DiscoverRandevoo پادکست فارسی راندوو
Randevoo پادکست فارسی راندوو
Claim Ownership

Randevoo پادکست فارسی راندوو

Author: Mostafa SHALCHI

Subscribed: 4,271Played: 52,484
Share

Description

راندوو پادکستیه که درون قراره یک رمان فرانسوی رو با هم بخونیم، ترجمه کنیم و اگه لازم شد توضیح بدیم و میتونه به درد کسایی بخوره که زبان فرانسه بلدند، دارند یاد می گیرند یا فقط به زبان فرانسه یا به صورت کلی تر به رمان علاقمندند
28 Episodes
Reverse
Randevoo - Epiosde 28

Randevoo - Epiosde 28

2021-10-0111:31

حمایت من در سایت حامی ‌باش کانال یوتوب من برای آموزش زبان مدرسهٔ آنلاین نزدیکتر   XXXVI Free-lance Je m'installe dans l'attente. Cela a le mérite de me calmer. Je remplis mon Désert des Tartares avec ce que je trouve. Ainsi, on vient par exemple de me briefer sur une recherche de “signature” pour un lancement de parfum féminin: Hypnose de David Copperfield, Las Vegas. C'est payé cinquante mille nouveaux francs (la moitié si l'idée n'est pas vendue). Il faut trouver une phrase courte, provocante, forte, qui dise à la fois le bénéfice consommateur et induise de manière positive la “reason why”. En clair, exprimer que ce parfum va permettre aux femmes (la cible) de séduire les hommes (la cible de la cible) mais pas pour une nuit seulement: pour une passion éternelle et durable, et ce grâce au savoir-faire de son fabricant. Je reviens après une semaine de réflexion et propose cette liste: Au lieu de vous marier, portez Hypnose de Copperfield. Hypnose de Copperfield. Ce n'est pas un parfum, c 'est un tour de magie. Hypnose de Copperfield. Parfum pour ce soir, et demain soir, et tous les autres soirs. Hypnose de Copperfield. Il cache une histoire d'amour dans un double fond. Portez Hypnose et laissez agir toute une vie. Hypnose de Copperfield. Ce parfum est truqué. Hypnose: le flacon qui rend amnésique. Hypnose de Copperfield. Après, vous ferez semblant de ne plus vous souvenir. La réunion se passe très mal. Personne n'est satisfait, pas même moi. Je les écoute, quitte Paris l'après-midi même pour Verbier (Suisse), une station de sports d'hiver du Valais. De là-bas, au bout de trois semaines de travail, je faxe le slogan que vous connaissez et qui a fait en une année de ce produit le leader mondial des fragrances vendues en “food”: HYPNOSE DE COPPERFIELD. SINON, L’AMOUR DURE TROIS ANS. XXXVII Un cynique à l'eau de rose Je suis assis là, comme tous les soirs, au fond du même café, à chercher une solution. J'ai beau me répéter que je suis mort, je continue tout de même de vivre. J'ai failli mourir souvent: écrasé par une voiture (mais je l'ai évitée de justesse), tombé d'un immeuble (mais je me suis rattrapé aux branches), contaminé par un virus (mais j'ai mis une capote). Quel dommage. Mourir m'aurait pas mal arrangé. Avant ma descente aux enfers, la mort me faisait peur. Aujourd'hui elle me délivrerait. Je ne parviens même pas à comprendre pourquoi les gens sont si tristes de mourir. La mort nous réserve plus de surprises que la vie. Désormais j'attends le jour de ma mort avec impatience. Je serais ravi de quitter ce monde et de savoir enfin ce qu'il y a derrière. Ceux qui ont peur de la mort ne sont pas des gens curieux. Mon problème, c'est que tu es la solution. Ce sont les gens les plus cyniques et les plus pessimistes qui tombent le plus violemment amoureux, car c'est bon pour ce qu'ils ont. Mon cynisme avait hâte d'être démenti. Ceux qui critiquent l'amour sont bien sûr ceux qui en ont le plus besoin: au fond de tout Valmont sommeille un indécrottable romantique qui ne demande qu'à sortir sa mandoline. Et voilà, ça y est, ça recommence, le piège se referme, la machination se met en branle. J'ai de nouveau des envies de grande maison avec jardin ensoleillé, ou bien le chant de la pluie sur le toit en fin de journée, envie de cueillir un bouquet de violettes, main dans la main avec elle, loin de la ville pour faire l'amour encore et encore, jusqu'à en crever de joie, en pleurer de plaisir, caresses pour se consoler d'être si bien ensemble, melon glacé et jambon de Parme, Florence, Milan, s'il y a le temps...
Randevoo - Episode 27

Randevoo - Episode 27

2020-12-2022:342

حمایت من در سایت حامی ‌باش کانال یوتوب من برای آموزش زبان   35. Tendre est la nuit Depuis que j’ai décidé d’en finir avec la nuit, je sors tous les soirs ; il faut bien faire ses adieux. Cela commence à se savoir que je suis seul. Un célibataire omnisexuel de mon âge, à Paris, en 1995, est aussi difficile à trouver qu’un SDF au Palace Hôtel de Gstaad. Les gens n’ont pas conscience que je suis mort de chagrin, car j’ai toujours été assez maigre, même quand j’allais bien. Je me promène un peu partout, le désespoir en bandoulière. Ce soir, une fois de plus, Alice m’a annoncé qu’elle n’en pouvait plus de mentir à son mari et qu’elle me quittait. Elle me laisse en général tomber le vendredi soir pour ne pas culpabiliser le week-end, puis elle me rappelle le lundi après-midi. J’ai donc téléphoné à Jean-Georges pour lui demander s’il voulait que j’apporte du vin pour son dîner, ou quelque chose pour le dessert. J’ai décidé de tromper Alice avec sa meilleure amie. Julie ne s’est pas fait prier pour m’accompagner à ce dîner : je lui ai dit que j’allais très très mal et j’ai remarqué qu’aucune femme ne résiste quand le mec de sa meilleure amie lui dit qu’il va très très mal. Cela doit ranimer en elles le sens du devoir, l’infirmière dévouée, la Petite Sœur des Pauvres qui sommeille. Julie est très sexy, c’est son principal problème. Elle se plaint sans cesse de ce que les garçons ne tombent pas amoureux d’elle. Il est exact qu’ils ont une fâcheuse tendance à vouloir d’abord la basculer n’importe où pour effectuer sur elle une palpation mammaire, voire globale. Ils ne la respectent pas beaucoup mais c’est aussi sa faute – aucune loi ne la contraint à porter toujours des tee-shirts taille huit ans s’arrêtant au-dessus de son nombril percé d’un anneau doré. — Tu sais, si tu ne cédais pas tout de suite, ils tomberaient amoureux. Les mecs, c’est comme les poivrons. Il faut les faire mariner. — Tu veux dire que tu me conseilles de faire aux mecs ce qu’Alice te fait ? Pas si sosotte, la Julie. — Euh… À la réflexion, non. Sois gentille avec les garçons, il vaut mieux avoir pitié d’eux, ce sont des créatures fragiles. Jean-Georges a bien fait les choses. Des âmes sereines conversent chez lui en harmonie. L’agressivité est bannie de son domicile, qui regorge pourtant d’artistes célèbres. Des acteurs, des cinéastes, des couturiers, des peintres, et même des artistes qui ne savent pas encore qu’ils en sont. J’ai remarqué que plus les gens sont doués, et plus ils sont gentils. Ce principe est absolu. Avec Julie, nous nous sommes assis sur un sofa pour manger des canapés, et non l’inverse. — Tu le connais depuis longtemps, ce Jean-Georges ? me demande-t-elle. — Depuis toujours. Il ne faut pas se fier aux apparences : ce soir il ne va presque pas venir me parler, et pourtant c’est mon meilleur copain, enfin, une des seules personnes de mon sexe dont je supporte la compagnie. Nous sommes comme deux pédés qui ne coucheraient pas ensemble. — Alors, susurre-elle en se redressant, ce qui exhibe sous mon nez ses deux globes de chair, tu me dis ce qui ne va pas ? — Alice m’a quitté, ma femme aussi, et ma grand-mère est morte. Je ne savais pas qu’on pouvait se retrouver aussi seul. Tout en me lamentant, je progresse vers elle sur le divan. Séduire dans une fête consiste essentiellement à réduire les distances. Il faut parvenir à gagner du terrain, centimètre par centimètre, sans que cela se remarque trop. Si vous voyez une fille qui vous plaît, il faut s’en approcher (à 2 mètres). Si elle vous plaît toujours à cette distance, vous vous mettez à lui parler (à 1 mètre). Si elle sourit à vos balivernes, vous l’invitez à danser ou à boire un verre (à 50 centimètres). Vous vous asseyez ensuite à ses côtés (à 30 centimètres). Dès que ses yeux brilleront il faudra soigneusement ranger une mèche de ses cheveux derrière son oreille (à 15 centimètres). Si elle se laisse recoiffer, parlez-lui d’un peu plus près (à 8 centimètres). Si elle respire plus fort, collez vos lèvres sur les siennes (à 0 centimètre). Le but de toute cette stratégie est évidemment d’obtenir une distance négative due à la pénétration d’un corps étranger à l’intérieur de cette personne (à environ moins 12 centimètres en moyenne nationale). — Je suis malheureux comme la pierre, reprends-je donc en réduisant l’écart qui me sépare de l’irréparable. Non, plus malheureux qu’une pierre, car personne ne quitte une pierre, et que les pierres ne meurent pas. — Mouais, c’est dur… Tu flippes, quoi. Je commence à me demander ce qu’Alice lui trouve, à cette ravissante idiote. On a dû mal me renseigner. Ce ne peut pas être sa meilleure amie. Je continue néanmoins mon numéro. — Enfin… Il n’y a pas d’écrivain heureux… Je n’ai que ce que je mérite. — Ah bon ? Pourquoi ? Tu écris des livres ? Je croyais que tu organisais des fêtes ? — Euh… Oui, c’est vrai, mais j’ai publié, ma foi, bon an mal an, quelques textes de-ci, de-là, cahin-caha, dis-je en regardant mes ongles. Voyage au Bout du N’importe Quoi, tu en as peut-être entendu parler ? — Euh… — Eh bien, c’est de moi. Je suis aussi l’auteur de L’Insoutenable Inutilité de l’Être et je prépare en ce moment Les Souffrances du jeune Marronnier… — Elle est quand ta prochaine fête ? Tu m’enverras une invitation, hein ? Certaines filles ont un tel regard de vache que vous avez soudain l’impression d’être un train de campagne. Mais il faut que je me force, si je sors avec elle Alice en crèvera, il faut tenir, coûte que coûte. — Julie, tu sais, le principal intérêt du divorce, c’est qu’il permet de se laver les mains sans accrocher du savon au doigt… — Ah oui ? Pourquoi ? — Ben, à cause de l’alliance. — Ah… d’accord… T’es un marrant, toi. — Tu as un fiancé en ce moment ? — Non. Enfin, oui, plusieurs. Mais aucun de sérieux. — Oui, comme moi. — Mais non, toi tu es amoureux d’Alice. — Oui, oui, mais c’est plus compliqué que ça. Je pense que mon problème, c’est que je tombe amoureux, mais n’arrive pas à le rester. À cet instant précis, je me situe à une distance millimétrique de sa bouche « ourlée ». Je me demande s’il n’y a pas un peu de collagène dans sa lèvre supérieure. Je suis sur le point de conclure lorsqu’elle tourne le visage et me tend la joue. Veste. Suffit. Assez de salades. Je me lève et l’abandonne sur son sofa. Pauvre créature, je comprends pourquoi les mecs la traitent comme un rasoir Bic. De toute façon, même si je sautais cette nana devant toi, Alice, tu t’en ficherais complètement (au contraire : ça t’exciterait). Je n’aime que toi, il va bien falloir que tu l’admettes, même si tu ne veux rien changer à ta vie. Il y a dans ta ville un mec qui t’aime et qui souffre, que tu le veuilles ou non. Te répéter cela sera ma meilleure façon de te faire céder. Je serai ton amant patient, torture calme, tentation immobile. Appelle-moi Tantale. Quelques heures plus tard, tandis que je feuilletais une vieille édition de poche de Tendre est la nuit sur le carrelage de la cuisine, Julie flirtait avec un père et son fils, déclenchant une belle baston familiale. Je me pris encore une sacrée cuite ce week-end-là. Nous ne sommes pas sortis de chez Jean-Georges pendant trois jours. Uniquement nourris de Chipsters et de Four Roses. Nous n’avons écouté qu’un seul disque : Rubber Soul des Beatles. À un moment, il me semble bien que Julien a composé une chanson au piano. Moi, je ne me relevais toutes les trois heures que pour me remettre à boire, car, on a beau dire, le meilleur moyen de ne pas regretter quelque chose reste de l’oublier.
Randevoo - Episode 26

