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Chasseurs de science

Chasseurs de science

Author: Futura

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Chasseurs de science, un podcast Futura. À chaque épisode, embarquez dans les couloirs du temps pour revivre avec nous les petits et grands événements qui ont forgé la science. Chasseurs de science, c'est une immersion sonore de dix minutes dans la foisonnante histoire des sciences.


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25 Episodes
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Afin d’assouvir sa passion pour les mathématiques, la jeune Sophie Germain est prête à tout. Comme désobéir à son père et tromper une grande école parisienne : Polytechnique.Son subterfuge lui ouvre les portes de cette science, alors interdite aux femmes, à laquelle elle s’adonne avec talent. Elle marque sa discipline par la complexité de ses raisonnements et côtoie les plus illustres scientifiques de son temps, tout en restant dans leur ombre👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Sophie GermainJournée internationale de la femme : elles ont changé la sciencePodcast : Nicolas Bourbaki, le plus grand mathématicien qui (n')ait jamais existé⭐Merci aux Patrons qui ont voté pour ce sujet sur notre page Patreon. Si, vous aussi, vous souhaitez voter pour les prochains sujets de Chasseurs de Science et prendre part à la vie de la rédaction découvrez nos abonnements ici ! ⭐Transcription du podcast :1794. Joseph-Louis Lagrange lit avec attention un courrier qui lui est adressé. Le vénérable scientifique, à qui l’on doit de nombreuses avancées en mécanique céleste ou sur la théorie des nombres, n'a plus rien à prouver. Il termine sa carrière prolifique en tant que professeur à l’école Polytechnique dans un Paris en pleine révolte. La Terreur parcourt les rues et les scientifiques ne sont pas épargnés. Joseph-Louis a vu tomber la tête de son meilleur ami avec qui il participe à l’élaboration du système métrique : Laurent Lavoisier. Dans ce contexte troublé, il essaye de mener ses cours au mieux. S’il est de notoriété publique que ses élèves le haïssent, à cause de son accent italien marqué et sa voix fluette, il les pousse tout de même à lui partager leurs réflexions après chaque leçon.Parmi les commentaires qu’il reçoit, ceux d’un certain Antoine Auguste Le Blanc sont les plus pointus. Impressionné par ses remarques sur la théorie des nombres, Joseph-Louis initie une correspondance scientifique avec le jeune homme. Après de longs échanges, il décide de le convier dans son bureau de l’École Polytechnique.On toque à la porte. Le voici ! Joseph-Louis s’était imaginé mille et une choses à propos d’Antoine Auguste. Parfois, il le pensait malingre et peu gâté par la nature. Ou au contraire, il le voyait comme un brillant jeune homme bien élevé, aussi doué pour la rhétorique que les raisonnements scientifiques. Mais là... il devait y avoir une erreur ! Antoine Auguste Le Blanc a la bouche bien dessinée et le nez un peu trop long. Il porte ses longs cheveux attachés en chignon. Le brillant cerveau avec qui Joseph-Louis Lagrange échange depuis plusieurs mois est en réalité une jeune femme de 19 ans ! Une certaine Sophie Germain.1789. La petite Sophie passe la plupart de son temps dans la bibliothèque de son père. Ambroise-François Germain ne veut pas voir sa fille traîner dehors alors que la Révolution vient d’éclater. Les livres fascinent Sophie, surtout ceux qui parlent de science. Elle a lu et relu la grande Encyclopédie de Diderot, mais son préféré relate l’histoire et les théories d’Archimède. Si les posters avaient existé au XVIIIe siècle, elle aurait probablement recouvert les murs de sa chambre avec des portraits du mathématicien antique. Sophie est particulièrement inspirée par l’histoire de sa mort : tué, à ce qu’on dit, par un soldat romain alors qu’il traçait des cercles sur le sable sur une plage à Syracuse en Sicile.Le XVIIIe siècle est plein de bouleversements scientifiques, politiques ou encore philosophiques, mais les jeunes femmes comme Sophie sont tenues éloignées de cette agitation. Sophie souhaite devenir mathématicienne : manipuler les chiffres, élaborer des théories comme Archimède et ainsi comprendre le monde. Mais son père a d'autres projets de carrière pour elle : il ne souhaite pas voir sa fille se tourner vers une carrière trop masculine. Il préfère qu’elle se tourne vers un autre type de science. Les sciences ménagères. Pleine de détermination, Sophie se procure les cours de mathématiques de l’école Polytechnique, qui est interdite aux femmes. D’ailleurs, elle le restera jusqu’en 1970, soit près de deux cents ans de connaissance rendue inaccessible aux femmes. Dès le départ, Sophie se passionne pour la théorie des nombres, une branche des mathématiques qui s’intéresse aux propriétés des nombres entiers naturels ou relatifs. Ce sont ses remarques sur cette théorie qui impressionnent Lagrange.D’ailleurs ce dernier ne se formalise pas de la supercherie montée par Sophie pour le rencontrer. Au contraire, il est impressionné par sa ténacité et son courage. Le vieux scientifique et la jeune femme brillante se lient d’amitié. Leur entrevue ne passe pas inaperçue du cercle scientifique parisien et Sophie devient rapidement la coqueluche de ce petit monde. Elle devient la protégée de Jacques Antoine Cousin qui met à sa disposition son immense bibliothèque et sa richesse. La famille de Sophie finit par la soutenir aussi. Son père et les mariages avantageux de ses deux sœurs, Angélique et Marie-Madeleine, lui assurent des revenus confortables sans qu’elle ait à travailler. Elle peut ainsi consacrer chaque instant de sa vie aux mathématiques, domaine scientifique auquel elle apporte une contribution certaine. En 1801, elle échange des dizaines de lettres avec Carl Friedrich Gauss – le même Gauss que la fameuse courbe – sous son nom de plume, Le Blanc. Une profonde amitié se noue entre les deux scientifiques. La ville natale de Gauss est envahie par la Prusse et Sophie joue de ses relations pour assurer la sécurité de son ami. Elle lui révèle alors sa véritable identité. Gauss réagit en ces termes, le 30 avril 1807 : « Comment vous décrire mon admiration et mon étonnement, en voyant se métamorphoser mon correspondant estimé M. Leblanc en cet illustre personnage, qui donne un exemple aussi brillant de ce que j'aurais peine à croire. (...) Les charmes enchanteurs de cette sublime science ne se décèlent dans toute leur beauté qu’à ceux qui ont le courage de l’approfondir. Mais lorsqu’une personne de ce sexe, qui, par nos mœurs et par nos préjugés, doit rencontrer infiniment plus d’obstacles et de difficultés que les hommes à se familiariser avec ces recherches épineuses, sait néanmoins franchir ces entraves et pénétrer ce qu’elles ont de plus caché, il faut sans doute qu’elle ait le plus noble courage, des talents tout à fait extraordinaires, le génie supérieur. »Elle tente plusieurs fois d’intégrer l’Académie des sciences et finit par y parvenir le 8 janvier 1816. Sophie est alors la première femme à assister aux séances l’institution pluricentenaire en tant que scientifique et non en tant que femme de scientifique. Résolument moderne, elle ne se marie pas, ce qui était mal vu à son époque. Elle décède d’un cancer du sein le 27 juin 1831 à 55 ans. De Sophie Germain, il nous reste un théorème qui porte son nom et ses contributions au problème des surfaces et de la vibration des élastiques, qui n’ont pas été reconnus de son vivant. Mathématicienne de l’ombre, elle n’a pas publié d’article scientifique. Son nom n’apparaît qu’en note de bas de page dans la production de ses collègues masculins. (ironique) Ultime reconnaissance, La Poste lui a consacré un timbre en 2016.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration, Julie Kern. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !Musique :Patricia ChayladeOf Course, par Emily RubyeFriends From Far Alfied, Always Remembering, The Wind Is Changing, par Howard Harper-Barnes Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Dès ses plus jeunes années, il ne fait aucun doute que Louise Arner Boyd se destine à devenir une grande aventurière. Elle est la fille de parents fortunés, et vit une enfance heureuse qui l'amène à voyager régulièrement. Laissée orpheline à l'âge de 32 ans, après que ses frères puis ses parents sont morts, elle se lance corps et âme dans sa passion pour l'exploration. Cette femme élégante et cultivée est aussi une cosmopolite, et se découvre en 1924 une passion pour le tourisme en Arctique.Mais en 1928, un concours de circonstances lance Louise sur les traces de Roald Amundsen – le grand explorateur norvégien disparu en avion lors d'une mission de sauvetage – et change sa vie à jamais. Après cet événement, Louise se donne une nouvelle mission : se faire la porte-parole des régions polaires, transmettre leur beauté au monde, et contribuer à la recherche scientifique afin de percer le mystère de ces contrées glacées.Nous vous invitons à découvrir son incroyable périple dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science. Merci à Charlotte, de la chaîne Youtube Langues de Cha', qui prête sa voix à Louise Arner Boyd, et à Sébastien Carassou, de la chaîne Le Sense of Wonder, qui prête la sienne au Dr John Schilling.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️⭐ Soutenez notre média et rejoignez les coulisses ⭐Pour aller plus loin :Podcast : la baie de la Terreur, sort tragique en ArctiqueRevivez la course au pôle Sud d’Amundsen et Scott, il y a 100 ansLes 40 plus grandes avancées scientifiques du XXe siècle⭐ Soutenez notre média et rejoignez les coulisses ⭐Transcription du podcast :Juillet 1928. Arctique. Le Hobby navigue péniblement entre les plaques de glace qui constellent la surface des eaux teintées d’or. Il est 3 heures du matin et un groupe de marins jouent au bridge à la lumière du soleil qui se lève à nouveau après avoir frôlé l’horizon de ses rayons. À la proue du navire, une femme contemple le paysage qui s’étend devant elle. Elle songe. Ce qui devait s’annoncer comme un voyage de plaisance a pris une tournure bien différente de celle qu’elle espérait. Chaque nouveau jour qui passe sans résultat, son espoir et celui de l’équipage est un peu plus entamé par la dure réalité qu’elle refuse encore de contempler. Et pourtant, alors qu’elle regarde par-delà le bastingage, elle ne peut s’empêcher de ressentir un profond sentiment d’exaltation, une flamme féroce qui rugit en elle et l’appelle à l’aventure. Retrouvera-t-elle Roald Amundsen ? Elle l’ignore encore. Mais au loin, dans le scintillement du lever de soleil sur la glace, Louise Arner Boyd distingue les prémisses d’une nouvelle vie qui l’attend.Louise Arner Boyd naît le 16 septembre 1887 dans la ville de San Rafael, en Californie. Elle est la fille de John Franklin Boyd et de Louise Cook Arner, et la petite-fille d’un chercheur d’or dont la fortune a assuré à la famille une place parmi l’élite de l’époque. En dépit de son rang social et contrairement à d’autres jeunes filles en son temps, Louise bénéficie d’une grande liberté durant ses jeunes années. Tous les étés, elle arpente les sentiers vallonnés entourant le ranch familial d’Oakland Hills. Avec ses frères Seth et John, elle part à l’exploration du mont Diablo, campe dans la nature, monte à cheval, pêche, chasse, laissant déjà deviner les contours de la grande aventurière qu’elle s’apprête à devenir.Mais avant d’affronter les obstacles de la nature, une autre épreuve, plus difficile, attend Louise. Ses frères meurent à quelques mois d’écart d’une maladie cardiaque alors qu’il ne sont qu’adolescents. Dévastés, John Boyd et Louise Arner cherchent du réconfort auprès de leur fille. Ensemble, ils abandonnent une partie de la propriété à la mémoire des fils perdus, et entreprennent une série de voyage qui les mène régulièrement en Europe.Au printemps 1919, âgée de 31 ans, Louise prend un train pour Buffalo où elle achète une voiture et s’engage en solo sur les routes de terre qui sillonnent les États-Unis. Durant son périple, elle explore sa passion pour l’écriture et la photographie en tenant un journal de bord détaillé. En octobre de la même année, sa mère s’éteint, suivie de son père quelques mois plus tard. Désormais orpheline, Louise ne conserve plus de sa famille que la fortune qui lui a été léguée : un presbytère à San Rafael et 3 millions de dollars dont elle compte bien faire bon usage.Elle poursuit ses voyages avec toujours plus d’ardeur et en 1924, elle fait une rencontre qui bouleverse sa vie. À bord d’un navire en direction de Spitzberg, la plus grande île du Svalbard, elle traverse les étendues glacées de la mer de Norvège lorsque son regard perçoit au loin une vision de toute beauté. La banquise arctique se dresse, majestueuse au-dessus des eaux miroitantes du cercle polaire, aussi captivante à ses yeux que le chant des sirènes aux oreilles des marins. Le sort en est jeté ; à partir de cet instant, Louise n’a plus qu’un rêve : explorer les contrées encore méconnues qui se cachent derrière cet immense mur de glace. Elle rentre chez elle habitée par cette nouvelle obsession et, éternelle perfectionniste, commence à dresser la liste de tout ce dont elle aura besoin pour monter sa propre expédition. Grâce aux ressources que lui ont légué ses parents, elle fait l’achat d’un ensemble de caméras avec lesquelles elle espère capturer la beauté de la région, de matériel pour chasser l’ours polaire et apprête un navire de ravitaillement, le Hobby, qui a transporté le célèbre explorateur Roald Amundsen l’année précédente.C’est à bord de celui-ci que Louise et ses amis le comte et la comtesse de Ribadavia quittent Tromsø en juillet 1926. Plusieurs semaines plus tard, ils atteignent enfin l’archipel François-Joseph, une terre isolée décrite pour la première fois seulement quelques décennies plus tôt. Louise exulte, elle est possiblement la première femme à fouler ce sol. Elle capture le paysage sous tous ses angles, immortalise la faune locale et collecte des plantes pour Alice Eastwood, l’une des plus grandes botanistes au monde.Dès son retour, encensée par les journaux qui la surnomment la Diane des régions polaires, ou la fille qui a dompté l’Arctique, elle planifie une nouvelle expédition toujours en direction de la Norvège, toujours à bord du Hobby qu’elle retrouvera une fois sur place. Tout semble se dérouler pour le mieux lorsqu’elle rejoint la Scandinavie en 1928 avec ses amis, mais à leur arrivée dans la ville d’Ålesund, ils sont accueillis par une mauvaise nouvelle. Le dirigeable transportant l’expédition de l’explorateur italien Umberto Nobile s’est écrasé quelque part en Arctique sans lancer de traces. Une mission de sauvetage a été initiée par le capitaine du Hobby avant l’arrivée de Louise, et Roald Amundsen lui-même s’est lancé à la recherche des survivants à bord de son biplan. Mais le Hobby revient bredouille, et Amundsen disparaît. À la réception de cette information, Louise n’hésite pas un seul instant et informe la presse que le nouvel objectif de son expédition sera de retrouver les membres disparus, aux côtés de 15 autres navires européens mis à disposition par leurs pays respectifs pour l’occasion. Elle déclarera plus tard :« Comment aurais-je pu embarquer pour un voyage de plaisance alors que 22 vies étaient en jeu ? »Malgré son attitude héroïque, le début du voyage n’est pas de tout repos. Louise compte bien montrer qu’elle et son amie Julia Colhoun méritent leur place à bord du Hobby, mais le reste de l’équipage, entièrement masculin, ne l’entend pas unanimement de cette oreille. Ils ne parviennent pas à concilier la grande élégance de cette femme énergique avec son ardeur à la tâche lorsqu’elle déplace de lourdes caisses, qu’elle emploie un marteau ou un tournevis.« Que je fusse un objet de curiosité pour eux, ils ne s’en cachèrent point. S’attendaient-ils à ce que j’ai l’air différente des autres femmes ? Aurais-je dû avoir les nageoires d’un phoque, les défenses d’un morse ou les cornes d’un bœuf musqué ? Ou aurais-je peut-être dû me démarquer comme une vieille excentrique au regard sévère, dépenaillée et sale ? »À force d’implication et d'enthousiasme cependant, Louise finit par gagner le respect de l’équipage. L’expédition Boyd dure 10 semaines, rythmées par les journées interminables et les nuits quasi inexistantes de l’été arctique. Un incendie oblige finalement le Hobby a rentrer au port en piteux état. En dépit des efforts déployés, seuls quelques membres de l’expédition de Nobile parviennent à être sauvés par un navire russe. Amundsen lui, est perdu à jamais.À son retour, Louise se voit attribuer l’ordre de Saint Olaf, première classe, par le roi Haakon VII pour ses efforts de sauvetage. Elle est la première femme non norvégienne à recevoir cet honneur, et ce dernier couronne une transformation profonde qui s’est jouée en elle durant le voyage. Après ces deux mois et demi de recherche et de travail intense, elle ne veut plus être une touriste en Arctique. Son souhait désormais est d’étudier les contrées glacées, de capturer leur beauté et leur complexité pour les rendre plus accessibles au monde, et de contribuer à la recherche scientifique en devenant une exploratrice digne de ce nom. Elle continuera de s’acquitter des obligations sociales dues à son rang mais elle mènera désormais une double vie de grande dame et d’aventurière.Elle organise une nouvelle expédition, la première d’une série de voyages scientifiques à la découverte de terres inexplorées sur la côte et au large du Groenland. Elle recrute une équipe de chercheurs qui seront en charge d’étudier la géographie, la topologie, la glace ou encore la biodiversité de la région. Pour sa part, elle s’occupera de capturer des milliers de photographies en appui à chacun de ces domaines. Son expédition de 1931 est un tel succès que la société américaine de géographie décide de financer la suivante, en 1933. Une fois encore, Louise se heurte aux quolibets de certains membres masculins de son équipe. Le Dr John Schilling, manifestement frustré par le peu de temps qui a été alloué à ses travaux au cours d’une mission, déclare avec venin :« Elle est passée à côté de tout ce qui valait le coup. Je pense que cela a été le cas pour beaucoup de choses dans sa vie, notamment pour ce qui est de trouver un mari. »Bien que touchée par ces remarques, Louise ne les a jamais laissé entamer son sens de l’entreprise et de l’aventure :« Mon plus grand handicap est d’être une femme, ce qui amène beaucoup de gens à considérer que je ne suis pas digne d’être incluse dans le monde scientifique. Dans de nombreux cas, j’ai prouvé avoir bien plus d’expérience de terrain que ces prétendus scientifiques. »Cette exploratrice à nulle autre pareille connaîtra encore bien des aventures et mènera bien des expéditions de part le monde. En 1938, elle recevra la médaille de la société de géographie américaine, la plaçant au panthéon de héros comme l’aviatrice Amelia Earhart et le défunt Amundsen. Elle apportera son expertise à l’armée américaine en 1941, et deviendra la première femme à survoler le Pôle nord en 1955. Mais sa plus grande contribution reviendra au monde de la science. Des dizaines de milliers de photos, relevés et analyses constituent le cœur de son héritage et sont encore aujourd’hui une ressource précieuse pour les scientifiques qui étudient les régions polaires et espèrent les préserver contre le réchauffement climatique.