas avoir peur de casser les codes pendant l'année. [00:29:04] Si on doit résumer, je pense qu'il faut qu'on prenne un peu plus de risques parce qu'il y a moyen de faire des paris qui fonctionnent.  ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Depuis une semaine, le Monde propose à ses lecteurs de retrouver ses informations sur WhatsApp, pour suivre de plus près l’actualité du coronavirus. C’est l’équipe des Décodeurs qui a mis en place ce service, pour lutter encore plus efficacement contre les fake news. Mais c’est à la porte de leurs consoeurs et confrères du Monde Afrique qu’ils ont frappé pour mieux connaître WhatsApp et ses utilisateurs. Depuis un an et demi, en effet, Le Monde Afrique est présent sur WhatsApp. D’abord via les groupes, puis en touchant un plus grand nombre de personnes grâce à des logiciels spécifiques. La formule a vite connu un franc succès auprès de ses lecteurs, tant l’application de messagerie est populaire sur le continent africain. Mais depuis la fin de l’année 2019, WhatsApp (qui appartient à Facebook) a changé les règles du jeu et les médias ont dû s’adapter.  Au Monde Afrique, on est passé à la fabrication de “statuts” pour continuer à diffuser l’information. Et ça marche ! Marilyne Baumard, la rédactrice en chef du Monde Afrique, est l’invitée de ce nouvel épisode d’A Parte. Elle revient avec nous sur l’aventure de sa rédaction sur WhatsApp, de ses bénéfices et de ses limites. Elle nous parle aussi du traitement de l’information au temps du coronavirus. ----- Pour aller plus loin  Pour s’abonner aux statuts du Monde Afrique sur WhatsApp :  Pour suivre l’actualité du coronavirus avec les Décodeurs sur WhatsApp ----- L’essentiel de l’épisode Le WhatsApp des Décodeurs Les Décodeurs sont allés chercher un petit peu les mêmes choses que nous sur WhatsApp. C'est à dire un lien beaucoup plus proche avec le lecteur, mais aussi une info qui passe mieux et qui passe vers des personnes qui, peut être, ne passent pas leurs journées à écouter le live du monde.fr. Ça leur permet de toucher un autre public, de le toucher différemment. Ça permet à ces messages d'être beaucoup plus viraux que ne peut l'être un article du Monde. Avec la fermeture des frontières un peu partout, bien WhatsApp, c'est une porte d'entrée qui permet d'être écouté, d'être lu dans la francophonie un peu partout dans le monde. C’était un objectif aussi des Décodeurs d'aller, comme Le Monde Afrique, chercher un public non français. Test and learn On a commencé sur WhatsApp, au Monde Afrique, en se disant on va voir ce que ça donne. Comme on est aujourd'hui sur Telegram : on voit ce que ça donne. On n’en sait rien. Il faut inventer. Il faut regarder pour regarder ce qui plaît au lecteur, ce qu'il a envie de lire et ce qui est utile dans le paysage aujourd'hui. Les relations avec WhatsApp On a déjà eu beaucoup de mal à créer un lien avec l’entreprise WhatsApp. C'est une toute petite équipe qui n’a pas de représentation en France. Donc, ils ne s'embêtent pas à discuter avec les médias. Les choses sont devenues très compliquées quand ils ont changé les règles du jeu. Ce qui se passait au départ, lorsqu'on a lancé le WhatsApp Afrique, c'est que l'on pouvait, par un logiciel, déplafonner nos 256 abonnés par groupe. Ce qui fait que l'on avait un immense groupe d'abonnés qui ne prenait pas en compte ce chiffre plafond de 256. Et puis, un jour, au cœur de l'été 2019, WhatsApp a donc annoncé que tout ça s'était terminé, qu'il n'était plus question d'avoir des logiciels qui plafonnent et qu’il fallait rentrer dans le moule et se limiter à la diffusion d'une information à 256 personnes. Ce qui était totalement inconcevable pour nous. L’utilisation de statuts de WhatsApp Alors on a testé nos abonnés WhatsApp. On leur a demandé : “Qu'est ce qui vous conviendrait? Qu'est ce que vous aimeriez qu'on fasse pour continuer à vous informer via WhatsApp?” Et ils nous ont dit : “Nous, on regarde les statuts WhatsApp.” C'est là qu'on a commencé à faire des petites vidéos qui présentent aussi une actualité dans les statuts de l’application. Il y a un peu l'équivalent du chapeau et du premier paragraphe d'un article, mais s'il le souhaite, l’internaute peut cliquer sur le lien et se retrouver sur le site du Monde Afrique pour lire l’article en intégralité.  Cela ne change pas l'info qu'on donne. On repart toujours de notre info de base. Ce qui change, c'est son mode de présentation. C’est la porte d'entrée qui change et qui va faire que l'on est plus engageant et que l'on va aussi permettre à des gens qui n'ont pas envie de lire cinq feuillets sur les tests coronavirus d'avoir cette information. Et puis, petit à petit, d'aller de plus en plus vers des articles plus longs. Qu’est-ce qui change ? Donc, ce n'est pas l'info qui change, mais c'est la façon de l'amener. Et ça aussi, c'est très enrichissant pour nous, journalistes, parce que on a envie aussi que les choses bougent un peu. On a envie de bouger les formats. C'est quand même un vrai espace de liberté qui est intéressant à utiliser. La contrainte du format sur WhatsApp, c'est la même contrainte que quand on veut faire un bon papier. C'est de donner un maximum d'infos dès le début, sans rebuter. Donc, c'est répondre à ces fameuses quatre ou cinq questions importantes (les 5W). Et en même temps, que ce soit en engageant que ce soit un peu fun et que ce soit beau aussi. A partir du moment où l'information est vérifiée, c'est notre standard. La forme, elle peut bouger, elle doit bouger, elle doit évoluer. Les statistiques d’audience, les retours Le nombre de retours qu'on a est aussi un vrai moyen de mesurer l'implication des lecteurs et leur attrait pour ce vecteur d'information. Mais ce qu'on ne peut pas mesurer, c'est le nombre de partages. WhatsApp en Afrique En Tunisie, WhatsApp n'a pas une bonne réputation. Alors que sur toute l'Afrique francophone d'Afrique de l'Ouest, ça marche vraiment très bien. C’est le cas aussi au Maroc et en Algérie. On a vu que ça avait beaucoup augmenté pendant les événements en Algérie. Au Cameroun aussi, ça fonctionne bien. Le Monde Afrique au temps du coronavirus On a une vingtaine de correspondants en Afrique. Ils sont tous restés sur place et ils travaillent tous. Ils sont tous en lien avec les populations, même si on leur demande de prendre des précautions pour travailler. Mais ils font leur boulot sur le terrain pour essayer de voir quelles sont les limites de ces beaux messages qui, vus de France, disent que l’Afrique est confinée. Il y a des choses qui sont qui sont impossibles en Afrique. “Lavez-vous les mains vingt fois par jour !” D'accord. Mais quand on est dans un quartier où il n'y a pas d'eau courante, comment on s'y prend ? Tous nos déplacements d'un pays à l'autre se sont arrêtés. Donc on travaille à Paris, on fait remonter de l'info beaucoup plus de nos correspondants qui, eux, sont restés sur le terrain.  Et puis sur place ? Bah, voilà, ce qu'on demande, c'est d'être prudent. Bien sûr, on a des journalistes malades, ils se soignent. Et puis on est avec eux et on surveille que les choses ne dégénèrent pas. Et on continue à aller voir sur le terrain, à être au plus près des gens. ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
A Parte poursuit sa série sur les médias en pleine gestion de crise du Covid-19. Cette semaine, Erwann Gaucher, le directeur du numérique de France Inter, a trouvé un rapide créneau pour nous raconter à chaud comment les choses s’organisent au sein de la “première radio de France” et comment innover, avec des “concerts dans la cuisine” inaugurés avec Stéphane Eicher ou un nouveau podcast, “Paroles de soignants”. Il a fallu abandonner les captations vidéos des émissions d’info en studio qui cartonnent sur Youtube en temps normal et constituent un tiers de l’audience numérique. Une solution a finalement été trouvée - en visioconférence - pour les humoristes. Parallèlement, cette crise a été l’occasion de mettre l’accent sur la mission éducative d’Inter. Des trésors ont été dénichés pour aider les lycéens à réviser leur bac de français ou d’histoire. France Inter mise aussi sur les podcasts natifs. Cette semaine, elle inaugure une production quotidienne, publiée juste avant les applaudissements de 20 heures, avec des témoignages de soignants sur 5 à 7 minutes. Et en quinze jours, les podcasts "Les Odyssées" et "Les histoires d'Oli" ont dépassé les 2 millions d’écoutes.  