Randevoo - Episode 26

2020-03-1313:20

حمایت از راندوو در داخل کشور حمایت از راندوو در خارج کشور   کانال یوتوب من برای آموزش فرانسه   متن  34. La théorie de l’éternel retour Quand je les informe de ma rupture, mes parents (divorcés en 1972) tentent de me raisonner. « Tu es sûr ? » « Ce n’est pas rattrapable ? » « Réfléchis bien… » La psychanalyse a eu une influence considérable dans les années soixante ; cela explique sans doute pourquoi mes parents sont persuadés que tout est de leur faute. Ils sont beaucoup plus inquiets que moi : du coup je ne leur mentionne même pas Alice. Une catastrophe à la fois, c’est suffisant. Je leur explique calmement que l’amour dure trois ans. Ils protestent, chacun à leur façon, mais ne sont guère convaincants. Le leur n’a pas duré tellement plus longtemps. Je suis époustouflé de les sentir revivre leur histoire à travers la mienne. Je n’en reviens pas que mes parents aient autant espéré, pensé, et finalement cru que je serais différent d’eux. Nous sommes sur Terre pour revivre les mêmes événements que nos parents, dans le même ordre, comme eux ont commis les mêmes erreurs que leurs parents à eux, et ainsi de suite. Mais ce n’est pas grave. Ce qui est bien pire, c’est quand, soi-même, on refait les mêmes conneries continuellement. Or c’est mon cas. Je retombe dans la même ornière, tous les trois ans. Sans cesse je revis un perpétuel déjà-vu. Ma vie radote. Je dois être programmé en boucle, comme un compact-disc quand on enfonce la touche « Repeat ». (J’aime bien me comparer à des machines, car les machines sont faciles à réparer.) Ce n’est pas du comique de répétition, mais un cauchemar bien réel : imaginez une montagne russe atroce avec des loopings écœurants et des chutes vertigineuses. Vous vous laissez embarquer une fois et cela vous suffit. Vous descendez du manège en vous écriant : « Ouh lala ! J’ai failli vomir ma barbapapa trois fois, on ne m’y reprendra plus ! » Eh bien moi, on m’y reprend. Je suis abonné au Toboggan Infernal. Le Space Mountain, c’est ma maison.   Je viens enfin de comprendre la phrase de Camus : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. » Il voulait dire qu’on répète toute sa vie les mêmes bêtises mais que c’est peut-être cela, le bonheur. Il va falloir que je m’accroche à cette idée. Aimer mon malheur car il est fertile en rebondissements. Un rêve. Je pousse mon rocher boulevard Saint-Germain. Je le gare en double file. Un agent de police me demande de circuler sinon il verbalisera mon rocher. Je suis obligé de le déplacer et tout d’un coup il m’échappe, il se met à descendre la rue Saint-Benoît en roulant de plus en plus vite. J’en ai perdu tout contrôle : il faut dire qu’il pèse tout de même six tonnes, ce bloc de granit. Arrivé au coin de la rue Jacob, il emplafonne une petite voiture de sport. Ouille ! Le capot, la portière et le minet qui conduisait sont écrabouillés. Je dois remplir le constat avec sa veuve sexy en larmes. Je lui mords l’épaule. À la ligne « immatriculation », j’inscris : « S.I.S.Y.P.H.E. » (modèle d’occasion). Et je remonte la rue Bonaparte en poussant mon rocher, suant sang et eau, centimètre par centimètre, pour enfin le laisser au parking Saint-Germain-des-Prés. Demain, le même cirque recommence. Et il faudrait m’imaginer heureux.
Randevoo - Episode 25

Randevoo - Episode 25

2019-11-0220:33

مدرسهٔ آنلاین فرانسه گرام از راندوو حمایت کنید   شبکه‌های اجتماعی حساب اینستاگرام حساب یوتوب حساب تویتتر   33. L’impossible dé-cristallisation Il faudrait tout de même que je vous raconte comment je suis mort. Vous vous souvenez de La Fureur de vivre avec James Dean ? Dans ce film, une bande de jeunes crétins s’amuse à foncer tout droit en voiture vers un précipice. Ils appellent cela le « chicken run » (la « course des dégonflés »). Leur jeu consiste à freiner le plus tard possible. Celui qui freine en dernier est le plus viril du groupe. Disons que la grosseur de son kiki est proportionnelle au laps de temps qu’il va laisser s’écouler avant de freiner. Evidemment, ça ne loupe pas, l’un des idiots termine sa course en bas de la falaise, dans une Chevrolet transformée en compression de César. Eh bien, Alice et moi, plus nous avancions dans notre aventure, plus nous nous apercevions que nous étions comme ces rebelles sans cause. Nous accélérions vers un précipice, pied au plancher. Je ne savais pas encore que c’était moi le crétin qui freinerait trop tard. Quand on mène une double vie, la règle de base, c’est de ne pas tomber amoureux. On se voit en secret, pour le plaisir, pour l’évasion, pour le frisson. On se croit héroïque à peu de frais. Mais jamais de sentiments là-dedans ! Il ne faut pas tout mélanger. On finirait par confondre le plaisir avec l’amour. On risquerait d’avoir du mal à s’y retrouver. Si Alice et moi sommes tombés dans ce piège, c’est pour une simple raison : faire l’amour est tellement plus agréable quand on est amoureux. Cela donne aux femmes l’impression que les préliminaires durent plus longtemps, et aux hommes l’impression qu’ils passent plus vite. C’est cela qui nous a perdus. Nous avions des goûts de luxe. Nous avons joué la comédie du romantisme, uniquement pour jouir plus fort. Et nous avons fini par y croire. Rien de plus efficace que la méthode Coué en amour : quel dommage qu’elle ne fonctionne que dans un seul sens. Une fois qu’on a cristallisé, il est trop tard pour revenir en arrière. On pensait jouer, et c’était vrai, mais on jouait avec le feu. On flottait déjà dans le vide du précipice, comme ces personnages de dessins animés qui regardent le spectateur, puis le vide sous leurs pieds, puis de nouveau le spectateur, avant de chuter définitivement. « That’s all folks ! » Je me souviens que, quand Anne et moi étions séparés, quelles que soient les fêtes où je mettais les pieds, je ne rencontrais plus que des gens qui me demandaient d’un air faux où était Anne, que devenait Anne, pourquoi elle était pas là Anne, et comment elle allait Anne en ce moment ? Je leur répondais, au choix : — Elle bosse tard en ce moment. — Ah bon ? Elle n’est pas là ? Justement je la cherchais, j’ai rendez-vous avec ma femme. — Entre nous, elle a bien fait de ne pas venir dans cette soirée de merde : j’aurais dû l’écouter, elle a un sixième sens pour détecter les mauvais plans, ah, pardon, c’est toi qui organises… — Anne ? On est en procédure de divorce ! Ha ha ! Je plaisante. — Elle bosse vraiment trop en ce moment. — Tout va bien : j’ai la permission de minuit. — Partie en séminaire de travail avec l’équipe de football du Congo. — Anne ? Anne comment ? Marronnier ? Quelle coïncidence, une fille qui porte le même nom que moi ! — Anne est à l’hôpital… Un accident atroce… Entre deux hurlements de douleur insoutenables, elle m’a supplié de rester avec elle, mais je ne voulais pas louper cette sympathique soirée. Exquis, ces œufs de saumon vous ne trouvez pas ? — D’un autre côté, avec ce qu’elle bosse, je vais bientôt être bourré de fric. — Le mariage est une institution qui n’est pas au point. — Où est Alice ? — Où est Alice ? Vous connaissez Alice ? Vous n’auriez pas vu Alice ? Vous croyez qu’Alice va venir ?   En revanche, chaque fois que j’entendais le mot « Alice » prononcé quelque part, c’était comme un coup de poignard. — Chers amis, auriez-vous l’obligeance de ne plus prononcer ce prénom en ma présence, s’il vous plaît ? Merci d’avance, Moi. Le paradis, c’est les autres, mais il ne faut pas en abuser. J’entendais de plus en plus de médisances sur Anne et moi. Bien sûr, je faisais une croix sur celles qui couraient sur mon propre compte : elles avaient toujours couru déjà bien avant que d’être vraies. Je n’avais jamais été dupe de la jalousie mondaine et de la superficialité des noctambules, mais là, s’attaquer à Anne, j’en fus presque dégoûté. Moi, si je sortais le soir, c’était pour ralentir ma vie, parce que je ne supportais pas que l’existence puisse s’arrêter à huit heures du soir. Je voulais voler des heures d’existence aux couche-tôt. Mais cette fois, c’en était trop. Je ne sortirais plus. Je réalisais que je haïssais tous ces gens qui se nourrissaient de mon malheur. Moi aussi, j’avais été comme eux, un charognard. Mais ça suffisait : ils ne me faisaient plus rire. Cette fois, je voulais saisir ma chance, autant que possible. Ils devraient se passer de moi. Je démissionnai des magazines où j’écrivais des chroniques mondaines. Adieu, mes faux amis du Tout-Paris, vous ne me manquerez pas. Poursuivez sans moi votre lente putréfaction, je ne vous en veux pas, au contraire, je vous plains. Le voilà, le grand drame de notre société : même les riches ne font plus envie. Ils sont gros, moches et vulgaires, leurs femmes sont liftées, ils vont en prison, leurs enfants se droguent, ils ont des goûts de ploucs, ils posent pour Gala.  Les riches d’aujourd’hui ont oublié que l’argent est un moyen, non une fin. Ils ne savent plus quoi en faire. Au moins, quand on est pauvre, on peut se dire qu’avec du fric tout s’arrangerait. Mais quand on est riche, on ne peut pas se dire qu’avec une nouvelle baraque dans le Midi, une autre voiture de sport, une paire de pompes à douze mille balles ou un mannequin supplémentaire, tout s’arrangerait. Quand on est riche, on n’a plus d’excuses. C’est pour ça que tous les milliardaires sont sous Prozac : parce qu’ils ne font plus rêver personne, pas même eux. Écrire sur la nuit était un cercle vicieux dont j’étais prisonnier. Je me bourrais la gueule pour raconter la dernière fois où je m’étais bourré la gueule. C’est fini, affrontons désormais le jour. Voyons voir, quels articles de journaux pourrait bien écrire un parasite au chômage ? Imaginez le comte Dracula en plein jour : quel métier ferait-il ? En quoi se recyclent les sangsues ? Et c’est ainsi que je suis devenu critique littéraire.
Randevoo - Episode 24

Randevoo - Episode 24

2019-08-1608:32

مدرسهٔ‌ آنلاین فرانسه‌گرام www.francaisgram.com   32. Je sais pas Il y eut beaucoup de rendez-vous clandestins place Dauphine. Beaucoup de dîners planqués chez Paul ou au Delfino. D’innombrables heures volées aux après-midi à l’hôtel Henri-IV. À force, le réceptionniste nous connaissait si bien qu’il nous épargnait son sourire complice et la question fatidique : « Pas de bagages, Messieurs-Dames ? » car notre chambre était réservée au mois. La chambre 32. Elle sentait l’amour quand nous la quittions. Entre les orgasmes, je ne pouvais m’empêcher de l’interroger. — Bon sang, Alice, je t’aime de la plante des pieds jusqu’à la pointe des cheveux. Où est-ce qu’on va comme ça ? — Je sais pas. — Tu crois que tu vas le quitter, Antoine ? — Je sais pas. — Tu veux qu’on vive ensemble ? — Je sais pas. — Tu préfères qu’on reste amants ? — Je sais pas. — Mais qu’est-ce qu’on va devenir bordel ? — Je sais pas.  Pourquoi tu dis tout le temps « Je sais pas » ? — Je sais pas.   J’étais trop rationnel. « Je sais pas » était une phrase que j’allais entendre souvent, je sentais que j’avais plutôt intérêt à m’y habituer. Pourtant il m’arrivait de perdre tout sang-froid : — Quitte-le ! QUITTE-LE ! — Arrête ! ARRÊTE DE ME LE DEMANDER ! — Divorce comme moi, MERDE ! — Jamais de la vie. Tu me fais trop peur, je te l’ai toujours dit. Notre amour est beau car il est impossible, tu le sais très bien. Le jour où je serai disponible, tu ne seras plus amoureux de moi. — FAUX ! FAUX ! ARCHI-FAUX ! Mais au fond de moi-même, je craignais qu’elle ne dise vrai. J’étais fou d’elle parce qu’elle m’échappait. Les sourds et les malentendants dialoguaient mieux que nous.
Randevoo - Episode 23

