DiscoverPoésie en musiquePaul Éluard : la courbe de tes yeux
Paul Éluard : la courbe de tes yeux

Paul Éluard : la courbe de tes yeux

Update: 2025-11-01
Share

Description

Ipad posée sur mes genoux, je tape ce vers : « la courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur ». La lumière vacille, reflet bleu sur mes ongles, et ce cercle amoureux ressemble à une projection de cinéma rayée. Je pense aux films de Buñuel, aux paupières tranchées de Un chien andalou, où l’œil devient à la fois ouverture et blessure. Le poème d’Éluard dialogue alors avec une image brutale, comme si l’amour devait toujours frôler la coupure.


Les métaphores gonflent, mais je les tords. Pas de « bateaux » : plutôt des ascenseurs qui toussent, des ventilateurs qui brassent la chaleur d’une salle de répétition, des néons qui grésillent comme des insectes. Les « feuilles de jour » se changent en fenêtres de navigateurs ouvertes trop vite, saturées d’icônes, prêtes à s’éteindre. Je sens la chaleur moite sous mon bras, odeur plastique de la batterie qui chauffe, et cette matérialité numérique contamine la douceur du poème. Les regards deviennent projecteurs de galerie, diffusant un halo qui tremble au moindre souffle.


Puis le vers se fissure : « si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu, c’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu ». J’appuie trop fort, l’écran répond mal, mes doigts laissent une sueur acide. Je revois un instant la salle d’hôpital, murs blancs, parfum de désinfectant, quand un visage s’est tourné ailleurs. Là, le monde s’est réduit comme une fenêtre minimisée, et j’ai senti un vide physique dans la poitrine, comme une panne électrique interne. L’aveu est là, trop lourd : ma mémoire dépend de ton regard.


« Tout mon sang coule dans leurs regards. » Cette phrase vibre, devient organique. Je sens un battement sec dans mes tempes, une crampe qui serre les doigts. Dehors, la sirène d’un scooter résonne avec cette tension, et j’entends dans l’air un martèlement sourd, comme une rythmique techno mal réglée. L’univers entier, fragile, dépend d’un clignement — et si tes yeux se ferment, tout s’éteint, l’écran, le corps, la ville.


Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine.


On se recroisera peut-être ailleurs :
Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253
SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943


Voilà. Bref.

Comments 
00:00
00:00
x

0.5x

0.8x

1.0x

1.25x

1.5x

2.0x

3.0x

Sleep Timer

Off

End of Episode

5 Minutes

10 Minutes

15 Minutes

30 Minutes

45 Minutes

60 Minutes

120 Minutes

Paul Éluard : la courbe de tes yeux

Paul Éluard : la courbe de tes yeux