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La baie de la Terreur : sort tragique en Arctique

La baie de la Terreur : sort tragique en Arctique

Update: 2020-06-06
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Description

Aventurez-vous au cœur de l'une des contrées les plus hostiles de la planète aux côtés du capitaine John Franklin, dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.


En 1845, les navires HMS Erebus et HMS Terror quittent un port d'Angleterre en quête d'une nouvelle route commerciale fendant les eaux glacées de l'Arctique. Ils sont alors loin de se douter qu'ils s'apprêtent à s'engager dans une véritable descente aux enfers, dont pas un seul membre de l'équipage ne réchappera.


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Transcription du podcast:

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Ensemble, nous lèverons l'ancre dans un port d'Angleterre pour nous aventurer aux confins des étendues glacées et impitoyables de l'Arctique, sur les traces d'une expédition au sort tragique. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux et à nous laisser un commentaire.

Nous sommes en 1845, dans le port de Greenhithe, et deux des joyaux de la marine royale anglaise s'apprêtent à quitter leur pays natal. Le HMS Erebus et HMS Terror sont des modèles d'avancée technologique pour leur époque : rapides et puissants, ils sont même équipés d'un système de chauffage interne. De chauffage, ils en auront d'ailleurs besoin, car le capitaine Sir John Franklin s'apprête à mener son expédition, constituée de 134 officiers et membres d'équipage, dans les eaux gelées du cercle Arctique.

Au début du XIXe siècle, la majorité des océans a déjà été explorée et cartographiée. Néanmoins, une terra - ou plutôt une acqua - incognita demeure convoitée par de nombreux pays : le célèbre passage Nord-Ouest, qui offrirait aux marins européens la possibilité de joindre l'Extrême-Orient sans avoir à contourner les Amériques ou l'Asie. Fendant les eaux au nord de l'Atlantique, traversant l'archipel arctique canadien et longeant la côte alaskienne, le passage devait déboucher sur l'océan Pacifique via le détroit de Bering découvert trois siècles plus tôt. 

Après une traversée relativement paisible de l'océan Atlantique, l'expédition Franklin s'arrête au Groenland pour un ultime ravitaillement. Cinq marins sont renvoyés chez eux pour raisons médicales, portant avec eux les dernières nouvelles que l'Angleterre recevrait de l'équipage, en route vers son inéluctable disparition.

Ce ne sera que deux ans et demi plus tard, lors de l'hiver 1847 que la marine royale entendra enfin les sollicitations inquiètes de la femme de Sir Franklin et dépêchera en 1848 une mission de sauvetage afin de retrouver le capitaine et ses hommes. Le premier indice est découvert en 1850 sur l'île Beechey : trois pierres tombales, portant les noms d'un officier et de deux membres de l'équipage.

Grâce aux découvertes des décennies suivantes, et aux avancées de la science moderne, le sort de l'expédition Franklin a depuis été presque intégralement retracé et raconte l'histoire d'une terrible descente aux enfers.

Les dates inscrites sur les tombes indiquent aux historiens que deux des hommes seraient morts en janvier 1846, tandis que le troisième ne serait passé à trépas qu'en avril de la même année. Ces éléments suggèrent que l'expédition aurait fait halte plusieurs mois sur l'île, afin de protéger les navires et l'équipage contre le dur hiver arctique, durant lequel les eaux se transforment en véritable piège de glace.

Une fois le printemps arrivé, HMS Erebus et HMS Terror reprirent leur route vers le sud de l'archipel canadien, en direction de l'île King William, où le passage tant espéré devait se trouver. Ils étaient alors loin de se douter qu'ils s'apprêtaient à emprunter l'une des voies navigables les plus dangereuses de l'Arctique, et rapidement, les navires se trouvèrent complètement immobilisés. Un message laissé par l'équipage sur l'île en mai 1847, via un dispositif dédié à ce type de communication, indique que les navires avaient été emprisonnés par la glace par deux fois, lors des hivers 1846 et 1847. 

Tout aurait pu suggérer que le voyage se déroulait sans autre encombre majeure si une note griffonnée dans un coin de la page n'avait indiqué une toute autre vérité.

Rédigée en avril 1848, celle-ci annonce la mort de Sir Franklin, de vingt-trois de ses hommes, et l'abandon des vaisseaux par l'équipage. Ces derniers, incapables de poursuivre plus loin par les eaux, s'étaient donné pour objectif de rejoindre en traîneau puis en canot le comptoir commercial le plus proche, au nord du continent américain. De récents carottages révèlent que la région avait connu plusieurs années particulièrement froides, durant lesquelles la glace refusait de fondre même en été, maintenant les navires dans un éternel joug de fer.