Randevoo - Episode 23

2019-06-2511:18

مدرسهٔ آنلاین فرانسه‌گرام www.francaisgram.com   31. L’amant divorcé Aujourd’hui j’évite la place Dauphine, sauf quand je suis suffisamment cassé pour l’affronter, comme ce soir par exemple, où je suis assis sur notre banc, par pur masochisme. Le Pont-Neuf est éclairé par les bateaux-mouches. Nous avons presque été amants du Pont-Neuf, à quelques mètres près. J’ai froid et je t’attends. Six mois se sont écoulés depuis notre premier baiser ici, mais j’ai toujours rendez-vous avec toi. Jamais je n’aurais pensé pouvoir finir dans un tel état. Il doit y avoir un châtiment là-dessous, je dois expier quelque chose, c’est ça, sinon je ne vois pas pourquoi on m’infligerait pareilles épreuves. Je sanglote au réveil, je pleurniche quand je me couche, et, entre les deux, je m’apitoie. Je voulais être Laclos et je me retrouve en plein Musset. L’amour est incompréhensible. Quand on le voit chez les autres on est incapable de le comprendre, et encore moins quand il vous arrive. À vingt ans j’étais encore capable de contrôler mes émotions mais aujourd’hui je ne décide plus de rien. Ce qui me peine le plus, c’est de voir à quel point mon amour pour Alice a remplacé celui que j’éprouvais pour Anne, comme si les deux histoires étaient des vases communicants. Je suis horrifié d’avoir si peu hésité. Il n’y aura pas eu de vaudeville, pas de dilemme entre la « légitime » et l’amante, simplement un être qui prend la place d’un autre, en douceur, sans faire de scandale, comme si on entrait dans mon cerveau sur la pointe des pieds. Ne peut-on pas aimer quelqu’un au détriment de personne ? C’est certainement ce crime que je paye maintenant… Oui, c’est étrange, je suis place Dauphine et pourtant c’est à toi, Anne, mon ex-femme, que je pense… Peut-être, Anne, peut-être un jour, plus tard, beaucoup plus tard, nous croiserons-nous dans un lieu éclairé ; avec du monde autour, avec des arbres, un rayon de soleil, je ne sais pas moi, des oiseaux qui chanteront comme le jour de notre mariage, et au milieu du brouhaha nous nous reconnaîtrons et songerons avec nostalgie au temps passé, celui de nos vingt ans, celui de nos premiers espoirs, celui des grandes déceptions, le temps où nous avons rêvé, où nous avons embrassé le Ciel, avant qu’il ne nous tombe sur la tête, parce que ce temps-là, Anne, ce temps-là nous appartient et que personne ne pourra jamais nous le voler. On l’appelle : Adolescence.
Randevoo - Episode 22

Randevoo - Episode 22

2019-04-2617:38

تهیهٔ دوره‌های آموزشی: www.francaisgram.com   اینستاگرام راندوو   29. Régime dépressif Être seul est devenu une maladie honteuse. Pourquoi tout le monde fuit-il la solitude ? Parce qu’elle oblige à penser. De nos jours, Descartes n’écrirait plus : « Je pense donc je suis. » Il dirait : « Je suis seul donc je pense. » Personne ne veut la solitude, car elle laisse trop de temps pour réfléchir. Or plus on pense, plus on est intelligent, donc plus on est triste. Je pense que rien n’existe. Je ne crois plus en rien. Je ne me sers à rien. Ma vie ne m’est d’aucune utilité. Qu’y a-t-il ce soir sur le câble ? Seule bonne nouvelle : le malheur fait maigrir. Personne ne mentionne ce régime-là, qui est pourtant le plus efficace de tous. La Dépression Amincissante. Vous pesez quelques kilos de trop ? Divorcez, tombez amoureux de quelqu’un qui ne vous aime pas, vivez seul et ressassez votre tristesse à longueur de journée. Votre surcharge pondérale aura tôt fait de disparaître comme neige au soleil. Vous retrouverez un corps svelte, dont vous pourrez profiter – si vous en réchappez. Quel dommage que je sois amoureux, je ne peux même pas profiter de mon célibat nouveau. Quand j’étais étudiant, j’adorais être seul. Je trouvais que toutes les femmes étaient belles. « Il n’y a pas de femmes moches, il n’y a que des verres de vodka trop  etits », avais-je coutume de répéter. Ce n’étaient pas seulement des propos d’alcoolique en herbe, je le pensais vraiment. « Toutes les femmes ont quelque chose, il suffit d’un silence amusé, d’un soupir distrait, d’une cheville qui frétille, d’une mèche de cheveux rebelle. Même le pire boudin recèle un trésor caché. Même Mimie Mathy, si ça se trouve, elle fait des trucs spéciaux ! » Alors j’éclatais de mon rire sonore, celui que j’utilise pour ponctuer mes propres blagues, celui d’avant que je ne découvre la vraie solitude. Désormais, quand j’ai bu des alcools délayés, je marmonne seul, comme un clochard. Je vais me branler dans une cabine de projections vidéo, 88 rue Saint-Denis. Je zappe entre 124 films pornos. Un mec suce un Noir de 30 cm. Zap. Une fille attachée reçoit de la cire sur la langue et des décharges électriques sur sa chatte rasée. Zap. Une fausse blonde siliconée avale une bonne gorgée de sperme. Zap. Un mec cagoulé perce les tétons d’une Hollandaise qui hurle « Yes, Master ». Zap. Une jeune amatrice inexpérimentée se fait enfoncer un godemiché dans l’anus et un dans le vagin. Zap. Triple éjac faciale sur deux lesbiennes avec pinces à linge sur les seins et le clitoris. Zap. Une obèse enceinte. Zap. Double fist-fucking. Zap. Pipi dans la bouche d’une Thaïlandaise encordée. Zap. Merde, je n’ai plus de pièces de 10 francs et je n’ai pas joui, trop ivre pour y arriver. Je parle tout haut dans le sex-shop en faisant des moulinets avec les bras. J’achète une bouteille de  poppers. Je voudrais être copain avec ces ivrognes de la rue Saint-Denis qui crient en titubant que les plus belles femmes du monde étaient à leurs pieds, dans le temps. Mais ceux-ci ne m’acceptent pas dans leur confrérie : ils ont plutôt envie de me casser la gueule, histoire de m’apprendre ce que c’est que de souffrir pour de vraies raisons. Alors je rentre chez moi en rampant, le visage inondé de poppers renversé, puant des pieds de la gueule, cela fait des années que je n’ai pas été aussi saoul, avec une atroce envie de dégueuler et de chier en même temps, impossible de faire les deux à la fois, il va falloir choisir. Je choisis d’évacuer d’abord ma diarrhée, assis sur les WC, un coulis infect éclabousse la faïence en schlinguant, mais soudain l’envie de gerber est trop forte, je me retourne pour vomir une bile acide qui m’arrache la gueule dans la cuvette, à quatre pattes cul nu dans l’odeur de désinfectant, et voici que la chiasse me reprend à toute force et je finis par projeter un litre de merde liquide pestilentielle sur la porte en chialant et en appelant ma mère.    30. Correspondance (II) La troisième lettre fut la bonne. Merci la Poste ; le téléphone, le fax ou Internet ne surpasseront jamais en beauté romanesque le bon vieux danger de la liaison épistolaire.   « Chère Alice, Je t’attendrai tous les soirs à sept heures, sur un banc, place Dauphine. Viens ou ne viens pas, mais j’y serai, tous les soirs, dès ce soir. Marc. »   Je t’ai attendue lundi, sous la pluie. Je t’ai attendue mardi, sous la pluie. Mercredi il n’a pas plu, tu es venue. (On dirait une chanson d’Yves Duteil.) — Tu es venue ? — Oui, on dirait. — Pourquoi tu n’es pas venue lundi et mardi ? — Il pleuvait… — Je ne sais pas ce qui me retient de… t’offrir un téléphone portable. Tu as souri. Fantômette cachée derrière une chevelure annonciatrice de plaisirs abscons. Manga au visage clair avec des lèvres qui me souriaient sans peser le pour et le contre. J’ai pris ta main comme un objet précieux. Puis il y a eu un silence gêné de circonstance, que j’ai voulu briser : — Alice, je crois que c’est grave… Mais tu m’en as empêché : — Chut… Puis tu t’es penchée pour m’embrasser les lèvres. Pas possible, je ne rêvais pas ? Quelque chose d’aussi délicat pouvait encore m’arriver ? J’ai voulu parler à nouveau : — Alice, il est encore temps de reculer, vite, parce qu’après, il sera trop tard et moi, je vais t’aimer très fort, et tu ne me connais pas, je deviens très pénible  le pour et le contre. J’ai pris ta main comme un objet précieux. Puis il y a eu un silence gêné de circonstance, que j’ai voulu briser : — Alice, je crois que c’est grave… Mais tu m’en as empêché : — Chut… Puis tu t’es penchée pour m’embrasser les lèvres. Pas possible, je ne rêvais pas ? Quelque chose d’aussi délicat pouvait encore m’arriver ? J’ai voulu parler à nouveau : — Alice, il est encore temps de reculer, vite, parce qu’après, il sera trop tard et moi, je vais t’aimer très fort, et tu ne me connais pas, je deviens très pénible dans ces cas-là… Mais cette fois c’est ta langue qui m’a interrompu et tous les violons de tous les plus beaux films d’amour crachent un misérable grincement à côté de la symphonie qui résonna dans ma tête. Et si vous me trouvez ridicule, je vous emmerde.  
Randevoo - Episode 21

Randevoo - Episode 21

2019-04-0519:321

آموزش زبان فرانسه و تهیهٔ دوره‌های آموزش در سایت فرانسه‌گرام: www.francaisgram.com اینستاگرام راندوو     27. Correspondance (I) Première lettre à Alice :   « Chère Alice, Tu es merveilleuse. Je ne vois pas pourquoi, sous prétexte que tu t’appelles Alice, personne ne pourrait te dire que tu es une merveille. J’ai la tête qui tourne. On devrait interdire aux femmes comme toi de se rendre aux enterrements de mes grand-mères. Pardon pour ce petit mot. C’était ma seule chance de rester près de toi ce week-end, Marc. »   Aucune réponse. Seconde lettre à Alice :   « Alice, Dis donc, tu ne serais pas la femme de ma vie, toi, tout de même ? Tu dis que tu as peur. Et moi, alors, qu’est-ce que je devrais dire ? Tu crois que je joue alors que je n’ai jamais été plus sérieux. Je ne sais pas quoi faire. Je voudrais te voir mais je sais qu’il ne faut pas. Hier soir j’ai accompli mon devoir conjugal en pensant à toi. C’est ignoble. Tu as dérangé ma vie, je ne veux pas déranger la tienne. Ceci sera ma dernière lettre mais je ne t’oublierai pas tout de suite. Marc. » Post-scriptum : « Quand on ment, qu’on dit à une femme qu’on l’aime, on peut croire qu’on ment, mais quelque chose nous a poussé à le lui dire, par conséquent c’est vrai. » (Raymond Radiguet)   Aucune réponse. Ce ne fut pas ma dernière lettre.     28. Le fond du gouffre Salut, c’est encore moi, le mort-vivant des beaux quartiers. J’aurais aimé n’être que mélancolique, c’est élégant ; au lieu de quoi je balance entre liquéfaction et déliquescence. Je suis un zombie qui hurle à la mort d’être toujours en vie. Le seul remède contre ma migraine serait un Aspégic 1000 mais je ne peux pas en prendre car j’ai trop mal à l’estomac. Si seulement je touchais le fond ! Mais non. Je descends, toujours plus bas, et il n’y a pas de fond pour rebondir. Je traverse la ville de part en part. Je viens regarder l’immeuble où tu vis avec Antoine. Je croyais t’avoir draguée par jeu, et voici que je me retrouve errant devant ta porte, le souffle coupé. L’amour est source de problèmes respiratoires. Les lumières de votre appartement sont allumées. Peut-être dînes-tu, ou regardes-tu la télé, ou écoutes-tu de la musique en pensant à moi, ou sans penser à moi, ou alors peut-être que tu… que vous… Non, pitié, dis-moi que tu ne fais pas ça. Je saigne debout dans ta rue, devant chez toi, mais il n’y a pas de sang qui sort, c’est une hémorragie interne, une noyade en plein air. Les passants me dévisagent ; mais qui est ce type qui vient tous les jours contempler la façade de cet immeuble ? Y aurait-il un magnifique détail architectural qui nous aurait échappé ? Ou bien ce jeune mal rasé, aux cheveux ébouriffés, serait-il un nouveau SDF ? « Chérie, regarde : il y a des SDF en veste Agnès B, dans notre quartier. » « Tais-toi imbécile, tu vois bien que c’est un dealer de jeunes ! » Le mai le si laid mois de mai. Avec ses ponts qui n’en finissent pas : Fête du Travail, Anniversaire du 8 mai 1945, Ascension, Pentecôte. Les longs week-ends sans Alice s’additionnent. Terrible privation organisée par l’État et la religion catholique, comme pour me punir de leur avoir désobéi à tous les deux. Stage intensif de souffrance. Rien ne m’intéresse plus à part Alice. Elle prend toute la place. Aller au cinéma, manger, écrire, lire, dormir, danser la techno, travailler, toutes ces occupations qui constituaient ma vie d’abruti à quatre patates par mois sont désormais sans saveur. Alice a décoloré l’univers. Tout d’un coup j’ai 16 ans. J’ai même acheté son parfum pour le respirer en pensant à elle, mais ce n’était plus son odeur adorable de peau amoureuse brune endormie longues jambes ravissante minceur aux cheveux de sirène alanguie. On n’enferme pas tout cela dans un flacon. Au XXe siècle, l’amour est un téléphone qui ne sonne pas. Après-midi entiers à guetter chaque bruit de pas dans l’escalier, comme autant de fausses joies absurdes puisque tu as annulé le rendez-vous vers midi, précipitamment, sur notre messagerie secrète. Encore une histoire d’adultère qui a mal tourné ? Eh oui, ce n’est pas très original, désolé ; je n’y peux rien si c’est tout de même la chose la plus grave qui me soit jamais arrivée. Ceci est le livre d’un enfant gâté, dédié à tous les étourdis trop purs pour vivre heureux. Le livre de ceux qui ont le mauvais rôle et que personne ne plaint. Le livre de ceux qui ne devraient pas souffrir d’une séparation qu’ils ont eux-mêmes provoquée et qui souffrent tout de même, d’une douleur d’autant plus irréparable qu’ils s’en savent les uniques responsables. Car l’amour ce n’est pas seulement : souffrir ou faire souffrir. Cela peut aussi être les deux.
Randevoo - Episode 20

