Religio

Le podcast qui explore le religieux

La place singulière du religieux dans la vie politique américaine

Aux États-Unis, la religion occupe une place singulière au carrefour de la culture, de la société et de la politique. En cette année électorale de 2024, bien que ni Kamala Harris ni Donald Trump n’aient fait de la religion un thème central de leurs campagnes, la foi demeure un puissant marqueur de distinction entre les deux grands partis politiques. Les conventions nationales de cet été ont révélé les visions contrastées de la religion : tandis que les Démocrates s'affichent sous une bannière de diversité religieuse, intégrant une large représentation d’officiants de différentes confessions, les Républicains, eux, restent ancrés dans une orientation évangélique majoritaire, mettant en avant la figure de Jésus et des valeurs conservatrices. Ce phénomène, qui s’accompagne de la montée des « nones » – ces Américains sans affiliation religieuse, souvent alignés avec les Démocrates –, révèle une réaction croissante contre l’association visible entre religion et politique conservatrice. En 2022, près de la moitié des Américains (46 %) affirmaient que la religion restait très importante dans leur vie, et 26 % la considéraient plutôt importante. La croyance en Dieu demeure répandue, avec 81 % d'Américains se disant croyants et 41 % participant régulièrement à des offices religieux. Malgré une certaine érosion de la religiosité, elle reste bien plus ancrée qu’en Europe, et ce déclin apparent n’a fait qu’intensifier les débats sur la place de la foi dans la sphère publique et dans le comportement électoral. En effet, aux États-Unis, la religion façonne les comportements politiques : plus une personne est religieuse, plus elle est susceptible de voter républicain ; inversement, ceux qui pratiquent moins ou s’identifient aux « nones » tendent à se rallier aux Démocrates. Ce clivage, souvent qualifié de « God Gap », reflète une société où la foi et l’identité politique sont de plus en plus imbriquées. Dans cet épisode, nous explorerons les ramifications de cette polarisation religieuse : pourquoi la religion, autrefois force unificatrice, devient-elle un terrain de division ? Quels impacts cette séparation pourrait-elle avoir sur la cohésion sociale et la vitalité des valeurs démocratiques américaines ? Enfin, nous analyserons les paradoxes du lien entre religion et politique, en questionnant l’avenir de la vie politique dans une Amérique de plus en plus fragmentée.

11-04
24:10

Laïcité et diversité religieuse en France : le cas des juifs orthodoxes

Bienvenue dans ce nouvel épisode du balado Religio, où nous plongeons au cœur d'une question brûlante et complexe : l'évolution de la laïcité en France et son impact sur les minorités religieuses. Depuis plus de quatre décennies, la notion de laïcité a évolué de manière significative. Ce qui était initialement conçu comme un principe de neutralité de l'État vis-à-vis des croyances religieuses a progressivement évolué en un instrument de gouvernance publique rigide, destiné à contenir certaines expressions religieuses dans l'espace public. Ce durcissement s'est particulièrement ressenti pour des communautés comme celle des Juifs orthodoxes, qui, avec leurs pratiques quotidiennes fortement codifiées, se retrouvent en première ligne de cette reconfiguration de la laïcité. Dans cet épisode, nous examinerons les défis spécifiques auxquels sont confrontés les Juifs orthodoxes en France, tels que la réglementation stricte sur les signes religieux dans les écoles, les restrictions sur l'enseignement à domicile, ou encore les contraintes liées à l'organisation de certaines pratiques religieuses publiques. Nous verrons comment cette communauté a tenté d'adopter des stratégies d'adaptation, combinant visibilité discrète et négociations locales, pour continuer à vivre leur foi sans trop attirer l’attention. Nous élargirons ensuite notre analyse en comparant cette situation avec celle du Québec et du Canada. Ces deux contextes, bien qu’également marqués par des débats sur la laïcité et la neutralité de l'État, adoptent des approches distinctes vis-à-vis de la diversité religieuse. Comment les Juifs orthodoxes au Québec naviguent-ils entre les politiques de laïcité à la québécoise et le multiculturalisme canadien ? Quelles sont les différences de traitement par les institutions publiques par rapport à leurs homologues français ? À travers cette comparaison, nous tenterons de cerner les spécificités de la gestion de la diversité religieuse dans ces différents contextes sociopolitiques. Cet épisode vise à éclairer les enjeux de la laïcité et de la gouvernance religieuse, à mettre en lumière les adaptations et résistances des communautés religieuses face à ces nouvelles normes, et à explorer les répercussions de ces politiques sur le tissu social. Préparez-vous à un voyage au cœur des tensions entre liberté de croyance et neutralité de l'État, entre intégration et exclusion, en France, au Québec et au Canada. Pour répondre à ces questions, Frédéric Strack sera notre invité. Chercheur post-doctoral à l’Université de Sherbrooke auprès de la Chaire droit religion et laïcité, il est chercheur associé au Sodrus. Ses travaux portent sur la régulation publique du religieux rigoriste Europe et en Amérique du Nord. Il s'intéresse particulièrement aux stratégies d'action collective des minorités religieuses et à la reconfiguration des notions de sécularisme et de laïcité. Sa thèse de doctorat portait sur les Juifs orthodoxes en France.

