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Vlan! Leadership
Vlan! Leadership
Author: Grégory Pouy
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Description
Le monde est en plein mouvement, la majorité des organisations ne sont plus en phase avec l'époque et elles le savent, elles doivent se transformer en profondeur.
Mais pas de transformation d'organisation sans leadership.
Dans ce podcast nous explorons avec des leaders éclairés mais également avec des chercheurs à quoi le leadership peut et doit ressembler.
Vlan! Leadership, c'est de l'inspiration mais c'est aussi un outil pour les leaders de demain en montrant que d'autres modèles sont possibles que ce soit pour les grandes ou les petites structures.
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83 Episodes
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Laetitia Vitaud est autrice, conférencière et spécialiste du futur du travail.Ça fait des années que Laetitia et moi nous connaissons par écrans interposés, par téléphone aussi, sans jamais avoir réussi à nous asseoir face à face. Elle vivait en Allemagne, les agendas ne s'alignaient pas, et l'épisode restait dans un coin de ma tête. Cette fois, je l'ai enfin eue en vrai, dans le décor de Vlan! plutôt que celui de Vlan! Leadership, et franchement, on aurait pu continuer des heures.Dans cet épisode, nous parlons de ce que Laetitia considère comme le sujet le plus sous-estimé du monde du travail : la transition démographique. On réduit souvent le vieillissement au débat sur l'âge de départ à la retraite, alors qu'il change tout. Les viviers de recrutement qui grossissent le plus ont 55 ou 60 ans. Un actif sur quatre est déjà aidant d'un proche. On vit plus longtemps, on travaille plus longtemps, donc on tombe plus souvent malade au travail. Et toute une génération, entre 40 et 60 ans, se retrouve coincée entre des parents qui vieillissent et des enfants qui n'arrivent plus à se loger sans aide. Laetitia ne parle plus de génération sandwich mais de génération club sandwich, tant les couches s'empilent.J'ai questionné Laetitia sur la manière dont on peut réconcilier leadership et care, deux imaginaires que tout oppose encore : l'homme bien payé et optimisé d'un côté, la femme mal payée ou pas payée du tout de l'autre. On parle de Frans de Waal et des chimpanzés mâles qui développent leur capacité à prendre soin, du recul inquiétant des hommes dans les métiers du soin et de l'éducation, et de cette phrase qu'elle aime beaucoup : les hommes sont des femmes comme les autres.On passe ensuite un long moment sur l'intelligence artificielle, abordée par la culture plutôt que par la technique. Laetitia y voit trois dettes qui s'accumulent sans que personne ne les regarde : une dette cognitive, une dette de compétences liée à l'arrêt du recrutement des juniors, et une dette technique dans le code produit à la chaîne. On parle du paradoxe de Solow, de ma sensation de n'avoir jamais été aussi optimisé tout en n'ayant jamais eu aussi peu de temps, de la bulle financière qui guette, des marchands de pelles, et du rejet de l'IA par une partie de la jeunesse, qui cultive au passage la nostalgie d'une époque qu'elle n'a pas connue.Enfin, on creuse l'écart entre travail prescrit et travail réel : les tâches non promouvables qui font tenir les collectifs, le savoir tacite que Laetitia appelle process knowledge, et ce que les cuisines des grands chefs étoilés nous apprennent sur la manière de faire cohabiter exécution sans gâchis et innovation qui exige de gâcher. On termine sur la soutenabilité de nos corps, la ménopause et la question qui traverse tout l'échange : quelle bonne vie voulons-nous construire avec le travail ?Citations marquantes« Les hommes sont des femmes comme les autres. »« Quand on parle d'IA, on parle de compétences à l'IA et pas de perte de compétences. »« Vivre avec les technologies, c'est des moments sans. »« Le diable de l'optimisation à court terme vient toujours murmurer dans l'oreille des managers. »« La nostalgie est maintenant incarnée principalement par les jeunes, et c'est la nostalgie d'une période qu'ils n'ont pas connue. »Idées centrales discutéesLa démographie, l'angle mort du travail (01:47) Le vieillissement de la population ne se limite pas à l'âge de départ à la retraite. Il transforme les viviers de recrutement, multiplie les maladies au travail et fait d'un actif sur quatre un aidant. Pourquoi ça compte : la plupart des organisations raisonnent encore avec une pyramide des âges qui n'existe plus, et risquent de perdre en silence les salariés qui basculent à temps partiel ou quittent leur poste quand leur situation d'aidant se tend.La génération club sandwich (06:51) Entre 40 et 60 ans, on s'occupe à la fois de parents vieillissants, de beaux-parents dans des familles recomposées, d'enfants qui ne peuvent plus se loger sans aide, parfois de petits-enfants. Pourquoi ça compte : cette multiplication des rôles touche désormais aussi les hommes, notamment ceux qui ont choisi d'être des pères plus impliqués, et elle pèse sur l'énergie disponible au travail.Réconcilier leadership et care (08:18) L'imaginaire du leader reste celui d'un homme bien payé et optimisé, celui du care celui d'une femme mal payée. Laetitia pointe en plus un recul des hommes dans les métiers du soin et de l'éducation, alors que ce sont des métiers en croissance qui manquent de rôles modèles masculins. Pourquoi ça compte : un leadership dans l'incertitude exige d'écouter, et l'écoute appartient déjà au care.Laisser du mou dans le système (20:30) La performance érigée en valeur cardinale et la logique d'optimisation imposée par les modèles de gouvernance empêchent la redondance nécessaire pour expérimenter. Pourquoi ça compte : pour Laetitia, il faut une révolution des processus de décision, pas seulement du mindset, pour accepter un peu de gâchis et naviguer dans l'incertitude.Les trois dettes de l'IA (22:35) Dette cognitive (nos compétences s'atrophient comme des muscles), dette de compétences (on ne recrute plus de juniors alors que les cohortes nombreuses partent à la retraite), dette technique (du code bancal qu'il faudra rafistoler). Pourquoi ça compte : les gains de productivité annoncés restent introuvables dans les statistiques, pendant que les coûts cachés s'accumulent.Travail prescrit, travail réel et savoir tacite (46:15) Les fantasmes d'automatisation échouent parce qu'ils ignorent tout ce que le travail réel contient : les frictions humaines du livreur, les tâches non promouvables qui font tenir un collectif, le process knowledge qui explique pourquoi une usine copiée-collée tourne à 50 % de sa productivité. Pourquoi ça compte : ce qui ne se mesure pas est souvent ce qui fait fonctionner l'organisation.Soutenabilité des corps et nouveau deal (40:47) Une personne sur six de plus de 55 ans en France n'est ni en emploi ni en retraite, usée par des métiers qui essorent. Laetitia propose deux boussoles : la soutenabilité du travail, en parallèle avec l'écologie, et le sens. Pourquoi ça compte : le deal salarial et citoyen est en train d'être renégocié, ce qui ouvre l'occasion d'inventer un travail aligné avec notre définition de la bonne vie.Questions posées dans l'interviewPourquoi la transition démographique est-elle le sujet le plus sous-estimé quand on parle de travail ?Que doit faire une entreprise quand un salarié sur quatre est aidant d'un proche ?La pyramide des âges qui a façonné le conseil ou la communication est-elle en train de s'effondrer ?Comment réconcilier l'imaginaire du leader et celui du care ?Pourquoi les hommes reculent-ils dans les métiers du soin, et qu'est-ce que ça change pour les garçons qui grandissent ?Voit-on vraiment des dirigeants qui s'appuient sur la puissance plutôt que sur le pouvoir ?Pourquoi la performance ne devrait-elle jamais être présentée comme une valeur ?Quelles dettes l'intelligence artificielle est-elle en train de nous faire accumuler ?Que veut dire apprendre à vivre avec les technologies ?Que perd une organisation quand elle ignore le travail réel et le savoir tacite de ses équipes ?Références citées dans l'épisodeLivres et auteurs Frans de Waal, primatologue, livre Différents : les chimpanzés mâles qui prennent soin des petits orphelins développent leur capacité de care (11:19) Richard Reeves : les métiers du care (éducation, santé, social) sont en croissance et ont besoin d'hommes pour en rehausser le prestige (14:23) Michel Maffesoli, sociologue : la distinction entre le pouvoir qui vient du haut et la puissance qui vient du bas (17:08) Olivier Hamant et la robustesse : la redondance nécessaire pour expérimenter (20:51), interviewé sur Vlan! (22:02) Olivier Sibony et Éric Hazan, livre sur l'IA et la décision : la perte de compétences assumée, comparée au GPS ou à la calculette (22:02, 23:31) Vaughan Tan, The Uncertainty Mindset : ses années d'observation des laboratoires d'innovation des restaurants trois étoiles (52:27) Travail prescrit et travail réel : l'auteur cité apparaît comme « Ibrahima Fall » dans la transcription, nom à vérifier (44:41) Mon premier livre, cité au sujet du changement d'imaginaire du succès, titre à vérifier dans la transcription (44:01)Concepts Up or out et modèle pyramidal du conseil (05:30) Génération sandwich, devenue génération club sandwich (09:08) Maladaptation, et le jeu de mots « male-adaptation » (16:44) Paradoxe de Solow : les gains de productivité sont partout sauf dans les statistiques (28:33) Anémoia : la nostalgie d'une époque qu'on n'a pas vécue (40:09) Tâches non promouvables (47:53) Process knowledge, ou savoir tacite (50:00)Personnalités Jack Welch, General Electric, et la mise en scène de l'écoute dans les années 80 et 90 (17:45) Donald Trump et son entourage, en contre-exemple (18:19) Eric Schmidt, hué sur un campus américain (38:00) Un humoriste américain d'origine asiatique appelant sa génération à « tuer l'IA » (38:33) Un dirigeant de Google boycotté à Stanford (38:33)Culture et symboles Wall-E, Pixar, 2008, comme image de l'atrophie des compétences (23:31) Ulysse attaché au mât pour écouter les sirènes (31:08) Le Shabbat comme rituel sans technologie (31:08) Le crochet et le tricot, activités qui occupent les deux mains (31:49) Les luddites de la révolution industrielle (39:05)Outils et entreprises Claude et Anthropic, ChatGPT, Gemini (25:59, 34:36, 37:30) Usines de microprocesseurs et dépendance à Taïwan et à la Chine (50:24) Cabinets d'avocats et heures facturées (47:53)Chiffres cités Un actif sur quatre est aidant (03:30) Un enfant violé toutes les trois minutes en France (15:35) Baisse de 46 % des candidatures en écoles d'informatique au Royaume-Uni en 2025 (24:42) Une personne sur six de plus de 55 ans ni en emploi ni en retraite (41:25) Âge médian des femmes en France autour de 45 ans (56:59)Timestamps clés00:00
Stéphane Hugon est sociologue de l’imaginaire et cofondateur du cabinet Eranos. Avec son équipe, il a épluché près de deux siècles de textes académiques sur le leadership, de 1840 à aujourd’hui, pour comprendre ce que les nouvelles générations attendent de celles et ceux qui les dirigent.Avec Stéphane, on se connaît bien, et ça s’entend. La conversation part d’une question en apparence simple, « c’est quoi un leader au XXIe siècle ? ». Elle file très vite vers les chimpanzés de Frans de Waal, les cinq degrés de politesse de la langue coréenne, John Wayne et Harry Potter. On croise aussi les mutuelles qui ont tenu pendant que Lehman Brothers s’effondrait, et une entreprise du nord de la France qui a failli perdre son âme dans un déménagement. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il refuse de réduire le leadership à une liste de compétences à cocher. Pour lui, c’est un fait social total : une relation entre une personne et un contexte qui la rend légitime. On ne peut pas être leader dans le désert.Dans cet épisode, nous parlons de la façon dont la figure du chef a glissé depuis le XIXe siècle : d’abord l’homme providentiel, puis le leader situationnel, puis le leader relationnel. Nous parlons de la boussole qu’Eranos a construite entre deux pôles. D’un côté le développement : voir loin, trancher, tirer l’entreprise vers l’avenir. De l’autre l’enveloppement : rendre l’entreprise vivable, tenir la cohésion, prendre soin. Nous parlons aussi d’une légitimité qui ne vient plus de la différence (la blouse blanche, le gourou) mais de la ressemblance. Et de cette soif de récit qui traverse une jeunesse si éclatée que la notion même de génération ne veut plus dire grand-chose.J’ai questionné Stéphane sur ce que je vois chez beaucoup de dirigeants aujourd’hui. Ils ne sont ni vraiment visionnaires, ni vraiment dans le care. Ce sont plutôt de bons