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Charlotte, de la chaîne Youtube Langues de Cha', qui prête sa voix à Louise Arner Boyd, et à Sébastien Carassou, de la chaîne Le Sense of Wonder, qui prête la sienne au Dr John Schilling. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Suggérez-nous de nouveaux sujets d’épisodes en tweetant avec le hasthag #FuturaPod, ou en laissant un commentaire sur Apple Podcast. 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L’histoire d’Adam Rainer aurait pu se lire dans un livre fantastique, aux côtés de L'Étrange Cas de Benjamin Button. Considéré comme nain durant son adolescence, il devient un géant à l’âge adulte. Son histoire est pourtant bien vraie. Celle d’un homme dont l'étrange maladie a déformé son corps.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Podcast : Joseph Merrick, ou la véritable histoire d'Elephant ManDes cas mystérieux de girafes naines observés en AfriqueÉvolution des mammifères : devenir géant prend du tempsTranscription du podcast :À l’aube de Première Guerre mondiale, l’armée autrichienne recrute des soldats jeunes et motivés. Adam Rainer, 15 ans, correspond tout à fait à cette description. Il attend avec les autres jeunes hommes la visite médicale qui confirmera sa capacité à être soldat. Adam ignore les regards appuyés qu’on lui jette et les murmures moqueurs qu’il entend à son passage. Il est convaincu de sa capacité à servir l’Autriche.C’est son tour. Le médecin militaire le dévisage de la tête au pied, dubitatif. Dans son dossier médical, il lit : « Adam Rainer, né en 1899 à Gatz. Taille : 1 mètre 37 ». Le médecin le scrute à nouveau et demande à Adam de se placer devant le mètre. 1 mètre 37, c’est bien cela. Étrange. À 15 ans, Adam fait la taille d’un enfant de 10 ans. Sans plus de cérémonie, le médecin pose son diagnostic : Adam Rainer est atteint de nanisme. L’armée autrichienne ne peut pas accepter un tel cas dans ses rangs, il sera une faiblesse plutôt qu’une force dans le conflit à venir. Adam est renvoyé chez lui. Déçu, mais pas abattu, il est déterminé à être soldat.L’année suivante il se représente à l’armée. Il a grandi, il mesure désormais 1 mètre 46. Le verdict reste le même, Adam Rainer est officiellement un nain et il n’est pas le bienvenu dans l’armée autrichienne. Personne ne cherche à comprendre les causes de son nanisme. Ses parents sont pourtant de taille normale. Sauf que les médecins qui ont ausculté Adam sont passés à côté d’un détail, pourtant imposant. Pour son mètre 46, il chausse du 53 ! et ses mains sont aussi larges que des pattes d’ours : environ 24 centimètres.L’histoire d’Adam aurait pu s’arrêter là et tomber dans l'oubli. Mais si je vous la raconte, c’est qu’elle a pris une tournure inattendue qui a marqué l’histoire de la médecine. Son cas, encore aujourd’hui, reste unique. Un nain qui devient un géant.  À 20 ans, l’être humain a terminé sa puberté, il a donc atteint sa taille adulte et définitive. En ce sens, Adam défie les lois de la nature. À partir de son vingtième anniversaire, il se met à grandir de façon incontrôlée. Chaque année, il gagne des centimètres, parfois cinq en l’espace de quelques mois. En dix ans, il pousse de plus d’un mètre !  Son visage s’allonge, tout comme ses oreilles, sa mâchoire s’élargit et son front pousse vers l’avant. Sa colonne vertébrale souffre de cette poussée de croissance anormale, elle se tord pour supporter la taille d’Adam. À 33 ans, il dépasse les 2 mètres de haut. Et il continue toujours de grandir !Adam, qui n’est jamais vraiment passé inaperçu, attire la curiosité de deux médecins : le Dr Mandl et le Dr Windholz. Il est évident que cet homme ne souffre pas de nanisme, mais de quoi alors ? Quelle maladie étrange a bien pu transformer Adam Rainer en géant ? Le duo de médecin lui fait passer toute une batterie de tests pour résoudre cette énigme médicale. Après des semaines d’investigations, Mandl et Windholz rendent leur verdict : l’acromégalie.L’acromégalie est un trouble d’origine hormonal. L’hypophyse, une petite glande en forme de haricot située dans les profondeurs du cerveau, est responsable de la sécrétion de l'hormone de croissance, la somatotrophine. Elle est très concentrée dans le plasma des nouveaux-nés et des enfants, mais presque absente chez l’adulte. Sauf chez les personnes atteintes d’acromégalie. Dans la plupart des cas, une tumeur bénigne appuie sur l’hypophyse et dérègle sa production d’hormone. Les mains, les pieds, le visage, prennent alors des proportions anormales.Pour en avoir le cœur net, et stopper la croissance d’Adam, les médecins décident de l’opérer du cerveau. L’entreprise est périlleuse car l'hypophyse est très difficile d’accès et la tumeur qui la comprime est sûrement énorme, après dix ans de croissance. En décembre 1930, l’opération commence. Sous anesthésie locale, les médecins font passer leurs instruments par son nez et partent à la recherche de la tumeur. Ils extraient finalement un adénome hypophysaire du cerveau d’Adam. L’opération est un succès, la croissance d’Adam ralentit enfin, sans s’arrêter pour autant, mais c’est déjà trop tard. Malgré son physique impressionnant, il n’est pas une force de la nature. La maladie a malmené son organisme, il souffre du dos et ne peut pas se tenir debout sans aide. Il est aveugle d’un œil, sourd d’une oreille. Peu de gens s’intéressent à sa personne. On ne sait pratiquement rien de sa vie, de ses amours ou de ses passions. En revanche, les badauds ne se gênent pas pour prendre des photos avec le géant. Il est parfois immortalisé à côté d’un nain ou d’un homme de taille moyenne, habillé d’un costume, alors que lui est nu comme un ver.Il termine sa vie dans une maison de retraite, il n’est plus capable de bouger. Il meurt à 50 ans, le 4 mars 1950, alors que son cœur, épuisé, n’est plus capable de pomper le sang dans son corps de géant. Malgré son opération vingt ans plus tôt, il a encore grandi de 20 centimètres.Adam Rainer est le seul et unique homme de l’histoire à avoir été considéré à la fois nain et géant au cours de sa vie.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. 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Le 26 avril 1717, un terrible ouragan souffle sur la côte est des colonies américaines, emportant avec lui le Whydah et ses trois compagnons de voyage. À bord du trois-mâts, le capitaine Bellamy, aussi connu sous le nom de Black Sam, a seulement le temps de voir la déferlante se briser sur ses rêves avant que la tempête ne l'engloutisse avec son équipage et son formidable trésor.Dans les années 1950, dans un petit village de pêche du cap Cod, Barry Clifford grandit au rythme des chansons de marins et du récit que lui font ses aïeux du naufrage du Prince des Pirates, survenu deux siècles et demi auparavant. Le jeune Clifford s'en fait alors le serment : il sera celui qui découvrira le trésor englouti de Samuel Bellamy.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :A-t-on retrouvé la Santa Maria, le navire de Christophe Colomb ?Qui sont les corsaires du roi ?En bref : Une île de pirates émerge sur Google Earth !Transcription du podcast :26 avril 1717. Samuel Harding se retourne dans son lit de paille sans parvenir à trouver le sommeil. Au-dehors, la tempête fait rage et fait trembler de toutes parts sa petite maison du cap Cod. Il entend le concert de ses carreaux de fenêtres qui s’agitent sous les assauts du vent, le martèlement assourdissant de la pluie sur son toit, et le fracas des vagues s’écrasant impitoyablement sur la plage plus loin en contrebas. Il pousse un grognement et enfouit sa tête sous sa couverture, loin de se douter que quelques heures plus tard, un pirate viendrait frapper à sa porte.À quelques centaines de mètres de la rive, la panique règne à bord du Whydah. Sur le pont, les hommes plissent les yeux, tentant en vain de percer l’obscurité et les embruns, mais rien n’y fait. Les lumières du Anne Galey, du Fisher et du Mary Anne ont bel et bien été englouties par l’ouragan. Le bâtiment grince, craque, menace de se déchirer en deux. Emporté par le vent, il traîne piteusement son ancre le long des bancs sableux tandis que les déferlantes assaillent ses flancs. Alors que certains se tournent vers Dieu en sentant la mort s’approcher, ceux que l’espoir anime encore se tournent vers le seul maître à bord, le capitaine Black Sam, gentleman des mers et Prince des Pirates.En cet instant, cependant, ce dernier ne se sent rien de plus que l’homme Samuel Bellamy, impuissant, dépassé par les éléments. Debout parmi ses dizaines de fidèles compagnons, il pleure en silence ceux qu’il a conduits à leur perte. Tout comme le capitaine auquel il a capturé le Whydah quelques jours plus tôt, il sait reconnaître lorsqu’une bataille est perdue. Le trésor qui dort dans la cale sous ses pieds ne lui apporte aucun réconfort.Un nouveau coup de tonnerre résonne, mêlé d’un craquement sinistre : le navire a heurté un banc de sable. Des dizaines d’hommes et leur capitaine sont projetés par-dessus bord. Sous le pont, les canons, les tonneaux et les balles de marchandise soudain transformés en projectiles raclent les plantes en mêlant leur grondement au hurlement des matelots écrasés sous leur poids. Tout comme la poussière redevient poussière, le sel de ses larmes du capitaine Bellamy rejoint celui de la mer et dans le vacarme des vagues qui déchiquètent son rêve, le Prince des Pirates rend son dernier soupir.Barry Clifford naît le 30 mai 1945 au cap Cod. Son enfance est baignée d’embruns, de chants de marins et de récits de pêche. Mais une histoire en particulier anime l’imagination des habitants du cap depuis des générations. Il y a deux siècles et demi de cela, un navire pirate s’est échoué le long de ces côtes, le ventre chargé de pièces d’or. Les colons de l’époque, de pauvres hères à qui leur travail ne fournissait qu’une maigre subsistance, se jetèrent sur les pièce de huit qui déferlèrent sur la plage ce jour-là, puis les suivants. Mais l’on raconte qu’une grande partie du trésor de Samuel Bellamy résiderait encore sous les flots.Avec son diplôme d’histoire et de sociologie désormais en poche, le jeune Barry Clifford n’a qu’une envie : être celui qui découvrira l’épave du capitaine Black Sam et remontera son trésor à la surface. Il se plonge avec avidité dans l’étude des documents historiques de l’époque afin de mettre au jour des indices qui lui indiquerait où celui-ci s’est échoué. Il apprend que le Whydah, un vaisseau négrier capturé quelques jours auparavant par le Prince des Pirates, voyage aux côtés de deux autres récentes acquisitions : le senau Ann Galey et le navire de commerce Mary Anne. Vers 4 heures de l’après-midi, un brouillard épais s’empare du paysage, et laisse Bellamy momentanément désemparé. Le capitaine n’est pas bien familier avec ces eaux mais il a entendu parler des hauts-bancs meurtriers du Nantucket. Cette vaste région aux bancs de sable changeants est si dangereuse qu’elle est la première à être désignée comme zone à éviter par les garde-côte américains en 1980, puis par l’Organisation maritime internationale en 2010. Les matelots retrouvent espoir lorsqu’un petit navire de pêche apparaît à l’horizon une demi-heure plus tard. Son capitaine Robert Ingols connaît bien les eaux locales, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, quatre pirates armés sont envoyés à bord du sloop Fisher pour l’empêcher de s’enfuir tandis que le marin est réquisitionné de force à bord du Whydah pour aider son équipage à s’extirper de cette situation. Les quatre navires reprennent donc leur chemin en formation serrée, bravant tant bien que mal le manque de visibilité. Alors que le jour décline, le ciel se teinte progressivement d’encre au-dessus des Nantucket Shoals, mêlant d’obscurité le brouillard qui continue d’obstruer l’horizon depuis des heures. Black Sam ordonne que des lanternes soient allumées à bord des navires afin que ceux-ci ne se perdent pas de vue, mais le sort sinistre qui les attend est déjà en marche. Il l’ignore mais le Mary Anne fuit et les pirates à son bord sont tellement saouls qu’ils sont obligés de confier le gouvernail aux prisonniers inexpérimentés qu’ils transportent avec eux. Le temps se dégrade. À l’approche du bras du cap Cod, de terribles bourrasques de vent et des trombes de pluie battent les voiles à l’horizontale tandis que la silhouette de vagues monstrueuses se dessine dans la lueur des éclairs qui zèbrent le ciel. Les navires s’éloignent irrépressiblement les uns des autres, la terreur grimpant à mesure que la faible lueur des lanternes disparaît depuis leurs ponts respectifs. Par compétence ou par fortune, le capitaine Noland sauve le Anne Galley et le Fisher à temps en ordonnant aux deux navires de jeter l’ancre suffisamment tôt. Mais ses compagnons de voyage ne sont pas aussi chanceux. À 23 heures, le Mary Anne s’échoue avec fracas sur l’île Pochet. Bien que sa coque n’ait pas été fracturée par l’impact, plusieurs pirates à son bord crient à Dieu de les laisser mourir en paix, terrorisés par le tonnerre des vagues contre le bois et le vent qui hurle dans leurs oreilles. Quant au Whydah, il rencontre son destin funeste quand sonnent les douze coups de minuit au large de Wellfleet.Le lendemain matin, le fermier Samuel Harding est réveillé par des coups contre sa porte. Un marin déguenillé et transi de froid se tient devant chez lui : Thomas Davis, l’un des deux seuls survivants de cette nuit d’enfer. Davis raconte son histoire et avant même que le charpentier hollandais n’ait eu le temps de se reposer, Harding apprête son chariot et son cheval et lui demande de le mener au lieu du naufrage. Il a le temps de faire deux allers et retours avant que d’autres de ses voisins n’apprennent la nouvelle et le rejoignent sur la plage pour récolter les trésors déposés sur le sable par les vagues.Ce n’est cependant ni Harding, ni Davis, mais un autre personnage de cette histoire qui fournira à Barry Clifford la clef qu’il recherche. À peine le gouverneur du Massachusetts a-t-il eu vent du naufrage du Whydah qu’il dépêche sur place le commandeur anglais Cyprian Southack, un cartographe accompli qu’il investit d'une mission : repêcher le trésor englouti et réquisitionner les biens que les habitants du cap Cod se sont déjà accaparés. Malheureusement pour Southack, il ne parvient à remplir ni l’un ni l’autre de ses objectifs, se heurtant à une communauté de pêcheurs et de fermiers aussi enragés que déterminés à garder l’or qui complètera enfin leur maigre salaire. Mais cela importe peu à Clifford, car le Britannique a laissé derrière lui une carte ainsi qu’une correspondance détaillant avec précision le lieu de naufrage du légendaire Whydah.Exalté, le chasseur d'épaves monte une expédition. À l’aide de sonars et d’autres appareils de télédétection, il ne faut que peu de temps à Clifford et à son équipe pour identifier le site. Le 20 juillet 1984, l’un des plongeurs s’écrie avec excitation qu’il aperçoit un canon enfoui dans le sable, à seulement 4 mètres 30 sous la surface. Cette découverte est la première d’une très longue série qui permettra le sauvetage de plus de 200.000 pièces individuelles. Pièces d’argent et d’or, poudre d’or, vaisselle, vêtements, armes à feu, boulets de canon, bijoux, pièces à jouer ou encore quelques minces fragments du navire se révèlent aux archéologues ébahis. À l’automne, un nouvel élément vient couronner le travail de Clifford lorsque l’on remonte la cloche du Whydah Gally, sur laquelle est gravé le nom du navire et l’année 1716. Le projet Whydah fait sensation dans la communauté scientifique et parmi le public, le conseil des ressources archéologiques sous-marines du Massachusetts n’hésitant pas à le qualifier de modèle d’archéologie sous-marine. À ce jour, le navire demeure le seul vaisseau de l’âge d’or de la piraterie authentifié avec certitude.En vertu de la loi fédérale sur l'amirauté de 1988, la Cour suprême du Massachusetts déclare que l’ensemble des artefacts appartient de droit à Clifford. Il obtient également les droits exclusifs de plongée sur le site, surveillé par le service des parcs nationaux et les garde-côtes américains. Et c’est là que vient la cerise sur le bateau, si l’on peut dire. Au lieu de dilapider et diviser le trésor de Bellamy, l’archéologue décide de le conserver dans son intégralité et de le rendre accessible à tous. Il ouvre le musée pirate du Whydah, offrant à chacun l’opportunité de marcher au côté d’une reproduction géante du navire, d’admirer la cloche intacte dans son aquarium lumineux ou encore de s’émerveiller devant des coffres entiers de pièces de huit. Aujourd’hui, Clifford continue de plonger à la conquête de trésors engloutis avec ses équipiers. En février dernier, le musée a annoncé la découverte d’au moins six squelettes sur le site du Whydah. Grâce à un descendant direct de Bellamy, l’équipe dispose d’un échantillon d’ADN qui leur permettra de savoir si l’un des corps découverts sous le sable appartient au légendaire capitaine que l’on appelait le Prince des Pirates.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !Musique :Patricia ChayladeTitan, par Scott Buckley Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