Randevoo - Episode 20

2019-02-0112:16

کتاب عشق سه سال طول می‌کشد 26. فصل رابطهٔ جنسی - قسمت دوم اینستاگرام راندوو   Notre génération est extrêmement mal éduquée sur le plan sexuel. On croit tout savoir, parce qu’on est bombardé de films hard et que nos parents ont soi-disant fait la révolution sexuelle. Mais tout le monde sait que la révolution sexuelle n’a pas eu lieu. Sur le sexe comme sur le mariage, rien n’a bougé d’un millimètre depuis un siècle. On approchait l’an 2000 et les mœurs étaient les mêmes qu’au XIXe – et plutôt moins modernes qu’au XVIIIe. Les mecs étaient machos, maladroits, timides, et les filles étaient pudiques, mal à l’aise, complexées à l’idée de passer pour des nymphomanes. La preuve que notre génération est nulle sexuellement, c’est le succès des émissions qui parlent de cul à la radio et à la télé, et l’infime pourcentage de jeunes qui mettent un préservatif pour faire l’amour. Cela atteste bien qu’ils sont incapables d’en parler normalement. Alors imaginez, si les jeunes sont mauvais, a fortiori, les jeunes bourgeois… Une catastrophe. lice, elle, n’a pas fréquenté ces cercles pourris. Elle considère le sexe, non comme une obligation, mais comme un jeu dont il convient de découvrir les règles avant, éventuellement, de les modifier. Elle n’a aucun tabou, collectionne les fantasmes, veut tout explorer. Avec elle, j’ai rattrapé trente années de retard. Elle m’a appris à caresser. Les femmes, il faut les effleurer du bout des doigts, les frôler avec la pointe de la langue ; comment aurais-je pu le deviner si personne ne me l’avait dit ? J’ai découvert qu’on pouvait faire l’amour dans un tas d’endroits (un parking, un ascenseur, des toilettes de boîtes de nuit, des toilettes de train, des toilettes d’avion, et même ailleurs que dans les toilettes, dans l’herbe, dans l’eau, au soleil) avec toutes sortes d’accessoires  (sados, masos, fruits, légumes) et dans toutes sortes de positions (sens dessus dessous, sans dessous dessus, à plusieurs, attaché, attachant, flagellant de Séville, jardinier des Supplices, distributeur de jus de couilles, pompe à essence, avaleuse de serpents, domina démoniaque, 3615 Nibs, gang-bang gratos aux Chandelles). Pour elle, je suis devenu plus qu’hétéro, homo ou bisexuel : je suis devenu omnisexuel. Pourquoi se limiter ? Je veux bien baiser des animaux, des insectes, des fleurs, des algues, des bibelots, des meubles, des étoiles, tout ce qui voudra bien de nous. Je me suis même trouvé une étonnante capacité à inventer des histoires plus abracadabrantes les unes que les autres rien que pour les lui susurrer dans le creux de  ’oreille pendant l’acte. Un jour, j’en publierai un recueil qui choquera ceux qui me connaissent mal (Nouvelles sous ecstasy). En fait, je suis devenu un authentique obsédé pervers polymorphe, bref, un bon vivant. Je ne vois pas pourquoi seuls les vieillards auraient le droit d’être libidineux.   En résumé, si une histoire de cul peut devenir une histoire d’amour, l’inverse est très rare.
Randevoo - Episode 19

Randevoo - Episode 19

2019-01-2513:37

کتاب عشق سه سال طول می‌کشد 26. فصل رابطهٔ جنسی اینستاگرام راندوو   26. Chapitre très sexe Il faut bien en venir à l’essentiel, à savoir le sexe. La plupart des bêcheuses de mon milieu sont persuadées que faire l’amour consiste à s’allonger sur le dos avec un abruti en smoking qui s’agite par-dessus, saoul comme une barrique, avant d’éjaculer en leur for intérieur et de se mettre à ronfler. Leur éducation sexuelle s’est faite dans les rallyes snobinards, les clubs privés chic, les discothèques de Saint-Tropez, en compagnie des plus mauvais coups de la terre : les fils-à-papa. Le problème sexuel des fils-à-papa, c’est qu’ils ont été habitués dès leur plus tendre enfance à tout recevoir sans rien donner. Ce n’est même pas une question d’égoïsme (les mecs sont tous égoïstes au lit), c’est juste que personne ne leur a jamais expliqué qu’il y avait une différence entre une fille et une Porsche. (Quand on abîme la fille, papa ne vient pas te gronder.) Dieu merci, Anne ne faisait pas partie de cet extrême, mais elle n’était pas spécialement portée sur la chose. Notre plus grand délire sexuel eut lieu pendant notre voyage de noces, à Goa, après avoir fumé du datura. Giclage, bourrage, mouillage, spermage. Il nous fallait cette fumée pour nous décoincer sous la mousson épaisse. Mais bon, ce sommet ne fut qu’une exception hallucinée : d’ailleurs j’étais tellement épris pendant ce voyage que je l’ai même laissée me battre au ping-pong, c’est dire si je n’étais pas dans mon état normal. Oui, Anne, je te l’apprends ici même, si tu lis ce livre : pendant notre voyage de noces, j’ai fait exprès de perdre au ping-pong, OK ? ?   Le sexe est une loterie : deux personnes peuvent adorer ça séparément, et ne pas prendre leur pied ensemble. On pense que cela peut évoluer, mais ça n’évolue pas. C’est une question d’épiderme, c’est-à-dire une injustice (comme toutes les choses qui ont trait à la peau : le racisme, le délit de faciès, l’acné…). En outre notre tendresse ne faisait qu’aggraver les choses. En amour la situation devient réellement inquiétante quand on passe du film classé X au babillage. À partir du moment où l’on cesse de dire : « je vais te baiser la bouche, espèce de petite pute » pour dire : « mon gnougnou d’amour chérie mimi trognon fais-moi un guili poutou », il y a lieu de tirer la sonnette d’alarme. On le voit très vite : même les voix muent au bout de quelques mois de vie commune. Le gros macho viril à la voix de stentor se met à parler comme un bambin sur les genoux de sa maman. La vamp fatale au ton rauque devient fillette mielleuse qui confond son mari avec un chaton. Notre amour fut vaincu par des intonations. Et puis il y a ce monstrueux concept refroidisseur, le plus puissant somnifère jamais inventé : le Devoir Conjugal. Un ou deux jours sans baiser : pas grave, on n’en parle pas. Mais au bout de quatre ou cinq jours, l’angoisse du Devoir devient un sujet de conversation. Une autre semaine sans faire l’amour et tout le monde se demande ce qui se passe, et le plaisir devient une obligation, une corvée, il suffit que tu laisses encore une semaine s’écouler sans rien faire et la pression deviendra insoutenable, tu finiras par te branler dans la salle de bains devant des bédés pornos pour pouvoir bander, ce sera le fiasco garanti, le contraire du désir, voilà, c’est ça le Devoir Conjugal.
Randevoo - Episode 18

Randevoo - Episode 18

2019-01-1813:27

کتاب عشق سه سال طول می‌کشد 25. ممنون ولفگانگ اینستاگرام راندوو   25. Merci Wolfgang Tromper sa femme n’est pas très méchant en soi, si elle ne l’apprend jamais. Je crois même que beaucoup de maris le font pour se mettre en danger, pour prendre à nouveau des risques, comme quand ils cherchaient à séduire leur épouse. En ce sens, l’adultère est peut-être une déclaration d’amour conjugal. Mais peut-être pas. En tout cas, je crois que j’aurais eu un certain mal à faire avaler cela à Anne. Je me souviens de notre dernier dîner en tête à tête. Je préférerais ne pas m’en souvenir, mais je m’en souviens quand même. Il paraît que les mauvais moments font les bons souvenirs : j’aimerais tant que cela fût exact. En ce qui me concerne, ils demeurent ancrés en moi à la rubrique « mauvais moments » et je ne parviens pas à en ressentir une quelconque nostalgie. Je souhaiterais être réincarné en magnétoscope VHS pour pouvoir effacer ces images qui me hantent. Anne m’accablait de reproches, puis s’en voulait de m’accabler de reproches, et c’était encore plus triste. Je lui expliquais que tout était ma faute. Je m’étais fait un film, sinon pourquoi aurais-je coupé mes cheveux si courts pendant nos trois ans de mariage ? Ils étaient longs avant, et voici que je les laissais repousser. J’étais comme Samson : les cheveux courts, je ne valais pas un clou ! En plus, je n’avais jamais osé demander sa main en bonne et due forme à son père. Le mariage n’était donc pas valable. Elle riait gentiment à mes blagues. Je me sentais morveux mais elle souriait tristement comme si elle avait toujours su que cela se terminerait ainsi, dans ce joli restau, sur cette nappe blanche éclairée aux chandelles, à discuter comme de vieux copains. Nous n’avons même pas pleuré à table. On peut s’éloigner à jamais de quelqu’un, faillir à tous ses serments, et rester assis en face d’elle sans en faire tout un plat. Finalement elle m’annonça qu’elle m’avait trouvé un remplaçant plus célèbre, plus vieux et plus gentil que moi. C’était vrai (je le sus plus tard, le dernier informé évidemment), elle l’avait dégoté sur son lieu de travail. Je ne m’y attendais pas du tout. Je l’ai engueulée. — Une jeune minette qui se tape des vieux est aussi nulle qu’un vieux type qui se tape des jeunes. C’est trop facile ! — Je préfère un vieux beau rassurant à un jeune moche névrosé, m’a-t-elle répondu. J’ignore pourquoi je m’étais imaginé qu’Anne resterait veuve éplorée, inconsolable. J’ignore aussi pourquoi cette nouvelle me vexa autant. Enfin, non, je n’ignore pas pourquoi. Je découvrais simplement que j’avais un amour-propre. Petit prétentieux. On se croit irremplaçable, et on est vite remplacé. Qu’est-ce que je m’étais imaginé ? Qu’elle se tuerait ? Qu’elle se laisserait dépérir ? Pendant que je rêvais d’Alice, jeune gandin persuadé d’être un superbe play-boy couvert de femmes, Anne pensait à mon remplaçant et me cocufiait allègrement en s’arrangeant pour que tout le monde le sache. Je tombai de haut ce soir-là. Juste retour des choses. En rentrant à la maison, j’entendis Mozart à la radio. La Beauté finit en Laideur, le destin de la Jeunesse est d’être Flétrie, la Vie n’est qu’un lent Pourrissement, nous Mourons chaque Jour. Heureusement qu’il nous reste toujours Mozart. De combien de gens Mozart a-t-il sauvé la vie ?
Randevoo - Épisode 17

