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Afrique, mémoires d'un continent

Author: RFI

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Afrique, mémoires d'un continent explore l’histoire à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui. Historiens, universitaires et spécialistes expliquent et racontent, sans tabous et à rebours des clichés, comment le passé éclaire le présent. Une émission présentée par Elgas, en collaboration avec Delphine Michaud. Réalisation : Taguy M’Fah Traoré. *** Diffusions vers toutes cibles les dimanches à 08h10 TU et 22h10 TU (Heure de Paris = TU + 1 en hiver).

105 Episodes
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Afrique mémoires d’un continent explore ce dimanche la société d’initiation Nya, pratiquée chez les Minianka au Mali et destinée à maintenir l’harmonie collective. Bénédictions pour la pluie, la maternité, la protection contre les maladies, fusion avec des esprits… Les cultes sont incontournables dans l’identité d’un peuple. L’arrivée de l’Islam a-t-elle eu un impact sur ces savoirs transmis de génération en génération ? Avec la participation de Jean-Paul Colleyn, anthropologue et cinéaste, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris et professeur à l'université de New York ************************************ Le Nya et la société minyanka : une force spirituelle vivante L'émission nous plonge au Mali, au cœur de la société minyanka, pour explorer le Nya, un culte de possession et une société d’initiation centrale dans l’organisation sociale et spirituelle. Le Nya est une force spirituelle et une pratique coutumière ancestrale, associée à des rituels de possession, de protection, de fertilité et de lutte contre la maladie ou la sorcellerie. Contrairement aux visions coloniales il constitue, loin d’un simple « fétiche », un véritable art de vivre, un lien au monde et à l’ordre social, structuré par la transmission du savoir entre anciens et cadets. Le culte demeure actif dans plusieurs centaines de villages, malgré les transformations contemporaines.   Déconstruction de l’ethnologie coloniale et des identités figées Jean-Paul Colleyn critique l’ethnologie coloniale qui a figé les sociétés africaines dans des catégories ethniques artificielles. Il rappelle que les « ethnies » sont souvent des constructions extérieures et que les identités sont en réalité fluides, issues de mélanges, de migrations et d’emprunts culturels. Cette approche remet en cause les visions essentialistes et hiérarchisées héritées de la colonisation.   Nya, islam et transformations contemporaines Les cultes de possession comme le Nya n’ont jamais été totalement opposés à l’islam. Celui-ci s’est diffusé au Mali par des voies multiples, parfois pacifiques, parfois violentes, mais a souvent coexisté avec les cultes de possession. Loin d’une opposition frontale, des formes de syncrétisme se sont développées, intégrant des éléments islamiques dans les pratiques traditionnelles. Aujourd’hui, ces cultes sont moins menacés de disparition que de transformation, confrontés aux mutations sociales, à l’urbanisation et au désengagement partiel des jeunes générations, tout en restant des repères symboliques essentiels.
La mémoire du continent vous raconte le tragique massacre du 28 septembre 2009 à Conakry, en Guinée. 156 morts, des centaines de femmes violées, un millier de blessés. À la tête de l’État, un jeune capitaine qui s’est invité au pouvoir quelques mois plus tôt, Moussa Dadis Camara. Quinze ans après la tragédie, un procès s’est tenu. Près de deux ans d’audience, temps fort de la mémoire et du devoir de justice. Un verdict historique, avant un goût d’inachevé.   Un rassemblement pacifique devenu tragédie Le 28 septembre 2009, date hautement symbolique en Guinée, près de 50 000 opposants se rassemblent pacifiquement au stade du 28 septembre pour réclamer le retour à l’ordre civil et dénoncer la tentation de candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara. Malgré l’interdiction, l’ambiance est d’abord joyeuse et déterminée. En fin de matinée, les forces de la garde présidentielle, des milices et des supplétifs en civil encerclent le stade. Les accès sont bloqués et l’impensable se produit. Les militaires ouvrent le feu à bout portant. Le vaste espace se transforme en scène de guerre : 156 morts, un millier de blessés, des centaines de femmes violées, des leaders frappés ou enlevés. Certaines victimes sont poursuivies et traquées les jours suivants. Témoignages de l’horreur Les survivants évoquent des tirs indiscriminés, des viols d’une brutalité extrême, des enlèvements, des corps entassés près des sorties. Des femmes témoignent de violences sexuelles innommables, parfois suivies de grossesses forcées. La répression fait ressurgir une longue histoire de violences d’État en Guinée. Depuis l’ère Sékou Touré, en passant par le régime de Lansana Conté, la Guinée a connu répressions, internements, tortures et massacres occultés. Le camp Boiro reste le symbole de cette tradition autoritaire. L’arrivée de Dadis Camara en 2008, après un coup d’État, s’inscrit dans cette continuité : promesses non tenues, militarisation du pouvoir, culture de l’impunité. Chute de la junte et procès historique Face à l’indignation internationale, Dadis Camara minimise les faits, évoquant de simples bousculades. Les tensions internes à la junte éclatent lorsqu’en décembre 2009, son aide de camp Toumba Diakité lui tire une balle dans la tête, affirmant vouloir dénoncer sa trahison et son implication dans le massacre. Pendant des années, ONG, victimes et organisations internationales réclament justice. Une longue instruction s’achève en 2017. En 2021, un nouveau coup d’État porte au pouvoir le colonel Mamadi Doumbouya, qui accélère l’organisation du procès pour restaurer l’image du pays. Une salle spéciale est construite, et le procès débute en septembre 2022. Douze accusés comparaissent, dont Moussa Dadis Camara et Toumba Diakité. Les victimes espèrent reconnaissance, vérité et réparation après treize années d’attente. Ce procès, largement médiatisé, marque un tournant majeur : une tentative de mettre fin à la spirale d’impunité qui hante l’histoire guinéenne.
