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La Poudre
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La Poudre

Author: Nouvelles Écoutes

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Description

Lauren Bastide reçoit dans une chambre d’hôtel une femme inspirante, artiste, activiste, politique pour une conversation intime et profonde sur son enfance, sa carrière et ses combats.

Comment les femmes qui font le 21ème siècle ont-elles été façonnées par l’éducation qu’elles ont reçue, les invectives de la société, leur rapport à leur corps ?

Un nouvel épisode, un jeudi sur deux.


La Poudre was created by journalist, feminist activist and co-founder of Nouvelles Écoutes Lauren Bastide in order to offer women a safe space to express themselves.

La Poudre is a one-hour long intimate, in-depth conversation with an inspirational woman. Artists and activists join Lauren on her podcast to talk about their path, career and experience with being a woman in our world.

Some episodes of La Poudre are dubbed in English. Look for the 🇬🇧 !

117 Episodes
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Épisode 75 - Iris Brey

Épisode 75 - Iris Brey

2020-05-2801:08:082

L’autrice, chercheuse et critique Iris Brey est l’invitée du 75e épisode de La Poudre, le sixième et dernier de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de grec ancien, de mères infanticides et de regard féminin.L’édito de Lauren :Je voulais vous écrire un texte super émouvant parce que c’est le dernier épisode de La Poudre produit en confinement. Je voulais vous dire plein de trucs sur la mort, sur la vie, sur la surveillance, sur le contrôle... Je voulais peut-être même vous confier des failles à moi, vous expliquer que j’oscille entre deux mondes, toujours, le très lumineux et le très obscur, que ça m’épuise et que ce qu’on vient de vivre a aiguisé tout ça a un point presque intolérable par moment. Je voulais vous parler des émotions extrêmes qu’on a ressenties collectivement et vous promettre qu’on se remet de tout. Et puis je me suis rendue compte que je faisais que ça, en fait, des textes super émouvants en intro de mes podcasts. Je suis tellement prévisible. Donc pour une fois je vais faire sobre. Et juste vous dire merci. Merci de m’écouter, merci de me suivre, merci de me soutenir. Merci pour vos partages sur les réseaux sociaux. Merci d’avoir suivi les lives Instagram sur le compte de La Poudre. Merci de me dire si souvent merci. Merci aussi à mes invitées Fania Noël, Julia Cagé, Claire Marin, Anne Cheng et Alice Coffin pour leur générosité lors de ces enregistrements à distance, grâce à elles je crois qu’on a vraiment toutes les clés pour le penser, ce fameux monde d’après. Je suis vraiment fière de cette série, qui se termine en beauté avec la chercheuse et critique Iris Brey. Juste avant tout ça, elle était en première ligne de cette révolution féministes menée par les femmes du cinéma français. Vous savez ? Celle qui reprend là, maintenant, tout de suite. Résumé de l’épisode :Iris Brey est chercheuse, journaliste et critique. Elle est aussi l’autrice de deux livres plongeant dans les dessous des images et des représentations produites par nos sociétés, dans les séries d’abord, puis dans le cinéma. Née en 1984 d’un père américain et d’une mère française, elle grandit entre Paris, les États-Unis et le Japon (15:17). Elle développe ainsi un rapport aux langues très particulier, renforcé par ses études en grec ancien (19:40), qui lui donnent une conscience aigüe des systèmes de perception créés par les mots eux-mêmes. Outre le grec, elle étudie aussi littérature (23:13) et cinéma, et travaille ainsi sur la construction des imaginaires, notamment autour de la représentation des corps féminins (26:30). Elle examine dans ses travaux de recherche ces figures féminines, toujours passées au crible d’un regard désirant masculin, ce que la chercheuse Laura Mulvey avait appelé le male gaze. Elle questionne aussi les lieux dévolus aux figures de femmes, toujours punies pour avoir occupé l’espace public sans but précis (28:12), mais aussi les violences qui leur sont faites. Le cinéma, qui rend captif son public (33:10), est peuplé de scènes de viol, quasiment exclusivement filmées du point de vue de l’agresseur et souvent mêlées à des notions de désir (39:49). C’est ce lieu commun qu’Iris Brey dénonce et appelle à faire évoluer pour que chacun·e prenne conscience de ces représentations qui alimentent la culture du viol. C’est parce que le cinéma prend une telle place dans le monde culturel aujourd’hui et parce que ses acteur·ice·s ont une visibilité et parfois un pouvoir économique ayant très peu d’égal, que ce milieu est selon elle aussi lié à la vague féministe actuelle (45:55). Elle y est elle-même engagée pour faire bouger ces lignes, notamment au sein du collectif 50/50 pour 2020 (12:59) qui œuvre à remettre en question la répartition du pouvoir dans ces espaces professionnels de création (11:03). Elle a aussi accompagné l’essentiel témoignage d’Adèle Haenel à Médiapart (49:04), constatant aux premières loges les résistances françaises à faire évoluer les choses (52:48). Sidérée par les résultats des Césars de cette année (58:32), elle espère elle aussi que la révolution féministe ne sera pas arrêtée par la pandémie qui révèle de façon criante les règles du système patriarcal et les inégalités qu’il engendre (01:02:36).Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMixage : Marion Emerit
Après le confinement, le Podcast Club de Nouvelle Écoutes continue ! Chaque jour, un.e membre de l’équipe met en avant son épisode préféré d’un podcast Nouvelles Écoutes. Aujourd'hui, il s'agit de la recommandation d'Ashley, productrice.« Comme pas mal de personnes, j’ai découvert Déborah Lukumuena grâce à sa performance incroyable dans « Divines » d’Houda Benyamina. Je me souviendrai toujours du jour où j’ai écouté cet épisode. C’était un samedi, je revenais de chez ma mère, j’étais dans un train pour rentrer à Paris. L’histoire de cette actrice m’a retournée. J’ai adoré entendre son discours radical, intransigeant et sans concession. Le passage où elle parle du rôle de la colère dans sa vie m’a marqué : l’entendre revendiquer ce sentiment, tellement mal perçu chez les femmes noires, m’a fait un bien fou. Bonne (ré)-écoute à tou.te.s ! »Au micro de Lauren Bastide, Déborah Lukumuena parle de sa réussite (5:49), de sa double enfance en région parisienne et de la colère qui l’habite (7:16), de ses liens avec la République démocratique du Congo (11:48), de l’importance de la littérature (14:50) et de l’arrivée du cinéma dans sa vie (16:12), ainsi que de la complexité des personnages qu’elle aime incarner (23:06). Elle évoque aussi le long casting de "Divines" (26:23), la beauté de Maïmouna (attention spoiler, 35:00), les liens entres les différents personnages qu’elle joue (38:50), la stigmatisation des actrices noires (43:22), les choix qui guident sa carrière (47:54), les réactions racistes auxquelles elle a dû faire face suite aux Césars (51:00) et son rapport à elle-même (60:00).Déborah Lukumuena est comédienne. Née en 1994, elle est passionnée de littérature et rêve d’abord de devenir professeure de français. C’est en regardant la série Les Tudors qu’elle a le déclic qui la mène à passer le casting pour le film d’Houda Benyamina, "Divines", pensant briguer un rôle de figurante. Sélectionnée pour jouer l’un des deux personnages principaux, elle décroche en 2017 le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa performance. Elle entre alors au conservatoire et a depuis joué dans "Roulez jeunesse" et "Les invisibles" au cinéma, ainsi que dans la pièce "Anguille sous roche" au théâtre. Elle y joue seule sur scène et porte magistralement un monologue puissant et politique.La Poudre est une production Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuMixage du générique du cycle Cinéma : Charles de CilliaCoordination : Gaïa MartyMixage : Paul Lambert de Cursay
Épisode 74 - Alice Coffin