gestionnaires qui emmènent le bateau d’un point A à un point B. On a parlé :du care comme d’une architecture que tout le monde coproduit, plutôt que d’une compétence réservée au chef ;de l’économie invisible des aidants ;de la société liquide de Zygmunt Bauman ;du rôle des rituels pour rendre visible l’invisible ;des « nombres d’or » au-delà desquels une équipe perd son efficacité.Et on a fini sur la parabole des hérissons en hiver, qui résume peut-être tout : trop proches ils se piquent, trop loin ils meurent de froid. Le bon leader, c’est celui qui trouve la bonne distance.3. Citations marquantes« On ne peut pas être leader dans le désert, on ne peut pas être leader tout seul. »« Le leadership est un objet révélateur de l’époque. On a les leaders qu’on mérite. »« Auparavant, pour générer de l’autorité, il fallait être différent des gens. Aujourd’hui, il faut leur ressembler. »« Les jeunes sont capables de prendre n’importe quel récit, pourvu que ça leur donne une place. »« Le bon leadership, c’est celui qui est suffisamment présent pour donner de l’énergie et de la confiance, et suffisamment absent pour ne pas être encombrant. »4. Idées centrales discutées (Big Ideas)1. Le leadership est une relation, pas une aptitude (00:39 à 06:13)Stéphane part d’un constat : il n’existe pas de mot français pour dire « leadership », et c’est un symptôme. Le leadership n’est pas un attribut individuel mais une structure sociale, un rôle que le groupe reconnaît et confie à quelqu’un. Chez les primates comme chez les humains, le leader prend aussi soin du groupe.Pourquoi ça compte : ça change la façon dont on forme et recrute les dirigeants. Avant de parler au CEO ou au comex, Eranos étudie d’abord l’environnement qui les rend légitimes.2. On a les leaders qu’on mérite (09:28 à 13:26)L’étude d’Eranos montre trois grandes étapes. D’abord la théorie des traits et l’homme providentiel (Carlyle). Puis, à partir des années 70, les théories situationnelles. Enfin le leadership relationnel. La pop culture suit le même chemin : on passe de John Wayne et Rambo au collectif et à la ruse de Harry Potter.Pourquoi ça compte : le Covid a montré qu’on restait, sans le savoir, dans le modèle du chef patriarcal et militaire hérité de Polytechnique.3. La boussole développement / enveloppement (13:49 à 17:20, puis 34:41 à 36:52)C’est un axe imaginé par Anthony Mahé. À un bout, la vision et la légitimité par la compétence, quitte à brusquer un peu l’entreprise. À l’autre bout, l’enveloppement : la capacité à garder une entreprise vivable, l’économie de la considération. Un bon leader fait les deux, comme un parent qui punit et qui aime.Pourquoi ça compte : on sort du faux choix entre chef dur et manager bienveillant. C’est le récit qui décide de ce qui passe au premier plan.4. La légitimité par la ressemblance (19:15 à 24:00)La défiance envers les institutions grandit. Dans ce contexte, une nouvelle génération de leaders, notamment dans l’écologie, obtient l’adhésion en disant « je vous ressemble, vous pouvez me faire confiance ». Je pointe le paradoxe du populisme : des figures qui ne ressemblent pas du tout au peuple, et qui jouent pourtant sur la ressemblance.Pourquoi ça compte : l’autorité ne se construit plus par la distance.5. La soif de récit et la fin des générations (24:52 à 30:46)Ce qui rassemble les jeunes interrogés, c’est le besoin d’un récit, quel qu’il soit, parce qu’un récit donne une place. La notion de génération s’effondre avec l’archipélisation de la société. Deux jeunes de 15 ans peuvent n’avoir rien en commun selon leur quartier, leur musique ou leurs jeux. Certains veulent être guidés, d’autres inspirés, d’autres cajolés.Pourquoi ça compte : diriger devient plus difficile, et le récit de l’entreprise passe au premier plan.6. Le care est une architecture, et un investissement (36:23 à 47:21)Le care n’est pas une compétence du chef, ni le job d’un « chief care officer ». C’est un système que tout le monde coproduit. Stéphane donne plusieurs exemples :le locucide d’un déménagement ;l’économie invisible des aidants ;le mutualisme, qui a tenu en 2008 ;Nexans, qui a augmenté sa performance sans augmenter son chiffre d’affaires.Pourquoi ça compte : le care quitte le registre de la gentillesse pour entrer dans celui de la performance et de la prospérité.7. Société liquide, rituels et nombres d’or (47:36 à 1:02:28)Dans la société liquide de Bauman, le symbolique quitte ses lieux habituels et déborde dans l’entreprise. Les rituels permettent de le canaliser et de rendre visible l’invisible. Chaque organisation a aussi ses nombres d’or : au-delà d’une certaine taille, on perd le récit et on taylorise.Pourquoi ça compte : le petit groupe est le grand oublié du management, du recrutement et de la formation.5. Questions posées dans l’interviewQu’est-ce qu’être leader au XXIe siècle, et pourquoi n’a-t-on pas de mot français pour le dire ?Que nous apprennent les primates sur le mâle alpha et le soin du groupe ?L’imaginaire du leader a-t-il vraiment changé entre le golden boy des années 80 et aujourd’hui ?Faut-il traduire leader par « chef » ou par « guide » ?Nos dirigeants sont-ils des leaders ou simplement de bons gestionnaires ?Pourquoi la ressemblance est-elle devenue une source d’autorité, et comment le populisme en joue-t-il ?Qu’attendent les jeunes générations de ceux qui les dirigent ?Peut-on vraiment porter à la fois la vision et l’enveloppement ?Le care en entreprise peut-il aller avec l’exigence écologique, qui pousse plutôt vers la décroissance ?Les organisations organiques, inspirées du corps humain, sont-elles un modèle ou un mirage ?6. Références citées dans l’épisodePenseurs et auteursMarcel Mauss : le leadership comme « fait social total » (01:33), puis la notion de mana reprise par les cultures managériales (49:17)Frans de Waal, primatologue : le mâle alpha, la femelle alpha et le soin du groupe ; il a été interviewé sur Vlan! (02:44)Michel Maffesoli : la différence entre pouvoir et puissance (08:00), les tribus (27:20)Thomas Carlyle : la théorie des traits et des grands hommes au XIXe siècle (10:39)Jérôme Fourquet : l’archipélisation de la société française (27:20). Son nom n’est pas prononcé, je l’ai déduit.Thomas Piketty : son dernier ouvrage et l’idée que « le quartier fait loi » (28:02)Zygmunt Bauman : la société liquide, l’amour liquide (47:36)La parabole des hérissons en hiver (Schopenhauer), transmise à Stéphane par un ancien professeur (59:14)Personnes citéesAnthony Mahé (Eranos) : l’auteur de la boussole développement / enveloppement (13:49)Général Vincent Desportes : sa vision fine et sensible du leadership militaire, il a été invité du podcast (35:00)Christopher Guérin, dirigeant de Nexans et futur invité (42:49, 45:41)Mickaël, associé d’Eranos, qui a mené le cas Nexans (42:49)Marine Le Pen : le paradoxe populiste (22:13)Films et culture populaireJohn Wayne et Rambo : le mâle alpha dominant d’après-guerre (09:28)Harry Potter : le héros de la ruse et de la magie (09:28)Flore Vasseur, film Bigger Than Us : la jeunesse engagée et la légitimité par la ressemblance (21:07, 24:05)Entreprises et organisationsEranos, le cabinet cofondé par Stéphane Hugon (05:16)HLU, l’organisation qui a commandé l’étude (09:58). C’est le nom tel qu’on l’entend dans l’enregistrement, il faut le vérifier.