La Françafrique, une entité opaque qui a manœuvré dans les coulisses pendant longtemps pour donner un sursis à la colonisation. Et dans la galaxie de cette nébuleuse, des mercenaires, des affairistes, et des hommes politiques. Parmi ces théoriciens, un homme au rôle central, mêlé pendant près de 50 ans à toutes les pages sombres de cette histoire : il s'appelle François Mitterrand.  Avec la participation de Thomas Deltombe, journaliste, éditeur, essayiste, auteur de «L'Afrique d'abord ! Quand François Mitterrand voulait sauver l'Empire français» (éd. La Découverte). ***************************************** Mitterrand, un homme façonné par l’imaginaire colonial Dans cet entretien, Thomas Deltombe revient sur l’origine de son enquête consacrée à François Mitterrand et à son rôle dans la formation de la Françafrique. Jeune journaliste intéressé par le racisme postcolonial, il découvre la guerre du Cameroun et les zones d’ombre de la politique française en Afrique. Ses recherches le mènent à explorer la première carrière de Mitterrand, sous la IVè République, une période largement méconnue et souvent déformée par le futur président lui-même. Né en 1916, issu d’un milieu provincial, catholique et conservateur, Mitterrand grandit dans un imaginaire nationaliste et colonial. Ses lectures — Maurice Barrès et d’autres auteurs nationalistes — nourrissent sa vision d’une France grande par son empire. Son passage à Vichy, couronné par l’obtention de la Francisque en 1943, témoigne de cette sensibilité idéologique, qu’il minimisera par la suite grâce à des récits romancés et parfois mensongers. Mitterrand et l'Afrique À partir de la fin des années 1940, Mitterrand investit le champ africain, d’abord comme ministre des Anciens combattants, puis comme ministre de l’Information et enfin comme ministre de la France d’Outre-mer. Ses voyages en Algérie, en AEF et en AOF révèlent un homme fasciné par l’Afrique autant qu’attaché à l’ordre colonial. En pleine montée des mouvements nationalistes — Madagascar, Côte d’Ivoire — il prône une stratégie de « réformer pour conserver ». Il identifie des interlocuteurs modérés, notamment Félix Houphouët-Boigny, qu’il contribue à détacher du Parti communiste et à intégrer au jeu politique français. Réformer et châtier : telle est sa doctrine. La réforme permet d’anesthésier et diviser les revendications, tandis que la répression s’abat sur ceux qui refusent la main tendue de la France. Inspiré par les décolonisations asiatiques, il élabore une véritable théorie de la mutation contrôlée de l’empire. De la théorie à la violence : l'exemple de l'Algérie Lorsque la guerre d’Algérie éclate le 1er novembre 1954, Mitterrand est ministre de l’Intérieur. Il défend alors sans ambiguïté la souveraineté française et sanctionne sévèrement le Front de libération nationale (FLN), qualifiant les insurgés d’« agitateurs recrutés à l’étranger ». Deltombe rappelle que cette insurrection peut être lue comme une réaction à la politique néocoloniale de Mitterrand et de Mendès France, mêlant concessions calculées et fermeté. Devenu ensuite ministre de la Justice, Mitterrand accompagne la montée en puissance de l’armée en Algérie, validant des exécutions capitales et participant à l’appareil répressif. Cette continuité — théorie réformiste et pratique brutale — illustre selon Deltombe la cohérence d’un homme qui a voulu sauver, coûte que coûte, l’influence française en Afrique. Son héritage, de l’Algérie au Cameroun en passant par le Rwanda, s’inscrit dans l’histoire longue et sombre de la Françafrique.  