Épisode 74 - Alice Coffin

2020-05-2101:07:443

La journaliste et militante Alice Coffin est l’invitée du 74e épisode de La Poudre, le cinquième de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Paris, de médias et de politique.L’édito de Lauren :Salut vous allez bien ? Moi je suis toujours confinée parce que mes enfants ne retournent pas à l’école pour l’instant. Et aussi parce que je crois qu’étrangement j’ai trouvé un certain confort dans cet isolement forcé, je ne sais pas si je dois m’en inquiéter. Ce qui me manque ce sont les sorties culturelles. La toute dernière que j’ai faite c’était à Bobino en mars, j’étais retournée voir VIRIL, vous savez ce spectacle dont je vous ai déjà parlé dans l’introduction de mon épisode avec Casey. VIRIL c’est Virginie Despentes, Béatrice Dalle et Casey qui lisent sur scène des textes féministes et queer radicaux. Je les relis en ce moment, c’est tellement bon, et mon préféré, celui qui résume le mieux mon désir, c’est celui-ci, le texte culte écrit en 1992 par l’artiste américaine Zoe Leonard. Un texte qui avait été tapé à la machine et distribué sur des tracts, à la main, à New York, et ici librement traduit. Désolée ça aura pas autant de gueule que quand c’est Béatrice Dalle qui le dit.Résumé de l’épisode :Alice Coffin est journaliste et militante, autrice d’un livre très attendu sur le génie lesbien qui sortira en octobre 2020 (52:44). Née en 1978, elle grandit à Paris dans le 12e, dans une famille nombreuse, ouverte et aimante (20:34). Elle comprend très jeune tous les paradoxes des injonctions aux comportements genrés (25:58) et milite contre le système hétéropatriarcal dans plusieurs collectifs et associations (24:23), dont La Barbe depuis 2010, la European Lesbian Conference dont elle est cofondatrice ou encore la LIG (Lesbiennes d’Intérêt Général), premier fonds de dotation féministe et lesbien. Après les manifestations lors du vote de la loi pour le mariage pour tous et leur traitement médiatique régulièrement atterrant (30:50), elle s’attaque au concept de « neutralité » qui n’est souvent en réalité qu’un moyen de silenciation des minorités (31:50). Pour elle, le regard des femmes issues des minorités est pourtant essentiel, leur position dans la société et les difficultés qu’elles doivent surmonter pour s’y adapter leur permettant de voir et de lutter plus efficacement contre les oppressions structurelles (45:23). Elle reste cependant méfiante des discours annonçant qu’il n’y aura pas de retour en arrière, ayant été témoin des stagnations, reculs et backlashs sur divers fronts, de la place des femmes dans le cinéma français aux débats sur la PMA (42:30). Engagée depuis peu à l’échelon local pour Europe Écologie les Verts, elle affirme toute la force politique que revêtent les corps lesbiens qui s’affichent dans l’espace public (47:55). Activiste depuis de nombreuses années, elle  voit de nombreuses similarités entre les combats féministes et écologistes (01:00:20) et appelle à se passer du regard des hommes pour inventer un ailleurs et un autrement (56:33).Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMixage : Marion Emerit
Pour continuer de vous accompagner pendant le déconfinement, Nouvelles Écoutes, le studio qui produit ce podcast, continue le Podcast Club. Chaque jour, on vous propose de réécouter un épisode tiré de nos archives et d'échanger ensuite toutes et tous sur les réseaux sociaux de Nouvelles Écoutes. Prenez soin de vous et bonne écoute.Dans cet épisode bonus enregistré le 22 avril 2017 lors de la journée “Fashion Revolution”, organisée en hommage aux victimes de l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh, le 24 avril 2013, Lauren Bastide tend son micro à 4 femmes militant au quotidien pour une industrie de la mode plus respectueuse des droits humains et de l’environnement : Anaïs Dautais, Laura Brown, Nayla Ajaltouni et Stéphanie Calvino.Installées au bord du Canal Saint-Martin, elles racontent successivement leurs ressentis après avoir appris l’effondrement du Rana Plaza, le 24 avril 2013 : Laura (06:19), Anaïs (08:18), Stéphanie (11:50), et Nayla (15:14). Elles dénoncent la promesse mensongère de la mondialisation (20:59), énumèrent les problèmes écologiques qui sont liés à la fast-fashion (21:33), et les pistes à suivre pour consommer responsable (25:25). Elles racontent la double peine que subissent les femmes travailleuses dans l’industrie du textile (42:21), la mode éthique comme un combat féministe (44:48) et livrent des mantras de consommatrices et consommateurs responsables à appliquer dès demain (48:50).Au micro de Lauren Bastide : Anaïs Dautais, créatrice de la marque Les Récupérables dont les vêtements sont créés à partir de matériaux récupérés et “upcyclés”, Nayla Ajaltouni, coordinatrice du Collectif Éthique sur l’étiquette, qui regroupe des associations de solidarité internationale, des syndicats, des mouvements de consommateurs et des associations d’éducation populaire, Laura Brown, fondatrice d’Éthipop, une communauté de créat-eur-rice-s éthiques et responsables, et Stéphanie Calvino, organisatrice des conférences « Anti_Fashion » et membre du Collectif 52.Merci à Sébastien Kopp et à Veja pour avoir associé La Poudre à cet événement.La Poudre est une production Nouvelles Écoutes. Réalisation de l’épisode : Xavier Faltot pour La Chambre à Air.Réalisation sonore et générique : Aurore Meyer-Mahieu. Coordination : Zisla Tortello. Mixage : Laurie Galligani
Épisode 73 - Claire Marin

Épisode 73 - Claire Marin

2020-05-0701:04:563

La philosophe Claire Marin est l’invitée du 73e épisode de La Poudre, le quatrième de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de maladie, d’identité et de soin.L’édito de Lauren :« On aimerait que la rupture soit une coupure franche. Bien droite et nette, d’un seul coup, comme le sabre qui décapite. Mais la rupture est déchirure. À la différence de la séparation qui laisserait chacun redevenir la part entière qu’il était déjà auparavant, comme le rappelle l’étymologie, la rupture est une déchirure. Elle ne retrouve que rarement les contours nets de chacun. On ne rompt pas comme on découpe le long des pointillés, respectant soigneusement le patron qui reprend notre forme exacte. On déchire dans le tissu d’une vie commune où les identités des uns et des autres se sont si étroitement mêlées que plus personne ne sait vraiment où il commence et où l’autre s’arrête. Mais celui qui veut rompre croit le savoir. Il croit pouvoir dessiner l’ombre où il perçoit sa silhouette propre et veut se débarrasser de ce flou indécis, des présences qui l’encombrent, des liens qui l’empêchent d’être vraiment lui-même.La rupture propre, comme un chiffre qui se divise sans reste, est sans doute impossible. Nous ne pouvons pas nous ‘‘réduire dans le temps, semblable à un nombre, sans qu’il reste une fraction bizarre’’, pour reprendre l’expression de Nietzsche. Même rompus, les liens peuvent rester sensibles, membres fantômes, témoins d’une ancienne vie. »Rupture(s), Claire Marin, Éditions de l’Observatoire, 2019.Cet épisode a été enregistré le 29 avril 2020, en confinement, un jour de pluie.Résumé de l’épisode :Claire Marin est philosophe, enseignante, et autrice de plusieurs livres passionnants dont le dernier, Rupture(s), résonne très fort avec la situation actuelle. Née en 1974 à Paris, son enfance à Nantes est pleine de lectures, de solitude et de lenteur (11:11). Docteure en philosophie, cette discipline a été un coup de cœur pour elle dès le lycée (14:41) et joue un rôle important dans sa vie. Frustrée par son côté parfois aride et abstrait, elle se sert de ses outils et les rend plus accessibles, plus en prise avec le réel et notamment avec le corps au travers d’une philosophie de la maladie (20:13). Elle-même diagnostiquée d’une maladie auto-immune qu’elle raconte pudiquement dans son roman Hors de moi, elle fait aujourd’hui partie des personnes ‘‘à risque’’ (07:05) et aborde avec clarté les enjeux d’une société qui s'appuierait uniquement sur des critères quantitatifs d’évaluation de la santé de ses citoyen·ne·s pour statuer sur leurs droits et libertés (35:00). Elle évoque également la dangerosité de la culpabilisation des malades pour dédouaner les politiques (41:11), une tendance déjà largement observée avant même l’impact du Covid-19. La crise actuelle est pour elle une rupture (24:40) qui apporte une nouvelle instabilité dans nos vies déjà bien plus mouvantes que celles des générations précédentes (27:30). Elle ne croit cependant pas en sa valeur transformatrice, même si elle espère certaines conséquences positives comme une plus grande présence des femmes sur le devant de la scène, elles qui sont si essentielles au combat actuel contre la maladie (09:20). Enseignante en classe préparatoire dans le Val d’Oise à côté de ses travaux de recherches, elle constate l’impossibilité de mettre en place les recommandations gouvernementales dans des espaces délaissés par la République depuis longtemps, ce dont sont bien conscientes les populations concernées, lassées d’être considérées comme des citoyen·ne·s de seconde zone lorsqu’elles ne sont pas tout simplement oubliées et maltraitées (57:10). Claire Marin appelle à reconnaître toute la légitimité de cette colère et celles générées par la crise en cours et à mettre des mots dessus grâce à la philosophie (47:20).Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMixage : Charles de Cillia
Épisode 72 - Anne Cheng

