Trois Californiennes, zéro guitare, un flingue à la place du cœur : Automatic ne pardonne rien et ça fait danser. Automatic est un trio formé sur la scène autogérée de Los Angeles par trois musiciennes trentenaires. En 2019, l'album Signal impose d'emblée sa signature, un rétrofuturisme minimaliste éclatant. Le suivant, encensé par la critique, navigue entre post punk et pop douce et installe les filles dans la durée. Le dernier confirme qu'elles sont à la pointe de l'avant-garde. Des voix, des synthétiseurs, de la batterie, on en trouve sur les trois albums. Mais dans tous les morceaux, c'est la basse qui mène la danse. Pas la moindre guitare chez Automatic. Pour elles, la gratte est trop associée à l'énergie masculine. Le nom du groupe lui même est un clin d'œil, Automatic, titre emprunté aux Go Go's, référence absolue du punk rock féministe américain de la fin des années 70. Les Californiennes s'inscrivent dans cette lignée mais la rendent plus vive, et surtout plus critique. Patriarcat, crise climatique, capitalisme, leur constat sur l'état du monde est amer. Et ça s'entend dans le titre « Too Much Money ». La joie comme acte de résistance Face à une époque anxiogène, Automatic choisit pourtant de faire danser. La joie comme acte de résistance, voilà le programme. Le titre « Mercury » le dit sans détour : « ne cédons pas au nihilisme, gardons une vision spirituelle du monde malgré tout ce qui ne va pas ». L'histoire d'Automatic est celle de l'Amérique d'aujourd'hui, avec cette volonté farouche de ne pas subir, de ne pas se contenter d'être les naufragées de la crise. Alors le groupe avance, cherche ailleurs, s'ouvre au trip hop et même au jazz. Humour noir, vitalité, acuité politique, les rockeuses nous invitent à bouger ensemble.Ce qui n’empêche pas chacune d'entre elles de ramasser des chats errants, de s'occuper des fleurs et des chevaux... Automatic part en tournée, plus de trente dates aux États Unis, puis au Canada et en Australie. Que le monde s'écroule, elles continueront de faire danser les ruines.
Energie brute, instruments bricolés et messages engagés, le collectif congolais Kin'Gongolo Kiniata impose un univers musical aussi surprenant qu'original. Dans l'effervescence des rues de Kinshasa, les cinq artistes ont forgé une identité sonore à la croisée de l'afro-punk, de l'électro-rock expérimental et des musiques traditionnelles congolaises. Des guitares à une corde, des percussions fabriquées à partir de bouteilles en plastique, de casseroles ou encore de bidons récupérés : chez Kin'Gongolo Kiniata, le recyclage n'est pas seulement un choix esthétique ou économique : c'est un véritable message. « L'amour du prochain et protéger notre planète Terre. C'est pour cela qu'on crée des instruments avec des objets recyclés, des objets jetés », explique Lebrina Sabiti, alias Leebruno, chanteur et percussionniste du groupe. Les membres du collectif fabriquent eux-mêmes leurs instruments à partir de matériaux récupérés. Boîtes de conserve, pièces de rechange automobiles, métal de récupération : tout devient source de création sonore. Chanter le quotidien des Kinois Les artistes, tous trentenaires, chantent en lingala et racontent la vie quotidienne à Kinshasa. Leurs textes célèbrent l'ingéniosité et la débrouillardise que les habitants de la capitale congolaise appellent « l'article 15 », autrement dit l'art de se débrouiller par ses propres moyens. Le groupe évoque les petites victoires de tous les jours, les difficultés rencontrées par la population, mais aussi les espoirs qui continuent d'animer la jeunesse congolaise. Entre spiritualité et réalités sociales Parmi les thèmes abordés figurent également la religion et la place importante qu'elle occupe dans la société congolaise. Certaines chansons s'inspirent directement de l'univers des églises et des prédicateurs, omniprésents dans les rues de Kinshasa. Sur un registre plus social, Kin'Gongolo Kiniata évoque aussi les conditions de vie difficiles dans certaines zones rurales, notamment l'accès à l'eau potable. Une réalité quotidienne pour de nombreuses familles contraintes de parcourir de longues distances pour s'approvisionner. Un message de paix Le groupe n'hésite pas non plus à aborder des sujets plus graves, comme le conflit qui touche l'est de la République démocratique du Congo depuis plusieurs décennies. Dans leur titre « Toko Lemba Té » (« Nous ne cèderons pas »), les musiciens délivrent un message de résistance et d'espoir. Un refrain simple et puissant : ne pas abandonner malgré les épreuves. « Le son qui écrase » Le nom du collectif résume à lui seul leur identité musicale. Kin'Gongolo Kiniata signifie « le son qui écrase ». Une expression qui traduit parfaitement la puissance rythmique de ce groupe né dans l'effervescence de Kinshasa. Après avoir marqué les esprits en France, notamment lors des Trans Musicales et du festival Africolor en 2022, les musiciens poursuivent leur conquête des scènes européennes. Leur credo : transformer les bruits de la ville, les objets abandonnés et le quotidien de Kinshasa en une musique irrésistible, inventive et profondément humaine.