En 1997, Bertrand Buiges, le responsable de l’association Cercle polaire expédition reçoit un coup de fil qui va changer sa vie. Un mammouth entier, prisonnier de la terre, a été repéré en Sibérie.Avec Yves Coppens, ils prendront une décision historique. Retour sur la première expédition qui a extrait un mammouth sans rompre la chaîne du froid.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Yves CoppensIl est frais mon mammouth !En bref : un bébé mammouth congelé exposé au Puy-en-VelayTranscription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Mettez vos moufles et prenez votre écharpe, dans cet épisode, je vous emmène sur les terres glacées de la Sibérie, aux côtés de scientifiques qui se sont donné une mission herculéenne. Extraire une souris de terre du sol gelé. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.En Sibérie, il existe un animal mythique. Il vit dans les contes et légendes des Dolganes, un peuple nomade de Sibérie Orientale. Les souris de terre, qui comme leur nom l’indique vivent sous la terre, creusent de longues galeries comme les taupes. Personne ne se doute de leur existence, mais à l’approche de leur mort, les souris de terre cherchent à regagner la surface pour respirer plus facilement. Elles creusent la terre de leurs défenses pour s’extraire de leurs tunnels souterrains. Malheureusement, le froid et le manque d'oxygène ont raison d’elles avant qu’elles n'atteignent la surface. C’est alors que les souris de terre révèlent leur existence aux Hommes, prisonnières à jamais du sol gelé qui le servait autrefois de foyer. La Sibérie, des défenses, ... Cette légende vous a peut-être fait penser à un autre animal, qui n’a pas grand-chose à voir avec les souris ou les taupes. Et pour cause, l’animal mythique des Dolganes n’est autre que le mammouth. Leur territoire est en effet situé sur le plus grand cimetière de mammouths connu des scientifiques.1997. C’est le printemps en Sibérie, mais dans ce monde de glace et de neige, pas d’arbres en fleur, ni d’oiseaux qui chantent, le sol reste perpétuellement figé dans le gel. Un convoi sorti tout droit d’un rêve apparaît au loin. Une dizaine de petites maisons posées sur des traîneaux avancent en file indienne. Chacune est tirée par un attelage d’une dizaine de rennes. C’est une famille Dolgane en quête d’un pâturage plus accueillant pour leur troupeau. Ils transportent leur petite cahute, appelée balok, avec eux à chaque voyage.La vie est rude dans cette région, mais les Dolganes survivent grâce à leur troupeau de rennes et à la confection d’objets taillés dans de la défense de mammouth. Ces nomades en croisent régulièrement durant leur transhumance. D’ailleurs, le jeune chef de cette famille, Kostia Zharkov, repère quelque chose au loin qui se détache de la blancheur. Il demande au convoi de s’arrêter. Devant eux, deux défenses recourbées de près d’un mètre s’échappent du sol, comme si on les avait plantées là au milieu de nulle part. Il reste encore quelques poils bruns-roux à leur base.La trouvaille n’a rien d’extraordinaire et devrait rapporter un peu d’argent à la famille, mais Kostia Zharkov en décide autrement. Il prévient le responsable de la réserve de Taymir de la présence du mammouth. Selon lui, il est encore entier sous terre. Cette décision marque le point de départ d’une expédition scientifique hors du commun, menée par Yves Coppens, alors paléoanthropologue au Collège de France, et Bertrand Buiges, président de l’association Cercles Polaire Expédition. L’expédition Mammuthus débute.C’est Bertrand Buiges qui apprend l’existence du mammouth en premier. Il entreprend immédiatement une levée de fonds pour financer l’expédition et demande à Yves Coppens d’en être le directeur scientifique. À l’automne 1998, l’équipe se rend à l’extrême nord de la Sibérie, à 6.000 kilomètres de Moscou, au chevet du mammouth. Des sondages radio permettent de déterminer la position de l’animal dans son cercueil de boue et de terre : visiblement, il est mort debout. Yves Coppens propose alors une idée surprenante. Plutôt que de sortir le mammouth lui-même, il suggère de découper un bloc de terre tout autour pour le conserver dans le sol qui le tient prisonnier. En effet, ce mammouth, baptisé Jarkov en hommage au Dolgane qui l’a découvert, n’est pas le premier mammouth découvert par les scientifiques. Les ossements de ces pachydermes préhistoriques sont connus depuis le XVIIIe siècle. Mais les extraire du permafrost, avec des méthodes parfois brutales, et les alternances de gel et dégel endommagent énormément les restes. « Plutôt que d'envoyer des morceaux de ces animaux, séchés ou décomposés, aux laboratoires étrangers, nous avons eu l'idée de le conserver sur place en bon état, et de faire venir les chercheurs jusqu'à Khatanga », précise Yves Coppens plus tard dans une interview.On balise la zone pour savoir où découper sans risquer d’abîmer le mammouth. Un an plus tard, en 1999, les scientifiques de l’expédition, venus des quatre coins du monde, installent leur camp de base dans la toundra sibérienne. Ils le savent : la mission s’annonce dantesque ! Et la météo joue contre eux. Une tempête se lève et rien n’arrête le vent qui hurle sans discontinuer. La température devient glaciale, à la limite de la résistance du corps humain : -40 °C. Plus de 5 semaines d’efforts acharnés sont nécessaires, à manier le marteau-piqueur au milieu dans le froid sibérien pour extraire du sol un bloc de 3 mètres sur 2. Jarkov est en son centre avec ses défenses à l’air.Mais le plus dur reste à venir : soulever le corps du mammouth en hélicoptère jusqu’à Khatanga, la capitale de la province, à 250 kilomètres de là. Pour cette mission, un hélicoptère MI-26, l’un des plus puissants jamais conçus par l'Homme, arrive sur place. Il peut transporter au maximum 20 tonnes de charge utile. Avec ses 23 tonnes, Jarkov va le pousser dans ses retranchements. Les premières minutes sont tendues. L’hélicoptère peine à décoller et sa précieuse cargaison tangue dangereusement dans les airs. Au sol, tous ceux qui ont œuvré à découper le bloc le regardent partir avec l’angoisse collée au cœur. Il rejoint finalement Khatanga sans encombre en octobre 1999.C’est le premier mammouth à être extrait sans rompre la chaîne du froid. Il attire évidemment tous les scientifiques du monde qui s’intéressent aux animaux préhistoriques. En 2000, quelques parties de son corps sont dégelées pour prélever des poils et des tissus restés intacts pendant plusieurs milliers d’années. La vie de Jarkov se révèle alors à nous. C’est un mammouth laineux mâle qui a vécu il y a 20.380 ans. Il est mort à 42 ans, alors qu’il était en bonne santé. Au vu de sa position dans le bloc et la composition de ce dernier, Jarkov est probablement mort lors d’une chute dans une crevasse. La boue a recouvert son corps peu après et, en gelant, l’a préservé des aléas du climat.Aujourd’hui encore, Jarkov repose à Khatanga. Le bloc de terre est conservé dans une grotte creusée à l'intérieur d'une falaise où la température est constamment de - 15 °C. Il demeure là, prêt à livrer ses plus intimes secrets aux scientifiques. Ces grands pachydermes préhistoriques nourrissent les ambitions les plus folles des scientifiques. Avec le projet Woolly Mammouth Revival, une équipe d’Harvard souhaite ressusciter le mammouth, non pas par clonage mais avec la technique CRISPR-Cas. Le principe est de couper de l’ADN du mammouth et le coller dans celui d’un éléphant d’Asie. Le projet aurait dû aboutir en 2019, mais depuis, aucun mammouth n’a été aperçu sur le campus de l’université américaine.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Vous n'avez peut-être jamais entendu son nom, mais Joseph Bell est connu dans le monde entier à travers son alter ego littéraire. Ce chirurgien né au milieu du XIXe siècle est non seulement un praticien et un professeur talentueux, mais il est également un observateur hors pair.Ses capacités de déduction exceptionnelles, qui lui permettent de deviner les troubles et certains éléments de la vie de ses malades avant même que ceux-ci n'aient eu le temps d'ouvrir la bouche lui valent l'admiration de l'un de ses plus fervents étudiants : Arthur Conan Doyle. L'histoire de Joseph Bell, c'est celle du véritable Sherlock Holmes derrière celui de Baker Street, que nous vous proposons de découvrir aujourd'hui.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Arthur Conan DoyleLes détectives privés fleurissent sur internetRobert Liston : la seule opération de l'Histoire avec un taux de mortalité de 300%Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :​​​​​​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous partons en Écosse, à la rencontre de l’homme dont l’esprit brillant inspirera le personnage de Sherlock Holmes. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.Nous sommes en 1880. Des échos de voix et de métal résonnent dans les couloirs de pierre de l’infirmerie royale d’Édimbourg. La lumière du soleil filtre à travers les fenêtres à guillotine du bâtiment, tandis qu’infirmiers et médecins s’affairent d’une chambre à l’autre. Dans la salle d’admission, un personnage à la silhouette filiforme vient de faire irruption parmi les malades et les blessés. Il est entouré d’un groupe d’étudiants aux yeux brillants, manifestement suspendus à ses lèvres dans l’attente de quelque déclaration exceptionnelle. Le chirurgien Joseph Bell fait quelques pas vers un homme assis sur l’un des bancs de bois et le détaille un instant. Rien ne semble particulièrement distinguer ce patient des autres, mais lorsque l’éminent professeur ouvre la bouche, l’assistance reste coite :« Eh bien mon brave, vous avez servi dans l’armée.– Oui monsieur.– Déchargé depuis peu ?– Oui monsieur.– D’un régiment des Highlands ?– Oui monsieur.– Stationné à la Barbade ?– Oui monsieur. »Se tournant alors vers ses élèves, dont les yeux sont à présent ronds comme des soucoupes, Bell explique : « Voyez-vous messieurs, cet homme est tout à fait respectable, mais il n’a pas ôté son couvre-chef, car il en va ainsi dans l’armée. S’il en avait été déchargé depuis longtemps, il aurait eu le temps d’acquérir les mœurs civiles. Son air autoritaire laisse aisément deviner qu’il est écossais. Et pour ce qui est de la Barbade, on peut voir qu’il est atteint d’éléphantiasis, une maladie provenant des Indes et non d’Angleterre. » Dans le groupe d’étudiants, Arthur Conan Doyle, 20 ans et des idées plein la tête, écoute avec passion ce professeur qui, il l’ignore encore, lui inspirera l’un des plus grands personnages de fiction.Joseph Bell naît le 2 décembre 1837 à Édimbourg. Il est le digne descendant d’une famille de chirurgiens qui depuis 140 ans occupent des postes prestigieux dans la communauté médicale de la capitale. On y trouve notamment Benjamin Bell, considéré comme le premier chirurgien scientifique en Ecosse et Charles Bell, qui donne son nom à une paralysie faciale. Bien qu’il soit le dernier de sa lignée à exercer cette profession, loin de mettre un terme à la légende familiale, Bell lui permet de prospérer de la plus étonnante des manières.Le jeune homme accomplit des études brillantes et sort diplômé de l’université en 1859, à l’âge de 21 ans. Il devient interne à l’infirmerie royale sous le mentorat du professeur James Syme, surnommé le Napoléon de la chirurgie et assistant de Robert Liston, dont nous avons déjà conté la catastrophique opération dans un précédent épisode. En parallèle d’un début de carrière remarquable, Bell s’adonne à deux de ses passions, qui dénotent déjà son goût prononcé pour l’investigation : la dialectologie, ou la branche permettant d’identifier la provenance d’un individu à partir de son accent et de son vocabulaire ; et l’étude de l’écriture manuscrite et de ce qu’elle peut révéler sur l’origine et le statut social d’une personne. À l’âge de 26 ans, Bell donne ses premiers cours à Surgeon Square, où il fait rapidement sensation. Il faut dire que son physique à lui seul suffit à le notable. Grand, mince, les épaules carrées et le visage mat entouré de grands favoris, il est doté d’une paire d’yeux gris au regard pénétrant et se déplace d’une démarche claudicante suite à la diphtérie qui a paralysé l’une de ses jambes. Avec ses formidables talents d’enseignant, il est également un observateur hors pair. L’un de ses étudiants raconte : « Il s’asseyait dans sa salle de réception, le visage rouge comme un Indien, et diagnostiquait les gens qui arrivaient avant même qu'ils n'aient eu le temps d’ouvrir la bouche. Il leur exposait leurs symptômes, et même des détails de leur vie passée, sans presque jamais commettre d’erreur. »Cet étudiant, c’est Conan Doyle, et il n’a d’yeux que pour son mentor. Les deux hommes partagent d’ailleurs une appréciation mutuelle, Bell décrivant son élève comme un jeune homme doté des meilleures qualités :« Des yeux et des oreilles qui peuvent voir et entendre, une mémoire capable d'enregistrer immédiatement et de rappeler à loisir les impressions des sens, et une imagination capable de tisser une théorie, de reconstituer une chaîne brisée ou de démêler un indice emmêlé. Tels sont les instruments de travail d'un diagnosticien accompli. »Au bout de sa deuxième année d’étude, Conan Doyle devient l’un des assistants de Bell, qui semble s’être pris d’affection pour son esprit aiguisé. Il absorbe chacune de ses paroles lors des cours que le professeur donne dans des amphithéâtres pleins à craquer. Il le suit, aux côtés d’autres étudiants chanceux, lors de ses gardes, et ne peut que s’extasier face aux déductions époustouflantes qu’il parvient à réaliser en un simple coup d’œil. Des années plus tard, l’auteur raconte combien l’échange entre Bell et le patient écossais l’a marqué. Il ne fait nul doute que de tels épisodes lui ont inspiré entre autres la rencontre la plus célèbre du monde de la littérature : celle entre John Watson et Sherlock Holmes. Une amitié profonde se tisse et perdure entre les deux hommes et lorsque Conan Doyle publie pour la première fois les aventures du détective, il ne manque pas de rappeler à Bell que Sherlock ne serait rien sans lui. La ressemblance entre les deux personnages est si frappante qu’elle n’échappe pas à Robert Louis Stevenson, auteur de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, et lui aussi ancien élève du chirurgien écossais.Quand il n’est pas au chevet des membres de la famille royale, en train d’opérer, ou d’enseigner la chirurgie, on raconte que Bell prête ses talents de profiler aux forces de police. Si l’on en croit certaines sources, il aurait même pris part à la traque de Jack l’Éventreur aux côtés de Scotland Yard, en 1888. Mais les pistes permettant d’évaluer la véracité de cette histoire sont aussi troubles que celle menant à l’Éventreur lui-même.Après une carrière couronnée de succès, le bien-aimé et admiré Joseph Bell s’éteint dans le petit village de Milton Bridge, le 4 octobre 1911. Non content d’avoir marqué son époque, il laisse également derrière lui un héritage considérable, tant dans le domaine de la médecine que dans celui de la criminologie et, inopinément, dans la littérature. Conan Doyle n’est d’ailleurs pas le seul à prendre inspiration sur son professeur puisque du côté de la bande dessinée, Joann Sfar lui consacre toute une série d’aventures fantastiques à son nom. Il est également le mentor de l’un des trois personnages principaux dans le manga steampunk City Hall.Si peu de gens se souviennent aujourd’hui de son nom, Joseph Bell aurait été ravi d’apprendre que celui-ci continue de vivre dans les pages de fiction, visibles par tous, mais reconnaissable uniquement pour ceux qui savent observer.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Le générique de ce podcast a été composé par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Boris Diniz et à Loulou de Boneless, qui prêtent leurs voix respectivement au patient écossais et à Arthur Conan Doyle, et à François de la chaîne YouTube Primum Non Nocere, qui interprète le rôle de Joseph Bell. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !Musiques :German Beauty, par Sascha EndeWaltz of Butterflies et Lively Classical Piano Waltz par MusicLFilesLicense: https://filmmusic.io/standard-licenseVingt-quatrième Caprice de Paganini Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Marc Seguin est l'un de ces inventeurs qui ont marqué l'histoire de l'ingénierie française. Petit-neveu du célèbre Joseph de Montgolfier, qui co-inventa la montgolfière avec son frère Jacques-Étienne, il grandit entouré de machines qui le fascinent et l'inspirent. En 1822, à l'âge de 36 ans, il se lance dans une période d'innovation qui lui vaudra de faire partie des 72 savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.Parmi ses inventions, on trouve la locomotive Seguin. Témoin de l'expansion du chemin de fer en France, elle est six fois plus puissante que les locomotives à vapeur de son temps, traçant sa route à la vitesse impressionnante (pour l'époque) de 30 km/h. Montez à bord, on vous emmène.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :À quoi sert le ballast ferroviaire, ces cailloux placés sous la voie ferrée ?Quelle est l'origine du train de la Baie de Somme ?Première locomotive hybride au monde présentée au JaponVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Franck, et je serai votre guide temporel au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous prenons le train pour aller rencontrer Marc Seguin, un pionner de la grande histoire du chemin de fer. Vous écoutez Chasseurs de Science, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.1er octobre 1829, gare centrale de Lyon. Marc Seguin est installé devant les commandes de sa machine, les mains posées sur ses leviers de métal gantés de bois. Il sent son pouls frémir au bout de ses doigts, engagé dans un dialogue silencieux avec l’engin. Dans quelques instants, il s'élancera avec son train en direction de Saint-Étienne. Sur le quai, l'excitation est à son comble. Des journalistes et des curieux se sont rassemblés autour de cette bien curieuse machine : la locomotive Seguin qui va faire ses premiers tours de roue. Les voyageurs prennent place dans le train, et le coup de sifflet est donné. Marc Seguin, rayonnant de fierté, pousse quelques manettes et la locomotive s'élance en soufflant et en crachant fumée et vapeur. Elle accélère, entraînant avec elle le cœur du conducteur. La machine atteint sa vitesse maximum de 12 km/h. Cela paraît peut-être dérisoire aujourd'hui, mais à l'époque c’est une prouesse, un nouveau record inscrit dans les registres de l’Histoire. Marc Seguin est le premier à conduire une locomotive à chaudière tubulaire.Marc Seguin naît le 20 avril 1786 à Annonay. Il est le fils aîné de Marc François Seguin et d’Augustine Thérèse de Montgolfier. