En cette fin d'année, RFI vous invite au cirque, mais côté coulisses, dans l'un des spectacles français les plus célèbres au monde : le cirque Bouglione. Son directeur technique explique les difficultés pour faire voyager ce spectacle à travers le monde. RFI : Vous aimez dire que le transport pour le Cirque Bouglione, c'est d'abord transporter un village entier. Thierry Bouglione : Le Cirque Bouglione se déplace avec 250 personnes, qui font partie de chaque trajet. Nous voyageons tous ensemble, les circassiens qui jouent devant le public, les musiciens, les mécaniciens, les caissiers, les soigneurs d'animaux et, évidemment, tout le matériel. C'est-à-dire ? Cela comprend le chapiteau capable d'accueillir 3 000 personnes. La structure est à monter et c'est une véritable salle de grand spectacle. Il y a aussi les cages d'animaux, le matériel de scène, les lumières, les instruments de musique, les costumes, le maquillage. Et bien entendu, les camions pour héberger nos équipes. Quel est le pays le plus lointain dans lequel a joué le Cirque Bouglione ? Le Japon. Nous y sommes allés en avion cargo. Un énorme convoi aérien avec 20 tonnes de matériel. Il n'y avait aucun passager. Moi, j'étais avec les pilotes à l'avant de l'appareil, en cabine de pilotage. Le reste de l'avion contient des conteneurs ? Des caissons dans lesquels il y a les parties du chapiteau, le matériel général et les cages des animaux. Ce sont des cages que nous avons fait fabriquer spécialement pour les tigres et les panthères. Ils peuvent y faire leur besoin avec une partie aménagée. Avec parfois une surprise assez coquace à l'arrivée du voyage. Parfaitement. Qu'il s'agisse de trajets sur les routes dans nos camions ou dans les avions, nous avons eu plusieurs mises bas, des naissances de petits. Le mouvement produit un effet plus spectaculaire sur les femelles. Avec un stress particulier pour vos animaux sauvages ? Bien, pas spécialement. Puisque les camions les bercent et qu'ils s'endorment facilement. Mais nous avons constaté des pertes de poids en camion, liées aux muscles qui travaillent davantage et différemment. En réalité, les animaux sont moins désorientés en avion car, une fois en vitesse de croisière en l'air, l'avion ne bouge pas. Ce qui est différent d'un trajet en semi-remorque sur les routes. Et en avion, avec quelques désagréments que les humains subissent aussi. En avion, l'altitude leur bouche les oreilles. C'est pourquoi, entre le départ de Paris et l'arrivée à Osaka au Japon, j'allais régulièrement donner aux félins des bouts de viande pour les faire mastiquer et saliver. Comme nous, humains, nous devons mâcher ou boire pour nous déboucher les oreilles. Votre routine consiste à voyager en France et plutôt en Europe. Des destinations que vous rejoignez en camions. Mais des camions extraordinaires. Effectivement. Notre convoi à chaque déplacement est un convoi exceptionnel de 25 mètres de long. Quatre semi-remorques à la « queue leu leu » avec des remorques derrière. Ce genre de convoi est réglementaire et uniquement réservé aux forains et aux équipes de cirque. L'une de vos particularités étant des camions aménagés en hôtels roulants. Oui, nos camions aménagés pour l'hébergement contiennent le confort de camping-cars avec des chambres, des cuisines, les machines à laver, les salles de bains... La traversée en mer, cela vous est-il arrivé ? Oui, la traversée pour rejoindre la Sicile par exemple. Là encore, ce sont d'énormes caissons embarqués sur le navire. Une tâche colossale et un défi pour chaque voyage ? Nous aimons notre métier et ce fonctionnement. Chaque fois, nous déplaçons notre petite ville car à la différence des concerts, des opéras, des chanteurs ou des orchestres, nous assurons toute l'infrastructure et notre logement sur place. À lire aussiÀ Bagneux, la compagnie sénégalaise SenCirk initie les enfants aux arts du cirque
Elle habite en Europe, elle prend l'avion tout en le critiquant à cause de sa pollution ! Pourtant elle voyage aujourd'hui et elle voyagera encore plus demain. Elle, qui est-elle ? La Génération Z qui n'est pas à un paradoxe près ! Ces jeunes de 15 à 24 ans préfèrent l'expérience à la possession. Fini le rêve d'avoir une voiture à soi, les jeunes d'aujourd'hui représentent 30% de la population mondiale et se déplacent souvent en avion. C'est pour comprendre la jeunesse que la Chaire Pégase, la seule chaire française du transport aérien, a questionné les jeunes dans un rapport juste publié.