École polytechnique : le management industriel français, d’origine militaire (11:51)Nexans : une performance sans hausse du chiffre d’affaires, et des indicateurs extra-financiers (42:49)Lehman Brothers et Crédit Agricole : le mutualisme qui résiste à la crise de 2008 (43:36)Pernod Ricard : les rituels et totems d’entreprise (52:10)Les entreprises mutualistes, un terrain de travail récurrent d’Eranos (05:47, 41:21)LieuxSéoul : les cinq degrés de politesse de la langue coréenne (06:53)São Paulo et l’État de Santa Catarina, au Brésil : des entretiens d’embauche menés par 15 personnes (30:46)ConceptsÉconomie de la considération (16:44)Design relationnel (32:42)Locucide (39:25)Sociétés à mission (43:36)Communication non violente (51:24)Nombres d’or des organisations (57:50)Tiers-lieu entre l’individu et l’universe
Jean-Philippe Dogneton est le directeur général de la Macif. Il est entré dans la maison comme stagiaire d'été et parle d'un coup de foudre au bout de quinze jours. Il a ensuite traversé toutes les couches de l'entreprise, du plateau de gestion jusqu'à la direction générale d'un groupe qui compte aujourd'hui 6,5 millions de sociétaires, 19 millions de contrats, 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 12 000 collaborateurs.J'avais envie de cette conversation depuis longtemps, parce que les mutuelles me fascinent. C'est un modèle né dans une cuisine en 1960, sans actionnaire à servir, avec un conseil d'administration composé de sociétaires qui passent les idées du dirigeant « au crible de la réalité du monde ». J'ai l'impression que ces organisations sont un peu des modèles de ce que devrait être une entreprise : une structure qui fait société au sens propre. Jean-Philippe m'a répondu que c'était plutôt « l'épure de l'organisation » d'ailleurs.Dans cet épisode, nous parlons de violence climatique. D'ailleurs, il assume pleinement ce terme, parce que derrière les chiffres et le PIB, il y a eu cet été 220 000 déplacés climatiques, des maisons perdues et des enfants qui vont vivre avec ce traumatisme. Nous parlons aussi de ce que fait une entreprise quand elle appelle des milliers de sociétaires sinistrés qui ne se sont pas manifestés. Il y a cette lettre envoyée après le Covid pour demander simplement « comment allez-vous ? », qui a reçu 500 000 réponses. Il y a ce quartier d'Arques qu'une commune a choisi d'abandonner après quatre inondations, et l'idée que la prévention peut aussi passer par le fait de se déplacer.J'ai questionné Jean-Philippe sur le renoncement, et sur ce que ça coûte de garder le cap des investissements durables quand une partie du monde revient au charbon. Je l'ai interrogé sur sa relation à l'IA : il refuse qu'elle écrive ses discours, et il m'explique pourquoi. On a parlé de la refonte complète des systèmes d'information de la Macif, et de ce moment où l'on appuie sur le bouton pour migrer 15 millions de contrats sans retour possible. On parle de courage, du « coup d'avance » et de son comité de direction à 14 personnes, une taille qu'on lui déconseille. Une phrase résume assez bien l'épisode : au final, il faut aimer les gens.Citations marquantes« C'est une violence au même titre que les autres. C'est une agression. Il faut mettre les mots là où ils doivent être. »« Je préfère que mon discours ne soit pas très bon, mais qu'il soit sincère. »« On est gros, mais plus on est gros, plus on doit être simple. Il n'y a pas de fatalité à être compliqué. »« La lâcheté, pour moi, consistait à dire : si je regarde les années qu'il me reste à faire, ça tiendra. »« Je suis un manager qui a de l'affect. C'est déconseillé dans les leçons de management. Mais au final, il faut aimer les gens. »Idées centrales 1. La mutuelle, épure de l'entreprise (00:45 à 09:30)La Macif n'a pas d'actionnaire et chaque sociétaire a une voix. L'élection de ses délégués est le premier scrutin privé de France. Son conseil d'administration est composé de gens du terrain qui challengent le dirigeant. La raison d'être n'y est pas un habillage : c'est elle qui crée le modèle.Pourquoi c'est important : la loi Pacte invite les entreprises à se trouver une raison d'être. La Macif montre ce que ça donne quand cette raison d'être passe avant tout le reste, y compris dans la gouvernance.2. Le soin qui ne rapporte rien (à court terme) (09:35 à 12:38)Pendant les incendies de Gironde, la Macif appelle les milliers de sociétaires dont elle n'a pas de nouvelles, puis installe un camion sur la place du marché. Après le Covid, une lettre qui demande « comment allez-vous ? » reçoit 500 000 réponses.Pourquoi c'est important : du point de vue de la performance financière, appeler quelqu'un qui ne se plaint pas est absurde. C'est pourtant là que se fabrique la confiance, et beaucoup d'organisations l'ont perdue.3. Le consensus exigeant (12:38 à 15:04)Le consensus n'a rien de mou : les débats sont « super acharnés », mais la décision prise doit être soutenue par le plus grand nombre. En partant des besoins plutôt que des solutions, des parties prenantes très différentes trouvent un chemin.Pourquoi c'est important : la société française n'arrive plus à faire ça, et une entreprise y parvient à l'échelle de 6,5 millions de membres.4. Nommer la violence climatique (20:36 à 26:45)Tempêtes, grêle d'une intensité inconnue, sécheresses, incendies, sols argileux qui fissurent 12 millions d'habitations, tornade. Ce n'est pas un concept, c'est