La mémoire du continent explore l’histoire du soufisme et ses résonances africaines. Des deux côtés du Sahara, itinérance historique de Fès à Tombouctou, sans oublier la corne de l’Afrique, lieux où s’est écrit une belle page des interconnexions religieuses continentales. Branche, incarnation, les mots peuvent varier pour définir cet élan de l’islam, fait de quête mystique, intérieure, de vitalité confrérique, de lieux mémoriels, et de fidèles transnationaux. Le soufisme, à l’heure des périls sécuritaires au Sahel, de la gangrène jihadiste, et des idées reçues sur l’islam politique. Une émission enregistrée à Casablanca dans le cadre de la 2ème édition du festival Amwaj dédié aux podcasts et à la création sonore, et organisé par l'association Longueur d'Ondes (Brest, France), le studio indépendant Les Bonnes Ondes et l’Institut français. Avec la participation du Pr Ali Benmakhlouf, philosophe et professeur émérite à l’Université Paris-Est Créteil et à l’Université Mohammed VI Polytechnique du Maroc. Et une chronique de Sami Lakmahri, journaliste pour le site d’information marocain Le Desk.   ******************************** Ali Benmakhlouf, philosophe marocain, présente le soufisme, tradition islamique fondée sur la quête intérieure, la mémoire spirituelle et les réseaux confrériques transnationaux. Né à Fès, il raconte son héritage familial religieux, et la ville de Fès marquée par de nombreuses Zaouïas, lieux d’éloge du Prophète et de pratiques mystiques. Ces espaces montrent l'ancrage populaire du soufisme, tout en révélant parfois des tensions internes avec des visions plus rigoureuses de l’islam. Figures fondatrices et expansion sahélienne Le récit revient sur Sidi Ahmed Tijani, né en Algérie au XVIIIè siècle et mort à Fès, fondateur de la Tijaniyya, très influente en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal. Le lien est établi avec Moulay Idriss, figure historique du Maroc et symbole d’une sainteté originelle. Ces deux héritages illustrent l’imbrication entre politique, spiritualité et territoire. La Qadiriyya, plus ancienne et née à Bagdad au XIè siècle, s’ancre davantage dans la loi, tandis que la Tijaniyya valorise davantage la voie. Les deux approches sont complémentaires, et leur diffusion au Sahara témoigne d’une grande plasticité des formes soufies. Le soufisme s’est diffusé par les routes commerciales et diplomatiques, jusqu’aux empires du Mali et du Niger. En Afrique de l’Ouest, les confréries deviennent de puissantes structures sociales et spirituelles : Tijaniyya, Qadiriyya, mais aussi la Mouridiyya, fondée par Cheikh Ahmadou Bamba, résistante à la colonisation et fondée sur le travail et l’éducation.   Le soufisme, une réforme de vie Ali Benmakhlouf définit le soufisme comme la réforme de soi, fondée sur l’humilité, le don, l’éveil intérieur, l’écoute et la méditation.  Il rejette l’opposition simpliste entre «islam noir soufi» et «islam arabe rigoriste», qu’il qualifie de stéréotype colonial. Le jihadisme n’est pas de l’islam : il découle de misère sociale, de manipulations idéologiques et surtout de l’effondrement des États.  Le soufisme est aussi un projet intellectuel, nourri par l’étude du droit, de la logique et de la grammaire. Les penseurs comme Averroès ou Avicenne illustrent un islam rationnel, nuancé, capable d’accompagner la modernité. Leur héritage, remis en valeur par des chercheurs contemporains, constitue un antidote philosophique au dogmatisme.
Si, en 2025, la génération Z a eu raison du pouvoir, portée par des revendications sociales, elle semble pourtant tenir d’aînés qui ont balisé un chemin. En 1947, Madagascar ouvre la voie vers les indépendances par une révolte portée entre autres par la paysannerie, matée dans le sang par les colons et leurs supplétifs des colonies. Vingt-cinq ans plus tard, en 1972, une vaste mobilisation menée par les étudiants et les travailleurs renverse l’ordre établi et précipite la dynamique de la révolution culturelle avec, à l’horizon, la malgachisation. Enfin, en 2001 et en 2002, une élection présidentielle disputée et une crise post-électorale plongent le pays dans la paralysie, opposant deux camps revendiquant chacun la légitimité du pouvoir. Les manifestations massives à Antananarivo confirment le rôle central de la contestation populaire dans la vie politique malgache. Avec la participation de : Michèle Rakosoton, écrivaine malgache Denis-Alexandre Lahiniriko, historien et maître de conférences au département d'Histoire de l'Université d'Antananarivo et à l'Université catholique de Madagascar.    ********************************************* 1947, un mouvement principalement paysan L’émission explore la longue tradition de résistance qui marque Madagascar depuis le XIXᵉ siècle. Située entre influences française et britannique, l’île développe très tôt une culture politique d’insoumission face aux abus et aux logiques coloniales. La révolte éclate dans un contexte de tensions extrêmes : travail forcé, réquisitions, pauvreté, humiliation quotidienne et code de l’indigénat. La société secrète Jina, composée d’anciens soldats et de militants nationalistes, cristallise la colère des populations rurales et prépare la date symbolique du 29 mars 1947. Si Tananarive reste sous contrôle, les régions de Moramanga, Manakara et la côte est s’embrasent. Les insurgés, souvent mal armés, visent les postes administratifs et les symboles de l’autorité coloniale. Le mouvement est rural, populaire, spontané, nourri de solidarités communautaires. L’armée française mène une répression méthodique : villages incendiés, déplacements forcés, exécutions, tortures, procès massifs. Les estimations évoquent entre 30 000 et 40 000 morts, ce qui fait de 1947 l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire coloniale française. Cette tragédie marque durablement les familles et la société malgache. L’écrivaine Michèle Rakotoson insiste sur le silence traumatique qui se transmet entre générations, mais aussi sur la capacité de la littérature à redonner voix aux oubliés et à reconstruire un récit national. 1972 : la jeunesse reprend le flambeau Dans les années 1950, les partis nationalistes se divisent entre négociations modérées et radicalité. Le PADESM (Parti des déshérités de Madagascar), soutenu par l’administration coloniale et représentant surtout les élites côtières, capte le processus d’indépendance, obtenue en 1960 sans véritable rupture. Une nouvelle révolte éclate en 1972, cette fois dans les villes. Étudiants et lycéens dénoncent un système éducatif hérité de la colonisation, inadapté et profondément inégalitaire. Inspirés par les mouvements révolutionnaires internationaux, ils mobilisent ouvriers, fonctionnaires et paysans. Les manifestations se généralisent, paralysent le pays et renversent le président Tsiranana. Beaucoup de Malgaches considèrent dès lors 1972 comme la « véritable » indépendance, celle gagnée par les luttes internes plutôt que par une transition contrôlée par la France.