L'automobile européenne est-elle vraiment si menacée ? De retour de Chine, le président français Emmanuel Macron a souligné l'ampleur d'un désastre annoncé. Pour la première fois de son histoire, l'Europe importe plus de voitures de Chine qu'elle n'en exporte ! Paris regrette l'attitude chinoise qui subventionne ses constructeurs et menace Pékin de barrières douanières. Mais en Europe, certains experts voient là une opportunité pour transformer les concurrents en partenaires. À lire aussiAutomobile: la stratégie chinoise qui bouleverse le marché mondial du thermique Comment la Chine rebat les cartes du marché mondial de l'automobile
Elle ne mesure que 200 kilomètres, et pourtant, elle bouleverse le commerce mondial. Une nouvelle ligne ferroviaire est annoncée entre l'Iran et la Turquie. Les rails aux abords du lac de Van, dans l'est iranien, traverseront la frontière avec la Turquie. Les deux pays ont signé le projet la semaine dernière, le 30 novembre à Téhéran, la capitale de l'Iran. Avec ce nouveau tronçon qui ouvrira dans quatre ans, deux régions du monde pourront se rejoindre sans interruption : l'Asie et l'Europe. Les chemins de fer en Iran sont lents, les rails vieillis, mais le train reste tout de même le moyen le plus simple et le moins cher pour transporter les marchandises. C'est justement en vue d'élargir son économie que cette nouvelle ligne de 200 kilomètres Marand-Cheshmeh Soraya, entre l'Iran et la Turquie, va s'ouvrir. L'Iran et la Turquie possèdent de nombreuses lignes de train. Le projet de traverser la frontière iranienne depuis la ville de Marand est un projet ancien. Depuis dix ans, le poids de l'embargo international visant Téhéran en raison de son projet de développement nucléaire empêche le pays de bénéficier d'investissements en infrastructures. L'accord signé à Téhéran le 30 novembre marquera le trait d'union entre Occident et Asie. Après une poignée de main, les ministres du Commerce et des Affaires étrangères turcs et iraniens se sont félicités de devenir des acteurs du transport mondial. Une stratégie de long terme Grâce à cette nouvelle voie ferrée, la route sera directe et ininterrompue entre la Chine et l'Europe. Les Chinois ont d'ailleurs inscrit l'Iran et la Turquie dans leur mega-projet de connexions internationales « nouvelles routes de la soie »/« ceintures de la Soie ». Les trains pourront rouler sur ce nouveau passage avec 27 voitures cargo chargées de marchandises de transit. Le projet prévoit d'accroître le volume de transport. Une première étape prévoit 1 500 tonnes par mois. Si la circulation s'avère efficace, la capacité pourrait passer à 20 000 tonnes mensuelles. Le continent européen et la Chine sont deux immenses bassins de consommateurs. Ce nouvel axe ferré entre Marand (Iran) et Cheshmeh Soraya (Turquie) sera donc dédié au transport de marchandises. Aucun des deux pays n'a évoqué la possibilité d'en faire une ligne touristique pour passagers. À lire aussiNouvelles routes de la soie, 10 ans après Le rail entre lac et montagnes Ce n'est pas facile d'installer des rails dans cette région montagneuse irano-turque, entre lac et montagnes. La présence du lac de Van, à l'est de la Turquie, avec ses 120 kilomètres de long, a toujours empêché la fluidité du transport ferroviaire. Jusqu'ici, les trains étaient obligés de s'arrêter aux bords du lac. Ensuite, ils déchargeaient leurs cargaisons sur des bateaux pour pouvoir atteindre l'autre rive et continuer le chemin. Le lac de Van est le plus vaste du pays. La nouvelle ligne de train entre Marand-Cheshmeh Soraya contournera cet obstacle. Cependant, Emile Bouvier, chercheur et auteur pour la revue Les Clés du Moyen-Orient, qui emprunte régulièrement les trains turcs et iraniens, reconnaît que construire des voies ferrées dans cette région n'est pas si facile : « Effectivement, ce projet offrira un itinéraire ininterrompu entre la Chine et l'Europe. Mais j'insiste sur le fait que ce n'est pas un projet facile à mettre en place. Je connais cette région à la frontière irano-turque, elle est traversée par des chaînes montagneuses. Il n'y est pas aisé d'installer des infrastructures. L'avantage de cette ligne de 200 kilomètres est de compléter des passages déjà équipés en réseau ferré et maritime. Ainsi, il donnera à la Chine l'accès à la mer Noire et à la mer Méditerranée. » Les travaux de la ligne Marand-Cheshmeh Soraya s'étaleront jusqu'en 2029. Le coût estimé est de 1,6 milliard de dollars. Le rôle de la guerre en Ukraine Depuis 2014 avec le début de l'invasion russe de l'Ukraine, la géopolitique a évolué en pénalisant la Russie. Les sanctions pétrolières décidées il y a trois ans après l'offensive massive de Moscou sur le territoire ukrainien ont bloqué les échanges commerciaux entre la Russie et les pays européens. Par conséquent, privée des routes russes, la Chine a dû s'adapter. Cette nouvelle liaison entre l'Iran et la Turquie apparaît comme un ancrage supplémentaire de la Chine au Moyen-Orient et en Europe. Certains experts comme Nicolas Monceau, spécialiste de l'Iran à l'Institut français de recherches internationales (IFRI), y voient un message envoyé au reste du monde. « L'ouverture de ce tronçon a une forte puissance symbolique. L'Iran et la Turquie s'adressent ainsi au reste du monde. Ils entendent faire partie intégrante du projet des routes ou nouvelles ceintures de la soie, lancé en 2013 par les autorités chinoises. Les lignes ferroviaires commerciales russes étant fermées, la Chine a dû se tourner vers les pays d'Asie centrale et du Moyen-Orient pour assurer ses liaisons vers l'Europe. L'Iran et la Turquie profitent de leur position centrale dans la géographie mondiale. L'Iran et la Turquie ont l'ambition de devenir des plateformes du transport international. Après les marchandises et le commerce, je parie sur une expansion plus marquée du tourisme d'affaires et de loisirs. Cette étape au Moyen-Orient constitue une réelle opportunité entre deux grandes parties du monde », développe Nicolas Monceau. Cette nouvelle liaison entre l'Iran et la Turquie aura d'autant plus de valeur qu'un autre pays, le Pakistan, s'y ajoute. L'annonce est officielle. Le Pakistan s'intéresse aux deux pays via une autre route, plus large et plus centrale : l'ancienne ligne de marchandises ITI (Istanbul-Téhéran-Islamabad). La réouverture de la ligne ITI rouvrira dans 25 jours, soit pour le 1ᵉʳ janvier 2026.