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est parce que le grand-oncle de Marc n’est autre que le célèbre Joseph de Montgolfier, qui inventa la montgolfière avec son frère Jacques-Étienne. Ce parent notoire guide le jeune garçon dans son apprentissage des sciences et l'invite régulièrement dans son laboratoire du conservatoire où ce dernier découvre tout un monde de machines qui le passionne. Entré dans la vie active, il intègre la fabrique de drap familial, où il a pour tâche de démarcher les clients. Il fonde ensuite avec son frère une manufacture de feutre pour papeterie.Un matin froid de la fin de l'année 1822, Marc se tient sur le quai de la ville de Brest. Alors âgé de 36 ans, son cerveau bouillonne d'idées qui ne demandent qu'à être réalisées. Autre chose bouillonne juste devant lui : la chaudière du bateau à vapeur qui traverse le port sous ses yeux. Il ne lui en faut pas plus. Cette simple vision lui donne l'idée de créer en 1825 avec Pierre-François de Montgolfier et Louis Henri Daniel d'Ayme la Société de halage par la vapeur à point fixe sur le Rhône. Cette curieuse dénomination nécessite quelques explications. Lorsque les bateaux descendent le Rhône, ils leur suffisent de se laisser porter par le courant. En revanche, pour remonter le Rhône, les embarcations doivent être tirées depuis la rive par des chevaux au moyen de câbles. L’idée de Marc Seguin est de remplacer les chevaux par des treuils entraînés par une machine à vapeur disposée sur la rive. Les câbles attachés aux bateaux s'enroulent autour du treuil, tirant ainsi celui-ci. Malheureusement, les chaudières qui alimentent la machine à vapeur ne sont pas suffisamment puissantes. Deux ans après la création de la société, un bateau heurte la pile d'un pont à Lyon. La chaudière éclate, et le bateau sombre, provoquant la mort de 28 personnes. La société est liquidée.Cette malheureuse expérience n’est pas sans apprentissage, car c’est elle qui pousse Marc Seguin à imaginer la chaudière tubulaire. Le corps de chauffe y est traversé par de multiples tubes dans lesquels circulent les gaz, garantissant une meilleure répartition de la chaleur. Un procédé révolutionnaire qui permet de multiplier par six la puissance de la locomotive !En 1825, Marc se rend en Angleterre, et devient ami avec l’ingénieur Georges Stephenson. Là-bas, il l'aide à construire « The rocket », « La fusée » en Français, l’une des toutes premières locomotives à vapeur à chaudière tubulaire basées son invention. Convaincu du potentiel du transport ferroviaire, il suggère au gouvernement français de construire une ligne de chemin de fer de 56 km entre Saint-Étienne et Lyon. La ligne est concédée au profit des frères Seguin et de deux autres entités, le 7 mars 1827. Marc rencontre beaucoup de difficultés pour la construction de sa ligne. La loi d'expropriation n'existe pas à l'époque, et il doit user de beaucoup de ruses pour réussir à acheter les terrains. Un jour, l’inventeur se rend chez un particulier pour réaliser des relevés cadastraux. Personne ne répond lorsqu'il frappe à la porte. Comme il a l'habitude de faire dans ce cas, Seguin ne se démonte pas, pénètre dans la propriété, et commence ses relevés. Si le propriétaire vient lui faire des reproches, il aura des arguments tout prêts pour le calmer. Mais cette fois-ci les choses ne se passent pas comme prévu. En découvrant un intrus sur son terrain, le paysan qui détient les lieux décroche son fusil, et tire une décharge de chevrotine dans sa direction. Fort heureusement, il le manque de peu, mais laisse un souvenir cuisant à Marc Seguin.À l’été 1830, un premier tronçon de ligne ouvre entre Givors et Rive-de-Gier. Il est utilisé dans un premier temps au service des marchandises et pendant plusieurs mois, on emploie des chevaux pour la traction. C’est ensuite la locomotive Seguin qui fait ses premiers tours de roue, quelques jours avant « La fusée » de George Stephenson. Un second et un troisième tronçon ouvrent en 1832 entre Lyon et Givors et entre Rive-de-Gier et Saint-Étienne, toujours pour le transport de marchandises.La même année, les voyageurs sont progressivement acceptés. Et si vous pensez que le RER n'est pas confortable, imaginez-vous bien qu'à l'époque, ces derniers n'avaient rien d'autre que de la paille répandue sur le sol pour assurer leur confort. Pour autant, les autres modes de transport, dont les postes à chevaux, voient très mal cette nouvelle concurrence, et ils sabotent régulièrement la ligne en faisant dérailler les trains, sauter les chaudières, ou en incendiant les wagons - une tâche amplement facilitée par la paille sèche qui en tapisse les planches. Quand ce ne sont pas les saboteurs qui portent préjudice à la compagnie Seguin, ce sont les voyageurs eux-mêmes qui s'y mettent. Ils taillent les draps posés sur les banquettes pour en faire des gilets, et se servent des tirants de cuir aux fenêtres comme de bretelles.Malgré ces déboires, la compagnie exploite la ligne pendant 26 ans. En 1853, la compagnie Seguin disparaît avec 2 autres compagnies de chemin de fer voisin. Les 3 compagnies fusionnent pour donner naissance à une nouvelle : la Compagnie des chemins de fer de jonction du Rhône à la Loire.Atteint d'une fluxion de poitrine, Marc Seguin meurt le 24 février 1875, à l'âge de 88 ans. En plus de la navigation fluviale, des locomotives à vapeur et des lignes de chemin de fer, il a aussi été à l'origine de la création des ponts suspendus à câbles, s’est essayé aux travaux aéronautiques en construisant des machines volantes et a rédigé plusieurs ouvrages. Considéré comme le père du chemin de fer Français, il a révolutionné le monde du transport et fait partie des 72 de savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Franck Menant. Si vous appréciez notre travail, n'hésitez pas à vous abonner et à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez nous retrouver sur Apple Podcast, Spotify, Deezer, Castbox et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Au début du 20ème siècle, la fièvre typhoïde se répand comme un traînée de poudre à New-York. George Soper est chargé d’enquêter sur les origines de la maladie. Rapidement, il suit la trace d’une cuisinière irlandaise qui semble contaminer tous ceux qu’elle croise.L’histoire de Mary Mallon, mieux connue sous le nom de Typhoid Mary, est celle de l’une des premières porteuses saines connues de l’Histoire, mais aussi celle d’une femme immigrée, qui a vécu la plus grande partie de sa vie emprisonnée dans un hôpital.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Le typhus, une maladie portée par les rats | DossierConfinement et déconfinement : les effets sur le taux de reproduction du virusPourquoi l'ère des pandémies ne fait-elle que commencer ?Les grandes pandémies qui ont marqué l'histoireVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Bien que plus de 100 ans se soient écoulés depuis l'histoire que nous allons raconter aujourd'hui, vous verrez que celle-ci n'est pas sans parallèle avec l'épidémie actuelle de Covid-19. Marchons sans plus attendre dans les traces d’une cuisinière irlandaise au caractère bien trempé ! Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.À l’été 1906, Mary Mallon, une immigrée irlandaise de 37 ans, officie comme cuisinière pour un riche banquier new-yorkais et sa famille en vacances à Long Island. Elle régale toute la maisonnée de ses bons petits plats, et plus particulièrement d’une coupe de crème glacée aux pêches qu’elle prépare tous les dimanches. En ce début de siècle, la théorie des germes est encore controversée et fait l’objet de débats entre microbiologistes, médecins et hygiénistes. Loin de ces préoccupations, Mary enchaîne ses recettes sans se laver les mains.Après trois semaines de bons et loyaux services, elle quitte la maison de Long Island pour travailler chez un autre employeur. Elle ne le sait pas encore, mais ce travail va bouleverser sa vie. Elle deviendra la cible d’un enquêteur un peu spécial qui fera de son quotidien un enfer. L'histoire se souvient d’elle sous le nom de Typhoid Mary.Dans les jours qui suivent le départ de Mary Mallon, l’une des filles du banquier tombe malade, rapidement suivie d’une servante. En quinze jours, six des onze membres de la maison de Long Island sont cloués au lit par la fièvre typhoïde. Inquiet, le banquier fait appel aux services de George Soper, un ingénieur sanitaire surnommé le « guerrier des épidémies ». Il enquête sur la propagation des maladies pour le compte de la ville de New York, et il a beaucoup à faire ! Au début du XXe siècle, la fièvre typhoïde se propage comme une traînée de poudre : près de 3.500 personnes sont infectées à New-York et plus de 300 en sont déjà mortes. Un vaccin existe, mais il n’est administré qu’aux soldats. Et sans traitement, la maladie est mortelle dans 10 % des cas.L’homme est convaincu d’une chose : la typhoïde se propage lors d’un contact avec les mains souillées d’un malade. Il interroge avec attention les habitudes de la famille, jusqu’à ce qu’on lui parle de Mary et de ses crèmes glacées aux pêches. Il conclut alors : « Contrairement aux plats chauds où les bactéries sont éliminées par la cuisson, Mary Mallon a infecté les membres de la famille avec les microbes présents sur ses mains non lavées. »George Soper interroge les anciens employeurs de Mary. Sept des huit familles pour lesquelles elle a travaillé ont contracté la typhoïde. En tout, elle aurait contaminé 22 personnes ! L’irlandaise a même prodigué des soins à l’une d’entre elles mais, respirant la force et la santé, elle n’a jamais été suspectée. Pourtant, elle propage la maladie partout où elle va. Au bout de quatre mois de traque, George Soper rencontre enfin Mary Mallon lors d'un face-à-face explosif. La confrontation a lieu dans une maison chic de Park Avenue. George n’y va pas par quatre chemins et ordonne à Mary de lui fournir des échantillons d’urine et de selles. Sans surprise, elle refuse et le met à la porte séance tenante en le menaçant avec un rouleau à pâtisserie (ou un pic à viande selon les versions).Sara Josephine Baker, une collègue de George Soper, est appelée en renfort pour convaincre Mary. Rien n’y fait. En 1907, considérée comme un incubateur vivant, elle est emmenée de force sur l’île de North Brother, au large de New-York, où elle est mise en quarantaine dans un hôpital. Cinq policiers et quatre heures de lutte sont nécessaires pour contenir sa rage. Là-bas, les médecins réalisent plusieurs prélèvements d’urine, de selles et de tissus, sans son consentement. Le verdict tombe : Mary est porteuse de Salmonella typhi, la bactérie responsable de la typhoïde. Sa vésicule biliaire est pleine de bactéries. Pour qu’elle ne contamine plus personne, il faut la lui retirer. Elle s’y oppose encore. Mary refuse de croire qu’elle a rendu malade tant de personnes. Comment peut-on être infectée par une bactérie et n’avoir aucun symptôme ?Il se trouve que Mary est la première porteuse saine identifiée de l’Histoire, un terme qui désigne les personnes infectées par un pathogène sans en contracter les symptômes. En somme, elle était asymptomatique. À une époque où les informations ne circulaient pas aussi vite qu'aujourd'hui, et où la science des germes en était encore à ses balbutiements, pas étonnant donc qu'elle ait répandu la maladie sans s'en apercevoirMary Mallon rumine sa colère pendant deux ans et décide finalement d’intenter un procès contre les services sanitaires de la ville de New York. Elle estime avoir été persécutée et emprisonnée injustement sans procès équitable. L’affaire est jugée par la Cour Suprême de New York et attire l’attention de la presse. Dans une édition de 1909, The New York American la dépeint en train de cuisiner des têtes de mort dans une poêle. L’article est titré « Typhoid Mary, l’incroyable bourbier de Mary Mallon, prisonnière de la quarantaine de l’hôpital de New York ». Le surnom de Typhoid Mary lui collera à la peau jusqu'à sa mort, et même après.Elle écrit à son avocat : « Un modèle de vitrine. Voilà ce que j’étais pour tout le monde. Même les stagiaires en médecine venaient me voir pour m’interroger sur les faits. Des faits que tous connaissent déjà. Les hommes atteints de tuberculose disaient : " La voilà, la femme kidnappée ". Le docteur Park a même décrit mon cas dans la revue Chicago. Je me demande si le docteur William H. Park aimerait être humilié de la sorte. Je me demande s’il apprécierait qu’on publie un article sur lui ou sa femme, en qualifiant l’un ou l’autre de Typhoid William Park. »Mary Mallon perd son procès. La justice tranche en faveur des autorités sanitaires qui l’ont enfermée – contre son gré et sans qu’elle ait commis quoi que ce soit de répréhensible – pour protéger la communauté. En 1910, elle retrouve enfin la liberté. On lui fait promettre de ne plus cuisiner et de se laver les mains régulièrement. Mais la fière irlandaise ne l’entend pas de cette oreille. Elle change de nom et d’emploi régulièrement, finissant par échapper à la surveillance des officiers sanitaires. Mary devient d’abord lingère, mais retourne rapidement derrière les fourneaux où elle répand à nouveau la fièvre typhoïde dans les foyers qu’elle sert.En 1915, George Soper enquête sur des cas de fièvre typhoïde dans une maternité du New Jersey. Il tombe alors nez-à-nez avec la cuisinière, une certaine Madame Brown, qui n’est autre que Mary Mallon. Sa cavale se termine ici. Elle est renvoyée sur l’île de North Brother, cette fois-ci de façon permanente. Elle s’occupe comme elle peut en lavant la verrerie de l’hôpital. Mais ses jours ne sont pas pour autant paisibles. Mary devient une curiosité pour les médecins qui l'assaillent de questions sur son état. Elle subit plus de 160 prélèvements, tous réalisés contre sa volonté. Résignée, elle finit par accepter son sort, sans jamais vraiment comprendre cet acharnement. Mary Mallon décède d’une pneumonie en 1938 à l’âge de 69 ans, après 23 ans passés en quarantaine. On estime qu’elle a transmis directement la typhoïde à une cinquantaine de personnes, dont 3 en sont décédées. À sa mort, les services sanitaires ont identifié pas moins de 400 porteurs sains de la fièvre typhoïde, mais aucun d’eux n’a subi de quarantaine. George Soper écrit : « L'histoire de Typhoid Mary montre à quel point il est difficile de convaincre les personnes atteintes de ne pas infecter les autres ». Voilà quelque chose qui résonne étrangement avec la pandémie actuelle.L’extraordinaire vie de Mary Mallon a fait d’elle une icône de la pop culture. Son histoire a été portée plusieurs fois à l’écran et a même inspiré les auteurs de comics. Un personnage nommé Typhoid Mary apparaît plusieurs fois dans la série Daredevil. C’est une mutante aux personnalités multiples qui sème la terreur sous les ordres du Caïd, l’ennemi juré de Daredevil.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Merci à Romain, de la chaîne Youtube L’Envers de la Blouse, qui prête sa voix à Georges Soper. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Nombre d'entre vous êtes probablement déjà familiers avec le célèbre astronome William Herschel. Mais avez-vous déjà entendu parler de sa sœur ? Scientifique brillante et assistante dévouée, Caroline Herschel a sacrifié sa vie à son frère et consacré le peu qui lui restait à ses propres recherches. Son travail remarquable lui a valu un succès notable pour son époque, mais peu de gens se souviennent de son nom aujourd'hui.Pourtant, Caroline Herschel est une femme de records. Au cours de sa carrière, elle découvre huit comètes, quatorze nébuleuses, catalogue des centaines de nouvelles étoiles et des galaxies, devient la première femme publiée par la revue de la Royal Society, ou encore la première astronome à recevoir un salaire pour son travail. Un destin de géante pour cette femme qui ne mesurait pas plus d’un mètre quarante, que nous vous invitons à découvrir dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Découvrez l'article dédié à Caroline Herschel sur CielmaniaCaroline HerschelLes grandes femmes de la scienceFemmes et la Science : Cinq femmes d'exception | DossierVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :​​​​​​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Pour cet épisode, nous partons à la rencontre d’Herschel, l’une des plus grandes astronomes que le monde ait connu. Oui, oui, vous avez bien entendu. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.31 décembre 1783. La campagne anglaise repose paisiblement sous une épaisse couche de neige éclairée par la lune gibbeuse et quelques rares étoiles. À l’ouest de la capitale, la ville de Slough baigne dans un silence cotonneux, occasionnellement rompu par l’ébrouement discret des chevaux attachés au-dehors des relais de poste. Plusieurs clochers marquent 22 heures pour la dernière fois de l’année, et la plupart des habitants de la ville se sont déjà réfugiés chez eux depuis longtemps, à l’abri du froid mordant qui transperce jusqu’aux os.Mais dans le jardin d’Observatory House, pas question de laisser les célébrations, ou même le vent glacé, prendre le pas sur la science. Un immense télescope, monstre de bois et de verre dont la célébrité dépasse de loin les contours de la ville, trône, imposant, devant la demeure. Penché au-dessus de sa gueule redoutable, le non moins célèbre astronome William Herschel, un oculaire à la main, lance des instructions à ses assistants qui s’agitent à plusieurs mètres sous ses pieds. En réponse à l’un de ses ordres, il entend le frou-frou des épais jupons de sa sœur Caroline sur la neige, alors que celle-ci contourne en courant la base de l’appareil pour modifier son mouvement latéral. Il ne remarque cependant pas le froissement et le bruit sourd qui suivent quelques instants plus tard. Impatient, il hurle depuis sa plateforme « Hâte-toi donc ! ». Dans l’obscurité, un mince filet de voix brise le silence et lui répond en tremblant « Je suis empalée. » Alarmé, Herschel se précipite au bas du télescope accompagné de son assistant et découvre Caroline allongée dans la neige humide, le visage tordu de douleur. L’un des crochets de métal qui maintiennent la structure en place est profondément enfoncé au-dessus de son genou.Bien peu de ceux qui ont déjà entendu le nom de William Herschel ont connaissance de sa sœur. Et pourtant, il semble encore aujourd’hui impossible de parler de Caroline sans mentionner son frère et le rôle considérable qu’elle a eu dans sa vie.Ces deux personnages singuliers naissent à onze ans d’écart dans la ville de Hanovre, en Allemagne. Huitième enfant d’une fratrie nombreuse, Caroline voit le jour le 16 mars 1750. Elle est la fille d’Isaac Herschel et d’Anne Moritzen, une femme pragmatique dont elle garde le souvenir d’une mère dure et sévère. Leur famille connaît de nombreux moments de difficulté financière, et tandis que le rêveur Isaac rêve d’offrir la même éducation à tous ses enfants, Anne déclare que la seule instruction que ses filles recevront est celle qui leur permettra de subvenir aux besoins de la famille en devenant de bonnes ménagères. Malgré les tentatives de Caroline pour acquérir des compétences qui lui garantiraient l’indépendance, le sort et ses parents semblent s’être ligués contre elle. Son visage est grêlé des cicatrices de la variole qu’elle a attrapée à cinq ans, et le typhus qui l’a presque abattue six ans plus tard a stoppé sa croissance, de telle sorte qu’elle ne dépassera jamais le mètre quarante. Avec son physique ingrat et ses origines modestes, lui déclare son père, elle devra probablement passer le reste de sa vie à servir ses vieux parents.Durant ces dures années d’enfance, son frère William devient un confident. C’est aussi lui qui lui offrira la clef de la liberté. Après la mort d’Isaac, il parvient à convaincre leur mère de laisser Caroline le rejoindre en Angleterre, où il est déjà établi depuis plusieurs années en tant qu’organiste. À l’âge de 22 ans, sa sœur quitte enfin le carcan familial et débute une nouvelle existence.Durant ces dix premières années de vie commune, la jeune femme apprend le chant et le clavecin et devient rapidement une artiste reconnue. Pour autant, son frère ne se contente pas de lui inculquer la musique. Il lui enseigne également l’anglais et l'arithmétique, et à mesure qu’il plonge dans sa passion pour l’astronomie, il l’aide à acquérir les compétences académiques et techniques nécessaires pour devenir son assistante à plein temps – une fonction pas toujours gratifiante pour Caroline, qui préfère de loin se consacrer à sa carrière de chanteuse.Peu de temps après la découverte d’Uranus par William, celui-ci est fait astronome royal en 1782. Lui et sa sœur prennent alors résidence à Slough, où ils auront tout le loisir de s’adonner à de longues soirées d’observation. À cette occasion, Caroline se voit offrir son propre télescope pour « balayer » le ciel : une formulation employée par son frère dont l’ironie ne lui échappera pas. Bien qu’elle se montre initialement réticente à passer ses nuits dans l’obscurité froide du jardin, la fièvre des étoiles la gagne progressivement. Le 26 février 1783, elle réalise sa première découverte en pointant une nébuleuse qui n’est pas répertoriée dans le catalogue de Messier. Le même soir, elle découvre indépendamment M110, une galaxie elliptique satellite d’Andromède, et petit à petit, l’élève dépasse le maître.La vie n’est cependant pas toujours facile sous la coupe d’un aîné certes protecteur mais bien souvent tyrannique dans ses exigences. Avec une patience et une application infinies, Caroline se rend utile par tous les moyens possibles, trouvant ainsi une manière d’approfondir continuellement son savoir et l’éventail de ses compétences, mais ses relations avec William sont souvent teintées de frustration. Elle raconte, avec une amertume tout juste voilée, comment celui-ci en arrive rapidement à l’interrompre dans ses travaux d’observation pour réclamer son assistance:« J’éprouvais du réconfort à constater que mon frère était satisfait de mes initiatives pour l’assister lorsqu’il avait besoin de quelqu’un pour courir jusqu’aux horloges, écrire un mémorandum, partir chercher et porter des instruments, ou mesurer des distances avec des piquets, etc., etc.. Des choses de cette nature survenant sans discontinuer. »Le 1er août 1786, Caroline découvre sa première comète. Elle la présente dans un article remarquable qui paraît en 1787 et lui vaut de devenir la toute première femme publiée par la revue Philosophical Transactions de la Royal Society. La même année, elle se voit accorder un salaire annuel par le roi George III, marquant l’Histoire une fois de plus en devenant la première astronome salariée dont nous ayons trace et la première femme à assumer des fonctions au sein du gouvernement anglais. Caroline découvrira huit comètes au total et défendra la mise au jour de chacune d’elles avec ferveur. Dans certains cas, elle en appelle à l’autorité d’hommes influents pour asseoir sa priorité et pour sa huitième, elle enfourche son cheval et galope dans la nuit jusqu’à Greenwich pour annoncer sa découverte.En parallèle, elle continue d’aider William dans la conception de ses télescopes et entreprend la tâche herculéenne de revoir entièrement le catalogue de Flamsteed – un ouvrage de référence pour les astronomes – afin de classer les étoiles non plus par constellation, mais par secteur du ciel. Ce travail sera une fois de plus publié par la prestigieuse Royal Society, cette fois-ci sous le nom de son frère.Bien que ce dernier défende avec fierté les accomplissements de sa sœur, leur relation s’étiole avec son mariage en 1788. Caroline se voit contrainte de prendre une dépendance et perd une grande partie de ses responsabilités et privilèges à Observatory House. Elle poursuit néanmoins sans relâche son exploration du ciel, et, en 1828, six ans après la mort de son frère, devient la première femme à recevoir la médaille d’or de la Royal Astronomical Society pour son travail exceptionnel. Il faudra attendre 1996 avec Vera Rubin pour qu’une femme se voit à nouveau remettre cet hommage.Caroline Herschel meurt paisiblement dans sa ville natale de Hanovre le 9 janvier 1848, rejoignant enfin les cieux étoilés qu’elle a passé sa vie à contempler. Les manuels d’Histoire pourraient nous amener à penser que cette femme extraordinaire faisait figure d’exception à son époque. Pourtant, sa carrière brillante et reconnue témoigne bien plus de son ambition et de sa pugnacité que d’une prédisposition particulière. Parmi les très nombreuses assistantes de l’ombre qui ont participé à l’édification de la science avant de tomber dans l’oubli général, elle est l’une des rares qui soient parvenus à se tailler une place parmi les étoiles et dans les mémoires. Ce que son frère lui a offert de soutien, cette astronome téméraire le lui a rendu au centuple, et c’est pour cela que plus jamais le nom de William Herschel ne devrait être évoqué sans que soit fait mention de la brillante Caroline.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Elodie Chabrol, directrice de Pint of Science et créatrice du podcast Sous la Blouse, qui prête sa voix à Caroline Herschel ; et à Guillaume Coolen qui prête la sienne à William Herschel. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !Musique :Paper Flakes, Walking Stars et Silver Lake par Rafael KruxLicence: https://filmmusic.io/standard-license Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Découvrez bientôt le nouveau podcast de Futura dédié à l'intelligence animale. À chaque épisode, partez à la découverte d'un nouvel animal et de ses comportements les plus étonnants. Rencontrez des oiseaux architectes, des poissons dessinateurs, des insectes cartographes et bien d'autres créatures dans Bêtes de Science ! Rendez-vous à partir du 3 février sur vos plateformes audio préférées ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Octobre 1947. Pour la première fois de l’Histoire, un bang supersonique produit par un avion retentit dans le ciel. Aux commandes : Chuck Yeager, pilote américain de génie.Cet épisode de Chasseurs de science retrace la vie aventureuse du premier homme à avoir franchi le mur de son. Si cet exploit le rendit célèbre, il en connut bien d'autres jusqu'à sa mort le 7 décembre 2020. Rendons donc hommage à cet as du pilotage qui inspira aussi le cinéma.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Les avions du futur : plus gros mais moins gourmandsVidéo exclusive : l'épopée du X-15, le premier avion spatialEn vidéo : la chute libre supersonique de Felix BaumgartnerVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Aujourd’hui nous rendons hommage au pilote américain le plus doué de sa génération, Chuck Yaeger, décédé le 7 décembre 2020 à 97 ans. S’il a connu la gloire à l’automne 1947, le reste de sa vie aventureuse est tout aussi remarquable. 14 octobre 1947, Californie. Altitude : 13.700 mètres. Température : glaciale.Charles Elwood Yeager, surnommé Chuck, essaye tant bien que mal de trouver une position confortable dans le minuscule cockpit de son avion, un BX-1. Avec les deux côtes qu’il s’est cassées la veille lors d'une chute à cheval, ce n’est pas une mince affaire !Dans quelques instants, la soute de l’avion-porteur qui le transporte s’ouvrira et il lancera son BX-1 par delà de la dernière limite connue : le mur du son. Le BX-1 a été conçu pour cela. C’est littéralement une balle de revolver dotée de petites ailes et d'un moteur-fusée à l’arrière. Il ne mesure que 3 mètres de haut pour 11 mètres de long. Chuck ne peut même pas étendre ses jambes dans le cockpit. Mais le défi ne l’impressionne pas le moins du monde. Du haut de ses 24 printemps, il en a vu d’autres !Le pilote de l’avion-porteur le prévient de l’ouverture de la soute. Une raie de lumière éblouissante se dessine devant Chuck. Il pose ses lunettes de soleil sur son nez et met en marche son avion. L’appareil s’emballe, le cœur de son pilote aussi. Chuck pense à Glennis, sa femme, et à l’inscription « Glamorous Glennis », peinte en son hommage sur l'avant de son bolide.Ça y est : le ciel s’étend devant lui. Le BX-1 s’élance comme un boulet de canon. Son nez pointu déchire littéralement l’air. L’accélération le cloue sur son siège et met à rude épreuve son corps endolori, mais Chuck prend toujours plus de vitesse. L’aiguille du machmètre monte doucement : 0,83, 0,88, 0,92. Il continue d’accélérer jusqu’à que l’aiguille sorte du compteur. À 10h18, le premier bang supersonique de l’histoire retentit dans le ciel californien, au-dessus du désert de Mojave. Chuck Yeager vole à Mach 1,05, soit 1.296,54 km/h. Il devient alors « the fastest man alive », le premier homme à franchir le mur du son lors d’un vol horizontal habité.Chuck Yeager naît le 13 février 1923 dans une petite ville de Virginie-Occidentale sur la côte est des États-Unis. Il est le second enfant d’Albert Hal et de Susie Yeager, deux Américains modestes. C’est un enfant curieux et hyperactif mais qui ne brille pas par ses résultats scolaires. À l’adolescence, il préfère pêcher et chasser plutôt que de rester assis sur une chaise. On raconte qu’il est capable de tirer un chevreuil à 550 mètres de distance. Néanmoins, il montre d’incroyables capacités dans tous les domaines nécessitant un raisonnement mathématique, une coordination physique et du doigté. Ces dernières lui sauveront plusieurs fois la mise.À la sortie du lycée, il s’engage sans attendre dans l’U.S Air Force. Nous sommes alors en 1941, et Chuck a tout juste dix-huit ans. Les longues heures passées avec son père à trifouiller des générateurs, des pompes et autres machines lui permettent de devenir mécanicien aéronautique. Mais ce n’est qu’une étape pour lui, son plan c’est devenir pilote. Son jeune âge et surtout le fait qu’il n’ait aucun diplôme d’étude supérieure le privent pour le moment de son rêve.L’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 bouleverse le destin du monde et celui de Chuck Yeager. Les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés et l’U.S Air Force doit grossir ses effectifs de pilotes. Les pré-requis pour intégrer le programme d’entraînement sont assouplis. Chuck saisit sa chance et postule seulement six mois après son engagement. Grâce à son acuité visuelle hors du commun, évaluée à 20/10, il est sélectionné. Il devient officier pilote en mars 1943 et part pour la Grande-Bretagne en novembre de la même année. Il a alors 20 ans.Chuck s’illustre rapidement aux commandes de son P-51 B, baptisé « Glamorous Glenn ». En mars 1944, il remporte sa première victoire en battant un Messerschmitt BF 109, fleuron de l’armée allemande. Le lendemain, il part pour sa neuvième mission, sûrement son fait de guerre le plus connu.Avec ses coéquipiers, il doit escorter un bombardier américain jusqu’à l’aérodrome de Bergerac. Mais les Allemands attaquent l’escadron au-dessus de Biscarrosse et l’avion de Chuck est touché. Les commandes ne répondent plus, pas le choix, il lui faut abandonner le « Glamorous Glenn ». Il s’éjecte du cockpit à 6.000 mètres d’altitude. La température glaciale lui brûle les poumons et le manque d’oxygène lui fait tourner la tête alors qu’il est en chute libre. Sentant sa conscience le quitter, il ouvre son parachute à 2.500 mètres d’altitude. Chuck est alors à la merci des pilotes ennemis, sans aucun moyen de défense. Celui qui l’a descendu voit là une occasion parfaite d’en finir, mais un de ses coéquipiers lui sauve la vie.Chuck termine sa descente près d’un moulin à la Rode. Là-bas vit une famille faisant partie de la résistance. Grâce à son aide et celle du voisinage, il traverse incognito les Pyrénées, affublé d’un béret et des vêtements du mari de l’une des résistantes. Il rejoint l’Espagne avec les huit autres survivants de son escadron, avant de rallier sa base en Angleterre.Après cette déconvenue, il retourne en mission et continue d’écrire sa légende. Il devient « As d’un jour » en octobre. Ce terme définit les pilotes qui ont descendu cinq avions ennemis en une seule journée.La fin de la guerre marque le début de sa deuxième carrière tout aussi prolifique : celle de pilote d’essai. Dès 1945, il s’entraîne sur les avions construits par la compagnie Bell pour franchir le mur du son. Il fait de nombreux essais, participe à l’amélioration du BX-1. Il flirte avec Mach 1 à de nombreuses reprises, mais ne le dépasse qu’après deux ans d'entraînement acharné, le 14 octobre 1947.Il fait encore de nombreuses prouesses pour le compte de l'US Air Force. Le 10 décembre 1963, il frôle la mort dans une scène digne d’un film d’action. Lors d’un « zoom climb », une manœuvre où le pilote monte en flèche dans les cieux, il perd le contrôle d’un avion prototype à 33.000 mètres d’altitude. L’avion fait une chute vertigineuse sans que Chuck Yeager ne parvienne à le redresser. À 2.500 mètres du sol, il finit par s’éjecter et rejoint le plancher des vaches sain et sauf, avec le visage grièvement brûlé. C’est un de ses derniers exploits. Il prend sa retraite en 1975 à l'âge de 52 ans.Jusqu’à sa mort le 7 décembre dernier, Charles Elwood Yeager est resté une légende. Le film L’Étoffe des Héros, sorti en 1983 et réalisé par Philip Kaufman, retrace les aventures des pilotes d’essais et futurs astronautes après la Seconde Guerre mondiale. C’est Sam Shepard qui campe le rôle de Chuck, mais ce dernier fait son apparition dans le métrage, lors d’un caméo plutôt cinglant.Il joue un vieux serveur dans le bar Pancho Barnes et s’offusque qu’un des pilotes ne soit pas admis car il n’a pas fait d’étude supérieure comme les astronautes. Un reproche qu’on faisait souvent à Chuck, et qui était à l’origine de sa querelle avec une autre célébrité de son époque et pilote d’essai tout aussi doué que lui : Neil Armstrong.Merci d’avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à nous le faire savoir en nous laissant une note et un commentaire sur votre plateforme d’écoute favorite. Pour soutenir notre travail, abonnez-vous et partagez vos épisodes préférés autour de vous. Merci pour votre fidélité. À bientôt pour un nouvel épisode de Chasseurs de science. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