Épisode 72 - Anne Cheng

2020-04-3001:13:374

La sinologue Anne Cheng est l’invitée du 72e épisode de La Poudre, le troisième de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Confucius, de sinophobie et de vanité.L’édito de Lauren :Cette crise nous oblige à nous demander à quoi on sert. Il y a ceux et surtout celles, qui ont des métiers essentiels à la société. Celles qui sont sur le front, à se battre contre la maladie, à soigner nos ancien·ne·s, à nous nourrir, à nous assurer un environnement propre et sain. Je voudrais remercier ces femmes-là et leur faire la promesse qu’on ne les oubliera pas demain, quand il faudra se battre pour qu’elles soient rémunérées à la hauteur de leur importance et traitées avec le respect qui leur est dû. Moi je fais partie des confiné·e·s, des professions dites intellectuelles, des bullshit jobs, des télétravaillants, des pas essentiel·le·s, des utiles, à la rigueur. Mais j’ai la chance inouïe de faire le travail le plus merveilleux du monde : interviewer des femmes. Je suis plus reconnaissante que jamais d’avoir ce privilège-là. Il me permet de poursuivre avec vous le cycle #ellespensentlapres en compagnie de l’une des plus grandes penseuses que j’ai jamais rencontrées. Anne Cheng est sinologue et professeure au Collège de France. J’avais eu la chance de l’interviewer une première fois pour mon émission Les Savantes, sur France Inter, il y a deux ans de cela. Je voulais qu’elle vienne ici, dans La Poudre, partager avec vous ce savoir immense qu’elle détient sur la Chine. Il m’a semblé que c’était urgent et elle a accepté mon invitation. Bande de veinardes et de veinards !Résumé de l’épisode :Anne Cheng est sinologue et professeure au Collège de France depuis 2008. Directrice de collection et autrice de nombreux ouvrages, sa vision sur les liens entre la France et la Chine est éclairante. Née à Paris en 1955, elle grandit en France avec son père, François Cheng, poète et membre de l’Académie française (11:07). Sa mère, repartie en Chine juste avant la Révolution culturelle, ne pourra à nouveau entrer en contact avec elle que dix ans plus tard. Anne Cheng se réapproprie son lien avec la Chine en s’attaquant à 26 ans à la traduction d’un texte fondateur : les entretiens de Confucius (16:36). Elle crée ainsi des attaches au pays d’origine de ses parents par un biais qui lui est propre (23:00). Au travers de son parcours de chercheuse, elle étudie en profondeur les origines et les reconfigurations diverses du lien entre la France et la Chine : depuis les idées reçues plutôt positives au XVIIe siècle – bien que biaisées par les objectifs des Jésuites (29:50) –, en passant par les premières traces de sinophobie après le XVIIIe, jusqu’aux clichés racistes hérités de la période coloniale. Clichés qui ressortent avec violence aujourd’hui, bien que le racisme contre les personnes asiatiques ne date pas d’hier : elle, comme ses filles en ont d’ailleurs déjà fait les frais par le passé (40:08). Cette histoire ancienne et tortueuse qu’elle étudie depuis longtemps est à présent teintée des effets de la mondialisation, dans laquelle la Chine a une place centrale, ce que la crise actuelle rend incontestable (34:48). Elle observe avec recul et finesse la place de ce pays et de son influence grandissante, notamment dans de nombreux pays d’Afrique (49:36). Elle appelle cependant à sortir de la mise en miroir entre Chine et Occident qui crée une binarité effaçant toute la complexité de ces cultures et de leurs relations (46:40). En ce moment, si son travail de recherche est évidemment perturbé par les circonstances actuelles (07:27), elle est attentive à ce qui se passe ici comme là-bas (06:19) et continue à analyser sans angélisme le rôle de l’Empire du milieu dans la crise en cours (58:11).Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMixage : Charles de Cillia
Pendant cette période de confinement, Nouvelles Écoutes, le studio qui produit ce podcast, organise un Podcast Club. Chaque jour, on vous propose de réécouter un épisode tiré de nos archives et d'échanger ensuite toutes et tous sur les réseaux sociaux de Nouvelles Écoutes. Prenez soin de vous et bonne écoute.Dans ce onzième épisode de La Poudre, Najat Vallaud-Belkacem se livre, au micro de Lauren Bastide, à l’Hôtel de Rochechouart du Ministère de l’Éducation Nationale.Najat Vallaud-Belkacem est ministre de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche depuis août 2014. Elle est née en 1977 dans le village de Beni Chiker, au Maroc. Najat Vallaud-Belkacem arrive en France à l’âge de 4 ans et grandit dans la banlieue d’Amiens. Diplômée de l’Institut d’Études Politiques de Paris, elle est militante du parti socialiste, et est élue pour la première fois en mars 2004, Conseillère Régionale du Rhône-Alpes. Pendant la campagne présidentielle de 2007, elle est porte-parole de Ségolène Royal. Le 15 mai 2012, le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault la nomme Ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement. En Août 2014, elle devient la première femme à occuper le poste de ministre de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.Au micro de Lauren Bastide, Najat Vallaud-Belkacem dresse le bilan de son mandat gouvernemental de 5 ans (02:50), raconte son enfance dans la vallée du rif au Maroc (08:40), son adolescence sage dans les quartiers nord d’Amiens (19:15), sa difficulté à se trouver des modèles de femmes (25:15), les attaques sexistes et racistes dont elle a fait l’objet (32:25), la bataille autour de de son projet « ABCD égalité » (41:00). Elle donne aussi sa définition de la laïcité (47:30) et dévoile son désir d’en découdre avec le FN (53:35).La Poudre est une production Nouvelles Écoutes.Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu.Mixage : Zaki Allal.Assistante de production : Zisla Tortello.
L’économiste Julia Cagé est l’invitée du 71e épisode de La Poudre, le deuxième de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de dette, de représentation et de revenu universel.L’édito de Lauren :Bon. Alors j’ai une théorie. Ça vaut ce que ça vaut mais, pour moi, cette crise produit un effet loupe. Tout ce qui arrive, c’est comme avant, mais en version grossie. Les violences policières dans les quartiers populaires c’est pas nouveau, mais c’est pire. Les injonctions sexistes dans les magazines féminins c’est comme d’hab, mais ça choque plus. La fragilité des vieux, la mise en danger des pauvres, l’importance de l’école gratuite, la difficulté à vivre en couple hétérosexuel, on était au courant, mais le confinement rend tout exagéré, colossal. Sur le plan individuel c’est pareil, nos névroses prennent beaucoup de place, nos soucis de santé aussi. On n’est rien d’autre que ce qu’on est, mais y a plus moyen d’y échapper : on est confiné·e·s dans nos propres petits enfers personnels. Moi par exemple, là, je me rend compte que je suis maman, alors qu’avant j’avais quand même plusieurs heures dans la journée où je pouvais l’oublier. Je me sens fille de mes parents, plus qu’avant, parce qu’ils me manquent et que je suis loin d’eux. Je saisis encore plus à quel point je suis privilégiée et comme le confort matériel dont je bénéficie change tout dans ce contexte. Il y a un truc qui me saute au yeux, quelque chose que je contournais un peu jusqu’ici : je suis cheffe d’entreprise. Mon associé Julien et moi, on se prend la crise en pleine figure. Le podcast, c’est gratuit. On gagne des sous uniquement grâce à la pub. Et en temps de crise, bah de la pub y en a pas, enfin pas beaucoup en tout cas. On a peur de tout perdre et on est prêts à se battre pour que ça n’arrive pas. On se retrouve tous les deux à parler d’exonération d’URSSAF, de prêt garanti par l’état, d’activité partielle et de banque publique d’investissement. Et comme dans les médias on n’entend que des vieux gars parler de tout ça, j’ai eu envie d’échanger avec une économiste, jeune, brillante, progressiste, pour vulgariser. Résumé de l’épisode :Julia Cagé est chercheuse en économie et l’autrice de plusieurs brillants ouvrages, dont Le Prix de la démocratie dans lequel elle explore les ressorts économiques du fonctionnement de la vie politique française. Née en 1984 à Metz, elle déménage souvent étant enfant (11:58) mais rentre en classe préparatoire à Marseille et finit par intégrer l’École normale supérieure, poussée par son admiration pour les figures intellectuelles de gauche (13:35). De gauche, elle l’est certainement et ne s’en cache jamais. Elle a d’ailleurs été la conseillère économique de Benoît Hamon lors de la campagne présidentielle de 2017. Cette prise de position est souvent utilisée pour discréditer son travail de chercheuse (15:18) mais elle l’assume sans ambage, dénonçant au contraire la supposée neutralité d’un certain milieu de la recherche (17:19). Lors de la campagne, elle a été l’une des actrices majeures de la proposition du candidat sur le revenu universel (20:10), aujourd’hui revenu au centre des débats. À l’époque, elle a dû faire face à de nombreuses marques d’un sexisme bien ancré, tant dans la presse que dans la politique (26:46). Elle est aujourd’hui plus assurée dans son positionnement féministe, appelant à utiliser les outils de l’état de droit pour changer durablement les règles et faire entendre les femmes (29:40). Elle rappelle d’ailleurs le besoin d’une représentation descriptive pour une démocratie en bonne santé (30:56). Dans la crise actuelle, elle appelle de ses vœux une relance verte de l’économie, un chemin toujours plus nécessaire vers la transition (32:40). Elle souligne aussi toute l’importance de l’impôt (40:00) pour parvenir à une société plus juste et sa dénonciation du système de dons des plus riches à l’américaine est limpide (43:10). Ses analyses font rêver d’une démocratie plus égalitaire pour demain (49:22).La chanson que vous entendez à la fin de l’épisode est « La Rage » par Nina Montagné.Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMixage : Charles de Cillia
Épisode 70 - Fania Noël

