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Author: RFI

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La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la plupart, livrent leurs pensées. Une exigence : la clarté, afin de répondre à la curiosité des auditeurs de RFI. Ceux-ci sont d’ailleurs invités à réagir à leurs propos et à dialoguer avec eux. Réalisation : Vanessa Rovensky. *** Diffusions le dimanche à 19h10 TU vers toutes cibles.

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Dans IDEES, Pierre-Edouard Deldique reçoit l’anthropologue de renom Philippe Descola pour un retour sur son travail de recherche à l’occasion de la parution aux éditions du Seuil de son ouvrage Politiques du faire‑monde, qui prolonge les grandes lignes de l’anthropologie de Philippe Descola. Issu des « Tanner Lectures » prononcées en 2023 à l’université de Berkeley aux États-Unis, l’ouvrage condense plus de cinquante ans de recherches, notamment auprès des Achuar d’Amazonie. Il propose une réflexion ambitieuse : comment repenser nos institutions, nos catégories et nos manières d’habiter la Terre à partir d’une anthropologie des ontologies ? Avec clarté et profondeur, Phillipe Descola revient, dans son livre et dans ce numéro d’IDEES, sur l’héritage problématique, selon lui du « siècle des Lumières », c’est-à-dire la séparation radicale entre nature et culture, véritable matrice de la modernité occidentale. Cette distinction, rappelle-t-il, n’est ni universelle ni nécessaire. Elle est un programme d’étude du monde qui a permis l’essor des sciences, mais qui a aussi rendu possible l’exploitation illimitée de la nature ou non-humains. L’un des apports majeurs de Descola est la typologie de quatre ontologies — ou filtres ontologiques — qui structurent les manières humaines de composer un monde. Elles ne sont pas des « visions du monde » abstraites : ce sont des manières de faire monde, c’est‑à‑dire de sélectionner certaines relations comme pertinentes pour composer un cosmos habitable. Il nous les détaille dans ce nouveau numéro du magazine qui interroge ceux qui pensent le monde. L’enjeu politique est clair : le naturalisme n’est qu’une ontologie parmi d’autres, et non l’horizon indépassable de l’humanité. Il s’agit de rompre avec l’idée que seuls les humains composent le politique. Les non-humains — animaux, plantes, lieux, esprits, objets techniques — doivent être reconnus comme acteurs de mondes. Philippe Descola plaide pour une diplomatie des ontologies, où les collectifs humains reconnaissent la légitimité d’autres manières d’habiter la Terre. C’est une autre façon de concevoir l’ONU du futur. Politiques du faire‑monde est un texte bref mais dense. Son ambition politique, au sens noble du terme, est affichée. Les propos clairs de Philippe Descola au micro en sont une preuve supplémentaire. Ce livre est indispensable. À lire aussiPhilippe Descola: «Par-delà nature et culture»   ► Les références musicales : Jean-Michel Jarre - Amazonia, Pt. 8  No Tongues - Tortue Géniale Pierre Bachelet - Des Cobras Et Des Gazelles Francesco Agnello - Hang 12
Ce dimanche, dans IDEES, Pierre-Edouard Deldique reçoit Christian Sommer, l’éditeur de l’œuvre maîtresse du philosophe allemand intitulée : « Le Monde comme volonté et représentation » dans la prestigieuse collection « La Pléiade » chez Gallimard.   Ce livre publié en 1819 est un livre à la fois métaphysique, esthétique, éthique et littéraire, qui propose une vision du monde d’une rare puissance. Notre invité, spécialiste de philosophie, lui rend justice en soulignant à la fois la rigueur conceptuelle et la puissance stylistique d’un texte souvent réduit à tort à son pessimisme. Schopenhauer y développe la thèse suivante : le monde est double. Il est représentation, c’est‑à‑dire phénomène structuré par notre esprit, et il est aussi volonté, une force métaphysique irrationnelle qui anime toute chose. Nous sommes dépendants d’elle. Le philosophe reprend Kant : nous ne connaissons jamais les choses en soi, seulement les phénomènes tels qu’ils apparaissent dans les formes de notre esprit.  Cette thèse permet à Schopenhauer d’affirmer que le sujet est la condition de possibilité du monde. Le réel n’est pas un donné brut : il est une construction. Alors que se cache-t-il derrière la représentation ? La seconde partie de ce livre majeur introduit la notion centrale de volonté. Il ne s’agit pas ici de la volonté consciente ou rationnelle, mais d’une force aveugle, irrésistible, universelle, qui traverse la nature entière. Conséquence: vivre, c’est vouloir ; vouloir, c’est manquer ; manquer, c’est souffrir. La vie oscille entre désir (souffrance) et satisfaction (ennui). D’où la réputation de pessimisme attachée à Schopenhauer. Dans la troisième partie de l’ouvrage, le penseur développe une théorie de l’art. L’art, dit‑il, suspend la volonté. Il nous permet de contempler les choses sans désir, sans intérêt, sans finalité. L’esthétique devient ainsi une voie de salut : l’art nous arrache momentanément à la souffrance du vouloir‑vivre. Enfin, le quatrième livre propose une morale fondée sur la compassion. Si la volonté est universelle, la souffrance l’est aussi. Reconnaître en autrui la même volonté qui nous traverse fonde une éthique de la pitié, proche du bouddhisme, de l’hindouisme. Mais la véritable délivrance, pour Schopenhauer, est plus radicale, elle passe par l’ascèse, la négation progressive du vouloir‑vivre. C’est une voie exigeante, presque mystique, qui vise à éteindre le désir lui‑même. Schopenhauer apparaît alors comme un penseur de la sobriété heureuse et de l’altruisme. Pas mal pour un homme surnommé « le pessimiste de Francfort » !   Les références musicales : - Amar Nath Mishra        Raga Sindhu Bhairavi - Wolfgang Amadeus Mozart Ouverture de l’opéra Don Giovanni interprétée par l’orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam (dirigé par Nikolaus Harnoncourt) - Richard Wagner Prélude de l’opéra Siegfried interprété par l’orchestre philharmonique de Vienne (dirigé par Georg Solti)