Planter une fourchette en plastique dans la main de son voisin, hurler, gifler une hôtesse l’air… Des incidents qui se produisent de plus en plus souvent en avion. L'agence européenne de sécurité aérienne estime la hausse des incivilités à 37% en 2025. Qu'il s'agisse de refus d'obéir aux consignes ou de comportements violents, cette hausse des incidents concerne toutes les compagnies du monde. En langage d'hôtesses de l'air et de stewards, ils sont appelés les « paxi », terme qui désigne les passagers indisciplinés. L'Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) enregistre jusqu'à 500 cas graves chaque année. La plupart des incidents ont lieu au moment de l'entrée dans l'avion. Certains passagers refusent par exemple de se séparer de leur bagage. Et phénomène nouveau : le refus, malgré les consignes, d'éteindre leurs appareils électroniques. Selon l'EASA, 25% des passagers disent avoir assisté à un échange musclé entre le personnel de bord et des « paxi ». Aucunement surpris par cette hausse des incidents, Alain-Marie Maillat, expert formateur aérien, parle d'une « éducation des passagers » à inventer. Il plaide notamment pour des messages sur l'alcool, et pour cause : l'éthanol se retrouve beaucoup plus vite dans le sang lorsqu'il est bu altitude. « Pour moi, les passagers qui boivent de l'alcool avant leur voyage ou dans l'avion sont des passagers qui font courir des risques à l'équipage, mais aussi au reste des voyageurs du vol. On a vu des avions obligés de se poser pour faire descendre des personnes trop turbulentes et trop agressives. En fait, chacun devrait être averti avant même de prendre un avion. On n'arrêtera pas cette hausse des incivilités sans éducation. Tout est à faire ! Je verrais très bien des petits textes de trois ou quatre lignes sur les cartes d'embarquement signalant les peines encourues, les amendes et même la prison ! Ensuite, le commandant de bord devrait dire, dans son message de bienvenue, un mot sur les violences vis-à-vis des personnels de bord ou des autres passagers », explique Alain-Marie Maillat. Équipage formé par la police du RAID La police du RAID (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion) n'est pas étrangère à l'école des hôtesses de l'air. En France, les policiers du RAID donnent des cours de gestion de crise aux hôtesses et stewards dès leur première année de formation. « Les policiers nous apprennent les gestes d'autodéfense. Pour la gestion des conflits, en cas d'agression verbale, nous devons immédiatement aller chercher notre responsable, le chef de bord. Si cela ne suffit pas à calmer l'individu, le commandant de bord prend le relais. J'entends beaucoup dire que l'alcool est responsable des violences à bord. Mais pour moi, l'alcool n'explique pas tout ! Il n'y a pas longtemps, un passager refusait de respecter les consignes de sécurité, il m'a dit : "Vous me faites chier !" Les gens se permettent de plus en plus de choses sans conscience de la portée de leurs paroles ou de leurs attitudes », explique Emeline Leroy, hôtesse de la compagnie Transavia France. L'effet réseaux sociaux RFI a interrogé plusieurs stewards et hôtesses de l'air. Tous ont l'impression que les images vidéos montrant des bagarres ou des gens ivres ou toutes sortes d'autres incidents encouragent certaines personnes à se filmer, elles aussi, lors de leurs voyages en se mettant dans ces mêmes situations d'affrontement verbal ou gestuel. Défier le personnel de bord est devenu une sorte de jeu malsain. La France fait partie des pays qui ont décidé de muscler leur arsenal judiciaire. Désormais, sur toute compagnie licenciée en France, l'amende en cas de gestes ou de propos violent peut atteindre 10 000 euros, doublée à 20 000 euros en cas de récidive. L'Union européenne possède également un fichier des passagers à risque ou indésirables. Les passagers condamnés à de lourdes amendes seront inscrits dans ce fichier. Dans les cas de violences extrêmes, la peine de prison est prévue. Elle peut être accompagnée d'une interdiction de monter à bord d'une compagnie française pendant quatre ans.
