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L'extravagant William Buckland et le premier dinosaure

L'extravagant William Buckland et le premier dinosaure

Update: 2020-12-051
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Description

William Buckland, le paléontologue le plus fantasque de l’université d’Oxford est dans Chasseurs de science. Cet esprit aussi brillant que lunaire n’hésitait pas à raconter des anecdotes insolites à ces étudiants ou à les traumatiser avec des crânes d’animaux.

Mais si William Buckland est un original, il est aussi un grand scientifique. Au fil des années, il a rassemblé les fossiles d’une espèce antédiluvienne, un lézard géant qu’il baptise le Megalosaurus : le premier dinosaure décrit de l’histoire.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura, je suis Julie et je serai guide temporelle pour ce voyage. Aujourd’hui nous remontons le temps à la racine de la paléontologie, en compagnie d’un homme qui a marqué l’histoire scientifique de la première moitié du XIXe siècle autant de par ses travaux scientifiques que de par sa personnalité fantasque.

À la fin du XVIIIe siècle, le jeune William Buckland parcourt en long et en large la campagne anglaise du Devon dans laquelle il vit. Il visite les grottes, les forêts, les carrières à la recherche de quelque chose de bien précis : des fossiles. En effet, le Devon, mais aussi le Dorset, juste à côté, sont connus pour leurs gisements d’ossements et de restes d’animaux. Bien des années plus tard, il fera une découverte qui marquera l’histoire des sciences.

William Buckland commence ses études sur les bancs des cours de théologie de l’université d’Oxford, mais il s’intéresse aussi aux sciences naturelles, et notamment à la géologie, où il excelle. En 1813, il devient chargé des cours de géologie et de minéralogie à l’université. Sa légende commence ici. 

Les cours de sciences naturelles n’attirent pas beaucoup d’étudiants car ils ne sont pas obligatoires. Mais peu à peu, les conférences de Buckland deviennent l’attraction de l’université. C’est un vrai showman qui tient ses élèves en haleine en vivant ses cours comme des pièces de théâtre, où la science côtoie des imitations clownesques. Ses qualités d'orateur font de lui un génie de la vulgarisation scientifique.

Un témoignage d’un étudiant de l’époque permet de s’imaginer l’ambiance qui régnait dans la salle de cours :

« Buckland, un crâne de hyène dans la main se précipita vers le premier élève assis au premier rang et cria " Qu’est-ce qui dirige le monde ? ". L’élève, absolument terrifié, ne répondit rien. Il se dirigea alors vers moi, le crâne de hyène tout près de mon visage. " Qu’est-ce qui dirige le monde ? " Sans connaître la réponse, je dis " L’estomac, sir ". Il poussa une exclamation. »

L’extravagant William Buckland propose aussi de l’alcool à ses élèves et n’hésite pas à partager ses anecdotes les plus insolites. Il assure qu’il a goûté à tous les animaux qui existent — sauf la taupe et la mouche à viande, qui sont immondes à ses yeux. Il en sert à dîner à ses invités. Il a aussi goûté de la chair humaine ! Il aime raconter qu’il a avalé un fragment du cœur de Louis XIV, sans dire s'il l'a trouvé à son goût, lors d’un dîner chez la famille Harcourt .

Sa personnalité n’empêche pas William Buckland d’être un scientifique sérieux. Les fossiles constituent toujours le squelette de son travail de recherche. Il publie un premier ouvrage remarqué en 1822. Dans Reliquiae Diluvianae il décrit et analyse plusieurs fossiles, notamment ceux d’un hippopotame, trouvés dans la grotte de Kirkdale dans le Yorkshire. Il démontre alors que ces restes ne proviennent pas d’animaux morts pendant le Déluge, mais qu’ils sont les témoins d’une faune tropicale passée. Fils d’un pasteur anglican et croyant lui-même, William Buckland ne partage pas les idées de Charles Darwin sur la théorie de l’évolution, mais il a tout de même un point de vue différent de ses contemporains créationnistes. Il pense qu’il existait des animaux sur Terre avant l'apparition des Hommes.

Ce n’est pas son travail le plus célèbre. Une autre collection de fossiles concentre toute l’attention de Buckland. Au fil des années, il en a découvert plusieurs dans la carrière de Stonesfield, qui appartiennent à la même espèce. Il a bien une idée en tête, mais elle semble folle. Il l’expose tout de même à l’anatomiste français George Cuvier. Ce dernier pense que les fossiles sont les restes d’animaux disparus, plus particulièrement des reptiles.

Après sa correspondances avec Cuvier, Buckland en est sûr : les vertèbres, les os des membres, et surtout cette mâchoire dotée de longues dents pointues, sont les restes d’un lézard géant, long de plus de 30 mètres, qui devaient marcher à quatre pattes, le ventre près du sol un peu comme un crocodile. Il le baptise Megalosaurus : le lézard géant. En 1824, il publie son ouvrage le plus célèbre Notes sur le Megalosaurus, ou le lézard géant de Stonesfield.

Sans le savoir, il vient de décrire le premier dinosaure de l’histoire. En effet, le mot « dinosaure » ou dinosauria n’existe tout simplement pas. Il est inventé en 1841 par le paléontologue Richard Owen, à partir de deux mots grecs : deinos qui signifie « terriblement grand », et sauros pour « lézard ». Owen repense aussi la description de Buckland, en suggérant que le Megalosaurus possède de longues pattes postérieures et deux pattes antérieures plus petites, ce qui correspond plus à l’image actuelle des dinosaures.

Quelques années après la parution de son ouvrage phare, la santé mentale de Buckland commence à décliner. Ses extravagances cachent le début d’une démence sévère. Mais c’est un scientifique reconnu : il a reçu bon nombre d’honneur comme la médaille Copley de la Royal Society, la récompense la plus prestigieuse et ancienne décernée par la société savante anglaise, dont il fut membre de sa jeunesse. Et comme ses délires ne détonnent pas avec sa personnalité, personne ne le voit alors comme un vieil homme sénile. Il meurt finalement en 1856 à l’âge de 72 ans, laissant derrière lui un héritage énorme.

Si Buckland reste avant tout célèbre pour sa description du Megalosaurus, il est aussi à l’origine d’une discipline scientifique à part entière : l’analyse des coprolithes, des excréments fossilisés. On peut imaginer, au regard de la personnalité atypique de Buckland, que c'était sûrement sa plus grande fierté. 

En parlant des coprolithes, on raconte que le truculent scientifique buvait le thé avec ses invités, qui posaient leurs tasses et leurs cuillères sur une table faite à partir d’un énorme excrément fossilisé coupé en deux. 

Merci d’avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration Julie Kern.

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