Rendez-vous comme chaque mois avec la revue Esprit. Pierre-Edouard Deldique reçoit Anne Dujin, sa rédactrice en chef. Le numéro de décembre s’intitule « Démocratie, fin de partie ? », il analyse en profondeur la crise politique française et la fragilité des institutions démocratiques face à la montée des colères sociales et des tentations autoritaires. Ce dossier de la revue coordonné par Anne Dujin, part d’un événement déclencheur, véritable séisme : la dissolution ratée de juin 2024 décidée par le président Emmanuel Macron, qui a laissé un paysage politique fragmenté et un sentiment d’impuissance de l’État.   Les auteurs des différents articles soulignent notamment la dégradation du débat public marqué par la polarisation et la perte de confiance, la fatigue démocratique des citoyens qui se sentent dépossédés de leur pouvoir d’agir ou bien encore l’attaque des régimes démocratiques en Europe et aux États-Unis. Le dossier insiste sur la nécessité de réancrer le débat politique dans les conflits sociaux réels, plutôt que de laisser les institutions se vider de leur substance. Le titre « Démocratie, fin de partie ? » n’est donc pas une prophétie mais une mise en garde. Ce numéro d’Esprit s’inscrit dans la tradition critique de la revue : il ne se contente pas de dresser un constat mais cherche à réhabiliter la démocratie comme espace de conflit et de délibération. En posant la question « fin de partie ? », il rappelle que la démocratie n’est jamais acquise, mais toujours à défendre et à réinventer.   À écouter aussiLes banlieues françaises, ces oubliées, selon la revue Esprit
Pierre-Edouard Deldique reçoit cette semaine, l’historien de la philosophie et philosophe Michel Onfray. L’auteur de plus de cent cinquante livres traduits dans une trentaine de langues publie «Déambulation dans les ruines», le premier volume d’une vaste «Histoire philosophique de l’Occident». Cet essai original, corrosif, érudit nous propose une traversée des grandes oppositions qui ont façonné la pensée occidentale, de Platon à Démocrite, des stoïciens aux hédonistes, en invitant le lecteur à réfléchir sur l’héritage intellectuel et ses ruines encore présentes. Loin des polémiques associées, à tort ou à raison, à cet intellectuel médiatique, Michel Onfray nous parle avec générosité et passion de ce combat des idées. L’originalité du livre repose sur la double lecture qu’il propose, par thèmes et par auteurs, afin de mettre en évidence les grandes oppositions de la pensée occidentale. Par exemple, Platon et l’idéalisme contre Démocrite et le matérialisme ; la vertu stoïcienne contre l’hédonisme d’Aristippe, la vie philosophique socratique contre la rhétorique sophistique… Le fondateur de l’Université populaire de Caen (pour laquelle était destiné le texte de ce livre), insiste sur le fait que l’Occident ne s’est pas construit sur une pensée homogène, mais sur des oppositions radicales. Loin d’un récit abstrait, l’auteur relie ces débats à des choix de vie, des pratiques et des styles d’existence, montrant que la philosophie est toujours une manière de vivre. Ascèse ou jouissance ? Mariage ou libertinage ? Plaisir ou vertu ? Fidèle à son écriture accessible et foisonnante, Michel Onfray propose une leçon de philosophie qui se veut à la fois pédagogique et stimulante. En parlant de «ruines», Onfray suggère que notre époque vit sur les débris d’une civilisation en crise, mais qu’elle peut encore y trouver des ressources pour penser et agir. Il était donc normal que le philosophe – non le commentateur de l’actualité, le polémiste - vienne nous parler de cette guerre des idées qui a donné naissance à l’Occident. Notez que Michel Onfray a lancé deux médias indépendants : michelonfray.com et la revue Front populaire.   Programmation musicale : Labelle - Oublie-Voie-Espace-Dimension - Soul Introspection   François Poitou - Intuition.
Dans ce nouveau numéro du magazine IDÉES, Pierre-Édouard Deldique cherche à comprendre la nature du populisme, un des phénomènes de notre temps, avec son invité, le sociologue et historien Marc Lazar, auteur d’un nouvel essai qui s’intitule «Pour l’amour du peuple. Histoire du populisme en France, XIXᵉ-XXIᵉ siècle» (Gallimard), un essai qui retrace un siècle et demi de mouvements qualifiés d’«antisystème» et interroge la pertinence du terme «populisme» dans l’histoire politique française. Dès le début de l’émission, Marc Lazar, qui est aussi un expert reconnu de la vie politique italienne, nous propose une définition du populisme. Moins simple qu’il n’y paraît. L’ouvrage couvre la période qui va du boulangisme sous la IIIè République jusqu’aux mobilisations contemporaines des «Gilets jaunes». Marc Lazar met en parallèle des figures et mouvements très différents : Boulanger, Marine Le Pen, Mélenchon, Bernard Tapie, les maoïstes, etc., autant de personnages, autant de populismes, pourrait-on dire. Fil rouge de ces personnalités politiques ? La référence au peuple comme entité unifiée et la dénonciation des élites, deux traits constitutifs du discours populiste. L’auteur s’interroge : «Cette récurrence pose question» note-t-il. Avec sa clarté et sa précision habituelles, Marc Lazar analyse au micro, et dans son livre, le caractère multiple et controversé du terme «populisme». Ses acteurs poursuivent, en effet, des objectifs politiques souvent contradictoires : certains prônent une démocratie directe, d’autres un autoritarisme charismatique autour du «grand leader». Selon cet expert, les populismes ne sont pas des accidents, mais des forces profondes qui imposent des transformations durables à la vie politique française et européenne. Ils révèlent une crise de la représentation et une défiance croissante envers les institutions. En cela, ils représentent un danger. Clairement, le populisme n’est pas une nouveauté dans la politique française, mais une réponse récurrente aux crises de la démocratie représentative. Comme l’écrit Marc Lazar, le populisme en France constitue : «un phénomène à éclipses et un spectre qui hante la politique».   Programmation musicale : Olivier Calmel (compositeur) - Suite Métamorphique - El Camino - Suite Métamorphique - El Diablo.