Dernière tendance, comme nombre d’autres médias, la radio publique ouvre grand son antenne aux questions des auditeurs et auditrices. Un flot incroyable de questions sont envoyées directement sur Facebook en messages directs. Elles ont toutes droit à une réponse informée. Que restera-t-il après la crise ? A minima de nouvelles habitudes de travail, constate celui qui se décrit sur Twitter comme un “agitateur de rédaction”. Il est servi. ----- L’essentiel de l’épisode  Mise en place en un week-end [00:02:56]  France Inter étant ce qu'on appelle un opérateur d'importance vitale, il était, dans le cadre d'une crise sanitaire comme celle que l'on vit depuis quinze jours, absolument essentiel que nous soyons en capacité de continuer à émettre sur les ondes, mais aussi de mettre ces contenus à disposition de tout le monde sur les différents devices numériques, le site, l'application et l'ensemble des supports sur lesquels nos auditeurs nous écoutent chaque jour en numérique. Avec comme pour tout le monde, la petite difficulté de l'équation, c'est que il ne fallait plus personne à la Maison de la radio. [00:05:22]  Il fallait vraiment qu'on soit efficace tout de suite parce que nos audiences ont quasiment triplé en quelques heures, les visites, les écoutes, en direct, en podcast. On a senti ce réflexe qui rappelle l'importance de la radio dans les moments de crise. C'est vraiment le média vers lequel se tourne naturellement le plus de monde. C’est de brancher la radio quand il se passe quelque chose de très grave et très important.  La vidéo [00:05:58]  La première chose, par la force des choses, ça a été de supprimer la vidéo. Et ce n'est pas anecdotique parce qu'aujourd'hui un tiers de l'audience numérique de France Inter se fait en vidéo. C'est un des grands lieux de conquête. On a une chaîne YouTube qui marche très, très fort, avec plus d'un demi-million d'abonnés. On fait environ 40 à 45 millions de vidéos vues par mois. Ça représente vraiment une grosse part de notre audience et c'est sans aucun doute, même si on n'a pas de chiffres précis, on le voit par recoupement, une grande partie d'internautes qui ne sont pas des auditeurs de radio. Donc ce sont des gens qui n’écoutent France Inter que par le biais de la vidéo et notamment de YouTube. Dans les premiers jours, on a donc dû couper puisqu'on n'avait plus personne en studio, on n’avait plus d'invités, on n'avait plus non plus suffisamment de gens pour s'occuper de la radio filmée, puisqu'on a évidemment transféré le maximum des forces vers l'antenne pour avoir le moins de monde possible de gens dans des studios.  Petit à petit, on y est revenu, à travers des fausses vidéos qui sont les fameuses vidéos avec des ondes défilant sur des photos. Et puis depuis le début de la semaine, notamment à travers les chroniques d'humour très, très attendues qu'on nous réclamait beaucoup. Accent sur l’éducation et les podcasts [00:08:33]  Cela s’est très vite mis en place. Depuis plusieurs mois, voire un peu plus d'un an, côté numérique à Inter, on travaille avec l'envie de proposer aux enfants et aux jeunes parents des choses à écouter, à faire écouter à leurs enfants sans avoir à les mettre devant un écran. Et le podcast est assez génial pour ça. Et il suffit de voir un enfant entre jouer aux playmobil en écoutant “Les Odyssées” pour comprendre tout l'intérêt, c'est-à-dire qu'il n'est pas captif de la chose. [00:09:37]  Ces offres ont vraiment beaucoup plus cartonné que je ne m'y attendais puisque Oli, le podcast des histoires pour les petits et les Odyssées, pour les un peu plus grands, ont été écoutés 2 millions de fois en dix jours. C'est vraiment assez énorme pour des podcasts qui ne passent pas à l'antenne, qui sont uniquement en podcast natif. [00:13:05]  Notre nouveau podcast  s’appelle “Parole de soignants” et l'idée n'en est pas forcément très, très originale. On a simplement constaté ce qui se passe autour des soignants, cette envie des gens d'aller les applaudir tous les soirs. Nous on a beaucoup de témoignages à l'antenne, de médecins, d'infirmières, de toute cette communauté de soignants dont tout le monde sait qu'ils sont en première ligne actuellement. Et on se dit que ce que l'antenne ne permet pas tout le temps en temps, c'est-à-dire d'avoir un témoignage sur la longueur, pourrait faire un podcast intéressant. Là, on est depuis quelques jours vraiment les mains dans le cambouis pour pouvoir sortir chaque soir avant 20 heures, un podcast de 5 à 7 minutes. C'est-à-dire qu'on veut leur laisser la parole en longueur, qu'ils nous expliquent ce qu'ils vivent en ce moment dans les différentes régions de France, dans les différents métiers de la communauté soignante, leurs problèmes, leurs peurs, leurs envies, leurs coups de gueule, leurs coups de coeur et leurs petits moments joyeux. [00:14:20]  Enregistrement à distance avec un réalisateur à distance qui travaille dessus. C'est presque le plus long à mettre en place : le cheminement pour pouvoir industrialiser la chose. Parce pour faire un ou deux épisodes on sait le faire maintenant rapidement, même dans ces conditions. Mais si on veut que tous les soirs à la même heure, un podcast sorte, c'est là où l'organisation doit se mettre en place.  [00:15:15]  Vendredi dernier, on a inauguré un concert à distance avec Stéphane Eicher depuis sa cuisine. Concept qui devrait se renouveler au fil des semaines avec des concerts de musiciens depuis leur cuisine. On n’avait rien, pas de bons smartphones. Et au final, la qualité de ce qui a été diffusée n'est évidemment pas optimale, pas celle qu'on admettrait si Stéphane Eicher était venu jouer dans nos studios, mais elle est tout à fait correcte. Il faut vraiment souligner le boulot des équipes techniques. Réseaux sociaux [00:18:10]  On a eu une montée en charge de commentaires et de DM, de messages directs, que ce soit sur Facebook ou Twitter. Et je pense que c'est à ça qu'on voit aussi la qualité d'une communauté. Les gens n'étaient pas là, forcément, pour poser beaucoup de questions entre eux, même s'il y en a eu beaucoup plus que d'habitude, mais ils venaient nous poser des questions. Mais concrètement, est ce que je peux faire ça concrètement? Est ce que je dois faire ceci ou cela? Est ce que je vais voir? Et c'est là où on se dit qu'on a réussi à tisser un lien. [00:18:43]  Là, je tire un coup de chapeau à l'équipe de community management parce qu'il ont vraiment passé quinze jours à répondre individuellement. Je pense que la quasi-intégralité de ceux qui nous ont envoyé un message privé via Facebook ou Twitter pour nous poser une question ont reçu une réponse qui n'était pas simplement un accusé de réception, mais une réponse pour leur dire : voilà, nous, on a trouvé dans telle émission, dans tel article de la rédaction, quelque chose qui nous semble répondre à votre question et on vous propose de le lire ou d'écouter pour vous renseigner. [00:21:05]  On a un vrai Facebook qui cartonne en ce moment, c'est à dire qu'on a vu le taux par rapport au nombre de fans que l'on a sur Facebook et le nombre de visites que ça génère, qui est très, très important.  Travail concentré sur la lutte anti fake news [00:21:28]  Immédiatement, on a vu circuler absolument tout et n'importe quoi sur WhatsApp, Messenger, sur les réseaux, en vidéo, etc. Stéphane Jourdain, le rédacteur en chef numérique, s’est dit que c'était vraiment ça qu'il fallait creuser et ça a énormément cartonné.  [00:22:10] Premier dispositif, les repérer. On a vraiment tout le monde mis à contribution parce qu'on sait que le très gros des fake news, ce n'est pas forcément ce qu'on voit le plus passer sur Facebook. C'est plutôt ce qui s'échange en messages directs, en boucle  WhatsApp, et même mails pour les internautes les plus âgés. On essaie vraiment de les récolter et puis, un par un, de les prendre. Sur le site de France Inter, on a créé Focus, sous la Une, avec tous les articles consacrés aux fake news. [00:22:58]  Il y a une grosse partie de gens qui nous ont découvert en cherchant ces infos via les moteurs de recherche, via des agrégateurs comme Apple News ou les réseaux sociaux. Beaucoup n’étaient pas des internautes d’Inter. Les méthodes de travail [00:24:42]  Notre organisation s’est très vite mise en place, chacun était dans son couloir, savait exactement ce qu'il avait à faire et a foncé, a été efficace. J'ai même moi, en tant que directeur du numérique, plutôt dû dire aux équipes : attention, on est parti comme des fous, c'est un magnifique sprint, mais c'est un marathon qu'on va devoir courir. Il faut maintenant réussir plutôt à s'organiser pour tenir dans la longueur, parce qu'on est un peu moins nombreux que normalement. Et on est surtout dans des conditions plus fatigantes. Je pense que toute personne qui télétravaille pendant deux semaines de suite se rend compte qu’être toute sa journée en visioconférence c'est beaucoup plus fatiguant que de se voir et passer discuter d'un sujet de bureaux à bureaux. [00:26:05]  Ce qui va rester ? Sans doute un potentiel changement dans les modes de production, parce qu'on voit qu'il y a des choses qu'on arrive à faire à distance. Je pense surtout que ça a validé quelque chose dont on se disait régulièrement qu'on en était capable, mais on n'avait jamais eu à le l'expérimenter à cette échelle-là, à savoir une très, très grande souplesse. Paradoxalement, le numérique n'est pas toujours aussi souple que peut être la radio à l'antenne, la radio FM, avec des outils plus simples. ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Avec le coronavirus, les médias traversent une période inédite, à la fois exaltante et inquiétante. A parte commence une série d’entretiens autour des impacts humains, éditoriaux et économiques de la crise du coronavirus sur les médias. Au journal Nice Matin, la majeure partie de l’équipe a basculé dans le télétravail malgré quelques réticences.  