La plupart des passagers d'avion l'ignorent, mais sous leur siège, voyagent des animaux vivants, des tonnes de fleurs, d'appareils médicaux ou de produits frais. Dans son dernier livre, le pilote de ligne François Suchel s'est intéressé aux produits transportés dans le monde entier. L'ouvrage intitulé : Même les poissons volent, édité aux éditions Paulsen, rassemble des histoires vécues.
Des tankers devenus porte-drones ! Depuis un mois, les Européens sont tour à tour touchés par des vols de drones militaires au-dessus de leur territoire. Par mesure de sécurité, plusieurs aéroports, notamment en Allemagne, en Suède ou en Belgique, ont dû retarder ou annuler des vols. Les enquêtes révèlent que ces drones décollent en pleine mer sur des navires de marchandises appelés navires fantômes. Commandés par la Russie, ils transportent du pétrole acheté à prix coûtant en détournant les plafonds de prix fixés par l'Union européenne. Une sanction commerciale imposée en 2022 à cause des attaques en Ukraine. Des bateaux invisibles pour un transport adapté à déjouer les règles. À lire aussiComment un petit assureur néo-zélandais a aidé la flotte fantôme russe
Les robots taxis arrivent en Europe, et Londres sera la première capitale à s'équiper de véhicules sans chauffeurs. Si l'Europe a jusqu'ici refusé le marché des voitures autonomes, c'est en grande partie due à la peur des citoyens. Contrairement aux usagers américains et chinois, les Européens sont des conducteurs attachés au contrôle manuel de leurs trajets. Mais ils pourraient changer d'avis, puisqu'un rapport français montre qu'en matière de sécurité routière, les voitures sans chauffeurs font baisser le nombre d'accidents. Guillaume Moukala Same, auteur de l'étude au cabinet Asteres à Paris, parle de 580 millions d'euros de soins économisés par année en France. RFI : Cette étude est intéressante, parce qu'on dépasse le débat conducteur humain-conducteur machine ? Guillaume Moukala Same : Oui. Nous voulions aborder le problème pour sensibiliser le public européen avec un visage méconnu du robot-taxi et des véhicules autonomes – camions, voitures, navettes… – qui circulent déjà aux États-Unis ou en Chine de façon régulière. La sécurité routière est, en cela, très intéressante. Votre étude s'appuie sur des milliers de données enregistrées aux États-Unis, où les véhicules de différentes marques, dont celle de la filiale de Google, les voitures Waymo, circulent depuis 2019. Parfaitement. Ce sont plus de 90 millions de kilomètres parcourus. Pour la première fois, avec l'expérience des véhicules sans chauffeurs, on arrive à pouvoir comparer les deux conduites, celle avec le contrôle humain et celle du contrôle robot. L'intérêt de cette étude est de montrer que les accidents routiers sont provoqués par des erreurs ou des comportements humains ? Oui. Pensez à l'alcool au volant, ou bien au portable ou à la fatigue d'un conducteur humain. Nous avons reporté les taux d'accidentologie à la France. De ce fait, ce seraient des milliers d'accidents évités : en moyenne, 2 000 vies sauvées pour une économie de soins – pour la Sécurité sociale – de 580 millions d'euros par an. Comment la sûreté technologique fonctionne-t-elle ? Il existe deux technologies. La première par observation satellite et outils embarqués – la technologie de Baidou en Chine ou de Waymo aux États-Unis. Cette stratégie repose sur des capteurs, des caméras embarquées, des lidars. Autant d'outils qui cartographient l'environnement de la ville et des obstacles en temps réel. L'autre technologie est celle de Tesla, l'entreprise d'Elon Musk. Elle mise sur une technologie moins coûteuse, basée sur les données d'intelligence artificielle. Elle est encore à développer, mais c'est le pari de ce géant technologique pour les années à venir. En France, des maires de petites villes ou de villages reculés, sans trains ni bus réguliers, commencent à parler de l'intérêt pour de petites navettes de 10 à 15 passagers pour relier les zones rurales aux grandes villes. Y croyez-vous ? C'est une option, mais il existe cinq niveaux de véhicules autonomes, le niveau 5 étant le maximum d'autonomie. En France, où peu de tests ont été effectués, il y a pour le moment la possibilité de faire circuler uniquement, et en zone très restreinte, des voitures de niveau 3. Cela va donc demander encore du temps et cela dépendra des régions et de leur géographie.