une agression qui frappe d'abord des femmes et des hommes. Jean-Philippe présente les assureurs comme des « lanceurs d'alerte ».Pourquoi c'est important : le mot « violence » est utilisé partout dans le débat public, sauf pour le climat. Nommer juste fait prendre conscience, et la prise de conscience pousse à agir.5. Se déplacer pour se protéger (30:18 à 32:28)À Arques, après quatre inondations, les habitants accompagnés de leur maire renoncent à un quartier. Le recul des côtes et les zones à délaisser se préparent et se travaillent, avec les populations et jamais contre elles.Pourquoi c'est important : on associe la migration climatique à l'Afrique, alors qu'elle a déjà commencé en France, quartier par quartier.6. Ni Amish ni surconsommation : la cohérence (26:45 à 36:16, puis 01:02:37 à 01:04:23)Des voitures électriques lourdes, chères, peu réparables, avec des batteries recyclées à 5 % : pour Jean-Philippe, c'est une incohérence. Il défend l'économie circulaire, les circuits courts et une mobilité accessible. La Macif a aussi tenu le cap sur 6 milliards d'euros d'investissements durables, même quand une partie du monde revenait au thermique.Pourquoi c'est important : la transition ne demande pas de renoncer au bonheur. Elle ne doit pas non plus exclure les périurbains et les ruraux.7. Le coup d'avance : refonte du SI, IA et leadership affectif (36:16 à 01:01:55)La Macif a refondu des systèmes d'information des années 90 alors que tout marchait encore. Elle a migré 15 millions de contrats et unifié la base sociétaire. C'était une pénibilité choisie à court terme pour libérer l'entreprise à long terme, et c'est aussi la condition pour que l'IA fonctionne. L'IA prend les tâches répétitives et l'humain garde les moments chargés d'émotion. Le tout est porté par un dirigeant de terrain qui délègue, fait confiance et assume l'affect.Pourquoi c'est important : c'est l'antidote à l'effet Kodak et à la tyrannie du court terme qu'on reproche aux politiques comme aux patrons.Questions posées dans l'interviewLes mutuelles sont-elles ce que les entreprises auraient toujours dû être ?Concrètement, qu'est-ce qui change quand on n'a aucun actionnaire à servir ?Pourquoi appeler des milliers de sinistrés qui ne se sont pas plaints, alors que ça ne rapporte rien ?Comment construire un consensus qui ne soit pas mou entre des gens qui ne pensent pas pareil ?Pourquoi parler de violence climatique plutôt que de changement climatique ?Faut-il choisir entre le retour à la charrette et la surconsommation, ou existe-t-il une troisième voie ?Quels renoncements as-tu dû faire en tant que CEO, et qu'est-ce que ça coûte de garder le cap ?Pourquoi refuses-tu que l'IA écrive tes discours ?Où trouves-tu le courage de lancer une refonte informatique dans une entreprise qui fonctionne encore ?Comment éviter l'effet Kodak quand on voit très bien le point d'arrivée mais qu'on se contente de se mettre aux normes ?Références citéesPersonnesJean Jaurès : sa formule sur l'idéal et le réel, référence de la Macif pour penser le long terme (05:57)Florent Menegaux, président de Michelin : dirigeant inspirant au socle de valeurs commun, déjà reçu sur Vlan! (16:28)Emmanuel Macron : sa phrase sur le « modèle Amish » (26:45)Yann Ferguson : pilote de la chaire de la Macif sur l'IA (41:39)Le fondateur de la Macif : son « bon courage » au lancement de la refonte informatique en 2019, et son rôle dans la transmission (43:42, 56:39)Roger Federer : « je vois la balle un peu avant » (57:33)Michel Rocard : la planification telle qu'il l'entendait (01:01:55)Anne Hidalgo : sa politique pour Paris (01:02:37)Entreprises et organisationsMacif : 1960, 6,5 millions de sociétaires, 19 millions de contrats, 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 12 000 collaborateurs (00:45)Michelin : modèle coté qui garde le long terme, devant la Macif au classement des marques préférées (16:28, 18:04)Revolte : investissement de la Macif pour former les réparateurs de véhicules électriques et mieux recycler les batteries (29:51)Kodak : l'effet Kodak (50:47)Lois, textes et dispositifsLoi Pacte et la raison d'être (17:16)Charte éthique de la Macif sur l'IA, l'une des premières du secteur (38:12)Chaire « Pour un futur désirable », menée avec les représentants du personnel (41:39)Rapport extra-financier des entreprises (32:50)Baromètre social de la Macif : environ 80 % de satisfaction (18:55)Accords sociaux sur les violences intrafamiliales, l'emploi des seniors et les aidants (19:51)Événements climatiquesIncendies de Gironde et du Var, été 2026 : 220 000 déplacés climatiques, déplacement de la Macif au Porge les 12 et 13 août (transcrit « Porche ») (09:45, 20:54)Tempête Xynthia : plus de 50 morts (dite « 2011 » dans l'échange, elle date de février 2010) (22:32)Inondations de Vaison-la-Romaine (1992) (22:32)Canicule : environ 7 000 décès évoqués (22:32)Tempêtes du début d'année, grêle de juin-juillet, tornade récente, tempête de la veille de l'enregistrement (23:28, 23:53)Sols argileux : environ 12 millions d'habitations concernées (24:38)Inondations d'Arques (Pas-de-Calais, transcrit « Arc »), trois à quatre fois en 2023 (30:58)Concepts et notionsÉconomie sociale et solidaire : 15 % des emplois en France (04:01)Polycrises (04:01)« Un homme, une voix », premier scrutin privé de France (06:43)Environ 60 millions d'euros redistribués chaque année aux associations (08:25)« Macif, c'est vous » (18