Cette voix, cette émotion, Céline Dion reprenant « L'Hymne à l'amour » d'Édith Piaf en haut de la tour Eiffel lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à Paris en 2024. La star québécoise est de retour dans la capitale française où elle donnera demain, samedi 12 septembre, à la Plénitude Arena, la plus grande salle d'Europe, le coup d'envoi d'une série de concerts après six ans d'absence de scène en raison d'une maladie invalidante, le syndrome de la personne raide. C'est dire si les retrouvailles avec son public font l'événement. La presse internationale la sacre « plus grande chanteuse vivante ». Un statut qu'elle a peaufiné avec rigueur et persévérance pendant 46 ans de carrière. Benjamine d'une fratrie de 14 enfants, élevée dans une famille de musiciens, elle débute son incroyable carrière à 12 ans et s'impose en quelques années au sommet de la chanson canadienne grâce à sa musicalité et sa voix puissante. Le public français la découvre en 1983 avec « D'amour et d'amitié ». Au début de sa carrière, elle connaît le succès avec ces chansons sentimentales écrites par le parolier français Eddy Marnay, parlant de Dieu, de l'amour, d'amis, de sujets encore enfantins en décalage avec ce timbre incomparable d'une voix plus mature. Elle perce aux États-Unis en 1991, lorsqu'elle est appelée à Hollywood pour interpréter en duo le titre du film Disney « La Belle et la Bête ». Céline Dion séduit le public américain Dans ces années 90, la chanteuse québécoise puise dans la tradition des chanteuses afro-américaines. Elle joue de la montée en puissance de sa voix pour provoquer des frissons, comme avec sa reprise de « All by Myself », titre sur lequel elle atteint et tient le Fa de la cinquième octave, et qui fait de cette chanson l'une des plus attendues de ses concerts. Superstar mondiale, avec ce titre puis celui du film Titanic, dans cette même décennie 1990, Céline Dion explore en parallèle en français une autre voix grâce à Jean-Jacques Goldman. Il lui écrit l'album D'eux en 1995, dans lequel elle joue d'un autre effet : le legato, cette façon de lier plusieurs notes sans rupture et qui rend les mélodies plus expressives sans jouer sur la puissance de la voix. D'eux est encore à ce jour l'album francophone le plus vendu au monde, plus de 10 millions d'exemplaires. À lire aussiLe Dossier Céline Dion
À 56 ans, Jay-Z, Shawn Carter de son vrai nom, tient la cap sans tergiverser. Le gosse des Marcy Houses, à Brooklyn, est devenu l'un des patrons du rap américain, poids lourd catégorie business autant que rimes. Le bilan comptable de Jay-Z donne le tournis : treize albums studio, plus de 100 millions de disques écoulés, 25 Grammy Awards dans la poche et une fortune personnelle évaluée par Forbes autour de 2,5 milliards de dollars. De quoi transformer « 99 Problems » en simple souvenir de jeunesse fauchée. En 2009 sort The Blueprint, son onzième album. Jay-Z y aligne les invités en lettres d'or, de Rihanna à Kanye West, et surtout Alicia Keys sur « Empire State of Mind », un tube universel, celui que même votre tante fredonne sans savoir d’où il vient.. Ce succès planétaire l'installe définitivement dans la cour des grands. Roi d'un rap swing élégant, lorgnant vers le jazz, Jay-Z est aussi resté un champion toutes catégories de la punchline assassine, de Nas à Prodigy, personne n'y a échappé. Et puis il y a l'autre versant de la légende : le mari de Beyoncé. En 2003, sur « Crazy in Love », single fracassant de son premier album solo, l'ex chanteuse de Destiny's Child, lui