Randevoo - Épisode 17

2019-01-1125:27

کتاب عشق سه سال طول  می‌کشد 23. رفتن 24. زیبایی آغازها   اینستاگرام راندوو 23. Partir Je suis fasciné par l’extrême tension électrique, palpable, tremblée, qui peut se créer entre un homme et une femme qui ne se connaissent pas, sans raisons particulières, comme ça, simplement parce qu’ils se plaisent et luttent pour ne pas le montrer. Nul besoin de parler. C’est une question de moues, de poses. C’est comme une devinette, l’énigme la plus importante de votre vie. Les gens vulgaires nomment cela l’érotisme, alors qu’il ne s’agit que de pornographie, c’est-à-dire de sincérité. Le monde peut s’écrouler, vous n’avez d’yeux que pour ces autres yeux. Au plus profond de vous-même, en cet instant, vous savez enfin. Vous savez que vous pourriez partir tout de suite avec cet être avec qui vous n’avez pas échangé plus de trois phrases. « Partir » : le plus beau mot de la langue française. Vous savez que vous êtes prêt à l’employer. « Partons. » « Il faut partir. » « Un jour, nous prendrons des trains qui partent » (Blondin). Vos bagages sont faits, et vous savez que le passé n’est qu’un amas confus posé derrière vous qu’il faut tenter d’oublier, puisque vous êtes en train de naître. Vous savez que ce qui se passe est très grave, et vous ne faites rien pour freiner. Vous savez qu’il n’y a pas d’autre issue. Vous savez que vous allez faire souffrir, que vous préfèreriez l’éviter, qu’il faudrait raisonner, attendre, réfléchir, mais « Partir », « Partir ! » est plus fort que tout. Tout recommencer à zéro. La case « départ » promet tellement. C’est comme si on s’était jusque-là retenu de respirer sous l’eau, en apnée juvénile. L’avenir est l’épaule nue d’une inconnue. La vie vous donne une seconde chance ; l’Histoire repasse les plats. On pourrait croire que cette attirance est superficielle mais il n’y a rien de plus profond ; on est prêt à tout ; on accepte les défauts ; on pardonne les imperfections ; on les cherche même, avec émerveillement. On n’est jamais attiré que par des faiblesses. Alice était troublée, je lui faisais peur ! peur ! Pourtant le plus terrifié des deux n’était certes pas elle. Néanmoins, jamais je n’ai été aussi joyeux de foutre la trouille à quelqu’un.   Je ne savais pas encore que j’allais le regretter.   24. Beauté des commencements Lors d’un de nos rendez-vous clandestins, après avoir fait l’amour trois fois d’affilée en criant de plaisir à l’hôtel Henri-IV (place Dauphine), j’ai emmené Alice au Café Beaubourg. Je ne sais pourquoi, car je déteste cet endroit lugubre, comme tous les cafés « design ». Le café « design » est une invention des Parisiens pour parquer les provinciaux et déjeuner tranquilles au Café de Flore. En sortant sur la place, devant l’usine Georges-Pompidou, nous nous sommes arrêtés sous le Génitron, cette horloge qui décomptait les secondes qui nous séparaient de l’an 2000. — Tu vois, Alice, cette horloge symbolise notre amour. — Qu’est-ce que tu racontes ? — Le compte à rebours est commencé… Un jour, tu t’ennuieras, je t’énerverai, tu me reprocheras de ne pas avoir rabaissé la lunette des chiottes, je passerai la soirée devant la télé jusqu’à la fin des programmes, et tu me tromperas, comme tu trompes Antoine en ce moment. — Et voilà, ça y est, tu recommences… Pourquoi ne peux-tu pas profiter du moment présent, au lieu de t’angoisser sur notre futur ? — Parce que nous n’avons pas de futur. Regarde les secondes qui défilent, elles nous rapprochent du malheur… Nous n’avons que trois ans pour nous aimer… Aujourd’hui tout est merveilleux, mais d’après mes calculs, ce sera fini entre nous le… 15 mars 1997. — Et si je te quittais tout de suite, pour gagner du temps ? — Non, non attends, j’ai rien dit… C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule avec mes théories à la con. — Euh…, ai-je repris, tu voudrais pas quitter Antoine, plutôt ? Comme ça on pourrait s’installer dans la Petite Maison dans la Prairie, et regarder nos enfants grandir dans le Jardin Enchanté… — Oui, c’est ça, fous-toi de moi, en plus ! Tu es gentil, mais pourquoi faut-il toujours que tu gâches tous nos bons moments avec tes crises de cafard ? — Mon amour, si un jour tu me trompes, je te promets deux choses : d’abord je me suicide, et après je te fais une scène de ménage dont tu te souviendras.   Ainsi allions-nous, couple illégitime, promeneurs planqués côte à côte, les yeux dans les yeux, mais jamais main dans la main au cas où nous croiserions des amis de nos mari et femme. Avec elle j’ai découvert la douceur. J’ai pris des cours de naturel, des leçons de vie. Je crois que c’est cela qui m’a séduit chez Alice. Au premier mariage on cherche la perfection, au second on cherche la vérité. Ce qu’il y a de plus beau chez une femme, c’est qu’elle soit saine. J’aime qu’elle respire la Santé, cette prison de plaisir ! Je veux qu’elle ait envie de courir, de rire aux éclats, de se goinfrer ! Des dents aussi blanches que le blanc des yeux, une bouche fraîche comme un grand lit, des lèvres cerise dont chaque baiser est un bijou, une peau tendue comme un tam-tam, des seins ronds comme des boules de pétanque, des clavicules fines comme des ailes de poulet, des jambes dorées comme le ciel de Toscane, un cul rebondi comme une joue de bébé, et surtout, surtout  qui décomptait les secondes qui nous séparaient de l’an 2000. — Tu vois, Alice, cette horloge symbolise notre amour. — Qu’est-ce que tu racontes ? — Le compte à rebours est commencé… Un jour, tu t’ennuieras, je t’énerverai, tu me reprocheras de ne pas avoir rabaissé la lunette des chiottes, je passerai la soirée devant la télé jusqu’à la fin des programmes, et tu me tromperas, comme tu trompes Antoine en ce moment. — Et voilà, ça y est, tu recommences… Pourquoi ne peux-tu pas profiter du moment présent, au lieu de t’angoisser sur notre futur ? — Parce que nous n’avons pas de futur. Regarde les secondes qui défilent, elles nous rapprochent du malheur… Nous n’avons que trois ans pour nous aimer… Aujourd’hui tout est merveilleux, mais d’après mes calculs, ce sera fini entre nous le… 15 mars 1997. — Et si je te quittais tout de suite, pour gagner du temps ? — Non, non attends, j’ai rien dit… C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule avec mes théories à la con. — Euh…, ai-je repris, tu voudrais pas quitter Antoine, plutôt ? Comme ça on pourrait s’installer  dans la Petite Maison dans la Prairie, et regarder nos enfants grandir dans le Jardin Enchanté… — Oui, c’est ça, fous-toi de moi, en plus ! Tu es gentil, mais pourquoi faut-il toujours que tu gâches tous nos bons moments avec tes crises de cafard ? — Mon amour, si un jour tu me trompes, je te promets deux choses : d’abord je me suicide, et après je te fais une scène de ménage dont tu te souviendras.   Ainsi allions-nous, couple illégitime, promeneurs planqués côte à côte, les yeux dans les yeux, mais jamais main dans la main au cas où nous croiserions des amis de nos mari et femme. Avec elle j’ai découvert la douceur. J’ai pris des cours de naturel, des leçons de vie. Je crois que c’est cela qui m’a séduit chez Alice. Au premier mariage on cherche la perfection, au second on cherche la vérité. Ce qu’il y a de plus beau chez une femme, c’est qu’elle soit saine. J’aime qu’elle respire la Santé, cette prison de plaisir ! Je veux qu’elle ait envie de courir, de rire aux éclats, de se goinfrer ! Des dents aussi blanches que le blanc des yeux, une bouche fraîche comme un grand lit, des lèvres cerise dont chaque baiser est un bijou, une peau tendue comme un tam-tam, des seins ronds comme des boules de pétanque, des clavicules fines comme des ailes de poulet, des jambes dorées comme le ciel de Toscane, un cul rebondi comme une joue de bébé, et surtout, surtout  pas de maquillage. Il faut qu’elle sente le lait et la sueur plutôt que le parfum et la cigarette.   Le test ultime, c’est la piscine. Les êtres se révèlent au bord des piscines : une intellectuelle lira sous son chapeau, une sportive organisera un water-polo, les narcissiques soigneront leur bronzage, les hypocondriaques se tartineront d’écran total… Si, au bord d’une piscine, vous rencontrez une femme qui refuse de mouiller ses cheveux pour ne pas les décoiffer, fuyez. Si elle plonge en gloussant, plongez-lui dessus.   Croyez-moi : j’ai tout essayé pour me retenir de tomber amoureux. Mettez-vous à ma place : chat échaudé craint d’être ébouillanté. Mais je ne pouvais cesser de penser à Alice. Par moments je la haïssais, je la détestais vraiment, je la trouvais ridicule, mal fagotée, lâche, vulgaire, cette grande godiche faussement romantique qui voulait garder sa petite vie chiante et installée, trouillarde minable et égoïste, une Olive (la femme de Popeye) antipathique, stupide, avec sa voix de crécelle et ses goûts de fashion victim. Puis, la minute suivante, je regardais sa photo ou entendais son adorable voix tendre au téléphone, ou bien elle m’apparaissait et me souriait, et je tombais en admiration, ébloui par tant de beauté fine, d’yeux vertigineux, de peau douce, de longs cheveux en apesanteur, c’était une sauvageonne, brune indomptable, indienne brûlante, une Esmeralda (la  je la détestais vraiment, je la trouvais ridicule, mal fagotée, lâche, vulgaire, cette grande godiche faussement romantique qui voulait garder sa petite vie chiante et installée, trouillarde minable et égoïste, une Olive (la femme de Popeye) antipathique, stupide, avec sa voix de crécelle et ses goûts de fashion victim. Puis, la minute suivante, je regardais sa photo ou entendais son adorable voix tendre au téléphone, ou bien elle m’apparaissait et me souriait, et je tombais en admiration, ébloui par tant de beauté fine, d’yeux vertigineux, de peau douce, de longs cheveux en apesanteur, c’était une sauvageonne, brune indomptable, indienne brûlante, une Esmeralda (la femme de Quasimodo) et mon Dieu comme je bénissais alors le Ciel de m’avoir donné la chance de rencontrer pareille créature.   Voici un test très simple pour savoir si vous êtes amoureux ; si au bout de quatre ou cinq heures sans votre maîtresse, celle-ci se met à vous manquer, c’est que vous n’êtes pas amoureux – si vous l’étiez, dix minutes de séparation auraient suffi à rendre votre vie rigoureusement insupportable.
Randevoo -  Épisode 16

Randevoo - Épisode 16

2019-01-0419:38

کتاب عشق سه سال طول  می‌کشد 21. علامت‌های پرسشی 22. دیدار مجدد   اینستاگرام راندوو   21. Points d’interrogation Quand je rencontre un ami dans la rue, cela donne de plus en plus souvent ceci : — Tiens ! Salut, ça va ? — Non, et toi ? — Non plus. — Bon alors, à bientôt. — Salut. Ou c’est un copain qui me raconte une blague :  — Tu connais la différence entre l’amour et l’herpès ? — … — Allez… Cherche… Tu devines pas ? — … — C’est pourtant facile : l’herpès dure toute la vie. — … Je ne ris pas. Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle là-dedans. J’ai dû perdre mon sens de l’humour en cours de route. Il est assez exaspérant de s’apercevoir que l’on a les mêmes interrogations que tout le monde. C’est une leçon de modestie. Ai-je raison de quitter quelqu’un qui m’aime ? Suis-je une ordure ? À quoi sert la mort ? Vais-je faire les mêmes conneries que mes parents ? Peut-on être heureux et, si oui, à quelle heure ? Est-il possible de tomber amoureux sans que cela finisse dans le sang, le sperme et les larmes ? Ne pourrais-je pas gagner beaucoup plus d’argent en travaillant beaucoup moins ? Quelle marque de lunettes de soleil faut-il porter à Formentera ? Après quelques semaines de scrupules et de tortures, j’en vins à la conclusion suivante : si votre femme est en train de devenir une amie, il est temps de proposer à une amie de devenir votre femme.   22. Retrouvailles La deuxième fois que j’ai vu Alice, c’était à un anniversaire quelconque dont la description nous ferait perdre du temps. Grosso modo, une amie d’Anne venait de vieillir d’un an et trouvait utile de célébrer l’événement. Quand j’ai reconnu la silhouette souple d’Alice (sa peau fragile bien qu’élastique), j’étais en train de servir une coupe de Champagne à Anne. J’ai continué de remplir sa coupe un peu plus haut que le bord, inondant la nappe. Alice trinquait avec son mari. Mon visage a viré au grenat. J’ai avalé mon whisky cul sec. J’ai été obligé de regarder mes pieds pour parvenir à marcher sans trébucher. Cela m’a permis de cacher mon rougissement derrière mes cheveux. Fuyant mon épouse, je me suis rué aux chiottes pour vérifier ma coiffure, mon rasage, enlever mes lunettes, épousseter les pellicules sur mes épaules, arracher un poil qui dépassait de ma narine gauche. Que faire ? Ignorer Alice ? Pour draguer les jolies filles il ne faut pas leur parler, faire comme si elles n’existaient pas. Mais si elle s’en allait ? Ne plus revoir Alice m’était déjà un supplice. Il fallait donc lui parler sans lui parler. Je suis revenu dans le salon, pour repasser devant Alice en faisant semblant de ne pas la voir. — Marc ! Tu ne me dis plus bonjour ? — Oh ! Alice ! ça alors ! Excuse-moi, je ne t’avais pas reconnue ! Je» suis… content… de… te… revoir… — Moi aussi ! Tu vas bien ? Elle était mondaine, indifférente et cauchemardesque, le regard ailleurs. — Tu te souviens d’Antoine, mon mari ? Poignée de mains congelée. — Tu ne nous présentes pas ta femme ? — Ben… Elle est partie dans la cuisine pour planter les bougies sur le gâteau… Pile comme je finissais ma phrase, les lumières s’éteignirent, les joyeux anniversaires furent entonnés, et Alice disparut dans l’adversité.  Je la vis prendre la main d’Antoine et ils s’éloignèrent comme sur un tapis roulant, tandis que la maîtresse de maison riait de son vieillissement, sous les applaudissements de copines de la même classe d’âge. Vous qui me lisez, vous avez sûrement vu à la télévision des implosions d’immeubles : vous savez, quand on détruit des HLM à la dynamite. Après quelques secondes de compte à rebours, on voit l’immeuble vaciller, puis s’écrouler sur lui-même comme un mille-feuille, dans un nuage de poussière et de gravats. C’est exactement à quoi ressemblait mon âme. Alice et Antoine marchaient vers la sortie. Il fallait faire quelque chose. Je revois toute la scène au ralenti comme si c’était hier. Je les ai suivis jusqu’au vestiaire. Là, pendant qu’Antoine fouillait parmi les cintres encombrés, Alice a tourné vers moi ses yeux noirs qui débordaient. J’ai chuchoté : — Ce n’est pas possible, Alice, ce n’est pas toi… Il ne s’est rien passé, le mois dernier, à Guéthary ? Et ma ferme à autruches, qu’est-ce que je vais en faire ? Son visage s’est adouci. En baissant les yeux, tout doucement, à voix basse – tellement basse que je me suis demandé si je n’avais pas rêvé – elle laissa juste tomber ces deux mots en me frôlant discrètement la main, avant de disparaître avec son mari : — J’ai peur… Mon destin était scellé. Anne avait beau me demander : « Mais qui est cette fille ? », l’immeuble se reconstruisait, en accéléré. On rembobinait la vidéo de son implosion. Plusieurs fanfares en célébraient l’inauguration. C’était le bal du 14 juillet, avec lampions et cotillons ! Discours du maire de Parly 2 ! Reportage en direct sur France 3 Ile-de-France ! La foule se suicide de joie ! Pan ! Pan ! Le bal popu se tue de liesse ! Mort collective ! La Guyane en fête ! Le rallye du Temple Solaire ! On crevait en s’esclaffant de félicité ! La folie, putain de bordel !   Les plus belles fêtes sont celles qui ont lieu à l’intérieur de nous.
Randevoo - Episode 15