Le responsable digital de Nice matin, Damien Allemand, a renforcé la rédaction web pour produire des contenus de façon accrue. Un live tourne en continu de 7h à 23h, une newsletter spéciale a été lancée et un module de questions/réponses avec les internautes a été ouvert. Comme pendant les inondations ou les attentats, le quotidien multiplie les initiatives pour être au plus proche de ses lecteurs. Ainsi, Nice Matin a développé la webapp CoronAides qui met en relation des habitants disponibles pour aider d’autres personnes. Cette plateforme solidaire s’inscrit directement dans l’ADN du journal, qui pratique le journalisme de solution depuis trois ans.  Nice matin est dans un processus de mutation numérique important depuis quelques années. Un processus qui s’est accéléré ces dernières semaines : avec le coronavirus, la transformation digitale se fait à marche forcée, les choses bougent, là où les projets mettent d’habitude des mois à se concrétiser. ----- Pour aller plus loin  L'article de présentation de CoronAides Suivre Damien Allemand sur Medium  ----- L’essentiel de l’épisode Coronavirus, on s’organise comment [00:03:49] C'est un peu compliqué de répondre à la question parce que au début, on est confiné à domicile. Par contre, elle est très représentative de tous les documents qu'on reçoit à la rédaction depuis depuis le début de la crise sanitaire. Il n'y a pas un jour où on reçoit pas 10, 15, 20, 30 vidéos de gens qui applaudissent à leur balcon à 20 heures ou d'infirmiers, de personnel soignant qui veulent témoigner de leurs conditions de travail. On reçoit énormément de documents sur cette crise. Des documents qui sont tous positifs, qui témoignent de soutien au corps médical, dans une ambiance, je n'ai pas envie de dire festive, mais qui est plutôt bon enfant. [00:05:02] Oui, c'est très important de le dire parce que c'est une prouesse technique. Dire que c'est un miracle quotidien est en tout cas oui. On est toujours sorti depuis le début de la crise. Tout est fait et tout a été fait pour que le journal continue de sortir. Il y a eu une réduction de pagination, un chemin de fer qui a été refait en quelques heures pour se mettre en ordre de bataille pour garantir la sortie de la sortie du journal. Tout ça, ça a été fait. Et après, ce qui est intéressant à voir, c'est en gros. Tout s'est fait à marche forcée et j'ai l'impression qu'on est dans une transformation de l'entreprise en quelques en quelques semaines, alors que ce sont des projets qui, en général, dure plusieurs mois. Mais on a une grosse partie de la rédaction qui a basculé en télétravail, une partie qui découvre cela que c'est intéressant. [00:06:27] Côté Web, le plus gros enjeu pour nous, ça a été de renforcer l'effectif pour tenir le rythme. Depuis le début du confinement, on a un live qui tourne de 7 heures à 23 heures. En parallèle, on continue d'alimenter nos sites. La particularité de Nice-Matin, c'est qu'il y a deux sites : Nice-Matin et Var-Matin. Du coup, on a quasiment eu quatre renforts sur l'équipe web pour nous permettre d'alimenter les sites, des gens qui étaient dans les agences. Certains avaient une expérience du Web, mais pas tous. On échange beaucoup plus là en télétravail que quand on est tous dans la même pièce, on parle toute la journée sur Slack, on fait une vision le matin, une vision le midi, visio le soir. [00:09:34] Les journées sont beaucoup plus denses en télétravail. Après ce qu'on est en train de mettre en place, c'est un petit indicateur du bien être en télétravail. J'ai mis en place un formulaire que j'envoie à l'équipe avec une note sur cinq. En gros, comment s'est passée votre semaine ? Cinq étoiles, c'est très bien. Une étoile, c'était pas top. Qu'est ce qui a bien fonctionné cette semaine? Est ce qu'on peut améliorer ça? C'est un truc qu'on commence là et qu'on va essayer de remplir à peu près toutes les semaines. Coronavirus, la couverture de l’info [00:13:27] On a essayé plusieurs choses et on a essayé surtout de découper la journée en temps de lecture. On essaye de concentrer la matinée sur tout ce qui est initiatives solidaires et tout ce qui va être un petit peu espoir lié à la crise du coronavirus. En gros, l'initiative solidaire, c'est des gens qui mettent en place des collectes pour le personnel soignant, qui offre de la bouffe au personnel soignant ou un taxi qui va faire toutes ses courses gratuitement pour les petites mamies qui veulent aller faire leurs courses. Le midi, ça va plutôt être comment s'occuper à la maison avec des tutos, des conseils pour des séries télé et des conseils pour occuper ses enfants. Puis on va aller sur du temps long, avec du témoignage en après midi et du décryptage des annonces du gouvernement ou de nos responsables locaux avec les impacts sur la vie quotidienne des Azuréens. [00:15:33] Le dernier format quand on a mis au point, ce n'est pas très original, mais ça fonctionne très, très bien, ce sont les questions réponses avec les internautes. En gros, tous les jours, on répond à 5 questions de nos lecteurs sur le coronavirus, comme “Est ce que j'ai le droit de promener mon chien?”, “Est ce que ce que j'ai le droit de faire mon footing?” “Est ce que je peux attraper le coronavirus en touchant une poignée de porte?” On répond à ces questions là sur notre site. Les journalistes aiment bien faire des sujets d'angles, des belles interviews. Là, on se retrouve avec des questions très concrètes d'internautes qui sont “Est ce que quand je vais faire les courses, il faut que je nettoie mes légumes, mes légumes?” Du coup, on a un vrai rôle à jouer pour bien expliquer aux gens. Et du coup aller chercher la bonne info et la retranscrire le plus lisiblement possible. Coronavirus, accompagner la solidarité [00:20:25] Oui, on a malheureusement l'habitude des catastrophes à Nice-Matin. Et à chaque fois, on mobilise nos lecteurs et la rédaction autour autour de causes. Pendant les inondations, on avait créé des cagnottes sur Ulule pour aider les sinistrés. On l’avait également fait pour les attentats. Et à chaque fois, on a essayé de se demander comment pourrait être le plus utile à nos lecteurs en essayant de les mobiliser.  [00:21:39] On a mis en place une webapp avec Glide, une start up américaine qui permet de faire des webapp très facilement. Il n'y a pas de code, c'est un Googlesheet qui est derrière. Il faut juste le construire et mettre quelques formules pour que toutes les pages communiquent entre elles. On l'a sorti en 10 heures après l'allocution de Macron et ça s'appelle CoronAides. Le principe, en gros : Vous avez envie de proposer une aide pendant cette crise du coronavirus? Donnez nous votre nom, donnez nous votre adresse, laissez votre numéro de téléphone. Si vous voulez sur l'application, les gens peuvent les consulter et vous contacter s’ils  en ont besoin. Et du coup dessus, on retrouve un peu de tout puisqu'il y a des assistantes maternelles qui sont au chômage technique et qui, du coup, proposent gratuitement leurs services. On a des chauffeurs Uber qui proposent gratuitement leurs services, des gens qui disent “je suis disponible en bonne santé, j suis volontaire pour aller faire des courses pour des personnes âgées”. J'ai vu un message qui me fait sourire, quelqu’un qui disait qu'il avait un Doliprane chez lui.. Et du coup, il y a des échanges qui lui sont assez inspirant sur la plateforme. [00:24:31] On a le journal participatif dans le sang. On a été parmi les premiers à relancer le journalisme de solutions en France en 2015. L'application est typiquement quelque chose qui transpire le journalisme de solutions et l'utilité. On a une newsletter qui est dédiée à la gestion de crise en Italie. Comment ils gèrent, comment ils la vivent. Depuis le début, on dit qu'ils ont dix, quinze jours d'avance sur nous.  [00:26:25] On est en transformation digitale à marche forcée.  Il y a plein d'individualités aussi qui sont réticents à la bascule numérique. Là, on est obligé de travailler sur de nouveaux outils. On est obligé de trouver de nouvelles manières de travailler. Des organisations se font en quelques jours alors que ça fait des mois, voire des années, que la plupart des journaux se cassent les dents dessus. Par contre, là, on voit surtout une accélération de tous les projets. On a, comme tous les autres sites, des pics d'audience. Depuis le début de la crise, l'abonnement numérique marchait très bien chez nous. Là, même en ayant passé des contenus gratuits, les gens continuent de s'abonner. [00:31:38] Je trouve que c’est une période qui est très stimulante, où on peut tester beaucoup de choses. En gros, on peut tester, se tromper. C'est pas très grave parce qu'il y a tellement de choses qui marchent à côté qu'on peut se planter sur un truc. On peut faire un chatbot dédié au coronavirus, si ça marche pas, ça marche pas. [00:32:39] On voit que les gens ont envie de parler. On a mis en place un groupe privé sur Facebook où les gens peuvent se poster en photo chez eux, en télétravail ou en train de faire du yoga. Les gens ont besoin de partager en ce moment et de parler, même virtuellement, à d'autres gens. Et c'est ici qu'il faut qu'on arrive à trouver le bon créneau pour s'installer. J'aimerais bien dans les prochaines semaines, peut être, lancer des groupes de discussion sur le foot qui seraient animés par nos jeunes sportifs pour encore garder du lien avec nos lecteurs différemment. ----- Crédits Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Transmission c’est d’abord une école libre de radio et du son. A l’origine de ce projet associatif, Charlie Dupiot, Ziad Maalouf, Pierre Chaffanjon, Thibaud Delavigne et Sarah Lefèvre.  