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Marie Curie et sa fille Irène, deux femmes au front avec les rayons X

Marie Curie et sa fille Irène, deux femmes au front avec les rayons X

Update: 2020-09-12
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Description

Aux premières heures de la Grande Guerre, Marie Curie souhaite tout de suite s’engager auprès des soldats blessés. Elle a une idée qui va révolutionner leur prise en charge : faire venir l’hôpital directement sur le front.

Pour assurer sa mission, elle peut compter sur le soutien de sa fille Irène Joliot-Curie. A l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, le 12 septembre 1897, Chasseurs de science revient cette aventure familiale au bord d’un véhicule médical sortit tout droit du cerveau brillant de Marie Curie.


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Transcription du podcast :

Bienvenue à tous dans Chasseurs de Science un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Dans ce nouvel épisode, nous prendrons la route aux côtés de deux femmes extraordinaires pour veiller au chevet des soldats de la première guerre mondiale . Si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

Septembre 1914, la bataille de la Marne fait rage. Les Allemands et les Français, qui sont soutenus par les Anglais, se déchirent sur une ligne de front de plus de 200 kilomètres. Dans l’hôpital de campagne situé en retrait du champ de bataille, la situation est préoccupante. Beaucoup de soldats blessés décèdent lors du trajet entre le front et l’hôpital, ou bien sous le scalpel des chirurgiens qui n’arrivent pas à trouver les balles à retirer. 

C’est une des femmes de science les plus illustres du XXe siècle, Marie Curie, qui va proposer une solution à cette situation cauchemardesque. En effet, elle a compris une chose essentielle. Pour limiter le nombre de morts, c’est l’hôpital qui doit venir aux blessés, pas l’inverse.

Avec ce nouvel épisode de Chasseurs de Science, montez côté passager dans un véhicule hors du commun : une petite Curie. Vous aurez comme compagnes de voyage deux femmes tout aussi extraordinaires. Marie Curie et sa jeune fille, Irène, vont sillonner la France meurtrie par la guerre pour améliorer les soins prodigués aux soldats.

À Paris, Marie Curie vient tout juste d’investir le nouveau bâtiment de l’Institut du Radium alors que la Première Guerre Mondiale est proclamée. Haute de ses deux prix Nobel, le premier obtenu en 1903 avec son mari Pierre et Henri Becquerel pour la découverte des radiations, et le deuxième obtenu cette fois-ci seule en 1911, pour ses travaux sur le radium et le polonium, elle souhaite tout de suite se mobiliser auprès des blessés. Selon elle, toute la ligne de soin est à repenser. On doit pouvoir vérifier l’état du blessé avant de le transporter à l’hôpital ou bien le soigner sur place si son état est trop préoccupant. Un examen médical, la radiographie, est essentiel à ses yeux. Grâce à elle, les médecins pourront voir les balles à travers les chairs sans opérer.

Mais la radiologie n’en est qu’à ses débuts. Les rayons X ont été découverts il y a à peine 20 ans par Wilhelm Röntgen, un Allemand. Seule une centaine de médecins en France maîtrisent cette technique et tous les hôpitaux n’ont pas le matériel nécessaire pour la pratiquer. C’est bien dérisoire face au nombre de gueules cassées à soigner. 

Marie Curie soumet alors une idée à l’armée : des unités radiographiques mobiles capables d’aller au plus près des soldats blessés. Son projet se heurte d’abord à la réticence de l’institution, mais finit par être approuvé.

Georges Massiot, un ingénieur à la tête d’une usine de fabrication d’équipement radiologique, conçoit une voiture laboratoire de radiologie. Il s’agit d’un véhicule Peugeot 10HP qui comporte tout le nécessaire pour prendre en charge les blessés comme un lit d’examen pliable ou encore une tente pour protéger des intempéries. À l’intérieur, il y a aussi un appareil de Röntgen, qui est alimenté par une dynamo couplée au moteur du véhicule, qui sert à réaliser des radiographies.

Cette voiture, qui porte le numéro 1, est la première conçue à but radiographique pour l’armée. Dix-sept autres suivront, toutes validées par Madame Curie en personne et le docteur Béclère, le directeur du service radiologique des armées. Ces voitures d’un nouveau genre seront baptisées “Petites Curies” par les soldats.