Direction le Maghreb ce dimanche. À Rabat, dans le royaume chérifien, berceau méconnu des aventures du panafricanisme au nord. À Alger, décrite comme La Mecque des révolutionnaires. Et bien sûr à Tunis, au pays de Carthage, à la pointe des révoltes portées par la culture et l’art. Trois destinations, à l’instar de Accra et Conakry, qui ont vu naître et s’élever les rêves panafricains à une époque où le Sahara n’était pas cette fracture imaginaire entre le nord et le sud du continent. Avec : - Paraska Tolan-Szkilnik, historienne, autrice de «Maghreb noir : Rabat, Alger et Tunis dans les luttes panafricaines» (éd. Ròt-Bò-Krik) - Seloua Luste Boulbina, philosophe, spécialiste des études postcoloniales, autrice de «Les Arabes peuvent-ils parler ?» (éd. Black Jack). ************************************* La mémoire du continent nous conduit au Maghreb, dans ces villes du nord de l’Afrique qui furent, des années 1950 aux années 1980, des foyers essentiels du panafricanisme. Rabat, Alger et Tunis, parfois perçues comme séparées du reste du continent par une frontière imaginaire, ont en réalité été des espaces de circulation intense. Malgré la barrière symbolique et politique que le colonialisme français avait érigée autour du Sahara, les idées, les militants et les artistes africains y ont trouvé des terrains d’échange et de solidarité. Rabat : un foyer intellectuel et révolutionnaire Rabat accueille une génération de militants luso-africains tels que Mario de Andrade, Amílcar Cabral ou Marcelino dos Santos. Sous le règne de Mohammed V, ils développent une conscience politique nourrie par la poésie, les débats marxistes et les formations militaires. La rencontre avec Frantz Fanon joue un rôle déterminant dans leur orientation révolutionnaire. La revue Souffles, créée par Abdellatif Laâbi, prolonge cet élan en devenant une plateforme panafricaine majeure. Elle ouvre ses pages à des voix, de Rabat à La Havane, et cherche à dépasser la négritude pour inventer de nouvelles voies culturelles. Sa disparition, sous la répression de Hassan II, marque un tournant et un affaiblissement de la dynamique révolutionnaire marocaine. À Alger, «la Mecque des révolutionnaires» Après Rabat, Alger devient le centre moteur du panafricanisme. Dans une Algérie fraîchement libérée de la colonisation, les luttes anti-impérialistes et les mouvements de libération trouvent soutien politique et logistique. Le festival panafricain de 1969 constitue un moment emblématique : musiciens, danseurs, cinéastes et penseurs y expriment une Afrique en renaissance, où la culture accompagne le combat politique. L’arrivée au pouvoir de Boumediene, renversant Ben Bella, reconfigure toutefois les équilibres idéologiques tout en maintenant une diplomatie panafricaniste active. Tunis, le cinéma comme langage panafricain Tunis joue également un rôle important grâce aux Journées cinématographiques de Carthage. Ce festival devient un lieu de rencontre privilégié pour les cinéastes africains, où le cinéma sert de vecteur de mémoire, d’engagement et d’imaginaire politique partagé. Rabat, Alger et Tunis démontrent que le nord du Sahara a porté des projets culturels, politiques et artistiques qui ont façonné les luttes africaines pour la liberté. 
Le Soudan du Sud, 54ème pays d'Afrique et nation la plus jeune du monde, a rejoint la famille des Etats le 9 juillet 2011 avec les espoirs vifs et tout en liesse de survivre aux péripéties sanglantes de son histoire. Mais après la joie de l’autodétermination, le pays retrouve ses démons : conflits persistants autour du pétrole, passifs non soldés avec Khartoum, triple fracture religieuse, ethnique et coloniale. Et un fait demeure, le Soudan du Sud saigne.    ********************************** Une naissance dans l’euphorie (2011) Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud célèbre son indépendance dans une atmosphère d’enthousiasme.Les habitants, longtemps opprimés au sein du Soudan, voient dans cette journée l’aboutissement de plus d’un demi-siècle de luttes, de guerres et de marginalisation.Le drapeau sud-soudanais est hissé, l’hymne national chanté, et le président Salva Kiir prend la parole devant une foule en liesse. La domination du Nord et la première guerre civile Après l’indépendance du Soudan (1956), le pouvoir était concentré entre les mains d’une élite arabophone et musulmane du Nord, provoquant frustrations et révoltes dans le Sud, majoritairement chrétien ou animiste. Cette situation mène à une première guerre civile dès 1955, close en 1972 par un accord d’autonomie fragile, vite remis en cause notamment après la découverte du pétrole. Rechute : la charia et l’émergence de John Garang En 1983, le président Nimeiry instaure la charia et le conflit reprend.Émerge alors la figure charismatique de John Garang, fondateur du SPLM/SPLA, qui devient le principal acteur du combat sudiste. Un nouveau coup d’État porte Omar el-Béchir au pouvoir en 1989, radicalisant encore le régime.La guerre s’étend, marquée par des massacres et l’ingérence de puissances régionales. Accords de 2005  Après de longues négociations, Nord et Sud signent en 2005 un accord prévoyant l’autodétermination dans les six ans.Mais John Garang meurt dans un accident d’hélicoptère la même année.Son successeur, Salva Kiir, mène le processus jusqu’au référendum d’indépendance en 2011. Après l’indépendance, la désillusion Très vite pourtant, l’espoir laisse place à la désillusion. L’État sud-soudanais, dépourvu d’institutions solides, est miné par la corruption, la rivalité entre Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, et la lutte pour le contrôle du pétrole qui constitue 98 % des revenu. En 2013, ces tensions débouchent sur une guerre civile aux dimensions ethniques marquées, opposant Dinka et Nuer. Le conflit fait des centaines de milliers de morts et provoque d’immenses déplacements de population. Malgré un accord de paix signé en 2018, la stabilité reste précaire. Né dans l’enthousiasme, le Soudan du Sud demeure plongé dans une spirale de conflits et confronté à des défis politiques, économiques et sociaux considérables.   *****************************   Programmation musicale :   ► Heywete - Tesfa Maryam Kidane