Épisode 70 - Fania Noël

2020-04-1601:11:074

L’autrice et militante Fania Noël est l’invitée du 70e épisode de La Poudre, le premier enregistré en confinement. À contexte particulier, discussion particulière : cet épisode mêle parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde d’après. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de révolte, de rêve et de révolution.L’édito de Lauren :Avec Fania Noël, on devait se voir pour de vrai, avant que la pandémie nous confine. On avait programmé ce rendez-vous dans le monde d’avant. Vous vous rappelez ? On en était là : Adèle Haenel s’était barré, Aïssa Maïga leur avait mis le nez dans leur racisme, Virginie Despentes avait dit : « On se lève et on se casse ! », à la manif’ on était des milliers, déterminées, et au village féministe, Mwasi, Lallab et d’autres asso avaient appelé à sortir de l’effroi. À force de s’époumoner on commençait à avoir - enfin, moi je l’avais -, la vague impression qu’on était entendues, que nos cris résonnaient et puis d’un coup, silence. Confiné·e·s. Enfermé·e·s chez nous ou envoyé·e·s au front, nous voilà à nouveau silencié·e·s. Nos combats passeront après. Les violences contre les femmes ont augmenté de plus de 30% au sein des foyers depuis le début du confinement. Les femmes les plus précaires, aides à domicile, aide-soignantes, caissières, ouvrières, sont abandonnées, sans protection contre la maladie. Dans les médias, sexisme et racisme s’en donnent à cœur joie, et un grand quotidien propose à quatre vieux gars blancs de raconter le monde de demain. Comment peuvent-ils penser le monde de demain, eux qui ne comprennent pas même les violences de celui d’aujourd’hui ? C’est à elles de l’énoncer. Résumé de l’épisode :Autrice, fondatrice de la revue AssiégéEs, hôtesse de deux podcasts et militante dans l’association Mwasi depuis plusieurs années, Fania Noël lutte pour une société antiraciste, antisexiste et anticapitaliste, en créant des outils accessibles pour ces combats. En ce moment, elle en appelle plus que jamais aux utopies pour lutter contre la stupeur et l’effroi créés par le confinement et ses conséquences (06:10). Née en Haïti et arrivée à deux ans en France, elle est diplômée de la Sorbonne en sciences-politiques (07:34). Ses études l’aident à théoriser sa connaissance instinctive des rapports de pouvoir et de l’impact qu’ils ont sur les corps de ses proches (12:18). Elle cherche des lieux militants pouvant répondre à ses interrogations et ses envies de changer le système mais ne trouve pas d’espaces répondant à l’intersection des discriminations dont elle fait l’expérience (30:22). C’est finalement internet qui se révèlera le catalyseur de sa politisation personnelle (33:50). Cette position particulière d’être une femme noire en militantisme blanc finit par la mener en 2015 à la rencontre de Mwasi, collectif afroféministe dont elle fait depuis partie (36:29). En 2016, elle monte un camp d’été décolonial avec la militante Sihame Assbague et se retrouve en butte à de nombreux opposant·e·s, de la gauche comme de la droite, qui ne supportent pas l’idée de réunions en non-mixité et leur vision de la lutte antiraciste. Cette expérience se reproduit avec la tenue du festival Nyansapo organisé par Mwasi en 2017, ce qui ne l’empêche pas de continuer à agir. Si la colère est un bon point de départ, elle revendique son dépassement pour pouvoir construire l’après et l’autrement (16:50). Dans la crise actuelle qui révèle plus que jamais le racisme systémique (48:09), elle dénonce l’impact psychologique de l’impossible mythe de la « housewife » noire (54:40) et appelle à s’approprier les outils théoriques pour que demain, la lutte reprenne encore plus fort (01:04:50).Les sons de manifestation que vous entendez dans l’introduction ont été enregistrés par Lauren Bastide le 8 mars 2020.Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMixage : Charles de Cillia
Nouvelles Écoutes présente « Et toi, ça va ? » un podcast animé par la journaliste Dolores Bakèla sur les sons de ce premier confinement planétaire. Tous les vendredis, elle prends le pouls du confinement en passant des coups de fils à l’équipe élargie de Nouvelles Écoutes. Des Outre-Mer à Rio de Janeiro, en passant par la France métropolitaine, chaque épisode sera dédié à un sujet que la pandémie actuelle bouleverse : les droits individuels, la violence de classe, la solitude ou l'exiguïté… Ce podcast inaugure le nouveau flux « Studio 56 », le laboratoire sonore du studio Nouvelles Écoutes pour expérimenter, inventer, jouer avec le son. Pour vous abonner : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/studio-56/id1506571369Et pour suivre l’actualité de l’émission, abonnez-vous au compte @nouvellesecoutes sur Instagram et sur Facebook, ou @NouvEcoutes sur Twitter.
(Rediff) Épisode 37 - Emma