Isaac Getz, professeur à l'ESCP Business School, auteur et conférencier, et Laurent Marbacher, auteur, conférencier et accompagnateur de dirigeants et d'équipes apprenantes. Ensemble, ils signent The Caring Company, en français L'entreprise qui prend soin, un livre nominé dans la catégorie Breakthrough Ideas du Thinkers50, ce qui revient à peu près aux Césars des idées de management.Ils se sont rencontrés en 2010 au bord de la piscine de Jean-François Zobrist, le patron de la fonderie Favi, et ils ne se sont plus quittés. Après avoir porté ensemble le mouvement de l'entreprise libérée, qui compte aujourd'hui 400 à 500 entreprises et administrations en France, ils sont partis sur trois continents chercher les entreprises qui étendent ce soin au-delà de leurs salariés. Aux clients, aux fournisseurs, aux communautés dans lesquelles elles vivent.Ce qui m'a frappé dans cette conversation, c'est à quel point ils refusent la case dans laquelle on voudrait les mettre. Ils ne sont ni les enfants du capitalisme ni ses procureurs. Ils décrivent des entreprises capitalistes, qui font des profits, qui écrasent leurs concurrents sur le terrain de la performance, et qui pourtant ne se lèvent pas le matin pour maximiser quoi que ce soit.Dans cet épisode, nous parlons de la différence entre une philosophie et un modèle, de la transaction comme croyance fondatrice de l'économie marchande, de ce que Laurent appelle le heartset shift plutôt que le mindset shift, du coût invisible du contrôle et de ce que devient une entreprise quand elle décide de traiter ses interlocuteurs comme des amis, à l'échelle de centaines de milliers de personnes.J'ai questionné Isaac Getz et Laurent Marbacher sur ce que j'appelle l'invisible dans l'entreprise. Tout ce qui compte vraiment et qu'aucun KPI ne saura jamais attraper. Leurs réponses m'ont fait reconsidérer ce que j'ai toujours pris pour du bon sens économique.Citations marquantes« Dire fait rire et faire fait taire. » (Isaac Getz, 38:50)« S'il y avait vraiment un tableur Excel qui expliquait que c'était bien d'accueillir les routiers de cette manière-là, toutes les usines et tous les transporteurs du monde le feraient. » (Laurent Marbacher, 14:33)« Le contrôle coûte beaucoup plus cher que la confiance. » (Jean-François Zobrist, cité par Isaac Getz, 01:03:50)« Quand quelqu'un me dit qu'il a abusé de moi gratuitement, c'est là que j'ai gagné. » (Daniel Abittan, cité par Isaac Getz, 01:02:24)« Elles ne vivent pas pour maximiser les profits, comme on ne vit pas pour maximiser la quantité d'eau qu'on boit. » (Isaac Getz, 01:09:00)Idées centrales discutées1. La philosophie crée, le modèle plaque (07:25 à 11:02)Une philosophie, ce sont quelques principes et des convictions. Un modèle, ce sont des structures et des pratiques qu'on importe et qu'on applique. Isaac Getz prend l'analogie de la démocratie, qui a produit six régimes en France et des centaines de versions dans le monde. Pourquoi c'est important : tant qu'on cherche le modèle à copier, on passe à côté du travail réel, qui est un chemin créatif co-construit avec les salariés. Un modèle plaqué par un patron ou un consultant ne marche jamais.2. La transaction est la croyance à démonter (17:02 à 19:02)Client, fournisseur, ce sont des concepts, des entités abstraites. Derrière, il y a des êtres humains. Adam Smith, philosophe moral avant d'être économiste, croyait profondément à l'amitié tout en la jugeant impensable dans l'économie marchande. Pourquoi c'est important : c'est le point où les deux auteurs se disent pionniers. Ils affirment qu'une entreprise peut traiter ses interlocuteurs comme des amis à l'échelle de centaines de milliers de personnes.3. L'invisible produit des résultats mesurables (19:02 à 23:54)Handelsbanken surpasse ses concurrents chaque année depuis 1973. Quand on leur demande grâce à quoi, ils répondent grâce à cet invisible. Leur principe : le conseiller en agence doit se comporter comme un bon médecin de famille. Pourquoi c'est important : les résultats sont mesurables, leur cause ne l'est pas. C'est exactement ce qui bloque les entreprises qui voudraient copier.4. Le care first plutôt que le profit first ou les trois piliers (39:40 à 44:35)John Elkington, qui a inventé le triple bottom line, a publié vingt ans plus tard un rappel de son propre concept dans la Harvard Business Review, comme on rappelle une voiture défectueuse. Dans la pratique, le profit décide et on aménage le reste autour. Isaac Getz et Laurent Marbacher rejoignent Milton Friedman sur un point : on ne peut pas courir plusieurs lièvres. Ils changent simplement de lièvre. Pourquoi c'est important : c'est la thèse centrale du livre, et elle est plus radicale que toutes les démarches RSE.5. Le pari, pas le calcul (24:40 à 26:24)Un modèle économique se calcule, avec un EBITDA de 14 % sur le papier. Ce dont ils parlent est un pari. Handelsbanken refuse la concurrence par les prix et construit sur ses valeurs, ce qu'Isaac Getz décrit comme un véritable blue ocean. Pourquoi c'est important : les autres entreprises ne peuvent pas prendre ce pari parce qu'elles n'ont pas fait le travail préalable sur leurs principes. Et si elles le prennent sans ce travail, elles le perdent.6. Le heartset shift (52:33 à 57:12)Laurent Marbacher refuse le terme mindset shift, qui ne parle que de représentations et de croyances. Ce qui bouge, c'est le cœur. Un dirigeant japonais perd 20 kilos en deux mois après avoir découvert une malversation dans son entreprise, incompatible avec le code d'honneur Bushido de sa famille. Pourquoi c'est important : certains dirigeants passent par cette métanoïa, d'autres avaient déjà ce cœur au départ. Mais dans tous les cas le travail personnel ne suffit pas, il faut ensuite construire l'environnement qui permet à tous de vivre ces principes.7. Les 3 % qui abusent ne dictent pas la règle (58:42 à 01:03:50)Adam Grant montre dans Give and Take que les givers occupent à la fois le bas et le haut des parcours professionnels. Ceux qui réussissent sont ceux qui ont su poser des limites. Dans les entreprises étudiées, 2 à 3 % des gens abusent du soin inconditionnel. Châteauform' refuse de remplacer le distributeur de savon en cristal par un modèle en plastique. Pourquoi c'est important : on construit pour les gens corrects, pas contre la minorité. Et le coût du contrôle qu'on installe partout n'apparaît sur aucune ligne du bilan.Questions posées dans l'interviewVous étiez déjà tous les deux sur l'entreprise libérée. Qu'est-ce qui s'est passé pour que vous alliez chercher au-delà des salariés ?C'est quoi la différence entre une philosophie et un modèle ?Est-ce qu'il y a un modèle économique derrière la maison des routiers de LSDH, ou c'est juste un coup ?Comment vous expliquez qu'on soit surpris de l'humanité de certaines entreprises, alors qu'on parle d'un truc assez basique ?C'est quoi la place de l'invisible dans l'entreprise, ce qui ne se mesure avec aucun KPI ?Si ça produit des résultats financiers et qu'on peut le mesurer, pourquoi les boîtes ne le font pas ?Toutes les marques ont des valeurs affichées au mur et personne n'est capable d'en parler. Qu'est-ce qui distingue les vôtres ?Est-ce que le triple bottom line, people planet profit, est vraiment accessible, ou est-ce qu'on ne peut pas travailler