Mettez deux tours Eiffel l’une sur l’autre et vous arrivez à peu près à la hauteur de ce nouveau pont suspendu entre deux montagnes. La Chine vient de battre son propre record du monde de ponts. Construit en suspension, ce géant d’acier vert fluorescent permet de joindre les deux rives du grand canyon de la province du Guizhou dans le sud du pays. Un bijou de modernité qui fait de cette autoroute du ciel, un avantage politique. De deux heures de trajet, on passe à deux minutes. Le pont de la province de la province de Guizhou, construit en un temps record de trois ans, est bien en avance sur les prévisions. Une performance qui a son prix. On sait que les conditions de travail des ouvriers en Chine ne sont pas aussi saines et sécurisées que dans d'autres parties du monde. Malgré les critiques, tous les experts reconnaissent l'excellence chinoise. En trente ans, le pays est devenu le champion planétaire de routes suspendues. De 3 000 ponts au début des années 80, la Chine en compte aujourd'hui près de 32 000, dont certains sont en cours de construction. 260 millions d'euros Sur les dix plus hauts ponts du monde, huit se trouvent en Chine. Des records planétaires à haute valeur ajoutée. C'est l'avis de Mary-Françoise Renard, responsable de l'Idrec, l'Institut français de recherche sur l'économie de la Chine, qui y voit une forme de fierté et un message envoyé au monde entier : « Je vois deux motifs de fierté. L'une nationale et l'autre mondiale. Pour moi, les Chinois sont fiers d'avoir dépassé au niveau technologique d'infrastructures (ponts, routes, rails...) les États-Unis. D'autre part, les habitants y voient aussi un avantage de vie considérable au quotidien. Dans leur immense pays, les habitants se déplacent beaucoup lors des fêtes et des vacances. Quand les familles habitent les villages reculés de montagne, comme c'est le cas pour ce pont du Huajiang dans la province du Guizhou, ces nouvelles autoroutes leur font gagner du temps et de la sécurité sur les trajets. » Trois kilomètres d'autoroute entre les deux rives, avec ce pont d'acier et de béton. Une construction rapide grâce aux nouvelles technologies : satellites, caméras, drones, nouvelles imageries informatiques... Ce nouveau pont chinois a des pylônes, et son armature est connectée à distance sur ordinateur. Une maîtrise de la matière première et des technologies Ingénieure française, spécialiste des matériaux industriels, Sandrine Mansoutre a fondé la société Ecotoolbox. Suspendre une autoroute de quatre voies entre deux montagnes et une prouesse technique. Il faut pouvoir poser et faire tenir l'ouvrage, ce n'est pas facile. « L'avancée chinoise se situe dans la maîtrise de la construction ; de la matière première, telle que le béton ou l'acier, jusqu'aux outils technologiques comme les satellites, drones, logiciels d'ordinateurs. La Chine est capable d'extraire les minerais et terres rares et de construire vite. Et ceci, car elle a tout sur place : les ingénieurs et les milliers d'ouvriers. Pékin agrège tous les maillons de la chaîne de fabrication de ses ponts. Cependant, je pense que l'essentiel est de construire avec les derniers matériaux moins polluants et de faire plus avec moins, en total respect de la nature et des hommes », explique Sandrine Mansoutre. Un pont simulé sur ordinateur grâce à la technique du « jumeau numérique » Très coûteuse, mais très efficace, la technique du jumeau numérique est aujourd'hui reconnue dans le domaine du transport et des infrastructures. Les constructeurs indiquent à l'imagerie de leur logiciel informatique tous les aléas de la région de construction : météo, température, taux de sel, d'humidité, obstacles... Il en sort une image du futur pont, qui bouge à l'écran en temps réel, en fonction de tous ces critères. Cela évite d'avoir à détruire ou déplacer des ponts, car cela arrive souvent, bâtis au mauvais endroit ou abîmés, en raison d'imprévus. Une destination de vacances La Chine optimise les transports en faisant des ponts une curiosité touristique. Ce pont suspendu en est la preuve. Des boutiques, des hôtels sont prévus dans la région. Mais déjà, à son sommet, un ascenseur panoramique et un café restaurant pour des collations avec vue plongeante sur le fleuve. À lire aussiXi Jinping inaugure le plus long pont du monde entre Hong Kong et Macao
Record maritime battu ! Mi-octobre, le navire chinois Istanbul Bridge est arrivé en Europe en 20 jours ! Un record mondial puisque cette route polaire au large de la Russie se fait d'habitude en 50 jours. La prouesse de ce bateau de marchandises est soulignée, mais la plupart des experts européens y voient un coup de chance dû à la météo. ÉclairageQu'est-ce que l'« Arctic Express », le nouveau pari commercial de Pékin ?
C'est une première pour l'aviation ivoirienne et un grand pas vers l'Europe : Air Côte d'Ivoire ouvre ses premiers vols hors d'Afrique. Avec sept vols directs Abidjan/Paris par semaine, la compagnie nationale ivoirienne veut séduire l'Europe et le reste du monde. L'ambition est affichée, faire de la Côte d'Ivoire la plateforme aérienne d'Afrique de l'Ouest. Une tour Eiffel toute verte à côté d'une hôtesse de l'air ! Pour fêter ces vols directs Abidjan/Paris, Air Côte d'Ivoire a transformé son site internet. Tous les experts aériens l'affirment, cette nouveauté va bousculer le marché de l'aviation africaine. À lire aussiAir Côte d’Ivoire a opéré son premier vol long-courrier Abidjan-Paris et vise l’international À lire aussiComment le secteur aérien africain tente encore de trouver son modèle
Les voitures Land Rover et plusieurs grands aéroports européens... Cet été, des pirates informatiques ont encore paralysé des secteurs clés du transport mondial. S'ils ne sont pas nouveaux, ces piratages du transport sont en hausse cette année de 5%. La crainte des autorités est réelle puisqu'en Angleterre, le gouvernement a dû consacrer une enveloppe pour rembourser les collaborateurs de Land Rover. Mais la nouveauté la plus inquiétante des sabotages est qu'ils sont de plus en plus intelligents et stratégiques. À lire aussiUne cyberattaque perturbe le fonctionnement des aéroports de Bruxelles, Londres et Berlin
Savez-vous quels sont les animaux sauvages ou protégés les plus transportés ? Réponse : les coquillages et les coraux. Or, ce ne sont pas les seules espèces que les douaniers trouvent chaque année. En 2024, ce trafic illégal était en hausse de 4%. Porteurs de maladies et virus, les cadavres de rongeurs ou de gros mammifères sauvages restent interdits de transport, ou strictement contrôlés. Un groupe de sénateurs français vient de publier un rapport riche de nouveautés africaines, comme le trafic de viande de brousse.