Randevoo - Episode 15

2018-12-2818:02

تاب عشق سه سال طول می‌کشد 19. فرار کردن از خوشبختی از ترس اینکه خوشبختی فرار کند 20. همه چیز از بین می‌رود   اینستاگرام راندوو   19. Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve Il faut se décider ; ou bien on vit avec quelqu’un, ou bien on le désire. On ne peut pas désirer ce qu’on a, c’est contre nature. Voilà pourquoi les jolis mariages sont mis en pièces par n’importe quelle inconnue qui débarque. Même si vous avez épousé la plus jolie fille possible, il y aura toujours une inconnue nouvelle qui entrera dans votre vie sans frapper et vous fera l’effet d’un aphrodisiaque surpuissant. Or, pour aggraver les choses, Alice n’était pas n’importe quelle inconnue. Elle portait un pull moulant  noir. Un pull moulant noir peut modifier le cours de deux vies. Tous mes soucis viennent de mon incapacité puérile à renoncer à la nouveauté, d’un besoin maladif de céder à l’attrait des mille possibilités incroyables que réserve l’avenir. C’est fou comme ce que je ne connais pas m’excite plus que ce que je connais déjà. Mais suis-je anormal ? Ne préférez-vous pas lire un livre que vous n’avez pas lu, voir une pièce de théâtre que vous ne connaissez pas par cœur, élire n’importe qui Président plutôt que celui qui était là avant ? Mes meilleurs souvenirs avec Anne datent d’avant notre mariage. Le mariage est criminel car il tue le mystère. Vous rencontrez une créature envoûtante, vous l’épousez et soudain la créature envoûtante s’est volatilisée : c’est devenu votre femme. VOTRE femme ! Quelle insulte, quelle déchéance pour elle ! Alors que ce qu’on devrait chercher sans relâche, toute sa vie durant, c’est une femme qui ne vous appartienne jamais ! (De ce côté-là, avec Alice, j’allais être servi.) Tout le problème de l’amour, me semble-t-il, est là : pour être heureux on a besoin de sécurité alors que pour être amoureux on a besoin d’insécurité. Le bonheur repose sur la confiance alors que l’amour exige du doute et de l’inquiétude. Bref, en gros, le mariage a été conçu pour rendre heureux, mais pas pour rester amoureux. Et tomber amoureux n’est pas la meilleure manière de trouver le bonheur ; si tel était le cas, depuis le temps, cela se saurait. Je ne sais pas si je suis très clair, mais je me comprends : ce que je veux dire, c’est que le mariage mélange des trucs qui ne vont pas bien ensemble. En rentrant à Paris, je n’avais plus les mêmes yeux. Anne était tombée de son piédestal. Nous fîmes l’amour sans conviction. Ma vie était en train de basculer. Vous voyez le 35e dessous ? Eh bien moi, je venais d’emménager à l’étage inférieur. Il n’y a pas d’amour heureux. Il n’y a pas d’amour heureux. IL N’Y A PAS D’AMOUR HEUREUX. Combien de fois faudra-t-il te le répéter avant que ça te rentre bien dans le crâne, Ducon ? 20. Tout fout le camp Quand une jolie fille vous regarde comme Alice m’avait regardé, il y a deux possibilités : ou bien c’est une allumeuse et vous êtes en danger ; ou bien ce n’est pas une allumeuse et vous êtes encore plus en danger. J’étais une huître peinarde dans son confort hermétiquement clos, et tout d’un coup, voilà-t-y pas qu’Alice me cueillait, m’ouvrait la gueule et m’aspergeait de citron. — Seigneur, ne cessais-je de me répéter, faites que cette fille aime son mari, parce que sinon, je suis dans la merde ! Je n’ai pas donné signe de vie à Alice. J’espérais que le temps effacerait ce pincement au cœur. J’avais raison : le temps estompa mes sentiments, mais pas ceux que j’aurais voulu. C’est Anne qui en faisait les frais, à mon grand dam. Il y a beaucoup de tristesse sur terre, mais il est difficile de surpasser celle qui envahit une femme quand elle sent que l’amour qu’on lui portait s’en va, oh tout doucement, pas du jour au lendemain, non, mais irrésistiblement, comme le sable du sablier. Une femme a besoin  qu’un homme l’admire pour s’épanouir, du moins c’est ainsi que je vois les choses. Une fleur a besoin de soleil. Anne se fanait sous mes yeux absents. Qu’y pouvais-je ? Le mariage, le temps, Alice, le monde, la ronde des planètes, les pulls moulants noirs, l’Europe de Maastricht, tout semblait se liguer contre notre couple innocent. Je quittais ma femme, et pourtant c’est à moi-même que je disais au revoir. Le plus dur ne serait pas de quitter Anne mais de renoncer à la beauté de notre histoire. Je me sentais comme toute personne qui abandonne un projet trop ambitieux pour être possible : à la fois déçu et soulagé.
Randevoo - Épisode 14

Randevoo - Épisode 14

2018-12-2125:251

کتاب عشق سه سال طول می‌کشد18. فرازها و فرودها 18. Des hauts et des basLa vie est une sitcom : une suite de scènes qui se déroulent toujours dans les mêmes décors, avec à peu près les mêmes personnages, et dont on attend les prochains épisodes avec une impatience teintée d’abrutissement. L’entrée en scène d’Alice là-dedans m’a surpris, un peu comme si l’une des trois Drôles de Dames débarquait sur le plateau d’Hélène et les Garçons.Pour décrire Alice, je n’irai pas par quatre chemins ; c’est une autruche. Comme cet oiseau coureur, elle est grande, sauvage, et se cache dès qu’elle sent le danger. Ses interminables jambes minces (au nombre de deux) supportent un buste sensuel doté de fruits arrogants (de même nombre). De longs cheveux, noirs et raides, couronnent un visage intense bien que doux. Le corps d’Alice semble avoir été conçu exclusivement pour déstabiliser les gentils hommes mariés qui n’avaient rien demandé – ou ne demandaient pas mieux. C’est ce qui la différencie de l’autruche (avec le fait qu’Alice ne pond pas d’œufs d’1 kg).Je me souviens très bien de notre première rencontre, à l’enterrement de ma grand-mère, où j’étais venu sans mon épouse, que les obligations familiales ennuyaient, à juste titre. La famille est déjà quelque chose de pénible quand c’est la vôtre, alors imaginez quand c’est celle d’un mari… C’était d’ailleurs moi qui lui avais soutenu que, là où elle se trouvait, Bonne Maman ne se rendrait vraisemblablement pas compte de son absence. Je ne sais pas, j’avais dû sentir que quelque chose allait m’arriver.Toute l’église surveillait mon grand-père pour voir s’il pleurerait. « BON DIEU, FAITES QU’IL TIENNE », priais-je. Mais le curé avait une botte secrète : il évoqua les cinquante ans de mariage de Bon Papa avec Bonne Maman. L’œil de mon grand-père, pourtant colonel en retraite, se mit à rougir. Lorsqu’il versa une larme, ce fut comme un signal de épart, la famille entière ouvrit les vannes, sanglota, se répandit en regardant le cercueil. Il était inimaginable de se dire que Bonne Maman était là-dedans. Il a fallu qu’elle meure pour que je me rende compte à quel point je tenais à elle. Zut, à la fin. Quand je ne quittais pas les gens que j’aimais, c’étaient eux qui mouraient. Je me suis mis à pleurer sans aucune retenue car je suis un garçon influençable.Quand j’ai cessé de voir trouble, j’ai aperçu une belle brune qui m’observait. Alice m’avait vu dégouliner. Je ne sais pas si c’est l’émotion, ou le contraste avec le lieu, mais j’ai ressenti une immense attirance pour cette mystérieuse apparition en pull moulant noir. Plus tard, Alice m’avoua qu’elle m’avait trouvé très beau : mettons cette erreur d’appréciation sur le compte de l’instinct maternel. L’essentiel, c’est que mon attirance était réciproque – elle avait envie de me consoler, cela se voyait. Cette rencontre m’a appris que la meilleure chose à faire dans un enterrement, c’est de tomber amoureux.C’était une amie d’une cousine. Elle me présenta son mari, Antoine, très sympa, trop, peut-être. Pendant qu’elle embrassait mes joues mouillées, elle comprit que j’avais compris qu’elle avait vu que j’avais vu qu’elle m’avait regardé comme elle m’avait regardé. Je me souviendrai toujours de la première chose que je lui ai dite :— J’aime bien la structure osseuse de ton visage.J’eus le loisir de la détailler. Une jeune femme de 27 ans, simplement belle. Frémissement de cils. Rire boudeur qui fait bondir ton cœur dans sa cage thoracique soudain trop étroite. Merveille de regards détournés, de cheveux dénoués, de cambrure au bas du dos, de dents éclatantes. Mowgli Cardinale dans Le Livre du Guépard. Betty Page étirée sur un mètre soixante-dix-sept. Une folle rassurante. Une allumeuse calme, d’une réserve impudique. Une amie, une ennemie.Comment se faisait-il que je ne l’aie jamais rencontrée ? À quoi me servait-il de connaître tant de monde si cette fille n’en faisait pas partie ?Il faisait froid sur le parvis de l’église. Vous voyez très bien où je veux en venir – oui, ses tétons durcissaient sous son pull moulant noir. Elle avait des seins érigés en système. Son visage était d’une pureté que démentait son corps sensuel. Exactement mon type : je n’aime rien tant que la contradiction entre un visage angélique et un corps de salope. J’ai des critères dichotomiques.À cet instant précis j’ai su que je donnerais n’importe quoi pour entrer dans sa vie, son cerveau, son lit, voire le reste. Avant d’être une autruche, cette fille était un paratonnerre ; elle attirait les coups de foudre.— Tu connais le Pays basque ? lui ai-je demandé.— Non mais ça a l’air joli.— Ce n’est pas joli, c’est beau. Quel dommage que je sois marié et toi aussi, parce que sans cela nous aurions pu fonder une famille dans une ferme de la région.— Avec des moutons ?— Évidemment, avec des moutons. Et des canards pour le foie gras, des vaches pour le lait, des poules pour les œufs, un coq pour les poules, un vieil éléphant myope, une douzaine de girafes, et plein d’autruches comme toi.— Je ne suis pas une autruche, je suis un paratonnerre.— Eh oh ! Si en plus tu lis dans mes pensées, où allons-nous ?Après son départ, j’ai erré, enchanté et insouciant, dans Guéthary, le village de Paul-Jean Toulet et le paradis de mon enfance. Je me suis promené, frais et léger, alors que je déteste les promenades (mais personne ne s’en préoccupa : les gens font toujours des trucs absurdes après un enterrement), j’ai déambulé devant la mer, tenant compte de chaque rocher, chaque vague, chaque grain de sable. Je sentais mon âme déborder. Tout le ciel était à moi. La Côte basque me portait plus de chance que la baie de Rio.J’ai souri aux nuages assoupis dans le ciel et à Bonne Maman qui ne m’en voulait pas.
Randevoo - Épisode 13