(Rediff) Épisode 37 - Emma

2020-04-0901:04:421

Pendant cette période de confinement, Nouvelles Écoutes, le studio qui produit ce podcast, organise un Podcast Club. Chaque jour, on vous propose de réécouter un épisode tiré de nos archives et d'échanger ensuite toutes et tous sur les réseaux sociaux de Nouvelles Écoutes. Prenez soin de vous et bonne écoute.Au micro de Lauren Bastide, Emma raconte son enfance près de Troyes (06:20), le métier d’ingénieure informatique (10:28), son besoin profond de changer le monde (13:40), la maternité comme catalyseur d’injustices (16:30), le lien entre travail et féminisme (22:06), son militantisme contre les violences policières (29:10), le travail émotionnel (39:05), la charge mentale (44:00), les réseaux sociaux qui précarisent le militantisme (53:02), et le droit à la colère (56:48).Emma est une activiste, autrice et dessinatrice née en 1981 à Troyes. Elle vient de publier « La charge émotionnelle », troisième tome de sa série de bandes dessinées intitulée « Un autre regard », aux éditions Massot. Elle y aborde notamment les thèmes du consentement, des violences policières et de la charge émotionnelle. Après un BTS Informatique, Emma intègre une école d’ingénieurs. Une fois diplômée et intégrée dans la vie active, sa première grossesse lui fait prendre la mesure du sexisme systémique. Elle crée alors un blog sur lequel elle publie des planches au dessin très simple abordant des sujets qui la révoltent. En mai 2017, Emma rassemble ses dessins dans une première bande dessinée. La veille de sa sortie, elle publie une planche intitulée « Fallait demander » sur le thème de la charge mentale. En quelques heures, sa communauté passe de 40 000 à 250 000 abonné-e-s. Le deuxième tome suivra quelques mois plus tard, en novembre 2017. Elle est aujourd’hui suivie par une vaste communauté, qu’elle contribue à conscientiser par son trait efficace et didactique.La Poudre est une production Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuCoordination : Zisla TortelloMixage : Laurie GalliganiERRATUM : le texte de la bande-dessinée d'Emma qui s'intitule « Montrez-moi ces seins » est l'œuvre d'Ariane Papillon. Il n'a donc pas été inspiré par une lectrice comme il est mentionné dans l'épisode, mais écrit par celle-ci et illustré par Emma.
Géraldine Dormoy, journaliste et autrice, est l’invitée du 69e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé d’influence, d’internet et d’injonction.L’édito de Lauren :Nous sommes le 30 mars 2020, selon l’AFP 3,4 milliards d’êtres humains sont actuellement en confinement. J’enregistre cette introduction depuis chez moi et j’espère que vous allez bien. La conversation avec Géraldine Dormoy que vous vous apprêtez à écouter date de septembre dernier. Je venais de lire son livre, Un Cancer pas si grave, qui m’avait impressionnée. Dans ce journal, elle raconte son cancer du sein. Un cancer qui n’était pas si grave, elle en a réchappé, mais ce titre décrit bien aussi le flegme de cette journaliste que je connais, et apprécie depuis des années. Franchement, le calme et la franchise de Géraldine Dormoy font du bien par les temps qui courent. C’était donc en septembre 2019, c’était juste après le décès de Maëlle Sigonneau. Maëlle… Ça me bouleverse de penser à Maëlle. Qu’est-ce que j’aimerais l’entendre parler de santé, de féminisme et de politique en ce moment, avec sa vision acérée et sa douceur déterminée. Maëlle était l’autrice et la narratrice du podcast Impatiente produit par Nouvelles Écoutes. Elle l’avait co-créé avec l’anthropologue Mounia El Kotni. Dans ce documentaire, Maëlle raconte son cancer du sein et décrypte les injonctions sexistes qui ont parsemé son parcours de patiente. Son cancer était grave. Elle en est morte le 17 août 2019. Elle avait 33 ans. Quand vous aurez fini d’écouter cet épisode de La Poudre, prenez le temps, s’il-vous-plaît, d’aller écouter les sept épisodes d’Impatiente. Surtout le tout dernier, que nous avons mis en ligne il y a quelques jours : « La révolte gronde ». Après, si vous voulez bien, on réfléchira à ce que notre système de santé a de violent et d’injuste, et comment nous souhaitons construire le monde d’après.Résumé de l’épisode :Géraldine Dormoy est l’autrice du livre Un Cancer pas si grave dans lequel elle raconte son cancer du sein. Journaliste, elle a travaillé à L’Express Style presque dix ans et est l’une des blogueuses mode précurseuses. Née en 1976, elle a grandit dans le Val d’Oise (12:14) dans une famille unie, ce qui ne l’empêche pas de grandir avec une certaine anxiété qu’elle a appris à gérer au fil des années. Très jeune, en partie influencée par sa fascination pour le monde de la mode, elle entretient un rapport pas toujours serein avec son corps et son poids (21:23) qui la mène jusqu’à la boulimie. C’est Internet et le soutien qu’elle y trouve dans les communautés en ligne qui lui permet de mettre des mots sur ses troubles alimentaires (26:00). C’est Internet encore qui la met sur le chemin qui sera le sien : en 2005, perdue professionnellement, elle ouvre un blog (35:12). Le succès qu’elle y rencontre la pousse à reprendre des études (37:00) et, après une formation à l’Institut français de la mode, elle rentre à L’Express Style en tant que journaliste en 2009. Passionnée par la mode, elle garde tout de même un certain recul avec le milieu et, aujourd’hui encore, analyse avec précision les écueils rencontrés par les influenceuses contemporaines (43:51) ou l’absence de vrais changements post #Me Too (47:10). C’est en 2017 qu’elle est diagnostiquée pour son cancer du sein. Un moment de sa vie qu’elle raconte avec franchise dans son livre, n’omettant ni son quotidien, ni les questions de sexualité (24:38) de rapport à son corps, ou encore les nombreuses remises en question des injonctions sexistes qui continuent à s’abattre sur les patientes (58:21) tout au long de leur parcours de soin.Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMixage : Charles de Cillia
Pendant cette période de confinement, Nouvelles Écoutes, le studio qui produit ce podcast, organise un Podcast Club. Chaque jour, on vous propose de réécouter un épisode tiré de nos archives et d'échanger ensuite toutes et tous sur les réseaux sociaux de Nouvelles Écoutes. Prenez soin de vous et bonne écoute.Dans cet épisode bonus enregistré le 11 octobre 2018 au Carreau du Temple dans le cadre du cycle de conférences « Présent·e·s » qui explore la place des femmes dans l’espace public, Elisa Rojas raconte la création de son blog « Aux marches du Palais » comme un contre espace public (07:35), ce que l’étude du droit lui a apporté en tant que militante et femme handicapée (10:29), l’invisibilisation des luttes d’émancipation pour les personnes handicapées des années 70 (17:25), le CLHEE, organisation non-mixte, intersectionnelle et anticapitaliste (26:25), la contradiction interne des deux grandes lois de 1975 pour l’intégration des personnes handicapées (30:53), la lutte contre l’institutionnalisation (36:09), l’importance des réseaux sociaux dans son militantisme (47:48), les violences spécifiques contre les femmes handicapées (51:58), la difficulté de l’accès aux Disabilities Studies pour les militants francophones (1:02:35) et le droit à une vie à soi (01:04:09).Elisa Rojas est avocate et activiste pour les droits des personnes handicapées. Elle est co-fondatrice du C.L.H.E.E (Collectif Lutte et Handicaps pour l'Égalité et l’Émancipation). Née au Chili en 1979, Elisa Rojas emménage en France avec ses parents à l’âge de 2 ans et suit un parcours scolaire d’abord en institution spécialisée, puis en école ordinaire. Une fois diplômée du baccalauréat, elle entame des études de droits à l’université Paris I Panthéon Sorbonne. À l’âge de 25 ans, alors qu’elle est encore étudiante, elle interpelle les médias au sujet du Téléthon, qu’elle qualifie de campagne de communication géante. Après avoir passé le Barreau de Paris en 2007 et s’être installée à son compte, en 2013, elle créé son blog, « Aux marches du palais », qui lui permet de porter ses premiers combats politiques. Le C.L.H.E.E, dont elle un membre actif aujourd’hui, est un collectif intersectionnel et anti-capitaliste composé d’activistes directement concernés par le handicap. Il se bat particulièrement contre l'institutionnalisation qui domine les politiques du handicap en France.La Poudre est une production Nouvelles ÉcoutesRéalisation et générique : Aurore Meyer-MahieuCoordination : Zisla TortelloMixage : Laurie Galligani
This episode of La Poudre was originally recorded in English. To listen to the undubbed version, click here.La militante écoféministe Vandana Shiva est l’invitée du 68e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de garder espoir, d’enlever les arbres et désobéir.L’édito de Lauren :Le 21 janvier 2017 j’étais à Washington, pour la Women’s March. Cela a donné l’épisode « La Marche » que j’ai posté le 8 mars 2017. C’est la que j’ai enregistré « We are not afraid of Donald Trump » du générique. J’arrive pas à croire que cela fait déjà trois ans. C’était je pense l’étincelle, la case départ de la révolution féministe que nous sommes en train de vivre. Ce jour là il y a avait un demi-million de femmes dans les rues, de Washington. Et ce jour là j’ai rencontré une femme : Ashley McCray.Cette rencontre a été déterminante pour moi. C’est grâce à elle une j’ai compris que le patriarcat, le colonialisme et le capitalisme étaient les trois facettes d’un même système.Résumé de l’épisode :Vandana Shiva mène depuis près de cinquante ans des combats écologistes et féministes dans le monde. Malgré cette lutte de longue haleine, elle est aussi l’une de celle qui porte le plus la notion d’espoir dans ses discours et ses écrits (02:45). Un espoir qu’elle ne cesse d’affirmer comme essentiel pour éviter le défaitisme : il faut combattre le fatalisme et se servir du temps qu’il reste pour agir, non pour fuir et abandonner la planète (03:29). Née le 5 novembre 1952 à Dehradun (Inde), elle fait des études de physique et de philosophie des sciences, en Inde puis au Canada. Après avoir œuvré contre la construction de gigantesques barrages, ou encore avec le mouvement Chipko (31:16) pour la préservation des forêts dans son pays d’origine, elle agit depuis de nombreuses années pour conserver l’autonomie des paysans sur l’utilisation des semences en se positionnant contre le brevetage des graines (14:17). Elle rappelle ainsi l’importance de garder du recul par rapport aux « avancées technologiques » (11:11) qui doivent rester des outils et donc pouvoir être remis en question. Lorsque cette remise en question n’est plus possible, ou détournée sous couvert de discours paternalistes, elle révèle le néocolonialisme véhiculé par les multinationales de l’agroalimentaire, qu’elle dénonce sans relâche. Si Vandana Shiva porte un combat écologiste, elle s’inscrit aussi dans les luttes féministes, démontrant les liens profonds entre ces problématiques. Elle a d’ailleurs reçu le prix Nobel alternatif en 1993 pour ces engagements conjoints. Elle revendique la valeur des savoirs réputés « féminins » de soin et de sens de la communauté pour servir de guide dans la transition qu’il faut aujourd’hui entreprendre (22:26). Pour cela, l’activiste rappelle aussi le pouvoir de la désobéissance civile, un outil militant utilisé notamment par Extinction Rebellion ces derniers temps (33:24). De son côté, elle ne baisse pas les bras et continue à inspirer les militant·e·s écoféministes à travers le monde.Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La voix française de Vandana Shiva est incarnée par Patricia Loison, merci à elle.La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation de l’introduction et générique : Aurore Meyer-MahieuTraduction : Agnès El KaïmProgrammation et coordination : Gaïa MartyPrise de son voix française : Charles de CilliaMontage et mixage : Marion Emerit