Rendez-vous avec la revue «Esprit» dans ce numéro d’Idées, pour parler du numéro de novembre intitulé «Banlieues, les oubliées de la République». Pierre-Édouard Deldique reçoit Anne Dujin sa rédactrice en chef. Dans son dossier du mois, «Esprit» nous propose, en effet, une réflexion critique sur la manière dont certaines banlieues françaises sont perçues et traitées dans le débat public, par les hommes politiques ou les journalistes.   Coordonné par le chercheur indépendant Hacène Belmessous, il revient sur vingt ans de dépolitisation et d’occultation, selon lui, d’une histoire sociale et politique. Le numéro s’ouvre sur le rappel des révoltes de l’automne 2005, déclenchées après la mort de deux jeunes à Clichy-sous-Bois. Vingt ans plus tard, «Esprit» constate que les banlieues ne sont plus évoquées qu’à travers des considérations sécuritaires, culturelles, effaçant leur dimension politique et sociale. Il faut dire que le narcotrafic pose aujourd’hui de redoutables questions dans certains quartiers, à Marseille notamment, mais on ne peut réduire les banlieues au trafic de drogue. À écouter aussiClichy-sous-Bois: la délicate reconstruction 20 ans après la mort de Zyed et Bouna Selon la revue, cette dépolitisation s’apparente à une stratégie qui invisibilise les luttes, les aspirations et les réalités vécues par des millions d’habitants. Les articles coordonnés par Hacène Belmessous montrent comment l’État et les médias ont contribué, selon leurs auteurs, à réduire les banlieues à des espaces de danger ou de déficit culturel, plutôt qu’à des lieux de citoyenneté et de créativité sociale. Le dossier (qui se compose également d’entretiens, avec le sociologue François Dubet notamment) insiste sur la nécessité de réinscrire les banlieues dans l’histoire de la République, en reconnaissant leur rôle dans les transformations sociales et politiques contemporaines. Les auteurs dénoncent la tendance à essentialiser les habitants des banlieues, en les réduisant à des catégories stigmatisées (jeunes, immigrés, musulmans). Ils mettent en lumière la richesse des expériences locales, des mobilisations associatives et des initiatives culturelles qui témoignent d’une vitalité démocratique ignoré. Comme dans chaque numéro, la revue «Esprit» propose des articles sur d’autres thèmes, en plus du dossier. On notera, par exemple, une intéressante analyse sur l’emprisonnement de Nicolas Sarkozy ou bien encore sur les relations entre la France et Israël.  Programmation musicale : - Gogo Penguin - Living Bricks in Dead Mortar - IAM - Eldorado (Instrumental).
Cette semaine, dans IDÉES, Pierre-Edouard Deldique reçoit la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, la conceptrice d’un livre majeur intitulé sobrement : «Théories féministes». Il s’agit d’une œuvre collective de plus de cent textes écrits par des auteures et chercheuses du monde entier.   L’ouvrage se présente comme une cartographie des pensées féministes à travers les siècles toutes orientées vers le même but car «le féminisme se caractérise par un foisonnement de théories mises au service d’un projet commun : renverser l’ordre patriarcal du monde» écrit notre invitée. Durant l’émission, Camille Froidevaux-Metterie parle avec passion de quelques-uns des articles de cet ouvrage afin de nous offrir un aperçu des idées sur le féminisme. Ce livre complet n’est pas seulement un panorama historique mais une véritable source vivante qui met en lumière la richesse et la diversité des approches théoriques mais aussi des témoignages personnels car «penser en féministe, c’est penser ensemble à partir de soi». On y parle par exemple des voix féminines médiévales affirmant la liberté de penser, des luttes pour les droits civils et politiques au XIXè siècle, des années 70 du XXè et la libération des corps ainsi que la critique radicale du patriarcat et, aujourd’hui des perspectives intersectionnelles, queer et décoloniales. Cette évolution montre que le féminisme n’est pas une suite de revendications isolées, mais un projet global de réinvention du monde commun avec, au-delà de sa diversité, une pensée structurée afin de déconstruire les logiques de domination : patriarcat, exploitation économique, hiérarchies raciales et sexuelles et de proposer une émancipation universelle. Le féminisme est conçu comme une philosophie visant à transformer radicalement les rapports sociaux. Camille Froidevaux-Metterie souligne d’ailleurs au micro «la nature intrinsèquement politique du féminisme». «Théories féministes» est salué à juste titre comme une somme intellectuelle inédite, un outil indispensable à la compréhension des débats du moment sur l’égalité, les corps, les identités et les luttes sociales. Il fera date.   Programmation musicale Debout les femmes - Hymne du MLF Calle Silencio - Anne Paceo J'ai compris - Nana Benz du Togo.