Randevoo - Épisode 13

2018-12-1420:55

کتاب عشق سه سال طول می‌کشد قسمت 16:می‌خواهی حرم‌سرای من باشی قسمت 17:دو راهی 16. Veux-tu être mon harem ?Alors voilà ; Marc et Alice se sont mariés il y a trois ans. L’embêtant, c’est qu’ils ne se sont pas mariés ensemble. Marc a épousé Anne, et Alice s’est mariée avec Antoine. C’est ainsi : la vie s’arrange toujours pour compliquer les choses – ou bien est-ce nous qui recherchons la complication ?C’est la photo d’Alice qu’Anne a découverte à Rio. Un ravissant Polaroid d’Alice en bikini sur une plage italienne, près de Rome. À Fregene, pour être précis. Alice et moi avons eu une « liaison extraconjugale ». C’est ainsi qu’on appelle les plus belles passions romantiques, à notre époque. Des gens meurent d’amour tous les jours pour des « liaisons extraconjugales ». Ce sont souvent des femmes que vous croisez dans la rue. Elles n’ont l’air de rien car elles cachent en elles ce secret, mais quelquefois vous les verrez pleurer sans raison devant un mauvais feuilleton, ou sourire d’une façon magnifique dans le métro et alors, alors vous saurez de quoi je parle.Souvent, la situation est bancale : une femme célibataire aime un homme marié, il ne veut pas quitter sa femme, c’est affreux, abject, banal. Là, nous étions tous les deux mariés quand nous nous sommes rencontrés. L’équilibre était presque parfait. Seulement, j’ai craqué le premier : c’est moi qui divorce, alors qu’Alice n’en a pas du tout l’intention. Pourquoi quitterait-elle son mari pour un dingue qui crie sur les toits que l’amour dure trois ans ? Je devrais lui dire que je ne le pense pas vraiment mais ce serait mentir. Or, j’en ai assez de mentir. J’en ai assez de ma double vie. La polygamie est entièrement légale en France : il suffit d’être doué pour le mensonge. Il n’est pas très sorcier d’avoir plusieurs femmes. Cela demande seulement un peu d’imagination et beaucoup d’organisation. Je connais plein de mecs qui ont un harem, en France, en plein 1995. Chaque soir, ils choisissent celle qu’ils vont appeler, et le pire c’est qu’elle accourt, la pauvre élue. Pour faire ça, il faut être diplomate et hypocrite, ce qui revient à peu près au même. Mais moi j’en ai marre. Je n’en peux plus. Déjà que je suis schizophrène dans ma vie professionnelle, je refuse de le devenir dans ma vie sentimentale. Je trouve que ce serait beau, de ne faire qu’une seule chose à la fois, pour une fois.Résultat : de nouveau seul.L’amour est une catastrophe magnifique : savoir que l’on fonce dans un mur, et accélérer quand même ; courir à sa perte, le sourire aux lèvres ; attendre avec curiosité le moment où cela va foirer. L’amour est la seule déception programmée, le seul malheur prévisible dont on redemande. Voilà ce que j’ai dit à Alice, avant de la supplier à genoux de partir avec moi – en vain.17. DilemmesUn jour, le malheur est entré dans ma vie et moi, comme un con, je n’ai plus jamais réussi à l’en déloger. L’amour le plus fort est celui qui n’est pas partagé. J’aurais préféré ne jamais le savoir, mais telle est la vérité : il n’y a rien de pire que d’aimer quelqu’un qui ne vous aime pas – et en même temps c’est la chose la plus belle qui me soit jamais arrivée. Aimer quelqu’un qui vous aime aussi, c’est du narcissisme. Aimer quelqu’un qui ne vous aime pas, ça, c’est de l’amour. Je cherchais une épreuve, une expérience, un rendez-vous avec moi-même qui puisse me transformer : malheureusement, j’ai été exaucé au-delà de mes espérances. J’aime une fille qui ne m’aime pas, et je n’aime plus celle qui m’aime. J’utilise les femmes pour me détester moi-même.« Fan-Chiang demanda : — Qu’est-ce que l’amour ? Le maître dit : — Donner plus de prix à l’effort qu’à la récompense, cela s’appelle l’amour. » (Confucius)Merci, fourbe oriental, mais moi je ne cracherais pas non plus sur la récompense. En attendant, je suis abandonné. Dès qu’Alice a appris que ma femme m’avait quitté, elle a pris peur et fait marche arrière. Plus de coups de fil, plus de messages sur la boîte vocale 3672, ni de numéros de chambres d’hôtel sur le répondeur du Bi-Bop (Le Bi-Bop et le 3672 Mémophone furent des inventions technologiques de France Telecom exclusivement destinées à favoriser l’adultère, dans le but de se faire pardonner la cafteuse touche "Bis" et les nombreux deals de drogue effectués grâce au « Tatoo »). Je suis comme une petite maîtresse collante qui attend que son homme marié se souvienne de son petit cul. Moi qui n’affectionnais que les larges avenues, je me retrouve « back street ». Une seule question me taraude sans cesse et résume toute mon existence :Qu’y a-t-il de pire : faire l’amour sans aimer, ou aimer sans faire l’amour ? J’ai l’impression d’être comme Milou quand il a ses crises de conscience, avec d’un côté le petit ange qui lui dit de faire le bien, et de l’autre le mini-démon qui lui enjoint de faire le mal. Moi, j’ai un angelot qui veut que je revienne avec ma femme, et un diablotin qui me suggère de coucher avec Alice. Dans ma tête c’est un talk-show permanent entre eux deux, en direct. J’aurais préféré que le diable m’ordonne de baiser ma femme.
Randevoo - Épisode 12

Randevoo - Épisode 12

2018-12-0719:55

قسمت 14رستاخیز موفتی قسمت 15دیوار ندبه 14.Résurrection provisoireSi on se réveille. On ouvre un œil puis l’autre, on a doublement mal au crâne, à cause de la gueule de bois mais aussi d’une énorme bosse en phase de développement accéléré sur le haut du front. C’est l’après-midi, et l’on se sent très ridicule avec cet enchevêtrement de cravates autour du cou, allongé au pied d’une chaise renversée et d’une femme de ménage debout.— Bonjour Carmelita… Je… J’ai dormi longtemps ?— Pouviez-vous vous poussi s’il vo pli Missieu ce pour passé l’achpirador s’il vo pli Missieu ? Ensuite, on trouve un mot sur sa télé :« TOUT HOMME ENCORE EN VIE APRÈS 30 ANS EST UN CON »et on est épaté par ce don de prémonition.Pauvre chéri. Ça veut plaire à toutes les jolies filles et ça déprime pour un simple divorce. Il fallait y penser plus tôt. Maintenant je n’ai plus que ma douleur pour me tenir compagnie. Quelle perte de temps aussi que de vouloir se tuer, quand on est déjà mort.Les suicidaires sont vraiment des gens invivables. Anne m’a rendu la liberté, et voici que je lui en veux. Je lui en veux de me laisser face à moi-même. Je lui en veux de m’autoriser à repartir de zéro. Je lui en veux de m’obliger à prendre mes responsabilités. Je lui en veux de m’avoir poussé à écrire ce paragraphe. J’ai souffert d’être enfermé, et maintenant je souffre d’être libre. C’est donc cela, la vie d’adulte : construire des châteaux de sable, puis sauter dessus à pieds joints, et recommencer l’opération, encore et encore, alors qu’on sait bien que l’océan les aurait effacés de toute façon ? J’ai les paupières lourdes comme la nuit qui tombe. Cette année, j’ai beaucoup vieilli. À quoi reconnaît-on qu’on est vieux ? À ce qu’on va mettre trois jours à récupérer de cette cuite. À ce qu’on rate tous ses suicides. À ce qu’on est rabat-joie dès qu’on rencontre des plus jeunes. Leur enthousiasme nous énerve, leurs illusions nous fatiguent. On est vieux quand on a dit la veille à une demoiselle née en 1976 : « 76 ? Je m’en rappelle, c’était l’année de la sécheresse. » N’ayant plus d’ongles à ronger, je décide de sortir dîner. 15. Le mur des lamentations (suite)J’ai beau savoir que l’amour est impossible, je suis sûr que dans quelques années, je serai fier d’y avoir cru. Personne ne pourra jamais nous enlever ça, à Anne et moi : nous y avons cru, en toute sincérité. Nous avons foncé tête baissée dans une muleta en béton armé. Ne riez pas. Personne ne se moque de Don Quichotte qui attaquait pourtant des moulins à vent comme un débile barbichu. Longtemps, mon seul but dans la vie était de m’autodétruire. Puis, une fois, j’ai eu envie de bonheur. C’est terrible, j’ai honte, pardonnez-moi : un jour, j’ai eu cette vulgaire tentation d’être heureux. Ce que j’ai appris depuis, c’est que c’était la meilleure manière de me détruire. Au fond, sans le faire exprès, je suis un garçon cohérent.Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté ce dîner chez Jean-Georges. Je n’ai toujours pas faim. J’ai toujours mis un point d’honneur à attendre d’avoir faim pour manger. L’élégance, c’est ça : manger quand on a faim, boire quand on a soif, baiser quand on bande. Mais bon, je ne vais pas attendre d’être mort d’inanition pour voir mes copains. Jean-Georges aura sûrement encore invité la même bande de malades sublimes, mes meilleurs amis. Personne ne parlera de ses problèmes car chacun saura que les autres en ont autant. On changera de sujet pour tromper le désespoir.J’avais tort. Jean-Georges est seul chez lui. Il veut m’entendre. Il m’attrape par le col et me secoue comme un parcmètre n’imprimant pas le ticket horodateur après avoir avalé sa pièce de dix balles.— Hier soir, je t’ai demandé pourquoi tu tirais la tronche et tu m’as répondu que l’amour durait trois ans. Non mais tu te fous de ma gueule ou quoi ? Tu te crois dans un de tes bouquins ? Je vois très bien que ton divorce n’a rien à voir là-dedans ! Alors maintenant, ça suffit les conneries, tu me parles, oui ou merde ? Sinon, à quoi je sers, moi ?Je baisse les yeux pour cacher qu’ils s’embuent. Je fais semblant d’être enrhumé pour pouvoir renifler. Je bredouille :— Euh… Mais non, vraiment, je ne vois pas ce que tu veux dire…— Arrête. C’est qui ? Je la connais ? Alors, à voix basse, le cœur gros, les pieds en dedans, je passe aux aveux :— Elle s’appelle Alice. 
Randevoo - Épisode 11

Randevoo - Épisode 11

2018-11-3015:491

13.Flirting with disasterCette nuit, dans le cours de ma virée, un pote est venu me parler (je ne me souviens plus qui, ni quand, et encore moins où).— Pourquoi fais-tu la gueule ?, m’a-t-il demandé.Je me souviens lui avoir juste répondu :— Parce que l’amour dure trois ans.Apparemment, cela a fait son effet : le type s’est éclipsé. Du coup, je ressers cette réplique partout où j’apparais. Dès que j’ai l’air triste et qu’on me demande pourquoi, je rétorque, de but en blanc :— Parce que l’amour dure trois ans.Je trouve ça d’un chic fou. À la longue, je me dis même que ça ferait peut-être un bon titre de livre.L’amour dure trois ans. Même si vous êtes marié depuis quarante ans, au fond de vous-même, avouez que vous savez très bien que c’est vrai. Vous voyez très bien à quoi vous avez renoncé ; à quel moment vous avez abdiqué. Le jour fatidique où vous avez cessé d’avoir peur.Entendre que l’amour dure trois ans n’est pas agréable ; c’est comme un tour de magie raté, ou comme quand le réveil sonne au milieu d’un rêve érotique. Mais il faut briser le mensonge de l’amour éternel, fondement de notre société, artisan du malheur des gens.Après trois ans, un couple doit se quitter, se suicider, ou faire des enfants, ce qui sont trois façons d’entériner sa fin.On nous dit souvent qu’au bout d’un certain temps, la passion devient « autre chose », de plus solide et plus beau. Que cette « autre chose », c’est l’Amour avec un grand « A », un sentiment certes moins excitant, mais aussi moins immature. J’aimerais être bien clair : cette « autre chose » m’emmerde, et si c’est cela l’Amour, alors je laisse l’Amour aux paresseux, aux découragés, aux gens « mûrs » qui se sont engoncés dans leur confort sentimental. Moi, mon amour il a un petit « a » mais de grandes envolées ; il ne dure pas très longtemps mais au moins, quand il est là on le sent passer. Leur « autre chose » en quoi ils voudraient transformer l’amour ressemble à une théorie inventée pour pouvoir se contenter de peu, et se rassurer en clamant qu’il n’y a rien de mieux. Ils me font penser aux jaloux qui rayent les portes des voitures de luxe parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’en offrir une. Fin de soirée apocalyptique. Envie d’en finir avec la boule dans le ventre.Vers cinq heures du matin, je téléphone à Adeline H., c’est dire si je vais mal. J’ai son numéro perso.« Allô ? Allô ? Qui est à l’appareil ? »Voix rauque. Je la réveille. Pourquoi n’a-t-elle pas mis son répondeur ? Je ne sais pas quoi lui dire.« Euh… Excuse-moi de te réveiller… je voulais juste te dire bonsoir… »« C’EST QUI ? T’ES DINGUE OU QUOI, PUTAIN ? ! »Je raccroche. Assis, immobile, la tête appuyée sur les deux mains, j’hésite entre la boîte de Lexomil et la pendaison : et pourquoi pas les deux ? Je n’ai pas de corde, mais plusieurs cravates Paul Smith attachées entre elles feront bien l’affaire. Les tailleurs anglais choisissent toujours des matières très résistantes. Je colle un Post-It sur la télé : « TOUT HOMME ENCORE EN VIE APRÈS 30 ANS EST UN CON ». J’ai bien fait de louer un appartement avec poutres apparentes. Il suffit de monter sur cette chaise, là, comme ceci, puis de boire le verre de Coca-Cola contenant les anxiolytiques écrasés. Après, on passe la tête dans le nœud coulant, et au moment où l’on s’endort, logiquement, c’est pour ne plus se réveiller.
Randevoo - Épisode 10

