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Simone et les philosophes
38 Episodes
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Photo : Peggy Avez
Il n’est pas impossible qu’à l’origine de cet épisode, comme du podcast, il y ait un désir : que nos filles se sentent toujours légitimes à faire ce qui leur tient à cœur.
Notes de l’épisode :
L’un des traits caractéristiques de notre époque consiste à déguiser en faiblesses psychologiques les effets matériels des inégalités sociales. Cette habitude est fermement installée et j’ai déjà pu l’évoquer dans l’épisode consacré à la notion de capitalisme émotionnel analysée par la penseuse Eva Illouz. Partout, nous reformulons les problèmes sociaux comme des problèmes psychologiques.
Il en va ainsi lorsque nous disons que nous ne nous sentons pas légitimes à faire ce que nous voulons, ou ce que nous aurions intérêt à faire. Personne ne nous l’interdit, mais nous limitons notre droit d’action au nom de notre sentiment d’illégitimité. Et nous nous persuadons que les choses changeront lorsque nous aurons suffisamment travaillé sur nous pour nous sentir légitimes. Puisque le problème est psychologique, la solution l’est aussi. Et l’on nous répète à tour de bras qu’il faut savoir se passer de l’approbation d’autrui. Ce biais psychologisant nous induit en erreur : il nous fait manquer la puissance des normes et de ce qu’on appelle la violence ordinaire.
Tant que votre attention n’est pas tournée vers la compréhension des normes dominantes qui structurent vos représentations, vous ne risquez pas de les transgresser. On ne le dit pas assez souvent : la résilience psychique passe par la compréhension de la violence à laquelle on a affaire. En ce sens, les Lumières avaient raison de voir dans l’esprit critique la source de l’émancipation humaine ! Les limites que nous nous imposons ont leur source non pas dans notre psyche, mais dans le fonctionnement de la société.
Alors comment comprendre notre sentiment d’illégitimité ? Et par là, comment le surmonter et pourquoi c’est important de le faire ?
Dans ce 24e épisode de la saison 2, je vous invite à déconstruire votre sentiment d’illégitimité pour mieux le surmonter, voire même vous en débarrasser. Au fond, il me semble qu’au lieu d’attendre très docilement de nous sentir légitimes pour faire telle ou telle chose, on gagnerait à cultiver ensemble une certaine fantaisie : la fantaisie de vivre en toute illégitimité et de nous encourager les unes les autres à le faire !
Je vous parlais à l’instant d’une de nos habitudes les plus aveuglantes : l’habitude de formuler des problèmes socio-économiques en des termes psychologiques.
À mon sens, cette habitude rhétorique entrave nos libertés de 3 façons :
1 – Tant que vous croyez que vos obstacles sont psychologiques, et que par là vous en êtes responsable, vous retournez la colère résultant de vos frustrations sur vous-mêmes. Et vous vous dites que les choses ne changeront que si vous travaillez suffisamment sur vous-même pour surmonter vos freins.
2 – Les concepts psychologiques dont nous disposons s’appliquent indifféremment à tout le monde. Ils ne tiennent pas compte des discriminations et de leurs effets. Par exemple, il est courant d’entendre parler du syndrome de l’imposteur. Au point qu’on peut se demander s’il existe une seule personne sur terre qui n’en souffre pas. De sorte que lorsque vous appartenez à une minorité discriminée, et que vous vous autocensurez par exemple, vous vous retrouverez à formuler vos difficultés dans des termes qu’utilise la classe dominante. Comme tout le monde, vous souffrez du syndrome de l’imposteur. Ce qui rend votre expérience singulière opaque pour vous-même, puisque vous ne disposez que d’une étiquette générale et floue pour la nommer.
3 – Le 3ème effet, qui en résulte : c’est qu’elle vous empêche de vous...
Photo : Diane Arbus
À bien des égards, la force de la pensée socratique, c’est sa féminité. Avoir du mal à se reconnaître experte, mépriser le pouvoir et la conquête, n’est-ce pas être philosophe ? Alors pourquoi ne loue-t-on pas les femmes pour leurs qualités de philosophe ?
Et si la figure socratique diffusée par la tradition servait à valoriser une forme d’impuissance, comme le dira Nietzsche ? Et si la morale de Socrate servait à fournir un modèle, dont s’exceptera la classe dominante ? Alors, l’apparente contradiction peut être comprise comme un élément idéologique du fonctionnement d’une société et de l’organisation de son pouvoir. Dans cet épisode, je vous propose d’explorer une hypothèse : la sagesse – vantée par une culture donnée – peut avoir pour fonction de sublimer la servitude.
Pour accompagner ou prolonger votre écoute, vous pouvez télécharger la transcription de l’épisode (PDF).
L’article ÉPISODE 23 Saison 2 : Que sert la vertu socratique des femmes ? est apparu en premier sur Simone et les philosophes.Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Les statistiques le confirment : les femmes ont plus de réticences que les hommes à parler de sujets sur lesquels elles ne se sentent pas tout à fait expertes, que ce soit dans les médias ou dans l’espace public en général. Et l’on regarde souvent ces réticences à prendre la parole comme une marque de faiblesse ou d’autocensure.
Mais n’est-ce pas là la posture philosophique que défendait Socrate ? L’exigence de penser toujours plus loin le réel ne nous contraint-elle pas à refuser certaines prises de parole et à dire notre ignorance ? Une (re)lecture du Gorgias de Platon peut nous apporter un autre éclairage sur le rejet des normes linguistiques en vigueur dans l’espace public. Dans ce dialogue, les divergences qui opposent Socrate à ses interlocuteurs Gorgias, Polos et Calliclès mettent en avant un dilemme. Pour protéger ses intérêts ou ceux d’autrui, il faut adopter une parole stratégique, habile qui passe sous silence certaines choses que l’on sait ou que l’on pense. Inversement, le désir de penser ce qu’on dit nous contraint au silence, dans des situations où nous aurions pourtant intérêt à bien parler.
Le souci d’une parole juste d’une part, et la recherche du pouvoir d’autre part impliquent certains silences, qui sont autant de choix éthiques. Le Gorgias nous invite à les discerner et à questionner nos dénis linguistiques.
Pour accompagner ou prolonger votre écoute, vous pouvez télécharger la transcription de l’épisode (PDF) ainsi que cette sélection d’extraits (PDF).
L’article ÉPISODE 22 SAISON 2 : Choisir ses silences avec Socrate est apparu en premier sur Simone et les philosophes.Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Dans cet épisode, je vous invite à comprendre le rôle de l’admiration dans les rapports de pouvoir. Non pour renoncer à notre enthousiasme, mais pour l’exercer de façon créative et émancipatrice.
Ouvrages mentionnés dans l’épisode :
Discours sur la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie, L’avenir d’une illusion de Sigmund Freud, Cahiers pour une morale de Jean-Paul Sartre.
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Dans cet épisode, je vous invite à interroger un mot d’ordre qui domine notre idéologie contemporaine : il faudrait gérer ses émotions. Quelle place occupe ce mot d’ordre dans notre vie et dans notre société ? D’où vient cette croyance que nous avons qu’il faut travailler sur soi pour se libérer ? Et comment sortir de ce système que la sociologue Eva Illouz appelle le capitalisme émotionnel ?
Cette notion de capitalisme émotionnel est développée dans Les sentiments du capitalisme d’Eva Illouz que je vous invite chaleureusement à lire !
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L’article ÉPISODE 20 Saison 2 : Sortir du « capitalisme émotionnel » (E. Illouz) est apparu en premier sur Simone et les philosophes.Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.