Cette dernière raconte comment est née leur envie de repenser la radio, devenue aujourd’hui essentiellement un canal où “des gens parlent dans un micro”.  Objectif : redonner de l’espace à la création sonore, au moment où celle-ci devient accessible à tous ou presque grâce aux outils numériques. L’ école Transmission  est gratuite, ouverte à tous les profils. Elle forme durant 6 mois, à raison d’une demi-journée par semaine, aussi bien à la prise de son, au montage, au mixage qu’à l’écriture de récit. En deux promos, l’école a remporté deux prix au festival Longueurs d’ondes de la radio et de l’écoute à Brest. Prochaine étape, l’ouverture d’un lieu, la Cassette, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Ce projet, en cours de financement participatif, doit ouvrir au second semestre 2020. Sur 100 mètres carrés, il proposera un espace de production, de création, d’écoute et d’éducation aux médias. Cet ancrage en Seine-Saint-Denis doit permettre d’ouvrir la création radiophonique au-delà de l’audience et de la création de podcasts, encore très CSP+. ----- Pour aller plus loin  https://www.trsm.io/ https://soundcloud.com/radio_narration_partage/ https://podcast.ausha.co/transmission/tout-de-suite-les-grands-mots https://podcast.ausha.co/legitime-violence/legitime-violence-l-integrale La campagne de financement participatif de la Cassette : https://fr.ulule.com/la-cassette/ ----- L’essentiel de l’épisode  Transmission, le projet et l’école [00:04:36] Aujourd'hui, la radio, c'est des gens qui parlent dans des micros. C'est beaucoup de talks. Nous, on a envie avec d'autres gens de repenser un peu ça. Quand on a eu vent de cette idée, on s'est dit : nous aussi, on a envie de rejoindre ce collectif-là, de penser avec vous la création sonore de façon beaucoup plus collective, [00:06:53] On s'est dit : on veut créer cet espace de création un peu plus ouvert, même si avec nos moyens, bénévoles, ouverts, c'est-à-dire libres dans la création qu'on a envie de mener, et gratuit, c'est-à-dire accessible à toutes et tous, sans condition de diplôme, d'âge, etc. Le problème, c'est que c'est spatial cette affaire puisqu'on est tous basés sur Paris. Donc, on peut avoir envie d'intégrer Transmission à Marseille, mais ça va coûter un peu plus cher en train. Cela reste les limites humaines du projet. [00:11:56.540] En revanche, on a très envie de faire venir au maximum de gens, c'est hyper ouvert. Pour le moment, c'est très blanc, c'est très féminin, un peu à l'image du podcast aujourd'hui. On aimerait beaucoup que des gens qui, au départ, ne se voyaient pas forcément devenir auteur ou autrice nous retrouvent. On aimerait s'entourer aussi davantage de réalisateurs, de gens qui aiment vraiment bidouiller le son, de techniciens du son. Podcast ou radio, ou... ? [00:16:43] On s'est dit : on va aller créer ces espaces sur les ondes libres que peuvent être les ondes numériques. Tout le monde appelle ça le podcast. Nous on n'est pas hyper fans de ce terme, aussi bien à Transmission qu'avec les copains avec qui on a fondé le label Convergence et donc ce premier documentaire “Légitime violence”, parce que “podcast”, c'est Apple, c’est un mot un peu imposé par l’industrie. [00:17:18] Disons que c'est une sorte d'étiquette aussi que pose un peu chacun comme il veut. On ne veut pas imposer de mots aux gens. On fait du son, on fait de la création sonore, on fait de l'audio. Moi audio je trouve que ça fait un peu matériel Hi-Fi, espace chez Darty, c'est pour ça que je n'aime pas trop ce terme. On fait du documentaire, on fait des petits objets, on fait des pièces, on fait des oeuvres, on fait ce qu'on veut, en fait. Là aussi, on est libre dans la façon chacun d'appeler ça comme on l'entend. Si ça va aux gens de dire podcast, eh bien disons podcast et c'est comme ça. [00:18:17] En fait, on a tendance à confondre le moyen de diffusion - qui est ou le podcast ou les ondes hertziennes pour la radio - et le format. Le podcast dans la bouche des gens, c'est aussi devenu un format. J'en parlais avec des amis et ils me disent tous : pour moi, en podcast, c’est un truc à la première personne qui raconte l'intimité. Non, en fait un podcast c’est un objet sonore en ligne sur les ondes numériques. [00:19:44] Je pense que cet usage, il est fort dans cette explosion dont les gens parlent. Certes, il y a plusieurs millions d'auditeurs, il y a de plus en plus de gens qui découvrent le podcast, mais ce n'est pas non plus la révolution des ondes numériques. Calmons nous ! Moi, je trouve que c'est toujours un peu les mêmes milieux sociaux qui écoute le podcast. [00:20:36] Aujourd'hui, on se rend compte que le podcast c'est beaucoup se réapproprier des histoires, cet espace de l'intime, de l'entretien et finalement, cette pause aussi dans le temps, un moment assez suspendu.  [00:22:47] C’est quand même pas le truc le plus rentable qui existe. En fait aujourd'hui dans le monde du podcast, il y a le podcast dit industriel, c'est-à-dire des éditeurs, des agrégateurs privés et des diffuseurs, je pense à Spotify, Deezer, à Apple qui veut aussi s'y mettre, mais aussi des aux studios de podcasts comme Binge Audio, comme Nouvelles Écoutes, qui font entrer des capitaux privés, qui vivent de la pub, etc. Eux commencent à avoir des moyens parce qu’en fait, ils s'adaptent à un système en ligne de publicité, de flux, etc. Et voilà, c'est ça ce qu'on appelle aujourd'hui l'eldorado du podcast. Donc, il y a des gens qui en vivent bien, mais en fait il n'y en a pas tant que ça.  Et en fait, les gens qui veulent créer sur du temps long, comme moi, comme plein d'autres, je pense aussi aux Sons fédérés, qui est un nouveau collectif et peut-être bientôt un nouveau syndicat regroupant 200 auteur·e·s, nous les artisans du sons, nous réfléchissons à comment faire son travail correctement. Et tous à côté nous faisons d’autres métiers. Pourquoi un lieu ? [00:25:12] Un lieu, ça permet d'ouvrir ce collectif mais surtout cet espace de transmission à d'autres qu’à cette seule promo qui dure 6 mois, d'une vingtaine d'élèves. L'idée, c'est de concevoir ce lieu comme un espace d'échanges, de rencontres, d'écoute. On aimerait organiser des soirées pour les lancements de créations de podcasts de certains, certaines. On aimerait inviter des gens de l'extérieur pour parler de leurs projets. On a envie d'ouvrir surtout aux territoires, avec cette idée de faire des ateliers d'éducation aux médias aussi bien dans les établissements scolaires que dans d'autres structures. Ça peut être aussi aller faire des ateliers avec des personnes âgées dans un EHPAD, ça peut être rencontrer les acteurs culturels et proposer des résidences à des auteurs aussi de la Seine-Saint-Denis ou de la région parisienne, ou à d'autres en France. [00:28:39] A l’occasion de cette campagne de financement, on reçoit des messages. Cela nous donne envie d'aller faire des petits ailleurs. Dans ce collectif, on est aujourd'hui une vingtaine avec les anciens élèves qui nous ont rejoints, on est tous déjà en train de se dire qu'un peu, au fur et à mesure, on va sans doute déménager, aller à la campagne, suivre cet exode urbain qui commence petit à petit. Et rien n'empêche à ce qu'on s'exporte un peu aussi. [00:30:07] Quand on parle d'explosion du podcast, c'est l'explosion de l'offre parce que on a de plus en plus accès à une diffusion comme les plus grands. Et c'est ça qui est joli dans ce qui se passe aujourd'hui, c'est que la radio, l'audio en tout cas, se démocratise. Et nous, ce sont ces énergies-là qu'on a envie d'accompagner. On n'est pas non plus là pour faire que de l'info, on a aussi envie de créer. On a envie de s'amuser. On a envie d'être un peu fous et ce monde mérite ça. Et il mérite d'entendre en tout cas ces voix-là. C'est ça l'utilité publique dont on parle, c'est d'accompagner ces nouvelles personnes qui ont envie de prendre la parole. ----- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Le pilotage de l’activité éditoriale des médias en ligne se fait souvent sur la base de données assez peu élaborées: celles fournies par défaut par les outils de mesure d’audience comme Google Analytics qui fournissent avant tout un nombre de pages vues et de visites. Des données qui ne fournissent pas toujours des informations très utiles aux rédactions. Yann Guégan, journaliste chargé de l’innovation