Randevoo - Épisode 10

2018-11-2321:46

قسمت 12 توهمات گم‌شده   www.francaisgram.com/randevoo 12. Les illusions perdues Notre génération est trop superficielle pour le mariage. On se marie comme on va au MacDo. Après, on zappe. Comment voudriez-vous qu’on reste toute sa vie avec la même personne dans la société du zapping généralisé ? Dans l’époque où les stars, les hommes politiques, les arts, les sexes, les religions n’ont jamais été aussi interchangeables ? Pourquoi le sentiment amoureux ferait-il exception à la schizophrénie générale ? Et puis d’abord, d’où nous vient donc cette curieuse obsession : s’escrimer à tout prix pour être heureux avec une seule personne ? Sur 558 types de sociétés humaines, 24 % seulement sont monogames. La plupart des espèces animales sont polygames. Quant aux extraterrestres, n’en parlons pas : il y a longtemps que la Charte Galactique X23 a interdit la monogamie dans toutes les planètes de type B#871. Le mariage, c’est du caviar à tous les repas : une indigestion de ce que vous adorez, jusqu’à l’écœurement. « Allez, vous en reprendrez bien un peu, non ? Quoi ? Vous n’en pouvez plus ? Pourtant vous trouviez cela délicieux il y a peu, qu’est-ce qui vous prend ? Sale gosse, va ! » La puissance de l’amour, son incroyable pouvoir, devait franchement terrifier la société occidentale pour qu’elle en vienne à créer ce système destiné à vous dégoûter de ce que vous aimez. Un chercheur américain vient de démontrer que l’infidélité est biologique. L’infidélité, selon ce savant renommé, est une stratégie génétique pour favoriser la survie de l’espèce. Vous imaginez la scène de ménage : « Mon amour, je ne t’ai pas trompée pour le plaisir : c’était pour la survie de l’espèce, figure-toi ! Peut-être que toi tu t’en fous, mais il faut bien que quelqu’un s’en préoccupe, de la survie de l’espèce ! Si tu crois que ça m’amuse !… » Je ne suis jamais rassasié : quand une fille me plaît, je veux en tomber amoureux ; quand j’en suis amoureux, je veux l’embrasser ; quand je l’ai embrassée, je veux coucher avec elle ; quand j’ai couché avec elle, je veux vivre avec elle dans un meublé ; quand je vis avec elle dans un meublé, je veux l’épouser ; quand je l’ai épousée, je rencontre une autre fille qui me plaît. L’homme est un animal insatisfait qui hésite entre plusieurs frustrations. Si les femmes voulaient jouer finement, elles se refuseraient à eux pour qu’ils leur courent après toute leur vie. La seule question en amour, c’est : à partir de quand commence-t-on à mentir ? Êtes-vous toujours  aussi heureux de rentrer chez vous pour retrouver la même personne qui vous attend ? Quand vous lui dites « je t’aime », est-ce que vous le pensez toujours ? Il y aura bien – c’est fatal – un moment où vous vous forcerez. Où vos « je t’aime » n’auront plus le même goût. Pour moi, le déclic, ça a été le rasage. Je me rasais tous les soirs pour ne pas piquer Anne en l’embrassant la nuit. Et puis, un soir – elle dormait déjà (j’étais sorti sans elle jusqu’au petit jour, typiquement le genre de comportement minable que l’on se permet avec l’excuse du mariage) – je ne me suis pas rasé. Je pensais que ce n’était pas grave, puisqu’elle ne s’en rendrait pas compte. Alors que cela signifiait simplement que je ne l’aimais plus. Quand on divorce on achète toujours La Séparation de Dan Franck. La première scène est émouvante : pendant une pièce de théâtre, l’homme s’aperçoit que sa femme ne l’aime plus car elle retire sa main de la sienne. Il tente de la reprendre mais elle l’enlève à nouveau. Je me disais : quelle salope ! Pourquoi autant de cruauté ? Ce n’est pourtant pas compliqué de laisser sa main dans la main de son mari, merde ! Jusqu’au jour où la même chose m’est arrivée. Je me suis mis à repousser la main d’Anne sans arrêt. Elle me prenait gentiment la main, ou le bras, ou bien posait sa main sur ma cuisse quand nous regardions la télé, et moi que voyais-je ? Une main molle, blanchâtre, avec la consistance d’un gant Mappa. Je frissonnais de dégoût. C’était comme si elle posait un poulpe sur moi. Je culpabilisais : mon Dieu, comment en étais-je arrivé là ? J’étais devenu la salope du livre de Dan Franck. Elle insistait pour mêler ses doigts aux miens. Je me forçais, sans parvenir à réprimer une grimace. Je me levais d’un bond, soi-disant pour aller pisser, en réalité juste pour fuir cette main. Puis je revenais sur mes pas, pris de remords, et je regardais sa main que j’avais aimée. Sa main que je lui avais demandée devant Dieu. Sa main que, trois ans plus tôt, j’aurais donné ma vie pour tenir ainsi. Et je ne ressentais que haine de moi, honte d’elle, indifférence, envie de chialer. Et je serrais contre mon cœur cette pieuvre molle, puis je lui faisais un baisemain mouillé de tristesse et de dépit. L’amour est fini quand il n’est plus possible de revenir en arrière. C’est comme ça qu’on s’en rend compte : de l’eau a coulé sous les ponts, l’incompréhension règne ; on a rompu sans même s’en apercevoir.  
Randevoo - Épisode 09

Randevoo - Épisode 09

2018-11-1625:241

قسمت 11 مرد سی ساله   www.francaisgram.com/randevoo XI L'homme de trente ans Dans mon milieu, on ne se pose aucune question avant l'âge de trente ans et, à ce moment-là, bien sûr, il est trop tard pour y répondre. Voici comment ça se passe: tu as 20 ans, tu déconnes un brin, et quand tu te réveilles tu en as 30. C'est fini: plus jamais ton âge ne commencera par un 2. Tu dois te résoudre à avoir dix ans de plus qu'il y a dix ans, et dix kilos de plus que l’année dernière. Combien d'années il te reste? 10? 20? 30? L'espérance de vie moyenne t'en accorde encore 42 si tu es un homme, 50 si tu es une femme. Mais elle ne compte pas les maladies, les cheveux qui tombent, le gâtisme, les taches sur les mains. Personne ne se pose ces questions: En avons-nous assez profité? Aurions-nous dû vivre autrement? Sommes-nous avec la bonne personne, dans le bon endroit? Que nous propose ce monde? De la naissance à la mort, on branche nos vies sur pilotage automatique, et il faut un courage surhumain pour en dévier le cours. À 20 ans, je croyais tout savoir de la vie. À 30 ans, j'ai appris que je ne savais rien. Je venais de passer dix années à apprendre tout ce qu'il me faudrait, par la suite, désapprendre. Tout était trop parfait. Il faut se méfier des couples idéaux: ils aiment trop être beaux; ils se forcent à sourire, comme s'ils assuraient la promotion d'un nouveau film au Festival de Cannes. L'embêtant avec le mariage d'amour, c'est qu'il démarre trop haut. La seule chose qui puisse arriver d'étonnant à un mariage d'amour, c'est un cataclysme. Sinon, quoi? La vie est finie. On était déjà au Paradis avant d'avoir vécu. On devra rester jusqu'à sa mort dans le même film parfait, avec le même casting impeccable. C'est invivable. Quand on a tout trop tôt, on finit par espérer un désastre, en guise de délivrance. Une catastrophe pour être soulagé. J'ai mis longtemps à admettre que je ne m'étais marié que pour les autres, que le mariage n'est pas quelque chose que l'on fait pour soi-même. On se marie pour énerver ses amis ou faire plaisir à ses parents, souvent les deux, parfois l'inverse. De nos jours, les neuf dixièmes des épousailles bécébégés ne constituent que des passages obligés, des cérémonies mondaines où des parents coincés rendent des invitations. Parfois, dans certains cas gravement atteints, la belle-famille vérifie que son futur gendre figure dans le Bottin mondain, soupèse sa bague de fiançailles pour en vérifier le nombre de carats et insiste pour avoir un reportage dans Point de Vue-Images du Monde. Mais ce sont vraiment des cas extrêmes. On se marie exactement comme on passe son baccalauréat ou son permis de conduire: c'est toujours le même moule dans lequel on veut se couler pour être normal, normal, NORMAL, à tout prix. À défaut d'être au-dessus de tout le monde, on veut être comme tout le monde, par peur d'être en dessous. Et c'est le meilleur moyen de ruiner un amour véritable. Le mariage n'est d'ailleurs pas seulement un modèle imposé par l'éducation bourgeoise: il fait aussi l'objet d'un colossal lavage de cerveau publicitaire, cinématographique, journalistique, et même littéraire, une immense intox qui finit par pousser de ravissantes demoiselles à désirer la bague au doigt et la robe blanche alors que, sans cela, elles n'y auraient jamais songé. Le Grand Amour, ça oui, avec ses hauts et ses bas, bien sûr qu'elles y penseraient, sinon pourquoi vivre? Mais le Mariage, l'Institution-qui-rend-1'Amour-Chiant, “le boulet de l'amour à perpétuité et de l'accouplement à vie” (Maupassant): jamais. Dans un monde parfait, les filles de vingt ans ne seraient jamais attirées par une invention aussi artificielle. Elles rêveraient de sincérité, de passion, d'absolu - pas d'un type en jaquette de location. Elles attendraient l'Homme qui saurait les étonner chaque jour que Dieu fait, pas l'Homme qui va leur offrir des étagères Ikéa. Elles laisseraient la Nature - c'est-à-dire le désir - faire son office. Malheureusement leur maman frustrée leur souhaite un malheur identique, et elles-mêmes ont vu trop de soap-operas. Alors elles attendent le Prince Charmant, ce concept publicitaire débile qui fabrique des déçues, des futures vieilles filles, des aigries en quête d'absolu, alors que seul un homme imparfait peut les rendre heureuses. Bien entendu, les bourgeois vous jureront que de tels schémas n'ont plus cours, que les mœurs ont changé, mais croyez-en une victime énervée: jamais l'oppression n'a été plus violente que dans notre époque de fausse liberté. Le totalitarisme conjugal continue, chaque jour, de perpétuer le malheur, de génération en génération. On nous impose ce pipeau en fonction de principes factices et usés, dans le but inavoué de reproduire encore et toujours un héritage de douleur et d'hypocrisie. Briser des vies reste le sport préféré des vieilles familles françaises, et elles s'y connaissent en la matière. Elles ont de l'entraînement. Oui, on peut encore l'écrire aujourd'hui: familles, je vous hais. Je vous hais d'autant plus que je me suis rebellé beaucoup trop tard. Au fond de moi-même, j'étais bien content. J'étais un plouc de roturier, descendant de hobereaux béarnais, fier comme un paon d'épouser Anne, l'aristochatte de porcelaine. J'ai été imprudent, fat, naïf et stupide. Je le paye cash. J'ai mérité cette débâcle. J'étais comme tout le monde, comme vous qui me lisez, persuadé d'être l'exception qui confirme la règle. Évidemment, le malheur allait m'éviter, nous passerions entre les gouttes. L'échec n'arrive qu'aux autres. L'amour s'en est allé un jour, et j'ai été réveillé en sursaut. Jusque-là, je m'étais forcé à jouer le mari comblé. Mais je me mentais à moi-même depuis trop longtemps pour ne pas, un jour, commencer à mentir à quelqu'un d'autre.
loading
Comments (119)

Leila Aboufazeli

خیلی خوب بود ....♥️♥️♥️♥️♥️♥️♥️

Sep 1st
Reply

N.k

ممنون

Aug 30th
Reply

Farnaz_nrz

خیلی خوبه

Aug 26th
Reply

Leila Aboufazeli

عالیه تا اینجا...

Aug 19th
Reply

Foroogh Moradi

من خیلی دوست دارم این پادکستو

Aug 14th
Reply

mr rahgozar

دوستان کسی همچین پادکستی به زبان انگلیسی می شناسه؟؟

Jul 25th
Reply

Soroush Afshoun

Je t'aime monsieur Shalchi

Jul 21st
Reply

marideli

👍👍👍

Jun 11th
Reply

homa.tavakoli.pour

عالیه.منتظریم

May 25th
Reply

Ameer Shamaee

استادمیشه متن این پادکست هاهم بزارین؟

May 17th
Reply

Amix

-

May 10th
Reply

homa.tavakoli.pour

عالی ممنون

May 3rd
Reply

homa.tavakoli.pour

سلام عالیه... پی دی اف کتاب رو از کجا میشه تهیه کرد .پیدا نکردم متاسفانه

Apr 24th
Reply

Mozhgan.abbasi

سلام استاد. شما رو در همه ی شبکه های مجازی علی الخصوص یوتیوب دنبال میکنم‌. ممنون از انرژی ایی که میگذارید.☺ C'est parfait!😍

Feb 23rd
Reply

farNAZi

واقعا عالیه کارتون، خصوصا برای منی که علاقه‌مندم و هیچ فرصتی ندارم در حال حاضر، گوش دادن پادکست راندوو بهترین راه برای دور نموندنه. 🙏🏻😍

Feb 6th
Reply

Maryam Dehghani

Merci bcp Monsieur Shalchi.

Jan 26th
Reply

abb krm

ما را بشنوید https://castbox.fm/channel/id3612270

Jan 10th
Reply

narjes iravani

ممنون، امیدوارم قسمت بعدی رو به زودی بذارید

Dec 26th
Reply

Shahriar Vaziri

ممنون . مطمئنم کسای دیگه هم مثل من زیاد هستن که منتظر قسمتای دیگه هستن . خیلی خوب میشه اگه قسمت های بعدی هم به زودی آپلود کنین . سپاس

Dec 21st
Reply

Avis

وااای، چه خوب که برگشتین.راستش دیگه ناامید شده بودم.خیلی خوشحال شدم ⚘⚘⚘

Dec 20th
Reply (1)
Download from Google Play
Download from App Store