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Woke in progress
Woke in progress
Author: Qude
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© Qude
Description
« Es-tu féministe ? » : c’est par cette simple question qu’une correspondance, parfois conflictuelle mais toujours constructive, a commencé sur des sujets aussi sensibles que cruciaux.
Dans ce podcast de 25 épisodes, vous entendrez tous les jours à partir du 31 octobre l’autrice Sandrine Velasco et l’auteur Brice Torrecillas échanger sans tabous opinions et confidences sur les thèmes de la féminité, de la masculinité, de la séduction et du désir, du patriarcat et du devoir conjugal, de l’écriture inclusive, de l’amour, de l’amitié... Des propos tout à la fois intimes et politiques pour questionner le monde dans lequel on vit. Et peut-être l’améliorer...
Sandrine Velasco de la Cie Le Thyase : autrice, créatrice, enseignante en technique radio, j’adore les mots, les silences dans les levers du soleil, la Veuve Clicquot, refaire le monde, je ronfle parfois, je me rase encore les mollets mais je laisse enfin pousser mes poils sous les bras.
Brice Torrecillas : journaliste amoureux des mots, romancier curieux de tout et du reste, j’aime le bruit des vagues de Collioure, le vin nature de Catherine Bernard, je désespère trop souvent du monde, je ronfle aussi mais je ne m’en rends pas compte, je me rase le crâne mais il n’en a pas vraiment besoin.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Dans ce podcast de 25 épisodes, vous entendrez tous les jours à partir du 31 octobre l’autrice Sandrine Velasco et l’auteur Brice Torrecillas échanger sans tabous opinions et confidences sur les thèmes de la féminité, de la masculinité, de la séduction et du désir, du patriarcat et du devoir conjugal, de l’écriture inclusive, de l’amour, de l’amitié... Des propos tout à la fois intimes et politiques pour questionner le monde dans lequel on vit. Et peut-être l’améliorer...
Sandrine Velasco de la Cie Le Thyase : autrice, créatrice, enseignante en technique radio, j’adore les mots, les silences dans les levers du soleil, la Veuve Clicquot, refaire le monde, je ronfle parfois, je me rase encore les mollets mais je laisse enfin pousser mes poils sous les bras.
Brice Torrecillas : journaliste amoureux des mots, romancier curieux de tout et du reste, j’aime le bruit des vagues de Collioure, le vin nature de Catherine Bernard, je désespère trop souvent du monde, je ronfle aussi mais je ne m’en rends pas compte, je me rase le crâne mais il n’en a pas vraiment besoin.
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26 Episodes
Reverse
Noooon n’attend pas ! On s’en fiche de qui a le dernier mot ! Ça n'existe pas ce dernier mot !
--- WOKE IN PROGRESS ---Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Non, ce n’est pas pour avoir le dernier mot, je t’assure. Mais me laisser sur cette question, c’est vache. Il faut que j’attende toute une saison pour te répondre ?
Bon, j’attendrai.Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Mon cher Brice,
voici la conclusion de la saison de notre échange. A l'arrivée de ces beaux jours où aujourd'hui, nous nous enchantons des pluies qui viennent abreuver les nappes phréatiques. "Le Français" a cela d'amusant : il est lent, de mauvaise foi et d'une capacité d'adaptation extraordinaire dans des comportements mortifères réguliers... J'évoque ici la mauvaise foi car il y a peu, le moindre soupçon d'un ton gris dans le ciel toulousain rendait la journée de beaucoup définitivement morose. Nous sommes lent.e.s pour nous rendre compte des choses les plus simples, pour aller au-delà de nos conceptions culturelles, pour conscientiser nos bagages culturels, ainsi que les concilier avec notre nature. Notre sens de l'équilibre en toute chose est précaire. Nous sommes pétri.e.s de paradoxes et je t'avoue que c'est ce qui me séduit et m'exaspère à la fois. Nous sommes complexes et bêtement prévisibles, nous sommes puissance et fragilités multiples, nous sommes bavards, pour ne pas dire grand chose, que peu de gens écoutent vraiment.
J'espère que nos échanges trouveront des oreilles attentives et que cela suscitera la curiosité sur le sujet de l'inégalité entre nos genres. J'espère même que les allergiques du féminisme auront avec cette correspondance, l'occasion de trouver des ouvrages ou quelques tutos youtube qui leur donneront envie de dire fièrement qu'iels sont sûrement féministes en fin de compte. Qu'iels vont d'abord œuvrer à y prêter attention, après avoir constaté que cette inégalité dure depuis trop longtemps.