Cet épisode de La Poudre est disponible à l’écoute dans une version doublée en français. Cliquez ici pour l’écouter.The ecofeminist activist Vandana Shiva is the guest of the 68th episode of La Poudre.With Lauren Bastide, they talked about staying hopeful, hugging trees and disobey.Lauren’s foreword:On the 21st of January 2017, I was in Washington D.C. at the Women’s March. This gave birth to the episode « La Marche », published on the 8th of March 2017. That’s where I recorded the « We are not afraid of Donald Trump » that you can hear in the opening credits. I can’t believe it’s been three years already. It was the spark, the starting point of the feminist revolution we are living today. On that day, half a million women were on the streets in Washington. And on that day, I met one woman : Ashley McCray.This encounter was crucial for me. Thanks to her, I understood that patriarchy, colonialism and capitalism are three sides of the same system.Episode summary:Vandana Shiva has been leading both environmentalist and feminist fights for more than fifty years accross the globe. Despite this long-term endeavor, she is also one of the few carrying the idea of necessary hope in her speeches and writings (02:45). She sees hope as essential to avoid defeatism: we need to fight fatalism and use all the remaining time to act instead of running away and abandoning the planet (03:29). Born on the 5th of November 1952 in Dehradun (India), she studied physics and science philosophy, in both India and Canada. After fighting against gigantic dams construction, or taking part in the Chipko movement for forest preservation in India, she has been working towards peasants’ autonomy in their use of seeds by taking a stance against seed patenting (13:17). She warns us about keeping in perspective the various “technological advances” (11:11) which have to remain mere tools which can be challenged and reassessed. When they cannot be called into question, or their reevaluation is made impossible by paternalist discourses, it reveals the neocolonialist methods of the food-processing industry she condemns relentlessly. If Vandana Shiva has been fighting for the environment, she has also taken part in feminist battles, establihsing the profound link between the two. She has indeed received the Alternative Nobel Prize in 1993 for her activism in these intertwined issues. She reminds and honors the value of “womanly” knowledge regarding care and sense of community to help guide us in the much needed transition (22:26). To reach this goal, she also reminds us of the power of civil disobedience, an activist tool used nowadays by Extinction Rebellion among others (33:24). As for Vandana Shiva, she does not give up and keeps on inspiring ecofeminist activists around the world.Executive Producer : Nouvelles Écoutes Production and signature tune : Aurore Meyer-MahieuProduction assistant : Gaïa Marty Editing and mixing : Marion Emerit
Maboula Soumahoro, docteure en civilisation du monde anglophone et spécialiste des études africaines-américaines, Élise Thiébaut, journaliste et écrivaine, et Aurore Koechlin, doctorante en sociologie, étaient au Columbia Global Center au micro de Lauren Bastide pour un enregistrement en public le 4 février 2020. L’édito de Lauren :C’était le 4 février 2020 au Columbia Global CenterCe soir-là, dans une salle chaleureuse, magnifique, remplie de poudreuses et de poudreux attentifs, je recevais trois femmes qui pensent le féminisme en France aujourd’hui : la chercheuse Maboula Soumahoro, la sociologue Aurore Koechlin et la journaliste et autrice Élise Thiébaut. On s’est demandé comme notre belle nation embrassait le combat féministe. Spoiler : c’est pas joli joli.Merci à Loren Wolfe d’avoir facilité cet événement.Je suis très heureuse de pouvoir le partager avec vous aujourd’hui.Résumé de l’épisode :La France a-t-elle un problème avec les féministes ? Spoiler alert : oui.Est-ce qu’on parle de la France qui accueille le mouvement #MeToo par une tribune sur le droit d’importuner (01:21:08) ? Est-ce qu’on parle de la France où 149 femmes par an meurent sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint sans que le gouvernement ne daigne débloquer un euro supplémentaire pour les associations (13:24) ? Est-ce qu’on parle de la France qui accorde douze nominations aux Césars à un réalisateur accusé de viol ? Est-ce qu’on parle de la France qui tient à tout prix à arracher leur voile aux femmes musulmanes qui le portent (52:30) ? Est-ce qu’on parle de la France où on appelle « féministe » des personnes tenant H24 des propos transphobes ? Est-ce qu’on parle de la France qui interdit la PMA aux lesbiennes jusqu’à il y a très peu de temps, et aux trans, toujours ? Est-ce qu’on parle de la France qui voit comme une menace le fait que des femmes noires se réunissent en ateliers non-mixtes (21:28) ? Est-ce qu’on parle de la France où les travailleuses du sexe, en raison de lois répressives, voient leur situation se dégrader de jour en jour ? Oui, on parle bien de cette France-là. Au micro de Lauren Bastide, Maboula Soumahoro, maîtresse de conférence et autrice, Élise Thiébaut, journaliste et écrivaine et Aurore Koechlin, doctorante en sociologie et militante démontent le mythe d’une France féministe (06:50) et décryptent comment le pays de Monique Wittig est aussi le théâtre d’affrontements incessants sur les droits des femmes. Merci à l’équipe du Columbia Global Center d’avoir rendu cet enregistrement possible. Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation de l’introduction et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMontage et mixage : Marion Emerit
Jeanne Cherhal, flamboyante compositrice et interprète, est l’invitée du 67e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé d’Aurélia Aurita, de Colette Renard et de Barbara.L’édito de Lauren :Je crois que La Poudre, je l’ai faite pour me fabriquer des sœurs. Jeanne Cherhal fait partie de ces sœurs qui me sont tombées dessus, sans prévenir. On s’est aimées alors qu’on ne s’était même pas rencontrées. Elle, en m’écoutant parler, moi, en l’écoutant chanter. Un jour, elle m’a demandé de souffler sur de la poudre, devant une caméra, pour son clip. Et du coup, moi, je lui ai demandé de venir parler dans un micro pour La Poudre. Cet épisode est dans la boîte depuis quelques mois, mais je voulais vous le balancer là, autour du 8 mars, parce que Jeanne, au fond, incarne cette valeur un peu galvaudée mais pourtant tellement essentielle au mouvement féministe : la sororité. Résumé de l’épisode :40 ans. Année de grâce et d’épanouissement. C’est ce que célèbre Jeanne Cherhal, brillante compositrice et interprète qui enchante la chanson française depuis 20 ans, dans L’an 40, son dernier album sorti il y a quelques mois (04:12). Née en 1978 à Erbray, près de Nantes, elle grandit dans ce petit coin de campagne entourée de figures qui peuplent ses compositions : sa grand-mère, femme d’agriculteur (10:44), sa mère, passionnée de théâtre et de littérature (12:56) et son père, plombier (15:10). Elle apprend le piano toute seule, en rejouant Sheller en solitaire au piano. Une façon acharnée de travailler en répétant qui la porte encore aujourd’hui (17:28). Jeune autodidacte musicale, elle est aussi précoce dans ses prises de conscience féministes : c’est au collège qu’elle s’insurge pour la première fois contre l’un de ses professeurs tentant d’imposer ses vues sur l’avortement à sa classe de 4e (20:20). Elle chante ainsi sur la condition des femmes depuis ses premiers albums, ne se refusant comme sujet ni les règles, ni les agressions sexuelles, et fait même parfois de la chanson son arme militante en écrivant des titres en réponse à un rappeur contre l’avortement ou en soutien aux Pussy Riot (39:50). Elle débute très jeune sur scène et a gagné en assurance au fil des années et de ses titres écrits comme autant de petites nouvelles (53:30), combattant son syndrome de l’impostrice qui se calme avec le temps (25:55). Dans ce milieu souvent encore très masculin, elle impose aujourd’hui sa vision créatrice et met en avant les femmes qui travaillent à ses côtés (44:37). Ce soutien aux autres figures féminines qui lui tiennent à cœur s’incarne d’ailleurs encore et encore dans ses projets : de la reprise d’un album entier de Véronique Sanson, à son hommage à Barbara comme compositrice sur la scène de la Philharmonie, jusqu’aux portraits de femmes qu’elle publie sur les réseaux sociaux pour célébrer la sortie de L’an 40. Elle agit dans son art comme dans son quotidien, en toute sororité.Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! Le morceau que vous entendez dans l’introduction est « L’An 40 » de Jeanne Cherhal.La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation de l’introduction et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMontage et mixage : Marion Emerit
Épisode 66 - Casey