les trois en même temps ?Est-ce que tout ça ne démarre pas par un travail individuel du dirigeant, une forme de spiritualité même laïque ?Comment poser des limites pour que le soin inconditionnel ne se fasse pas dévorer par ceux qui en abusent ?Est-ce que le capitalisme financier est en train de s'adapter aux critiques, ou est-ce qu'il passe simplement entre les mailles du filet ?Références citées dans l'épisodeLivresThe Caring Company / L'entreprise qui prend soin, Isaac Getz et Laurent Marbacher, nominé Breakthrough Ideas au Thinkers50 (00:30, 16:17)Vos idées changent tout, Isaac Getz, 2003 (05:04)Give and Take, Adam Grant, sur les profils givers, matchers et takers (59:02)Les travaux d'Isaac Getz sur l'entreprise libérée, avec Brian Carney (01:53, 06:02)Entreprises et organisationsLSDH, Laiterie de Saint-Denis-de-l'Hôtel, près d'Orléans, environ 2 200 personnes, la maison des routiers installée dans une ancienne porcherie (11:17 à 14:23)La famille Schmittlin, laiterie alsacienne, épisode d'entraide sur quinze ans avec la famille Vasseneix (19:44 à 21:46)Handelsbanken, banque suédoise, fonds Oktogonen, performance supérieure à ses concurrents chaque année depuis 1973, 1 % du marché de détail britannique et 50 % du crédit aux PME pendant la crise des subprimes (21:46, 47:05, 49:15 à 52:33)Reitan, plus grand distributeur nordique, huit valeurs gravées dans la pierre et un livre bleu confidentiel, programmes de réalisation des rêves des salariés (31:54 à 36:49)Châteauform', les clients appelés des amis, l'anecdote du savon du site rue Saint-Dominique (45:12, 01:01:28)Favi, fonderie picarde (06:02)Alan et le remboursement par défaut (01:03:05)Lidl sorti de Norvège au bout de quatre ans, Aldi sorti du Danemark (34:42)Personnes citéesJean-François Zobrist, ancien patron de Favi, disparu (06:02, 01:03:50)Jan Wallander, l'architecte de la philosophie Handelsbanken (22:31)Anders Bouvin, ancien PDG de Handelsbanken, ex-patron de la division britannique développée de zéro à plus de 200 agences (49:15, 51:38)Odd Reitan, fondateur du groupe Reitan (31:54, 35:30)Daniel Abittan, cofondateur de Châteauform' (01:02:24)Emmanuel Vasseneix, PDG de LSDH (19:44)Hubert Joly, qui a écrit un mot dans le livre (23:54)Jean-Charles Samuelian, Alan (01:03:05)Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, avec qui Laurent Marbacher a cocréé une banque de microcrédit au Chili (03:25)Peter Senge, organisation apprenante (03:25)Cynthia Fleury et les quatre dimensions du care, physique, psychique, social, environnemental (30:26)Adam Smith, philosophe moral avant d'être économiste (17:52 à 18:36)Milton Friedman, article du New York Times de 1970 (42:16, 01:05:39)John Elkington, inventeur du t
Nourdine Bihmane est le CEO de Konecta. Il dirige 100 000 personnes dans 26 pays, dans une industrie que tout le monde a déclarée morte le jour où ChatGPT est sorti : la relation client. Il vient de publier « Rester humain », un livre écrit par un ingénieur qui connaît la technologie de l'intérieur et qui refuse le récit ambiant tout simplement parce qu'il est faux.Ce qui m'a frappé chez lui, c'est le point de départ. Un soir, à table, sa fille de 11 ans lui demande si son métier va disparaître. Il comprend à ce moment-là que le narrative américaine sur les centaines de millions d'emplois supprimés a gagné jusqu'à la table du dîner familial. Il décide alors de la déconstruire publiquement.Nourdine a un parcours qui explique beaucoup de choses : arrivé du Maroc à 4 ans, orienté vers un CAP couvreur en cinquième par une conseillère d'orientation, raté médecine à 0,02 point près, entré dans l'informatique comme job alimentaire, et sorti Directeur Général d'Atos vingt ans plus tard. Entre-temps, un an d'anthropologie à Princeton, les samedis, pour respirer autre chose que la tech.Dans cet épisode, nous parlons de ce qu'il appelle les mensonges de l'IA en entreprise : la vitesse d'impact, la dérive des modèles, le coût réel. Il détaille la quadruple dette que les grandes organisations traînent (techno, données, process, culture) et pourquoi il se retrouve avec des dossiers bloqués parce qu'il faut atteindre le CEO pour décider.J'ai questionné Nourdine sur le sujet dont personne ne parle : la charge mentale. Si vous retirez toutes les tâches simples d'une journée de travail, il reste huit heures de complexité pure, et personne ne tient ce rythme. Nous parlons aussi de sa surprise la plus forte (les agents en réclamaient plus, pas moins), du responsable d'équipe dont le rôle vacille quand le bot répond avant lui, de souveraineté des données, de prompt injection, et de sa discipline de résistance personnelle : le sport, la spiritualité soufie, et le droit de s'ennuyer qu'il impose à ses enfants.Une conversation avec quelqu'un qui construit sa transformation sans prétendre connaître la fin de l'histoire.Citations marquantes« En entreprise, on n'est plus dans du plug and play, on est dans un 3D Tetris, pratiquement les yeux bandés. »« Les IA sont aussi pertinentes que tes données. »« Je trouve lamentable qu'on utilise cette excuse pour dire : je n'embauche plus de juniors. C'est un très gros risque identitaire d'entreprise. »« La paresse cognitive me fait encore plus peur que la paresse physique. »« Ma productivité a augmenté, mais ce qu'on attend de moi a augmenté encore plus. Donc on n'arrive jamais à récupérer ce temps. »Bonus, pour un format court : « Le brouillard disparaît au fur et à mesure que tu avances. »Idées centrales discutées1. La méta-narrative américaine est un instrument financier, pas un diagnostic (12:02 - 14:21)L'annonce des centaines de millions d'emplois supprimés a servi à assécher le marché des capitaux au profit des Magnificent Seven. Les deux cibles désignées : les call centers et les développeurs, 300 millions d'emplois. Pourquoi ça compte : quand un récit devient assez fort pour convaincre une enfant de 11 ans, il fabrique de la décision économique réelle, y compris chez les investisseurs que Nourdine devait convaincre pour lever 150 millions.2. La quadruple dette qui bloque l'IA en entreprise (17:30 - 21:00)Dette technologique (legacy non migrable), dette de données (aucune gouvernance, aucune classification), dette de process (le book of process n'existe pas ou n'est pas à jour), dette organisationnelle (les process sont transverses, donc personne n'a l'autorité