Lundi 15 septembre, le groupe Alphabet qui détient Google, a dépassé les 3 000 milliards de valorisations en Bourse. Une performance mondiale due notamment à ses succès dans le transport autonome. Voitures, taxis sans chauffeurs circulent déjà dans les grandes villes du monde. Mais si le marché prospère en Asie et en Amérique du Nord, l'Europe reste à la marge. Pourtant, des idées arrivent pour s'adapter aux Européens. Deux gros points sur le globe : les USA et l’Asie, notamment la Chine, championne du marché avec son géant technologique, Baidu. Ce groupe a fait des villes du centre de la Chine les laboratoires du véhicule autonome. Des camions sans chauffeurs opèrent également dans tous les grands ports : Shanghaï, Shenzhen… Aux États-Unis, Google avec sa marque de taxis Waymo sans pédales ni chauffeurs réalise le plus de trajets, environ 250 000 par semaine, majoritairement en Californie. Les concurrents arrivent ! L’entreprise Tesla du milliardaire Elon Musk promet, dès la fin de l’année, d’agrandir sa flotte de robotaxis, tout comme le transporteur Uber. L’Europe mise sur le transport collectif autonome Et l’Europe alors ? Pour le chercheur Félix Carreyre, membre du Vedecom, institut spécialisé, les conducteurs européens n’auront jamais la culture du véhicule privé autonome. L’avenir de l’autonomie est au collectif, des villes moyennes comme la Rochelle testent des navettes de moins de vingt passagers : En Europe, nous n’avons pas le même rapport aux voitures autonomes qu’aux États-Unis ou en Asie. Si les Européens ne sont pas encore passés à l’autonomie des voitures personnelles, ils sont plus ouverts à des transports en commun autonomes. C’est déjà le cas dans certaines villes qui testent des navettes sur des trajets bien précis à 8 ou 12 places. En Europe, le véhicule autonome a sa place pour des lignes dans les petites villes, voire dans les villages. Partout où les bus ne seraient pas rentables, par manque d’usagers pas assez nombreux pour des trajets réguliers et quotidiens. À lire aussiRobotaxis: une réalité aux États-Unis et en Chine, bientôt en Europe? Qu’ils soient individuels ou collectifs, ces véhicules utilisent de l’autonomie embarquée (capteurs, caméras…) donc énormément de données énergivores. Pour que cette grande quantité d’énergie aide à lutter contre le réchauffement de l’atmosphère, il faut miser sur le renouvelable (énergie solaire, éolienne…) Le Maroc, porte-drapeau de l’Afrique En Afrique, l’énergie solaire et ses promesses de batteries écologiques peuvent faire espérer un avenir pour des véhicules autonomes collectifs qui feraient chuter les niveaux de pollution. Il s’agirait de navettes ou de bus pour des trajets collectifs. Le Kenya, l’Afrique du Sud ont commencé les projets. Mais sur le continent, c’est surtout le Maroc qui y croit. Le royaume annonce son ambition d’être le pays pionnier du transport autonome en Afrique. À lire aussiPionnier du TGV en Afrique, le Maroc veut participer à l'extension de la grande vitesse sur le continent
Saviez-vous que c'est en Asie qu'il y a le plus de compagnies low cost, ces compagnies d'avions à bas prix ? Ou encore que Singapour est un port de marchandises presque entièrement robotisé ? Voici ce que l'on apprend dans le nouveau livre de Sophie Boisseau du Rocher. Spécialiste de l'Asie, elle publie : L'Asie-Pacifique, nouveau centre du monde, aux éditions Odile Jacob. (Rediffusion de l'émission du 15/02/2025) RFI : Vous sillonnez l’Asie depuis plus de trente ans. Les transports, dites-vous, en Asie du Sud-Est sont à la pointe de la modernité ? Sophie Boisseau du Rocher : Oui, ce qui frappe lorsque vous débarquez dans un aéroport de Taïwan, de Thaïlande, de Singapour, de Malaisie, c’est leur rapidité et leur efficacité. Par exemple, à l’arrivée, pour rejoindre la capitale ou les villes importantes de province, il y a des navettes rapides ou des trains. Et selon vous, ces facilités sont liées à une avance technologique de ces pays au sein même de l’aéroport... Parfaitement ! Pour les flux de passagers, tout va très vite. Les passeports sont biométriques, il y a des bornes pour accélérer les passages des bagages et les vérifications d’identité. Vous nous apprenez des mots nouveaux. Par exemple, au sujet des Routes de la soie chinoises, vous parlez des Routes asiatiques de la tech. Et il n’y a pas que la Chine, loin de là. Il faut sortir de ce préjugé de ne voir le secteur du transport que par le prisme de la Chine. En Asie du Sud-Est, la concurrence entre les pays est un élément important de compréhension de cette région du monde. Dans quel domaine ? Les conteneurs par exemple. Les trois premiers fabricants de conteneurs du monde sont asiatiques - chinois, japonais et sud-coréens. Vous êtes témoin de l’énorme développement du secteur maritime et du transport de marchandises par la mer ? L’Asie Pacifique est au cœur de la nouvelle géopolitique mondiale. 