Épisode 66 - Casey

2020-02-2059:339

Casey, la rappeuse de légende, est l’invitée du 66e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de rap, de rock et de rage.L’édito de Lauren :C’était le 13 novembre 2019, au festival Les Créatives, à Genève, une quinzaine culturelle et intersectionnelle qui est l’un des plus géniaux événements féministes du monde. Ce soir-là, j’ai interviewé Casey en public. On était une petite centaine dans un café du centre. J’étais impressionnée, je l’avoue, ça faisait près de trois ans que j’essayais d’obtenir un entretien avec elle. Parce qu’elle n’est pas seulement l’un des plus grands noms du rap en France depuis près de vingt ans, mais aussi une autrice à la plume d’exception, porteuse d’idées politiques, indispensable à celles et ceux qui veulent faire avancer la société dans le bon sens, celui de la révolution. La veille je l’avais vue sur scène aux côtés de Virginie Despentes et de Béatrice Dalle dans Viril, un spectacle musical qui compile des textes radicaux féministes, signés par Paul B. Preciado, Valérie Solanas, Audre Lorde, Leslie Feinberg et d’autres. C’était dingue. Vraiment dingue.Résumé de l’épisode :Après six ans, Casey, voix iconique et adulée du rap français (04:36), revient avec un nouveau projet explosif, Ausgang et une réédition de ses deux premiers albums solo, Libérez la bête et Tragédie d’une trajectoire. Née en 1976 à Rouen, Casey se passionne pour le rap à l’adolescence. Elle y trouve des représentations de sa réalité (12:15) et une échappatoire intellectuelle au racisme qu’elle rencontre dans sa scolarité (18:57). Présente sur des mixtapes à partir de 1995, elle sort un premier album solo en 2006, puis un second, en 2010, qui rendent mythiques son flow unique et ses textes qui bousculent. Sa famille vient de Martinique, elle qui a grandi dans le 93, deux lieux qu’elle considère « chez elle » (26:02). Nourrie de l’œuvre d’Édouard Glissant et d’Aimé Césaire, elle glisse dans ses écrits la notion d’hybridité et la pensée décoloniale (27:30). Elle affirme la grandeur du rap (04:36), milite pour son droit à s’embourgeoiser (37:33) à l’image du rock, style dans lequel elle aime s’engouffrer pour des projets collectifs. Son dernier opus porte ses idées politiques, la défense des faibles et des cassés et traite des failles et de l’envie, parfois, de se soustraire au monde (41:47). Si son identité de genre n’a jamais été une zone d’exploration (24:57), elle connaît le poids du patriarcat (47:03) et les thématiques qu’elle aborde se rapprochent de celles des plus grandes penseuses féministes d’aujourd’hui, comme Virginie Despentes, qu’elle rencontre en 2015. En 2019, elle plonge dans la pensée queer en commençant à jouer dans Viril (10:05), un spectacle mis en scène par David Bobée, accompagné par le groupe Zëro, où elle partage l’affiche avec Despentes et Béatrice Dalle. Elles y déclament, sur fond de rock, des textes radicaux de Valérie Solanas, Paul B. Preciado, Zoe Leonard et Leslie Feinberg, comme pour mieux exprimer toute la « virilité » et de la colère des femmes.Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! Le morceau que vous entendez dans l’introduction est « Aidez-moi » de Casey.Merci au festival Les Créatives pour avoir rendu cet enregistrement possible.La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation de l’introduction et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMontage et mixage : Marion Emerit
Épisode 65 - Cécile Duflot