Efunroye Tinubu fut une figure majeure du Nigeria du XIXᵉ siècle. Femme d’affaires redoutable, elle réussit à s’imposer dans un monde d’hommes et fit fortune dans le commerce, y compris celui des esclaves, avant de devenir une cheffe politique influente à Lagos et à Abeokuta. À une époque marquée par les bouleversements coloniaux et l’abolition progressive de la traite, Tinubu incarna à la fois la réussite, le pouvoir féminin et les contradictions de son temps. Héroïne pour certains, négrière pour d’autres, elle demeure l’un des visages les plus fascinants - et les plus ambigus - de l’histoire nigériane. Avec la participation de Sylvia Serbin, journaliste et historienne, autrice de « Reines d'Afrique et héroïnes de la diaspora noire » (éd. Sepia)
Qu’entend-on par les «pratiques de l’écrit» ? Elles désignent les usages de l’écrit de tous les jours, pour noter, consigner, mesurer, garder les traces d’une transaction… Écriture ordinaire ou utilitaire, ses enjeux n’en sont pas moins importants. Direction le Mali, plus précisément dans la région cotonnière de Fana, où un important programme d’alphabétisation a permis aux paysans de mieux gérer la production et les comptes, notamment grâce à la transcription de la pesée de l’«or blanc». L’écriture comme outil de confidentialité donc, mais aussi comme outil de comptabilité et de développement.    Avec la participation de Aïssatou Mbodj-Pouye, anthropologue et autrice de «Le fil de l'écrit. Une anthropologie de l'alphabétisation au Mali» (ENS Éditions). ************************************************** Elgas : Bien sûr, les événements comme les états civils d'une certaine manière, les périodes importantes de la vie (baptême, naissance, mariage), sont régulièrement notés. Mais j'aimerais que vous nous décriviez une scène importante, c'est la pesée du coton, un temps fort de l'écriture. Pour quelles raisons ?  Aïssatou Mbodj-Pouye : C'est un moment qui est lié à l'encadrement agricole, et c'est un moment crucial pour les producteurs de coton puisqu'une partie de leurs revenus annuels dépend du poids du coton qui est pesé et des calculs qui sont faits. Donc c'est un moment qui m'a intéressée par l'attention qu'y prêtaient les différents acteurs. Et ça me permet de revenir à mon idée initiale autour des pratiques de l'écrit et de l'importance d'y associer les personnes qui n'ont pas de compétences à l'écrit, puisqu'on pouvait voir des personnes très soucieuses de ce qui se jouait à ce moment-là se faire par exemple, remettre un bout de papier sur lequel figurait un chiffre, un document qu'ils pouvaient conserver, et puis plus tard, au moment où ils allaient être payés, qui pouvait leur servir de contrôle.  
En 1958, Sékou Touré s’oppose au général De Gaulle. L’ancien syndicaliste mène la fronde anticoloniale et son pays, la Guinée, embrasse la liberté. Les Français partent. Il devient un héros national et continental, le pays attire les convoitises, on s’y presse pour participer à l’élan. Mais au pouvoir, Ahmed Sékou Touré changera, vite, de héros à tyran. Sous son règne, un trésor pour les chercheurs, les archives de la Révolution : textes, littératures d’Etat, journaux… Il faut éduquer le peuple. Avec la participation de Elara Bertho, agrégée en Lettres modernes, chargée de recherches au CNRS, au sein du Laboratoire Les Afriques dans le monde, autrice de «Conakry. Une utopie panafricaine - Récits et contre-récits 1958-1984» (éd. CNRS). ******************************************************** Elgas : Avant la révolution, les écrits sont là pour dire le désir de libération. La presse et les revues sont l'épicentre du bouillonnement intellectuel où les aspirants écrivains, journalistes, activistes font leurs classes. L'écrit est une arme anticoloniale et il sera décisif dans la marche pour l'indépendance, même si toute la production reste liée à l'Empire. C'est dans ce contexte que vous nous replongez, vous ressortez des tiroirs poussiéreux des trésors de cette période. Qu'est-ce qui explique ce foisonnement d'écrits et pourriez-vous nous faire la cartographie de ces années 50 ? Elara Bertho : Je repars des années qui précèdent l'indépendance, on a tous en tête que Ahmed Sékou Touré aurait été un homme seul. En réalité, il fait partie d'une constellation de journalistes ou de jeunes qui commencent à prendre la plume à l'intérieur de la presse coloniale publiée en Guinée. Et ils revendiquent les mêmes droits et les mêmes devoirs dans une possibilité d'une union française. En réalité, ils ne demandent pas tout de suite l'indépendance. Ils commencent à demander les mêmes droits et les mêmes devoirs dans ce qui pourrait être appelé une logique d'assimilation. Et l'un d'entre eux, par exemple, Mamadou Traoré, qui prendra que le nom de plume de Ray Autra, a une plume absolument délicieuse. En faisant des jeux de mots, en dénonçant comment la colonisation au quotidien dysfonctionne. Ces petites pépites satiristes vont parsemer la presse coloniale. Et plus tard, il va demander beaucoup plus frontalement que la France soit mise face à ses responsabilités, c'est-à-dire qu'elle assume ce discours civilisationnel qu'elle promet par ailleurs.