Cet échange entre nous, cette capacité à nous dire, malgré nos différents points de vue, malgré nos maladresses, est riche de la chose la plus précieuse qui soit à mes yeux : le respect.
--- WOKE IN PROGRESS ---
Tu avais évoqué de me laisser le mot de la fin. Il me semble important de te dévoiler un grand secret : le mot de la fin n'existe que dans les romans ; dans la vie, le mot de la fin n'existe pas. Hormis celui de notre dernier souffle ; si l'on est à même à ce moment précis de dire quelque chose ! Évidemment, je te taquine encore. Mais de fait je te repose une question et cela te donnera "le mot de la fin" de cette saison ! Alors, as-tu remarqué au conseil de classe ? T'es-tu fait la réflexion ? As-tu observé comme je suis restée sans le souligner ?
Je t'embrasse, Madrid était formidable, à bientôt.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Chère Sandrine,
Tiens, j’y pense juste en l’écrivant : il n’y a pas de masculin à ton prénom, du moins en français. Le mien non plus n’a pas de féminin, en tout cas je n’ai jamais rencontré de Bricette ! Nous avons des prénoms genrés – une remarque qui ne contient pas le moindre sous-entendu, je le précise, mais comme nous parlons de femmes et d’hommes dans nos échanges, ça me semble une bonne entrée en matière.
Je ne reviens pas sur le thème de la non-mixité ou de la mixité choisie. Je t’avais dit dans mon mail précédent que je m’étais penché sur les arguments de ses adeptes, dont certains que tu reprends. Je peux les comprendre mais pas les accepter. Je veux dire par là qu’aussi pertinents qu’ils paraissent, ils conduisent pour moi à des situations regrettables : on divise au lieu de rassembler.
À ce sujet, tu évoques les clubs de femmes de la Révolution. Je les connaissais parce que c’est une époque qui m’intéresse tout particulièrement et que, à l’époque où j’étais prof de lycée, un de mes manuels en montrait une illustration que je commentais avec mes élèves. Et je sais hélas que, si les femmes ont activement participé à la Révolution, elles n’ont pas été payées de retour. À quelques mesures près, leur sort ne s’est pas amélioré. Les clubs féminins ont vite été interdits et Pierre-Gaspard Chaumette, le porte-parole des sans-culottes qui s’est pourtant battu pour des causes nobles (ahaha !) comme l’abolition de l’esclavage, a balancé des horreurs du style : « Vous ne serez vraiment intéressantes et dignes d'estime que lorsque vous serez ce que la nature a voulu que vous fussiez. Nous voulons que les femmes soient respectées, c'est pourquoi nous les forcerons à se respecter elles-mêmes. » Un point de vue loin d’être isolé...
--- WOKE IN PROGRESS ---
Il y a autre chose qui me fait m’interroger. Pour la première fois de ma vie (je ne dis pas que ça n’a jamais existé), il existe des formes sur lesquelles tout le monde hésite ou tout le monde fait ce qu’il veut. Auteur, auteure ou autrice ? Sage-femme pour un mec ou sage-homme ? Une médecine, une entraîneuse, une portière, une chauffeuse ? D’un côté, j’apprécie cette force créative à l’œuvre. De l’autre, je ne peux pas m’empêcher d’y voir une nouvelle preuve de l’individualisme de notre société où chacun agit comme bon lui semble en oubliant que le langage doit être commun au maximum de personnes. Là encore, on divise au lieu de rassembler.
Bon, tu l’as compris et tu le savais déjà, même si je considère que les hommes n’ont rien de supérieur aux femmes, et que le masculin n’a rien de supérieur au féminin, tu n’es pas près de lire sous ma plume : « Iels sont venu.e.s voir des auteurices et toustes sont reparti.e.s content.e.s. » On dirait du mauvais morse ! J’ai survolé une grammaire inclusive qui fait également état du neutre, ce qui nous donne des ul, des ol, des man, des tan, des cille, des do, des lo, des lu... Cela part d’une bonne intention, témoigner de la diversité humaine, mais je ne crois pas un quart de seconde que la majorité des gens adopte un jour cette façon de s’exprimer. Je te promets de t’écrire un discours d’excuses en écriture inclusive si on constate que je me suis trompé.