Épisode 65 - Cécile Duflot

2020-02-0601:05:3811

Cécile Duflot, écologiste convaincue, figure de la vie politique française et aujourd’hui présidente de l’ONG Oxfam France, est l’invitée du 65e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de foi, de robe et de gêne.L’édito de Lauren :« Ce sont les jeunes comme nous qui seront les plus touchés par l’immobilisme de nos dirigeants. Des recherches montrent que la pollution engendrée par la combustion des énergies fossiles constitue la principale menace pesant sur la santé des enfants dans le monde. Au mois de novembre, cinq millions de masques ont été distribués dans les écoles de New Delhi, la capitale indienne, en raison des brouillards de fumées toxiques. Les énergies fossiles nous étouffent, littéralement.La science s’écrie qu’il est urgent d’agir, et pourtant nos dirigeants osent l’ignorer. Nous continuons donc à nous battre. [...]Cette action doit être forte et à grande échelle. Car la crise climatique ne concerne pas seulement l’environnement. C’est une crise des droits de l’homme, de la justice et de la volonté politique. Des systèmes d’oppression coloniaux, racistes et patriarcaux l’ont créée et alimentée. Nous devons les démanteler. Nos dirigeants politiques ne peuvent plus fuir leurs responsabilités. »Tribune parue le 29 novembre 2019 dans Project Syndicate et signée par Greta Thunberg, Luisa Neubauer, Angela Valenzuela, Evan Meneses et Hilda Flavia Nakabuye.Résumé de l’épisode :Cécile Duflot, grande figure de la scène politique française, est aujourd’hui la présidente de l’ONG Oxfam France qui lutte contre les inégalités. Un combat pour elle intimement lié à celui qu’elle mène pour l’écologie (07:02). À Oxfam, elle a participé à porter la plus grande mobilisation en ligne de France : l’Affaire du siècle, un recours en justice contre l’état français pour inaction face au changement climatique (10:46). Née le 1er avril 1975, elle grandit en Seine-et-Marne entre un père syndicaliste et une mère dont les convictions écologiques rythmaient son enfance (15:02). Une famille qui lui a aussi transmis de fortes valeurs de vie collective et un attachement à la foi catholique qu’elle formule plus volontiers aujourd’hui pour appuyer sur la différence de traitement des communautés religieuses dans une France crispée sur la question de la laïcité (22:21). Venue à Paris, elle enchaîne les petits boulots pour payer ses études et obtient un DEA de géographie ainsi qu’un diplôme de l’ESSEC en alternance. Elle adhère aux Verts en 2001, devient porte-parole du parti en 2005 et sa plus jeune secrétaire national en 2006. Réélue à 92,7% des voix en 2011, elle est nommée en 2012 ministre du logement et de l’égalité des territoires dans le gouvernement de François Hollande. Un parcours fulgurant qui ne lui vaut pourtant pas la reconnaissance dont profite ses pairs masculins (35:45) ! Ce sexisme de la vie politique s’incarne  très publiquement dans les réactions face à son jean porté en conseil des ministres et sa robe à l’Assemblée nationale (42:24). En 2014, elle quitte le gouvernement, en désaccord avec les valeurs défendues par le nouveau premier ministre, Manuel Valls (51:17). Si elle croit toujours à l’importance de l’action publique (12:03), elle se retire de la vie politique en 2017 et prend la direction d’Oxfam France en 2018. Cette institution, au-delà des ses actions sociales et environnementales, met en place des actions très concrètes en interne pour prévenir le harcèlement au travail. Un positionnement qui lui importe après avoir témoigné dans le procès Baupin (55:38). Elle appelle aujourd’hui à « un combat contre la gêne », pour pouvoir enfin dénoncer les violences dont sont victimes les femmes (1:00:05).Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! Les extraits de discours que vous entendez dans l’introduction proviennent de la conférence de presse des militantes pour le climat Vanessa Nakate, Luisa Neubauer, Greta Thunberg, Isabelle Axelsson et Loukina Tille, qui a eu lieu à Davos le 24 janvier 2020.La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation de l’introduction et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMontage et mixage : Marion Emerit
Épisode 64 - Mazarine Pingeot

Épisode 64 - Mazarine Pingeot

2020-01-2301:20:3210

L’écrivaine et intellectuelle Mazarine Pingeot est l’invitée du 64e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de secret, de viol et d’intimité.L’édito de Lauren :La honte d’être fatiguée, triste ou malade.La honte d’être victorieuse, forte, douée.La honte de son corps.La honte de sa sexualité.La honte de ce qui nous fait du bien.La honte de ne pas boucler ses fins de mois.La honte d’être mère.La honte de ne pas être mère.La honte de ses addictions, la honte de ses traumatismes, la honte de sa spiritualité.La honte d’avoir été agressée, harcelée, violée.J’ai réalisé récemment que ce sentiment de honte était permanent dans la psyché des femmes. Et cette honte, c’est un mécanisme puissant de silenciation. Quand on a honte on se tait. Quand on a honte on reste seul·e. Dire « moi aussi », toutes ensemble, c’est une façon de lever la honte et de lever la loi du silence. Résumé de l’épisode :Mazarine Pingeot est une autrice, intellectuelle et une figure bien connue de l’opinion publique française. Son dernier roman, le poignant  Se taire (éd. Julliard) porte sur un sujet malheureusement central dans la pensée et le combat féministe : le viol, qu’elle traite ici dans un souci de nuance et de complexité (11:59).  Elle grandit entre des parents aimants (26:02) mais tapie dans le secret de leur relation. Un secret qui deviendra d’autant plus important à préserver après l’élection de son père, François Mitterrand qui endosse la fonction présidentielle en 1981. Son adolescence parisienne, bien que banale dans son quotidien (21:21), n’en est pas moins rythmée par le passage de la frontière invisible entre le dedans – où tout le monde sait – et le dehors – où il faut se taire. Un secret dont elle se sent responsable et qu’elle protège de toutes ses forces (30:07) mais qui imprime sa marque sur sa personnalité, ajoutant au sentiment d’imposture, lot des femmes dans le système patriarcal (36:22). Pour faire ses preuves, elle passe des concours prestigieux et anonymes, comme celui de l’ENS, où elle est admise en 1994. C’est en sortant du déjeuner auquel l’avait conviée son père pour fêter cet accomplissement, que sa vie bascule : des paparazzis les prennent en photo et dévoilent son existence dans la presse (44:32). Agrégée de philosophie en 1997, elle est enseignante, chroniqueuse, et se lance dès 1998 dans l’écriture avec son premier roman intitulé Premier roman (57:28) qui reçoit un accueil ambivalent, où son identité n’est pas étrangère aux critiques acerbes. Elle ne se laisse pas décourager et, en tant qu’écrivaine, traite au fil des années de sujets sensibles en interrogeant la société qu’elle habite. Roman après roman, elle se réapproprie sa propre histoire, mais explore également l’infanticide dans Le Cimetière des poupées ou le viol et le silence entourant ses victimes dans son dernier roman, Se taire (01:02:20).Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles ÉcoutesRéalisation de l’introduction et générique : Aurore Meyer-MahieuProgrammation et coordination : Gaïa MartyMontage et mixage : Marion Emerit
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Comments (19)

Maylis P.

Merci pour ce superbe podcast et cette interview de cette grande économiste. Voix très agréable. Beaucoup de pistes de réflexion. Petit regret sur le sponsor au début qui m'a un peu irritée, je sais qu'ils essayent de participer à une mode plus éthique mais ce côté sur consommation de la marque et petite pub au début du podcast m'a gênée. Ca fait pas du tout media indépendant du coup 😉 Après je suppose que c'est flatteur et permet de produire le podcast... J'ai travaillé dans mes médias je connais le sujet...

May 3rd
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Maitan ZH

J'adore ce podcast! J'aimerais bien si vous faisiez un entretien avec Delphine Dhilly, la réalisatrice del documentaire "Sexe sans consentement". Merci!!!

Feb 23rd
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Patricia Hanrahan

lplp llllllllmplllllllllllllm

Oct 15th
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Ali Tms

🙏🙏 Elle est merveilleuse 💪❤️💜

Oct 3rd
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Alina Golovkova

Super épisode ! Merci à vous Lauren. Toujours si inspirant et motivant. Très agréable de découvrir une personnalité attachante et inspirante comme Sonia Rolland.

Aug 30th
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Alina Golovkova

Une fenêtre sur le monde d’aujourd’hui. La poudre ou comment se prendre une dose de culture, de féminisme, de réflexion sur soi-même à chaque épisode. Merci ❤️

Aug 17th
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Andrea Smither

merci #lapoudre d’embellir et enrichir mes marcdis!

Mar 19th
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Sarajvati muta

Je suis touchée à chaque podcast. Chaque intervenante est passionnante et passionnée... j'ai du retard à rattraper car j'ai découvert la chaîne il y a peu... Je suis ravie, transportée, guidée...bref continuez !

Mar 9th
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Andrea Addington

For French speakers, #lapoudre is a great podcast! This episode is an interview of Xavière Gauthier, the founder of feminist publication Sorcières! #women #IWD #Castboxplaylist

Mar 8th
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Anouk Cohen

le son est faible...

Oct 23rd
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Céline Lleu

Génial! Merci pour ce Podcast intéressant et libérateur!

Oct 20th
Reply (1)

Audrey H

C'était ouf ! Merci pour toutes ces informations importantes

Oct 5th
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Morgane Guerlais

Incroyable ! Un très bon moment pour moi. Merci.

Jul 30th
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LaLucarne EtLaNuit

juste pas possible d'écouter parler une cruche pareille

May 18th
Reply (1)

Batiste M

w w 2w

Apr 28th
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Marine Delvaux

Merci pour ce podcast qui me fait réfléchir, évoluer dans mes opinions, et découvrir des femmes passionnantes.

Apr 5th
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Soumaya El Bakkali

merci pour cette conversation avec Sophie Fontanel.

Dec 13th
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