La mémoire du continent vous plonge au cœur de la Seconde Guerre mondiale dont l’apogée sera le largage de deux bombes atomiques sur les villes japonaises de Hiroshima et Nagasaki. Ce que l’on sait moins, c’est que pour fabriquer ces bombes, l’Afrique sera mise à contribution, puisque l’uranium nécessaire à leur production sera extrait de la mine de Shinkolobwe, au Katanga, en République démocratique du Congo. Retour sur la rencontre entre l’histoire de l’atome et l’histoire coloniale. Avec la participation de l’écrivain congolais Blaise Ndala, auteur de « L’équation avant la nuit » (éd. Lattès). ****************************** Elgas : On voit qu'il existe des sites un peu partout dans le monde. Mais ce qui fait l'unicité de l'uranium du Katanga, c'est sa qualité... Blaise Ndala : Oui c'est sa grande qualité. Les États-Unis ne sont pas dépourvus totalement d'uranium. Ils en ont, mais en qualité pauvre. Einstein le mentionne d'ailleurs dans une lettre. Il dit que le meilleur uranium, «c'est celui que vous trouverez au Katanga». Donc à partir de là, les Américains se rendent compte qu'il va falloir se rattraper et donc ils recherchent le patron de l'Union minière pour prendre langue avec lui. Et après, ils comprennent qu'en fait, s'ils veulent mener un projet aussi gigantesque que celui-là et rattraper les douze mois de retard qui les séparent du programme que mène Heisenberg, il faut qu'ils aillent à la source, donc qu'ils fassent le déplacement vers le Katanga et qu'ils exploitent directement la mine et fassent revenir ce qu'il faut en tirer aux États-Unis.  
La mémoire du continent a pris ses quartiers à Blois, à l’occasion de la 28ème édition des Rendez-vous de l’histoire, pour tenter de comprendre comment est enseigné le fait colonial en France à l’heure d’une forte exigence d’inclusion. Quelle est la place de l’école dans les sujets post-coloniaux ? Comment s’incarne le récit de glorification colonial dès la IIIème République ? Quels programmes scolaires aujourd’hui ? Avec la participation de Laurence De Cock, historienne, chargée de cours en didactique de l’histoire et sociologie du curriculum à l’Université de Paris, spécialiste de l’histoire de l’éducation et de l’école.
Doit-on s’excuser de la colonisation ? De l’esclavage aux décolonisations, des guerres et crimes coloniaux, de l’expropriation et des dominations multiformes aux survivances de cet écosystème colonial aujourd’hui, comment créer un horizon commun pour apaiser les mémoires ? Les puissances coloniales sont-elles prêtes, enclines à présenter leurs excuses ? À des réparations financières ? Que demandent les ex-colonisés ? Quel état des lieux dans la reconnaissance de la colonisation aujourd’hui ? Avec la participation de : - Pascal Blanchard, historien spécialiste du fait colonial et de l’histoire des immigrations, co-auteur de « Doit-on s’excuser de la colonisation ? »  (éd. Desclée de Brouwer) - Chikouna Cissé, historien de la migration, maître de conférences en Histoire de l'Afrique à l'Université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan.   ******************************** Elgas : Pourquoi les pouvoirs successifs semblent tétanisés à l'idée de rétablir la vérité ? Pascal Blanchard : Parce que la vérité fait peur. Dire que la République a colonisé, a dominé, a tué, a réprimé, a empêché la liberté, a empêché l'autre d'être son égal, et a fabriqué par le droit de la distinction en fonction d'une couleur de peau, a autorisé le pillage, le viol et la domination... Par définition, personne n'a envie de l'entendre. Personne n'a envie d'entendre que son histoire a été maculée de sang. Personne n'a envie d'entendre qu'ils ont été du mauvais côté de l'histoire. Personne n'a envie de dire que la France, pour être «grande», a dû réduire les autres à n'être rien. Personne n'a envie d'entendre ce récit-là. On a envie d'entendre que cet empire colonial sur lequel le soleil ne se couchait jamais, c'était la grandeur. Et c'était le moment où la France était à son apogée. C'est ça que les gens ont envie d'entendre.  
La mémoire du continent vous raconte le tragique massacre du 28 septembre 2009 à Conakry, en Guinée. 156 morts, des centaines de femmes violées, un millier de blessés. À la tête de l’État, un jeune capitaine qui s’est invité au pouvoir quelques mois plus tôt, Moussa Dadis Camara. Quinze ans après la tragédie, un procès s’est tenu. Près de deux ans d’audience, temps fort de la mémoire et du devoir de justice. Un verdict historique, avant un goût d’inachevé.