lance un « You ready ? » Sauf qu’en réalité, ce n’est pas une question. C’est plutôt un défi pour relever ceci : « Accroche-toi bébé, ça va chauffer ! » La suite : mariage, trois enfants, tubes en duo et quelques tempêtes conjugales reprises par la presse people américaine, mieux documentées que n'importe quel biographe autorisé. Trente ans de carrière, ça se fête, et Jay-Z a choisi le Stade de France, le 10 septembre 2026, pour souffler les bougies. Au menu, Reasonable Doubt, son tout premier disque sorti en 1996, et The Blueprint, album paru cinq ans plus tard et devenu depuis un monument absolu du hip hop, régulièrement cité parmi les meilleurs disques de tous les temps. Jay-Z, l'homme qui tape dans le dos des présidents, de Barack Obama à Nicolas Sarkozy, sans faire dans le tri partisan, règne depuis trois décennies sur la bande son planétaire. Après avoir enflammé la même pelouse à deux reprises, le new-yorkais y revient encore... Malgré tant d’adieux, la méga star américaine sait surtout transformer ses retours sur scène en événement XXL. Que de chemin parcouru !
Le collectif londonien Ibibio Sound Machine revient avec Chopping Mountain, un sixième album lumineux où afro-funk, électro et traditions nigérianes se rencontrent. Porté par la voix d'Eno Williams, le groupe célèbre l'amour, la solidarité et la puissance libératrice de la danse. Depuis ses débuts en 2013, Ibibio Sound Machine a bâti sa réputation sur une formule singulière : faire dialoguer les rythmes d'Afrique de l'Ouest avec l'électro, le disco, le funk ou encore le post-punk. Résultat : des morceaux souvent très instrumentaux, hypnotiques, conçus autant pour la danse que pour l'évasion, comme le titre « What is your concept of love. » Une passerelle entre Lagos et Londres La chanteuse nigériane Eno Williams, née dans le Sud-Est du Nigeria, a grandi au rythme des chants gospel, du highlife et des contes traditionnels ibibio. Cet héritage irrigue son écriture: « Tout l'album prend source dans ma culture ibibio » explique la chanteuse. « L'amour, être ensemble, se relever ensemble en tant que communauté, prendre soin les uns des autres. Ce sont des thèmes qui traversent les histoires qu'on m'a racontées quand j'étais enfant. » Si Ibibio Sound Machine puise dans ces racines ouest-africaines, le groupe compose des grooves électroniques à la recherche d'un son afro-futuriste avec notamment Max Grunhard, l'autre pillier du groupe, au claviers et au saxophone. Un afro-futurisme festif Sur scène, les musiciens arborent d'ailleurs des costumes flamboyants, inspirés à la fois des textiles africains et de la science-fiction. « J'adore l'idée d'explorer ce que le futur nous réserve musicalement, d'expérimenter avec le son et d'essayer des choses qui n'ont jamais été faites. Dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, nous essayons de susciter une prise de conscience positive, de partager l'amour. Si notre musique peut remonter le moral et nous faire danser ensemble, alors la danse peut devenir quelque chose de libérateur », explique Eno Williams. Cette énergie traverse tout l'album. Les synthétiseurs, les guitares électriques, les cuivres et les percussions s'entremêlent dans de longues constructions rythmiques qui évoquent parfois une immense jam session. Mais le groupe sait aussi ralentir le tempo avec des morceaux plus chaleureux et lumineux, comme « Love ». L'album Chopping Mountain paraît le 11 septembre. Ibibio Sound Machine sera également en concert à Paris, au Hasard Ludique, le 14 avril prochain.