Dans IDÉES cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit Gilles Hieronimus, docteur en Philosophie, auteur d’un «Que sais-je ?» sur Gaston Bachelard. Ce petit livre est une synthèse précise de l’œuvre du philosophe, articulée autour de sa double vocation scientifique et poétique. Cet ouvrage précieux éclaire la cohérence d’une pensée souvent jugée inclassable qu’il résume avec clarté dans l’émission. Gilles Hieronimus souligne le côté Janus de ce penseur hors-norme. «Deux images se superposent : celle de l’austère professeur de philosophie des sciences, astreint à la rigueur et à la prudence ; celle de l’ami enjoué des poètes et des artistes, réceptifs à leur audace et volontiers fantasque.», écrit-il à propos de ce personnage à la longue barbe blanche. Bachelard (1884–1962), figure majeure de la philosophie française du XXè siècle, est présenté comme un penseur subversif, dont la démarche réconcilie rigueur scientifique et liberté imaginative. Pour lui, il y a «l’homme rationaliste» et «l’homme de la nuit» et du rêve. Bachelard révolutionne la philosophie des sciences en introduisant les notions d’obstacle épistémologique, de rupture et de discontinuité dans le progrès scientifique. Il défend une rationalité dynamique, toujours en reconstruction. À travers ses études sur l’imaginaire (l’eau, le feu, l’air, la maison…), il développe une poétique des images fondée sur l’intuition, la rêverie et la résonance affective. L’imagination devient un mode de connaissance à part entière. L’auteur insiste, dans l’émission et dans son livre, sur le rythme alterné que Bachelard propose entre rationalité et rêverie. Cette alternance n’est pas une contradiction, mais, au contraire, une méthode de vie et de pensée : un art de vivre philosophique, respectueux de la pluralité des formes de la vie bonne et de la liberté de l’esprit. Cette éthique du renouveau repose sur une sagesse qui refuse les dogmes et valorise le mouvement. Elle s’incarne dans une pédagogie de l’éveil, où le philosophe est aussi un éducateur. Le livre montre comment Bachelard, souvent marginalisé dans les grands courants philosophiques, a pourtant influencé des penseurs majeurs comme Sartre, Merleau-Ponty, Ricœur, Deleuze, Foucault ou Simondon. Son style, mêlant rigueur conceptuelle et lyrisme, échappe aux classifications habituelles. Gilles Hieronimus le présente comme un philosophe combattant, marqué par son expérience de la guerre, un homme libre «logé partout mais enfermé nulle part». Au fil de ses propos, l’auteur qui dirige l’édition commentée des œuvres de Gaston Bachelard, confirme ce qu’il écrit dans son livre, le philosophe «cultive une spiritualité joyeuse, un gai savoir rationaliste, en s’appuyant sur la méditation privilégiée d’images heureuses, vitalisantes, verticalisantes». Un précieux compagnon de route en somme à «la recherche d’une sagesse et d’un art de vivre».   Programmation musicale :  Hommage à Haydn - Interprète : Alain Planès / Compositeur : Claude Debussy The Pearl - Harold Budd The Boat - Joep Beving To a Sea Horse - Moondog Viking - Moondog.
Cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit Franz-Olivier Giesbert, un grand nom du journalisme en France, aujourd’hui écrivain. FOG publie «Voyage dans la France d’avant» (Gallimard), un chant d’amour à la France, entre colère lucide et gratitude nostalgique. Il clôt ainsi son cycle sur la Vè République avec une méditation personnelle sur l’identité française. «Confonds-je la capilotade de ma carcasse et celle du monde moderne qui se dérobe sous mes pieds», s’interroge l’auteur. «Voyage dans la France d’avant» s’inscrit dans la continuité de son «Histoire intime de la Vè République» en trois volumes dont nous avons parlé dans «Idées». Ce nouveau tome n’est pas un livre de souvenirs, ni une autobiographie, mais plutôt une fresque personnelle où l’auteur se penche sur la France comme on contemple un édifice en demande de restauration. Il y mêle colère, amour et mélancolie. Fils d’un soldat américain du Débarquement, élevé en Normandie, Franz-Olivier Giesbert revendique une identité hybride qui nourrit son attachement viscéral à la France. Il célèbre la grâce de la langue, la civilité, la gauloiserie, les paysages ordonnés, les prodiges de la gastronomie et la chanson qui a accompagné sa vie. Loin d’un passéisme béat, notre écrivain au franc-parler assume néanmoins le «c’était mieux avant». Certaines choses l’étaient, tout en reconnaissant les zones d’ombre du passé. Cela lui permet de critiquer la France contemporaine sans sombrer dans le ressentiment. Il évoque une nation fatiguée mais attachante, où les gouvernants «laissent tout filer». Son regard est celui d’un homme libre, qui «n’en fait qu’à sa tête», conseil qui lui a été donné par l'Alberto Giacometti, qui cherche à comprendre d’où nous venons pour savoir surtout où nous allons. Il relie les passions idéologiques, les haines recuites et la tentation de l’abîme à la crise actuelle de la société française. «Voyage dans la France d’avant» est l’œuvre d’un homme libre qui reprend le célèbre mot de Groucho Marx : «Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé» …   Programmation musicale : - Joe Dassin Dans Les Yeux D'Emilie - Sly Johnson / Erik Truffaz Nature boy - Irène Duval Sonate pour violon et piano - Troisième mouvement (compositeur :Francis Poulenc) - Pascal Comelade L'argot du bruit.