10-01
31:49

Quand la science-fiction rencontre la science des religions

Il ne vous aura sûrement pas échappé que depuis la sortie des films Dune de Denis Villeneuve, tout le monde semble redécouvrir cet univers de science-fiction créé par Frank Herbert et poursuivi par son fils Brian Herbert. Dans cette œuvre remarquable par sa capacité à instaurer un univers cohérent et complexe, la religion est omniprésente. Le cycle de Dune se concentre principalement sur les rapports entre la religion et le pouvoir politique. Mais qu'est-ce qui fait de Dune une œuvre si unique en matière de traitement du religieux dans cet univers ? Dune est-il le seul univers de science-fiction à se focaliser sur les relations entre religion et politique ? Quels sont les autres exemples marquants ? Et comment les sciences des religions s'emparent-elles des objets de culture populaire, comme les œuvres littéraires, pour analyser le religieux contemporain ? Ces questions, je les poserais à mon invité d’aujourd’hui, Sara Teinturier. Sara est chercheure partenaire et coordinatrice à la recherche du SoDRUS. ses recherches portent sur les reconfigurations du religieux dans les sociétés sécularisées, et elle a notamment publié plusieurs articles ou chapitres d’ouvrage concernant le religieux dans l’univers de Dune. Voici quelques oeuvres recommandées par Sara qui font référence au religieux et au spirituel : - Un Cantique pour Leibowitz, Walter M. Miller, 1960. Dans un monde postapocalyptique, le savoir est sauvé et transmis par les héritiers (spirituels…) de religieux franciscains. - Battlestar Galactica – la série du début des années 2000. - Raised by Wolves, série 2020-2022. Série produite par Ridley Scott, mettant en scène une terre dévastée par une guerre entre Mithraides (inspirés du culte de Mithra, mais avec beaucoup d’éléments du judéo-christianisme également) et robots, désormais exilés sur une planète où se rejouent certaine des affrontements entre les deux groupes. - Le cycle Histoires de moine et de robot, par Becky Chambers – deux court volumes. L’auteure y fait se rencontrer un.e moine non binaire, dont la vocation est de porter le thé aux populations humaines, avec les robots ayant disparu de la planète plusieurs années auparavant. Histoire d’une redécouverte et discussions philosophiques et spirituelles au rendez-vous. Le premier tome, Psaume pour les recyclés sauvages, est enthousiasmant.

06-28
56:54

Crimes haineux au Québec et au Canada : un état des lieux

Depuis octobre 2023, une vague de crimes haineux déferle sur le Québec et le Canada, frappant de plein fouet les communautés musulmanes et juives. Cette recrudescence s'inscrit dans un contexte de montée de la haine et de l'intolérance qui ne se limite pas à la situation actuelle à Gaza et en Israël, mais qui s'amplifie depuis plus de dix ans dans. L'attaque du Centre culturel islamique de Québec en 2017 et le meurtre d'une famille musulmane à London en 2021 illustrent la violence haineuse qui sévit dans le pays depuis plusieurs années. Des actes terroristes visent des communautés en raison de leur religion, de leur genre ou de leur sexualité. Il y a également eu une hausse drastique des crimes haineux envers les communautés LGBTQ+, particulièrement envers les personnes trans et non-binaires, notamment dans le cadre des manifestations "1 Million March 4 Children" organisées à travers le Canada en septembre dernier. Cette recrudescence des actes haineux exacerbe les tensions et nourrit les amalgames. Amira Elghawaby, représentante canadienne contre l'islamophobie, souligne la difficulté accrue de son travail face à l'escalade des tensions. La majorité des incidents ne sont jamais signalés, laissant les victimes dans l'isolement et la douleur. Le silence face à la haine ne fait qu'aggraver la situation. La haine menace la sécurité publique, la démocratie et les droits fondamentaux. L'absence de responsabilisation des auteurs encourage la banalisation de la violence. Face à cette montée des crimes haineux, plusieurs chercheurs, organisations antiracistes et individus concernés par ces crimes appellent les gouvernements provinciaux et fédéraux à mettre en place des mesures proactives pour contrer la haine avant qu'il ne soit trop tard. Pour mieux comprendre les enjeux entourant cette situation, j’accueille deux invitées pour répondre à mes questions d’aujourd’hui. Il s’agit de Michèle Vatz-Laaroussi professeure retraité associée à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke et Safa Ben Saad, conseillère à la recherche et professeure associée au CERC. Toutes deux sont également chercheuses associées au Sodrus.

06-10
40:27

Réforme du droit de la famille : avancées et angles morts

Dans cet épisode, nous reviendrons sur la récente réforme du droit de la famille au Québec, incarnée par l’adoption du projet de loi 12 au printemps dernier. Sous la direction du ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, ce projet de loi a tracé son chemin jusqu’à l’Assemblée nationale du Québec en mai 2023, marquant une réforme en profondeur du cadre juridique régissant les relations familiales. Après la controverse entourant le projet de loi 2 et notamment le volet relatif à la réforme du droit des personnes physiques, Simon Jolin-Barrette s’est engagé dans un exercice conservateur visant à défendre une vision traditionnelle de la famille, souvent en opposition aux modèles émergents de famille adoptés par les communautés 2SLGBTQIA+, tels que la gestation pour autrui et la pluriparenté. Dans ce balado, nous explorerons les origines de cette réforme, mettant en lumière les phases traversées, qu’elles soient source de satisfaction ou de désaccord. Nous reviendrons sur les grands jalons historiques du droit de la famille au Québec depuis notamment le début des années 1980, date de la dernière grande réforme du droit de la famille dans la province québécoise. Restez à l’écoute pour une exploration approfondie de ces évolutions juridiques importantes et de leur impact sur notre compréhension contemporaine de la famille. Pour répondre à mes questions aujourd’hui, j’accueille Andréanne Malacket, professeure adjointe à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke et chercheur régulière du Sodrus.

04-22
39:14

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