de décider). Pourquoi c'est important : l'expérience individuelle de l'IA est fluide, l'expérience entreprise ne l'est pas du tout, et c'est cet écart qui produit le mensonge sur la vitesse.3. Le vrai risque n'est pas la suppression des postes, c'est la charge mentale (28:30 - 29:43)Chez Konecta, les agents traitent environ 20 % d'interactions complexes et 80 % de simples ou moyennes. Retirez les 80 %, et vous obtenez huit heures de complexité continue. Pourquoi c'est important : c'est un problème d'organisation du travail, d'horaires et de compétences, pas un problème d'outil, et personne ne le prépare.4. Ce ne sont pas les juniors qui résistent, ce sont les référents (35:23 - 38:28)Les nouveaux entrants adorent : leur courbe d'apprentissage s'accélère et ils ne sont plus face au vide pendant un appel. L'inconfort remonte chez les responsables, dont le rôle reposait sur le fait de savoir. Pourquoi c'est important : la question n'est plus « mon job va-t-il disparaître » mais « quel est le sens de mon job maintenant ».5. La donnée métier devient le seul différenciant (48:35 - 50:01)D'ici deux ans, Accenture, McKinsey, Capgemini, Teleperformance et Konecta proposeront tous un agent IA. Le prix ne suffira pas à départager. Ce qui restera : la donnée propriétaire et le playbook qui permettent de garantir un résultat business chiffré. Pourquoi c'est important : les entreprises qui n'ont pas encore cartographié leur valeur différenciante, parfois encore transmise oralement, la perdront.6. L'IA n'est pas déterministe, et le régulateur ne l'accepte pas (59:37 - 1:00:23)Dans la banque et l'énergie, l'obligation de répondre de la même manière quelle que soit la situation entre en collision frontale avec un modèle qui peut dériver. Pourquoi c'est important : ce n'est pas un problème de qualité de modèle, c'est un problème de nature du modèle, et il ne se résout pas avec une version suivante.7. Rester humain, c'est refuser de répéter l'erreur du smartphone et des réseaux sociaux (41:02 - 45:58)La question qu'il pose sans détour : si votre enfant demande à une IA si Dieu existe, quelle réponse voulez-vous, et quelles valeurs sont transmises ? Pourquoi c'est important : le lien avec ces outils est plus intime que ne l'était Google, et il se construit maintenant, chez des gens qui n'ont pas choisi.Questions posées dans l'interviewVotre conseillère d'orientation vous a proposé un CAP couvreur en cinquième. Qu'auriez-vous envie de lui dire aujourd'hui ?Comment fait-on pour ne pas perdre sa route quand tout le système vous oriente ailleurs ?Vous êtes CEO, vous êtes débordé : comment nourrit-on encore sa curiosité à ce niveau de responsabilité ?Votre fille de 11 ans vous demande si votre métier va disparaître. Qu'est-ce que vous lui répondez ?Pourquoi parlez-vous de mensonge à propos de l'IA, vous qui venez de la technologie ?Comment vous regardent les gens de la tech quand vous leur dites ça ?Que répondez-vous à un CEO qui annonce publiquement qu'il n'embauche plus de juniors à cause de l'IA ?Le vrai enjeu de l'IA n'est-il pas humain plutôt que technique ?Si on retire toutes les tâches simples d'une journée de travail, que reste-t-il à vivre pour un salarié ?Vous n'avez pas peur d'un nouvel entrant natif IA, sans legacy, qui vous disrupte par les coûts ?Comment protège-t-on ses données quand tout le monde utilise l'IA en douce sur son téléphone ?Comment développez-vous votre propre discipline de résistance, à titre personnel ?Références citées dans l'épisodeLivre« Rester humain », Nourdine Bihmane (00:26, développé à partir de 16:34)Entreprises et organisationsKonecta : entreprise espagnole créée il y a environ 25 ans, plus de 100 000 employés, 26 pays, environ 2 milliards de facturation (00:39)Atos : l'essentiel de son parcours, entré fin 2000 comme architecte SI, directeur général en 2022 en charge de la séparation du groupe (01:13)Origin, filiale Philips, intégrée à Atos (01:13)TCS / Tata Consulting : son CEO avait annoncé la disparition de tous les call centers indiens en moins de douze mois (13:32)Accenture, McKinsey, BCG, Capgemini, Teleperformance : le futur paysage concurrentiel commun (48:35, 1:02:06)Capgemini / WNS : rachat de l'année dernière, ajout d'une couche métier BPO back-office (1:03:34)Kolibri : plateforme Konecta de standardisation des cas d'usage IA, lancée récemment (54:45)Technologies et acteurs IAChatGPT / OpenAI (12:51, 47:56)Gemini, Google : Konecta est une « maison Google » (47:13)Claude / Anthropic : utilisé pour le coding par les développeurs Konecta (32:13, 47:13)Modèles open source et souveraineté (47:56)Les Magnificent Seven (12:02)Concepts et travaux citésLe numerus clausus, université Mondor à Créteil : 110 places pour 3 500 candidats, arrivé 150e (05:05)Anthropologie à Princeton : un an de formation le week-end (07:46)Soufisme, courant de l'islam (10:53)Le paradoxe de Solow et la courbe en J, introduits par Grégory (31:01)Étude Microsoft sur la dégradation des réponses au fil des itérations, citée par Grégory (58:54)Klarna, cité comme l'exemple du call center supprimé puis reconstitué (53:11)La méthode ABZ, introduite par Grégory en clôture (1:03:53)Luc Julia, cofondateur de Siri, cité par Grégory (16:34)Shadow AI, prompt injection, drift de modèle, TCO, span of control, Tiger TeamsTimestamps clés (YouTube)00:00 Introduction : le CEO qui refuse le récit dominant00:39 Konecta en chiffres : 100 000 salariés, 26 pays, 2 milliards01:43 Le CAP couvreur en cinquième et ce qu'il dirait à cette conseillère03:27 La curiosité comme seul fil conducteur d'un parcours cassé05:05 Médecine ratée à 0,02 point : accepter sa destinée05:52 L'informatique comme job alimentaire, et le salaire du père à l'usine07:46 Un an d'anthropologie à Princeton pour sortir de la tech09:15 Aligner ses valeurs personnelles et professionnelles, spiritualité comprise11:49 « Papa, ton job va disparaître » : sa fille de 11 ans le percute12:51 D'où vient la narrative des 300 millions d'emplois supprimés15:06 Quand une IA refuse de parler anglais : la limite en vrai17:30 Premier mensonge : la vitesse. Le 3D Tetris les yeux bandés18:27 La quadruple dette : techno, données, process, organisation21:00 Deuxième et troisième mensonges : la dérive des modèles et le coût réel23:35 Ne plus recruter de juniors : « lamentable », et pourquoi24:35 L'angle mort total :