Direction le Burkina Faso où, en pleine période d’effervescence post-indépendances, le monde de l’art se rebiffe et le cinéma se fraie un chemin. En 1969, un petit noyau de cinéphiles, organisés en cinéclub, bientôt rejoints par des acteurs culturels décidés et des cinéastes, font naître l’idée d’une semaine du cinéma africain. Semaine qui deviendra dès 1972 le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou, le FESPACO.   Avec notre invité Aboubacar Demba Cissokho, journaliste et critique de cinéma, auteur de « Fespaco : Par-delà les écrans » (éd. Baobab). ********************************** Elgas : Vous mentionnez Thomas Sankara dans votre livre. Il y a une très belle place. On sent d'ailleurs votre admiration pour son legs et sa vision, au moins pour la question des arts. Que représente-t-il pour ce festival ?   Aboubacar Demba Cissokho : Il représente beaucoup de choses. Il a installé dans la conscience des Burkinabé, puis des amateurs et des professionnels du cinéma, l'idée que leur travail artistique est important dans l'entreprise globale qu'est la promotion de la culture. Et cette conscience est toujours là malgré les vicissitudes, les soubresauts sociopolitiques, les difficultés économiques, cette conscience que l'art et la culture sont importants dans la représentation, l'image que se donne un peuple, l'image qu'il se donne à lui-même et l'image qu'il donne à l'extérieur. Et ce que Sankara a ajouté aussi, c'est la dimension panafricaine. C'était inscrit, mais Sankara lui a donné corps. En 1984, il est allé à l'Assemblée générale des Nations unies. Il lui a prononcé un discours et en marge de cette assemblée générale, il est allé à Harlem. Il a rencontré la communauté africaine américaine. À l'époque, on ne disait plus afro-américaine. Et il a pris conscience qu'il fallait intégrer la diaspora, lui donner une place au Fespaco. D'où la création du prix Paul Robeson, prix de la diaspora qui récompense les cinéastes en 1985. Et ce prix existe toujours. Un troisième élément, c'est la proximité que Sankara a créée entre les élites et le public. Lui-même se déplaçait, rencontrait les cinéastes, les artistes, les recevait, invitait ses amis. Et donc ces trois dimensions-là ont fait que sa place est toujours évoquée quand on parle de l'histoire du Fespaco.
Les courants du monde nous mènent ce dimanche entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle sur les traces d’un savant, d’un lettré, d’un voyageur en perpétuelle quête de savoirs. Il s’appelle al-Hajj Musa ibn Hissein, et on le suit de Bursari, terre de sa naissance, à Zinder, Benghazi, Jérusalem ou encore au Caire. En Égypte, il fera la rencontre d’un linguiste allemand, Rudolf Prietze, auquel il confie sous formes orales et écrites un impressionnant corpus en kanouri et en haoussa. Avec la participation de : - Camille Lefebvre, historienne, directrice de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences sociales) - Ari Awagana, linguiste, maître de conférences en Langues et Linguistiques africaines à l’Université de Leipzig Auteurs de «L'œuvre en kanouri d’al-Hajj Musa ibn Hissein, un savant du Borno».
La Françafrique, une entité opaque qui a manœuvré dans les coulisses pendant longtemps pour donner un sursis à la colonisation. Et dans la galaxie de cette nébuleuse, des mercenaires, des affairistes, et des hommes politiques. Parmi ces théoriciens, un homme au rôle central, mêlé pendant près de 50 ans à toutes les pages sombres de cette histoire : il s'appelle François Mitterrand.  Avec la participation de Thomas Deltombe, journaliste, éditeur, essayiste, auteur de «L'Afrique d'abord ! Quand François Mitterrand voulait sauver l'Empire français» (éd. La Découverte). ***************************************** Elgas : Certains journalistes ont révélé la jeunesse vichyste du président Mitterrand, tache indélébile à l'honneur qu'il s'efforcera de minimiser pendant son ascension politique. À mesure qu'il avance, l'Afrique sera un continent où il jouera un grand rôle dans l'ombre et dans la lumière, avec une fascination pour la colonisation qu'il voudra maintenir coûte que coûte, moyennant même des réformes dans le style de Jacques Foccart. Partir pour mieux rester. Et il en sera un acteur et un théoricien. Thomas Deltombe, comment est née cette passion, j'allais dire triste passion, de François Mitterrand pour le continent africain ? Thomas Deltombe : À mon avis, il y a deux raisons. Il y a une raison idéologique, c'est un nationaliste. Vous avez cité un certain nombre d'enquêteurs qui n'ont pas véritablement révélé son passé nationaliste, mais qui l'ont documenté, disons, très précisément. On pourra y revenir parce qu'en réalité, l'Afrique fait revenir la question de Vichy à un moment très tôt dans sa carrière. Donc il y a ce nationalisme. Il veut défendre la grandeur de la France et il ne le cache pas, il le dit clairement. Et pour défendre la grandeur de la France, il faut selon lui défendre la présence française en Afrique. Donc ça, c'est vraiment un des piliers. Et le second pilier est plus cynique, ou en tout cas plus personnel. C'est simplement qu'il a compris assez tôt, dès la fin des années 40, quel profit il pouvait tirer de son investissement personnel sur les questions africaines dans le jeu complexe de la vie politique de la IVème République. Il avait compris que là, il y avait peut-être une carte à jouer. Et donc les deux ensembles, la grandeur de la France et sa grandeur personnelle se sont conjugués pour qu'il mette l'Afrique au centre de ses préoccupations. D'où le titre du livre L'Afrique d'abord, qui n'est pas de mon fait, mais qui est une expression qu'il utilise lui-même à plusieurs reprises.