éditoriale pour le site d’information professionnelle en ligne Contexte, a décidé de s’attaquer à la question. Son idée: élaborer un indice de performance composite pour évaluer la performance de chaque article. Cet indice est aligné avec la stratégie et le modèle économique du média qui repose sur l’abonnement. Innovateur depuis des années dans le domaine du data journalisme, Yann Guégan continue à creuser le filon de l’exploitation des données ouverts (comme avec l’enquête publiée récemment sur les incidents dans les centrales nucléaires françaises depuis 1973) ou fermées (comme avec l’enquête sur l’évolution des tarifs de la SNCF). En filigrane de sa carrière de journaliste, Yann Guégan considère que la question de la défiance des citoyens vis à vis des journalistes et des médias est centrale. Résultat: il multiplie les expériences pour restaurer le lien de confiance et il a décidé de rejoindre le nouveau Conseil de déontologie journalistique et de médiation, le CDJM. ---- Pour aller plus loin :  L'article de Contexte : Comment réconcilier les journalistes avec la mesure d'audience 40 ans d'événements dans les réacteurs nucléaires français L'article : Ces lignes où la SNCF se lâche sur les prix Le site du CDJM ---- L'essentiel de l'épisode Créer des nouveaux indicateurs d’audience [00:02:33]  C’est quoi un article qui marche ? [00:06:13]  Reconstruire la confiance dans les médias après les gilets jaunes [00:21:15]  Le Conseil de déontologie journalistique pour renouer la confiance[00:27:26] ---- Crédits  Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux Idée originale :  Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation sonore : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Intégration web : Florent Jonville Production : Ginkio et Samsa.fr
Filmer à l’iPhone plutôt qu’avec une caméra professionnelle est une pratique qui fait son chemin dans les télévisions, et même au cinéma. Mais les rédactions des chaînes françaises qui ont franchi le pas se comptent sur les doigts d’une main. Et sur ces doigts, on trouve surtout les déclinaisons régionales de BFMTV. Elles sont désormais quatre : après Paris, née en 2016, Lyon, en septembre 2019, BFM Grand Lille et BFM Grand Littoral ont vu le jour en février 2020. Les journalistes tournent leurs reportages à l’iPhone et les présentateurs des journaux, eux aussi, sont à la pointe de l’innovation puisqu’ils lancent les éléments de leurs conducteurs tous seuls. Sans soutien technique en régie.  Philippe Antoine, directeur des rédactions de BFM Régions, détaille les avantages de ces nouvelles pratiques, mais aussi leurs limites. Il nous raconte aussi les objectifs du groupe Altice de constituer des rédactions régionales et les prochaines étapes de son expansion. ----- Pour aller plus loin :  BFMTV Paris BFMTV Lyon BFMTV Lille BFMTV Grand Littoral ----- L’essentiel de l’épisode  L’homme orchestre sur le plateau des journaux [03:09] Le Mojo sur le terrain [06:18] Les limites du Mojo [08:50] Le Mojo complémentaire du tournage classique [10:00] La formation aux nouvelles techniques de tournage [15:51] Les formats du Mojo [17:54] Les résistances à l’introduction des nouvelles technologies [22:22] Les concurrents de BFM Régions [24:11] La publicité locale [27:50] Le développement de BFM Régions  [27:50] ----- Crédits : Réalisateur.rice.s : Elise Colette et Philippe Couve Réalisation et post-production : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible  Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Production : Ginkio et Samsa
Le site d’investigation locale Médiacités attend beaucoup des élections municipales de mars. L’occasion est idéale pour ce média “multi-villes” de recruter de nouveaux abonnés et de se rapprocher ainsi de l’équilibre financier. Pour cela, il lui en faut 8000. Après quatre ans d’existence, le site arrive à mi-chemin aujourd’hui avec 3500 adhérents et le rythme s’accélère. Jacques Trentesaux, son cofondateur et directeur de la rédaction, ex-rédac chef au magazine L'Express, raconte comment Médiacités se fait sa place face aux géants de la presse quotidienne régionale. L’alpha et l’oméga, ce sont des enquêtes menées en dehors de Paris. A partir de là et avec son réseau d’une centaine de pigistes, Médiacités multiplie les nouveaux formats et les innovations éditoriales. La plateforme Véracités permet de répondre aux interrogations des abonnés. Les vidéos Youtube “Bloody mairie”, gratuites, donnent du fun à une rédaction à l’ADN très sérieux.  Des ateliers permettent d’informer différemment en mettant les journalistes et des adhérents dans la même pièce… Pour asseoir son indépendance, Médiacités a choisi le modèle de l’abonnement tout en agrégeant une kyrielle d’actionnaires réunis dans un pacte qui laisse les mains totalement libres à la rédaction. Le “cousin” Médiapart y est allé de sa contribution. Pas question pour l’instant d’ouvrir de nouvelles villes, il faut consolider les bases à Lille, Lyon, Toulouse et Nantes. ----- Pour aller plus loin :  Le site de Médiacités La fabrique de Médiacités ----- L’essentiel de l’épisode  [00:02:37] On reste une petite équipe avec à peu près 10 journalistes à temps plein sur Médiacités. Mais on travaille avec un réseau de pigistes, donc des journalistes indépendants qui sont dans les villes de couverture : Lille, Lyon, Toulouse et Nantes.  [00:04:00] Il nous faut 8 000 abonnés pour être à peu près à l'équilibre sur quatre villes. On est à peu près à 3 500. On est encore loin du compte mais ce qui est important, c'est la dynamique: chaque mois, on bat notre record et ça s'accélère.  [00:05:34] On part d‘une une vision, en tout cas une envie, c'est qu’il faut enquêter en dehors de Paris. La France ne se résume pas à Paris et la presse, globalement, est faible en dehors de Paris.  [00:06:25] Nous sommes persuadés que les gens sont moins au courant de ce qui se passe dans leur environnement immédiat qu'au niveau national et quelque part, c'est incohérent. Les municipales [00:06:47] La base, le fondement, c’est l'investigation locale. Et après, on développe des projets et des innovations éditoriales, des produits éditoriaux.  Véracités, c'est une plateforme de questions-réponses (dont le nom d'ailleurs a été choisi par un abonné) qui est pour l'instant dédiée aux municipales. La rédaction se met à la disposition des abonnés et des lecteurs pour répondre à leurs interrogations sur les municipales. [00:08:30] Au-delà des municipales, nous avons les enquêtes contributives. Là, l'idée, c'est de proposer de travailler avec notre communauté de lecteurs. C'est nous qui avons choisi le thème : la gentrification. [00:09:19] Qu'en pensez-vous? Qu'est ce que vous avez envie de lire? De quoi avez vous envie de témoigner? On a eu plus de 130 contributions à partir desquelles on a bâti un programme éditorial.  Au final, il y a eu entre 15 et 20 articles. Les articles étaient étayés par les questions ou les témoignages des lecteurs. Et pour couronner le tout, on a créé des ateliers lecteurs. Entre 40 et 50 personnes sont venues pendant deux heures par petites tables. On invitait les gens intéressés par le sujet à venir discuter et approfondir le sujet en présence de gens qui en savait un peu plus : un urbaniste de la ville en question, un photographe, une architecte... C’est prolongement naturel de notre métier de journaliste. On peut informer par les articles, mais on peut aussi informer par de la discussion, par des ateliers pourvu qu'ils soient préparés. A chaque fois, nous avons fait un carton plein. [00:11:50] Le format YouTube “Bloody mairie “ est né par la créativité de notre directeur marketing et son talent, c'est un Youtubeur né alors qu'il ne l'a jamais fait. Il a proposé de rajeunir l'image de Médiacités avec ces vidéos parce que nous sommes des journalistes de presse écrite très sérieux, un peu chiants. Le financement [00:13:08] La campagne de financement participatif a été la concrétisation du fait qu'il y avait un public. On s'était lancé sur nos deniers propres à Lille en accès libre, en disant : amis lecteurs, vous pouvez vous abonner si vous voulez, mais vous pouvez aussi consulter gratuitement pendant quatre mois. Mais au bout de quatre mois on va passer en payant. On a eu nos 456 premiers abonnés, en quelque sorte, puisque c'étaient des contributeurs Ulule. Et ça nous a permis de dupliquer le concept Médiacités dans les villes de Lyon, puis de Toulouse, puis de Nantes.  [00:14:40] L'Indépendance est une dynamique. C'est un état d'esprit. Il n'y a pas d'indépendance absolue. La première indépendance, c'est moi. Mon caractère comme directeur de la publication et de la rédaction. Est ce que je suis oui ou non indépendant? Est-ce que je me laisse influencer par les pressions? Il y en a beaucoup.  [00:15:08] Ensuite il y a le modèle économique, celui de l'abonnement. C'est la meilleure garantie de l'indépendance. On n'a pas de publicité et les abonnements longue durée, pour nous, c'est une sécurité et c'est très utile pour la trésorerie.  