En cette saison de fêtes, plongez au coeur du XIXe siècle et célébrez Noël comme les Victoriens : avec des sciences ! Durant cette époque où le progrès technique offre la promesse d’un avenir meilleur, les fêtes de fin d'année prennent une tournure inédite : expositions, démonstrations, spectacles et cadeaux à thématique scientifique apparaissent de toutes parts et captivent le public. Les scientifiques eux-mêmes deviennent des figures populaires que l’on retrouve jusque dans les oeuvres de fiction de Jules Verne ou de Charles Dickens. Parmi ces personnages, un en particulier marque l’histoire : Michael Faraday. Michael Faraday fut l’un des plus grands scientifiques de son siècle. Doté d’un esprit génial assorti à un enthousiasme enfantin, ce chimiste, inventeur et explorateur des domaines liés à l’électricité a su faire progresser la science de son époque comme nul autre et a étudié avec une curiosité insatiable le monde qui l’entourait. En 1824, il initie les conférences de Noël de la Royal Institution, que nous vous proposons de revivre pour un moment dans ce nouvel épisode de Chasseurs de sciences. 👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Le sapin de Noël, un arbre féeriqueNoël serait une réalité... dans le cerveauQui était Michael Faraday ?Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous célébrons Noël comme les Victoriens, avec une conférence scientifique animée par l’un des plus brillants esprits du XIXe siècle : Michael Faraday. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.L’excitation dans l’amphithéâtre est à son comble. Scientifiques, familles, journalistes et membres de l’élite se sont tous réunis à la Royal Institution en ce soir de Noël pour assister à une présentation exceptionnelle, animée par nul autre que le célèbre Michael Faraday. Près d’un millier de paires d’yeux brillants sont rivées sur le jeune chimiste, debout devant une table recouverte d’objets tous plus étranges les uns que les autres. Avec un sens du spectacle indiscutable et un enthousiasme proprement enfantin, il vient de leur exposer pendant plus d’une heure les principes fondamentaux de la chimie, de remplir des bulles de savon de toutes sortes de gaz et de leur poser toutes sortes de questions sur le fonctionnement du monde. Aux côtés de leurs parents, les bambins jubilent et boivent chacune des paroles du grand scientifique redevenu enfant pour la soirée. Jamais les sciences ne leur ont paru aussi simples, claires et incroyablement divertissantes. La conférence se conclut dans un tonnerre d’applaudissementsMichael voit le jour en 1791, dans une atmosphère d’ébullition intellectuelle et scientifique. Enfant du siècle des Lumières mais aussi d’une famille d’origine modeste, cet esprit curieux au corps frêle sait que sa meilleure chance réside dans ce que l’école publique de son village aura à lui enseigner. Malheureusement, le jeune garçon est affligé d’un trouble de l’élocution qui l’empêche de prononcer jusqu’à son propre nom.Fawaday. Je m’appelle Michael Fawaday.Ce handicap, ainsi que la philosophie de l’époque en matière d’éducation, lui valent de nombreuses remontrances, et, un jour, Michael est battu si violemment par son institutrice que sa mère décide de le retirer de l’école.Il grandit dans un foyer aimant, mais il lui faudra plus que cela pour garantir son avenir. À l’âge de 13 ans, il distribue des journaux pour le compte de George Riebau, un maître relieur établi à Londres, et deux ans plus tard, il signe un contrat d’apprentissage avec ce dernier. Soudain, le jeune Faraday est entouré de plus de livres qu’il n’en a vu de sa courte vie. Il parcourt avec avidité les volumes qui passent entre ses mains, ébloui par la quantité de savoir et de sagesse que ceux-ci ont à livrer. Il s’abîme dans l’exploration de l’Encyclopédie britannique, où les articles sur l’électricité agissent tels des aimants sur son intellect.Mais surtout, il se perd dans les pages de Conversations sur la Chimie. L’ouvrage est rédigé par Jane Marcet, une auteure de sciences populaires engagée dans l’éducation des femmes et des publics les moins érudits. Il connaît à l’époque un remarquable succès avec pas moins de 16 éditions en Angleterre seulement, et marque un tournant dans la vie de Faraday. Il racontera plus tard :Lorsque j'ai fait la connaissance personnelle de Mme Marcet, combien de fois ai-je laissé mes pensées vagabonder en arrière, ravi de connecter le passé et le présent ! Combien de fois ai-je pensé à ma première instructrice lorsque je lui envoyais un article en gage de ma gratitude.Il explique :J'étais une personne très enjouée et imaginative, et je pouvais croire aux Mille et Une Nuits aussi facilement qu’à ce que disait l'Encyclopédie. Mais les faits étaient importants pour moi et ce sont eux qui m'ont sauvé... Alors quand j'ai mis à l’épreuve le contenu du livre de Mme Marcet avec les petites expériences que je parvenais à réaliser, et que j'ai trouvé qu'il était fidèle aux faits tels que je les comprenais, j'ai senti que j’avais trouvé une ancre dans la connaissance de la chimie et je m'y suis accroché.De là découle ma profonde vénération pour Mme Marcet, en tant que personne capable de transmettre à l'esprit jeune, non instruit et curieux, les vérités et les principes de ces domaines illimités de la connaissance qui concernent les choses naturelles.Aiguillonné par ces lectures, Michael, désormais âgé de 20 ans, se rend dès la fin de son apprentissage à plusieurs conférences du chimiste Sir Humphry Davy. Autre grande figure de son temps, le scientifique est aussi génial qu’il est extravagant, et étudie de nombreux domaines comme la chimie, l’électricité, l’ingénierie, ou même le gaz hilarant, qui lui vaudra sa renommée au début du XIXe siècle. Il remarque rapidement l’esprit brillant de Faraday lorsque celui-ci lui fait suivre un ouvrage de 300 pages basé sur les notes prises durant ses conférences, et le recrute immédiatement comme assistant à la Royal Institution.Il ne faudra que treize années au jeune autodidacte pour y devenir directeur de laboratoire, puis professeur en 1833. Faraday exulte, s’exalte, excelle. Il commence par découvrir le benzène dans des gisements de houille, puis, grâce à un appareil simple et ingénieux, parvient à liquéfier la quasi-totalité des gaz connus de son époque. Il poursuit en complétant les théories d’Ampère sur l’électromagnétisme, pose les fondations du moteur électrique, et invente la première dynamo. On lui doit les termes d’électrode, d’ion ou encore d’électrolyse, ainsi que la célèbre cage de Faraday, qui porte son nom. Alors que l’engouement pour la science populaire ne fait qu’accroître, il devient une sorte de super star parmi ses pairs mais aussi pour le public.En effet, au milieu du siècle les Victoriens ne jurent plus que par la science, et ce en particulier… durant les fêtes. Devenue symbole de développement technologique et de progrès social, elle incarne l’espoir et inspire toutes sortes de manifestations à l’arrivée de Noël. Des expositions étonnantes, des démonstrations époustouflantes, des cadeaux scientifiques ébouriffants et des spectacles de pantomime bourrés d’effets spéciaux et d’illusions d’optique émergent et captivent les foules. Les performances sont généralement suivies ou accompagnées de conférences scientifiques visant à décrypter tel phénomène ou tel tour de passe-passe, auxquelles assistent parents, passants et enfants. La correspondance de l’auteur Charles Dickens suggère que celui-ci se serait inspiré de Faraday lui-même pour créer le personnage du professeur au centre de son dernier ouvrage L’Homme hanté. L’adaptation de ce dernier au théâtre connaît un succès retentissant, en particulier grâce au jeu de miroirs qui donne l’illusion de la présence d’un véritable fantôme sur scène.Quant à Faraday, il initie en 1825 la tradition bientôt bicentenaire des conférences de Noël, tenues chaque année à la Royal Institution pour le plus grand plaisir des petits curieux. Une fois de plus, le grand scientifique qu’il est devenu regarde en arrière, au temps où il n’était qu’un jeune garçon feuilletant les pages d’un ouvrage de chimie populaire. Il songe à l’émerveillement qu’il a ressenti et ressent encore à chaque fois qu’il se plonge avec passion dans ses expériences. Il repense à ses parents, à Jane Marcet, à Humphry Davy, et à tous ceux qui ont su nourrir et sublimer le feu qui brûle en lui. Avec ces conférences, avec cet héritage, il espère rendre au centuple ce qui lui a été donné, et inspirer de nouvelles générations d’enfants qui ignorent peut-être encore combien ils ont à apporter au monde.Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Nino, qui prête sa voix au jeune Michael, et à Pierre Henriquet du compte Twitter astropierre, qui prête la sienne à Faraday adulte. Saluons également les performances de Camille, Erwan, Hortense, Kessi, Léonard, Maëlie, Matilda, Nathanaël et Salim.Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à vous abonner et à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez nous retrouver sur Spotify, Deezer, Apple Podcast, Castbox et bien d’autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai l’année prochaine pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. Bonnes fêtes de fin d’année à tous ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
William Buckland, le paléontologue le plus fantasque de l’université d’Oxford est dans Chasseurs de science. Cet esprit aussi brillant que lunaire n’hésitait pas à raconter des anecdotes insolites à ces étudiants ou à les traumatiser avec des crânes d’animaux.Mais si William Buckland est un original, il est aussi un grand scientifique. Au fil des années, il a rassemblé les fossiles d’une espèce antédiluvienne, un lézard géant qu’il baptise le Megalosaurus : le premier dinosaure décrit de l’histoire.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :L'ère des dinosaures : introduction sur leur époque | DossierComment les dinosaures ont-ils disparu ?Découvrez l'intérieur du crâne d'un dinosaure en 3DVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura, je suis Julie et je serai guide temporelle pour ce voyage. Aujourd’hui nous remontons le temps à la racine de la paléontologie, en compagnie d’un homme qui a marqué l’histoire scientifique de la première moitié du XIXe siècle autant de par ses travaux scientifiques que de par sa personnalité fantasque.À la fin du XVIIIe siècle, le jeune William Buckland parcourt en long et en large la campagne anglaise du Devon dans laquelle il vit. Il visite les grottes, les forêts, les carrières à la recherche de quelque chose de bien précis : des fossiles. En effet, le Devon, mais aussi le Dorset, juste à côté, sont connus pour leurs gisements d’ossements et de restes d’animaux. Bien des années plus tard, il fera une découverte qui marquera l’histoire des sciences.William Buckland commence ses études sur les bancs des cours de théologie de l’université d’Oxford, mais il s’intéresse aussi aux sciences naturelles, et notamment à la géologie, où il excelle. En 1813, il devient chargé des cours de géologie et de minéralogie à l’université. Sa légende commence ici. Les cours de sciences naturelles n’attirent pas beaucoup d’étudiants car ils ne sont pas obligatoires. Mais peu à peu, les conférences de Buckland deviennent l’attraction de l’université. C’est un vrai showman qui tient ses élèves en haleine en vivant ses cours comme des pièces de théâtre, où la science côtoie des imitations clownesques. Ses qualités d'orateur font de lui un génie de la vulgarisation scientifique.Un témoignage d’un étudiant de l’époque permet de s’imaginer l’ambiance qui régnait dans la salle de cours :« Buckland, un crâne de hyène dans la main se précipita vers le premier élève assis au premier rang et cria " Qu’est-ce qui dirige le monde ? ". L’élève, absolument terrifié, ne répondit rien. Il se dirigea alors vers moi, le crâne de hyène tout près de mon visage. " Qu’est-ce qui dirige le monde ? " Sans connaître la réponse, je dis " L’estomac, sir ". Il poussa une exclamation. »L’extravagant William Buckland propose aussi de l’alcool à ses élèves et n’hésite pas à partager ses anecdotes les plus insolites. Il assure qu’il a goûté à tous les animaux qui existent — sauf la taupe et la mouche à viande, qui sont immondes à ses yeux. Il en sert à dîner à ses invités. Il a aussi goûté de la chair humaine ! Il aime raconter qu’il a avalé un fragment du cœur de Louis XIV, sans dire s'il l'a trouvé à son goût, lors d’un dîner chez la famille Harcourt .Sa personnalité n’empêche pas William Buckland d’être un scientifique sérieux. Les fossiles constituent toujours le squelette de son travail de recherche. Il publie un premier ouvrage remarqué en 1822. Dans Reliquiae Diluvianae il décrit et analyse plusieurs fossiles, notamment ceux d’un hippopotame, trouvés dans la grotte de Kirkdale dans le Yorkshire. Il démontre alors que ces restes ne proviennent pas d’animaux morts pendant le Déluge, mais qu’ils sont les témoins d’une faune tropicale passée. Fils d’un pasteur anglican et croyant lui-même, William Buckland ne partage pas les idées de Charles Darwin sur la théorie de l’évolution, mais il a tout de même un point de vue différent de ses contemporains créationnistes. Il pense qu’il existait des animaux sur Terre avant l'apparition des Hommes.Ce n’est pas son travail le plus célèbre. Une autre collection de fossiles concentre toute l’attention de Buckland. Au fil des années, il en a découvert plusieurs dans la carrière de Stonesfield, qui appartiennent à la même espèce. Il a bien une idée en tête, mais elle semble folle. Il l’expose tout de même à l’anatomiste français George Cuvier. Ce dernier pense que les fossiles sont les restes d’animaux disparus, plus particulièrement des reptiles.Après sa correspondances avec Cuvier, Buckland en est sûr : les vertèbres, les os des membres, et surtout cette mâchoire dotée de longues dents pointues, sont les restes d’un lézard géant, long de plus de 30 mètres, qui devaient marcher à quatre pattes, le ventre près du sol un peu comme un crocodile. Il le baptise Megalosaurus : le lézard géant. En 1824, il publie son ouvrage le plus célèbre Notes sur le Megalosaurus, ou le lézard géant de Stonesfield.Sans le savoir, il vient de décrire le premier dinosaure de l’histoire. En effet, le mot « dinosaure » ou dinosauria n’existe tout simplement pas. Il est inventé en 1841 par le paléontologue Richard Owen, à partir de deux mots grecs : deinos qui signifie « terriblement grand », et sauros pour « lézard ». Owen repense aussi la description de Buckland, en suggérant que le Megalosaurus possède de longues pattes postérieures et deux pattes antérieures plus petites, ce qui correspond plus à l’image actuelle des dinosaures.Quelques années après la parution de son ouvrage phare, la santé mentale de Buckland commence à décliner. Ses extravagances cachent le début d’une démence sévère. Mais c’est un scientifique reconnu : il a reçu bon nombre d’honneur comme la médaille Copley de la Royal Society, la récompense la plus prestigieuse et ancienne décernée par la société savante anglaise, dont il fut membre de sa jeunesse. Et comme ses délires ne détonnent pas avec sa personnalité, personne ne le voit alors comme un vieil homme sénile. Il meurt finalement en 1856 à l’âge de 72 ans, laissant derrière lui un héritage énorme.Si Buckland reste avant tout célèbre pour sa description du Megalosaurus, il est aussi à l’origine d’une discipline scientifique à part entière : l’analyse des coprolithes, des excréments fossilisés. On peut imaginer, au regard de la personnalité atypique de Buckland, que c'était sûrement sa plus grande fierté. En parlant des coprolithes, on raconte que le truculent scientifique buvait le thé avec ses invités, qui posaient leurs tasses et leurs cuillères sur une table faite à partir d’un énorme excrément fossilisé coupé en deux. Merci d’avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration Julie Kern.Pour soutenir notre travail et améliorer notre visibilité, surtout laissez-nous 5 étoiles et un commentaire sur vos applications audio préférées. Pour ne manquer aucun autre épisode, abonnez-vous sur Spotify, Deezer et Apple Podcast. À bientôt dans Chasseurs de science. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Charles Henry Turner est l'une des grandes figures oubliées de la science. Né en 1867, il consacre sa vie à l'étude des animaux, de leur anatomie, de leurs comportements, de leurs perceptions et de leur intelligence. Scientifique passionné, travaillant sans relâche pour alimenter sa discipline, il bat de nombreux records, produit d'innombrables publications, mais il est également confronté à une société qui refuse de lui accorder le crédit qu'il mérite.À cause de ses origines afro-américaines, les contributions de Turner bénéficieront à tous, mais son nom tombera dans les oubliettes de l'histoire. En parallèle de sa vie de chercheur, de professeur et de père de famille, il trouve encore le temps de militer pour l'égalité des droits civiques, et pour l'accès à l'éducation, d'offrir aux jeunes générations la chance qu'on lui refuse. L'histoire de Charles Turner, c'est celle d'un combat mené dans l'humilité, la passion et la détermination. Un combat qu'il est grand temps de déterrer de l'oubli.👉Abonnez-vous sur votre apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Les hommes, nom de famille HOMOTous les animaux souffrent-ils de la même façon ?Pourquoi les apiculteurs s'habillent-ils en blanc ?Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous plongeons dans le cerveau des animaux et des petites bêtes aux côtés de Charles Henry Turner, l’un des plus grands scientifiques oubliés du début du XXe siècle. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.Le soleil de l’été 1910 cogne fort au-dessus de la ville de Saint-Louis, Missouri. Mais Charles Turner n’en a cure. Agenouillé dans un champ qui borde le parc O’Fallon, le scientifique observe avec intensité les abeilles qui s’affairent au milieu du mélilot blanc. Ces dernières semblent ostensiblement ignorer les six disques rouges enduits de miel qu’il a soigneusement disposés au niveau des herbes sauvages. Les oreilles pleines du bourdonnement des travailleuses, il tente désespérément de les attirer lui-même vers ses fleurs artificielles, en vain. Cela fait deux heures qu’il est là, et il redoute que son étude ne se solde par un échec. Soudain, une ouvrière, vient se poser sur le rebord de l’un des disques, juste sous ses yeux. Elle est rapidement rejointe par une seconde, et Turner se réjouit de les voir toutes deux absorber le précieux liquide. L’expérience peut commencer.Le lendemain, à 8 heures du matin, le scientifique retourne sur place pour découvrir que deux des disques ont été entièrement vidés de leur stock de miel, et que ses sujets ont même été jusqu’à emporter une partie de leur papier rouge, encore imbibé de sucre. Enthousiaste, il accroche six nouveaux cercles rouges identiques aux précédents, et six bleus pour leur part dépourvus de récompense. Immédiatement les abeilles arrivent par nuées pour butiner avec frénésie les coquelicots artificiels de Turner.Maintenant arrive l’instant crucial : après un quart d’heure de ce manège aérien, alors que les travailleuses repartent vers la ruche pour y déposer leur butin, le chercheur se saisit de l’une des cibles rouges et la remplace par un cercle bleu, dans l’espoir de répondre à la question qui le taraude : « les abeilles sont-elles capables de distinguer les couleurs ? ». Les secondes passent, puis les minutes. Finalement, les créatures reviennent, fonçant tout droit vers le dernier lieu de récolte. Carnet de notes en main, Turner sent ses doigts enserrer le stylo dont la pointe est posée sur la page. Dans un splendide mouvement courbe, les abeilles changent subitement de destination en laissant derrière elles la cible azur, les antennes pointées vers la tache écarlate la plus proche. Turner jubile, mais l’expérimentation n’est pas terminée. Parce qu’il tient à fournir des résultats rigoureux, il passe encore plusieurs jours à tester une trentaine de manipulations, voyageant d’un cercle à l’autre comme une abeille dans un champ de fleurs. Il va jusqu’à façonner de petites cornes d’abondance en papier et recueille, en guise de final, des ouvrières dans la paume de sa main. Avec passion et application il rassemble les données qui lui permettront de mettre fin au débat qui anime le milieu des entomologistes depuis des décennies. Sa conclusion est proclamée avec une humilité et un engouement caractéristiques le 18 juillet 1910 : les abeilles sont bel et bien capables de discriminer les fleurs en fonction de leurs couleurs pour optimiser leur collecte.C’est un accomplissement notoire pour Turner, un tour de force qui tombera dans les oubliettes de l’Histoire, et échappera même à la mémoire de ses pairs. Car à l’époque, un autre type de discrimination basée sur la couleur est en train de se jouer.Né en 1867, deux ans après la fin de la Guerre civile, Charles Henry Turner est le fils d’un gardien d’église et d’une infirmière afro-américains, qui très tôt, lui transmettent l’amour de l’apprentissage et bientôt, celui de l’éducation. À l’âge de 19 ans, il quitte le lycée avec les meilleures notes de sa promotion, et un an après, il épouse la jeune institutrice Leontine Troy. Turner est le premier diplômé afro-américain de l’université de Cincinnati lorsqu’il obtient son master en 1886, puis devient possiblement le premier à recevoir un doctorat de l’université de Chicago, avec les honneurs, en 1907. Au cours de la décennie qui sépare ces deux événements, il démontre à maintes occasions son application et sa rigueur en publiant un travail de plus de 100 pages sur l’anatomie du cerveau chez les oiseaux, copieusement agrémenté d’illustrations détaillées. Cet article, son tout premier, est publié dans la prestigieuse revue Science, dont il est possiblement le premier contributeur afro-américain, installant, une fois encore, un nouveau record.Il ne s’arrête pas là puisqu’en 1892, son article sur la construction des toiles d’araignées fait également de lui le premier auteur de psychologie comparée afro-américain. Un autre article est publié dans Science, suivi plus tard par un troisième, et, tant qu’à faire, Turner découvre plusieurs nouvelles espèces marines dans les eaux de Cincinnati. D’autre part, il rédige avec son mentor Clarence Herrick un volume de 500 pages sur les Entomostraca, une sous-espèce de crustacés vivant dans la région. Malheureusement, l’année de publication de l’ouvrage est également marquée par la mort de sa femme, laissant désormais à Charles la charge intégrale de ses trois enfants, âgés d’un à trois ans. Il redouble désormais d’ardeur afin d’offrir à sa famille la stabilité dont elle a besoin. En dépit de près d’une trentaine d’articles publiés en 1907 et d’une renommée qui s’étend jusqu’en Europe, Turner essuie des refus répétés et dans certains cas inhumains. Alors que le précédent directeur de l’université de Chicago, décédé en 1906, souhaitait rendre l’éducation accessible à tous et reconnaissait à Turner le statut d’autorité majeure dans son domaine, son successeur tient un autre discours. En place depuis moins d’un an lorsque notre ami zoologue obtient son doctorat (rappelons-le, avec les honneurs), il lui déclare qu’il ne recrutera pas un « n*gre ».Accompagné de sa seconde femme et de ses trois enfants, ce dernier est donc contraint pendant plusieurs années de naviguer d’école en école. En parallèle de son travail à plein temps, et de sa vie de famille, il continue de produire deux articles par an, un rythme de production bien supérieur à celui de ses pairs de l’époque. Entomologiste passionné, il s’intéresse à toutes sortes de créatures : papillons de nuit, cafards, guêpes, vers, ou encore fourmis. On pense qu’il est le premier à tester le conditionnement pavlovien chez les insectes, il découvre que ceux-ci sont capables de percevoir les sons, de former des souvenirs, des pensées individuelles, peut-être même des émotions, d’exercer un libre arbitre distinct du simple acte réflexe ou instinctuel, il souligne l’importance de collecter des données dans la nature plutôt que dans un laboratoire, il instaure une méthodologie rigoureuse incorporant des conditions contrôles... Bref, à travers sa soif de savoir, sa rigueur et son enthousiasme, Turner offre une contribution unique à sa discipline et nous invite à voir les insectes comme bien plus que de simples nuisibles sans cervelle. Il écrit :« Après avoir étudié le sujet sous tous les angles possibles, je suis parvenu à la conviction que ni la fourmi grouillante, ni l'abeille volante, ni la guêpe chasseresse ne sont guidées par un mystérieux instinct, ou une combinaison de tropismes, ou uniquement par la mémoire musculaire, mais par quelque chose que chacun acquiert par expérience. »À l’âge de 41 ans, Turner s’établit enfin au lycée Sumner de Saint-Louis, le premier lycée afro-américain fondé à l’est du Mississippi. Il sait pertinemment qu’il ne s’y verra pas accorder de temps libre pour ses recherches, que son salaire de 1.080 dollars par an lui permettra à peine de subvenir à ses besoins, que la charge de travail sera lourde et ingrate, mais, ainsi qu’il l’exprime :« Je sens qu’on a besoin de moi ici, et je peux y faire tellement pour mes semblables. »Dès 1897, Turner produit plusieurs articles sur l’égalité des droits et l’accès à l’éducation. Cette dernière constitue selon lui la clef qui mettra fin au racisme dont lui et sa communauté sont victimes, et motive son envie d’enseigner dans des écoles accueillant des étudiants afro-américains. Il devient un emblème de la lutte pour les droits civiques à Saint-Louis et une figure d’attachement pour ses élèves, avec qui il mène diverses expérimentations sur les abeilles durant les pauses au réfectoire.En 1922, le professeur, malade, prend sa retraite et passe ses derniers mois chez son fils, Darwin. Une dizaine de jours seulement après la célébration de ses 55 ans, Charles Turner s’éteint laissant derrière lui plus de 70 publications académiques, un héritage précieux pour les zoologues, les éthologues et les biologistes, et pas la moindre trace de ses contributions dans les livres d’Histoire. Né à une époque où les Afro-américains étaient encore traités par beaucoup comme du bétail ou des êtres dotés d’une intelligence inférieure, Turner fut très probablement délibérément ignoré et oublié par ses contemporains. C’est pourtant cette même science à laquelle il contribuera tout au long de sa vie qui démantèlera progressivement les croyances qui envenimèrent la société dans laquelle il vécut. La science, et le bon sens, dont il ne manqua jamais.Son ami entomologiste Philip Rau déclarera à sa mort :« Les handicaps et les contraintes qui ont marqué la carrière de Turner ont été nombreux, et il les a affrontés avec humilité et bravoure. »Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Darryl Fantaisie, qui prête sa voix à Charles Turner, et à Guillaume Coolen, qui prête la sienne à Philip Rau.Si vous appréciez notre travail n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de Science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Dans les années 80, Judith Resnik vit son rêve. Elle est astronaute pour la Nasa et la deuxième femme américaine à s’être rendue dans l’espace. En janvier 1986, elle embarque à bord de la navette Challenger avec le reste de l’équipage.Cette femme moderne sera l’une des victimes de la tristement mémorable explosion de Challenger. Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de revivre ce tragique épisode de l’histoire de l’aérospatiale aux côtés de Judith.Pour aller plus loin :28 janvier 1986 : explosion de la navette spatiale ChallengerIna : il y a 25 ans, la navette Challenger explosaitLe 12 avril 1981, premier vol d'une navetteColumbia : toutes les leçons n'auraient pas été tirées après ChallengerDécouvrez le documentaire de la chaîne Stardust sur le drame de Challenger.Rendez-vous sur CielMania pour y lire l'article de Jean-Baptiste Feldmann sur le mémorial lunaire créé en hommage à ces astronautes.Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous partons pour le pas de lancement de la navette Challenger, en Floride. Vous écoutez Chasseurs de science, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.En janvier 1978, Judith Resnik a 29 ans et elle vient de recevoir une nouvelle qui va bouleverser sa vie : elle est sélectionnée pour devenir astronaute pour la Nasa parmi plusieurs milliers de candidats. Elle prévient immédiatement ses parents Marvin et Sarah, tout deux immigrants d’Ukraine. Tout sourit à Judith. L’année précédente, elle a obtenu un doctorat en génie électrique et elle occupe un poste d’ingénieur à l’Institut national de la santé à Bethesda. Devenir l’une des premières femmes astronautes, c’est juste incroyable !Après l’annonce de sa sélection, Judith intègre un programme d’entraînement qui lui permet de devenir spécialiste de mission. À ce poste, elle sera en charge d’une partie bien précise des missions scientifiques que devront réaliser les astronautes une fois dans l’espace. Six ans après son entrée à la Nasa, Judith prend part à la mission Discovery. Elle est la seule femme de son équipage.Le 30 août 1984, alors que la navette décolle du pas de tir 39A du Kennedy Space Center à Cap Canaveral, elle sait que son nom marquera l’histoire avec un grand H. En effet, à ce moment-là, elle devient la deuxième femme américaine à rejoindre l’espace, et seulement la quatrième au niveau international, après deux astronautes russes et sa compatriote Sally Ride.Elle expérimente alors la sensation indescriptible d’impesanteur, voit ses cheveux flotter autour de sa tête et tous les outils qu’elle manipule ne jamais retomber sur le sol. À bord de Discovery, une image de Judith fera le tour du monde. Devant les caméras, elle brandit un carton où elle avait inscrit « Hi Dad ! » (« Salut, Papa  ! »), en sachant pertinemment que son père suivait avec attention ses aventures spatiales.Après le succès du premier vol de Discovery, Judith intègre immédiatement un autre programme ambitieux de la Nasa : STS 51-L Challenger. La mission doit se dérouler comme suit. Le premier matin sera dédié à la préparation de la mise en orbite du satellite TDRS-B ; l’après-midi à son déploiement. Le deuxième jour, le programme de suivi de la comète Halley débute et Christa McAuliffe, deuxième femme de l’équipage et institutrice tiendra le premier cours donné depuis l’espace à des enfants. Les jours 3, 4 et 5 seront destinés à la mise en orbite du satellite Spartan. Judith est en charge de manier le bras robotique de la navette pour le déployer. Enfin, le retour de l’équipage est prévu 144 heures et 34 minutes après leur départ.Tout est organisé au millimètre. Judith et ses collègues connaissent par coeur les gestes et les procédures pour faire face à toutes les situations. Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu.Dès le lancement, la 25e mission de Challenger accumule les couacs. Le 22 janvier 1986 à 15h43, sur le pas de tir B, tout est prêt pour le décollage. Mais la météo fait des siennes. On reprogramme le lancement le 23, puis le 24 janvier. Challenger est toujours clouée au sol. Le 25 janvier, c’est une tempête de l’autre côté de l’Atlantique qui empêche le départ. Le mauvais temps atteint la Floride, repoussant encore le lancement. La tension est palpable entre les astronautes. Arriveront-ils à décoller un jour ? Une nouvelle date est planifiée : le 27 janvier 1986 à 9h37. Repoussée encore. Cette fois-ci, c’est une trappe qui refuse de se fermer.Finalement, la navette Challenger décolle le 28 janvier 1986 à 11h38, soit 2 heures après l’heure prévue. Un logiciel qui pilote le système anti-incendie connaît une panne alors qu’on remplit les réservoirs externes d’hydrogène liquide, avant le départ. Dans le cockpit, Judith et le reste de l’équipage échangent un regard. Challenger quitte enfin le sol de la Floride et son funeste destin est scellé.Seulement 0.678 secondes après le décollage, les spectateurs au sol voient une inquiétante fumée grise s’échapper de l’arrière du fuselage. Le père et le frère de Judith sont présents. Entre 0,836 et 2,5 secondes, la fumée se fait plus dense. La navette prend de la vitesse et rencontre ses premiers vents de haute altitude à 37 secondes. En réponse au cisaillement du vent, le système de navigation augmente la puissance des propulseurs pour maintenir la direction de la navette.58 secondes. Une petite flamme apparaît. Elle grandit rapidement et l’ordinateur de bord alerte sur la diminution de la pression dans le propulseur droit. De toute évidence, il fuit. À l’intérieur, l’équipage surentraîné est prisonnier. Les sept astronautes n’ont aucun moyen de sortir de Challenger. La navette n’est pas équipée de sièges éjectables et la présence d’un système d’évacuation a été jugée « d’une utilité limitée ».À 64 secondes, le feu change de couleur, signe que l’hydrogène s’est mêlé aux flammes. L’ordinateur de bord tente de mettre fin au drame qui se joue, en vain. 73 secondes. Le réservoir d’hydrogène liquide perd son dôme et plus de 1.200 tonnes de carburant alimentent le brasier. En un battement de cil, Challenger explose à 46.000 pieds d’altitude dans le ciel de Cap Canaveral. La navette se désintègre dans une boule de feu entourée d’une fumée brune sous les yeux horrifiés du personnel de la Nasa, des spectateurs et de la famille et des amis de l’équipage.Judith Resnik, spécialiste de mission,Christa McAuliffe, spécialiste des charges utiles,Gregory Jarvis, spécialiste des charges utiles,Francis Scobee, commandant,Ronald McNair, spécialiste de mission,Ellison Onizuka, spécialiste de mission,et Michael Smith, pilote, ont disparu en même temps que Challenger. Les restes de la navette spatiale finissent leur course dans l’océan à 334 km/h, emportant avec eux tout espoir de retrouver des survivants. La Nasa lance immédiatement une mission pour récupérer les débris de la navette et d’éventuels restes humains. Le corps de Judith est le premier retrouvé au milieu des décombres. Elle n’avait que 36 ans.Devant son écran de télévision, sa mère, Sarah, a vu l’explosion. Elle se rend chez une voisine en criant : « Ils sont morts là-haut. Ils sont morts, ils sont morts ! » La nuit du drame, le président Ronald Reagan rend hommage aux victimes lors d’un discours devant le Congrès. Trois jours après, une cérémonie nationale, retransmise en direct, se tient au Centre spatial de Houston en présence de plus de 10.000 personnes.Une commission chargée d’enquêter sur les circonstances de l’accident est créée par le président américain. Richard Feynman en est l’un des membres les plus célèbres. Il remarque que les estimations de fiabilité communiquées par la Nasa étaient irréalistes et divergeaient totalement de celles faites par les ingénieurs. Il déclare alors : « Pour qu'une technologie soit couronnée de succès, la réalité doit prendre le dessus sur les relations publiques, car on ne peut pas tromper la Nature. »L’enquête n’a pas permis d’établir avec certitude les causes de la mort de l’équipage. Le rapport émet l’hypothèse, sans assurance, que les astronautes auraient perdu conscience peu avant l’explosion. Judith Resnik et ses collègues deviennent alors des héros, mais ils étaient avant tout des femmes et des hommes avec des amis, une famille et des collègues qui se souviennent d’eux.Michael Coates, pilote sur la première mission de la navette Discovery, se rappelle de Judith – ou Judy, comme ses proches l’appelaient – en ces termes : « C’était quelqu'un qui comptait beaucoup. Elle vivait, travaillait et s’amusait intensément. Elle n'était pas parfaite, elle était têtue, et elle devait toujours avoir son mot à dire. Mais à la fin d’un dispute, elle souriait et c'était tout. On se sentait à l'aise avec elle. À bien des égards, c'était une astronaute idéale. Elle laissera un grand vide. »Merci d’avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Merci à Vincent Heidelberg, qui prête sa voix à Michael Coates. Rendez-vous sur sa chaîne Youtube Stardust pour y découvrir son documentaire consacré à l’histoire de Challenger.Si vous appréciez notre travail, n‘hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle dans Chasseurs de science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Né en 1862 en Angleterre, Joseph Merrick, aujourd'hui plus connu sous le nom d'Elephant Man, découvre rapidement que son existence sera inévitablement différente de celle des autres. Des déformations apparaissent sur l'ensemble de son corps dès ses plus jeunes années, le condamnant aux moqueries et à l'exclusion de la part de ses pairs victoriens, dont les mentalités associent encore trop souvent handicap et animalité.Rejeté de toutes parts, exilé de la société, il décide de prendre son destin en main et devient « monstre humain ». Lors de ses périples, il rencontrera des étrangers bienveillants et des directeurs négligents, des visiteurs moqueurs et des amis aimants. Découvrez son histoire sur Chasseurs de Science !Pour aller plus loin :La différence radicale de la personne handicapéeAux frontières de l'altérité | DossierVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast:Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous prenons un train pour l’époque victorienne afin d’y rencontrer Joseph Merrick, un homme aujourd’hui plus connu sous le nom d’Elephant Man. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.Joseph Carey Merrick naît le 5 août 1862 dans la ville de Leicester, en Angleterre. Ce beau bébé en pleine santé est le premier de sa fratrie et fait la fierté de ses parents, Mary et Joseph. Malheureusement, après seulement quelques années, des signes inquiétants commencent à se manifester chez lui. Vers l’âge de 2 ans, des gonflements apparaissent sur ses lèvres, puis une bosse prend progressivement forme sur son front. Alors qu’il n’est encore qu’un jeune enfant, sa peau se détend et durcit comme celle d’un éléphant, formant de tristes drapés sur ses membres qui se distordent à mesure qu’il grandit. Ses pieds s’épaississent et son bras gauche s’allonge et se déforme. À l’époque, la croyance selon laquelle les chocs émotionnels vécus par la mère enceinte peuvent influencer profondément l’apparence de son futur enfant est encore fermement ancrée dans les mentalités, et les parents du jeune Joseph sont persuadés que sa difformité est liée à un accident survenu plus tôt durant la grossesse, durant lequel Mary avait été bousculée et effrayée par un éléphant de foire.Durant sa jeunesse, Joseph fait également une mauvaise chute qui endommage irréversiblement sa hanche gauche et le laisse boiteux. En dépit de ses handicaps, il suit une scolarité normale, aidé par sa mère qui est elle-même institutrice les dimanches. Sa relation avec cette dernière ne sera malheureusement que de courte durée car moins de trois années après la mort de son second fils, William, emporté à l’âge de 4 ans par la scarlatine, Mary succombe d’une bronchopneumonie. Merrick père, accompagné de Joseph et de sa sœur Marion Eliza, emménage chez Emma Wood Antill, elle aussi veuve, qu’il épouse un an après.