En attendant, je voudrais terminer cette lettre et cette saison en te disant le bonheur que cela a été de dialoguer avec toi. Je ne sais pas si je suis un woke in progress mais nous avons pu, malgré des opinions contraires, malgré certaines incompréhensions, malgré les agacements passagers, échanger en essayant de nous comprendre et en respectant nos singularités. Allez, je te l’offre comme un cadeau : nous nous sommes peu vu.e.s mais je crois que nous sommes devenu.e.s plus que de bon.ne.s copaines, de vrai.e.s ami.e.s.
Plein de bises et de bisous !
Coucou cher Brice,
j'espère que tu vas bien ?
Un petit mot de Foix, où il était une fois une fille chez ses amis qui passait un week-end ensoleillé, avec le moyen fessier toujours douloureux mais le moral doux.
Pour échanger avec toi sur la non mixité, je comprends parfaitement ton point de vue, et je suis plutôt une initiatrice de mixité que le contraire. Pendant longtemps j'ai regardé ces propositions de non mixité d'un œil critique. J'ai changé de point de vue sur cette question après mes années de journalisme, en observant comment la parole est prise et dans quelles conditions. Et d'ailleurs il ne s'agit pas de non-mixité, mais de mixité choisie et ça fait une sacré différence dans l'histoire. J'ai également eu l'occasion d'en parler avec des sociologues qui rapportent les faits de mes constatations : la parole libre ne peut exister que dans un espace sécurisant. Et avec tous les ateliers de libération de parole que j'ai pu faire en prison ou en milieu psychiatrique j'admet volontiers que la notion d'un espace respectueux de la parole, sans jugement et avec une écoute active permet à la parole de dire mieux et plus. Et tu sais combien les mots pour guérir les maux sont importants. Mais aussi pour pouvoir se construire dans l'altérité. Avant de poser le mot de "mixité" dans notre société, il a toujours existé la nécessité dans les groupes sociaux de se réunir dans une ressemblance, des valeurs ou points communs. Des regroupements de communautés autour des questions philosophiques, politiques, économiques, spirituelles ou autre... Mathilde Larrère (historienne) nous explique que ces regroupements de femmes existent dès la Révolution. "Elles n'étaient pas appelées non mixtes, elles l'étaient de facto. Les premiers clubs de femmes sont uniquement féminins. La non-mixité dans ces groupes est fréquente. On la retrouve aussi en 1848 et en 1871 lors de la Commune. Alors, pour ma part, la non mixité choisie ne me pose pas de problème, ça me semble aussi sain que de se mélanger. J'ai l'intuition que c'est dans ce mouvement entre le/la même et l'autre que réside la clef d'un vivre-ensemble en paix. Je trouve un peu triste que les questions féministes (le mot lui-même) irritent et clivent directement autour des principes qui y sont questionnés ou éprouvés. Les médias et le politique ont bien réussi à rendre cette fondamentale de l'humanisme fragile et peu aimable. Cela ne m'étonne pas, selon moi, si nous gagnons cette égalité, le capitalisme aura du souci à se faire. Car de ce que je comprends de ce système, il est essentiellement ancré dans le patriarcat. Si le paternalisme disparaît, et que les systèmes de dominations se mettent en mouvement et ne penchent plus que d'un seul côté, il devient bien plus compliqué de justifier ce système économique et politique dévoreur d'équilibre et de ressources limitées, basé sur un système de domination binaire. Bref, voilà, je comprends vraiment ton point de vue, mais je fais moi-même acte de non-mixité choisie à une échelle différente. Lorsque je réunis mes ami.e.s. Je choisis de ne pas mélanger des inconnu.e.s, car j'ai besoin à ce moment-là de partager des valeurs communes et de créer un espace de parole libre et sécurisant.
--- WOKE IN PROGRESS ---
Je t'embrasse doux. Je suis à fond de travail comme je te l'avais dit et mes disponibilités à nos échanges ne vont faire que s'amincir, avec l'été qui arrive. Comment pourrions-nous conclure cette première saison avant de la mettre en boîte et de la proposer au public ? Peut-être que nous pourrions proposer aux gens qui nous écoutent de nous écrire et de réagir sur les sujets de notre correspondance ? Rédaction libre, audio déposé quelque part si ielles préfèrent, que nous pourrions partager dans la saison suivante ?Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.