Et après, on a construit avec notre avocat des outils juridiques et un pacte d'actionnaires. Il y a 45 pages lectures indigestes mais ça répartit les rôles et ça nous permet à nous, les fondateurs-journalistes, de garder l'intégralité du pouvoir sur la ligne éditoriale.  Les actionnaires, on en a beaucoup. Selon l'adage diviser pour mieux régner, c'est pratique. Nous ne sommes pas défiants par rapport à nos actionnaires parce qu'ils nous aident, ils nous soutiennent et ils prennent un risque financier pour nous. Mais pour éviter que l'un d'entre eux veuille prendre le pouvoir, ils sont actuellement 40 actionnaires différents et aucun ne dépasse 5% du capital. Nous avons été voir aussi des groupes de presse indépendants et deux qui ont répondu à notre appel et on les en remercie. C’est Mediapart et Indigo Publications Indigo Publications, un groupe de presse professionnelle qui publie beaucoup de lettres confidentielles très haut de gamme. [00:16:27] Avec Mediapart, nous sommes des cousins, nous avons le même goût de l'enquête, le même modèle économique et ils nous ont soutenus. Mais ils sont à moins de 4% du capital, ils nous ont aidés de façon confraternel. Nous avons aussi des astuces éditoriales: on s'échange des articles puisqu'on on est très présents en régions et ils ne le sont pas. Cela fonctionne très bien comme ça mais chacun a sa ligne éditoriale et chacun est indépendant les uns des autres. [00:17:20] Nous venons de boucler une deuxième levée de fonds. Donc, on sait qu'on sera encore là dans un an.  [00:18:55] Si on tient encore un an avec un niveau de qualité comme on l'a, on pourrait être sortis d'affaire. Donc on n’a pas gagné, on est loin de l'équilibre économique, mais si on tient, on devrait pouvoir s'en sortir. Il faudra sans doute en passer par une nouvelle levée de fonds auprès de fonds d'investissement, ce qui nous aidera à déployer le réseau puisqu'il n’y a aucune raison de s'arrêter à quatre villes. Raconter le travail journalistique [00:19:20] Une des raisons de la suspicion vis-à-vis de notre profession, c'est qu'on n’explique pas notre travail.  [00:19:50] On sait des choses, on est initié, c'est un secteur très corporatiste, un métier même endogame. Donc, il y a moyen de ne pas se remettre en cause. Et pendant longtemps, on ne s'est pas remis en cause parce que le modèle économique était pour nous, parce qu'il y avait de la pub à gogo. Du coup, ça n’a pas contribué à une certaine humilité. [00:20:27] Moi, je trouve que c'est sain d'expliquer pourquoi on a choisi tel sujet, comment et combien ça coûte une pige. Une pige en moyenne c'est 900 euros avec les charges. 900 euros, c'est 15 abonnés. Les gens ont besoin, ont envie de savoir et ont envie de discuter.  L’investigation [00:21:30] On est très fier d'être à l'origine d'un redressement fiscal du gros assureur lyonnais April, qui avait pratiqué l'évasion fiscale à Malte. On a étudié les Malta files et on s'est aperçu qu’April usait et abusait de ces facilités fiscales et donc notre enquête a abouti à un redressement de 41 millions d'euros. Donc, on a fait gagner 41 millions d'euros à la collectivité. On en est fier et ça ne va pas s'arrêter là.  Les prochaines villes [00:23:11] Pour ouvrir une ville, ça coûte très cher. Au départ, vous avez toutes les charges mais pas les recettes. Pour l'instant, nous sommes trop fragiles pour ouvrir une cinquième ville, ce serait une fuite en avant. Nos actionnaires, nous nous le disent et nous préviennent et c'est normal. [00:23:30] En revanche, on peut imaginer d'autres systèmes, peut-être sous la forme de franchises ou des sociétés tierces qui porteraient le risque. Mais pour se lancer sérieusement avec un modèle comme Médiacités dans une nouvelle ville, il faut à peu près 200 000 euros, pour sécuriser à peu près trois ans d'exercice. [00:24:06] Plus le réseau se développera, plus on entrera dans un cercle vertueux parce que peu à peu, on s'érigera en médias spécialistes des territoires ou des métropoles. [00:25:58] Il faut qu'on réussisse parce qu'il y a un énorme espoir autour de nous. Je le sens, nous avons cette responsabilité et nous faisons tout pour y parvenir. Un conseil pour lancer un média aujourd’hui ? [00:26:15] Déjà, il faut discuter avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de gens, avec des profils diversifiés. Et après, il faut s'entourer parce que tout seul, c'est très, très dur. Il faut beaucoup de compétences pour réussir dans le secteur médiatique. Il ne faut pas être uniquement un bon journaliste et avoir une bonne idée. Il faut avoir des compétences de marketing, de finance.  Il faut vraiment avoir la casquette de l'entrepreneur. Et ça,ça n'est pas donné parce que souvent les journalistes et la gestion, c'est comme l'huile et l'eau, c'est vraiment aux antipodes. En revanche, sur un projet aussi puissant qu'un projet de presse, on peut agréger des compétences. C'est sans doute ce qu'il y a de plus beau dans cette aventure, c'est d'agréger des gens que je n'aurais jamais rencontrés indépendamment de Médiacités.  ----- Crédits :  Réalisateur.rice.s : Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation et post-production : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible  Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Production : Ginkio
Depuis le 20 février 2019, nous avons reçu 26 invité·e·s, à un rythme bimensuel, puis hebdomadaire depuis quatre mois.  Depuis notre première invitée, Aude Favre, journaliste devenue YouTubeuse, qui nous racontait comment elle traque les fake news, avec sa bonne humeur et sa foi en la nécessité d’informer et d’éduquer les jeunes aux médias, nous avons fait parler des datajournalistes, des vidéastes, des entrepreneur·e·s, des journalistes de presse locale, des podcasteurs, des pigistes, des stratèges, des redchefs, des pas chefs…  Bref, nous avons essayé de témoigner des transformations qui s’opèrent dans le monde de l’information en donnant la parole à des gens qui font et tentent des nouvelles manières d’informer, des nouvelles manières d’intéresser tous les publics au monde comme il se fait et comme il se raconte. Pour fêter ce premier anniversaire d’A Parte, nous avons voulu replonger dans nos archives et réécouter nos 26 épisodes pour vous proposer quelques extraits marquants. Le choix a été difficile, tant nos invités ont été différents. Nous n’avons donc choisi que quatre personnes et quatre extraits que nous vous proposons de réécouter ou tout simplement de découvrir. PS : Si vous voulez nous faire un cadeau pour ce premier anniversaire, surtout n’hésitez pas à aller mettre des étoiles dans Apple podcast : ce n’est jamais mauvais de se faire repérer par un algorithme par les temps qui courent et cela ne se fera que grâce à vous ! ----- Pour aller plus loin  L’épisode avec Gigi Huynh #18 : Comment RAD a propulsé Radio Canada sur les réseaux sociaux L’épisode avec Jean Massiet #2 : Il joue avec la politique sur Twitch L’épisode avec Martin Antoine #3 : Il présente l'actualité en stories L’épisode avec Asia Ballufier #16 : Le Monde se lance dans l'investigation en vidéo ----- L’essentiel de l’épisode [00:02:57]  L’extrait de l’épisode avec Gigi Huyn sur RAD. [00:12:04]  L’extrait de l’épisode avec Jean Massiet sur la politique et Twitch. [00:16:31]  L’extrait de l’épisode avec Martin Antoine sur Instagram. [00:22:53]  L’extrait de l’épisode avec Asia Balluffier au Monde vidéo. ---- Crédits  Réalisateur.rice.s : Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation et post-production : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible  Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Production : Ginkio
Mi-janvier, les titres de presse locale ont affiché le même sujet en Une de leurs éditions papiers à travers la France. Cette grande enquête baptisée “Transparence CHU” a été construite à partir du site d’open data du gouvernement, Transparence Santé. L’intérêt de ces masses d’informations recensant les liens d’intérêts entre médecins et laboratoires pharmaceutiques avait été repéré par Frédéric Sallet, journaliste de Sud-Ouest. Le collectif Data + Local s’en est emparé et a convaincu les directions des journaux régionaux d’unir leurs forces pour sortir cette enquête d’envergure.Notre invité, Cédric Motte, est le coordonnateur de cette grande opération. Ce journaliste passionné de data est aujourd’hui directeur des produits digitaux et du développement éditorial du groupe de presse Centre France. A l’automne 2017, il a lancé le collectif Data + Local convaincu de la nécessité de la collaboration entre les rédactions et aussi de l’intérêt de s’inspirer d’autres pratiques comme celles des développeurs. Et c’est sur le groupe Slack de Data + Local que s’est construite l’investigation collaborative “Transparence CHU”. À surveiller : dans la perspective des municipales, le collectif a lancé un grand questionnaire “Si j’étais maire” pour tenter de faire émerger les préoccupations des citoyens à travers la France. ----- Pour aller plus loin L’enquête #TransparenceCHU sur le site de La Montagne  Cette enquête se fonde sur le site Transparence Santé Le site du collectif Data+Local Le making-off de l’enquête #TransparenceCHU sur le site de La Montagne  L’interview de Cédric Motte sur le blog de Samsa  Dans l’épisode 7 d’A Parte, la journaliste Rozenn Le Saint raconte comment elle utilise elle aussi la base Transparence santé pour mener des enquêtes dans le monde médical.  ----- L’essentiel de l’épisode La construction de l’enquête Transparence CHU  [00:03:57] C’est Frédéric Sallet de Sud-Ouest qui a repéré auprès du CHU de Bordeaux des anomalies et, fin septembre - début octobre, a contacté les membres du collectif Data+local qui regroupe les journalistes installés dans la rédaction de la presse quotidienne régionale. A partir de là, chaque journaliste lève la main d'une certaine manière dans le groupe Slack pour manifester son intérêt. Et donc là, Fred nous a fait passer un jeu de données qu'il avait récupéré de Transparence Santé qui est un site tout à fait public. A partir de là, on a commencé chacun à gratter les données.  Et ce qui est important et particulièrement intéressant, c'est que Frédéric, avec Marie Toulemonde également de Sud-Ouest, ont réfléchi à la méthode d'analyse des fichiers pour qu'on ait tous une lecture qui soit identique et qu'on n'ait pas pour les uns des valeurs qui ont une importance là où pour les autres, elle serait considérée comme nulle et non avenue. Donc, on fait une méthodologie de travail autour des fichiers qui a été constituée par essentiellement les journalistes de Sud Ouest et du coup, ils ont partagé et on a tous regardé avec cette méthodologie les documents et on s'est rendu compte qu'on avait tous des histoires à raconter sur les médecins et les liens d'intérêts entre ces médecins et l'industrie de la santé. [00:06:53] En fait, d'une certaine manière, appeler ça Transparence Santé, c'est un peu, voire complètement, survendu dans la mesure où il n'y a aucun contrôle de la transparence. C'est du déclaratif. Certains CHU n'étaient jusqu'à maintenant pas équipés de comité de déontologie sur ce sujet. Ils en ont potentiellement un sur les aspects médicaux, mais pas forcément sur cet aspect “financier”. Et donc, les effets de cette enquête dans certains CHU, ça a été de se dire qu’il était peut-être temps de s’équiper d'un comité de déontologie sur ces sujets-là.  [00:08:20] Il y a eu une prise de conscience de la limite des procédés et des processus actuels sur cette histoire de transparence, de liens d'intérêts entre les médecins et les labos, notamment. [00:11:27] Là ce qui est un peu nouveau et ce qui nous a particulièrement intéressé, c'est que l'enquête a largement dépassé le simple domaine du datajournalisme. Dans certaines rédac, ce n'est pas juste le datajournaliste qui a fait ça dans son coin avec ses fichiers Excel. Ce sont des équipes entières avec des journalistes “classiques” qui sont allées mener l'enquête, c'est-à-dire ont fait des rendez-vous, des interviews avec les médecins, les CHU, les laboratoires… Les rédactions se sont emparés du sujet et l'ont traitée comme un objet journalistique et pas comme juste une production de datajournalisme. C'est une enquête journalistique, en l'occurrence basée sur des données. Et donc, comme toute enquête journalistique qui a une importance, elle a fait la Une.  Data + Local : le datajournalisme en mode collectif [00:13:44] Le collectif Data + local est un collectif de datajournalistes, donc ce sont des journalistes au sens le plus pur du terme qui ont un défaut - ou une qualité - qui est d'adorer plonger dans des fichiers Excel ou des bases de données pour repérer des anomalies, ou faire des moyennes, ou faire des médianes, et essayer, à partir de ces chiffres-là, de trouver des histoires à raconter ou des enquêtes à mener.  En fait, ces datajournalistes existent dans les rédactions de PQR de façon très isolée depuis 4-5 ans. Il y a une accélération mais les rédactions se sont petit à petit équipées de ces profils avec une compétence journaliste et data, et en fait tout le monde était un petit peu isolé chacun dans son coin. Le collectif Data + Local a été monté au sein de La Montagne et du groupe Centre France en octobre 2017 avec un premier rendez vous qui a eu lieu à Clermont-Ferrand, où une vingtaine de journalistes sont venus d’un peu partout, un peu interrogatifs sur cette idée de casser les murs des rédactions, de venir bosser ensemble. Au démarrage, un petit peu étonné.  [00:15:50] En fait, ça s’est fait finalement assez assez naturellement et avec une volonté au départ de ne pas créer d'associations, pour ne pas faire quelque chose de lourd. Il n'y a pas des règles pour entrer, pour sortir. Il n'y a pas d'obligation de participer au sujet. Je suis sensible à la data pour faire des bons papiers et donc j'adhère au collectif pour pouvoir profiter de plusieurs choses. La première : un nettoyage des jeux de données qu'on partage.  On récupère tous des données qui ont souvent une valeur pour l'ensemble du territoire français, même si la granularité, c'est à dire le niveau de détail, descend à la commune ou aux départements. Donc on va chercher un jeu de données qui a une valeur sur toute la France mais on ne va travailler que le département du Loiret, par exemple. Mais pour travailler un jeu de données, il faut le nettoyer parce qu'il y a toujours des colonnes en trop et un minimum de calculs à faire. En fait, on le faisait chacun plus ou moins dans notre coin.  [00:18:21] C’est vraiment cette idée que je porte en moi que la collaboration et le fait de bosser ensemble, et en l'occurrence en s'inspirant des pratiques d’autres métiers, va nous permettre d'aller plus loin, mieux, différemment. En tout cas, de renouveler une pratique journalistique qui, manifestement parfois, a tendance à ne plus forcément rencontrer son public.  [00:24:08] On travaille sur un questionnaire autour des municipales qu'on a commencé à réfléchir ensemble en juin 2019 à Bordeaux pour un des événements de Data + Local à Sud Sud-Ouest. Le questionnaire s'appelle “Si j'étais maire”. Sud-Ouest l’a publié. Nous on est en train de l’avoir. D'autres titres sont en train de regarder leur utilisation potentielle de ce questionnaire-là. Et on verra si on a la possibilité d'exploiter les données qui sont fournies là-dedans pour voir si, par exemple, les villes d'une même strate, qui ont entre 10 et 20.000 habitants par exemple, ont toutes la même problématique de médecins ou de transports… ----- Crédits  Réalisateur.rice.s : Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation et post-production : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible  Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Production : Ginkio
Dans cet épisode spécial, Philippe Couve raconte ses aventures dans le monde de l’innovation éditoriale à l’occasion des Rencontres de la vidéo mobile qu’il organise le 6 février à Paris, avec son entreprise Samsa.fr. L' édition 2020 de l’événement élargit le spectre des innovations et propose une plongée dans les tendances du moment : podcast, stories, engagement... Pionnier de l’internet dans les années 2000 à RFI, le journaliste y crée l’Atelier Médias. Cette “web-émission” - qui poursuit sa route depuis 2007 au fil de ses animateurs - innove à l’époque notamment avec sa communauté de 800 mondoblogeurs africains.  En 2010, Philippe Couve devient formateur et lance Samsa.fr. Un passage presque fortuit dans le monde de l’entrepreneuriat pour accompagner les médias dans leur transition numérique, en commençant par investir les terres vierges de la vidéo sur mobile. Chef d’entreprise, il innove dans la manière de travailler : l’usage d’outils collaboratifs permet à son équipe de jongler avec d’autres activités, à Paris ou ailleurs. Pour toutes ces raisons, A Parte a décidé d’accueillir à sa réalisation cette équipe inspirante et passionnée par les mêmes sujets d’innovations dans le monde de l’info. A suivre... ----- Pour aller plus loin Le site des Rencontres de la vidéo mobile et de l’innovation éditoriale  Le site de Samsa  Le post de blog dans lequel Philippe Couve annonce son départ de RFI  Les sons de cet épisode L’extrait du podcast Vidéo mobile  L’extrait de l’Atelier des médias en 2008  ----- L'essentiel de l'épisode L’innovation éditoriale en 2020 [00:03:43]  Lorsque j'ai vu arriver les smartphones qui pouvaient faire de la vidéo, je me suis dit: là, il y a un truc qui est en train de se passer.  J'avais vu auparavant les blogs et les blogs avaient donné à tout un chacun la possibilité de prendre la parole en texte, et éventuellement en images mais principalement en texte. Et là, je voyais avec cet iPhone que Steve Jobs était en train de présenter, version après version, avec des capacités vidéo qui étaient en train d'augmenter, quelque chose qui était de même nature, donnant à tout un chacun le pouvoir de produire de la vidéo. Et donc, on a commencé comme ça. [00:05:10] Lorsqu' aujourd'hui on s'adresse à des audiences qui sont sur des plateformes numériques, on ne peut pas s'adresser de la même manière qu'on le faisait lorsqu'on était sur des médias généralistes qui, dans l'idée, touchent tout le monde. Aujourd'hui, ce n’est plus du tout la situation. Et puis, on doit essayer de voir comment on peut tourner un peu les choses, les bricoler.  [00:06:27]  On avait vu que le texte avait été mis entre les mains de tout le monde. On peut aujourd'hui publier du texte sans avoir des connaissances techniques particulières et pas de budget. On peut faire de la vidéo à peu près dans les mêmes conditions. Il restait un dernier pan, sur l'audio. Et aujourd'hui, avec le podcast, on voit qu(avec des moyens relativement faibles et des connaissances, des compétences relativement limités, on peut arriver tout un chacun à prendre la parole et beaucoup de gens le font.   [00:07:06] Texte, vidéo et audio aujourd'hui sont rentrés de plain-pied dans l'ère numérique. Les prochaines ? Je ne sais pas, c'est un peu compliqué. Il y a beaucoup de choses qui sont en train de se passer au niveau des stories, sur la manière dont on conçoit, dont on rend visibles des contenus à travers les stories. C'est quelque chose de complètement nouveau dans l'appréhension que peuvent en avoir les professionnels.  Pourquoi des Rencontres ? [00:09:18]  On s’est que le plus simple, ce serait de regrouper tout le monde et que chacun vienne raconter sans faux-semblants, je dis à chaque fois “c'est 0% bullshit”. On a essayé tel truc, ça n'a pas marché, mais on l'a fait autrement. Et que chacun raconte là où il s'est planté, là où il a réussi à surmonter les difficultés. Là où ça a un peu marché. Là où ça a très bien marché, etc.  Et après, il ne faut pas cacher non plus, ça a servi pour la visibilité et pour la crédibilité de Samsa.fr.  Le numérique dans les rédactions [00:11:30]  Il y avait, dans la décennie 2000-2010, énormément de gens à convaincre. C'était très difficile et vraiment pas pas gagné. On était un certain nombre dans différents médias. Je pense notamment à Johan Hufnagel qui était à l'époque responsable du site de Libé, où on galérait chacun de chacun de notre côté pour essayer de convaincre les “vrais journalistes” de venir faire quelque chose sur Internet.  [00:12:00] Ensuite, j'ai quitté techniquement le journalisme pour monter Samsa et devenir plutôt formateur et consultant. C’est la décennie 2010-2020 et là, au contraire, ça a changé parce que maintenant, je vois les gens arriver, des gens qui ne voulaient pas entendre ce que je racontais, en me disant: est ce que tu peux nous expliquer ce que tu peux nous former? Est ce que tu peux nous accompagner?  00:12:32] Avant, il y avait des gens qui disaient: moi Internet, jamais ! Aujourd'hui ça n'existe plus. On n'entend plus ça. Les questions qu'on entend aujourd'hui sont beaucoup plus intéressantes. Les questions qui émane des rédactions, c'est : oui mais comment je fais, je n’ai pas le temps. Et ça, ça fait remonter la préoccupation d'un cran. Ça fait remonter la préoccupation au niveau du management, au niveau des arbitrages qu'il peut y avoir à rendre. Comment faire en sorte que les gens aient le temps aussi de produire des contenus pour d'autres supports que la presse écrite si on est en presse écrite, la radio si on est en radio ou la télé si on est en télé ?  [00:13:16] Dans cette couche du management intermédiaire, qui va grosso modo des chefs de service au rédacteurs en chef, il y a souvent des gens qui sont relativement mal armés pour répondre à ces questions et pour rendre ces arbitrages. Pourquoi? Parce que ce sont des gens, qui aujourd'hui ont entre 40 et 50 ans, qui ont fait l'essentiel de leur carrière dans le média traditionnel, et ce qu'on leur a demandé pendant des années et des années, c'était de faire tourner le média traditionnel dans des conditions qui, notamment pour la presse écrite, étaient de plus en plus difficiles économiquement.  Donc, ils avaient la tête dans le guidon, ils pédalait et ils essayaient de faire ce qu'on leur demandait le mieux possible. Résultat des courses beaucoup d'entre eux ont assez peu vu, assez peu pratiqué tout ce qui se passait dans le numérique. Et aujourd'hui, on leur dit il faut prendre ça en charge et souvent, ils sont pas très bien équipés pour faire ça. Et c'est là aussi où nous, on vient nous chercher  [00:14:35]  Dès le début des années 2000, avec les grands reporters, mes anciens collègues qui partaient en reportage pour RFI, en Irak ou ailleurs, je pense notamment à Lucas Manget, c'était clair qu'il était impossible d'être sur le terrain dans des conditions de sécurité et de transmission difficiles, avec une antenne radio qui demandait de la production quasiment à jet continu, de travailler en plus pour Internet.  En revanche, ce qui était possible, c'est que, après coup, après le retour, on pouvait faire des choses sur une temporalité différente. Je me souviens qu'on a fait des carnets de bord de reporters en Irak avec Lucas à l'époque, mais ça se faisait après coup, avec une écriture différente, avec beaucoup de photos qu'il avait prises sur le moment. Et donc on peut tout faire, mais pas forcément tout en même temps. L’aventure Atelier des médias sur RFI [00:16:50] L'émission est née en 2007, donc ça fait treize ans aujourd'hui. En France c’était la première proposition de ce genre qui était disponible.  [00:17:51] Cette émission et les contenus diffusés sur les réseaux sociaux étaient notamment à destination de l'Afrique. C'est l'audience principale de RFI. Aujourd'hui, il m'arrive très régulièrement d'aller en Afrique francophone et que les gens me disent : moi, j'étais membre de la communauté de l'Atelier des médias et j'étais “mondoblogueur”. On avait initié avec Cédric Kalonji, une plateforme de blogs, Mondoblog, qui existe aujourd'hui et a accueilli près de 800 jeunes blogueurs, principalement africains, tous sélectionnés et qui ont fait des choses formidables par la suite.  Devenir entrepreneur quand on est journaliste [00:19:24] Survival is a Success. C'était l'un des titres d'un rapport du Reuters' Institute sur les pure players qui a été publié au milieu des années des années 2000. La survie est un succès. Pour les entrepreneurs, je pense que déjà être présents dix ans plus tard, c'est déjà un succès.  [00:20:29] C'est aussi inventer un mode de travail. C'est des choses qu'on avait déjà commencé à faire du temps de l'Atelier des médias. On ne travaille qu'avec des outils collaboratifs. L'équipe chez Samsa.fr est composée de salariés dont beaucoup sont à temps partiel et une partie ne vit pas à Paris.  Donc on travaille à distance, on travaille sur des modes non continus. Cela nécessite une grande flexibilité et une grande agilité. Et on a réussi à le faire et je pense que tout le monde y trouve son compte. Nos clients ne s'en aperçoivent absolument pas et ça ne constitue absolument pas un problème. Je pense que c'est une réussite parce qu'on doit aussi aujourd'hui réinventer la manière dont on travaille. [00:23:32]  On a aujourd'hui une communauté d’une cinquantaine de formateurs, formatrices, experts, consultants, autour de Samsa.fr. J'ai la satisfaction, parce qu'ils me l'ont dit, qu'un certain nombre d'entre eux sont fiers de se retrouver dans cette communauté là.  [00:23:30] Moi, je dirais que je suis devenu chef d'entreprise un peu par accident. Quand, il y a 10 ans, j'ai quitté RFI, il s'agissait de créer mon entreprise pour créer mon emploi. Je n'avais pas du tout comme plan d’avoir 10 ans après 10 salarié.  Mais ce qui s'est passé, c'est que les choses allant bien, avec 25% de croissance chaque année depuis depuis 4 ans, on a pu embaucher des gens, on a pu croître et professionnaliser nos nos méthodes.  Les choses se sont faites naturellement et pas sous la pression d'une levée de fonds parce qu'on n'a pas fait de levée de fonds, ou d'un actionnaire quelconque parce que le seul actionnaire jusqu'à il y a peu de temps c'était moi et que je n'ai jamais sorti un euro de dividendes de l'entreprise, donc tout a été entièrement réinvesti dans la boîte.  [00:25:40]  Ce que je vois, en ayant ces échanges, c’est que les journalistes ont des tas d'avantages, savent faire un tas de choses, notamment en termes relationnels, comme poser des questions. Cela a l'air d'une banalité absolue mais quand on discute avec des créateurs d'entreprise qui viennent d'autres mondes, parfois ils sont confrontés à une question et ne pensent pas qu’ils peuvent poser la question. Et pour nous, journalistes, c'est vraiment pas un problème. Donc il faut savoir qu'il y a des domaines dans lesquels on a des avantages comparatifs par rapport à d'autres, celui là et d'autres. En revanche, il y a des domaines sur lesquels on a au contraire des déficiences comparatives. Et donc soit il faut se former soi même, soit il faut s'associer avec des gens qui ont des compétences complémentaires pour le faire.  ----- Crédits  Réalisateur.rice.s : Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold Réalisation et post-production : Raphaël Bellon Design graphique : Benjamin Laible  Communication : Laurie Lejeune Générique et habillage sonore : Boris Laible Production : Ginkio
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