La mémoire du continent vous emmène sur la façade atlantique de l’Afrique au XIVe siècle. Royaumes, empires, cités-États y ont prospéré avec des savoir-faire, des cultures, des organisations sociales tout à fait conséquents. Et pourtant, à partir du XIVe siècle, un processus s’enclenche avant l’arrivée des Portugais : le dépeuplement. Comment les historiens justifient-ils cette tension démographique, « grande transition » qui a abouti à la désertification d’importants sites d’habitat ?   Avec la participation de Gérard Chouin, historien, affilié à l’IMAF (Institut des mondes africains), auteur de l’article L’ouverture atlantique de l’Afrique. ************************************* Elgas : Gérard Chouin, la traite a-t-elle pu, d'une certaine manière, exploiter des réseaux préexistants ? C'est ce que vous appelez dans votre article « nouvelles frontières d'opportunité ». En d'autres termes, comment ce trafic d'êtres exploite des facteurs qui étaient déjà en pleine mutation ? Gérard Chouin : Ce que j'appelle « nouvelles frontières d'opportunité », c'est le fait que ce golfe de Guinée qui était à l'extrémité des grandes routes de commerce pendant des centaines d'années se retrouve brutalement être une nouvelle frontière commerciale où arrivent des biens qui jusqu'à présent arrivaient au compte-goutte depuis le Sahel. Donc ça, c'est une chose. Ensuite, pour ce qui est du commerce des hommes et des femmes, c'est un état de fait qui existe déjà dans ces états côtiers avant l'ouverture des Européens. La preuve étant que, avant même la découverte de l'Amérique et donc les flux de captifs africains vers le continent américain, nous avons un flux qui vient du Bénin, donc du royaume du Bénin dans le Nigeria actuel vers Elmina. C'est-à-dire que les Portugais font un commerce, un trafic d'êtres humains entre le royaume du Bénin et Elmina, où des captifs sont exportés par le royaume du Bénin en échange d'or. Donc, on voit bien que déjà au XVe siècle, avant même l'ouverture américaine de l'Atlantique, vous avez une demande sur la côte de l'or pour des êtres humains à échanger contre de l'or, dans ce cas de figure [...] La traite existe donc depuis l'ouverture du commerce atlantique. Mais lorsque vous regardez la courbe du nombre de personnes exportées via l'Atlantique, vous vous rendez compte qu'à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, ma courbe prend une forme extravagante, l'augmentation est sidérante.  Programmation musicale : Manden Mandinkadenou (Chant de griot)
La mémoire du continent revient sur un événement marquant du Moyen-Orient, un moment clé du XXe siècle, l’assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate, le 6 octobre 1981. Héros de la guerre du Kippour, artisan des accords de Camp David et prix Nobel de la paix, Sadate a marqué l’histoire par ses choix audacieux et controversés. Sa politique d’ouverture et de paix avec Israël, saluée sur la scène internationale, suscita en Égypte et dans le monde arabe de profondes divisions qui aboutiront à son assassinat en direct, en plein défilé militaire au Caire. Comment expliquer cet acte ? Quel était le contexte politique de l’époque et quelles répercussions dans la région ?
La mémoire du continent revient ce dimanche sur l’expansion jihadiste au Mozambique. Depuis 2017, la province de Cabo Delgado, au nord du pays et bordée par l’océan Indien, est le théâtre d’attaques meurtrières et de déplacements massifs. Qui sont ces groupes armés jihadistes ? Quelles idéologies les motivent ? Qui les forme et quels réseaux les financent ? Avec Régio Conrado, docteur en science politique, et professeur de science politique et de philosophie à l’université Eduardo Mondlane de Maputo, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le Monde et au centre d’études africaines-Leiden *************************************** Elgas : Pouvez-vous nous rappeler ce qui s'est passé à Palma ? Comment les populations ont ressenti cette attaque ? Régio Conrado : C'est d'abord une attaque très violente, bien organisée, bien structurée. Cette attaque a montré aussi que ces groupes étaient bien ancrés, ils connaissaient profondément la région. Ce ne fut pas nécessairement une surprise pour une partie de la population, parce qu'ils avaient déjà eu quelques réticences dues à la présence de gens qui avaient des pratiques religieuses musulmanes particulières, des pratiques qui n'étaient pas courantes dans la région. Il y a effectivement eu une présence beaucoup plus accrue d'étrangers qui avaient une perception beaucoup plus conservatrice de la religion musulmane. Après, il faut aussi ajouter que du point de vue national, c'est effectivement la première fois qu'on a eu à faire à un phénomène qu'on pensait très loin de nous, parce que depuis plusieurs siècles, au Mozambique, on pratique une religion musulmane qui est beaucoup plus tolérante, beaucoup plus ouverte, beaucoup plus tranquille...
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