60% des bateaux transporteurs de marchandises du monde passent par l’Asie du Sud-Est. Avec un rôle important du port de Singapour ? Oui, aller à Singapour et voir le niveau de technologie du port est, pour des Européens, incroyable ! Pratiquement toutes les étapes sont robotisées - les grues, les transits pour relier les voies ferrées ou les routes pour continuer l’acheminement intérieur par camions ou trains. L’une des autres spécificités est l’aérien, avec la multiplication des compagnies low cost, les compagnies à bas prix. Là encore, c'est une incroyable réussite, que ce soit en Indonésie, en Thaïlande, en Chine, aux Philippines, en Malaisie. En Malaisie, Air Asia propose des vols locaux, provinciaux qui permettent de relier les villes secondaires entre elles. Et ça fonctionne bien ? Parfaitement bien. Ce qui est intéressant, c'est de voir que ces compagnies sont très utilisées par les populations régionales qui n’ont pas les moyens de s’acheter des billets sur les compagnies nationales aériennes de leur pays ou sur les compagnies étrangères. En définitive, votre livre est un grand souffle d’espoir pour l’avenir de l’Asie du Sud-Est et de ses transports. Oui, ils ne sont pas du tout inquiets pour leur avenir ! Il faut veiller à ce que ce développement technologique et ces différentes solutions de transports fassent progresser le niveau de vie des habitants. À lire aussiNouvelles routes de la soie, 10 ans après
Sans eux, adieu téléphones portables ou connexion internet ! Il ne s'agit pas des satellites, mais des câbles sous-marins. 90% des informations virtuelles passent aujourd'hui par ces longues gaines d'aluminium sous les mers, une richesse technique devenue gage d'autonomie pour les grandes puissances. Entretien avec Didier Dillard, le dirigeant d'Orange Marine, l'une des plus grandes flottes de navires câbliers du monde. À lire aussiLes câbles sous-marins, enjeux stratégiques pour les États et les entreprises
Cet été, RFI vous propose de réécouter les aventures des journalistes de RFI. Reporters internationaux, ils ont emprunté toutes sortes de transports sur tous les continents du monde. Pour cette série, ils racontent un événement marquant, une rencontre, un souvenir. Train, camion, avion et même sous-marin tout est permis. Dans cet épisode, la cheffe du Service chinois à RFI Sophie Guo nous dit que le métro de Paris est « juste cool ». À lire aussiL'incroyable taxi de Stefanie Schüler
Les grandes voix de RFI et leurs aventures dans les transports ! Journalistes, rédacteurs en chef ou animateurs, ils partagent un événement, un rituel, une rencontre, une passion en France ou au bout du monde. Train, camion, voiture, avion ou sous-marin, leurs histoires nous mènent sur tous les continents. Ce sera la région des Caraïbes pour Stefanie Schüler. En 2021, notre grande reporter avait pris la route pour couvrir le tremblement de terre en Haïti. Souvenirs, souvenirs au micro de Marina Mielczarek. (Première diffusion le 2 juillet 2022)
Au Sahel, les routes sont appelées les routes de la peur. L'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques, publie un rapport qui confirme les données de l'Index du terrorisme : circuler sur les routes et les trains du Sahel devient presque impossible. Les groupes jihadistes d'Al-Qaïda ou de l'État islamique étendent leurs attaques aux abords des frontières et des grandes routes. Selon le rapport, 70 % des décès en Afrique de l'Ouest et en Afrique du Nord se produisent aujourd'hui à moins d'un kilomètre d'une route. Cette année, de nouveaux pays sont ciblés. En 2025, les attaques dans les transports du Sahel ne cessent d'augmenter et de nouveaux pays sont désormais ciblés. L'OCDE souligne que le Cameroun est dorénavant concerné par les enlèvements, les tueries et les pillages. Les routes de l’ouest du pays, près de la frontière avec le Nigeria, sont les plus touchées. Autre nouveauté, la violence concerne de plus en plus les grandes routes, les autoroutes et les voies ferrées. Aussi, la vitesse des attaques ne cesse de surprendre. Les rebelles anti-gouvernementaux ou les jihadistes du Sahel échappent aux poursuites des policiers et des militaires grâce à de petites motos. Corollaire de l'insécurité grandissante, l'isolement des populations augmente. Plus elles redoutent de se déplacer, plus elles s'isolent et cessent de contribuer aux échanges économiques. Les assassinats, les vols de marchandises ruinent le pays en attaquant le cœur de l'économie et la richesse d'un pays : ses habitants et son commerce. Les jeunes migrants, garçons et filles, sont les plus exposés sur les routes. Au Sahel central, le nombre de réfugiés sur les routes déplacent désormais le nombre de personnes