Dans ce numéro du magazine IDÉES, Pierre-Édouard Deldique reçoit Elise Marrou. Professeure de philosophie contemporaine et d’histoire de la philosophie moderne à l'Université Paris-Sorbonne, elle nous propose une lecture synthétique et pédagogique de l’œuvre de Ludwig Wittgenstein (1889–1951), figure centrale de la philosophie contemporaine, dans un «Que sais-je», aux PUF. Elise Marrou / Cairn info. Philosophe du langage, mathématicien, ingénieur, Wittgenstein est présenté comme un penseur à la fois rigoureux et singulier dont la trajectoire intellectuelle échappe aux classifications simplistes. «Considéré comme l’un des plus grands penseurs du XXè siècle, Wittgenstein n’a publié que deux ouvrages, le «Tractatus logico-philosophicus» et les «Recherches philosophiques» qui, chacun à leur manière, ont provoqué une révolution philosophique profonde», écrit-elle. Non, dit-elle, contrairement à ce que l’on dit souvent de lui, il n’a pas tué la philosophie Bien au contraire car, ajoute-t-elle : «Si nous prenons réellement la peine de nous immerger dans l’œuvre du philosophe viennois, nous nous trouvons confrontés à un philosophe au service des problèmes de la philosophie comme personne peut-être ne l’a été avant lui» ; Au cours de l’émission, et au fil des pages de cet ouvrage utile pour quiconque veut comprendre ce penseur, Elise Marrou insiste sur le double moment de la pensée wittgensteinienne : celle du «Tractatus logico-philosophicus», où le langage est conçu comme un miroir du monde, et celle des «Recherches philosophiques», où la signification devient affaire d’usage et de pratiques sociales. Cette évolution, loin d’être une contradiction, est interprétée comme une radicalisation du projet initial : clarifier les confusions philosophiques en examinant les formes de vie et les jeux de langage. L’auteure déconstruit les slogans souvent associés à Wittgenstein — «la signification, c’est l’usage», «ce dont on ne peut parler, il faut le taire» — pour en restituer la profondeur. Elle montre comment il nous propose une nouvelle manière de faire de la philosophie : non en construisant des systèmes, mais en dissipant les malentendus nés de l’usage du langage. «Le philosophe se remémore l’usage ordinaire des mots afin de les reconduire de leur usage métaphysique à leur usage ordinaire». L’ouvrage met en lumière l’impact de Wittgenstein dans le monde des idées. Elise Marrou souligne que des notions comme «coutume», «institution», ou «forme de vie» permettent de penser les pratiques humaines sans recourir à des abstractions métaphysiques. Cette transversalité est au centre du livre : elle montre que Wittgenstein n’est pas seulement un philosophe du langage, mais un penseur de la culture, des usages, et des formes de rationalité incarnées. Dans ce numéro d’IDÉES et dans cet ouvrage, Elise Marrou nous propose une synthèse accessible et rigoureuse. En évitant les simplifications, elle invite les auditeurs et les lecteurs à entrer dans le détail des textes, tout en fournissant les repères nécessaires pour naviguer dans une pensée réputée à juste titre difficile. Musiques diffusées pendant l'émission Philharmonique de Vienne Zimerman / Bernstein  - Concerto n°2 de Brahms Philip Glass - String Quartet n°2 Company Brad Mehldau - After Bach Rondo Jazzrausch Bigband - Dancing Wittgenstein.
Dans ce nouveau numéro d’IDÉES, Pierre-Édouard Deldique reçoit Anne-Lorraine Bujon, la directrice de la revue «Esprit» et Matthieu Febvre-Issaly, membre de son comité de rédaction, coordinateur du dossier de ce mois-ci intitulé «Consciences de l’écologie». Le numéro d’octobre 2025 de la revue Esprit propose, en effet, une analyse des fondements de la pensée écologique contemporaine. La revue interroge les manières de penser, de vivre et de politiser l’écologie à l’heure des bouleversements climatiques. Il met en lumière l’apport théorique de penseurs français majeurs tels que André Gorz ou Pierre Charbonneau. Ces éclaireurs de la fin du XXè siècle, marginaux en leur temps, éclairent les bases philosophiques et critiques de l’écologie politique. Leurs réflexions sur la technique, la décroissance, l’autonomie ou encore la critique du consumérisme nous permettent de mettre en perspective les débats actuels et d’envisager des alternatives à la logique économique du moment. Le dossier revient notamment sur les tensions entre l’écologie radicale et l’écologie réformiste. Dans ce numéro d’IDÉES, Anne-Lorraine Bujon revient aussi sur l’éditorial du numéro qui s’inquiète de la défiance des institutions ici ou ailleurs. «Comment une société peut-elle fonctionner quand ses institutions ne sont plus crédibles ?», s’interroge-t-elle. On notera aussi dans ce numéro un long et intéressant article sur le Rwanda aujourd’hui. Il en est évidemment question dans l’émission.   Programmation musicale - Georg Philipp Telemann, Milan Turkovic, Naoko Yoshino - Sonata for Bassoon and Basso Continuo in F Minor, TWV 41:f1: I Triste  - David Rothenberg -  The Killer.
«Il est le plus profond penseur de la démocratie», écrit l’invité du magazine IDÉES cette semaine, Françoise Mélonio, -spécialiste reconnue de Tocqueville, éditrice de ses textes dans la collection «Pléiade» - dans sa biographie magistrale de l’auteur de «La Démocratie en Amérique».  Loin des clichés ressassés et des aphorismes figés, elle redonne vie à un homme complexe, inquiet, parfois maladroit, mais toujours lucide face aux bouleversements de son temps, un homme de son siècle, le XIXè dont la pensée résonne plus que jamais aujourd’hui. Elle en parle avec passion au micro de Pierre-Édouard Deldique. Tocqueville est présenté comme un aristocrate enraciné, «une relique de l’ancien monde» tiraillé entre son héritage familial et son engagement dans la modernité démocratique. Françoise Mélonio explore les tensions entre son statut social et ses convictions politiques, révélant un penseur en perpétuel dialogue avec les paradoxes de son époque. Elle analyse aussi son parcours politique, conseiller général, député, éphémère ministre des Affaires étrangères. Le livre retrace ses voyages aux États-Unis, qui nourrissent son œuvre phare «De la démocratie en Amérique» (1835), et son analyse du passage de l’Ancien Régime à la Révolution française. Tocqueville apparaît comme un visionnaire, inquiet de l’individualisme croissant et du «despotisme doux», mais confiant dans les promesses de la liberté. Son analyse des mécanismes de la société américaine n’a rien perdu de sa pertinence. Françoise Mélonio met en lumière la force littéraire de Tocqueville, souvent éclipsée par son rôle d’analyste politique et souligne l’unité entre l’homme privé et l’acteur public, entre le penseur et l’écrivain. Ce livre s’impose déjà comme une référence incontournable pour comprendre Tocqueville au-delà de son image d’icône intellectuelle. Il parle autant aux historiens qu’aux citoyens soucieux de penser la démocratie contemporaine. Toute personne soucieuse de comprendre la crise démocratique du moment doit le lire. «J’ai pensé cent fois que si je dois laisser quelque chose de moi dans ce monde, ce sera bien plus par ce que j’aurais écrit que par ce que j’aurai fait», écrivait-il.   Programmation musicale - Robert Shaw chorale - Dere's No Hidin' Place Down Dere - Nassima - Solo instrumental au violon alto.