À 13 ans, Joseph a fini l’école mais ne sait comment s’extirper de ce nouveau foyer où il se sent privé d’affection. Il travaille trois ans comme rouleur de cigares dans une fabrique, mais la déformation progressive de ses mains l’oblige finalement à trouver un autre poste. Impatient de se décharger de cette bouche à nourrir, son père lui obtient une licence de marchand ambulant. Une bien mauvaise idée pour le pauvre Joseph dont l’apparence et la diction gênée par son visage toujours plus distordu rebutent les sensibles esprits victoriens. Face à son insuccès, ses employeurs finissent par lui retirer sa licence et, désormais âgé de 17 ans, Joseph intègre une workhouse, dernier asile des pauvres en quête de travail et d’un lieu où dormir. Il y subira une opération du visage, destinée à retirer une partie de la masse qui a envahi sa bouche, l’empêchant de s’exprimer et de manger. En dépit de cette heureuse intervention, les conditions de vie de l’établissement sont insoutenables pour Merrick. Il décide de trouver un nouveau refuge et écrit une lettre au célèbre chanteur Sam Torr, lui demandant de l’embaucher comme monstre humain.Après une première tournée dans les Midlands de l’Est, Joseph rencontre son nouveau manager, Tom Norman, à Londres. Ce dernier l’installe dans l’une de ses galeries populaires, entouré d’affiches horrifiques dépeignant une créature hybride à moitié homme, à moitié éléphant, et une brochure explicative est rédigée et vendue aux visiteurs. Chaque jour, les Londoniens et les étudiants médicaux de l’hôpital de Londres, situé dans un bâtiment non loin, viennent contempler le visage de l’homme qui fait tant parler de lui. Et chaque soir, Merrick s’endort assis dans son lit de camp entouré de minces rideaux, ses jambes repliées sous son menton afin d’éviter que le poids de sa tête ne lui brise la nuque dans son sommeil.C’est par le bouche à oreille que le docteur Frederick Treves entend pour la première fois parler de l’homme-éléphant. Il organise plusieurs examens durant lesquels il n’a guère plus d’estime pour Merrick que pour une simple curiosité médicale. Il en capture des photographies désormais célèbres, le mesure et le présente à ses pairs. Son sujet d’étude est cependant vite excédé par ses manières cavalières et coupe court à leur relation. Mais ne l’oubliez pas, car il refera une apparition dans notre histoire.Le spectacle de l’homme éléphant à Londres est rapidement interrompu par un public de plus en plus soucieux des droits et du traitement de ceux que l’on appelle les monstres humains. Après seulement quelques mois, Norman est contraint de fermer boutique et Merrick doit trouver un nouvel emploi. Après quelques tentatives infructueuses en Angleterre, il s’engage sur les routes d’Europe avec l’espoir de ses impresarios qu’il y sera mieux reçu. Cependant les questionnements éthiques et l’apparence de Joseph, qui semble générer plus d’attention négative que de ventes en billetterie, amènent son dernier directeur à le délaisser. Il lui dérobe au passage les 50 livres qu’il avait économisées, l’équivalent aujourd’hui de près de 6.000 euros. Abandonné et meurtri, Merrick retourne avec difficulté en Angleterre. Sur place, il cherche désespérément de l’aide auprès des étrangers qui croisent sa route, mais son apparence attise le mépris des uns tandis que sa diction le rend incompréhensible aux autres. Un policier recueille finalement le jeune homme épuisé, et contacte le docteur Treves, dont il retrouve une carte de visite dans les affaires de Merrick.De retour à l’hôpital de Londres, le médecin aménage une chambre dans le grenier pour son ancienne connaissance. Joseph, atteint de bronchite, y est nourrit et reçoit les soins requis par sa santé, dont la détérioration n’a fait que s’accélérer. Bien que son état s’améliore progressivement grâce à l’attention du personnel soignant, les auscultations de Treves révèlent que son cœur ne tiendra pas plus de quelques années. Le directeur de l’hôpital, incapable de lui trouver une nouvelle résidence où finir ses jours, redoute que ce patient incurable ne leur coûte plus que l’établissement ne pourrait se le permettre. Mais lorsqu’il adresse une lettre au Times pour demander l’avis des lecteurs, il reçoit une réponse inattendue. Des dizaines de lettres et de dons déferlent de toutes parts, assurant à Merrick une stabilité méritée. Âgé de 24 ans, il déménage au rez-de-chaussée de l’hôpital, dans un appartement de deux pièces adapté à ses besoins, sans miroirs, et équipé d’un lit conçu sur mesure.Une nouvelle amitié se forme alors entre Frederick et Joseph. Le médecin lui rend visite quotidiennement et apprend à décrypter ses paroles. Ravi, Merrick s’engage avec lui dans de longues discussions, en particulier durant les deux heures que lui accorde Treves chaque dimanche. Constatant que son ami peine à établir un contact avec les femmes de la société victorienne, ce dernier décide de lui présenter son amie, Leila Maturin. La gentillesse de la jeune veuve émeut Joseph aux larmes. Submergé par les émotions, il conclut rapidement l’entretien, mais une relation épistolaire s’installe petit à petit entre les deux protagonistes, dont nous restera la seule lettre écrite de Merrick qui nous soit jamais parvenue.Celui que l’on appelle désormais uniquement par son nom de baptême mène une vie relativement heureuse à l’hôpital de Londres. Ses après-midis sont occupées par la fabrication de maquettes et de paniers, et ses soirées par des promenades en solitaire dans le jardin adjacent à sa chambre. Il reçoit de fréquentes visites de plusieurs membres de la haute société et reprend tellement confiance en lui qu’il arpente finalement les couloirs de l’hôpital, au grand dam des infirmières qui redoutent qu’il n’effraie les patients. À l’âge de 27 ans, Joseph Merrick s’éteint, allongé dans son lit, la nuque brisée par le poids de son crâne difforme. Conscient que son ami avait toujours veillé à dormir en position assise, Treves en déduira que le jeune homme aura voulu tenter au moins une fois dans sa vie l’expérience de s’allonger comme une personne normale. David Lynch, qui adaptera la vie de cet individu exceptionnel au cinéma en 1980, offrira une lecture plus ambiguë de cet acte ultime.Des études faites sur les ossements de Joseph Merrick révéleront plus tard qu’il souffrait du syndrome de Protée, une maladie génétique pouvant affecter gravement la croissance des tissus conjonctifs, épidermiques et osseux. Grâce à la bienveillance des personnes qui l’ont entouré durant les dernières années de sa vie, Merrick a pu connaître l’affection et l’attention qui lui ont tant fait défaut durant ses plus jeunes années, révélant un garçon cultivé, aimable et curieux. Son histoire nous rappelle, aujourd’hui plus que jamais, que le respect de la vie de chacun est un devoir fondamental qu’aucune différence d’apparence, de langage ou de couleur de peau ne saurait annuler.Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Si vous appréciez notre travail n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Aux premières heures de la Grande Guerre, Marie Curie souhaite tout de suite s’engager auprès des soldats blessés. Elle a une idée qui va révolutionner leur prise en charge : faire venir l’hôpital directement sur le front.Pour assurer sa mission, elle peut compter sur le soutien de sa fille Irène Joliot-Curie. A l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, le 12 septembre 1897, Chasseurs de science revient cette aventure familiale au bord d’un véhicule médical sortit tout droit du cerveau brillant de Marie Curie.Pour aller plus loin :La biographie de Marie CurieLa biographie d'Irène Joliot-CurieL'étonnante photo capturée par Röntgen en 1895Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue à tous dans Chasseurs de Science un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Dans ce nouvel épisode, nous prendrons la route aux côtés de deux femmes extraordinaires pour veiller au chevet des soldats de la première guerre mondiale . Si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.Septembre 1914, la bataille de la Marne fait rage. Les Allemands et les Français, qui sont soutenus par les Anglais, se déchirent sur une ligne de front de plus de 200 kilomètres. Dans l’hôpital de campagne situé en retrait du champ de bataille, la situation est préoccupante. Beaucoup de soldats blessés décèdent lors du trajet entre le front et l’hôpital, ou bien sous le scalpel des chirurgiens qui n’arrivent pas à trouver les balles à retirer. C’est une des femmes de science les plus illustres du XXe siècle, Marie Curie, qui va proposer une solution à cette situation cauchemardesque. En effet, elle a compris une chose essentielle. Pour limiter le nombre de morts, c’est l’hôpital qui doit venir aux blessés, pas l’inverse.Avec ce nouvel épisode de Chasseurs de Science, montez côté passager dans un véhicule hors du commun : une petite Curie. Vous aurez comme compagnes de voyage deux femmes tout aussi extraordinaires. Marie Curie et sa jeune fille, Irène, vont sillonner la France meurtrie par la guerre pour améliorer les soins prodigués aux soldats.À Paris, Marie Curie vient tout juste d’investir le nouveau bâtiment de l’Institut du Radium alors que la Première Guerre Mondiale est proclamée. Haute de ses deux prix Nobel, le premier obtenu en 1903 avec son mari Pierre et Henri Becquerel pour la découverte des radiations, et le deuxième obtenu cette fois-ci seule en 1911, pour ses travaux sur le radium et le polonium, elle souhaite tout de suite se mobiliser auprès des blessés. Selon elle, toute la ligne de soin est à repenser. On doit pouvoir vérifier l’état du blessé avant de le transporter à l’hôpital ou bien le soigner sur place si son état est trop préoccupant. Un examen médical, la radiographie, est essentiel à ses yeux. Grâce à elle, les médecins pourront voir les balles à travers les chairs sans opérer.Mais la radiologie n’en est qu’à ses débuts. Les rayons X ont été découverts il y a à peine 20 ans par Wilhelm Röntgen, un Allemand. Seule une centaine de médecins en France maîtrisent cette technique et tous les hôpitaux n’ont pas le matériel nécessaire pour la pratiquer. C’est bien dérisoire face au nombre de gueules cassées à soigner. Marie Curie soumet alors une idée à l’armée : des unités radiographiques mobiles capables d’aller au plus près des soldats blessés. Son projet se heurte d’abord à la réticence de l’institution, mais finit par être approuvé.Georges Massiot, un ingénieur à la tête d’une usine de fabrication d’équipement radiologique, conçoit une voiture laboratoire de radiologie. Il s’agit d’un véhicule Peugeot 10HP qui comporte tout le nécessaire pour prendre en charge les blessés comme un lit d’examen pliable ou encore une tente pour protéger des intempéries. À l’intérieur, il y a aussi un appareil de Röntgen, qui est alimenté par une dynamo couplée au moteur du véhicule, qui sert à réaliser des radiographies.Cette voiture, qui porte le numéro 1, est la première conçue à but radiographique pour l’armée. Dix-sept autres suivront, toutes validées par Madame Curie en personne et le docteur Béclère, le directeur du service radiologique des armées. Ces voitures d’un nouveau genre seront baptisées “Petites Curies” par les soldats.Peu après, Marie Curie est enfin prête à partir pour le front à bord d’une voiture radiologique. Sa première destination est le champ de la bataille de la Marne, en 1914. Après son arrivée, l’hôpital dans lequel elle officie enregistre un nombre de décès particulièrement faible. Là-bas, les soldats sont pris en charge aux abords du front et selon les résultats des radiographies réalisées dans le véhicule, il est décidé de les opérer sur place ou de les envoyer vers un hôpital mieux équipé. Celle qui avait la réputation d’être froide et dure se révèle particulièrement attentive auprès de ses patients. « Vous verrez c’est comme une photographie » les rassurent-elle.Sa deuxième fille, Eve, écrit des années plus tard dans une biographie consacrée à sa mère. « Elle a ce qui peut leur être doux : un joli timbre de voix, des mains légères, beaucoup de patience et un respect immense et religieux de la vie humaine ».En 1915, la fille aînée de Marie, Irène, souhaite aussi l’aider. âgée d’à peine 17 ans et un diplôme d’infirmière tout juste en poche, la jeune femme use de tous les arguments pour que sa mère accepte qu’elle parte avec elle dans une petite Curie. Elle finit par obtenir gain de cause.Sur le front, la jeune Irène peine tout d’abord à s’imposer auprès des médecins de guerre. Mais grâce aux radiographies réalisés dans le camion, elle parvient à identifier les éclats de shrapnel, les balles perdues et les fractures avec efficacité sans pareil. Son expertise permet de faciliter les opérations chirurgicales et elle gagne finalement le respect de ses collègues masculins.Cette année-là, Marie Curie et sa fille feront onze déplacements à travers toute la France, jusqu'à la frontière belge. En 1916, l’implication de Marie Curie est totale, elle passe son permis spécialement pour se mettre au volant d’une Petite Curie, et menait elle-même, en compagnie de sa fille, ses missions sur le front. Durant les dernières heures de la Grande Guerre, en 1918, ce sont plus de 50 voitures radiologiques qui sillonnent la France, vers les tranchées mais aussi dans les campagnes privées d’infrastructures médicales ; 155 postes semi-fixes sont aussi construits.De son côté, Marie Curie est revenue à Paris et continue de s’investir pour le développement de la radiologie. À l’institut du Radium, des infirmières, prises en charge par Irène, mais aussi des médecins ou des soldats, se succèdent pour être formés aux techniques de radiographie. Désormais, aucun médecin n’envisage de se passer d’une radio pour effectuer un diagnostic ou opérer un patient. À la fin de cette aventure, une nouvelle profession voit le jour : celle des manipulateurs en radiologie. Pendant six mois, 150 jeunes premières femmes sont formées aux mathématiques, à l’anatomie mais aussi aux bases théorique de l’électricité et du fonctionnement des rayons X. Dans son livre, La Radiologie et la Guerre, Marie Curie livre sa vision de cette nouvelle discipline : « Le manipulateur est l'aide qui fait fonctionner les appareils pour le médecin radiologiste ; c'est lui qui entretient l'appareillage en bon état, développe les plaques, manipule le porte-ampoule, répare les défauts de l'installation électrique. Son rôle est en principe, celui d'un ingénieur technicien ; quand il a été affecté à un poste mobile, il doit comme le médecin être particulièrement actif, habile et débrouillard. »Voilà comment Marie Curie et sa fille Irène, qui elle aussi obtiendra un prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité induite, ont favorisé l'essor de la radiologie moderne. Durant la première guerre mondiale, plus d’un million de clichés radiologiques ont été faits, dont un millier par Marie Curie elle-même. Et dire que tout avait commencé par de simples images aux rayons X de la main de l’épouse de Wilhelm Röntgen, en 1895.Merci d’avoir écouté cet épisode de Chasseurs de Science, si vous appréciez notre travail n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. En attendant la prochaine aventure avec Emma, réécoutez nos anciens épisodes sans modération ! À bientôt. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Nicolas Bourbaki a su révolutionner en profondeur les mathématiques du XXe siècle, en France et dans le monde entier. Ses onze volumes de mathématiques ont su proposer un regard neuf sur la discipline, accompagné d'une révision des fondamentaux et un travail colossal de clarification et de réorganisation. Pourtant, Nicolas Bourbaki n'a jamais existé.Derrière son nom se cache en réalité une société secrète de brillants mathématiciens, fondée en 1935. Leur objectif : exposer les mathématiques depuis leur début en réalisant un grand coup de ménage. L'héritage presque centenaire de Nicolas Bourbaki est aussi important aujourd'hui que l'histoire de ses origines est fascinante.Pour aller plus loin :La biographie de Nicolas BourbakiGrothendieck : l'Albert Einstein des mathématiques du XXe siécle est décédé Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
En 1826, un girafon arraché à sa mère va connaître un destin hors du commun. Offerte au roi de France Charles X par le pacha d’Egypte, Zarafa deviendra l’objet de tous les désires. Des centaines de milliers de Français se passionneront pour l’animal au long cou.Cet épisode de Chasseurs de Science vous propose de suivre Zarafa dans sa déambulation à travers la France. D’Alexandrie jusqu’à Paris en passant par Marseille, elle n’a laissé personne indifférent !Pour aller plus loin :Le cou de la girafe enfin expliqué par la génétiqueLa girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
Dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science, venez à la rencontre du célèbre chirurgien Robert Liston, « le scalpel le plus rapide de l’Ouest » mais aussi audacieux personnage à l'origine de la seule opération de l'Histoire avec un taux de mortalité de 300 %.Liston est une star du XIXe siècle. À une époque où l'anesthésie n'existe pas encore, sa capacité à pratiquer des opérations en à peine quelques dizaines de secondes en fait l’un des chirurgiens les plus prisés de Londres. Mais un jour, les choses prennent une tournure inattendue...Pour aller plus loin :Un robot pourrait-il remplacer un chirurgien ?Histoire : médecine, médecins et chirurgiens sous l'Ancien Régime Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.
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Comments (1)

Deb Mills

J'adore ce podcast mais le son est trop doux, il est donc difficile d'entendre marcher quand il y a du bruit de fond, merci

Apr 18th
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