locales. « Les jeunes garçons et les jeunes filles comptent parmi les plus vulnérables dans les populations migrantes. Les terroristes leur font croire qu'ils vont gagner de l'argent et de quoi donner à leur famille. Or, au lieu de cela, ils les exploitent. Les jeunes garçons sont utilisés dans les mines du trafic d'or et voient dans les routes du Sahel de quoi pouvoir migrer vers l'Afrique du Nord. Les jeunes filles, quant à elles, sont enlevées sur les routes du Sahel pour être soumises à l'esclavage sexuel. Cette mobilité sur des routes insécurisées en proie aux attaques des terroristes les rend extrêmement vulnérables », détaille Nelly Robins, géographe, chercheuse au Centre français des populations et développement et à l'Institut de recherche sur le développement. Parmi les solutions suggérées par l'OCDE, on trouve l’appel aux gouvernements du Mali, du Niger, du Nigeria. La région du lac Tchad est aussi mentionnée. Pour maintenir la sécurité des routes et des chemins de fer, il est nécessaire de les maintenir en bon état. Le manque d'éclairage est l'un des problèmes qui accentue les attaques. En donnant aux policiers et aux soldats des motos ou des voitures plus légères que leurs blindés, les autorités pourraient améliorer la sécurité. Si les forces des pays du Sahel n’agissent pas, ces vols et enlèvements s’étendront aux routes des pays voisins d'Afrique de l'Ouest. D’ailleurs, les rapports citent déjà la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Ghana et le Togo comme futurs pays cibles. À lire aussiSénégal: les attaques au Mali se rapprochent de la frontière et la colère des transporteurs monte
Grèce, Espagne, Italie, France... L'Europe, mais également l'Amérique et les autres continents, sont touchés par de graves incendies. Cette année, ces feux accentués par les canicules arrivent tôt en ce début d'été. Or, l'Europe manque d'avions anti-incendies. Les commandes de transporteurs d'eau sont toujours en cours. Au Canada, l'ancien constructeur Canadair avait fermé ses usines. Son nouveau propriétaire vient de relancer les contrats. Mais le retard est là et il inquiète les pompiers européens. En attendant une vraie politique d'avions européens, ils ont recours à la débrouille. Les Australiens ont eu l'idée d'utiliser leurs petits avions agricoles. Ils remplacent l'engrais dans les réservoirs par 3 000 litres d'eau. L'an dernier, les pompiers français ont loué ces petits avions agricoles à l'Australie pour s'assurer d'avoir suffisamment d'appareils. Les nouveaux avions se font attendre Grégory Allione, président de la Fédération française des Sapeurs-pompiers, peut en parler puisque c'est lui qui a mené ce partenariat France-Australie : « Notre collaboration fonctionne, car la stratégie française de frapper le plus tôt et le plus massivement possible avec avions, camions et pompiers inspirent les pays à l'étranger. Malheureusement en Europe, le parc des avions Canadair et de bombardiers d'eau a vieilli. Il nous manque des appareils. L'Italie (16 avions) et la France (23 avions) ont une flotte très souvent en maintenance. La France a passé commande en 2022 pour de nouveaux appareils, mais la commande – pour raison budgétaire – a été réduite et les premiers exemplaires n'arriveront pas avant 2028. » « Au vu des prévisions, les canicules et les incendies qui y sont liés toucheront tous les continents du monde. L'Europe ne peut pas attendre. Les pays sur les autres continents risquent dorénavant de préférer construire en priorité leurs avions et réserver leurs appareils au lieu de les prêter. Il faut une volonté politique et une implication entre les pompiers et les citoyens européens pour lutter le plus efficacement contre ses incendies », poursuit-il. Le recours aux avions de l'armée En Europe, en l'attente des nouveaux appareils commandés au Canada, l'autre moyen d'avoir des avions disponibles est d'aménager les avions de l'armée. Il y a deux avantages avec les gros porteurs militaires A400M. Le premier : pouvoir prendre 10 000 litres d'eau ou de ralentissant de feu en une seule cargaison. Un Canadair standard en prend la moitié. Et deuxième atout : les appareils militaires peuvent voler de nuit, contrairement aux Canadairs qui n'ont pas de champ visuel suffisant. Donc aujourd'hui, et parce que la science prévoit de plus en plus de feux chez les principaux constructeurs, l'Europe a intérêt à construire très vite ses propres avions et engins transporteurs d'eau. C'est en cours, puisque l'avionneur européen Airbus travaille depuis deux ans avec de plus petites entreprises, des start-up en France, en Italie, en Allemagne, capables d'inventer des drones et des avions plus légers, plus rapides contre les incendies. À lire aussiIncendies en France: «Une culture du risque doit émerger dans les nouveaux territoires du feu»