Grâce à l'exhumation des corps de l'île Beechey en 1984, les scientifiques purent découvrir l'origine des nombreuses morts qui pesaient sur l'expédition Franklin. Bien que les analyses révèlent que les trois hommes étaient morts de tuberculose ou de pneumonie, elles indiquèrent également la présence d'un élément inattendu : un taux anormal de plomb fut mesuré chez chacun d'eux. Afin d'affronter leur mission en eaux hostiles, HMS Erebus et HMS Terror transportaient en effet dans leur coque 3 ans de provisions sous la forme d'eau distillée et de boîtes de conserve, une invention récente dont l'Angleterre comptait bien tirer profit. Malheureusement, il semblerait que soit l'eau, soit la soudure au plomb utilisée sur les boîtes, aient participé à l'empoisonnement graduel d'une part importante des hommes de Franklin. Régulièrement affligés de migraines, de douleurs abdominales et musculaires, et d'un déclin progressif de leur système immunitaire, ceux-ci auraient sombré toujours plus profondément dans la folie alors que leur esprit se trouvait assailli de pertes de mémoire, d'hallucinations et d'épisodes paranoïaques. 

Un autre coupable, bien connu des marins, était le scorbut qui causait des ulcères nécrotiques sur tout le corps, la perte des dents et des hémorragies internes qui menaient inexorablement à la mort de la personne atteinte sans un traitement adéquat. Les conserves de fruits et de légumes à bord avaient bien pour but de pourvoir aux besoins en vitamine C des hommes d'équipage, néanmoins la marine ayant choisi de se fournir au plus bas coût possible, nombre d'entre elles étaient improprement closes. Ce défaut de fabrication pouvait être responsable de la perte d'efficacité de la vitamine, mais également de l'apparition de cas de botulisme. Ainsi, par-dessus les symptômes d'un potentiel empoisonnement au plomb et du scorbut s'ajoutaient la difficulté à avaler, à parler et à respirer, une fatigue intense, des vomissements et une paralysie musculaire.

Il est possible que les membres de l'expédition se soient aperçus des problèmes de santé causés par leurs provisions et aient choisi de chasser leur propre nourriture dans la mesure où un phoque ou deux pouvaient être débusqués. Malheureusement, le botulisme E est endémique de la région, et transmissible aux humains via le gibier qu'ils consomment. Aujourd'hui encore, l'Alaska compte un nombre de cas de botulisme particulièrement élevé, à l'origine de véritables dilemmes socio-culturels et sanitaires.

En somme, rien que l'expédition Franklin eût pu consommer n'était sûr. Mais là encore, d'autre facteurs pouvaient intervenir dans la disparition des 105 âmes restantes, dévorées par l'enfer glacé.

Une fois les navires abandonnés, alors qu'ils poursuivaient le reste du voyage à pied, les hommes durent tirer derrière eux sur d'immenses distances les centaines de kilos de canots, de provisions et de malades qui les accompagnaient. La transpiration générée par ce désagréable exercice gelait contre le corps tandis que les douleurs musculaires provoquées par les différentes maladies rendaient plus pénible encore cette marche sans fin. Le terrain, alternativement formé de glace, de gravier, de pierres coupantes ou de sable s'étendait, impardonnable, à l'infini, portant en lui la menace d'une attaque d'ours polaire ou de barrières infranchissables. 

À l'époque victorienne, des témoignages d'Inuits et celui d'un explorateur européen furent collectés, ainsi que plusieurs objets ayant appartenu à l'équipage, attestant du fait que leurs routes s'étaient à un moment croisées. Les Inuits décrivirent également un campement dénombrant pas moins de 30 morts, et de sinistres vestiges humains suggérant des actes de cannibalisme ; une hypothèse morbide qui sera plus tard confirmée par les scientifiques.

Au final, pas un seul des hommes de l'expédition Franklin n'aura survécu pour raconter sa véritable histoire. Quelques 60 ans plus tard, le célèbre aventurier Roald Amundsen devenait le premier explorateur connu à franchir le passage Nord-Ouest. Puis, un jour, en 2014 et 2016, les vestiges du HMS Erebus et HMS Terror étaient enfin découverts sous les eaux terribles de l'Arctique.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux et à vous abonner sur les plateformes de diffusion Spotify, Deezer et Apple podcast pour ne rien manquer. Quant à moi, je vous retrouverai pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !



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