Dans ce nouveau numéro d’IDÉES, Pierre-Édouard Deldique reçoit Arnaud Teyssier, historien du gaullisme, pour évoquer la Constitution de la Vè République alors que la France traverse une crise politique inédite sans précédent depuis 1958.  Selon lui, la Constitution est solide, capable de faire face à cette crise. «C’est un édifice puissant d’une cohérence profonde et dressé contre la tentation du déclin», écrit-il dans sa monumentale biographie intitulée «Charles de Gaulle, l’angoisse et la grandeur» (Perrin). Il l’explique dans ce nouveau numéro du «magazine qui interroge ceux qui pensent le monde». Dans cet épais ouvrage, Arnaud Teyssier explore la vie exceptionnelle de Charles de Gaulle, en mêlant rigueur historique et profondeur philosophique. Loin d’une simple biographie, le livre propose une méditation sur la grandeur politique et les angoisses quasi-existentielles qu’a connues l’homme du 18 juin. L’auteur, normalien et énarque, revient sur l’enfance de De Gaulle, marquée par une «fierté anxieuse» envers la France, selon les propres mots du général. Il souligne l’influence qu’ont eue chez lui des penseurs et des écrivains comme Chateaubriand, Barrès, Péguy, Bergson ou Maritain, qui ont nourri la vision romantique et spirituelle de Charles de Gaulle qui apparaît comme un homme tiraillé entre la lucidité politique et une quête de transcendance, entre machiavélisme et idéalisme. Le livre insiste sur la conception gaullienne de l’État : fort, souverain, garant de l’unité nationale, le général y est présenté comme profondément conscient du déclin de la France et de l’Occident, confrontés à une modernité sans repères, à une spiritualité affaiblie et à la mort des idéologies. L’auteur montre comment De Gaulle, en bâtissant les institutions de la Vè République, cherchait à conjurer le chaos de juin 1940 et à préparer la France à affronter les défis du futur. Dans l’émission, Arnaud Teyssier explique ce que Charles de Gaulle a voulu faire en créant le Vè République conçue pour lui survivre.   Programmation musicale :  Keith Jarrett, Sonate III en mi mineur - Vivace (Compositeur : Carl Philipp Emanuel Bach).
Cette semaine, dans le magazine IDÉES, Pierre-Édouard Deldique reçoit Sophie Nordmann. Philosophe et professeure agrégée de philosophie. Elle vient de publier un essai intitulé : « La vocation de philosophe, puissance de la mise en question » (Calmann-Lévy) dans les pages duquel elle explique que, selon elle, cet amour de la sagesse n’a pas pour vocation de produire des savoirs, mais de les bousculer. Elle en parle avec passion et précision dans l’émission. « Comment ne pas suffoquer quand l’air est irrespirable ? Où reprendre son souffle quand l’atmosphère est saturée ? La pensée, elle aussi, a besoin de respirer pour se maintenir vivante », écrit Sophie Nordmann, alors elle propose une conception audacieuse du rôle de la philosophie dans notre monde contemporain. Loin d’être une simple discipline académique, la philosophie y est présentée comme une pratique vivante de la mise en question, un geste qui libère la pensée des carcans idéologiques et des dogmatismes du moment. Professeure à l’École pratique des Hautes Études, à Paris, référence dans sa spécialité, l’auteure qui nous parle au micro avec une grande clarté ne cherche pas à transmettre des doctrines ou des concepts figés. Elle invite plutôt à éprouver la capacité de la philosophie à créer un «appel d’air» dans les discours qui saturent nos sociétés. Dans un monde plein de certitudes, le philosophe devient un empêcheur de penser en rond, à l’image de Socrate, Descartes, Kant ou Nietzsche, figures centrales du livre et précieux compagnons de vie. L’ouvrage ne se veut pas une histoire de la philosophie, mais en effet une exploration du geste philosophique de quatre penseurs : - Socrate : la maïeutique, ou l’art d’accoucher les esprits - Descartes : le doute méthodique comme outil de discernement - Kant : la critique comme fondement de la liberté - Nietzsche : la pensée comme transgression et création Spécialiste de la philosophie juive contemporaine, Sophie Nordmann insiste sur le courage qu’exige la pensée philosophique : celui de se déprendre de soi, de ses certitudes, pour ouvrir un espace critique et respirable. Elle distingue clairement la philosophie de la science : là où la science cherche des réponses dans un champ donné, la philosophie n’a pas de champ, elle est quête de mise en question. Non pas pour nous déséquilibrer, mais pour voir la vie autrement.   Programmation musicale :  Naïssam Jalal, Robinson Khoury - Souffle #8.
Cette semaine, IDÉES reçoit Anne-Lorraine Bujon, la directrice de la revue «Esprit», partenaire de l’émission. Dans son numéro de septembre, cette revue de haut vol dont la devise est «comprendre un monde qui vient» consacre un dossier au socialisme aujourd’hui, au cœur de la conversation avec Pierre-Édouard Deldique. «Barbarie ou socialisme», tel est le titre de ce numéro. Emprunté à Rosa Luxemburg, il résonne comme un cri d’alarme face aux dérives contemporaines. L’expression «socialisme ou barbarie», forgée au début du XXè siècle, est ici inversée pour souligner une inquiétude : ne reste-t-il aujourd’hui que la barbarie ? Dans leur introduction, les coordinateurs du dossier, Jonathan Chalier et Michaël Fœssel, font preuve d’une grande lucidité : «quelle que soit la manière dont on l’aborde (scientifique, utopique, démocratique ou morale), le socialisme ne s’impose plus comme une solution évident», écrivent-ils. Pourtant, il existe selon eux une voix d’avenir avec les «projets écosocialistes» qui «associent une prise de conscience des impasses du productivisme et la nécessité d’y répondre par une transformation démocratique des rapports économiques et sociaux». Il s’agirait de renouer avec une vision du socialisme qui articule, émancipation politique, transformation des rapports sociaux, refus de la logique prédatrice du capitalisme, réhabilitation du droit et de la solidarité. Ce numéro s’inscrit dans la tradition critique de «Esprit », cette revue fondée en 1932, mêlant philosophie, sociologie et engagement. Michaël Fœssel, Axel Honneth et Bruno Karsenti y proposent des analyses profondes sur les pathologies de la liberté, la reconnaissance et les impasses de la modernité politique. À lire aussi l’éditorial du numéro qui est plaidoyer en faveur de l’Europe. Son titre ? «Cap sur l’Europe». Il est question de tout cela dans ce nouveau numéro d’IDÉES en compagnie d’Anne-Lorraine Bujon.   Programmation musicale : - Thiefs - Make a fist     - Ablaye Cissoko, Cyrille Brotto - Nina.