Peu après, Marie Curie est enfin prête à partir pour le front à bord d’une voiture radiologique. Sa première destination est le champ de la bataille de la Marne, en 1914. Après son arrivée, l’hôpital dans lequel elle officie enregistre un nombre de décès particulièrement faible. 

Là-bas, les soldats sont pris en charge aux abords du front et selon les résultats des radiographies réalisées dans le véhicule, il est décidé de les opérer sur place ou de les envoyer vers un hôpital mieux équipé. Celle qui avait la réputation d’être froide et dure se révèle particulièrement attentive auprès de ses patients. « Vous verrez c’est comme une photographie » les rassurent-elle.

Sa deuxième fille, Eve, écrit des années plus tard dans une biographie consacrée à sa mère. « Elle a ce qui peut leur être doux : un joli timbre de voix, des mains légères, beaucoup de patience et un respect immense et religieux de la vie humaine ».

En 1915, la fille aînée de Marie, Irène, souhaite aussi l’aider. âgée d’à peine 17 ans et un diplôme d’infirmière tout juste en poche, la jeune femme use de tous les arguments pour que sa mère accepte qu’elle parte avec elle dans une petite Curie. Elle finit par obtenir gain de cause.

Sur le front, la jeune Irène peine tout d’abord à s’imposer auprès des médecins de guerre. Mais grâce aux radiographies réalisés dans le camion, elle parvient à identifier les éclats de shrapnel, les balles perdues et les fractures avec efficacité sans pareil. Son expertise permet de faciliter les opérations chirurgicales et elle gagne finalement le respect de ses collègues masculins.

Cette année-là, Marie Curie et sa fille feront onze déplacements à travers toute la France, jusqu'à la frontière belge. En 1916, l’implication de Marie Curie est totale, elle passe son permis spécialement pour se mettre au volant d’une Petite Curie, et menait elle-même, en compagnie de sa fille, ses missions sur le front. 

Durant les dernières heures de la Grande Guerre, en 1918, ce sont plus de 50 voitures radiologiques qui sillonnent la France, vers les tranchées mais aussi dans les campagnes privées d’infrastructures médicales ; 155 postes semi-fixes sont aussi construits.

De son côté, Marie Curie est revenue à Paris et continue de s’investir pour le développement de la radiologie. À l’institut du Radium, des infirmières, prises en charge par Irène, mais aussi des médecins ou des soldats, se succèdent pour être formés aux techniques de radiographie. Désormais, aucun médecin n’envisage de se passer d’une radio pour effectuer un diagnostic ou opérer un patient. 

À la fin de cette aventure, une nouvelle profession voit le jour : celle des manipulateurs en radiologie. Pendant six mois, 150 jeunes premières femmes sont formées aux mathématiques, à l’anatomie mais aussi aux bases théorique de l’électricité et du fonctionnement des rayons X. Dans son livre, La Radiologie et la Guerre, Marie Curie livre sa vision de cette nouvelle discipline : 

« Le manipulateur est l'aide qui fait fonctionner les appareils pour le médecin radiologiste ; c'est lui qui entretient l'appareillage en bon état, développe les plaques, manipule le porte-ampoule, répare les défauts de l'installation électrique. Son rôle est en principe, celui d'un ingénieur technicien ; quand il a été affecté à un poste mobile, il doit comme le médecin être particulièrement actif, habile et débrouillard. »

Voilà comment Marie Curie et sa fille Irène, qui elle aussi obtiendra un prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité induite, ont favorisé l'essor de la radiologie moderne. Durant la première guerre mondiale, plus d’un million de clichés radiologiques ont été faits, dont un millier par Marie Curie elle-même. Et dire que tout avait commencé par de simples images aux rayons X de la main de l’épouse de Wilhelm Röntgen, en 1895.

Merci d’avoir écouté cet épisode de Chasseurs de Science, si vous appréciez notre travail n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. En attendant la prochaine aventure avec Emma, réécoutez nos anciens épisodes sans modération ! À bientôt.



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