Dans son dernier livre en date, «De la bêtise artificielle» (Allia) notre invitée, Anne Alombert, s’inquiète. Selon elle, «la notion d’«intelligence artificielle» recouvre une nouvelle révolution industrielle, qui implique le risque de l’automatisation et de la prolétarisation de la pensée». Elle est l’invitée de ce numéro du magazine IDÉES. Spécialiste de la pensée de Bernard Stiegler qu’elle est venue expliquer dans l’émission, professeure de Philosophie, spécialiste des nouvelles technologies et de leur impact anthropologique, Anne Alombert analyse à sa façon, claire et précise, notre servitude volontaire face à l’IA. Selon elle, ce qui caractérisait notre époque, ce serait la naissance d’une forme de bêtise artificielle née de la prolétarisation de nos capacités expressives (écrire, parler, créer) par les machines. Le risque est l’appauvrissement de nos capacités intellectuelles. En nous laissant croire à l’existence de «machines pensantes», le terme d’intelligence artificielle nous empêche de penser véritablement. Il dissimule l’idéologie des grandes entreprises qui se sont approprié ces technologies, leurs infrastructures et leurs modèles économiques. L’usage massif des IA génératives entraîne une disruption des relations humaines et une délégation de l’expression à des systèmes algorithmiques. Cela conduit à une uniformisation et une perte de singularité dans nos échanges. Plutôt que d’opposer machines et humains, la jeune chercheuse propose d’interroger leur évolution afin de comprendre les effets des automates sur nos esprits, nos cultures et nos sociétés. Malgré ce constat critique, Anne Alombert ne fait pas montre de pessimisme. Elle affirme qu’il est possible de réorienter ces technologies pour les mettre au service de l’intelligence collective et de la démocratisation de l’espace médiatique, à condition de les concevoir comme des outils de contribution, et non d’imitation ou d’automatisation. Cet essai est à la fois lucide et stimulant. Il invite à repenser notre rapport aux technologies et à préserver notre capacité à penser, créer et dialoguer en tant qu’êtres singuliers sous peine de devenir les esclaves consentants de la machine. Ses explications au micro de Pierre-Édouard Deldique sont une forme d’avertissement. À nous de l’écouter.   Programmation musicale Angel Brothers - Lost In The Loop.
Dans son dernier essai en date, « L’ère des impostures », Astrid von Busekist, professeure de Théorie politique à Sciences Po, propose une nouvelle fois une analyse précise de notre société occidentale en s’intéressant aux dérives contemporaines liées aux identités. À l’heure où chacun revendique le droit de se définir librement, l’auteure interroge les limites de cette liberté : peut-on vraiment choisir son origine, sa race, sa mémoire ? Et que se passe-t-il lorsque cette revendication devient mensonge ? Ce sont les questions qu’elle traite au fil des pages de ce livre publié aux éditions Albin Michel. Elle est l’invitée d’IDÉES cette semaine. À travers des exemples littéraires, historiques et médiatiques, Astrid von Busekist que nous retrouvons avec plaisir dans l’émission explore avec sa clarté et sa précision habituelles, le phénomène de l’imposture identitaire — ces cas où des individus s’approprient une histoire ou une appartenance qui ne leur revient pas. De Coleman Silk, personnage de Philip Roth dans son roman « La tâche », aux faux rescapés de la Shoah, en passant par les controverses autour de figures se disant autochtones ou racisées, l’essai met en lumière une tension fondamentale : entre le désir d’émancipation individuelle et les exigences de vérité et de justice. Mais « L’ère des impostures » ne se contente pas de dénoncer. Le livre invite à réfléchir sur la manière dont nos sociétés construisent et verrouillent les identités, parfois au détriment de la complexité humaine. La philosophe critique une vision « carcérale » de l’appartenance, où l’origine devient une frontière infranchissable, et où toute tentative de déplacement est perçue comme une trahison. Astrid von Busekist interroge les fondements de notre rapport à nous-mêmes et aux autres. Son essai, à la fois philosophique et politique, s’adresse à tous ceux qui veulent comprendre les enjeux profonds de notre époque : entre quête de soi, mémoire collective et vérité partagée. Elle en parle avec pertinence, clarté, et énergie au micro de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro d’IDÉES, le magazine qui interroge celles et ceux qui pensent le monde.   Programmation musicale - Jowee Omicil - Cry 4 Help - Arnaud Dolmen, Jowee Omicil et Michel Alibo - Silent Echoes.
Entre la fuite en avant et le principe de précaution, notre invitée, érudite, Catherine Van Offelen propose une voie médiane, subtile et audacieuse : celle de la phronesis, cette prudence antique qui n’a rien de timorée. Dans son essai Risquer la prudence, elle exhume une vertu oubliée, à la fois pratique et courageuse, capable de guider l’action humaine dans l’incertitude. Catherine Van Offelen en parle avec une précision rare dans ce nouveau numéro d’Idées au micro de Pierre-Édouard Deldique. Contrairement à l’idée moderne de prudence – souvent associée à l’immobilisme ou à la peur du risque – cette jeune intellectuelle nous rappelle que la phronesis aristotélicienne est une forme de sagesse active. Elle ne consiste pas à éviter le danger, mais à l’évaluer avec justesse, à décider malgré l’ambiguïté, et à agir avec discernement. C’est une prudence qui ose, qui tranche. L’auteure critique le règne du principe de précaution, devenu selon elle un dogme paralysant. Elle plaide pour une réhabilitation de la décision humaine, fondée sur l’expérience, le jugement et une forme de courage intellectuel. Catherine Van Offelen, aux multiples références, puise dans les textes d’Aristote, mais aussi dans les traditions stoïcienne et chrétienne, pour montrer que la prudence n’est pas une faiblesse, mais une force. Elle est la vertu du capitaine dans la tempête, du médecin face à l’incertitude, du citoyen dans un monde complexe. Dans un style limpide et rigoureux, elle tisse des liens entre philosophie antique et enjeux contemporains : écologie, politique, éthique médicale, intelligence artificielle. Partout, la phronesis apparaît comme une boussole précieuse. Risquer la prudence est plus qu’un essai philosophique : c’est une invitation à penser autrement notre rapport au risque, à l’action et à la responsabilité. En réhabilitant cette vertu oubliée, Catherine Van Offelen nous offre une clé pour naviguer dans l’incertitude sans renoncer à agir. Son enthousiasme est roboratif. Il nous invite à être prudent, mais pas trop… ► Catherine Van Offelen, Risquer la prudence – Une pratique de la sagesse antique (Gallimard)   Programmation musicale :  - Brad Mehldau - Dear Prudence - Yves Jamait - Ah ! la Prudence - Louis Sclavis - Aboard Ulysses's boat.
Dans J’ai choisi la vie, Monique Lévi-Strauss, livre un récit intime et profond à travers une série d’entretiens menés par l’Académicien Marc Lambron. Ce livre est bien plus qu’une autobiographie : c’est une traversée du siècle, une plongée dans les souvenirs d’une femme qui a vécu les bouleversements majeurs du XXè siècle avec dignité, lucidité et une élégance rare. Pour IDÉES, Pierre-Edouard Deldique est parti à sa rencontre. Née en 1926, fille d’une mère juive et d’un père belge, Monique Lévi-Strauss a connu l’horreur du nazisme en Allemagne, où sa famille s’est installée en 1939. Elle y a vécu dans la peur constante d’être dénoncée, une expérience traumatisante qu’elle partage avec une sincérité bouleversante. Après la guerre, elle part aux États-Unis avant de revenir en France, où elle rencontre Claude Lévi-Strauss, qu’elle épousera en 1954. Monique n’est pas seulement la compagne du célèbre anthropologue. Elle est aussi une chercheuse reconnue, passionnée par les textiles anciens, notamment les châles, auxquels elle a consacré une partie de sa carrière. Elle a accompagné son mari dans ses expéditions, relu ses manuscrits, et participé activement à ses réflexions, tout en conservant son indépendance intellectuelle. Le livre est construit comme une conversation à bâtons rompus entre deux esprits brillants. On y découvre les goûts de Monique pour l’art, la littérature, la nature, mais aussi ses réflexions sur les grands événements du siècle. Elle évoque avec tendresse et humour sa vie, son admiration pour les écrits de son mari, dont elle fut la première lectrice exigeante. À ne pas manquer.   Programmation musicale :  - Jean-François Zygel, Antoine Hervé : Paris ; Sceaux.
Dans IDÉES ce dimanche, Pierre-Edouard Deldique vous propose en quelque sorte une traversée du désert avec son invitée, Marie Gautheron, spécialiste d’histoire de l’art. Dans son livre Désert, déserts, du Moyen-Âge au XXIè siècle (Gallimard), elle propose d’analyser le regard occidental sur le désert avec force images. Marie Gautheron s’interroge dans son livre : « Pourquoi et depuis quand les vastes pays arides fascinent-ils l’Occident ? Ce livre raconte l’histoire sensible, esthétique et politique de nos images de déserts, entre créations et stéréotypes, fantasmes et savoirs positifs. Car l’image du désert n’a pas toujours été celle de ces sables à laquelle nous l’identifions souvent aujourd’hui. Née dans l’Orient judéo-chrétien, c’est d’abord celle, paradoxale, d’une expérience intérieure, et de tout espace abandonné de Dieu et des hommes. L’Occident médiéval la réinvente dans des clôtures ou des lieux d’ascèse et d’isolement, île ou forêt. Au fil des siècles, les déserts affreux de la verte Europe se muent en beaux déserts, tandis qu’un flux croissant d’Occidentaux parcourt les déserts d’Orient. Le vaste pays aride est alors promu paysage – sublime parfois, essentialisé souvent. Dans l’imaginaire hexagonal, la « pacification » du Sahara fait de l’empire du vide un champ de bataille, et une terre où rêver d’altérité. Espaces immersifs d’expériences extrêmes, les déserts sont l’objet d’enjeux géopolitiques majeurs au XXᵉ siècle, et le lieu de mutations radicales. Mondialisées, nos images de déserts s’ouvrent à de nouveaux lieux de mémoire. Figure de déréliction et d’exaltation, icône postmoderne de nos non-lieux, souvent déceptive et plus que jamais paradoxale, l’image du désert prête aux utopies, aux dystopies, et résonne encore d’antiques rémanences. » Elle en parle avec passion dans ce nouveau numéro d’IDÉES le magazine qui interroge ceux qui pensent le monde. Programmation musicale : Maurice Jarre - Ouverture du film Lawrence d’Arabie Ahman Pejman - Ecstasy ; Sunset Félicien David (musique), Auguste Colin (paroles) - Ode-Symphonie Le désert Yazz Ahmed - La Saboteuse Vladimir Spivakov, Sergej Bezrodny - Spiegel im Spiegel (Miroir dans le miroir)Compositeur : Arvö Part
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